Observatoire Géostratégique

numéro 144 / 18 septembre 2017

FRANCE-CULTURE : RADIO-KAGAME !

Déjà que les matins d’été de France-Culture se sont avérés particulièrement catastrophiques – animés par un p’tit gars inculte commettant des fautes de français à chaque phrase – (questions du genre : ça vous est venu comment…), l’édition du 3 août a passé toute les bornes de l’incompétence, de la complaisance, de la désinformation, sinon de la propagande. En perpétuelle augmentation, les redevances de l’audio-visuel public ne sont pas illégitimes, mais à l’écoute de la station, soi-disant « mieux-disante culturelle », on se demande…

Toujours est-il que pour fêter la prochaine élection à vie de Paul Kagamé à la tête du Rwanda, la radio de Service Public avait invité une ancienne de Radio France Internationale (RFI), Madeleine Mukamabano, célèbre égérie du dictateur rwandais, porte-voix de l’ONG Survie et de tout un réseau – « Liaison Rwanda » -, dans lequel sévissent Jean-Pierre Chrétien, Jean-François Dupaquier et toutes sortes d’autres fêlés. Attention, comme pour la Palestine et la Syrie, on est – ici – dans le religieux, les miracles, l’apologie et l’interprétation sacrée !

Après avoir loué des élections ultra-propres « au point que l’Union européenne n’envoie même pas d’observateur » et une « réussite économique mondiale exemplaire », l’animateur se réjouit de voir Kagamé prendre prochainement les rênes de l’Union africaine avant de demander à Madeleine : « mais pourquoi un tel charisme ? » Elle : « le génocide a inauguré une nouvelle façon de faire de la politique… » Au sujet de ce paradis sur terre – même si l’animateur cite FIDH et Amnesty pour se dédouaner – pas une question travaillée sur le sort exécrable des opposants, les tortures, les assassinats à l’étranger, ni sur les violations quotidiennes des libertés civiles et politiques : certainement une nouvelle façon de faire de la politique… A l’évidence, l’animateur n’y connaît pas grand-chose ; pire : il n’a pas préparé…

Possédé par la fascination du Gourou des Grands lacs, l’animateur encore : « mais Paul Kagamé : quel homme c’est ? » Ca, c’est de la question coco ! Madeleine : « un homme qui protège et rassure dans un pays où règne désormais l’esprit de compétition et de réussite ! » Quel personnage ! C’est la Banque mondiale qui va être contente ! Cette demi-heure de communion passée, l’animateur nous annonce en deuxième partie : « de nouvelles révélations sur le rôle de la France dans le génocide… » Hallucinant !

On retrouve alors l’inénarrable Patrick de Saint-Exupéry (PSE), qui a fait du génocide rwandais un inépuisable fonds de commerce. Envoyé spécial du Figaro sur l’opération Turquoise en 1994, il n’aura de cesse que d’accuser l’armée française d’avoir directement participé aux massacres ! Vu l’incompétence et l’impréparation de l’animateur, ce fut encore plus désastreux qu’avec Madeleine, sinon parfaitement honteux pour les acteurs et les observateurs de l’époque. L’auteur de ces lignes a été l’envoyé spécial de plusieurs médias sur cette opération de l’armée française, instamment demandée à François Mitterrand par Nelson Mandela lors du sommet de l’OUA (Organisation de l’unité africaine) à Tunis en juin 1994, puis encadrée par la résolution 929 du Conseil de sécurité des Nations unies. En dépit de ces vérités historiques, PSE remet névrotiquement le couvert depuis vingt ans, accusant les armées et le gouvernement français de l’époque d’avoir « participé » au génocide rwandais !

Cette fois-ci, PSE a exhumé une note d’un haut fonctionnaire français selon laquelle Hubert Védrine – à l’époque secrétaire général de l’Elysée – aurait ordonné le réarmement des forces rwandaises… Les vrais historiens, qui connaissent les « ruses » de l’archive, savent que les hauts fonctionnaires se contredisent souvent, et surtout que leurs commentaires ne supplantent nullement les actions des opérationnels, engagés sur le terrain ! Mais bon ! Ni l’animateur, ni PSE ne vont s’abaisser à ce genre de considérations épistémologiques abandonnées au sommeil dogmatique des matinales de France-Culture !

A l’époque, le Rwanda était confronté à une guerre civile qui faisait rage depuis le début des années 1990. Il fallait alors garantir l’application des accords d’Arusha1 et prévenir les infiltrations du FPR de Kagamé, soutenu par l’armée ougandaise ainsi que les services spéciaux britanniques et américains. Evidemment, là-dessus – l’animateur complètement sec – laisse PSE déverser sa bile et cracher une nouvelle fois à la face des officiers de Turquoise, le général Lafourcade, le colonel Jacques Hogard et tant d’autres, qui ont pu ainsi sauver des milliers de réfugiés.

