Observatoire Géostratégique

numéro 148 / 16 octobre 2017

PROPAGANDE, RELATIONS PUBLIQUES ET L’EFFONDREMENT DE NARRATIFS

La guerre en Syrie dans les médias

Berlin, 17 avril 2017.

Emigré aux États-Unis avec ses parents lorsqu’il était enfant, Edward Bernays – le neveu de Sigmund Freud – y a inventé un métier qu’il a baptisé : relations publiques. Le conseiller en relations publiques (RP), qui fait ainsi son apparition, est un relais entre ceux qui produisent quelque chose (au sens large) et ceux qui l’achètent. Le conseiller en RP assume la tâche de faire connaître des marchandises, des idées, des procédés ou des doctrines au grand public et de les présenter de la manière la plus attrayante possible.

Le conseiller en RP est un expert des médias et de la communication. Afin d’attribuer aux marchandises une image attractive et de vendre les idées politiques, Bernays a eu recours aux découvertes de la psychanalyse. Il a développé un ensemble de techniques pour agir sur le “désir caché” et sur les émotions. Il employait la mise en relief, l’omission, la répétition de telle façon que les contenus présentés s’impriment dans la mémoire. Ainsi, un entrelacs de techniques médiatiques a progressivement imprégné la vie quotidienne et contribué à la formation de l’opinion publique. Le conseiller en RP, dans sa fonction de médiateur, y est devenu presque plus important que les forces productives elles-mêmes : "the conscious and intelligent manipulation of the organized habits and opinions of the masses is an important element in democratic society. Those who manipulate this unseen mechanism of society constitute an invisible government which is the true ruling power of our country. We are governed, our minds are molded, our tastes formed, our ideas suggested, largely by men we have never heard of."1 Le canon des techniques que Bernays développe, est ancré dans une éthique bien définie: "While recognizing, just as the lawyer does, that every one has the right to present his case in its best light, he [the PR counsel] nevertheless refuses a client whom he believes to be dishonest, a product which he believes to be fraudulent, or a cause which he believes to be antisocial. […] His business is not to fool or hoodwink the public."2

Dans le respect de ces limites, Bernays assimile le travail de relations publiques avec la propagande, qu’il conçoit à partir du latin propagare, propager.3 Et c’est dans cette dimension éthique qu’elle est justifiée dans le chef-d’oeuvre de Bernays: "in its true sense propaganda is a perfectly legitimate form of human activity"4.

Après la terreur des régimes totalitaires, qui durant les années 30 a dissocié ce que Bernays appelait "propagande" de sa base éthique ; après les ravages de la Seconde guerre mondiale et durant la Guerre froide, pendant laquelle la propagande a joué un rôle de premier plan, nous ne pouvons plus revendiquer l’équation de Bernays. On s’est accoutumé à distinguer le travail de la presse, les relations publiques et la propagande selon différents critères. Le travail de presse devrait être neutre. Il devrait restituer un large éventail de perspectives. A propos d’un conflit, il devrait donner la parole aux différentes parties. Les relations publiques privilégient une perspective et la représentent de manière attractive.

La propagande submerge ses destinataires et les pousse à des réactions affectives, en annulant ainsi le sens critique et le libre arbitre. Elle se sert de fausses nouvelles pour créer des ambiances particulières. Mais, bien qu’il existe nombre de distinctions entre ces différentes activités, les limites entre le travail médiatique, les RP et la propagande deviennent souvent perméables. La guerre de Syrie qui est aussi une guerre de communication, constitue un cas emblématique.

D’une part, le gouvernement syrien produit un narratif qui est propagande par omission. Il suppose que la guerre ait été lancée par des jihadistes-mercenaires armés, financés, entraînés et dirigés par des forces extérieures. La guerre aurait donc été induite à cause d’intérêts religieux, économiques et géopolitiques. Mais cette vérité partielle n’épuise pas la compréhension du tout. La dimension oppressive du “regime de Bachar al-Assad” a donné un motif légitime aux insurrections réprimées dans la violence.

D’autre part, les grands médias occidentaux n’éclaircissent pas ce narratif et procèdent par jugements unilatéraux. Ils présentent les rebelles comme des défendeurs de la liberté et de la démocratie, tout en omettant qu’une grande partie d’eux sont des jihadistes qui luttent dans le but affiché d’ériger des communautés gouvernées par la Charia.

Du coté des grands médias occidentaux, les RP et même la propagande s’invitent dans les représentations produites quotidiennement par la presse. Analysons quelques exemples et quelques sources.

Purpose est une société internationale de RP. Son siège est à New York. Cette société s’est spécialisée dans l’organisation et le développement de mouvements "bottom-up". Sa devise: "We Build Movements". Purpose a été créée en 2009. Son CEO est Jeremy Heimans, l’un des fondateurs de AVAAZ, son président est Kevin Steinberg, le fondateur et ex-COO du World Economic Forum USA – une succursale du World Economic Forum – qui est spécialisée dans la "responsabilité sociétale" d’entreprises. Purpose s’organise entre quatre départements: Purpose Inc. est une certified B-corporation pour le développement de Social Movement Organisations ; Purpose Action est une non-profit advocacy organization, dédiée au changement politique (focused on changing policy), qui opère sous la Section 501(c)(4) du code fiscal américain; Purpose Foundation est une association caritative for education and changing culture; enfin, Purpose Campaign LLC "développe des mouvements sociétaux et des organisations de consommateurs". Le but du mouvement qui est censé émerger est déterminé par le client. Bernays avait déjà expliqué que l’opinion publique s’ébauche spontanément d’une part, mais que d’autre part elle est formée par ceux qui induisent des impulsions et en gèrent la propagation.5

