Observatoire Géostratégique

numéro 196 / 17 septembre 2018

INFORMATION, COMMUNICATION, PROPAGANDE : LE DROIT À LA SERVITUDE…

« Si la propagande et le mensonge pouvaient être stérilisés, la plupart des chaînes d’information n’auraient plus de présentateurs » (Souleymane Boel). Vaste programme aurait dit le général de Gaulle ! Et cela d’autant plus que le champ de l’information, de la communication, voire de la propagande ne cesse de se développer au cours des dernières décennies d’une façon exponentielle à travers les nouvelles techniques de l’information et de la communication (NTIC). Pour la commodité de notre démonstration, nous limiterons notre propos au seul champ des relations internationales dont nous avons déjà exploré, en son temps en compagnie d’un universitaire expert de la communication, une infime partie de la problématique concernée1. À la presse écrite, radiophonique, télévisuelle s’ajoute aujourd’hui toute la galaxie qui tourne autour de la toile et de ses réseaux dits sociaux qui sont plus des raisons asociaux tant le bobard et le n’importe quoi tiennent le haut du pavé médiatique (un défouloir à jet continu, une sorte de « mur des chiottes » en utilisant un langage cru). « Un nombre effroyable de mensonges circulent de par le monde, et le pire, c’est que la moitié sont vrais » nous rappelle avec beaucoup de pertinence Winston Churchill. Essayons d’étudier les trois concepts que sont ceux d’information, de communication et de propagande pour tenter de mieux les cerner dans toutes leurs dimensions !

INFORMATION : LA QUÊTE D’OBJECTIVITÉ

« Renseignement ou évènement qu’on porte à la connaissance d’une personne, d’un public » (définition du Petit Robert).

Comme toujours, il est indispensable de passer de la théorie (toujours très vertueuse) à la pratique (souvent proche du vice).

La théorie : les oripeaux de la vertu

Pour le commun des mortels, le terme d’information possède une dimension objective. Il comporte la relation d’un fait brut sans la moindre connotation subjective, sans la moindre appréciation morale ou partisane. On peut dire : il pleut. Le fait est incontestable scientifiquement. Tel conflit est à l’origine de X morts sans que l’on en attribue la cause à telle ou telle partie au combat. Tout le monde s’accorde sur le fait que le conflit syrien aurait fait 350 000 morts. Nous sommes au cœur d’une information qui ne souffre aucune contestation. Mais, comment être certain que la source de cette information (l’observatoire syrien des droits de l’homme ou OSDH basé à Londres) qui est une source humaine – pour reprendre la terminologie utilisée par les services de renseignement – ne gonfle pas ce chiffre pour des besoins autres que ceux de l’information objective, à savoir pour des impératifs de communication, voire de propagande ? À ce stade, les certitudes s’effacent devant le doute cartésien si l’on souhaite disposer d’une information incontestable, nullement sujette à caution, à contestation. Sauf à tomber dans le panurgisme médiatique qui constitue la marque de fabrique de notre société de l’infobésité, du psittacisme tel qu’il est pratiqué avec un certain brio par les chaînes de télévision d’abrutissement en continu.

Souvenons-nous, à la lumière de l’Histoire la plus ancienne mais aussi la plus récente, que les apparences sont parfois trompeuses ! Qu’en est-il au juste de la pratique de l’information en ce début du XXIe siècle ?

La pratique : le masque du vice

Les citoyens sont en droit d’attendre une information libre, objective et indépendante de l’audiovisuel public en France. Ce qui ne semble pas toujours être le cas tant le cordon entre l’exécutif et l’audiovisuel public ne semble pas avoir été définitivement rompu (Cf. l’entretien du chef de l’État du dimanche 17 décembre 2017 tout en connivence sur France 2 avec Laurent Delahousse)2. La brosse à reluire a encore de beaux jours devant elle ! L’information telle qu’elle nous est livrée quotidiennement apparaît de plus en plus pour ce qu’elle est : subjective, orientée, moralisatrice, parcellaire, « polluée »3.

