Observatoire Géostratégique

numéro 156 / 11 décembre 2017


SANS ACCORD SUR JERUSALEM, PAS D’ACCORD DE PAIX – François Delattre, représentant de la France auprès des Nations unies. Conseil de sécurité, 8 décembre. "Alors que la question de Jérusalem est l’une des clés de la paix au Proche-Orient, il est plus important que jamais de rappeler notre attachement collectif à la préservation du consensus international sur le statut spécifique de la ville." Ambassadeur François Delattre

Monsieur le Président,

Je tiens à remercier le coordinateur spécial pour son intervention. Le statut de Jérusalem a fait l’objet de résolutions spécifiques du Conseil de sécurité et concerne à ce titre l’ensemble de la communauté internationale, comme l’a rappelé hier le Président de la République, Monsieur Emmanuel Macron. C’est pourquoi, avec plusieurs de ses partenaires, la France a pris l’initiative de demander cette réunion du Conseil de sécurité. Comme l’a indiqué le Président Macron, nous regrettons les décisions annoncées par le Président des Etats-Unis, mercredi dernier, de reconnaître unilatéralement Jérusalem comme la capitale d’Israël et de préparer le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Je voudrais ici mettre en relief trois des éléments qui guident la position de la France et qui ont trait respectivement au droit, à la solution à deux Etats et aux risques d’escalade.

1. Premier élément, le droit : les décisions auxquelles je viens de faire référence ne modifient en rien les paramètres du règlement du conflit israélo-palestinien, tels qu’ils sont fixés par le droit international. Le statut de Jérusalem devra être déterminé par les parties dans le cadre d’un accord de paix. En l’absence d’accord, conformément au consensus qui prévaut depuis 70 ans au sein de la communauté internationale, la France ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem. Ainsi, à la suite du conflit de juin 1967, nous n’avons pas reconnu l’annexion de Jérusalem-Est, qui est, au regard du droit international, partie des territoires occupés. En 1980, nous n’avons pas reconnu, non plus, les actes unilatéraux pris par Israël concernant Jérusalem. Ce Conseil a adopté les résolutions 476 et 478, avant et après la loi fondamentale israélienne intitulée « Jérusalem, capitale d’Israël ». Ces résolutions posent notamment deux principes :

  •  Premier principe, toute mesure visant à altérer le statut de Jérusalem, ainsi que les caractéristiques géographiques, démographiques et historiques de la ville, est considérée comme nulle et sans effet, et doit être abandonnée ;
  •  Deuxième principe posé par ces résolutions, tous les Etats membres des Nations Unies qui ont établi des missions diplomatiques à Jérusalem doivent les retirer de la ville. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit à la suite de la résolution 478, sans aucune exception. Enfin, il y a à peine un an, l’adoption par ce Conseil de la résolution 2334 est venue rappeler qu’aucune modification des frontières de 1967 autre que celles agréées par les parties ne serait reconnue par la communauté internationale, y compris à Jérusalem. Il revient désormais aux Etats-Unis de préciser la compatibilité de l’annonce faite le 6 décembre par le Président Trump avec ce socle juridique commun, sur lequel sont bâtis tous les efforts de paix. Et il nous appartient plus que jamais de réaffirmer notre attachement collectif au droit international, notamment aux résolutions de ce Conseil, sur une question essentielle, celle du statut de Jérusalem, qui est déterminante pour toute perspective de paix.

2. Car sans accord sur Jérusalem, il n’y aura pas d’accord de paix. C’est le deuxième élément qui guide notre action. L’importance historique et religieuse de Jérusalem aux yeux de chacune des parties en fait l’une des clés de la résolution du conflit israélo-palestinien, mais également de la stabilité régionale et internationale. Par sa gravité, sa centralité au Proche-Orient, sa dimension symbolique et sa place dans l’imaginaire collectif, le conflit israélo-palestinien, et singulièrement en son sein la question de Jérusalem, revêtent un caractère profondément mobilisateur, dont la portée dépasse largement les frontières d’Israël et des territoires palestiniens. C’est pourquoi, Monsieur le Président, il est essentiel de bien veiller à ne donner aucun prétexte aux mouvements radicaux de la région et d’encourager au contraire tous les artisans de la paix. Dans le même esprit, parce qu’elle est saturée de signification spirituelle et symbolique, la question de Jérusalem porte le risque, si l’on n’y prend garde, de transformer un conflit politique, susceptible en tant que tel de compromis, en un conflit religieux qui serait par nature insoluble. Dans ce cadre, la France et ses partenaires de l’Union européenne considèrent que Jérusalem a vocation à devenir la capitale des deux Etats, Israël et la Palestine, selon des modalités qu’il appartiendra aux Palestiniens et aux Israéliens de définir par la négociation, en lien avec la Jordanie, compte tenu de son rôle spécial sur ce plan. Soyons clairs : il n’y a pas d’alternative à la solution des deux Etats, et pas de solution des deux Etats sans accord entre les parties sur Jérusalem. Nous avons relevé, à cet égard, la disposition affichée par le Président des Etats-Unis à soutenir la solution des deux Etats. Nous formons le vœu qu’elle ouvre la voie à un retour des Etats-Unis dans le cadre du consensus de la communauté internationale.