En mars 2014, Purpose Campaigns LLC a organisé la constitution de The Syria Campaign, une organisation au but non lucratif qui est enregistrée comme société à Cambridgeshire (Grande Bretagne). Le comité de direction était d’abord composé surtout de cadres de Purpose. The Syria Campaign se décrit elle-même comme "a global advocacy group … with the mission to mobilize people around the world to advocate to protect Syrian civilians and accelerate progress towards a peaceful and democratic future for Syria". The Syria Campaign travaille dans deux perspectives : 1) Creating communication materials – e.g. reports, infographics, videos – that have the ability to cut through the complexity of the conflict and shift the public narrative on Syria ; 2) Running large-scale campaigns that elevate the voices of Syrians and deliver real impact on the ground. En mars 2014, Purpose Campaigns LLC a organisé la constitution de The Syria Campaign, une organisation au but non lucratif qui est enregistrée comme société à Cambridgeshire (Grande Bretagne). Le comité de direction était d’abord composé surtout de cadres de Purpose. The Syria Campaign se décrit elle-même comme "a global advocacy group … with the mission to mobilize people around the world to advocate to protect Syrian civilians and accelerate progress towards a peaceful and democratic future for Syria". The Syria Campaign travaille dans deux perspectives : 1) Creating communication materials – e.g. reports, infographics, videos – that have the ability to cut through the complexity of the conflict and shift the public narrative on Syria ; 2) Running large-scale campaigns that elevate the voices of Syrians and deliver real impact on the ground.

Le narratif porteur est très simple: The regime of Bashar al-Assad is responsible for crushing a peaceful uprising that has led to the deaths of over 450,000 people, the displacement of over 12 million – half the country – and the emergence of violent, extremist groups like Isis. Il est certainement difficile de comprendre comment la répression de la révolte en Syrie (mars 2011) aurait pu causer la naissance de Dae’ch en Irak en 2006… En tout cas, le groupe se déclare neutre et soutient les droits de l’homme : We are not tied to any political group in Syria or anywhere else. We support universally-agreed human rights and freedoms. We support the aspirations of Syrians to live in a country that respects those rights and where people of different backgrounds, cultures and faiths live alongside each other in peace. We criticise anyone violating human rights, no matter what side they’re on6.

The Syria Campaign a reçu son financement de démarrage de Ayman Asfari, un milliardaire syrien. Asfari est associé et CEO de la société anglaise de pétrole et de gaz Petrofac Limited. Il vit surtout à Londres. Sa femme Sawsan Asfari est engagée dans d’autres associations pour les droits des Palestiniens et fait aussi partie du comité de direction de la Syria Campaign. En 2016, The Syria Campaign disposait d’un budget de 800,000 dollars, dont 180,000 étaient avancés par Asfari, 120,000 par le Rockefeller Brothers Fund, tandis que les autres bailleurs restaient anonymes.

Entre autres activités, The Syria Campaign a aussi conçu et géré la présence médiatique des Syrian White Helmets (SWH).7 Les Casques Blancs sont des sauveteurs volontaires qui se mettent au service des populations civiles et des combattants "des deux côtés du conflit": The volunteers save people on all sides of the conflict – pledging commitment to the principles of ‘Humanity, Solidarity, Impartiality’ as outlined by the International Civil Defence Organisation." – "The White Helmets mostly deal with the aftermath of government air attacks. Yet they have risked sniper fire to rescue the bodies of government soldiers to give them a proper burial". – "When I want to save someone’s life I don’t care if he’s an enemy or a friend. What concerns me is the soul that might die ~ Abed, the White Helmets8.

Les Casques Blancs sont aussi bien des forces de sécurité civiles qui réparent des infrastructures détruites et consolident des bâtiments. Ils travaillent exclusivement dans des territoires qui sont contrôlés par l’opposition syrienne armée. Selon les informations publiées sur leur site Internet, ils auraient sauvés 78,529 vies, tandis que 154 Casques Blancs seraient morts au cours de leurs missions.

Les Syrian White Helmets ont été créés par James LeMesurier, un expert anglais de sécurité et de renseignement, en mars 2013, à la suite d’une rencontre avec des représentants du Syrian National Council (SNC) et de la Qatari Red Crescent Society. Les Qataris procuraient un financement de démarrage de 300 000 dollars provenant du Japon, de Grande Bretagne et des États-Unis. Le SNC a placé deux activistes – Raed Saleh et Farouq Habib – aux côtés de LeMesurier pour diriger des SWH. LeMesurier a entraîné les premières équipes de sauvetage. Ensuite, les SWH ont été financés par la US Agency for International Development (23 Mio $ / 2014-15), par le British Foreign Office (Conflict Security and Stability Fund, 24 Mio $ / 2014-15, 32 Mio $ / 2016, 24 Mio $ / 2016-17), par l’UE (4,5 Mio $ / 2015), les Pays-Bas (4,5 Mio $ / 2016), l’Allemagne (7,6 Mio $ / 2016), le Danemark (n.a. / 2016), le Japon (n.a. / 2015), le Directorate-General for European Civil Protection and Humanitarian (n.a. / 2015-16) et le Jo Cox Fund (2,4 Mio $ / 2016)9.

