Observatoire Géostratégique

numéro 200 / 15 octobre 2018

JUPITER A L’ONU : « PESER », MAIS ENCORE…

« L’homme à la colombe ». Tel est le titre d’un roman plus vrai que nature écrit, sous le pseudonyme de Fosco Sinabaldi, par un diplomate français ayant pour fonction celle de porte-parole de la mission permanente auprès de l’ONU au milieu des années 1950 en pleine Guerre froide (l’ambassadeur a pour nom Henri Hoppenot)1. Ce diplomate est plus connu sous son véritable nom, Romain Gary. Ce que beaucoup de nos compatriotes ignorent. Que nous raconte le double prix Goncourt dans ce roman qui emprunte bien évidemment à son expérience de l’institution ayant son siège à New-York ? Voici le résumé qu’en fait l’éditeur :

« L’O.N.U. est en émoi. Un fantôme, portant une colombe, terrorise les dactylos qui font des heures supplémentaires le soir dans le gratte-ciel de l’Organisation à New York. On découvre qu’il s’agit d’un jeune cow-boy du Texas, dont le père est un magnat des pétroles. Johnnie, c’est le jeune homme, est venu dans l’Est faire des études supérieures. Celles-ci ont fait de lui un intellectuel, et son père lui a coupé les vivres derechef. Johnnie s’est dévoué avec passion à l’idéal des Nations Unies. Pour contempler de près cette conscience du monde, il s’est fait loger avec sa colombe dans un réduit secret du building de l’O.N.U. par un cireur de chaussures de ses amis. Au bout de quelques jours, Johnnie a compris que l’O.N.U. est une farce, une grande turbine qui marche au quart de tour, mais n’entraîne aucun moteur. Sa déception prend les proportions d’un désespoir métaphysique. Il décide de perdre l’O.N.U. aux yeux du monde. À cette fin, il monte une machination qui doit ridiculiser l’Organisation et lui rapporter accessoirement beaucoup d’argent. Son complot lui apporte une gloire universelle. Mais lorsque, en exécution de son plan, il révèle qu’il n’est qu’un imposteur, on ne le croit pas. Touché par la vraie grâce onusienne, il fait la grève de la faim et meurt. On l’enterre au Texas avec sa colombe ».

Le moins que l’on puisse dire est que la 73ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a débuté ses travaux le 24 septembre 2018, par la traditionnelle semaine des chefs d’État et de gouvernement aurait inspiré Romain Gary tant elle a tout du théâtre d’ombres et de la diplomatie du spectacle et du moulin à paroles. Le spectacle est dans la salle, à l’extérieur de la salle et du Palais de verre. Les amabilités s’échangent par tweets cinglants. L’Amérique de Donald Trump y est stigmatisé, en particulier son grand ami, Emmanuel Macron. Qu’en est-il de l’environnement international dans lequel débute ce barnum ? Qu’en est-il de l’intervention du président de la République française ? Comment évaluer objectivement cette assemblée de la confrontation ?

ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL DÉGRADÉ

Dans un monde fortement secoué par une crise de confiance générale, le cavalier seul américain contribue largement à la démolition de l’ordre mondial porté sur les fonts baptismaux en 1945 par les États-Unis.

Le monde au bord de la crise de nerfs 

Reprenons le diagnostic (incomplet) sur l’état du monde que nous livre Emmanuel Macron en introduction de son intervention !

« Nous vivons aujourd’hui dans une crise profonde de l’ordre international libéral westphalien que nous avons connu. D’abord, car il a échoué pour partie à se réguler lui-même. Ses dérives économiques, financières, environnementales et climatiques n’ont pas trouvé de réponse encore à la hauteur à ce jour. Ensuite, parce que notre capacité collective à apporter une réponse aux crises est encore trop souvent entravée par les divisions du Conseil de sécurité… Née d’une espérance, l’ONU, peut devenir, comme la Société des Nations qui l’a précédée, le symbole d’une impuissance. Et nul n’est besoin de chercher les responsables de ce délitement, ils sont ici, dans cette assemblée. Ils prennent la parole aujourd’hui. Les responsables, ce sont les dirigeants que nous sommes… ».

