Observatoire Géostratégique

numéro 231 / 20 mai 2019

LA MEDITERRANEE N’EST PLUS UNE MER OCCIDENTALE…

Ehden, le 10 septembre 2016

« La Méditerranée, la mer bleue par excellence, la ‘grande mer’ des Hébreux, la ‘mer’ des Grecs, le mare nostrum des Romains, bordée d’orangers, d’aloès, de cactus, de pins maritimes, embaumée du parfum des myrtes, encadrée de rudes montagnes, saturée d’un air pur et transparent, mais incessamment travaillée par les feux de la terre, est un véritable champ de bataille où Neptune et Pluton se disputent encore l’empire du monde ».

Jules Verne – Vingt mille lieues sous les mers, 1870.

Deux des principales conclusions de notre rapport – Ambitions stratégiques américaines, britanniques et russes en Méditerranée1 – étaient les suivantes : le format euromed n’est plus adapté aux enjeux actuels, nécessitant l’adoption raisonnée d’un logiciel euroafricain susceptible de favoriser une coopération tripartite Union européenne/Union africaine/Ligue arabe, appuyée par les Nations unies ; la pleine prise en compte de l’affirmation confirmée de deux nouvelles « puissances méditerranéennes » : la Russie et la Chine.

Avec une Syrie dont la reconstruction se fera principalement avec l’aide de la Russie, de la Chine et de l’Iran ; avec la consolidation du port militaire russe de Tartous (Syrie) et l’installation d’une base maritime chinoise dans le même complexe portuaire ; avec la circulation accrue de bâtiments militaires russes et chinois dans toute la Méditerranée, cette mer stratégique n’est plus le monopole des puissances occidentales. Les transits économiques entre Suez et Gibraltar – sécurisés par les Marines nationales française, britannique et américaine depuis la fin de la Seconde guerre mondiale -, doivent désormais s’effectuer en présence des marines hauturières russe et chinoise. L’éloignement progressif de la marine turque de l’OTAN et les derniers essais positifs de missiles de croisière par la marine algérienne viennent compléter notre constat : la Méditerranée n’est plus une mer occidentale !

Bien que notre annonce d’une prochaine réconciliation Erdogan/Bachar al-Assad sous l’égide de Vladimir Poutine rencontre encore quelques difficultés de terrain sur les différents théâtres de la guerre civilo-régionale syrienne (prochetmoyen-orient.ch du 5 septembre dernier), le processus est lancé et bien lancé. Il constitue, d’ores et déjà, l’un des rouages de la nouvelle donne stratégique en cours : une Méditerranée orientale partagée, une Méditerranée occidentale en crise durable ; un rôle accru des villes portuaires.

MEDITERRANEE ORIENTALE PARTAGEE

Au cours des semaines qui ont précédé le dernier sommet de l’OTAN à Varsovie (8 et 9 juillet derniers), Ankara a provoqué la surprise générale en s’opposant à une proposition américaine visant à constituer une force navale de l’Alliance en mer Noire afin de répondre aux nouveaux dispositifs de projection maritime russe à partir du port de Sébastopol. Pour Ankara, cette proposition constituait une violation flagrante des dispositions de la Convention de Montreux de 1936. Celle-ci reconnaît à la Turquie un contrôle sur les détroits du Bosphore et des Dardanelles et régit les règles de navigation en mer Noire. Le texte limite à 21 jours la présence de navires étrangers dans la zone.

En proposant aux pays riverains dont la Turquie, la Roumanie et la Bulgarie la formation de cette flotte intégrée sous la bannière de l’OTAN, Washington cherchait à endiguer, sinon affaiblir le nouveau dispositif naval de Moscou dans cette mer transformée en « lac russe », selon les propres termes du président turc. Après d’âpres négociations avec Moscou sur une présence massive de sa flotte en mer Noire, le revirement d’Ankara a été relaté en détail par le journal turc Hürriyet Daily News. Le quotidien relevait déjà en juin dernier un rééquilibrage inédit de la politique étrangère turque sur fond de tensions grandissantes avec les Etats-Unis et de volonté de normalisation avec la Russie.

