Observatoire Géostratégique

numéro 294 / 3 août 2020

ET SI DONALD TRUMP REMPILAIT EN 2021 ? DE L’IMPORTANCE DE LA PRÉVISION SÉRIEUSE !

« La prévision est difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » (Pierre Dac). Notre élite auto-proclamée est bien placée pour le savoir tant la liste de ses erreurs d’anticipation sur les questions internationales (ne parlons-pas des questions intérieures), au cours de la dernière décennie, est impressionnante1. Si la prévision n’est pas et ne sera jamais une science exacte – méfions-nous des mirages de l’intelligence artificielle ! -, elle peut être utile à condition d’être appréhendée raisonnablement. Que voulons-nous dire ? L’expérience passée enseigne les leçons suivantes : importance d’une démarche frappée au sceau de l’humilité ; bannissant l’arrogance à la française ; conjuguant passé, présent et avenir ainsi que temps long et vaste espace de référence ; n’excluant aucune hypothèse de travail, y compris et surtout les plus improbables (« penser l’impensable ») ; réfutant les chemins de l’a priori et de l’idée préconçue… À ce prix, la prévision peut s’avérer utile dans la mesure où l’on se prépare toujours mieux à une hypothèse que l’on a envisagée qu’à celle que l’on a ignorée (Cf. la crise du Covid-19 que de nombreux experts des pandémies jugées probables après celle du Sras, de la grippe aviaire, du H1N1, d’Ebola…)2. Essayons de nous livrer à un rapide survol de la prévision pour les présidentielles américaines couvrant la période allant de la dernière campagne électorale à l’actuelle, chahutée par la crise du Covid-19.

HILLARY CLINTON DONNÉE À LA MAISON BLANCHE

Souvenons, qu’après le vote sur le « Brexit », hypothèse écartée a priori parce qu’elle contredisait la doxa européiste ambiante, nos crânes d’œufs et leurs courtisans (Cf. notre comique ambassadeur à Washington à l’époque, l’ambassadeur dignitaire de France, Gérard Araud3) moquaient ceux – rares au demeurant – qui pensaient possible la victoire de Donald Trump face à Hillary Clinton4. Pourquoi une telle erreur impardonnable ? Pour une simple et bonne raison : certains ne voulaient pas envisager – y compris à titre d’hypothèse peu vraisemblable – que le peuple américain préfère l’homme à la mèche blonde à la fausse blonde, ex-première Dame, épouse d’un sacré sauteur. Par ailleurs dans les dîners en ville aux bords du Potomac – la capitale Washington est très démocrate – que fréquentaient l’ambassadeur et sa mauvaise troupe, on ne pariait pas un seul dollar sur la victoire de l’homme dont on ne voulait. La machine à désinformation de la côte Est fonctionnait à plein régime pour discréditer le milliardaire new-yorkais et répétait que la question de son éventuelle désignation était une simple hypothèse d’école qu’il fallait ignorer. Et tous les gogos sont tombés à pieds joints dans le panneau parce qu’ils le voulaient bien. Nous avons pu mesurer le résultat de cette inconséquence doublée d’incohérence.

DONALD TRUMP RECONDUIT À LA MAISON BLANCHE

À six mois de la prochaine échéance présidentielle aux États-Unis (novembre 2020), les pronostics vont bon train chez les oracles à la boule de cristal opaque. Comment les résumer sommairement ? Avant la crise du Covid-19, ils (Gérard Araud en tête de gondole) n’excluaient plus une victoire de Donald Trump contre le vieux cheval de retour, Joe Biden. Pour étayer leur pronostic, ils mettaient en avant les raisons suivantes : situation économique satisfaisante, retrait des troupes du Moyen-Orient et d’Afghanistan, bras de fer commercial avec les Chinois5, rappel à l’ordre des alliés de l’OTAN sur l’indispensable partage du fardeau, mépris de l’Union européenne, pression accrue sur l’Iran6,… En un mot comme en cent, l’imprévisible 45ème président des États-Unis faisait ce qu’il avait annoncé durant sa campagne électorale (retrait de l’accord de Paris sur le climat, de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien…). Pouvait-on le lui reprocher alors que ses homologues étrangers mentaient à leurs électeurs ! Il allait donc falloir supporter ses foucades pour quatre années supplémentaires. Mais, brusquement la girouette tourne sous l’effet du vent médiatique et de la machine à bobards de la bien-pensance démocrate et insipide. Il est vrai que l’appui de poids – au sens propre et figuré – des Dames Clinton et Obama pour doper la candidature de Joe Biden risque peut-être de se transformer en sérieux handicap durant les prochains mois. D’autant que l’ex-vice-président brille déjà par son évanescence politique et diplomatique (Cf. ses déclarations baroques sur le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem).