Le constat d’Emmanuel Macron, pour juste qu’il soit, passe habilement sous silence la crise de l’Union européenne, des autres organisations régionales et les nombreux intervenants qui concourent à la crise globale (GAFAM, acteurs non étatiques…), de la multiplication des conflits entre Pékin et Washington2… que connaît aujourd’hui le monde. Mais, au-delà, le multilatéralisme n’est plus de mode tant la confiance n’est plus au rendez-vous. L’ONU, n’est qu’un exemple parmi d’autres, une sorte de révélateur de la fracturation d’un monde sans maîtres qui pourrait nous conduire au grand chambardement. L’un des grands perturbateurs de l’ordre mondial n’est autre que le peuple à la destinée manifeste.

Le cavalier seul américain : démolition de l’ordre international

Même si l’expression du 45ème président américain a paru plus modérée que l’année précédente, la substance reste violente dans une enceinte internationale en charge du « maintien de la paix et de la sécurité internationales ». Son intervention peut se résumer sommairement en une succession de charges de la cavalerie légère3.

Charge contre le multilatéralisme et ode à la souveraineté nationale, d’abord. Donald Trump a fixé des limites étroites qu’il assignait au multilatéralisme. Il a promis d’être le « comptable en chef » des deniers américains, qu’il ne veut plus gaspiller dans la défense de l’ordre international. « Nous rejetons l’idéologie mondialiste et nous embrassons la doctrine patriotique », a-t-il dit, encourageant chaque dirigeant présent à « rendre sa grandeur à son pays ».

Charge contre l’Iran, ensuite. Les années passent. Les ennemis des États-Unis changent. En 2017, Donald Trump accusait de tous les maux de la terre, le régime nord-coréen. En 2018, l’empire du mal a changé de nom. Le président américain n’a cependant pas renoncé à tout interventionnisme, réservant ses flèches les plus acérées à l’Iran. Il a stigmatisé le régime des mollahs, dont la « dictature corrompue sème le chaos, la mort et la destruction. Les dirigeants iraniens ne respectent pas leurs voisins, les frontières et la souveraineté des autres nations, a-t-il martelé. Ils pillent les ressources de leur pays pour s’enrichir et semer le désordre à travers le Proche-Orient et bien au-delà ». Contre ceux qu’il désigne comme « les principaux sponsors du terrorisme dans le monde », il a demandé « à toutes les nations de soutenir le peuple iranien et d’isoler le régime », en s’alignant sur les sanctions imposées par Washington depuis son retrait de l’accord nucléaire conclu à Vienne le 14 juillet 2015. Le président américain a désigné la « dictature corrompue » de Téhéran comme le « principal sponsor du terrorisme dans le monde »4.

Cela ressemble à s’y méprendre à un appel au changement de régime en contradiction avec la doctrine isolationniste prônée par Donald Trump. Ce dernier a présidé le 26 septembre 2018 une réunion spéciale du Conseil de sécurité consacrée en principe à la problématique de la prolifération des armes de destruction massive (ADM) qu’il a évidemment orienté sur la question iranienne. Une cinquantaine d’experts américains en matière de politique étrangère ont dénoncé une politique « qui ne laisse à Téhéran que le choix entre la capitulation ou la guerre ».

Charge contre la juridiction pénale internationale, enfin. De façon tout à fait attendue5, le président américain n’a pas ménagé ses coups contre la Cour pénale internationale (CPI), institution liée à « l’idéologie du mondialisme ». Accusée de n’avoir « aucune légitimité et aucune autorité », Donald Trump a déclaré que « les États-Unis n’apporteront aucun soutien ou reconnaissance à la CPI »6.

La rhétorique du chef de la Maison-Blanche semble avoir été accueillie avec plus de distance que l’année dernière. Preuve en est, qu’au début de son intervention, rires et quelques applaudissements ont ponctué sa description hyperbolique de ses triomphes depuis un an. Il a paru sincèrement étonné : « Je ne m’attendais pas à ça, a-t-il dit, mais c’est OK ».