En 2016, The Syria Campaign a organisé une opération de relations publiques qui était censée aider les SWH à obtenir le prix Nobel de la paix. Les sauveteurs n’ont pas atteint cet objectif mais ont reçu le prestigieux Right Livelihood Award considéré comme le prix Nobel alternative. Puis, The Syria Campaign a lancé une nouvelle action de relations publiques, censée aider les Casques Blancs à obtenir le prix Nobel de la paix de 201710. Le cinéaste Orlando von Einsiedel a tourné un documentaire sur les Casques Blancs, la première projection a eu lieu le 18 septembre 2016 sur Netflix. Le film présente les sauveteurs, sous le slogan to save one life is to save humanity, comme des défenseurs désintéressés de l’humanité. Il est vrai que chacun et chacune qui aide les blessés et récupère les morts mérite notre reconnaissance. Mais plusieurs critiques ont affirmé que derrière l’image des Casques Blancs, se profile aussi celle des jihadistes de Jabhat al-Nosra.

Quand le directeur des Casques Blancs, Raed Saleh, est arrivé à Washington en avril 2016 pour la remise du Humanitarian Award (prix d’un groupe de 180 ONGs), le Department of Homeland Security lui a refusé l’entrée des États-Unis. Le porte-parole adjoint du Département d’Etat, Mark C. Toner, a déclaré: I’m broadening my language here for specific reasons, but any individual in any group suspected of ties or relations with extremist groups or that we had believed to be a security threat to the United States, we would act accordingly11.

Le directeur du Centre des Casques Blancs dans la province d’Idlib, Mustafa al-Haj Yussef, s’affirme, selon un article de la journaliste Vanessa Beeley, ouvertement en faveur des jihadistes: Le 1er juin 2014, par exemple, il a appelé à bombarder les civils qui se rendent aux urnes à Damas pour l’élection présidentielle. Le 30 juin 2014, il a exigé des sanctions sévères contre tous ceux qui n’observent pas le jeûne du Ramadan. Le 11 Août 2016, il a prononcé l’éloge funèbre d’un commandant de Jabhat-al-Nosra tué pendant de la bataille d’Alep12.

Une galerie de photos montre plusieurs Casques blancs qui se présentent d’une part comme sauveteurs, et d’autre part comme jihadistes armés de sabres, mitrailleuses et bazookas13. Un Casque blanc pose – sur sa page Twitter – avec des combattants de Jabhat al-Nosra sur un char. Sur sa page Facebook, il montre des images de soldats gouvernementaux morts avec des commentaires jubilatoires14. Un autre Casque blanc déclare dans une vidéo qu’on jette les corps des combattants Shabiha pro-gouvernementaux “à la poubelle”… Le même célèbre la victoire des jihadistes à Jisr al Shugour en disant: « May Allah strengthen them and make them steadfast on the correct way and soon, inch’Allah, the strongholds of the Assad regime in Latakia and Damascus will be liberated »15.

Une deuxième vidéo montre des Casques blancs qui chargent les corps de soldats gouvernementaux sur un pick-up. Debout sur les corps, deux Casques blancs partent avec le pick-up, l’un d’eux salue faisant le signe de la victoire16. Une troisième vidéo expose deux autres Casques blancs qui dansent dans la rue avec des combattants de Jabhat al-Nosra pour célébrer une victoire sur l’Armée Arabe Syrienne.17 Une quatrième video met en scène un bourreau de Nosra qui tire deux fois dans la tête d’un civil attaché. Quelques secondes plus tard, deux Casques blancs apparaissent pour enlever le cadavre.18 Une cinquième vidéo, enregistrée par un Casque blanc, suit deux soldats capturés de l’Armée Arabe Syrienne qui sont torturés et exécutés en public par des jihadistes. L’auteur de la vidéo l’a postée sur sa page Facebook, avec des commentaires victorieux qui ont reçu les compliments d’autres Casques blancs.19

Le matériel visuel que les Casques blancs diffusent est parfois difficile à évaluer. Il est vrai que chaque photo ou vidéo qui montre les horreurs d’une guerre, incite le destinataire à vouloir que l’horreur finisse. Mais telle qu’elle est citée et diffusée par nos grands médias, l’imagerie des Casques blancs remplit aussi les fonctions définies par Bernays pour réaliser le maximum d’effet affectif et identificateur. L’image habituelle et répétitive montre un Casque blanc qui emporte dans ses bras un enfant dégagé des décombres en arrière-plan.

Et parfois, l’imagerie des Casques blancs bascule encore dans la propagande. Sur leurs sites se trouvent des photos empruntées à d’autres sources auxquelles ont été ajoutées les légendes appropriées. Une photo d’un pâté de maisons détruit qui est parue dans le Christian Science Monitor du 14 avril 2014, était accompagnée de la légende suivante: « As killings in Syria worsen, more people look to Obama for action. But the mental preparation for action doesn’t start with the White House ».

La même photo réapparait le 20 août 2015, sans référence ni origine, sur les pages Facebook des Casque blancs. Cette fois-ci, elle est accompagnée d’une autre légende : « Arrived at the scene of the blast … about one dozen barrel bombs have torn a whole tower block apart »20. Plusieurs experts affirment que de nombreuses photos et vidéos des Casques blancs sont des mises en scène21. Le 18 novembre, apparaît sur le canal du Revolutionary Forces of Syria Media Office, une vidéo d’une "opération de sauvetage". Deux hommes en uniforme des Casques blancs et une "victime" demeurent sans bruit et sans mouvement pendant 20 secondes, avant un signal donné qui indique que l’exfiltration salvatrice commence. Un vacarme de fond avec des personnes hurlantes est perceptible, la "victime" criant de douleur est dégagée des décombres… À la fin du document, les trois acteurs sourient à l’objectif de la caméra22. Les Casques blancs ont ultérieurement présenté des excuses23. Ces exemples renvoient à une question plus générale.

