Observatoire Géostratégique

numéro 205 / 19 novembre 2018


EN SYRIE, L’OCCIDENT ENCOURAGE TOUJOURS LES PROVOCATIONS – Michel Annequin, 17 novembre. En Syrie, l’Occident encourage toujours les provocations Encore un bel exemple du parti des pris des médias à propos de ce qui se passe en Syrie. Plusieurs témoignages recueillis sur place attestent des efforts déployés par certains groupes terroristes pour faire entrer dans le pays des armes chimiques et des produits toxiques. Au mépris de la vie des populations civiles qu’ils prennent en otage depuis le début du conflit, les islamistes cherchent toujours à mener des actions de provocation. Ces ultimes efforts de déstabilisation sont menés avec la complicité des Casques blancs et le soutien des capitales occidentales qui n’ignorent rien de leur double-jeu et de l’affiliation de leurs principaux chefs à des unités combattantes d’al Qaida. Cette alliance contre nature mine les efforts de réconciliation qu’encouragent le gouvernement syrien et la Russie dont on a amplifié le rôle militaire pour en minimiser l’engagement en faveur de solutions diplomatiques et humanitaires. Les avertissements lancés devant le Conseil de sécurité et étayés par des documents et des témoignages sont restés lettre morte.  Evidemment, si de nouvelles attaques chimiques ont lieu, les responsables politiques occidentaux et les nervis de ces manoeuvres mortifères que sont les médias, les pseudos experts indépendants et les faux défenseurs de droits de l’homme dénonceront à l’unisson les crimes commis par le pouvoir syrien avec l’appui de la Russie et de l’Iran. Quant à ceux qui essaient de casser cette manipulation en montrant l’ignominie du mensonge, ils seront accusés de colporter des fakes news. Mais tôt où tard, les historiens feront leur travail et la vérité éclatera sur cet épisode tragique de notre histoire contemporaine. Pour l’heure, il est évident que le but principal de ces provocations chimiques ne vise qu’à donner une nouvelle occasion aux Etats-Unis, à la France et la Grande-Bretagne pour mener des frappes contre un pouvoir qui n’est pas à leur botte.  Qui viole le droit international ? Qui viole la charte des Nations Unies ?  Tout cela ne vise qu’à saper la mise en place du processus politique parce que l’issue qui se dessine n’est pas celle qu’ils imaginaient.
 
 
NOUVELLE ANNULATION D’UN COLLOQUE – Agences, 15 novembre. Un nouveau colloque de l’IHEDN co-organisé par l’AR4 (Bourgogne) de l’Institut et le CNC-IHEDN sur le thème de l’endoctrinement salafiste et de la radicalisation vient d’être annulé pour cause d’oukase du plus haut niveau. L’IHEDN serait-il devenu un préoccupant centre de subversion ? Doit-on considérer qu’un Général de Division de Gendarmerie et le Maire de Dijon qui devaient intervenir dans ce colloque sont de dangereux révolutionnaires ? Les problèmes de terrorisme et de radicalisation sont-ils du seul ressort et de la seule compétence des autorités préfectorales ? Il semblerait que oui puisque : « Le Directeur de Cabinet (du Préfet de région) ainsi que la chargée de mission radicalisation de la Préfecture n’ont pas souhaité que la société civile et associative puisse intervenir sur un thème qu’ils estiment ne relever que de leurs uniques prérogatives ».
 
 
DEUXIEME PORTE-AVIONS – Agences, 15 novembre. Le président de la République était hier à bord du Charles de Gaulle, en phase de remontée en puissance à l’issue de sa refonte à mi-vie. Interrogé sur l’opportunité de construire un ou deux nouveaux porte-avions, Emmanuel Macron a annoncé que la décision serait prise sous deux ans. « Il est aujourd’hui trop tôt pour le dire. J’ai lancé les études, dans 18 mois, c’est l’année 2020 qui sera opportune pour prendre une telle décision ».
 
