Observatoire Géostratégique

numéro 153 / 20 novembre 2017

FRANCE CUCUL-LA-PRALINE…

Comme notre rédacteur en chef préféré, je dois – cette semaine – faire aussi dans le grincheux de salubrité publique… C’est l’été : vacances, plages et montagnes de rigueur, mais il neige – pourtant – sur les matinales de France Culture ! Guillaume Erner et son équipe sont – eux-aussi – en vacances, le réveil matin de la station de service public étant, présentement, assuré par un étrange personnage se prénommant Luca Manger…

Loin de nous de réduire le propos à un name calling ou story telling de circonstances vengeresses, d’autant que nous n’avons jamais croisé ce jeune homme. Mais, le fait de pointer et nommer rigoureusement les personnes et les choses, nous en apprend un peu plus sur les logiques d’embauche et de cooptation qui régissent maintenant nos chers médias de service public. Comme disait Georges Canguilhem des inventeurs et des obstacles de l’histoire des sciences : c’est en mettant en filiation leurs noms et qualités qu’on peut reconstruire les logiques souterraines au travail dans l’invention pré-scientifique, sinon dans leurs égarements idéologiques…

En fait, qui est le Sieur Luca Manger ? Un transfuge de France-24 et de I-Télévision, « grand reporter » auto-proclamé cultivant les meilleures idées reçues sur la Syrie, l’Irak et l’Orient compliqué. Il a même commis un recueil de « pensées » où il s’adresse au monde entier à la première personne d’un singulier pascalien : Lettres de Bagdad… Du lourd, qui lui fait dire aujourd’hui sans sourire : « J’aime beaucoup guider et décider quelle est la bonne histoire (…) J’ai connu l’époque où l’on partait relativement facilement à Gaza, en Irak ou en Afghanistan sans craindre d’être pris en otage. Aujourd’hui, je passe des nuits blanches avant de décider d’envoyer une équipe dans ces régions ». Bigre !

C’est un peu exagéré, aurait pu dire Mark Twain, d’autant que – vérifications faites – le jeune homme n’a pas franchement passé très souvent le boulevard périphérique… On a le passé qu’on se fabrique, surtout chez les jeunes « grands reporters », toujours très prolixes en rhétorique de pacotille sur les nuits blanches et la prise de risque au service de « la liberté d’informer ». Quand on a eu le privilège de connaître Peter Scholl-Latour, Lucien Bodard, Jean Lartéguy ou David Daure, d’apprécier leur modestie proportionnelle à leur professionnalisme, on se dit – quand même – que ces p’tits gars – partis, le plus souvent embedded dans les fourgons d’une armée occidentale – ne manquent pas d’air pour la ramener ainsi avec leur tragique de boulevard…

Toujours est-il que l’ex – « grand reporter » qui nous réveille, ces derniers matins, sur l’antenne de France-Culture, s’avère non seulement sinistre, soporifique et approximatif, mais d’une inculture abyssale, fauteur et auteur d’une faute de français à quasi chaque morceau de phrase. Ce n’est pourtant pas le pire, le plus pénible étant l’enfoncement de portes ouvertes et la bienséance idéologique d’un politiquement correct qui passe le mur du çon tous les matins… souvent à plusieurs reprises. Non exhaustive, la liste déborde les limites de l’entendement de notre chronique qui préfère poser quelques questions !

Ce poste de remplacement estival de Guillaume Erner a-t-il fait l’objet d’un quelconque appel d’offres ? Comment, et par qui l’ex – « grand-reporter », qui manque de sommeil, a-t-il été recruté ? On aimerait bien que nos chaines de service public – financées par le contribuable – affichent un peu plus de rigueur et de transparence en la matière avant de nous imposer ce genre de punition. En ce moment, on glose beaucoup sur la « moralisation de la vie politique », on pourrait tout aussi bien faire un effort sur le front de celle de la classe médiatique et celui de ses pratiques claniques, étranges, sinon parfois mafieuses.

Guillaume Erner est parfois agaçant, lui-aussi souvent politiquement correct, mais toujours avec un certain humour et une culture certaine, sa formation initiale de sociologue ne gâchant rien. Dans tous les cas de figures, il nous réveille avec entrain et bonne humeur tandis que son remplaçant estival ennuie, nous ennuie, nous rendort jusqu’à faire zapper sur Europe-1, qui devient comparativement très pertinente et certainement mieux-disante culturellement parlant…

Manger froid ! Le jeu de mot est certainement médiocre, mais il rappelle qu’en passant du cru au cuit, les premières communautés humaines ont, ce faisant, basculé dans l’Histoire, par et dans la Culture. Autrement dit, rendez-nous vite Guillaume Erner et sa joyeuse équipe, afin de poursuivre nos matins cuits, enchantés et réveillés… qui nous font sortir de la nuit moins ignorant après les avoir écouté et suivi. Bonnes vacances, malgré tout… et bonnes lectures estivales ! En effet, lire sera toujours mieux que de subir les matinales estivales de France cucul-la-praline…

Etienne Pellot
10 juillet 2017

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