3. Dans l’immédiat, et c’est mon troisième message, nous sommes bien sûr très préoccupés par les risques d’escalade sur le terrain, après trois jours d’affrontements, notamment à Gaza et dans certains quartiers de Jérusalem-Est. Nous appelons chacun à la retenue et à déployer tous les efforts nécessaires en vue d’un retour au calme. Au-delà, ce sont les répercussions négatives dans l’ensemble de la région qu’il convient d’éviter : nous appelons donc tous les acteurs régionaux à ne pas alimenter les tensions et à contribuer à l’apaisement. Monsieur le Président, la France est l’amie des Palestiniens comme des Israéliens. C’est pourquoi elle se doit de leur tenir un langage de vérité, en les appelant inlassablement à revenir à la table des négociations. Il n’existe pas en effet de raccourci dans le chemin exigeant vers la paix, qui est celui de la négociation et du respect de l’autre. Alors que la question de Jérusalem est l’une des clés de la paix au Proche-Orient, il est plus important que jamais de rappeler notre attachement collectif à la préservation du consensus international sur le statut spécifique de la ville : il en va du respect du droit international et des droits légitimes de chacune des parties ; il en va de la légitimité du Conseil de sécurité ; et il en va de la préservation de la solution des deux Etats. Sur tous ces plans, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, chers amis, vous pouvez compter sur l’engagement constant et résolu de la France. Je vous remercie.
 
 
DÉFENDRE L’EUROPE OU DÉFENDRE L’OTAN ? Guillaume Berlat, 8 décembre. « La vieille Europe ; elle ne revivra jamais : la jeune Europe offre-t-elle plus de chances ? ». Cette question que soulevait François-René de Chateaubriand conserve encore aujourd’hui toute sa pertinence. À intervalles réguliers, nos valeureux dirigeants (centre, droite et gauche confondus) nous refont le coup de l’Europe de la défense qui tel Lazare renaitrait de ses cendres et prendrait, enfin, la place prépondérante de l’Alliance atlantique. Ce n’est pas une histoire belge dans la mesure où la première a son siège au centre de Bruxelles alors que la seconde sévit à sa périphérie en termes géographiques et non en termes stratégiques. Une superbe photo de famille regroupant les représentants de 23 pays européens (Jean-Yves Le Drian pour la France) nous est fournie à l’appui de la révolution copernicienne qu’enregistre l’Union européenne dans le domaine de la défense, concept pris dans son acception la plus large. Qu’en est-il au juste ? Que devient ou deviendrait l’OTAN dans ce contexte ?

UNE RÉVOLUTION SÉMANTIQUE : LE SURSAUT DE L’EUROPE

Les médias sont en manque de superlatifs pour caractériser cette dernière opération bruxelloise1. 23 États membres de l’Union européenne annoncent le 13 novembre 2017 leur accord sur une « coopération militaire renforcée ». Il s’agit des 27 sans l’Irlande (neutre), le Danemark (dispensé), le Portugal, Malte et le Royaume-Uni (pour cause de « Brexit »). Il s’agit d’un premier pas en direction d’une défense émancipée avec des projets d’équipement communs, des enveloppes militaires mutualisées et, à terme, peut-être si Dieu le veut, des déploiements de troupes conjoints. On nous explique également, qu’en période de fortes contraintes budgétaires, la dépense commune gagnerait en efficacité. La raison principale de ce coup de pouce donné à la défense européenne, tiendrait, selon la ministre allemande de la Défense (expédiant les affaires courantes), Ursula von der Leyen, aux foucades de Donald Trump, à son imprévisibilité, à son manque d’intérêt pour le machin otanien. Désormais, les Européens prendront leur destin militaire en main, en toute indépendance par rapport au grand frère américain2. La raison secondaire serait de se prémunir contre l’ours russe après son invasion de la Crimée mais aussi après toutes ses interventions intolérables dans les élections américaines, dans les référendums sur le « Brexit » et sur l’indépendance de la Catalogne. L’Europe se paierait de la sorte une assurance tout risque. Cette coopération renforcée pourrait déboucher sur la mise en place d’une plate-forme logistique opérationnelle, voire d’un quartier général pour les unités de combat de l’Union européenne. Plus raisonnablement, il s’agit de réaliser des économies d’échelle en termes de recherche et de développement et d’industrie de défense sur des projets concrets (50) alors que les budgets nationaux sont de plus en plus contraints3. La très charmante Federica Mogherini, Ersatz de ministre européenne des Affaires étrangères ne ménage pas sa peine en déclarant : « nous vivons un moment historique pour la défense européenne ». Un de plus, pourrait-on ajouter. Il nous semblait que, depuis le traité de Lisbonne (2009) qui célébrera bientôt son dixième anniversaire l’Union européenne disposait d’une politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Mais, nous avions dû rêver. Ceci n’était que de la posture !