 
BREXIT : DU MÉPRIS À LA HAINE DES PEUPLES – Guillaume Berlat. « La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » déclarait le 16ème président des États-Unis, Abraham Lincoln, il y a deux siècles déjà ! À s’en tenir à cette définition, il semble que les pays de l’Union européenne soient de moins en moins des démocraties. Et cela en contradiction flagrante avec la Charte des droits fondamentaux adoptée en 20001. En effet, une grande partie de l’intelligentsia européenne éprouve désormais une peur panique des peuples de l’Europe accusés de tous les maux lorsqu’ils refusent de se soumettre à ses Diktats. Nous en avons un exemple frappant avec l’accord conclu à Bruxelles le 13 novembre 2018 entre la Commission européenne et le Royaume-Uni sur les conditions du « Brexit » (divorce à l’amiable ou pas ?)2. Que n’a-t-on entendu et continue-t-on d’entendre comme inepties que ne relèvent pas nos folliculaires incultes et pleutres ! Comme toujours, nos perroquets à carte de presse s’en tiennent à l’écume des jours médiatique, refusant de se livrer à un authentique travail d’investigation sur le cœur des dossiers. Cela les aiderait à mieux appréhender ce qu’ils qualifient de « montée des populismes ».

Force est, d’abord, de constater que nous ne connaissons rien du contenu de l’accord conclu. Le seul point que l’on daigne nous dévoiler porte sur la frontière entre les deux Irlande qui ne serait pas rétablie. Mais, à part cela, c’est mystère et pomme d’arrosoir. Notre brillant négociateur européen, le crétin des Alpes, Michel Barnier nous assure que c’est le meilleur accord que l’Union européenne ait pu obtenir et que la Perfide Albion est allée a quia sous ses coups de boutoir répétés. Il est tellement excellent qu’il s’agit un accord secret. Vous n’y pensez, pas, pouilleux de citoyens européens que vous êtes, en prendre connaissance, c’est tout bonnement impensable. Vous n’y comprendriez rien, étant rédigé dans un sabir technocratique européen, la novlangue des clercs, ceux qui nous ont trahi depuis bien longtemps. « Trahison des clercs »3 qu’évoque explicitement le président de la République, Emmanuel Macron lors de son discours du 11 novembre 2018 sous l’Arc de Triomphe à Paris : « Ensemble, nous pouvons rompre avec la nouvelle « trahison des clercs » qui est à l’œuvre, celle qui alimente les contre-vérités, accepte les injustices qui minent nos peuples, nourrit les extrêmes et l’obscurantisme »4. Que tout cela est bien tourné ! Le seul inconvénient est que cette prose grandiloquente n’a qu’un lointain rapport avec la réalité. Du moins, avec celle que ressentent les peuples en colère.

Force est, ensuite, de constater, que personne ne nous parle d’une consultation des parlements nationaux, du parlement nationaux, et, encore moins, des peuples, qui sont les premiers concernés. C’est ce que l’on appelle la politique du fait accompli. On pense et on négocie pour vous, pour votre plus grand plaisir. Et, vous n’aurez qu’à signer au bas de la page en ajoutant la mention « lu et approuvé » assorti des remerciements les plus vifs adressés à nos élites pleines de magnificence et de munificence. Si tel n’était pas le cas, vous feriez partie de cette ignoble France « sans ambition, repliée et frileuse », la « petite France [de]petits Français » … Cette France, un peu rance, qui fait tout de même peur avec ces « gilets jaunes »5. Une peur comme en éprouvaient les bourgeois épouvantés de 1848 ou de 1871, la peur de la Révolution et de la dépossession de cette « Noblesse d’État »6. Car c’est bien de cela que tremble tout un petit monde confortablement installé depuis plus d’un demi-siècle dans ses certitudes, ses anathèmes et ses privilèges. Mais, que cette France lépreuse se console parce que nous dit le président du Conseil européen, Donald Tusk, les Vingt-Sept ont fait preuve d’une remarquable unité durant toute la négociation. Unité sur quels principes, sur quelles modalités concrètes, vous n’en saurez pas davantage tant toute cette négociation s’est déroulée à l’insu de votre plein gré. Alléluia !

Force est enfin de constater que quelques bons apôtres, des deux côtés de la Manche, tentent d’instiller l’idée saugrenue que l’on pourrait effacer tout cela en demandant au peuple britannique de se prononcer à nouveau7. C’est que les citoyens qui avaient voté pour le divorce avec l’Union européenne n’auraient à l’époque pas bien compris la signification réelle de la question qui leur était posée. Pire encore, ils auraient été influencés par des « fake news » venus de Moscou, le pays de la propagande et de la manipulation de l’information, les mêmes informations bidon qui expliquent l’élection de Donald Trump, les succès des Orban, Salvini et autres gueux comme ceux de l’AFD en Allemagne et du OVP-FPO en Autriche. Les mêmes informations bidon qui pourraient expliquer les mauvais résultats des partis traditionnels aux prochaines élections au Parlement européen (26 mai 2018). Les anti-Brexit auraient été muselés et ainsi rendus inaudible pendant la campagne référendaire8. À quoi assiste-t-on de nos jours ? À une fronde du peuple britannique s’ajoute celle de ses représentants (démission de cinq ministres) qui estiment que le compte n’y est pas pour le Royaume-Uni9. Manifestement, tous ces gens ne sont pas persuadés par l’idée d’un « meilleur accord perdant-perdant »10. Ils penseraient même le contraire si on le leur demandait à travers un nouveau référendum. Chiche !

« Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible, rendront une révolution violente inévitable », proclamait avec pertinence au siècle dernier John Fitzgerald Kennedy. Il règne aujourd’hui en France un climat de haine sociale particulièrement préoccupant. Nous ne parlons pas ici bien sûr de la bonne vieille détestation du beauf qui, après avoir été un argument de campagne, est quasiment autorisée quand elle n’est pas encouragée. Non, nous voulons parler de cette haine du peuple que des élites « progressistes » propagent de façon alarmante11. Aujourd’hui, l’Union européenne est victime de la tyrannie d’un pouvoir technocratique et d’une grave crise démocratique, une sorte « d’anorexie démocratique ». La « souveraineté européenne est une antinomie »12, une chimère au même titre que le couple franco-allemand. Elle constitue un mauvais alibi pour justifier une gouvernance conduite par des experts non élus et des technocrates sans légitimité démocratique13. Quand c’est flou, y a un loup comme disait l’autre avec l’accord conclu par Michel Barnier. Avec le « Brexit », nous sommes passés, en France et en Europe, de proche en proche, du mépris à la haine des peuples.

1 « Les peuples de l’Europe, en établissant entre eux une union sans cesse plus étroite, ont décidé de partager un avenir pacifique fondé sur des valeurs communes. Consciente de son patrimoine spirituel et moral, l’Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité ; elle repose sur le principe de la démocratie et le principe de l’État de droit », préambule de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (2000), www.europarl.europa.eu
2 Florentin Collomp, Brexit : un accord sur la table de Theresa May, Le Figaro, 14 novembre 2018, p. 7.
3 Julien Benda, La trahison des clercs, Grasset, 1927.
4 Emmanuel Macron « Additionner nos espoirs au lieu d’opposer nos peurs », Le Monde, 13 novembre 2018, p. 15.
5 Aline Leclerc, « Gilets jaunes » : radiographie d’une colère, Le Monde, Économie & Entreprise, 17 novembre 2018, pp. 1-2-3.
6 Pierre Bourdieu, La Noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, Les éditions de Minuit, 1989.
7 Philippe Bernard, Les pro-européens se mobilisent pour un nouveau vote, Le Monde, 17 novembre 2018, p. 3.
8 Philippe Bernard, Des anti-brexit « not sorry », Le Monde, idées, 17 novembre 2018, p. 8.
9 Philippe Bernard, La fronde monte, Theresa May s’accroche, Le Monde, 17 novembre 2018, p. 2.
10 Éditorial, Brexit : le meilleur accord perdant-perdant, Le Monde, 16 novembre 2018, p. 22.
11 Camille Pascal, Du mépris à la haine du peuple, www.valeursactuelles.com , 15 mai 2014.
12 Coralie Delaume (propos recueillis par Lucas Bretonnier, « La ‘souveraineté européenne’ est une antinomie », Marianne, 16-22 novembre 2018, p. 33.
13 Henri Pena-Ruiz, L’alibi de la souveraineté européenne, Marianne, 16-22 novembre 2018, p. 46.
 
 
JUPITER LE BENÊT – Jean Daspry. « La psychanalyse est un remède contre l’ignorance, elle est sans effet sur la connerie » (Jacques Lacan). Quel dommage, les électeurs continueront d’élire des génies bardés de diplômes qui n’ont aucune intelligence des situations. On ne vise personne14. Manifestement, les mois passent, les semaines passent, les jours passent et les Français découvrent, avec stupéfaction, que leur brillant président de la République manque souvent du bon sens élémentaire dans son appréciation des situations concrètes auxquelles il est confronté15. Et les exemples de ses erreurs d’appréciation impardonnables se multiplient à un allure grand V de telle sorte que l’on pourrait commencer à en dresser un inventaire à la Prévert, sorte de sottisier du quinquennat macronien. Et les actes de contrition de l’intéressé – hormis un timide mea culpa de circonstance le 14 novembre 201816 – se font attendre tant il n’est pas question d’avouer ses propres turpitudes lorsque l’on est un génie de la parole (trop) fréquente17.