Le 3 septembre 2013, alors que Paris, Washington et Londres déclaraient vouloir bombarder la Syrie – suite à l’usage supposé d’armes chimiques dans la Ghouta (banlieue de Damas) par l’armée gouvernementale syrienne le mois précédent -, trois missiles anti-missile ont été tiré à partir de deux bases de l’OTAN en Italie. Ceux-ci ont été neutralisés à partir d’une station radar russe de mer Noire et d’une frégate russe de premier rang croisant au large des côtes syriennes. Durant les mois qui suivirent, plusieurs unités de pays membres de l’OTAN (dont la France), se sont relayées en mer Noire en se conformant au délai de 21 jours de présence. Dans le même temps, un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) russe était repéré au large de la rade de Toulon. La partie de cache-cache a duré plusieurs semaines.

Si les missions de bâtiments russes sont désormais monnaie courante le long des côtes syriennes, ainsi qu’entre Chypre et le Liban, des incursions russes sous-marines et de surface sont régulièrement détectées aussi en Méditerranée occidentale entre les côtes italiennes, françaises et espagnoles. Les bâtiments engagés ont la possibilité de se réapprovisionner dans la base algérienne de Mers el-Kébir pouvant ainsi se projeter au-delà du détroit de Gibraltar. La marine algérienne reste essentiellement équipée de matériels russes.

Au sortir de la mer Noire, le principal point d’appui russe demeure le port syrien de Tartous qui, au fil des ans, s’est transformé en complexe inter-armées. Désormais, cette base abriterait jusqu’à 3 800 militaires russes. Le même complexe portuaire s’apprête à recevoir des unités du génie chinois. Dans les mois prochains, celles-ci sont chargées d’aménager une digue et une passe en eaux profondes, des postes de « refueling » pour frégates lourdes et une base vie d’une capacité de deux milles hommes selon les mêmes formats dernièrement mis en chantier à Djibouti.

Il y a un an et demi, deux frégates chinoises de premier rang et un ravitailleur ont franchi le canal de Suez et relié, durant plusieurs mois, différents ports de Méditerranée orientale et occidentale avant de franchir le détroit de Gibraltar. A son retour, ce groupe naval a effectué un stop diplomatique en rade de Toulon, de même qu’en Italie, en Grèce et en Turquie avant de reprendre la route de Suez pour rejoindre l’océan Indien.

Un dernier point cristallise les ambitions maritimes régionales : la découverte et la mise en exploitation de plusieurs blocs d’hydrocarbures entre Chypre, l’Egypte, Israël et le Liban. Si les trois premiers ont trouvé un accord pour exploiter ces ressources prometteuses, les eaux libanaises sont, quant à elles régulièrement violées voire progressivement grignotées, une crise politique et institutionnelle récurrente monopolisant les énergies du Pays du Cèdre vers d’autres priorités.

MEDITERRANEE OCCIDENTALE EN CRISE

Déclenchée par Nicolas Sarkozy et David Cameron, puis relayée par l’OTAN à partir d’une interprétation partielle et partiale de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, l’intervention militaire en Libye de mars 2011 a précipité trois dynamiques de crise. Laissant place à des groupes salafo-jihadistes et des factions mafieuses, la destruction des structures régaliennes libyennes a favorisé la jonction et l’amplification d’une série d’Etats faillis allant de l’Atlantique à la Corne de l’Afrique. Ce couloir de criminalité, qui traverse la bande sahélo-saharienne, a été mis à profit par les cartels latinos de la cocaïne (colombiens, vénézuéliens et brésiliens) qui disposent de têtes aéroportuaires en Afrique de l’ouest, notamment en Guinée Conakry et en Sierra Leone. A partir de ces appuis côtiers, les flux de drogue remontent vers le nord pour aboutir au Maroc, en Tunisie et en Libye avant de traverser la Méditerranée pour se répandre dans l’ensemble des pays européens.