Dans les zones contrôlées par la rébellion armée syrienne (tout spécialement à l’Est d’Alep), il n’y a pas de journalistes occidentaux. Toutes les informations proviennent des Casques blancs, du Syrian Observatory for Human Rights, du Aleppo Media Center et d’un grand nombre d’activistes qui utilisent les réseaux numériques. Les limites entre les RP, le travail médiatique et la propagande s’y estompent facilement.

Quand le quartier Qaterji à l’Est d’Alep était bombardé – le 17 août 2016 -, Mahmoud Raslan, un activiste du Aleppo Media Center, était sur place. Il filme comment Omran Daqneesh – un garçon de 5 ans – est dégagé des décombres par les Casques blancs et le montre ensuite, ensanglanté et bouleversé dans un service d’urgences. De cette vidéo, est extraite la photo iconique du Dusty Boy, parue dans le monde entier, ayant suscité toutes les émotions de la presse. Une grande partie des réactions accompagnait l’exigence d’une intervention militaire des États-Unis en Syrie24. Raslan a commenté sa photo: « The tears started to drop as I took the photo. It is not the first time I’ve cried. I have cried many times while filming traumatised children. I always cry. We war photographers always cry »25.

Mais Raslan ne crie pas toujours. Le 5 août 2016, il poste sur sa page Facebook un selfie triomphal avec des combattants de la milice Nour Al-Din al-Zenki. Deux des combattants sur la photo avaient – le 19 juillet 2016 -, tiré Abdullah Issa – un garçon palestinien de 12 ans -, de l’hôpital où il était traité pour le décapiter en public et devant la caméra en action. Le 2 août 2016 Raslan poste sur Facebook un autre selfie avec d’autres combattants de la même milice. On peut lire la légende : With the suicide fighters, from the land of battles and butchery, from Aleppo of the martyrs, we bring you tidings of impending joy, with God’s permission.26

Bien d’autres images circulent comme produits faits et contrefaits d’une propagande de guerre. Ainsi, le ministère de l’Intérieur égyptien a rendu publique, le 20 décembre 2016, l’information selon laquelle la police égyptienne a arrêté un photographe et ses collaborateurs dans des ruines de la province de Port Saïd. L’équipe avait pris des photos des "enfants blessés d’Alep": des enfants qui erraient dans les ruines de Port Said avec un air bouleversé, aux chemises blanches tachées de sang, avec des peluches également tachées de sang. L’examen de la police a montré qu’il s’agissait d’un sang de théâtre27.

Les grands médias occidentaux ont relayé des "sources de terrain" mises en ligne sur les réseaux numériques. Ce faisant, ils n’ont pas toujours procédé aux vérifications nécessaires pour "factualiser" leurs sources. Et les grands médias eux-mêmes ne renoncent pas toujours à la tentation de faire des RP politiques, ni d’offrir des lectures unilatérales conformes à certains intérêts.

Ainsi, la grande presse occidentale nous a raconté “la bataille d’Alep”. Entrée dans sa phase finale, la deuxième ville de Syrie était coupée en deux parties. La partie occidentale, dans laquelle vivaient – selon les estimations sérieuses – environ 1,5 million d’habitants, était sous contrôle des forces gouvernementales. La partie orientale, rassemblant – selon des estimations divergentes – entre 60,000 et 270,000 d’habitants, était tombée depuis juillet 2012 sous le contrôle des rebelles. L’offensive finale des forces armées syriennes et de leurs alliés a commencé le 21 septembre 2016.

La question "qui se bat contre qui?" relevait déjà du narratif. D’un côté, l’on trouvait les forces armées syriennes, leurs unités spéciales, les milices pro-gouvernementales, le Hezbollah libanais, les Gardiens de la Révolution iraniens, la Harakat Hezbollah al-Nujaba irakienne, la brigade Liwa al-Quds palestinienne et les unités russes, surtout les forces aériennes. En fonction d’accords stratégiques datant de Hafez al-Assad, le président syrien a sollicité l’aide des Russes intervenant – de fait – à l’appui d’une base légale. De l’autre côté, on trouvait une rébellion armée agglomérant de nombreuses factions hétérogènes. Le groupe le plus structurant était Jabhat al-Nosra (la Qaïda en Syrie), considéré par le Conseil de Sécurité des Nations Unies comme “organisation terroriste”. Ce groupe s’est ensuite renommé Jabhat Fateh al-Sham (JFS). Il dirige Jabhat-Al-Fatah, le "Front de Conquête", dans lequel se retrouvaient différents groupes jihadistes. Un grand nombre de ces combattants étaient des mercenaires provenant d’environ 40 pays. Ils étaient armés, entraînés et financés par différents Etats de la région.

La deuxième composante de ce front armé intégrait des "rebelles modérés" dont le profil demeure, aujourd’hui encore, très flou. Dans deux accords avec Moscou, les États-Unis se sont engagés à différencier les "rebelles modérés" des jihadistes, mais – dans les faits – ne pouvaient remplir cette obligation. Des officiers des Forces spéciales américaines qui étaient censées entraîner des groupes de "rebelles modérés" se manifestaient de façon critique: distinguishing between the FSA [Free Syrian Army] and al-Nusra is impossible, because they are virtually the same organization. As early as 2013, FSA commanders were defecting with their entire units to join al-Nusra. There, they still retain the FSA monicker, but it is merely for show, to give the appearance of secularism so they can maintain access to weaponry provided by the CIA and Saudi intelligence services. … No one on the ground believes in this mission or this effort, they know we are just training the next generation of jihadis, so they are sabotaging it by saying, ‘Fuck it, who cares?’. I don’t want to be responsible for Nusra guys saying they were trained by Americans28.

