Observatoire Géostratégique

numéro 119 / 20 mars 2017

LA DEFAITE DES FEMMES : ENTRE LIBERTE ET MARCHANDISATION SEXUELLE

Un plaidoyer corrosif et sans concession pour la liberté des femmes écrit par un homme qui aime les femmes

Le journaliste Dominique Simonnet nous rappelle avec nostalgie les années 70, avec la pilule contraceptive autorisée, l’avortement légalisé et la sexualité dissociée de la procréation. Les femmes disposaient enfin de leur corps et cette liberté qui s’offrait leur donnait des ailes pour un avenir prometteur1.

Qu’en est-il aujourd’hui en France et ailleurs ? Ces libertés que les soixante-huitardes croyaient avoir définitivement acquises sont remises en question. Trop occupées par leur carrière et leur vie de famille, les jeunes femmes sont convaincues qu’il n’y aura pas de retour en arrière. C’est un leurre !

A l’Assemblée nationale, au Sénat et dans certaines régions on tente de rogner sur les crédits du Planning familial, (certains élus du Front National ont annoncé leur intention de les couper). On essaie de rendre plus difficile l’accès à l’interruption volontaire de grossesse.

En Irlande, l’avortement est d’ores et déjà interdit, à Malte également. En Italie, 70 % des médecins brandissent l’objection de conscience pour ne pas le pratiquer. La Pologne a voté une loi en 2013 réservant la pratique de l’avortement en cas de viol ou de mise en danger de la vie de la mère. En 2014 c’est l’Espagne qui en restreint l’accès aux mineures… Aux USA, l’avortement a constitué un enjeu des élections présidentielles.

Le port du voile se répand comme une trainée de poudre. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a indiqué que le voile était une prescription du Coran. Dans de nombreuses cités françaises des femmes portent des robes dissimulant leur corps. Que sont devenues ces femmes qui dans les années 1970, en Syrie, en Afghanistan, en Inde, en Irak, au Pakistan, en Malaisie et dans bien d’autres pays, portaient habits colorés et bijoux et qui se promenaient tête et jambes nues, interroge Dominique Simonet ?

« Souvent des  ombres informes, sans visage, toujours noires », une volonté de faire disparaitre les femmes de l’espace publique s’affirme, s’amplifie et impose de nouvelles lois pas toujours écrites… Flairant les bonnes affaires, les grandes marques de prêt à porter (Dolce Cabbana, H&M) font désormais de la dissimulation du corps une mode ! Des « barbus vigilants » demandent des lieux publics séparés, affirmant leur dégout de la chair et de la nudité.

Au-delà de nos frontières, on vend des fillettes sur les marchés, on tue des femmes si le sang ne coule pas lors de leur nuit de noces, on lapide pour adultère, on oblige les femmes à épouser leur violeur sans que ce dernier soit puni. Pour satisfaire Allah, l’Etat Islamique a décrété qu’une femme violée par au moins dix combattants devient automatiquement musulmane. Dominique Simonnet dénonce le problème de la « représentation de la sexualité ». Presse, sites pornographiques tentent « d’assécher la sexualité, de la vider de ses émotions de ses sentiments et la réduire à une simple pratique hygiénique ou un échange marchand ».

« La pornographie a réussi le coup du siècle ». Autrefois confinée dans l’univers louche des sex-shops et des peep-shows, la voilà désormais promue comme un art nouveau, diffusée sur internet et les réseaux sociaux, accessible à tous même aux plus jeunes ». Soi-disant instrument de libération sexuelle, elle fait des ravages auprès de nos adolescents donnant du sexe une image dégradée et très humiliante pour les femmes. La moitié des adolescents disent avoir regardé des films pornos avant 13 ans et la moitié de ces derniers avant 10 ans ! Et ce sont souvent de jeunes adolescentes qui sont mises en scène et véritablement mal traitées, exploitation dont on n’imagine pas le degré d’ignominie.

Car il ne s’agit plus de mettre en scène un acte sexuel stéréotypé comme c’est le cas dans la pornographie « classique », mais bien une séance d’humiliation et de destruction du corps féminin. Pourquoi cette volonté absolue de vouloir contrôler le corps des femmes jusqu’à les faire disparaitre de l’espace public ? La question mérite qu’on s’y arrête avec attention et, surtout qu’on y apporte des réponses opérationnelles conformes aux libertés civiles et publiques universelles !

Pourquoi cette haine ancestrale et destructrice dont les femmes sont les objets récurrents ? Ce dont il s’agit en réalité nous dit Dominique Simonnet, « c’est de la vieille, l’archaïque, la millénaire pulsion mammifère. Depuis la nuit des temps le corps des femmes est l’obsession première ». Encore : « la haine que l’on porte aux femmes est le reflet de la peur que l’on a d’elles. On leur en veut du désir que l’on éprouve pour elles, du besoin que l’on a d’elles ». Enfin : « le monde arabe déteste les femmes parce qu’il les redoute » écrit une journaliste égyptienne qui dénonce une culture fondamentale hostile aux femmes.

Mais il faut le reconnaitre il existe des femmes contre les femmes. Ce sont souvent les mères qui apprennent la soumission à leurs filles, les mères qui sous le poids des traditions les excisent, les marient de force. 700 millions de femmes, actuellement en vie ont été mariées de force, 70 000 jeunes filles le sont chaque année en France. Ce sont souvent des femmes qui dirigent les bordels d’esclaves sexuelles.

Ne laissons pas nos enfants désemparés avec pour seule éducation à la sexualité, des images dégradantes de violence et d’humiliation. Mais le progrès ne peut venir que de la culture et de l’éducation. Pas de la surveillance et de la prohibition. Il faut à contrario de la théorie du genre, reconnaitre et cultiver les différences (c’est toute la richesse) entre les hommes et les femmes, dans un rapport égalitaire.

Eduquer d’urgence les petits mâles, leur dire que la virilité rime avec dignité et humilité. Inculquer la force et la confiance en elles aux petites filles. Il s’agit de retrouver pour les unes une féminité plus libre, plus noble et pour les autres une masculinité apaisée. Endiguer cette vieille pulsion avec des sentiments, du désir, de l’érotisme et pourquoi pas de l’amour !

Non le féminisme n’est pas dépassé, il est dommage qu’il n’y ait pas plus de jeunes qui prennent le relais. Un plaidoyer exhaustif et souvent plein d’humour à faire lire de toute urgence aux jeunes hommes et femmes. « La défaite des femmes comme nous le dit justement Dominique Simonnet, « ce serait aussi la nôtre, celle des hommes. » Merci Monsieur Simonnet.

Pascaline Segard
9 janvier 2017

1 Dominique Simonnet : La Défaite des femmes – La liberté sexuelle vraiment ? Editions Plan, 2016.

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