JUPITER ET PÉTAIN

Le moins que l’on puisse dire est que ses récents propos sur le maréchal Pétain – figure ô combien controversée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale – ont fait l’effet d’une bombe. Jupiter n’avait pas conscience que le sujet était hautement inflammable et prêterait immanquablement à polémique. Ce qui fut immédiatement le cas ! Mais que fait Jupiter pour tenter de sortir du mauvais pas dans lequel il s’est lui-même mis ? Il fait dire par ses Éliacins qu’il aurait été mal conseillé par les plus hauts gradés de l’armée française18. Si tant est que cela ait été le cas, notre brillant sujet n’aurait-il pas pu anticiper que la question de la commémoration des maréchaux de la Première Guerre mondiale aux Invalides ne passerait pas inaperçue ? N’est-ce pas au plus haut responsable de la France d’assumer les conséquences de ses propres propos et non à ses collaborateurs ? Ne va-t-il pas sanctionner tous ces militaires séditieux ? Avant de faire des évocations historiques comme cela été dernièrement le cas avec les années 30, il faudrait commencer par apprendre l’Histoire dans toute sa complexité et sa variété19.

Manifestement, l’on n’enseigne pas à l’ENA quelques rudiments d’Histoire à ses brillants sujets.

JUPITER ET TRUMP

Le moins que l’on puisse dire est que la sortie d’Emmanuel Macron du 11 novembre 2018 sous l’Arc de triomphe à peine voilée contre l’unilatéralisme de Donald Trump20 et sa proposition « d’armée européenne » n’ont pas été du goût de l’intéressé21. Il a jugé la première déplacée et la seconde « très insultante »22. Il a complété sa première bordée de tweets par une seconde ridiculisant un président qui s’agitait pour exister alors que sa côte de popularité était au plus bas et que le taux de chômage en France est aussi élevé23. Jupiter aurait dû savoir que les Américains n’ont aucun sens de l’humour pour tout ce qui les concerne et qu’ils considèrent leurs alliées comme des vassaux. Par ailleurs, ils n’apprécient guère qu’un jeune freluquet vienne leur faire la leçon devant plusieurs dizaines de chefs d’État et de gouvernement étrangers un jour de commémoration des morts de la Première Guerre mondiale (des Américains sont morts sur le sol français)24. D’autant plus qu’il fait la part belle aux Allemands pour ne pas gâcher la réconciliation franco-allemande25. Cela fait aussi partie des usages diplomatiques quoi qu’on puisse penser du président américain, de ses facéties et de sa grossièreté.

Manifestement, l’on n’enseigne pas à l’ENA quelques rudiments de pratique diplomatique à ses brillants sujets.

JUPITER ET POUTINE

Le moins que l’on puisse dire est que son appel – ridicule au demeurant – en faveur de la promotion de « la liberté d’opinion et d’expression » (signé par Calos Alvarado, Béji Caïd Essebsi, Saad Hariri, Emmanuel Macron, Macky Sall, Erna Solberg et Justin Trudeau)26 vise, sans la nommer, la Russie de Vladimir Poutine. Voici ce qu’on peut lire dans ce morceau de bravoure médiatique :

« Il est urgent, dans ce contexte, que nos démocraties se mobilisent. Elles ne doivent pas céder à la résignation. Il est urgent de protéger notre accès à une information indépendante, pluraliste, basée sur des faits, condition indispensable pour que les individus se forgent librement une opinion et participent valablement au débat démocratique. C’est la raison pour laquelle nous saluons le travail de la Commission internationale indépendante qui a présenté, le 11 novembre 2018 au Forum de Paris sur la paix, le résultat de ses travaux ».

C’est l’hôpital qui se moque de la charité. Tout ceci est du plus grand comique de la part d’un pays comme la France qui censure des colloques sur le terrorisme27 et qui stigmatise comme « populiste »28 toute personne qui critique le fonctionnement de l’Union européenne. Pays qui va légiférer sur les « fake news » en période électorale. Pense-t-on raisonnablement que c’est avec ce genre de procédés – qui relève de la propagande et de l’information bidon que nous dénonçons à longueur de journée – que nous allons rétablir une relation de confiance avec la Russie ? Confiance d’autant plus importante et nécessaire lorsque l’on organise un Forum pour la paix à Paris justifié par la nécessité de renforcer confiance et sécurité en Europe et dans le monde.