Selon le narratif du gouvernement syrien, la rébellion armée se compose principalement de terroristes, armés, entraînés, financés et dirigés par des forces extérieures. Selon le narratif des grands médias occidentaux, par contre, la rebellion armée rassemble surtout des combattants de la liberté en faveur de la démocracie et de la laïcité, les jihadistes ne représentant qu’une quantité négligeable, surtout à Alep.

Le 16 avril 2016, le Colonel Steve Warren, porte-parole de l’US-Operation Inherent Resolve contre Dae’ch, déclare: "It is primarily al-Qaeda [sc. Jabhat al-Nusra] that holds Aleppo29. Le 25 septembre, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, explique lors d’une réunion du Conseil de Sécurité : "We have seen information from other sources that tell us more than half of the fighters present in eastern Aleppo are al-Nusra. We have also seen reports alleging the intentional placement of firing positions close to social infrastructure, inside and aside civilian quarters"30.

Le 29 septembre, le chercheur Fabrice Balanche dit au Figaro à propos de Nosra : "Son emprise sur Alep-Est n’a fait qu’augmenter depuis le printemps 2016, date à laquelle il a envoyé 700 combattants en renfort alors que des combattants des brigades modérées commençaient à quitter la zone avant que la dernière sortie ne soit coupée. L’ouverture provisoire d’une brèche dans le siège d’Alep, en août 2016 (bataille de Ramousseh), a encore augmenté son prestige et son emprise sur les rebelles"31. Mais le 6 octobre, Staffan de Mistura cite "une analyse beaucoup plus actuelle", selon laquelle non pas 50 %, mais seulement 10 % des combattants à l’Est d’Alep appartiennent à Nosra. Ce serait un maximum de 900 combattants32. Le 14 octobre, Reuters cite des "sources diplomatiques", selon lesquelles "le nombre de combattants jihadistes donné par Staffan de Mistura, est trop élevé" : "leur nombre réel ne dépasserait pas 200, plus probablement il serait inférieure à 100"33. Et cette quantité négligeable ne devrait pas être combattue avec tant de moyens militaires…

Le porte-parole du Département d’Etat américain, le contre-amiral John Kirby, s’est prononcé à plusieurs reprises sur la question des sources. Au titre d’exemple : As I’ve said many times, it is – our knowledge of the situation is understandably imperfect. We don’t have U.S. troops in Aleppo right now. We don’t have the ability to have like a single source that’s just all-knowing and omniscient about what’s going on. That said, we have a variety of sources of information that gives us a good idea of the reality. Is it perfect? No. But it comes from reputable aid agencies, and we talked about this last week. It comes from individuals, clearly. It comes from groups that we are in contact with or our partners are in contact with34.

Le 7 octobre, le secrétaire d’Etat John Kerry déclare, lors d’une conférence commune avec son homologue français Jean-Marc Ayrault: Last night, the regime attacked yet another hospital, and 20 people were killed and 100 people were wounded. And Russia and the regime owe the world more than an explanation about why they keep hitting hospitals and medical facilities and children and women. These are acts that beg for an appropriate investigation of war crimes. And those who commit these would and should be held accountable for these actions. They’re beyond the accidental now – way beyond35. Aucun groupe de la rebellion syrienne n’a parlé d’une telle attaque, aucune agence de presse n’y a fait allusion, pas même le Syrian Observatory for Human Rights de Coventry. Les grands médias américains relatent, à l’exception de CBSNEWS, seulement l’exigence d’une enquête à cause de crimes de guerre, mais pas le bombardement d’un hôpital36.

Lors de la conférence de presse du Département d’Etat du 7 octobre, Matthew Lee de Associated Press intervient:

Question : On to Syria and the Secretary’s comments earlier this morning, one is: Do you know what strike he was talking about in his comments overnight on a hospital in Aleppo?

Mr Kirby : I think the Secretary’s referring actually to a strike that we saw happen yesterday on a field hospital in the Rif Dimashq Governorate. I’m not exactly positive that that’s what he was referring to, but I think he was referring to actually one that was –"

Question : Not one in Aleppo?

Mr Kirby : I believe it was – I think it was – I think he – my guess is – I’m guessing here that he was a bit mistaken on location and referring to one.

Question : Which location? Sorry.

Mr Kirby : A field hospital in Rif Dimashq Governorate. […]

Question : Is there a way you guys can check?

Mr Kirby : We did. I mean, believe me, I knew I was going to get asked this question.

Question : Yeah, yeah, yeah.

Mr Kirby : We looked at it and —

Question : But you don’t have certainty, though?

Mr Kirby : I don’t. Best I got, best information I got, is that he was most likely referring to one yesterday in this governorate, but it could just be an honest mistake.

Question : If we could – if we can nail that down with certainty what he was talking about —

Mr Kirby : I’ll do the best I can, Matt.

Question : Okay.

Mr Kirby : But again, knowing I was going to be asked this today, I did try to do as much research as I could.

Question : All right. Okay."

Tout ce que M. Kirby a pu rassembler lors de ses recherches revenait donc à une vague présomption. De même Matthew Lee demande si le Département d’Etat, sur la base des faits concrets dont il dispose, peut soutenir l’affirmation selon laquelle les forces russes ont commis des crimes de guerre en Syrie.

Question : Simply stated, does the U.S. Government believe, based on all the information that it has gathered, that Russia has committed war crimes in Syria?