Pour se dédouaner, on nous sert encore un petit son d’Hubert Védrine (qui n’est ni sourcé, ni daté !), suivi de nouvelles affirmations unilatérales, anachroniques et diffamantes, avant de faire la promotion de la revue dirigée par PSE et d’annoncer ses prochaines prestations estivales… Pourquoi aucun contre-champ, aucune nuance, ni contradiction ? Ce ne sont pourtant pas les grandes voix qui manquent pour nous parler du Grand Continent : Bernard Lugan, Antoine Glaser, Pierre Péan et bien d’autres…

Franchement, les auditeurs d’une radio de Service Public méritent un peu plus de rigueur, sinon de respect. Sans compter les différents journaux – qui ne relèvent pas le niveau – dans lesquels, tels des perroquets, les jeunes flashistes de France-Culture ânonnent des dépêches dépassées et mal triées concernant les crises du Venezuela, du Brésil et de Syrie. Aucune connaissance, aucune valeur ajoutée, aucune mise en perspective ! Ils sont sympas les intermittents du spectacle, mais il y a quand même des limites…

Certes, Guillaume Erner et sa joyeuse équipe ont droit à des vacances – mais s’il vous plaît – Mesdames et Messieurs les responsables de l’audiovisuel public français, confiez donc ces émissions de Service Public à de vrais professionnels… et pas aux copains des copains du petit monde parisien de la radio…

En attendant, et pour trancher avec France-Culture/Radio-Kagamé, il n’est pas inutile de publier le communiqué d’Hubert Védrine, daté du 19 juillet 2017 :

  1. Hubert Védrine dément en bloc les allégations et les accusations, fondées sur des spéculations, relancées « sans preuve » selon ses propres termes, par Patrick de Saint-Exupéry, dans son article du dernier numéro de sa Revue XXI. 
  2. Ces accusations répétées contre l’action de la France au Rwanda, notamment pendant l’opération Turquoise, autorisée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, ont été maintes fois démenties avec précision par les autorités gouvernementales, parlementaires et militaires françaises. La France a été le seul pays à mesurer, dès 1990, les risques de guerre civile et de massacres au Rwanda ; le seul à s’engager pour trouver un compromis politique par les accords d’Arusha en 1993 ; le seul à avoir agi pour porter secours aux populations pendant le génocide par l’opération Turquoise, du 22 juin au 22 juillet 1994 qui a permis de sauver des dizaines de milliers de tutsi. 
  3. On ne peut pas ne pas s’interroger sur les motifs de cette énième campagne d’accusation contre des responsables français. En effet, il est de notoriété publique que les dirigeants du Rwanda ne décolèrent pas contre les autorités judiciaires françaises dont elles attendent un non-lieu, qui ne semble pas à l’ordre du jour, et qui dégagerait leur responsabilité dans l’instruction menée pour déterminer les responsables de l’attentat du 6 avril 1994 qui a coûté la vie aux présidents du Rwanda et du Burundi, et déclenché le génocide.  
  4. On ne peut que regretter que beaucoup de médias aient répercuté sans aucun recul ni éléments de preuves des accusations aussi graves sans jamais rappeler les démentis les plus officiels, ni que Patrick de Saint-Exupéry a déjà été définitivement condamné en justice en 2015 pour des accusations similaires.

Enfin, pour clore ce dossier lamentable, on peut toujours lire la mise au point définitive de Véronique Truong – avocate au Barreau de Paris -, parue dans la Revue de Défense Nationale le 18 juillet 2017. Avant de nous imposer leur matinale-propagande, les « journalistes » de France-Culture auraient pu faire de même ! Mais c’était sans compter avec la force du politiquement correct, des copinages, de la paresse et de l’ignorance crasse d’une profession en profonde déshérence…

Richard Labévière
7 août 2017

1 Les accords d’Arusha ont été négociés de juin 1992 à août 1993 entre l’État Rwandais et le Front patriotique rwandais de Paul Kagame, afin de mettre un terme à la guerre civile rwandaise commencée en 1990. Cinq accords furent signés à partir de juillet 1992. Le dernier accord fut signé le 4 août 1993. Ces accords prévoient à terme l’intégration politique et militaire des différentes composantes internes (à l’exception des partis ouvertement racistes anti-Tutsi) et externes de la nation rwandaise (le FPR) et le départ des troupes françaises (à partir d’août 1992). Une mission des Nations Unies, la MINUAR, fut créée le 5 octobre 1993 pour veiller à leur application.

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