UNE CONSTATATION OPÉRATIONNELLE : LA SURVIE DE L’OTAN

Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, les exégètes de cet opus magnum se hâtent de préciser qu’il ne s’agit pas de créer une défense européenne ou de supplanter la sécurité collective organisée par l’OTAN. Face à la Russie, les observateurs avertis notent que les pays d’Europe orientale continuent d’afficher leur préférence pour la garantie de l’Alliance atlantique. Le projet est encore très éloigné de la vision française d’un petit groupe de pays rodés aux opérations militaires qui constituent le noyau dur et que les autres rejoindraient au fil du temps. Sans parler des projets à échéance de dix ans présentés par Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne (26 septembre 2017) : force commune d’intervention, budget de défense commun et doctrine commune4. Tout ceci est renvoyé aux calendes grecques. Manifestement, les Européens restent encore, pour une durée indéterminée, sous tutelle de l’Oncle Sam. Les ministres de la Défense se réunissent régulièrement et collectivement à Evere pour pratiquer la liturgie otanienne et vont individuellement faire leurs dévotions au Pentagone. Cela ne changera pas encore malgré la grande décision du 13 novembre 2017. Au mieux, le « soft », c’est pour l’Europe, le « hard », c’est pour les Américains. Car, au-delà de la conception de la défense, un problème plus technique mais plus politique se pose à travers le concept d’interopérabilité. Pour être plus efficaces, parlons la même langue (l’anglais), achetons les mêmes matériels et les mêmes munitions (américaines), adoptons les mêmes manières de conduire la guerre (à l’américaine5)… Le Pentagone n’a aucune raison de voir les choses évoluer dans le sens d’une plus grande intégration militaire européenne au risque de perdre tous ses avantages industriels. La volonté européenne – si tant est qu’elle existe – se heurte à la réalité d’une Alliance dominatrice qui étend sa toile jusqu’aux confins russes. Au mieux, les États-Unis consentiraient à la mise en place d’une annexe européenne de l’OTAN (le fameux pilier européen qui n’a jamais existé) baptisée « défense européenne » pour tromper le gogo et augmenter la note payée par l’Union européenne (revendication chère à Donald Trump)6.

Avec la construction européenne, il n’y a souvent qu’un pas entre la réalité concrète que ressentent les citoyens et les chimères que chevauchent les dirigeants à coups de superbes photos de famille et de déclarations dithyrambiques. En un mot, il arrive régulièrement que l’on veuille nous faire prendre des vessies pour des lanternes en ces temps de « fake news » et autres informations bidon qui déferlent sur la toile mais aussi sur les médias « mainstream », sorte de Pravda des pays occidentaux (Cf. la vaste blague de l’adoption d’une liste des paradis fiscaux qui ne comporte pas les principaux pays concernés7). Quand on parle de « sécurité collective », qui reste du seul ressort de l’OTAN, de quoi parle-t-on en réalité ? De la vision coercitive de la sécurité collective (Cf. les guerres américaines en Afghanistan, en Irak, en Syrie…) ou de la vision coopérative de cette même sécurité collective, version gaullienne traditionnelle (Cf. le discours de Dominique de Villepin à l’ONU de 2003) ? La question est taboue. Reste à savoir si l’objectif des 23 est véritablement de défendre l’Europe ou, plus prosaïquement, de continuer ne variatur à défendre l’OTAN ?

1 Jean-Jacques Mével, 23 pays européens se lancent dans une coopération militaire inédite, Le Figaro, 14 novembre 2017, pp. 6-7.
2 Nicolas Baverez, Bilan de Trump : « China First », « America out », Le Figaro, 20 novembre 2017, p. 25.
3 La Cour des comptes bombarde la défense, Le Canard enchaîné, 29 novembre 2017, p. 2.
4 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlas, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
5 Jack Dion, Les victimes oubliées des bombardements en Irak et en Syrie, Marianne, 24-30 novembre 2017, p. 9.
6 Jack Dion, Le salut de l’OTAN, Marianne, 17-23 novembre 2017, p. 9.
7 Cécile Ducourtieux/Anne Michel, Bruxelles : la liste des paradis fiscaux déjà critiquée, Le Monde, 7 décembre 2017, p. 3.
 