Dans ce contexte troublé, l’intervention du président de la République, prononcée une heure après celle de Donald Trump était particulièrement attendue.

INTERVENTION ÉCHEVELÉE AUX ACCENTS LYRIQUES

Pour mieux appréhender la quintessence de ce discours, il convient d’en avoir une approche générale avant de passer à une approche spécifique collant au texte.

Approche générale : un robinet d’eau tiède

Comme toujours, il importe de se reporter au texte du discours officiel pour le comparer à celui de 20177 et pour disposer ainsi d’une vue objective des paroles jupitériennes de 2018 !8 Comme toujours le discours est souvent confus, manquant d’une cohérence d’ensemble, d’une logique cartésienne à la française, frisant souvent le discours moral, voir moralisateur qui n’a pas sa place dans pareille enceinte. L’orateur s’enflamme parfois, tape du poing sur le pupitre, s’éloigne parfois de son texte pour improviser tel un prédicateur enflammé pour faire de l’anti Trump9. Emmanuel Macron se cherche de nouveaux alliés pour rebâtir son nouveau multilatéralisme. Il confesse que la « France aurait fait de mauvaises choses dans son histoire » – toujours l’appel à la repentance inutile – mais que notre pays est une sorte de phare (un peu pâle) de la civilisation qui fait la leçon à tous ceux qui souhaiteraient s’éloigner du troupeau telle une mauvaise troupe. Le texte part dans tous les sens.

Emmanuel Macron excelle dans le registre de la diplomatie de l’incantation. Même crayon à la main et après plusieurs relectures, le lecteur éprouve le plus grand mal à suivre le fil conducteur de la pensée jupitérienne tant elle parait confuse. L’impression d’un grand flou conceptuel prévaut sauf pour nos perroquets à carte de presse qui ne retiennent que quelques formules choc sélectionnées par les communicants du grand homme. En 2017, la jeunesse du président intrigue. En 2018, sa fougue agace dans les chancelleries qui n’ignorent pas ses multiples déboires sur le plan intérieur. Nous sommes passés à l’époque de la révolution numérique et des réseaux sociaux qui charrient toutes sortes de rumeurs fondées ou pas.

Approche spécifique : un volontarisme niais

Que retenir de cette nouvelle homélie jupitérienne ? Emmanuel Macron a multiplié ses critiques contre l’unilatéralisme de son collègue américain lors de son intervention du 25 septembre 2018 après s’être entretenu la veille avec lui dans un prestigieux hôtel de New York. Il a annoncé qu’il ne signera aucun accord commercial avec un pays qui ne respectera pas l’accord de Paris sur le climat10. Le temps des amabilités semble être révolu entre les deux hommes. La réunion des inégalités sera la priorité du G7 dont la présidence sera assumée par la France en 2019 (sommet de Biarritz).

Après avoir posé un diagnostic honnête sur les dérèglements du monde actuel (Cf. notre premier développement), le président de la République présente les trois grandes voies qui s’offrent à nous pour répondre à ces défis : la voie de l’attentisme en considérant qu’il ne s’agit que d’un « moment ou une parenthèse de l’Histoire » qui passera (il n’y croit pas), la voie de « la loi du plus fort et de l’unilatéralisme (il pense qu’elle ne contribuera pas à régler les crises iraniennes, israélo-palestinienne, commerciale et, enfin, la mise au point d’un « nouveau modèle, un nouvel équilibre mondial » (voie qu’il privilégie). Ce nouvel équilibre se structurera autour de trois principes : le respect des souverainetés, le renforcement des coopérations régionales et l’apport de garanties internationales plus robustes. Ce système à trois étages est tout à fait logique et cohérent, reconnaissons-le ! Et de citer le règlement de la crise syrienne (le discours devient confus) ; de la crise libyenne (il revient avec son idée fixe d’élections en décembre) : la lutte contre le terrorisme (avec le G5 Sahel), le contrôle des flux migratoires (le discours est confus et manque de clarté) ; la lutte contre le réchauffement climatique, la grande transformation numérique.