DONALD TRUMP ÉCONDUIT DE LA MAISON BLANCHE

Mais depuis la pandémie est passée par là et sa gestion par Donald Trump n’a pas été très brillante. C’est le moins que l’on puisse dire. Du coup, les mêmes qui le voyaient prolonger son séjour à la Maison Blanche pour quatre années, retournent aussitôt leur veste, estimant fort improbable, pour ne pas dire totalement exclu, que le peuple lui fasse à nouveau confiance. Et, brusquement, Joe Biden – vieux cheval de retour – est paré de toutes les plumes du paon alors même que c’est loin d’être un aigle, intellectuellement et diplomatiquement parlant. Il caracole désormais en tête du box-office (surtout de l’électorat féminin) des sachants qui, souvent, sont plus ignorants que les incompétents que nous sommes et que nous assumons d’être.

Selon nos intellectuels aussitôt suivis par le clergé médiatique, le milliardaire fantaisiste retournera, au début de l’année 2021, à la Trump Tower à New-York et pourra sillonner ses nombreux golfs dans le sud du pays. Et, les Occidentaux retrouveront ainsi une Amérique bienveillante à leur endroit, toujours à leur écoute, jouant de nouveau le jeu du multilatéralisme et de tous ses gadgets multiples. Si la victoire de Joe Biden est une hypothèse crédible dans le contexte actuel, rien ne nous dit que la situation ne puisse pas évoluer au cours du semestre prochain tant le monde est aussi complexe qu’imprévisible.

La fameuse « incertitude radicale du monde ». Il faudra s’y faire dans le fameux monde d’après. De la difficulté de poursuivre des chimères au temps du coronavirus et de ses laisser emporter par ses préjugés ! Dans ce contexte, que peut-on imaginer comme hypothèses sérieuses pour imaginer quel pourrait être le futur président des États-Unis en 2021, que cela nous plaise ou pas ?

DONALD TRUMP RECONDUIT À LA MAISON BLANCHE ?

Tout d’abord, Donald Trump reste un excellent débatteur qui pourrait encore faire mal lors de leur future joute télévisée, renversant les pronostics actuels. Ensuite, qui dit que le peuple américain profond porte le même jugement sur l’actuel président que l’intelligentsia de la côte est. Enfin, autre élément, qui pourrait jouer en faveur de Donal Trump, si la situation de l’emploi ne tournait pas à la crise de 1929 dans les semaines à venir, la situation personnelle de son adversaire démocrate7.

Hasard ou coïncidence, Joe Biden, le moralisateur, le pur et l’homme au-dessus de tout soupçon, est confronté aux accusations de viol en 1993 – ni plus ni moins de l’une de ses anciennes collaboratrices8. C’est que de l’autre côté de l’Atlantique, on ne plaisante pas avec le harcèlement moral, et encore plus, avec le harcèlement sexuel surtout lorsqu’il est assimilé à un viol. Tous délits que les Américains ont exporté dans toute l’Europe et dont nous mesurons chaque jour les inconvénients qu’ils comportent dans des pays dotés d’une tradition différente. Quel sera le poids des dénégations de Joe Biden ?9 Parviendra-t-il à vaincre le parfum du soupçon, à conjurer l’air de la calomnie ? Rien n’est moins sûr dans un pays aussi puritain et qui possède une drôle de conception de la présomption d’innocence (elle tourne à la présomption de culpabilité de l’homme face à la femme dans les affaires de mœurs). Très habilement, Donald Trump a encouragé son concurrent à se défendre comme il l’avait fait dans le passé, face à des accusations similaires. Au même moment l’accusatrice de Joe Biden réitère ses accusations sur les plateaux des chaînes de télévision, demande à l’intéresse de retirer sa candidature, se fait assister par une escouade d’avocats qui veulent avoir la peau de l’ex-président dans la lignée de la campagne #metoo.