Mr Kirby : I would again point you back to what he said at the UN and what he said today, that – he said that these strikes are clear violations of international law.

Question : That’s not what he said today.

Mr Kirby : No, but he said that at the UN.

Question : I remember.

Mr Kirby : Okay, I’m – so I think it’s important though to go back to – this isn’t a new idea here, what he said today. And what he said today was these acts, these acts which we – which he has said publicly have violated international law, ought to be appropriately investigated. But are we – are we ready now to make that call and say yep, absolutely? No. That’s why he wants to see them looked into.

Question : Okay. So you’re not ready to say that you believe that Russia has committed war crimes in Syria.

Mr Kirby : No, and the Secretary didn’t allude to that today either."37

Matt a assez d’expérience professionnelle pour ne pas insister. Mais, les jours suivants d’autres questions s’accumulent et l’Amiral Kirby prend l’habitude de les ignorer… Conférence de presse du Département d’Etat du 11 octobre 2016:

Question : An email exchange recently made public of Secretary – former Secretary Clinton’s emails, she speaks in August 2014 of the need in Syria and Iraq to use diplomatic and traditional intelligence assets to put “pressure on the governments of Qatar and Saudi Arabia, which are providing clandestine financial and logistic support to ISIL and other radical Sunni groups in the region.” […] Do you – does the U.S. believe that Qatar, the governments of Qatar and Saudi Arabia, are providing clandestine financial and logistic support to ISIS and other radical Sunni groups?

Mr Kirby : I can’t – I’m sure this will shock you, but I’m not going to speak about the veracity of leaked documents and whether they’re authentic or not. I just won’t do that. […]

Question : Our correspondent, reporting from western Aleppo, interviewed locals who say fighters in the rebel-held east deliberately fire at civilians who are trying to leave. Are these people effectively held in Aleppo, in eastern Aleppo?

Mr Kirby : I can’t confirm that report. You know I don’t get into battlefield reports; I’m not going to do that. […]

Question : That place, eastern Aleppo, is run by al-Qaida militarily. How do you imagine people living peacefully under al-Qaida?

Mr Kirby : I think – first of all, I’m not going to get into a debate about who runs what neighborhood in Aleppo with you. […]

Question : I just wanted to ask you: Is it conceivable that elements of al-Nusrah could be holding members of the population hostage, or at gunpoint, preventing them from moving about?

Mr Kirby : I don’t have any information on that, Said38.

Plus les forces gouvernementales syriennes et leurs alliés reprennent le contrôle – quartier après quartier – de l’Est d’Alep, plus devient palpable ce qui se passe sur le terrain, et plus le narratif des grands médias occidentaux s’effondre.

Lors de sa grande offensive sur l’Ouest d’Alep (qui a commencé le 28 octobre 2016), l’opposition armée emploie une trentaine de véhicules chargés d’explosifs, conduits par des kamikazes, pour percer les lignes de défense des forces armées syriennes39. Au quotidien, les rebelles de l’Est d’Alep bombardent les quartiers ouest avec des mortiers, des missiles, des "Hell Canons" et des fusées "Elephant" et "Mammouth". Les "Hell Canons" tirent de larges cylindres de gaz remplis de clous, de pièces de métal et parfois de gaz toxiques. Les fusées "Elephant" et "Mammouth" sont des armes très imprécises avec une puissance explosive très forte. Les coups portés contre des zones résidentielles, des hôpitaux, des écoles et des arrêts de bus sont répertoriés par les médias syriens, iraniens et russes. Ainsi, 84 civils ont péri durant le seul weekend du 29 et 30 octobre40. Selon quelques rapports, les rebelles utilisent aussi des armes chimiques – Amnesty International et l’Envoyé Spécial de l’ONU évoquent des crimes de guerre possibles41. Comment cela est-il possible de la part d’une rébellion composée d’opposants "moderés"?

La rébellion armée a miné les couloirs humanitaires que l’armée syrienne et les Russes avaient créés pour faciliter l’évacuation de civils et des combattants acceptant de rendre les armes. Elle a tiré sur des civils qui ont emprunté ces couloirs. De nombreux civils ont été froidement exécutés42. Quand la rebellion s’est retirée de l’Est d’Alep, elle a miné de nombreux bâtiments et posé beaucoup de pièges explosifs. Les sapeurs russes qui ont déminé les quartiers, ont dit que la tâche serait plus difficile que le déminage de Palmyre43. Selon les sources russes, le grand hôpital national des quartiers Est, ainsi que nombre d’écoles et de bâtiments publics avaient été réquisitionnés et transformés en infrastructures militaires : dépôts d’armes, cours de justice chariatiques, prisons et chambres de torture. Des prisonniers – civils et militaires – ont été exécutés lorsque l’opposition a commencé à évacuer le terrain. Plusieurs charniers ont été retrouvés 44. Ici, la question ressurgit : comment tout cela a-t-il été possible avec une rebellion modérée aspirant à la démocratie?

Les drones de la surveillance aérienne russe ont montré des longues colonnes de civils fuyant Alep-Est. Selon beaucoup de témoignages, des quartiers entiers étaient soumis à la Charia, aux châtiments corporels et à l’obligation de porter le voile. Tandis que la fin de la bataille était décrite par les grands médias occidentaux et par une partie des habitants comme "la chute d’Alep", l’autre partie des habitants considérait qu’il s’agissait d’une "libération". Des miliers de gens fêtaient dans la rue. Lors de la messe de Minuit, le patriarche grec orthodoxe Johannes Yazigi à Damas parlera de "la libération de la terreur"45.