Et d’en venir à la martingale de son cru bourgeois 2018 : la lutte contre les inégalités érigée en cause internationale prioritaire pour venir en aide aux enfants n’ayant pas accès à l’éducation, aux femmes n’ayant pas accès à la contraception, aux pays les plus pauvres. C’est pourquoi, Jupiter annonce que cet « agenda des inégalités » sera au cœur du prochain G7 sous présidence française. Au titre des inégalités, il en rajoute une autre couche, citant celles liées au genre, au harcèlement de rue jusqu’au féminicide, à la non-égalité entre hommes et femmes, à l’environnement, à la santé. C’est pourquoi (Emmanuel Macron revient en arrière, signe de confusion de son esprit), à la manière de lutter efficacement contre les inégalités : s’aligner vers le bas (il n’en veut pas) ou le recours au protectionnisme (il le récuse).

Et, le président de la République revient également en arrière en termes de méthodes : évaluer les actions ; adjoindre les « grands absents » en particulier dans la « lutte contre la manipulation de l’information » ; donner toute sa place à l’Afrique dans la recomposition du système international. Emmanuel Macron repart sur ses fantasmes (déjà traités au début de son intervention) : appui à l’UNESCO, l’UNRWA, la CPI (coup de pied de l’âne à Donald Trump et à sa « loi du plus fort »11) ; élargissement du Conseil de sécurité (vieux serpent de mer) : à l’encadrement du droit de veto en cas d’atrocité de masse (il doit penser à ceux commis par l’Arabie saoudite au Yémen avec des armes françaises !) ; à la défense du droit international humanitaire ; opportunité d’un « sursaut d’intelligence et de courage » avec le « Forum de la paix » qu’il réunira à Paris le 11 novembre 2018. Le président de la République conclut sur une ode au multilatéralisme et à la lutte contre les inégalités.

Fin de sermon de frère Emmanuel ! Côté diplomatie incantatoire et diplomatie moralisatrice, il en connait un rayon. Pour ce qui est de la mise en pratique de la coopération régionale et de la coopération internationale, il nous semble que Jupiter est assez mal placé pour administrer des leçons du haut de sa chaire de prédicateur, tant il joue perso comme les disent les footballeurs. Lui manque la pointe d’humour qui sied aux situations désespérées.

En marge de l’Assemblée générale, nous apprenons que « nos services ont reçu une grande quantité d’informations de leurs homologues israéliens sur l’opération que le Mossad a réussie en janvier en emportant de Téhéran des tas de documents du dossier nucléaire »12 selon un diplomate français qui aurait mieux fait de tenir sa langue sauf à ce qu’il ait voulu jouer à l’idiot utile de certains services étrangers amis passés maîtres dans l’art de la désinformation et de l’intoxication.

p.m. : « Les Etats membres de l’UE vont instaurer une entité légale pour faciliter les transactions financières légitimes avec l’Iran » a annoncé Federica Mogherini Mogherini, La Haute représentante de l’Union européenne aux Affaires étrangères13 en présence du ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, provoquant aussitôt une réaction d’indignation du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo. Un nouveau combat de David contre Goliath ! Surtout, lorsque l’on sait qu’il s’agit d’un vieux serpent de mer, un mécanisme qui n’a jamais fonctionné dans le passé. Une fois encore, l’Union européenne verse dans la diplomatie de la poudre aux yeux, la diplomatie de perlimpinpin.

La surprise de Bijou à Manu. Plus important que tout ce qui précède, nous avons la stupeur d’apprendre que Brigitte Macron sèche le dernier voyage officiel de son époux à New-York, aux Antilles et ce alors qu’elle était initialement du voyage. Dernier coup dur pour Jupiter ! La première dame veut prendre un peu de recul après une période également marquée par les récentes polémiques autour de deux de ses plus proches amis : Stéphane Bern, qui menace de partir de son poste de Monsieur Patrimoine d’Emmanuel Macron, et Philippe Besson, dont la nomination au consulat de Los Angeles a été très controversée. À Paris, Brigitte Macron entend mettre son temps à profit pour trouver un moyen d’aider à nouveau son président de mari, avec qui elle a de plus en plus de mal à communiquer, même si les liens qui les unissent restent indéfectibles. Une réflexion qui intervient alors que Brigitte Macron vient de faire sa première représentation officielle vis-à-vis d’une autorité, seule, ce lundi 24 septembre, à Rouen avec la reine de Norvège14.