Manifestement, l’on n’enseigne pas à l’ENA quelques rudiments de logique (d’humilité) à ses brillants sujets.

Il est inutile de rappeler que toutes ces facéties font les délices des chancelleries étrangères, des médias étrangers qui jugent très sévèrement l’action intérieure29 et internationale de Kim Jong-Macron, l’homme qui fait la leçon à la planète entière et qui n’apprécie pas qu’on lui serve, à l’occasion, ses quatre vérités (Arabie saoudite30 et Yémen en particulier31). Sur le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, le 14 novembre 2018, Jupiter confesse mezzo voce quelques erreurs d’appréciation : sur Donald Trump (qu’il n’a pas su comprendre), sur le lien de confiance entre les politiques et les citoyens (qu’il n’a pas su rétablir), sur la compréhension de sa politique (qu’il n’a pas su expliquer). Il est vrai que notre chef de l’État fait de la diplomatie parallèle – celle de Paul Soler, conseiller de l’amiral Bernard Rogel, chef d’état-major particulier du président de la République, à lire Le Monde32 – de la diplomatie tous azimuts, y compris en Libye avec le succès que l’on sait. Au fil des jours, Emmanuel Macron l’intelligent se transforme lentement mais sûrement en Jupiter le benêt.

14 Frédéric Pagès, Pas si con que ça !, Le Canard enchaîné, 14 novembre 2018, p. 6.
15 Louis Haushalter, Le virage contraint de Macron, Marianne, 16-22 novembre 2018, pp. 31-32.
16 Virginie Malingre, Le mea culpa de Macron, Le Monde, 16 novembre 2018, p. 7.
17 Guillaume Tabard, Macron défié sur la crédibilité de sa parole, Le Figaro, 13 novembre 2018, p. 2.
18 Hervé Liffran, Macron piégé par ses généraux dans l’affaire Pétain, Le Canard enchaîné, 14 novembre 2018, p. 3.
19 Johann Chapoutot, « L’obsession des années 1930 est un phénomène très français », Le Figaro, 13 novembre 2018, p. 18
20 Renaud Girard, La cyberguerre, Trump et Macron, Le Figaro, 13 novembre 2018, p. 19.
21 Sylvie Kaufmann, Ceci n’est pas une armée, Le Monde, 15 novembre 2018, p. 23.
22 Tweet de Donald Trump, « Le président français Macron vient de suggérer que l’Europe développe sa propre capacité militaire pour se protéger des États-Unis, de la Chine et de la Russie. Quelle insulte ! », 9 novembre 2018.
23 Virginie Malingre/Marc Semo, Sur Twitter, Trump règle ses comptes, Le Monde, 15 novembre 2018, p. 4.
24 La discorde chez l’allié, Le Canard enchaîné, 14 novembre 2018, p. 2.
25 Éric Zemmour, Un siècle après la fin de la Grande Guerre, les non-dits du 11 novembre 2018, Le Figaro Magazine, 9 novembre 2018, p. 48.
26 Carlos Alvaredo/Beiji Caïd Essebsi/Saad Hariri/Emmanuel Macron/Macky Sall/Erna Solberg/Justin Trudeau, « Nous, chefs d’État, nous nous engageons à promouvoir la liberté d’opinion et d’expression », Le Monde, 15 novembre 2011, p. 21.
27 Richard Labévière, Retour à la censure en France ou l’étrange Monsieur Araud, www.prochetmoyen-orient.ch , 12 novembre 2018.
28 Henri Pena-Ruiz, Populiste, le gros mot à tout faire, Marianne, 9-15 novembre 2018, p. 40.
29 Guillaume Guichard, Quelles conséquences sur la dette si la crise revenait ?, Le Figaro, 13 novembre 2018, p. 17.
30 Benjamin Barthe, Affaire Kashoggi : “MBS” reste intouchable à Riyad, Le Monde, 17 novembre 2018, p. 7.
31 Louis Imbert/Marc Semo, Efforts diplomatiques en faveur de négociations au Yémen, Le Monde, 15 novembre 2018, p. 6.
32 Frédéric Bobin/Jacques Follorou, Le dossier libyen, domaine de plus en plus réservé de l’Élysée, Le Monde, 16 novembre 2018, p. 6.
 