Lors de la conférence de presse du Département d’État du 13 décembre 2016, plusiers questions ont été posées sur les scènes de fête des habitants.

Question : I saw other reports where people are jubilant; they’re happy to see the army come in. They’re going to the western side, where they can get medicine and food and so on and all these things. So it is not all just one dimension, kind of. Would you agree with that?

Mr Kirby : I haven’t seen – honestly, Said, I haven’t seen any dancing in the streets here46.

Il est évident que cette communication d’autruche ne pouvait tenir, et d’autant plus que les vidéos de gens fêtant dans les rues de l’Ouest d’Alep submergeaient l’Internet. Cette réalité ne justifie pas la force brute des forces armées syriennes, mais elle met en question le narratif de l’ouest, celui des chancelleries et des grands médias officiels.

John Kerry, Jean-Marc Ayrault, François Delattre et bien d’autres politiciens occidentaux invoquaient une apocalypse imminente d’Alep. Quand les armes se taisaient, les déstructions était terribles et affreuses, mais l’apocalyse dans le sens d’une destruction absolue n’a pas eu lieu. Plutôt, un processus de "mise en visibilité" (apokalyptein) a évolué dans lequel le narratif des grand médias occidentaux s’est effondré. Quelques critiques contemplent, de façon consternée et consternante, la possibilité que les grands médias auraient, par inadvertance, basculé dans l’apologie des jihadistes. Comment sortir d’un narratif en faillite ? Son effondrement devrait ouvrir sur une complexité qui se refuse à toute sorte de propagande.

Matthias von Hein de la Deutsche Welle l’a bien expliqué en parlant d’une "représentation sélective" de la guerre en Syrie par les grands médias: le barbarisme des forces armées syriennes a été dénoncé, mais la barbarie des rebelles a été occultée. Pourquoi? Désormais, écrit von Hein, il faut "surtout du scepticisme et un effort honnête pour restituer l’image complète". Les médias doivent, bien sûr, rapporter les horreurs de la guerre en Syrie. "Mais s’ils sont sérieux quant à leur mandat d’information, cela ne peut pas se faire de manière aussi unilatérale… La représentation sélective est de la propagande. À propos des conflits comme celui de Syrie on n’a pas besoin d’ambiance et d’interprétations émotives, on a besoin de la sobriété des faits”.47 On ne peut que souscrire à cette exigence, pour le futur, mais aussi pour le passé: la guerre en Syrie doit être reconsiderée depuis son commencement, pas sur le seul plan des faits, mais aussi sur celui de ses structures, superstructures et arrière-plans.

Au regard des distorsions unilatérales de la presse occidentale, il s’agirait d’aller encore plus loin pour réfléchir à la fonction de la presse elle-même. En exigeant "des faits sobres", von Hein vise des médias en tant que plate-formes neutres sur la base desquelles peuvent s’effectuer des échanges d’opinions et d’analyse pour la compréhension, des débats citoyens.

Cette projection est plus ou moins éloignée de la situation actuelle. Nous en sommes loin et les réseaux numériques n’aident pas à la clarification d’une intelligence collective se bornant à: j’aime/j’aime pas. Les médias classiques se sont habitués à livrer leurs propres visions des choses. Ce faisant, ils répondent à une tendance du public en réception passive. En même temps, ils enfoncent leurs usagers plus profondément encore dans la passivité. Dans une culture du j’aime/j’aime pas, la société manque du liant d’un débat qui lie les positions dans le respect de leurs différences.

Si l’on transperçait la constellation présente pour en arriver à une relation plus active aux nouvelles, on pourrait peut-être envisager un espace public et médiatique propice à de vrais débats citoyens. Éclairer, élucider et commenter sont les éléments necessaires à la représentation basique des événements.

La liberté d’analyse et d’opinion exige – comme condition de base – la neutralité des reportages. Pour concevoir un tel espace médiatique, on peut descendre dans la profondeur de la tradition européenne et remonter avec quelques principes: le respect de l’individu, le concept d’éducation, la démocratie citoyenne en font partie, autant que la reconnaissance de l’altérité et la logique des différences. Par conséquent, on peut concevoir un espace public qui s’est décentralisé, multiplié en un réseau de lieux réels et virtuels, mais qui ne vise pas à geler le débat dans un consensus dominant et normatif. Au contraire, il s’agit d’alimenter un débat perpétuel dans le respect des différences et des contradictions. Les mémoires de la Vieille Europe peuvent y contribuer.