« Aujourd’hui les filles s’émancipent

Et vous parlent de leurs grands principes

Puis elles font comme leur maman

En vertu des grands sentiments »

Comme le chantait si bien Guy Béart dans sa chanson intitulée Les Grands principes qui date de 1965.

En définitive, que peut-on et doit-on retenir de cette assemblée générale qui débute sous de très mauvais auspices ?

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA CONFRONTATION

Nous reprendrons ce que retient une revue de presse pour livrer notre analyse avec toute la subjectivité que cela comporte mais que nous assumons au pays de la liberté d’expression.

Qu’en retient la presse ?

Les médias reviennent sur les discours d’hier de D. Trump et E. Macron, estimant comme Le Monde qu’ils ont exposé « leurs visions opposées du monde », The Times évoquant même « une remise en question cinglante de la doctrine isolationniste » du Président américain par son homologue français. Ils retiennent notamment que D. Trump a invité les Nations unies à « isoler le régime iranien » et critiqué la « gouvernance mondiale », et qu’E. Macron apparaît comme le « chantre du multilatéralisme » (France Culture). Le discours « explosif » (The Daily Express) du Président iranien fait également l’objet de reprises, H. Rohani ayant comparé certaines mesures de l’administration Trump à celles des Nazis (Newsweek). Enfin, quelques rédactions relaient également l’allocution du Secrétaire général A. Guterres qui a « lancé un avertissement aux leaders des 193 pays membres de l’ONU » face aux « divisions graves » au sein du Conseil de sécurité (AFP). Cf. Le Monde. Les médias notent aussi que se tiendra ce jour, en marge de l’Assemblée générale, une réunion du Conseil de sécurité consacrée au risque de prolifération nucléaire, présidée par D. Trump, qui a l’Iran « dans le viseur », selon Le Figaro. Le quotidien évoque dans un autre article « la tension franco-iranienne » qui « pèse sur le maintien de l’accord nucléaire » alors que les Européens ont annoncé hier « la création d’un système de troc pour échapper » aux nouvelles sanctions américaines. Cf. les JT 20h des grandes chaines, The New York Times, Time, BBC News…15

L’Assemblée générale de l’ONU qui se tient actuellement à New York continue de faire l’objet d’un certain intérêt. Les rédactions reviennent sur la réunion du Conseil de sécurité centrée sur la non-prolifération d’armes de destruction massive. Elles relèvent que D. Trump s’en est de nouveau pris à Téhéran, l’accusant d’avoir « permis la boucherie en Syrie » (RTL) et affirmant que « "dans les années qui ont suivi la signature de l’accord" de 2015 sur le nucléaire iranien, "l’agression de l’Iran n’a fait qu’augmenter" » (AFP). L’agence note également qu’il « a promis que les sanctions seraient "pleinement en vigueur début novembre" et [seraient] suivies par de nouvelles mesures punitives "plus dures que jamais" ». Dans ce contexte, les journalistes relèvent néanmoins que les autres membres du Conseil de sécurité « ont fait bloc pour défendre l’accord » (franceinfo:) ; un « front commun » qui a « isolé » le Président américain (Le Monde). Le Figaro évoque notamment le « choc des visions du monde » Trump-Macron, tandis que The Guardian rapporte que T. May a, à travers ses deux allocutions, « fermement contredit » la position isolationniste américaine. Cf. aussi les JT 20h des grandes chaînes, France 24, France Culture, RFI, FOB, La Stampa, Corriere della Sera, etc.16

Que peut-on en retenir ?