 
MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE : LES RAVAGES DE LA CASTE – Ali baba. Le mot caste est utilisé pour désigner avec un sens péjoratif, une classe fermée de la société qui, par cette fermeture, notamment par son mode d’accès, cherche à préserver ses privilèges et ses caractères33. C’est par ce terme que l’ex-journaliste du quotidien Le Monde et, aujourd’hui actionnaire du site mediapart, Laurent Mauduit désigne les fonctionnaires de Bercy issus de l’ENA qui peuplent les sociétés du CAC 40 mais, aussi et surtout, les rouages les plus importants de l’État. Tel est le cas de l’inspecteur des Finances, aujourd’hui président de la République qui a pour nom Emmanuel Macron. C’est à ce voyage au bout de cette « noblesse d’État »34 que nous convie Laurent Mauduit avec son dernier ouvrage La Caste35.

FRANCE OU LA DÉMOCRATIE CONFISQUÉE

L’auteur met le doigt sur un réel problème dans une authentique démocratie et un état de droit digne de ce nom : le périmètre de la déontologie des hauts fonctionnaires qui évoluent au gré des circonstances entre leur ministère d’origine et le secteur semi-public ou privé. Pour étayer sa démonstration, Laurent Mauduit restreint le champ de sa recherche au seul cas des hauts fonctionnaires du ministère des Finances (anciens élèves de l’ENA, principalement sortis à l’Inspection des Finances) qui abandonnent rapidement le service public pour le monde de la banque et des grandes entreprises. Il met en évidence la pratique bien connue du « pantouflage » mais aussi, celle moins connue du « rétropantouflage » (retour du privé vers le public) qui comporte d’importants risques de conflits d’intérêt. Laurent Mauduit organise sa présentation (200 pages) autour de quelques grandes têtes de chapitre : Hold-up sur le CAC 40, Hold-up sur l’4Etat, Aux origines d’un système consanguin, Les croisés de la pensée unique, En marche vers l’administration parti, Emmanuel le Petit, « les eaux glacés du calcul égoïste », L’alerte de Marc Bloch, Dérives européennes. Exemples concrets à l’appui, l’auteur fait le procès de cette oligarchie (« groupe qui survit à toutes les alternances, par-delà les bouleversements ») – qu’il qualifie de Caste – détourne le service de l’intérêt général au profit d’intérêts particuliers. De son point de vue, « la neutralité de l’État n’est plus garantie et son impartialité est même ruinée ». Il n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser « une haute fonction publique vénale, attirée par l’argent » et où « l’intérêt général n’a plus grand sens dans certains cénacles de la haute fonction publique ». Plus grave encore, ces agents publics semblent au-dessus des lois et de la déontologie : « le code pénal n’est plus qu’un chiffon de papier et le code de déontologie de la fonction publique a été jeté à la poubelle ». Laurent Mauduit rappelle les divers avertissements lancés en son temps par de brillants penseurs comme Alexis de Tocqueville (« Le despotisme administratif est le seul qu’aient à craindre les démocraties ») ou Marc Bloch, l’auteur de L’étrange défaite, pour ne citer que les principaux. Aujourd’hui, la porosité entre le public et le privé prend de telles proportions qu’elle va jusqu’à changer « la face de l’État » (Alexis de Tocqueville). Cette Caste, issue de l’ENA (« agrégation du conformisme et de la pensée unique ») participe d’un processus « d’anorexie démocratique ». Cette Caste (« les grands prêtres de la religion officielle, les croisés de la pensée unique ») a des « obsessions, des idées fixes qu’elle ratiocine » : le libéralisme, la globalisation, le mépris du peuple et de la démocratie, la déification des « dérives européennes », l’amour de la consanguinité et de la techno structure bruxelloise, l’attrait pour le « calcul égoïste », l’appât du gain, le court-termisme, le rejet de l’originalité… Comme cela était largement prévisible, Laurent Maudit consacre de longs développements à celui qui représente l’archétype de cette Caste, à savoir Emmanuel Macron, ce jeune Rastignac qu’il caricature en Napoléon adepte du pouvoir bonapartiste. En conclusion, et en s’inspirant de « l’alerte » lancée par Marc Bloch « La République a payé de leur reniement l’une de ses plus fâcheuses défaillances »), Laurent Mauduit propose d’en finir avec la Cinquième République qui permet toutes ces dérives antidémocratiques et de supprimer l’ENA pour redonner à l’université sa fonction de formatrice des élites et pour laisser chacun des ministères procéder à ses propres recrutements comme cela se pratiquait dans le passé et se pratique encore chez nos voisins.