La menace terroriste a, elle-aussi été confortée et amplifiée par l’implosion de la Libye. Même s’il vient de subir d’irréversibles revers, Dae’ch a, ainsi pu s’installer à 500 kilomètres des côtes européennes. Nombres d’autres groupes jihadistes soutenus par l’Arabie saoudite et le Qatar se sont multipliés, installant des camps d’accueil et de formation dans « la Libye faillie », notamment dans le Fezzan au sud, le long d’une ligne reliant les villes de Sebbah à Gât (à proximité de la frontière algérienne à la hauteur de Djanet). De ces sanctuaires du sud libyen, les jihadistes peuvent irriguer l’ensemble des pays de la région, tout particulièrement le Mali, le Niger et le Burkina-Faso, organisant aussi des filières à destination du désert du Sinaï, de Syrie et d’Irak. Des jonctions opérationnelles avec Boko-Haram et les Shebab somaliens sont à craindre.

Désormais, l’hypothèse d’un « Bataclan flottant », qui verrait un ou des jihadistes cibler des bateaux de croisière ou armer des embarcations en vue d’attaques-suicides – en haute mer ou dans des ports -, n’est plus à exclure. Ces différentes menaces sont d’autant plus préoccupantes qu’elles se diluent dans les flux croissants de réfugiés qui fuient les guerres d’Afghanistan, du Proche-Orient et d’Afrique, mais aussi des contextes économiques où la survie devient de plus en plus difficile. La Méditerranée occidentale est, ainsi devenue le creuset de l’une des crises de migrations les plus importantes depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Et ce ne sont pas les opérations Triton et autres dispositifs Frontex2 qui peuvent apporter des réponses pertinentes et durables à cette crise qui devrait être traitée en amont par l’UE, mais aussi la Ligue arabe, l’Union africaine et les autres structures régionales africaines.

Hormis une progressive montée en puissance de la marine algérienne favorisée par Moscou, ces différentes crises structurelles qui affectent la Méditerranée occidentale mobilisent d’importantes ressources budgétaires et de nombreux moyens opérationnels au détriment des autres enjeux stratégiques qui concernent la totalité de la masse d’eau allant du canal de Suez au détroit de Gibraltar.

RÔLE ACCRU DES VILLES PORTUAIRES

Face à cette montée des périls en Méditerranée, plusieurs initiatives multilatérales se sont successivement cassées les dents… Les deux les plus connues sont le Partenariat Euromed dit Processus de Barcelone (1995) et l’Union pour la Méditerranée (juillet 2008). Ces fabrications institutionnelles ont clairement été plombées par trois conflits politiques majeurs et récurrents : Israël-Palestine (depuis 1948) ; l’occupation du nord de Chypre par la Turquie (1974) et le Sahara occidental, revendiqué à la fois par le Maroc et la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée par le Front Polisario (1976). Ce dernier théâtre continue à conditionner une relation bilatérale algéro-marocaine difficile, tout en empêchant l’émergence de l’Union du Maghreb arabe (UMA), serpent de mer improbable…

Ultérieurement, plusieurs initiatives de la société civile ont vu le jour, comme la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh3 pour le dialogue des cultures. Instituée par l’UE et les pays du pourtour méditerranéen, cette entité se concentre sur le rôle primordial du dialogue interculturel afin de promouvoir une coexistence paisible dans la région. Le Processus de Barcelone a établi la Fondation Anna Lindh en 2005 afin de soutenir des organisations et des individus travaillant à la promotion du dialogue, avec l’objectif politique de faire de la région Euro-Méditerranéenne une « aire de coopération, d’échange, de mobilité, de compréhension mutuelle et de paix »… Mais là encore, ces différentes initiatives n’ont pas suffi à peser significativement, sinon à transformer les différents conflits continuant à menacer la paix et la stabilité en Méditerranée.

Parallèlement, un troisième type d’initiatives tentait de relancer des efforts de négociations diplomatiques « par le bas », c’est-à-dire en partant des collectivités territoriales et locales (régions et villes portuaires). Marseille, Barcelone, Tunis, Athènes et Beyrouth ont lancé de multiples programmes dont certains perdurent aujourd’hui. Sur ce terrain, la Principauté de Monaco peut se féliciter d’une réelle antériorité.