La presse écrite ne semble pas mieux lotie tant elle apparaît comme une presse d’opinion, ce qui implique qu’elle nous livre une information présentée sous le prisme d’une idéologie, d’un préjugé, d’une présentation prétendument majoritaire. Combien de fois prend-elle des libertés avec la « Vérité des faits » chère à Hannah Arendt ? Combien de fois omet-elle de nous communiquer un fait qui pourrait éclairer sous un autre jour une information ? Combien de fois s’arroge-t-elle le droit de faire la chasse aux informations bidon (« fake news ») comme le fait le quotidien Le Monde avec son fameux « decodex » et son armada de « décodeurs » alors même que nul ne nous garantit qu’elle nous livre de telles informations ? Si l’on veut bien creuser les méandres de cette affaire, on demeure parfois sans voix tant les contraires peuvent aisément se concilier pour de vulgaires raisons financières4.

Pour ce qui est de la galaxie de la toile qui supplante la presse écrite5, Richard Labévière résume parfaitement la problématique. « Si Facebook et les autres réseaux « numériques » – qui n’ont rien de « sociaux » dans la mesure où ils produisent plus d’atomisation sociale et de nouvelles grilles de normes et de contrôles que des pratiques proprement sociales – supplantent désormais les médias traditionnels, ils en révèlent néanmoins la vraie nature et la prochaine disparition. Cette nature est connue depuis longtemps : celle des propriétaires des grands groupes de presse et de leurs modèles économiques, qui, de fait, ont fait dériver les médias de l’information à la communication, jusqu’au trafic d’influences, à la propagande, à ce qu’on appelle maintenant (en bon français) les Fake News… Et pour boucler la quadrature des actuels réseaux numériques, on nous dit maintenant que ce sont eux – les dits « réseaux sociaux » – qui vont faire la chasse aux Fake News ! »

Il nous inquiète autant sur les médias traditionnels. On n’est pas vraiment rassuré, d’autant que cette révolution technologico-socio-économique entraîne les médias traditionnels (papiers, radios et télé s’entend) à se comporter comme les réseaux numériques actuels, c’est-à-dire à produire eux-aussi des raccourcis binaires – j’aime/j’aime-pas -, Fake News et propagande ! Cela fait maintenant belle lurette que la rédaction de prochetmoyen-orient.ch ne se fait plus aucune illusion quant à la pertinence des moribonds de la presse quotidienne francophone – Monde, Libération et autres Temps perdu… La disparition de ces titres – qui trahissent – chaque jour – leur mission d’information et d’analyse – est inéluctable. Non pas seulement par manque de ressources publicitaires et concurrences numériques, mais parce que leurs contenus sont devenus nuls, parfaitement nuls et inutiles ! Mais, évidemment, les professionnels de la Profession ne peuvent pas le dire. ».6 

Heureusement, l’UNESCO a décrété, il y a déjà quelques années, l’entrée de la société internationale dans un « Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication », démontrant au passage la relation symbiotique entre ces deux concepts d’information et de communication7.

On l’aura compris, le risque de désinformation n’a jamais été aussi grand qu’il ne l’a jamais été en ce début de XXIe siècle. Où sont les fameuses armes de destruction massive irakiennes que la presse, dans son immense majorité, nous présentait comme un fait établi ne supportant pas la moindre contestation ? C’est qu’aujourd’hui, la communication est devenue une arme de désinformation massive.

COMMUNICATION : LE MASQUE DE L’INFLUENCE

« Action de communiquer quelque chose à quelqu’un » (définition du Petit Robert).

Aujourd’hui, la communication est élevée au rang de fonction stratégique dans la pratique quotidienne des relations internationales. Il lui arrive parfois de se substituer à la vacuité de la politique étrangère et de la diplomatie. De la fiction, celle de l’impératif de transparence, à la réalité, à savoir, le monde de la supercherie, il n’y a qu’un pas qu’il est aisé à franchir.