Au lieu d’apaiser les tensions, cette 73ème session de l’Assemblée générale de l’ONU les exacerbe. Ce qui n’a rien de réjouissant pour l’avenir des relations internationales. Chaque chef d’État et de gouvernement vient faire le spectacle pour son opinion intérieure et non pour tenter de régler les problèmes du monde. Donald Trump vient présider une réunion sur la lutte contre les drogues, transforme le Conseil de sécurité en une tribune commode pour tirer à boulets rouges contre l’Iran17, joue de la tribune de l’Assemblée générale pour en faire un instrument de propagande de sa politique unilatéraliste. Les présidents chinois et russe n’ont pas fait le déplacement à New-York cette année, estimant qu’ils y perdraient leur temps. Ceci ne trompe pas les experts.

Quant à Emmanuel Macron, il saisit l’occasion de ce déplacement à Manhattan pour rencontrer Donald Trump (leurs relations sont moins idylliques qu’il n’y a quelques mois) et Hassan Rohani (pour le convaincre de s’engager sur le terrain balistique et de ses ingérences en Syrie et ailleurs). Par ailleurs, il joue la « star » en réunissant une trentaine de chefs d’État et de gouvernement (sur 193), de dirigeants d’entreprises et de philanthropes au Plazza Hôtel à quelques arpents de neige de la Trump Tower pour la deuxième édition de son « One Planet Summit » (en français dans le texte) pour redonner du souffle à l’accord de Paris bien mal en point18. À l’issue de ce sommet bouclé en deux heures, rien de très concret mais beaucoup de flou sur les 12 grands engagements pris lors du premier sommet à Paris. L’Union européenne et la Banque mondiale vont également ouvrir leur porte-monnaie pour aider les projets orientés vers la lutte contre le réchauffement climatique.

La France annonce la création d’un partenariat public/privé qui a pour nom « partenariat climatique financier » destiné à lever des fonds pour soutenir les projets d’infrastructures bas carbone dans les pays émergents. Emmanuel Macron annonce également son intention de profiter de la présidence française du G7 pour réunir à nouveau le « One Planet Summit » à Biarritz en août 2019. Tout ceci n’a qu’une importance relative par rapport aux deux distinctions reçues par Jupiter à cette occasion : « champion de la terre » (titre décerné par l’agence des Nations Unies pour l’environnement et qu’il partage avec le premier ministre indien, Narendra Modi) et « champion du climat » (titre décerné par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres). Cela ne peut pas faire de mal au moment où un nouveau sondage d’opinion le fait régresser de deux points.

Jamais dans l’histoire des Nations Unies, les problèmes importants n’ont été réglés à la lumière crue des médias durant cette première de l’Assemblée générale qui se poursuit jusqu’à Noël par les réunions de six commissions thématiques qui adoptent les mêmes résolutions sans valeur juridique contraignante et sans valeur tant elles ne font que répéter les mêmes sornettes, année après année. Elle a au moins un mérite, celui de faire croire aux petits États qu’ils pèsent le même poids que les grands. De la différence entre l’organe déclaratoire (l’Assemblée générale) et l’organe exécutoire (le Conseil de sécurité) !

De la valeur psychologique et cathartique du multilatéralisme universel ! Le Congrès s’amuse pendant quelques semaines et la situation revient à la normale comme avant, une fois les patrons retournés à leur routine et à leurs problèmes intérieurs, pour beaucoup d’entre eux. Jupiter n’échappe pas à la règle, lui qui quittait Manhattan dès les mercredi 26 septembre 2018 pour faire la tournée des popotes aux Antilles un an après le passage du cyclone Irma19. Pas de chance, son déplacement est perturbé par le cyclone Kirk !

« Privé de cap, le macronisme s’est délité »20. Comment mieux résumer en quelques mots clairs et précis, le dégonflement de la bulle jupitérienne (et non papale) au cours des deux derniers mois (à partir du début de l’affaire Benalla) sur le plan intérieur21 mais aussi sur le plan international (quoi qu’en disent certains experts de la brosse à reluire) ? Hier, objet de curiosité sur la scène diplomatique, chamboule-tout de la politique française. Mais la volonté de corriger les erreurs du passé, promise depuis quelques mois déjà, est régulièrement mise à terre par les « petites phrases » du président et son incapacité à ne pas se mêler de tous les sujets. Au-delà de la com que reste-t-il aujourd’hui ?22 Il est évident que les « communicants les plus brillants ne peuvent rien sans le renfort de l’action et la force de l’incarnation »23. Nous pourrions ajouter que pour qu’il y ait action efficace, il faut en priorité une réflexion préalable débouchant sur une anticipation sérieuse qui permet de fixer un cap pérenne sur la mer agitée qu’est le monde de ce début de XXIe siècle.