MAUDUIT OU LA CONFUSION ASSUMÉE

Si le diagnostic sur ce mal français de la haute fonction publique porté par Laurent Mauduit ne manque pas de pertinence, sa démonstration pêche, selon nous, à divers titres et s’en trouve immanquablement affaiblie. Tout d’abord, la lecture laisse perplexe au fil des pages tant les retours en arrière sont fréquents et affaiblissent la démarche intellectuelle de l’auteur. Nous avons parfois l’impression que, pris par sa fougue, Laurent Mauduit en perd sa rigueur intellectuelle et scientifique Ensuite, conséquence de ce qui précède, l’auteur pratique la confusion méthodologique qui consiste à ne pas définir l’objet de son étude de manière précise au début de sa recherche – il faut attendre les 30 dernières pages et encore et l’approche de ce qu’est l’ENA est extrêmement floue – pour planter le décor. Pour être plus convaincant, l’ouvrage aurait dû partir d’un rapide historique de la haute fonction publique en France et démonter en quoi le système de l’ENA était différent ou comparable au précédent. Il aurait dû expliquer les conditions de recrutement, la scolarité, le rang de sortie, la différence entre les grands corps (Conseil d’État auquel il ne consacre que quelques lignes, Cour des Comptes et Inspection des Finances) et le reste (administrateurs civils pour la plupart). Et alors démonter en quoi tous ces grands corps bénéficient d’un régime exorbitant du droit commun tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leur structure d’origine. Et, ce n’est qu’ensuite, après l’approche générale que les exemples (qui apparaissent dès le début de l’ouvrage) seraient venus conforter la démonstration scientifique. Nous regrettons qu’aucune statistique objective ne soit fournie sur les promotions de l’ENA, les ratios des grands corps, de ceux qui sont dedans et dehors. On dit qu’un tiers des membres du Conseil d’État officie à l’extérieur du Palais-Royal et que ce déficit est complété par des recrutements extérieurs (politiques ou administratifs avec les conseiller en service extraordinaire). Enfin, et une fois de plus conséquence de ce qui précède, l’ouvrage est frappé au sceau d’un parti pris idéologique qui est le révélateur du site mediapart et de son approche manichéenne des problèmes de société. C’est que Laurent Mauduit, comme son mentor Edwy Plenel, est avant tout un idéologue, adepte de Karl Marx qu’il cite à plusieurs reprises dans son livre. Le libéralisme a montré ses limites mais il peut et doit être réformé. A-t-il autre chose à proposer ? Penser que c’est en changeant de Constitution que l’on va changer les mentalités de la haute fonction publique, c’est faire fausse route. Marque de fabrique de mediapart, le recours permanent à la dénonciation ad hominem et à la délation permanente (il cite justement le sinistre Vincent Jauvert de l’Obs qui vit de cette délation avec ses torchons au goût de souffre), un parfum vichyssois peu agréable surtout lorsque on se veut irréprochable. Dans ce genre d’ouvrage, une grande rigueur est de bon aloi. Le recours aux témoignages anonymes laisse perplexe. Ne s’agit-il pas de la couverture de vulgaires règlements de compte entre les membres de la Caste ? La transparence la plus complète est le meilleur gage de l’information objective.

Nous ne saurions trop conseiller la lecture de cet ouvrage qui dévoile la face cachée des Carrières de ce que l’on a coutume de qualifier des « grands serviteurs de l’État ». Espèce en voie de disparition tant le Servir est devenu le Se Servir. Qu’est devenu le souci des « intérêts communs » ? Laurent Mauduit pose de vraies questions rarement abordées si ce n’est par des ouvrages d’experts qui ne connaissent pas une grande diffusion auprès du public. En réalité, la démonstration, limitée au seul cas des hauts fonctionnaires de Bercy, est incomplète et perd en signification générale. Merci tout de même d’avoir mis en évidence les ravages de la Caste dans notre pseudo-démocratie française et ses valeurs vantée par Emmanuel Macron lors de son discours du 11 novembre 2018 à l’Arc de Triomphe.

33 http://www.toupie.org/Dictionnaire/Caste.htm
34 Pierre Bourdieu, La Noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, éditions de Minuit, 1989.
35 Laurent Mauduit, La Caste. Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir, La Découverte, 2018.
 