La fiction : l’impératif de la transparence

De nos jours, chacun a le droit (en théorie du moins) de savoir (ce que l’on veut bien lui dire) à tel point que l’impératif de transparence tourne souvent au voyeurisme et au lynchage médiatique au mépris des règles qui fondent un authentique État de droit, une démocratie réelle. Et cela alors même que l’on nous rebat les oreilles avec la réaffirmation de la communauté de valeurs et de destin du monde libre8. La transparence possède comme corollaire la communication qui n’est pas étrangère de l’influence. Ce que les Occidentaux qualifient de « soft power » en ce qui les concerne et de « sharp power » (puissance tranchante par opposition à la puissance douce) quand il s’agit de la Chine et de la Russie. Ne reproche-t-on pas à Pékin de recruter de coûteux cabinets de relations publiques à Washington et à New York pour faire du lobbying auprès du Congrès ?9 C’est bien connu depuis Huis clos de Jean-Paul Sartre, « l’enfer, c’est les autres ». Le monde glisse à la vitesse de l’éclair dans la communication. La vie internationale se réduit à des postures (la « grammaire de la paix et de l’espérance » chère à Emmanuel Macron lors de ses vœux du 31 décembre 2017), des provocations (celles de Donald Trump avec sa diplomatie compulsive du tweet comme celles sur « les pays de merde »), des polémiques (stériles avec l’Iran qui pardonnent tout à l’Arabie saoudite et au Qatar), des sondages (téléguidés par quelques officines de « spin doctors »), des réformes présentées comme des solutions radicales aux maux de la planète (celles de Jupiter sur l’ONU et sur l’Europe). Le décalage entre le monde réel et la diplomatie du spectacle et des coups s’amplifie de jour en jour.10 Les relations internationales, sous couvert de transparence, se confondent avec le culte de la personnalité et l’image médiatique de personnages politiques dépassés par l’ampleur des défis qu’ils sont incapables de relever11. Ils sont contraints de s’en tenir à une litanie de vœux pieux. Dans ces conditions, comment entrer dans le « nouveau monde » pour délaisser les dérives de l’ancien qui présentait l’immense avantage d’une certaine stabilité et, par voie de conséquence, d’une prévisibilité importante ? La communication sert de support, de vecteur à une diplomatie spectacle, cantonnée aux discours et aux images sans le moindre contenu concret. Elle tient lieu de stratégie diplomatique. Fini le temps révolu de l’abstinence médiatique !

La réalité : le monde de la supercherie

À y regarder de plus près, les choses sont de moins en moins claires, de moins en moins transparentes qu’il n’y paraît.

Notre époque prône la transparence mais se complaint dans l’opacité. « L’hyperinformation et l’hypercommunication n’apportent pas de lumière dans l’obscurité »12. Transparence et pouvoir sont difficilement compatibles. En effet, la politique étrangère est, en principe, une activité stratégique que la transparence paralyse. Or, dans ce monde de la prévalence des médias et des réseaux sociaux, l’impératif de transparence rend suspect tout ce qui ne se soumet pas à une certaine visibilité. On ne peut rien réformer, transformer par les techniques de la communication. La démagogie l’emporte lorsque les mots ne veulent plus rien dire. Nous sommes entrés dans l’ère du vide stratégique consubstantiel au temps des « feelings ». Pire encore, l’emprise du politiquement correct ne cesse de s’étendre, y compris et surtout dans les médias mais aussi dans le monde politique13. Le politiquement correct est une dictature qui modèle la communication dans le sens de l’air du temps et non dans celui de l’objectivité intemporelle.

