Observatoire Géostratégique

numéro 156 / 11 décembre 2017

FRANCE-CULTURE  VIOLE ENCORE SON MANDAT D’INFORMATION IMPARTIALE ET PLURALISTE…

Une fois de plus – le 16 août 2017 -, la radio de Service public France-Culture a produit une émission unilatérale et tendancieuse sur les responsabilités en cause dans la tragédie syrienne sous le titre : « Qui peut juger le régime syrien ? »

Le journaliste producteur et ses deux invitées ont évoqué le besoin de justice pour des victimes syriennes, mais à aucun moment ils n’ont cité directement ou indirectement la moindre défense de leur accusé – « le régime syrien » -, ni même le droit à la défense, un principe pourtant essentiel de toute justice.

Connaissant bien depuis 48 ans la Syrie, ses terrains, son histoire, celle de la région et de ses habitants, de même que certaines de ses administrations techniques, je peux formuler plusieurs arguments qui relativisent et déconstruisent les accusations unilatérales et les prétendues preuves apportées durant cette émission non moins unilatérale.

Dans la présentation et en cours d’émission, on a beaucoup évoqué les efforts de documentation permettant de prouver des crimes, de les localiser et de les quantifier. Néanmoins, aucune datation précise n’a été citée. Les affirmations répétées sans autre précision se sont bornées à citer l’Opération César, du pseudonyme d’un ancien photographe des morgues militaires syriennes, exfiltré à l’été 2013, avec ses fichiers numériques d’abord transmis peu à peu à son contact protecteur. L’affaire fit grand bruit – après une analyse expresse payée par le Qatar à un cabinet londonien proche des services britanniques – pour être médiatisée en levée de rideau d’une série de réunions à Montreux et Genève, réunissant des représentants de l’opposition et des autorités syriennes, fin janvier 2014.

Puis un livre éponyme de Garance Le Caisne – l’une des invitées de France-Culture – fut publié grâce au soutien du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et de son cabinet. Il s’agissait alors de mettre en contact le dit « César » avec les associations d’opposants syriens pour analyser en détails, à Istanbul, les quelques 45 000 fichiers numériques photographiques. Il en fut tiré des tableaux statistiques concernant les symptômes observables des violences commises – état de maigreur, ecchymoses, blessures, trous, marques de strangulation, de torture, etc. -, en partie présentés et commentés dans le livre. Nulle part dans cet ouvrage et ses tableaux, il n’est fait état d’une quelconque mention et analyse des métadonnées des fichiers numériques, notamment des dates et heures des prises de vues. Mme Le Caisne évoque seulement la datation des fiches mortuaires pour supposer que les « services du régime » ont parfois procédé à des exécutions massives de prisonniers ou des mutilations. Ces insinuations ne furent guère étayées durant la conférence de présentation du livre, organisée à Paris le 25 octobre 2015 par l’association Souria Houria

Or l’analyse comparée des dates des fiches mortuaires avec celles des combats survenus entre les groupes rebelles – souvent mercenaires du Qatar, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et d’autres officines – et les forces gouvernementales syriennes, auraient été d’un grand intérêt. En effet, une telle analyse scientifique et critique aurait permis d’identifier les cadavres et blessés des combattants engagés dans les sièges, embuscades et actions terroristes de la guerre civilo-globale de Syrie dont l’extrême violence ne saurait être imputable à une seule des nombreuses parties liées au conflit !

Que se soient à l’issue des sièges, embuscades ou combats remportés par les forces gouvernementales ou par des groupes rebelles, il est logique que les morts et grands blessés – des forces gouvernementales comme des groupes rebelles et des victimes civiles-, soient in fine, après passage en détention le cas échéant, regroupés dans les morgues des différentes institutions hospitalières civiles et militaires. Il est logique, et plusieurs témoignages et enquêtes de terrain l’ont établi, que les groupes rebelles armés – parfois en situation d’avancée et de supériorité tactiques -, se soient occupés prioritairement de ramener leurs blessés, abandonnant sur place les dépouilles de leurs adversaires.

Lorsqu’on prend en compte le nombre de morts estimé pour les forces gouvernementales comme pour les groupes rebelles armés (sans doute près de 100 000 victimes de chaque côté), les quelques 6600 cadavres, ni militaires ni victimes civiles, de la liste César, c’est dire de rebelles, laisse logiquement supposer qu’il s’agit de membres des groupes rebelles armés, principalement morts en combattant. Nombre de cadavres de ces rebelles et leurs grands blessés ont été centralisés par les forces syriennes dans des centres hospitaliers des zones gouvernementales.

 
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Dans tous les cas de figures, il s’agit de remettre les affirmations proférées lors de cette nouvelle et très étrange matinale de France-Culture dans le contexte des dynamiques d’une guerre civilo-régionale complexe qui ne saurait se réduire à un combat de bons rebelles contre de méchantes forces gouvernementales.

Sans droit à la défense, à une instruction non tendancieuse, il n’est pas de justice.

Bernard CORNUT
21 août 2017

Polytechnicien, ingénieur, cofondateur et ancien président de la Coordination pour la levée de l‘embargo imposé à l’Iraq, voté et revoté par la France, qui fut, comme l’écrivit Claude Cheysson le 13/07/1991, un crime contre l’humanité, selon l’article 211.1 du Code Pénal français de 1994.

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