 
UN SCOOP DE LOUIS GAUTIER : « L’EUROPE EST FRAGILE ET DOIT SE DEFENDRE » – Reuters, 16 novembre. L’ancien secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN, Louis Gautier, doit remettre son rapport sur la défense européenne d’ici à la fin de l’année au président Emmanuel Macron. Le sujet a soixante-quatre ans d’existence. Pour les uns, notamment la France, c’est un impératif ; pour les autres pays, cela reste une incantation, voire une chimère. Le serpent de mer de la défense européenne a, pourtant, rarement été autant d’actualité, ces temps-ci. Depuis son discours à la Sorbonne, en 2017, Emmanuel Macron, qui ambitionne de devenir le leader de l’Europe, en a fait un marqueur de sa politique. Le président français multiplie les initiatives, les rapports et les déclarations volontaristes contre les coups de boutoirs de Donald Trump. En visite sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, dans la nuit du 13 au 14 novembre, Macron a de nouveau plaidé pour une défense européenne plus "autonome" vis-à-vis de l’allié américain. Quelques jours plus tôt, le chef de l’État avait appelé de ses voeux une "véritable armée européenne" – sans en préciser les contours – afin de mieux protéger le continent contre la Chine et la Russie. A cette liste, Macron avait ajouté, dans une formule maladroite, les États-Unis – car Paris doute des intentions américaines en Europe. Ces propos, tenus à quelques jours des cérémonies du 11 Novembre – et à la veille de la première réunion, à Paris, des neuf pays signataires de l’initiative européenne d’intervention (IEI), poussée par Paris – ont déclenché l’ire de Donald Trump. " Très insultant mais peut-être que l’Europe devrait d’abord payer sa part à l’Otan que les États-Unis subventionnent largement !", a tweeté le président américain. Contre toute attente, Angela Merkel a aussitôt emboîté le pas du président français, en appelant, le 13 novembre, à Strasbourg, à "élaborer une vision nous permettant d’arriver un jour à une véritable armée européenne."  Cette polémique survient au moment où une note d’étape vient d’être remis par Louis Gautier à Emmanuel Macron. En mai, l’ancien secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) – un organe qui dépend du Premier ministre – s’était vu confier une mission sur le sujet. Il devrait remettre son rapport définitif à la fin de l’année. Ce magistrat à la Cour des comptes dresse d’abord le constat de la situation. "Les Européens sont sous le coup de plusieurs électrochocs qui ont eu lieu ces dernières années, souligne Louis Gautier : invasion de la Crimée par la Russie, en 2014, attentats djihadistes, en 2015, cyberattaques WannaCry et NotPetya, en 2017… Ce qui relevait, dans nos rapports, de l’analyse prévisionnelle est devenu un constat : l’Europe est fragile. La question de la sécurisation des frontières l’a démontré tout comme la nécessité de rehausser et surtout d’égaliser les niveaux de protection de nos infrastructures critiques [réseaux de communications, de transports, d’électricité… NDLR] Nous sommes aussi soumis à des formes d’action ou de provocation -menées de façon discrètes dans les domaines cyber, spatial ou même sous-marin- qui ont pour but d’intimider l’Europe. Il est clair, aujourd’hui, qu’aucun des États membres ne peut faire face seul à ces défis et que personne ne le fera à leur place. D’autant que Donald Trump entretient le flou sur les intentions des États-Unis à l’égard de l’Europe. Nous devons au sein de l’Union assurer la solidarité et l’efficacité de nos réponses collectives." Dans ce moment critique, l’année 2017 constitue une période de relance de la défense européenne, estime l’expert. Elle en a déjà connu par le passé, notamment après la chute du communisme, dans les années 1990, et après la guerre du Kosovo, en 1999, mais, à chaque fois, ces tentatives s’étaient enrayées. Ces derniers mois, trois nouveaux mécanismes ont été lancés : la coopération structurée permanente – pour les programmes d’équipements -, l’initiative européenne d’intervention – qui vise à créer une culture stratégique commune – et un fonds européen de défense doté de 13 milliards d’euros sur sept ans, à partir de 2021. "Si l’on ajoute d’autres crédits, dédiés à la mobilité ou au spatial, par exemple, l’enveloppe atteint près de 30 milliards d’euros à l’horizon de 2027, c’est considérable", souligne Gautier. Problème : les États membres devront trouver un consensus pour valoriser les projets clefs. "Il y a un risque de divergences, confirme Louis Gautier. Ce fonds ne doit pas susciter la concurrence au sein de l’Union, mais renforcer la compétitivité des Européens." Selon lui, les 27 doivent, d’abord, définir un corps de doctrine afin d’orienter les projets et les investissements à venir de ce nouveau fonds. "Il faut donner, au plan militaire comme au plan industriel, un contenu raisonnable à la notion d’autonomie stratégique", précise-t-il.

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