Notre époque prône la diversité mais ne supporte pas le pluralisme. Elle privilégie la tyrannie des idées reçues telles les Tables de la Loi. Morale, compassion et communication : telle est la nouvelle devise des affaires étrangères. Ne qualifie-t-on pas la pratique du chef de l’État de « Présidence Macom’ » ! Nous entrons dans un monde orwellien où la vérité, c’est le mensonge, pour reprendre la formule de Georges Benssousan. « On peut se perfectionner de toutes les manières et dans tous les domaines, on ne saurait se corriger d’un esprit faux »14. Nous assistons à un affaissement de l’esprit critique dans l’épais conformisme qui s’est installé en France et dans ce potage notionnel aux mots destinés à faire plaisir à tout le monde15. Comment lutter contre cette approche ? Cela même que la pensée des Lumières appelle l’inculture ou le préjugé. Or, nous le savons bien, la liberté est impossible à l’ignorant. Les médias feraient mieux de concentrer leur travail sur les dangers réels des dérives de la communication au lieu de nous distraire avec les « fake news »16. Emmanuel Macron ferait mieux de se concentrer sur d’autres sujets plus importants que le vote d’une loi sur les « fake news » sur internet en période électorale17 dont sa charmante ministre de la Culture nous rebat les oreilles. Les fausses nouvelles cachent leur vraie nature sous le masque de la complexité. À quand la création d’un « ministère de la Vérité » ?18

C’est que la communication de l’information tourne souvent à la vulgaire propagande tant décriée lorsqu’il s’agit des pays totalitaires mais que les États démocratiques pratiquent, à l’occasion, avec un certain brio derrière l’ambiguïté et l’équivoque qui caractérisent l’âge de la communication.

PROPAGANDE : LE RÈGNE DE LA SUBJECTIVITÉ

« Action exercée sur l’opinion pour l’amener à avoir certaines idées politiques et sociales, à soutenir une politique, un gouvernement, un représentant » (définition du Petit Robert).

« L’Histoire est autant fille du temps que science du temps », nous rappelle l’historien Lucien Febvre. Revenons au siècle dernier sur le passé caractérisé par le totalitarisme idéologique avant de nous pencher sur le présent et sur sa dictature médiatique.

Le passé : le totalitarisme idéologique

Le mot de propagande sent le soufre tant il est connoté. Il a toujours existé et existera toujours tant que l’homme sera l’homme. Nous nous limiterons à deux exemples bien connus. On se souvient du sinistre Joseph Goebbels qui cumulait les fonctions de responsable de la propagande nazie et de l’éducation du peuple tant au niveau du gouvernement (« Reichsministerium für Volksaufklärung und Propaganda ») qu’au niveau du parti (« Reichspropagandaleitung der NSDAP »). L’information – si tant est que le terme soit bienvenu – est mise au service d’une idéologie en utilisant les moyens de communication (radio et presse écrite) à des fins politiques. La propagande officielle soviétique dresse de Staline un portrait des plus élogieux. Elle développe le mythe du chef infaillible qui entraine derrière lui toute la société. La volonté de Staline est de former un homme nouveau. Le pouvoir s’immisce, pour ce faire, dans toutes les sphères de l’univers humain et agit en utilisant la Terreur. L’information est dénuée de toute objectivité. Elle est modelée pour faire coïncider l’idéologie avec la réalité. Les totalitarismes sont des systèmes où un homme, ou un parti, imposent une idéologie officielle par des moyens répressifs et une très forte propagande. La propagande est une stratégie de communication, qui tend à inculquer à grande vitesse des idées à une vaste population. On décèle ici le lien existant entre information, propagande et communication.

Aujourd’hui encore, il n’y a plus ni vérité, ni mensonge mais une vaste zone grise au sein de laquelle il est particulièrement difficile de s’y retrouver pour le citoyen ne disposant pas des clés de lecture d’un monde de la communication qui brille par son opacité.

Le présent : la dictature médiatique

« La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures » nous rappelle Noam Chomsky. Nous vivons sous une tyrannie des idées reçues. Que nous apprend Alain Finkielkraut dans sa « Défaite de la pensée » précitée de la réponse multilatérale de l’UNESCO après-guerre ?