 
L’ADIEU AUX ARMES OU UNE DÉFENSE SANS DÉFENSE – Jean Daspry, 8 décembre. « Pecunia est nervus belli » (l’argent est le nerf de la guerre). Cet adage venu de la nuit des temps est d’une particulière pertinence et d’une grande actualité au moment où s’effectuent les derniers arbitrages budgétaires, y compris et surtout celui concernant le ministère des Armées de Florence Parly qui a succédé à celui de la Défense de Jean-Yves Le Drian. Pour faire clair et compréhensible pour le commun des mortels, le compte n’y est pas. Pour faire techno Bercy, l’écart entre les autorisations d’engagement (sorte de monnaie de singe) et les crédits de paiement (ce qui est effectivement dépensé) est abyssal. Il est évalué à 35 milliards d’euros pour les équipements militaires8. C’est qu’une simple équation budgétaire se transforme aujourd’hui, et plus encore demain, en problème sécuritaire et diplomatique.

UNE ÉQUATION BUDGÉTAIRE : LE JEU DE BONNETEAU

Sans remonter aux acrobaties financières des présidences précédentes pour masquer la ou les réalités peu flatteuses des budgets de nos armées (on repousse d’année en année les dépenses d’investissement indispensables pour la crédibilité de notre outil militaire lato sensu), le quinquennat du président Emmanuel Macron débute sous les plus mauvais auspices. Jupiter, qui en bon démocrate sorti de l’ENA ne supporte pas la contradiction, tançe publiquement et durement le chef d’état-major des armées (CEMA), Pierre de Villiers à la veille de la fête nationale (14 juillet 2017). S’exprimant devant la représentation nationale, ce général cinq étoiles avait eu l’outrecuidance de dénoncer le manque de moyens criant de nos forces armées engagées sur le territoire national (opération « Sentinelle ») et sur plusieurs théâtres d’opération extérieurs (Afrique, Proche et Moyen-Orient). Il le fait à la suite des coupes budgétaires qui venaient de lui être signifiées par les petits marquis de Bercy, rivés au dogme des gains de productivité comme si la défense de nos concitoyens avait un prix. Pierre de Villiers est contraint de donner sa démission. Il s’en expliquera longuement dans un ouvrage récent9. La nouvelle ministre des Armées, Florence Parly (elle est une budgétaire pur sucre issue du sérail de Bercy à sa sortie de l’ENA) explique le plus sérieusement du monde que le problème soulevé par le général cacochyme n’a plus de raison d’être. En un tournemain, les quelques centaines de millions d’euros gelés sont dégelés sur le champ. Circulez, il n’y a rien à voir !

Mais les faits sont têtus. Avec quatre mois de retard, la Cour des comptes (ses magistrats sont loin d’être des plaisantins) rend public un référé adressé au président de la République le 19 juillet 2017 qui concerne la loi de programmation militaire 2014-2019. La philippique de ces dames et de ces messieurs de la rue Cambon est sévère. C’est qu’ils utilisent des mots qui fâchent pour qui connait leur langage traditionnellement retenu : exigence d’une « budgétisation sincère des opérations extérieures » (dans leur langage l’insincérité ressemble à s’y méprendre à la forfaiture) ; critique des « recours aux recettes exceptionnelles » (cela ressemble au détournement de fonds public) ; recommandation du recours au calcul des dépenses militaires selon la définition de l’OTAN (cela fait passer nos bidasses pour de drôles de plaisantins)…Nous passerons sur d’autres détails mesquins comme l’évolution trop rapide de la masse salariale à Balard (ces parangons de vertu ne nous dévoilent pas le niveau des traitements rue Cambon) . La critique est virulente, inhabituelle en début de mandat10. Dans le même temps, nous apprenons que, pour faire bonne mesure, Florence Parly taille dans les OPEX en annonçant une réduction de la présence militaire au Sahel et au Levant11.

L’affaire se corse lors de la discussion budgétaire au Sénat. Parlementaires, y compris ceux de la LREM (« Le Rien en marche »), hauts responsables militaires viennent s’épancher sur le sort injuste réservé à nos forces armées particulièrement sollicitées dans la lutte contre le terrorisme islamiste à l’intérieur et à l’extérieur. Sous-calibrage des besoins est l’expression qui revient le plus souvent pour stigmatiser les problèmes que connaissent nos forces qui sont contraintes d’utiliser des matériels de plus de 40 ans d’âge12. Contrairement aux vieux alcools, ils ne s’améliorent pas avec le temps. Ce serait même plutôt le contraire.

Si nous comprenons bien ce langage abscons, Florence Parly serait une pro du jeu de bonneteau. Mais, dans le cas d’espèce il y va de la vie de femmes et d’hommes et de la sécurité des Français.