Stefan Winter
Philosophe

1 Edward Bernays, Propaganda, New York 1928, p. 9.
2 Bernays, L.c., p. 45-6.
3 "The propagandist who specializes in interpreting enterprises and ideas to the public, and in interpreting the public to promulgators of new enterprises and ideas, has come to be known by the name of ‘public relations counsel’." Bernays, L.c., p. 37.
4 Bernays, L.c., p. 22.
5 Pour le suivant cf. Max Blumenthal, http://www.alternet.org/world/inside-shadowy-pr-firm-thats-driving-western-opinion-towards-regime-change-syria
6 https://thesyriacampaign.org/
7 Les SWH s’appellent aussi "Syria Civil Defence", mais en faisant ainsi, ils créent une équivocation, parce qu’il y a déjà une organisation du nom "Syria Civil Defence". Elle a été fondée en 1953, est membre de l’International Civil Defence Organisation depuis 1972 et existe toujours, mais sans un budget qui lui permettrait de se faire connaître par les relations publiques.
8 https://www.whitehelmets.org/en
9 http://i2.wp.com/21stcenturywire.com/wp-content/uploads/2016/10/2-White-Helmets-funding.png
10 https://nobelpeaceprize.whitehelmets.org/en
11 http://europe.newsweek.com/raed-saleh-syrian-civil-defense-denied-entry-us-451637; https://www.state.gov/r/pa/prs/dpb/2016/04/256667.htm
12 Vanessa Beeley, http://21stcenturywire.com/2016/12/10/exclusive-president-raed-salehs-terrorist-connections-within-white-helmet-leadership/
13 https://southfront.org/double-life-of-white-helmets-volunteers-by-day-terrorists-by-night-photos/
14 https://www.youtube.com/watch?v=dLyZkPfLoG0m, 11:10-11:25.
15 https://www.youtube.com/watch?v=eOz0jt_wA8w
16 https://www.youtube.com/watch?v=YmjMZbaMsF8
17 https://www.youtube.com/watch?v=dLyZkPfLoG0, 11:26-11:57
18 http://www.liveleak.com/view?i=fd8_1430900709
19 https://www.youtube.com/watch?v=dLyZkPfLoG0, 11:58-13:56; .https://www.youtube.com/watch?v=hnY2hlo0x_M
20 http://i2.wp.com/thewallwillfall.files.wordpress.com/2015/10/aleppo-white-helmet.jpg
21 Photos: http://www.moonofalabama.org/2016/06/gallery-dramatic-rescue-man-with-kid-runs-towards-camera-43-staged-pictures.html; Videos: http://www.moonofalabama.org/2016/06/the-usuk-financed-white-helmets-shtick-fake-child-rescued-videos.html
22 https://www.youtube.com/watch?v=_qu09EbHvHw
23 http://edition.cnn.com/2016/11/24/middleeast/mannequin-challenge-white-helmets-syria/
24 http://edition.cnn.com/2016/08/17/world/syria-little-boy-airstrike-victim/
25 http://www.telegraph.co.uk/news/2016/08/19/i-took-the-picture-of-little-omran-in-aleppo/
26 http://www.thecanary.co/2016/08/19/the-man-behind-the-viral-boy-in-the-ambulance-image-has-brutal-skeletons-in-his-own-closet-images/; http://www.geopolmonitor.com/aleppo-boy-photographer-responds-to-allegations-of-beheading-involvment/
27 http://www.zerohedge.com/news/2016-12-20/5-arrested-after-egyptian-police-bust-staged-photo-shoot-wounded-aleppo-children
28 Jack Murphy, US Special Forces sabotage White House policy gone disastrously wrong with covert ops in Syria, 14.9.2016, https://sofrep.com/63764/us-special-forces-sabotage-white-house-policy-gone-disastrously-wrong-with-covert-ops-in-syria/
29 https://www.youtube.com/watch?v=p_f1Lv7ARJA
30 https://www.youtube.com/watch?v=dx3XbFYqOoo (27:54-28:15)
31 http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/09/29/31002-20160929ARTFIG00111-alep-pourquoi-la-tragedie-humanitaire-ne-bouleverse-pas-la-donne-geopolitique.php
32http://www.unog.ch/unog/website/news_media.nsf/%28httpNewsByYear_en%29/38C8D5094CCAD6DCC125804500335559?OpenDocument
33 http://mobile.reuters.com/article/idUSKBN12E0R6
34 https://2009-2017.state.gov/r/pa/prs/dpb/2016/11/264484.htm
35 https://2009-2017.state.gov/secretary/remarks/2016/10/262913.htm
36 http://www.cbsnews.com/news/john-kerry-russia-syria-should-face-war-crimes-investigation/; www.nytimes.com/2016/10/08/us/politics/john-kerry-russia-syria-assad.html; https://www.washingtonpost.com/politics/john-kerry-urges-war-crimes-probe-into-syrian-and-russian-bombing-of-civilians/2016/10/07/8056426c-8c9c-11e6-875e-2c1bfe943b66_story.html; http://bigstory.ap.org/article/e885dca3c1724c31a5bd89762b7a5fec/us-turns-heat-russia-ties-deteriorate
37 https://2009-2017.state.gov/r/pa/prs/dpb/2016/10/262905.htm
38 https://2009-2017.state.gov/r/pa/prs/dpb/2016/10/263001.htm
39 http://edition.cnn.com/2016/10/28/middleeast/syria-aleppo-rebel-offensive/; https://southfront.org/govt-forces-and-militants-casualties-during-ongoing-attempt-to-break-aleppo-siege/
40 https://2009-2017.state.gov/r/pa/prs/dpb/2016/10/263893.htm
41 https://www.amnesty.org/en/latest/news/2016/10/syria-end-unlawful-attacks-in-western-aleppo-city-by-armed-opposition-groups/; https://www.theguardian.com/world/2016/oct/31/syrian-rebels-aleppo-offensive-could-amount-to-war-crimes-un-envoy-warns.
42 Par ex. http://tass.com/world/912832;
43 https://southfront.org/russian-sappers-dispatch-to-syria-to-demine-aleppo-city/
44 https://southfront.org/moderate-opposition-turned-aleppo-national-hospital-into-military-hq-weapon-depot-video/; https://southfront.org/russian-defense-ministry-mass-burials-of-dozens-of-tortured-syrians-found-in-aleppo/
45 https://deutsche-wirtschafts-nachrichten.de/2016/12/25/christen-in-aleppo-feiern-weihnachten-und-befreiung-vom-terror/
46 https://2009-2017.state.gov/r/pa/prs/dpb/2016/12/265200.htm
47 http://www.dw.com/en/opinion-only-good-and-bad-in-syria/a-36916146

 

APPEL DE DONS




 

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