« C’est en effet, l’épreuve sans exemple du nazisme qui inspira les fondateurs de l’UNESCO… Son rôle devait donc être de protéger la pensée contre les abus du pouvoir et d’éclairer les hommes pour empêcher à jamais les démagogues d’égarer leur pensée ». Il poursuit : « C’est dans cette même optique que, lors de la vingtième session de la Conférence générale de l’UNESCO, a été adoptée par acclamation une « Déclaration sur la contribution des organes d’information au renforcement de la paix et de la compréhension internationale, à la promotion des droits de l’homme contre le racisme, l’apartheid et l’incitation à la haine. Il s’agissait de fonder un Nouvel Ordre mondial de l’information et de la communication, en contrebalançant la puissance des quatre grandes agences de presse occidentales –UPI, Associated Press, Reuters et AFP – par le développement et la valorisation des agences et des médias du Tiers Monde ». On peut mesurer l’effet de ces grandes initiatives multilatérales.

Or, nous assistons aujourd’hui à des choses étonnantes. Tous les regards se portent vers la Russie, accusée comme au bon vieux temps de la Guerre froide de propagande honteuse, de désinformation grossière, de tous les maux de la terre (« Brexit », élections de Donald Trump, guerre en Syrie, dérèglements climatiques,…). Le président de la République, Emmanuel Macron en a fait état lors de sa conférence de presse commune avec Vladimir Poutine. Il est vrai que nos élites bienpensantes sont moins regardantes lorsque la propagande et la désinformation vient des États-Unis. Une sorte de chape de plomb, de phénomène d’amnésie collective s’abat sur nos médias tentés par une sorte de russophobie qui a remplacé avantageusement l’antisoviétisme19. Un procès en sorcellerie, en « propagande » inadmissible est intenté ab initio à la nouvelle chaîne d’information « Russia Today », à son comité d’éthique composé de citoyens français (dont les membres sont accusés d‘avoir été achetés par l’étranger)20. Le CSA l’a mise sous surveillance pour éviter tout dérapage. Jamais, un média étranger n’a bénéficié d’une telle sollicitude de la part de la bienpensance germanopratine. Il est vrai que François Hollande reconnaît sans la moindre gêne qu’il orientait les journalistes qu’il rencontrait pour les influencer21. Parle-t-on de communication ou de propagande ? Que nenni. Idem pour le service de communication d’Emmanuel Macron qui, au début du quinquennat, tance les journalistes qui ont l’outrecuidance de critiquer Jupiter. Personne ne s’est offusqué de ces méthodes qui frisent la plus mauvaise propagande. Quant aux multiples turpitudes des médias américains sans parler des méthodes des services de renseignement de l’oncle Sam, répétons-le, personne n’y trouve à redire. Au contraire, on trouve cela tout à fait normal parce que cela se passe au pays de la statue de la liberté et de la destinée manifeste. On l’aura compris, c’est le règne du deux poids, deux mesures. Ce n’est pas le fait de légiférer sur les « fausses nouvelles » qui y changera quelque chose ! Le problème de la propagande, et son artillerie lourde de la diffamation, n’est pas prêt de trouver une solution satisfaisante, y compris dans les démocraties occidentales qui devraient d’abord balayer devant leurs portes.