 
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Enfin, il faut que cette action soit portée par plusieurs pays qui comptent et qui soient déterminés et non de manière solitaire. En théorie, ce devrait être l’Union européenne. Faute de quoi, l’action extérieure se résume à une vulgaire diplomatie de la godille qui fait que le paquebot France évolue au gré des vents, des modes, du buzz de bâbord à tribord rendant ainsi la politique étrangère de la « Grande Nation » illisible et incompréhensible. Qui veut faire l’ange fait la bête. Voilà comment Jupiter se présente comme l’homme qui voulait changer le machin.

Guillaume Berlat
1 octobre 2018

1 Fosco Sinibaldi/Romain Gary, L’homme à la colombe, Gallimard, 1958.
2 Frédéric Schaeffer, Les conflits se multiplient entre Pékin et Washington, Les Échos, 28-29 septembre 2018, p. 6.
3 Philippe Gélie, Les cinq lois de la diplomatie trumpienne, Le Figaro, 27 septembre 2018, p. 8.
4 Philippe Gélie, Trump demande aux Nations Unies d’isoler l’Iran, Le Figaro, 26 septembre 2018, p. 8.
5 Guillaume Berlat, La CPI est morte : Bolton l’a tuer, www.prochetmoyen-orient.ch , 17 septembre 2018.
6 AFP/Reuters, Les États-Unis rejettent dans la Cour pénale internationale « l’idéologie du mondialisme », Le Figaro, 26 septembre 2018, p. 9.
7 Guillaume Berlat, Un prédicateur à Manhattan, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 septembre 2017.
8 Discours prononcé par le président de la République française, Emmanuel Macron lors de la 73ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, New-York, 25 septembre 2018, www.elysee.fr , 26 septembre 2018.
9 Isabelle Lasserre, Macron-Trump, le choc de deux visions du monde, Le Figaro, 27 septembre 2018, p. 17.
10 Nicolas Rauline, Macron annonce une nouvelle posture face au président américain, Les Échos, 26 septembre 2018, p. 6.
11 Maurin Picard, À l’ONU, Macron dénonce « la loi du plus fort », Le Figaro, 26 septembre 2018, p. 9.
12 Georges Malbrunot, La tension franco-iranienne pèse sur le maintien de l’accord nucléaire, Le Figaro, 26 septembre 2018, p. 9.
13 Jacques-Hubert Rodier, Le défi iranien de l’Europe, les Échos, 26 septembre 2018, p. 8.
14 https://www.closermag.fr/politique/info-closer-brigitte-macron-renonce-a-accompagner-emmanuel-macron-lors-de-ses-pr-876141
15 Focus Défense du 26 septembre 2018.
16 Focus Défense du 27 septembre 2018.
17 Marc Semo, Donald Trump isolé au Conseil de sécurité des Nations unies, Le Monde, 28 septembre 2018, p. 3.
18 Marie Bourreau/Simon Roger, Emmanuel Macron se pose en rassembleur de la finance climatique, Le Monde, 28 septembre 2018, p. 3.
19 François-Xavier Bourmaud, Emmanuel Macron en visite aux Antilles pour renouer avec le terrain, Le Figaro, 27 septembre 2018, p. 6.
20 Stéphane Rozès, « Privé de cap, le macronisme s’est délité », Marianne, 21-27 septembre 2018, p. 17.
21 Ellen Salvi, Un an et demi à l’Élysée, et déjà une ambiance fin de règne, www.mediapart.fr , 27 septembre 2018.
22 https://culturedepaix.blogspot.com/2018/09/emmanuel-macron-lonu-principes-ou-com.html
23 Vincent Trémolet de Villiers, Au-delà de la com, Le Figaro, 11 septembre 2018, p. 1.

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