UN PROBLÈME SÉCURITAIRE ET DIPLOMATIQUE : LE JEU DE DUPES

Car au-delà des chiffres et de leur froideur, c’est bien de la sécurité de nos concitoyens dont il s’agit aujourd’hui sous le règne de Jupiter II. La France dirigée par l’énarque Emmanuel Macron (issu de l’inspection générale des Finances) a-t-elle les moyens suffisants pour assumer l’une de ses missions régaliennes qu’est la défense des intérêts vitaux du pays ? Le gouvernement de l’énarque (issu du Conseil d’État), Édouard Philippe a-t-il procédé aux bons choix budgétaires pour répondre aux exigences réitérées des citoyens, exigences dont il est censé tenir compte dans une démocratie de ce nom ? Quid de la prochaine loi de programmation militaire (LPM) qui devra trancher dans le vif à la suite de la récente Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017 pilotée par le député européen, Arnaud Danjean13 ? Quid des futurs arbitrages pour permettre à la France de tenir son rang dans le concert des nations ? Les questions posées par Pierre de Villiers n’ont toujours pas reçu de réponses satisfaisantes à ce jour.

Car au-delà des chiffres et de leur froideur, c’est bien de la sécurité, c’est bien de l’avenir de la diplomatie française dont il s’agit aujourd’hui, et encore plus demain, sous le règne de Talleyrand II. « Les conventions sans un glaive ne sont que paroles dénuées de la force d’assurer aux gens la moindre sécurité » nous rappelle fort à propos Jean-Jacques Rousseau en 1750. C’est que Bismarck traduit à sa manière par la formule frappée au coin du bon sens : « La diplomatie sans les armes, c’est la musique sans les instruments ». Affaiblie économiquement, de moins en moins entendue sur la scène européenne en raison de la prééminence allemande, la France n’a que son siège au Conseil de sécurité de l’ONU et sa force de dissuasion doublée de sa capacité à se projeter en premier sur certains théâtres d’opération extérieurs pour asseoir sa crédibilité sur le plan international. Pour la France, affaiblir son outil militaire, c’est affaiblir son outil diplomatique. Son poids diplomatique monte en puissance à proportion de ses capacités militaires. C’est bien connu, la diplomatie est rarement en mesure de gagner à la table de conférence ce qui n’a pu être gagné sur le champ de bataille.

Si nous comprenons bien les galipettes sécuritaro-diplomatiques de Gérard Collomb et de Jean-Yves Le Drian seraient des pro du jeu de dupes.

« On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment » (Jean-François Paul de Condi, cardinal de Retz). Après le temps des belles promesses vient celui, autrement plus exigeant, des réalités. La défense, pas plus que la diplomatie, n’est un spectacle organisé sur le modèle de la télé-réalité ou de la communication à tout-va rendue d’autant plus efficace qu’elle est servie par des médias complaisants ou paresseux. S’il veut convaincre les autres chefs d’État de sa vision transcendante du monde, Emmanuel Macron va devoir sortir du bois, va devoir dépasser le stade de l’incantation. La disparité croissante entre moyens financiers (en baisse) et ambitions militaires et diplomatiques (en hausse) aura, à plus ou moins long terme, une incidence négative sur la politique du président de la République. Une défense sans défense, c’est l’adieu aux armes assuré avant la fin du quinquennat !

8 Natalie Guibert, Nouvelles tensions sur le budget des armées, Le Monde, 2 décembre 2017, p. 9.
9 Pierre de Villiers, Servir, Fayard, 2017.
10 La Cour des comptes bombarde la Défense, Le Canard enchaîné, 29 novembre 2017, p. 2.
11 Florence Parly taille dans les OPEX. L’Élysée et le ministère des armées vont réduire la présence militaire française au Sahel, www.LaLettreA.fr, 30 novembre 2017, n° 1800, p. 3/8.
12 Vieux blindés rafistolés, Le Canard enchaîné, 29 novembre 2017, p. 3.
13 Jean Daspry, La revue stratégique et après ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 octobre 2017.
 
 
SERVITUDE ET GRANDEUR MILITAIRES14 – Jean Daspry, 9 décembre. « Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas. Le sage enseigne par ses actes, non par ses paroles » (Lao Tseu). Ainsi va le monde depuis que le monde est monde. Cette remarque vaut aussi bien pour la diplomatie que pour le militaire, deux métiers cousins. Combien de « toutologues » ne voit-on pas défiler sur les chaînes d’abrutissement en continu ou s’épancher dans les colonnes des journaux prétendument sérieux pour nous parler du métier des armes dont ils ont une connaissance qui est une asymptote de zéro ? Pour une fois, celui qui écrit sur le sujet n’est pas n’importe qui. Il s’agit de Pierre de Villiers, général cinq étoiles qui a été contraint de démissionner de son poste de chef d’état-major des armées (CEMA) après un désaccord important (montant de l’enveloppe allouée aux armées) avec le président de la République. Loin de régler ses comptes avec notre jeune freluquet qui se prend pour Jupiter et qui n’a jamais tenu une seule arme de sa vie, il choisit de nous livrer un constat notarial sur l’état du monde et sur l’importance pour la France de disposer d’un outil militaire efficace et crédible quelques trois mois après son départ15. Comme souvent dans notre univers de l’immédiateté et de la médiatisation, les quotidiens qui en rendent compte se montrent incapables d’en extraire la substantifique moelle. Soit qu’ils en publient des extraits (mal choisis) qui ne donnent qu’une image imparfaite de la démonstration (réalité biaisée)16, soit qu’ils s’en tiennent à des aspects anecdotiques (le must des médias)17.