 
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« Nous finissons toujours par avoir le visage de nos vérités » disait Albert Camus. Incontestablement, les nouveaux moyens de communication facilitent la diffusion d’informations farfelues, d’âneries en tout genre et de mensonges délibérés. Les bouleversements de l’information facilitent les trucages (la propagande nouvelle version) et répandent l’illusion d’un accès ouvert à des vérités jusque-là cachées. Les bêtises et les mensonges se répandent plus vite que les informations vérifiées. Des États ou des organisations rompues à la manipulation parviennent à répandre des fausses informations22, profitant de la passivité de l’opinion publique et d’une majorité de citoyens. Pour ce qui est aujourd’hui du triptyque information/communication/propagande, il y a l’avouable mais il y a aussi l’inavouable. « La liberté est impossible à l’ignorant » a-t-on coutume de dire. Comment parvenir à rectifier cette myopie constitutive ? Ceci ne relève plus du choix mais de la nécessité. Un long travail d’éducation est indispensable. Ce ne sera pas aisé de démontrer aux plus obtus que la vérité est autre que celle à laquelle ils croient. Jupiter a trouvé la parade avec son projet de loi qui en dit long sur les dérèglements de notre société. Tout le mal de nos démocraties tiendrait en deux mots : « Fake news ». Derrière l’illusion d’un diagnostic, l’expression fonctionne comme un écran, un alibi pour une censure étatique qui masque les causes du discrédit de la parole publique et son histoire depuis les années 199023. Elle est aussi le révélateur inconscient d’une sorte de droit à la servitude (volontaire).

Guillaume Berlat
2 avril 2018

1 Guillaume Berlat/Rémy Rieffel, Médias, politique étrangère et diplomatie française. Du savoir-faire au faire savoir, Annuaire français de relations internationales (AFRI), 2017, Université Panthéon-Assas/Centre Thucydide, pp. 877-893.
2 Laurent Mauduit, L’audiovisuel public est en grave danger, www.mediapart.fr , 27 décembre 2017.
3 Aude Lancelin, « Tout le circuit de l’information est pollué », 20 minutes, 11 janvier 2018, p. 16.
4 Christophe Nobili, Entre « Le Monde » et Facebook, un beau conte de « fake », Le Canard enchaîné, 3 janvier 2017, p. 4.
5 François Bougon, Nouveaux médias : le papier fait de la résistance, Le Monde, Économie & Entreprise, 3 janvier 2018, p. 14.
6 Richard Labévière, Arabie saoudite : vipères au point, www.prochetmoyen-orient.ch , editorient, 25 décembre 2017.
7 Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée, Gallimard, 1987, pp. 114-115.
8 Nicolas Baverez, 2018, année décisive pour l’Iran, Le Figaro, 26 décembre 2017, p. 13.
9 Cyrille Pluyette, La nouvelle diplomatie d’influence de la Chine, Le Figaro, 26 décembre 2017, p. 6.
10 Maxime Tandonnet, Pour un renouveau authentique de la politique, Le Figaro, 29 décembre 2017, p. 13.
11 I.B., Les très meilleurs vœux, Le Canard enchaîné, 3 janvier 2018, p. 1.
12 Byung-Chul Han, La société de transparence, PUF, 2017, p. 76.
13 Ivan Rioufol, La France liée par le politiquement correct, Le Figaro, 22 décembre 2017, p. 19.
14 Serge Sur, 2017. En battant la campagne, Dalloz, 2017, p. 291.
15 Pierre-André Taguieff, Macron : miracle ou mirage ?, éditions de l’Observatoire, 2017.
16 Stéphane Foucart, « Fake news » : une loi n’y ferait rien, Le Monde, 14-15 janvier 2018, p. 28.
17 Macron veut légiférer contre les « fake news » en période électorale, www.Lexpress.fr , 3 janvier 2018.
18 Guy Konopnicki, Le ministère de la Vérité, Marianne, 23 février-1er mars 2018, p .55.
19 Anne Dastakian, Ce qui se cache derrière la « Russophobie », Marianne, 12-18 janvier 2018, pp. 40-41-42.
20 Alexandre Piquard, Jean-Luc Hees au comité d’éthique de RT : « Si un truc me dérange, je partirai dans l’instant », www.Lemonde.fr , 22 décembre 2017.
21 Stéphanie Marteau/Aziz Zemouri, L’Élysée off, Fayard, 2016.
22 Guy Konopnicki, Un bouclier de platitudes contre le complotisme, Marianne, 12-18 janvier 2018, p. 55.
23 Christian Salmon, « Fake news », les étoiles éteintes de la démocratie, www.mediapart.fr , 14 janvier 2018.

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