Par ailleurs, le président américain a lancé une vaste offensive diplomatique contre la campagne de propagande éhontée menées par les autorités chinoises sur le Covid-1910. Il les accuse, preuves à l’appui, d’être à l’origine de la pandémie et leur réclame des réparations11. Argument auquel les électeurs pourraient être sensibles s’il parvenait à obtenir quelques compensations de Pékin (acculée dans les cordes12), y compris symboliques dans la dernière ligne droite13. Qui sait ! Cela d’autant plus que la suspicion grandit autour de la Chine hors des frontières de l’Amérique14.

Rien n’est exclu dans l’actuelle « mêlée mondiale » (Hubert Védrine), y compris le plus baroque, le plus invraisemblable. Vivre dans l’incertitude, dans l’imprévu doit être la tâche prioritaire de nos dirigeants s’ils ne veulent pas se faire emporter par le tsunami du nouveau monde dont ils peinent à comprendre la logique, la grammaire, les paradigmes.

 
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NE RIEN EXCLURE !

Pour prévenir de nouvelles anticipations erronées, rien de telles qu’une ligne claire, des idées claires, portées par une parole calme et sensée. Au diable, les férus d’usines à gaz pseudo-intellectuelles et leurs commentaires impétueux (Cf. l’ambassadeur dignitaire de France, Gérard Araud qui s’est trompé sur tout avec une constance qui mérite louange). En conclusion, nous pensons que rien n’est joué à ce stade de la course à la Maison Blanche, que les paris restent ouverts et que l’hypothèse d’une éventuelle réélection de Donald Trump ne doit surtout pas être écartée d’un revers de main, ab initio, comme ce fut le cas en 2016. Elle demeure toujours une probabilité. Nous aurions tort d’enterrer trop tôt l’homme à la mèche blonde particulièrement actifs dans les médias face à un Joe Biden confiné et inerte15. Avis à nos prévisionnistes à la petite semaine qui sont légions dans nos médias d’abrutissement et de catastrophisme en continu.

Guillaume Berlat
18 mai 2020

1 Guillaume Berlat, Diplomatie, prévision, imprévision…, www.prochetmoyen-orient.ch , 27 avril 2020.
2 Nicolas Barotte, Au sein de l’État, des réponses sur le manque d’anticipation face à la crise, Le Figaro, 8 mai 2020, p. 9
3 Gérard Araud, Passeport diplomatique. Quarante ans au Quai d’Orsay, Grasset, 2019.
4 Guillaume Berlat, Et si Donald Trump…, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 juillet 2016.
5 Brice Pedroletti/Frédéric Lemaître, Chine : la diplomatie du « loup combattant », Le Monde, 3-4 mai 2020, pp. 24-25.
6 Allan Kaval/Piotr Smolar, Washington intensifie sa campagne contre Téhéran, Le Monde, 3-4 mai 2020, p. 11.
7 Marie Charrel (propos recueillis par), Adam Tooze : « L’ampleur de la crise s’aggrave de jour en jour, sous nos yeux », Le Monde, 3-4 mai 2020, p. 19.
8 Gilles Paris, Le candidat démocrate Joe Biden dément une accusation de viol, Le Monde, 3-4 mai 2020, p. 12.
9 Adrien Jaulmes, Accusé d’agression, Joe Biden nie en bloc, Le Figaro, 2-3 mai 2020, p. 24.
10 Brice Pedroletti (propos recueillis par), Alice Ekman : « Pékin va vouloir se positionner comme le meneur de l’après-Covid », Le Monde, 3-4 mai 2020, p. 26.
11 Frédéric Lemaître, Les médias voient en Pompeo « l’ennemi de l’humanité », Le Monde, 5 mai 2020, p. 8.
12 Sébastien Faletti, Face à Donald Trump, Xi Jinping mobilise le patriotisme en Chine, Le Figaro, 8 mai 2020, p. 20.
13 Gilles Paris, Trump adopte une ligne dure face à la Chine, Le Monde, 5 mai 2020, p. 8.
14 Isabelle Lasserre, Dans la tempête du Covid-19, le vent tourne contre la Chine, Le Figaro, 5 mai 2020, p. 10.
15 Gilles Paris, Aux États-Unis, la trop discrète campagne d’un Biden confiné, Le Monde, 16 mai 2020, p. 5.

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