Ceux qui guettaient un ouvrage à charge contre le président de la République et sa ministre des Armées en seront pour leurs frais. Ceux qui attendaient une œuvre littéraire seront déçus. Ceux qui ne vivent que dans et de la pensée « mainstream » devront passer leur tour. L’exposé se veut construit à la manière d’un scientifique qui déroule son raisonnement implacable pour aller du général au particulier. Il possède une immense qualité, sa pédagogie. Après un rapide survol de sa carrière militaire en guise d’introduction, que nous dit Pierre de Villiers avec ses mots, sa franchise, son amour de la patrie, de la servir jusqu’au sacrifice de sa vie ? Le monde actuel est particulièrement dangereux (« l’ambiguïté s’ajoute aujourd’hui à l’incertitude ») et il nous appartient d’être vigilant (« l’heure de la fin de l’insouciance a sonné »), de cesser de penser faux (« nous vivons la fin du confort stratégique »). Nous sommes aujourd’hui confrontés à une « belligérance déterritorialisée et imprévisible ». Il n’est qu’à voir la progression fulgurante des ventes d’armes dans le monde au cours des dernières années18. Or, depuis deux décennies (première guerre du Golfe), la France est de plus en plus mobilisé sur des théâtres d’opération extérieure alors que la guerre présente un nouveau visage (« Le code génétique des conflits est en mutation »). Ces engagements présentent sept caractéristiques que Pierre de Villiers regroupe sous sept mots qui commencent par un « d » : durcissement, durée, délai, dispersion, dissémination, désinhibition, digitalisation. Ce changement de paradigme de la guerre – l’effet de surprise fait partie de la donne – doit nous conduire à adopter une stratégie militaire globale. Elle se décline à travers le triptyque suivant : vouloir, agir, pouvoir. Or, précise l’ancien CEMA, afin d’être opérationnelles, les armées ont opéré une transformation silencieuse autour de quelques grands axes pour s’adapter à une double contrainte : le nouveau visage de la guerre et la contrainte financière. Aujourd’hui, pour gagner la paix, il faut accepter, parfois, de faire la guerre : « Si vis pacem, para bellum ». Or, pour mener des guerres sur plusieurs fronts, il est essentiel de disposer des moyens humains et matériels suffisants. Pierre de Villers détaille à cette occasion toutes nos faiblesses accumulées au cours des dernières décennies en raison des coupes budgétaires sauvages imposées par Bercy (Cf. concept de « gains de productivité » appliqué de manière indifférenciée par quelques petits marquis qui ne sont jamais allés sur un théâtre de guerre). « La traduction ordinaire de cette difficile cohérence entre les missions et les moyens est budgétaire ». Or, la loi de programmation militaire couvrant la période 2019-2025 ne permet pas de tenir les engagements jusqu’à l’horizon 2030. Certes, la France peut réclamer un meilleur partage du fardeau avec ses principaux alliés (dans le cadre de l’OTAN, de l’UE mais aussi dans des formats bilatéraux avec les Allemands et les Britanniques) mais il faut un minimum pour notre effort national pour continuer à faire entendre la voix de la France, pour lui conserver sa « grandeur », son « génie ». Diplomatie et militaire sont étroitement liés. L’un ne va pas sans l’autre. S’il appartient au militaire de servir, il lui appartient également de tirer la sonnette d’alarme vis-à-vis du politique. C’est que Pierre de Villiers a fait et qu’il ne regrette pas d’avoir fait quitte à en payer le prix ! Cette formule de Saint-Exupéry résume bien la philosophie générale de la démarche de l’ex-CEMA : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible ». Faute de moyens militaires suffisants (il y a d’énormes retards d’investissements à rattraper), la France passera insensiblement du statut d’acteur à celui de spectateur d’un monde en pleine mutation. Or, l’international demande du temps. Il ne s’improvise pas entre quelques communicants habiles.

Livre ô combien actuel que cet ouvrage de référence – qui permet de mieux comprendre le monde et ses maux – en ces temps de disette budgétaire qui pousse – fait assez rare pour être relevé – les principaux responsables militaires actifs à sortir de leur réserve statutaire pour dénoncer les manques de moyens19. Comme le souligne justement, Pierre de Villiers : « La vraie obéissance se moque de l’obéissance ». Mais, elle a toujours un prix fort. Guy Beart est toujours d’actualité. En le plagiant, on pourrait fredonner : « le général a dit la vérité, il doit être exécuté ». Par ces temps de macron-mania, au pays de la liberté d’expression, il est toujours hasardeux de critiquer la parole jupitérienne. Après avoir lu la dernière page de ce journal d’espoir intitulé « Servir », une seule référence littéraire vient à l’esprit, celle d’Alfred de Vigny, auteur de Servitude et grandeur militaire.

14 Alfred de Vigny, Servitude et grandeur militaire, Folio, 1992.
15 Pierre de Villiers, Servir, Fayard, 2017.
16 Natalie Guibert, Le souci de la pédagogie et Pierre de Villiers, la parole est à la défense, Le Monde, 9 novembre 2017, p. 24.
17 Alain Barluet, Pierre de Villiers sort de sa réserve, Le Figaro, 9 novembre 2017, p. 21.
18 Claude Angeli, L’industrie de la mort veut créer 40 000 emplois, Le Canard enchaîné, 6 décembre 2017, p. 3.
19 Natalie Guibert, La marine française veut un second porte-avions, Le Monde, 6 décembre 2017, p. 6.
 
 
DIPLOMATIE, COMMERCE ET TERRORISME – Ali Baba, 10 décembre. Un bref retour sur la visite d’Emmanuel Macron au Qatar s’impose. La diplomatie consiste à parler à tout le monde, y compris à un pays désigné comme un allié de l’Iran par l’Arabie saoudite de MBS. C’est ce que fait le chef de l’État depuis mai dernier en rompant avec la diplomatie de l’exclusion pratiquée par François Hollande et Laurent Fabius. La diplomatie consiste aussi à favoriser la conclusion de contrats (grands et petits) pour tenter de rééquilibrer notre balance commerciale structurellement déficitaire au titre de la diplomatie économique. C’est ce que fait le chef de l’État – VRP de la marque France – en signant pour plus de 11 milliards de contrats à Doha, en particulier dans le domaine militaire. La diplomatie consiste aussi à lutter contre le terrorisme et son financement. C’est ce que fait le chef de l’État en lançant, lors de sa visite, un dialogue exigeant avec le Qatar soupçonné d’aider quelques groupes terroristes dans la région. Il organise à Paris au printemps prochain une grande conférence sur le financement du terrorisme. Tout va donc très bien dans le meilleur des mondes sauf pour un esprit impertinent et irrévérencieux qui s’interroge. Que se passerait-il si nous découvrions les preuves irréfragables que le Qatar finance le terrorisme ? Serions-nous considérés comme complice de terrorisme ? Nos plus hauts responsables (président de la République, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, ministre des Armées, ambassadeur de France à Doha…) ne risqueraient-ils pas subir le même traitement que les dirigeants de Lafarge-Holcim ? Ne pourraient-ils pas se retrouver un jour traduits devant la Cour pénale internationale ? La question reste ouverte. Méfions-nous de l’avenir ! Au-delà des déclarations lénifiantes et des sourires de façade, ce grand marché à l’armement ne pourrait-il se transformer un jour prochain en marché de dupes ? Noël approche. Attention à ne pas devenir le dindon de la farce. Le cercle vertueux diplomatie-commerce-terrorisme ne pourrait-il pas se transformer en cercle vicieux diplomatie-poursuite-condamnation ?
 
 
JEU DE DUPES AUTOUR DU CAMP DE RUBKAN – Michel Annequin, 10 décembre. A quoi jouent les Américains ? Ils s’étaient engagés à quitter la Syrie une fois Daech défait. Cette promesse s’est envolée. Le 13 novembre dernier, le ministre de la Défense, James Mattis, a annoncé que son pays allait maintenir sa présence militaire jusqu’à ce que les pourparlers intersyriens de Genève aboutissent à un accord politique. Désormais, la « Maison Manche » subordonne le départ de son armée du sol syrien au départ de Bachar al-Assad. Une position qui a le mérite de clarifier les choses. Reste à s’interroger désormais sur le rôle des forces spéciales américaines regroupées à al-tanf dans le sud de la Syrie. Restent-elles pour ramener la paix ou pour entretenir le conflit afin de peser sur les négociations en cours ? Après avoir aidé les rebelles syriens à combattre l’armée syrienne, les 500 soldats américains des forces spéciales s’emploient à encercler les 50 000 réfugiés du camp de Rukban, pour l’essentiel des opposants au pouvoir qu’ils soutenaient par le passé, pour les priver de l’aide humanitaire acheminée par les ONG et l’ONU. Drôle de jeu. Pour ceux qui ont cru pouvoir compter sur les États-Unis la leçon est cruelle. Alors que le centre de réconciliation russe s’emploie à débloquer la situation en proposant une paix des braves, la Maison-Blanche tente d’exploiter la situation en extrayant les combattants les plus aguerris pour les utiliser sur d’autres zones de combat et en organisant le chaos autour du camp de Rubkan. Une manœuvre particulièrement cynique puisqu’elle n’a d’autre objectif que prendre en défaut l’armée syrienne et la Russie. Les rebelles sont encouragés à provoquer l’adversaire afin d’obtenir des frappes. Objectif : montrer que Bachar al-Assad et ses alliés mènent des représailles aveugles.
 
 
LE CRIF NE REPRESENTE PAS LES JUIFS DE FRANCE – UJPF, 8 décembre. Donald Trump vient de violer un peu plus le droit international en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël et en mettant fin pour longtemps à toute perspective de paix fondée sur l’égalité des droits et la justice au Proche-Orient. Il confirme son alignement complet sur les Chrétiens sionistes américains (qui sont des antisémites) et sur un gouvernement israélien d’extrême droite qui a totalement libéré la parole raciste ou la déshumanisation de « l’Autre » La dernière déclaration du CRIF demandant que la France imite Trump est ahurissante. Le CRIF est issu de la résistance. Il a été fondé avec le souci de représenter les Juifs de France dans toute leur diversité après le génocide nazi. Cette diversité était encore perceptible quand Théo Klein en était le président (1983-89). Théo Klein a rompu avec le CRIF en 2012. Le CRIF est devenu, à l’image de l’AIPAC aux Etats-Unis, une officine totalement inféodée à l’extrême droite israélienne. En 2001, l’ancien président Bush avait déclaré « la guerre du bien contre le mal », le mal étant les Arabes, les musulmans, le Tiers-monde. Le CRIF essaie d’enrôler les Juifs de France dans ce camp-là, ce qui est une rupture complète avec leur histoire. L’histoire des Juifs de France, c’est la lutte pour l’émancipation. Elle est marquée par l’acquisition de la citoyenneté pendant la Révolution Française, par l’Affaire Dreyfus pendant laquelle les Juifs ont reçu le soutien de la partie progressiste de la société française, par la résistance juive au nazisme, par l’engagement massif de Juifs dans des combats pour l’égalité et la justice sociale. Faut-il énumérer les actes les plus scandaleux et les déclarations racistes du CRIF ?  En 2002, l’ancien président du CRIF Cukierman a déclaré que le score de Le Pen était « un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles ». Le 31 décembre 2016, William-Gilles Goldnadel, par ailleurs avocat de Florian Philippot et Patrick Buisson (qui a dirigé pendant des années le torchon antisémite « Minute ») explique que : « des colonies de peuplement, contre l’avis des autochtones, il y en a en Seine Saint-Denis. Un Juif est moins étranger en Judée ». Faut-il rappeler les campagnes haineuses contre Jean Ferrat (dont le père a été assassiné à Auschwitz) accusé d’avoir écrit une chanson antisémite (Nuits et Brouillard !) ? Ou la campagne contre Charles Enderlin accusé d’avoir « trafiqué » les images sur la mort du petit Mohammed al-Dura à Gaza en 2000 ? Faut-il rappeler ces « dîners du CRIF » où les responsables politiques qui le souhaitent s’y rendent, mais se doivent de faire allégeance et où les rares autres responsables qui osent émettre le moindre doute sur la politique israélienne se font instantanément traiter d’antisémites ? Non seulement le CRIF soutient une politique raciste contre les Arabes et criminelle contre les Palestiniens, mais cette politique est totalement suicidaire pour les Juifs que le CRIF met sciemment en danger. Cette politique tourne délibérément le dos à la demande légitime de sécurité à laquelle elle prétend répondre. Quand Nétanyahou explique aux Juifs de France que leur pays, c’est Israël et qu’ils doivent partir, on est ahuri du silence d’approbation du CRIF : aucun antisémite depuis Vichy n’avait osé dire aux Juifs qu’ils n’étaient pas chez eux en France. Est-ce la position du CRIF ? Le CRIF soutient-il la loi qui va être présentée à la Knesset faisant d’Israël l’Etat-Nation du peuple juif, excluant les Palestiniens et transformant les Juifs de France en étrangers dans leur propre pays ? Quand Nétanyahou fait une déclaration totalement négationniste (21 octobre 2015) à savoir qu’Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs et que c’est le grand Mufti qui lui aurait soufflé cette solution, on est stupéfait par le silence du CRIF, qui prétend pourtant défendre la mémoire du génocide. L’UJFP s’adresse aux Juifs de France : vous avez une histoire, une mémoire, des identités multiples. Votre place n’est pas au côté d’une officine raciste qui soutient inconditionnellement l’occupation et la destruction de la Palestine. Officine qui essaie de vous séparer des victimes du racisme quotidien. Si vous n’êtes pas persuadés que la politique du CRIF est immorale et tourne le dos à toutes les valeurs juives, soyez persuadés qu’elle vous met sciemment en danger. La place des Juifs de France, c’est d’être au côté de toutes les victimes du racisme ou du colonialisme, c’est d’être pour le « vivre ensemble » et l’égalité des droits. En France et au Proche-Orient.

 

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