MONACO EN PREMIERE LIGNE

A la charnière des XIXème et XXème siècles, le prince Albert 1er a voulu prolonger son activité scientifique et environnementale par une action politique en faveur de la paix. Cette volonté de faire de Monaco un pôle de rayonnement d’une Pax mediterrana s’est concrétisée par la création de l’Institut international de la paix en 1903. Les négociations sur la question marocaine en 1905 marquent l’apogée de son rôle de médiation entre la France et l’Allemagne. Après la Première Guerre mondiale, Albert Ier se voit refuser l’entrée de son pays dans la Société des Nations (SDN). Il répond alors dans le domaine de la coopération scientifique, par la mise en place de la Commission de la Méditerranée, Monaco participant aussi à l’ensemble des structures méditerranéennes.

Dernièrement la Principauté a participé à la 10ème session plénière de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée (APM) réunissant à Tirana (Albanie) les représentants des 25 pays membres ainsi que des hauts fonctionnaires des Nations unies, de l’OSCE et de la Banque européenne d’investissement (BEI). Principaux dossiers abordés : paix et sécurité aux Proche et Moyen-Orient, lutte contre le terrorisme, crise des réfugiés, changement climatique, dialogue interculturel et religieux.

Nathalie Amoratti-Blanc – vice-présidente de la 1ère commission sur la coopération politique régionale et les questions de sécurité – est intervenue sur la crise migratoire : « en 2015, plus d’un million de migrants sont arrivés en Europe. Nous avons besoin d’une plus grande cohérence et d’une véritable solidarité dans la gestion de ce phénomène, car il ne s’agit pas d’une crise passagère. Il est indispensable de trouver des solutions à long terme (…). Nous avons la responsabilité de comprendre la complexité de ce phénomène et de fabriquer des nouveaux équilibres, autant de réponses à l’extrêmisme et au populisme ».

L’APM a été créée en 2005 lors de la 4ème Conférence sur la sécurité et la coopération en Méditerranée (C.S.C.M.), née de la transformation de ce « processus C.S.C.M. » lancé depuis une quinzaine d’années par l’Union Interparlementaire (UIP) pour faciliter le dialogue entre parlementaires méditerranéens. Plaçant les parlements de tous les pays du bassin méditerranéen sur un pied d’égalité;, l’APM se saisit des questions d’intérêt commun pour favoriser et renforcer la confiance entre Etats de la Méditerranée, dans le but d’assurer la sécurité et la stabilité régionales et de promouvoir la paix. Elle se réunit en session ordinaire une fois par an et ses travaux sont préparés par les Commissions permanentes qui sont au nombre de trois : 1) la Commission permanente sur la coopération politique et en matière de sécurité ; 2) la Commission permanente sur la coopération économique, sociale et environnementale ; 3) la Commission permanente sur le dialogue des civilisations et les droits de l’homme.

COOPERATIONS RENFORCEES POUR UN « LABORATOIRE MEDITERRANEEN »

Partant du constat que « la Méditerranée n’est plus une mer occidentale », il s’agit aujourd’hui de conjuguer l’esprit de Monaco dans trois perspectives principales. La première concerne d’abord les Marines nationales française et britannique qui ont déjà entrepris les ajustements nécessaires face aux nouvelles implantations portuaires en Méditerranée de la Russie et de la Chine. Pour être efficaces et durables, ces derniers devraient chercher aussi à développer des coopérations communes en matière de contre-terrorisme et de lutte contre les flux criminogènes (migrations illicites, trafics d’armes, de drogues et d’êtres humains), sinon œuvrer à un nouveau système de sécurité collective pour la Méditerranée.

Clairement politique, cette volonté n’ira pas sans une remise à plat des orientations diplomatiques de confrontation (sanctions économiques, redéploiements militaires en Pologne et dans les Pays baltes notamment), mises en œuvre à l’encontre de Moscou. Malheureusement, les conclusions du dernier sommet de l’OTAN à Varsovie en juillet dernier – dont la poursuite du programme de bouclier anti-missile – ne vont pas dans ce sens ! Par conséquent, la deuxième perspective porte sur l’effort de refondation d’une diplomatie adaptée aux enjeux méditerranéens immédiats à partir desquels peuvent s’envisager des convergences locales durables. Celles-ci pourraient servir de laboratoire à des mécanismes de gestion de crises applicables à des formats géopolitiques plus large : en Afrique sub-saharienne, en Arctique, en Asie-Pacifique, en Asie centrale et en Amérique latine. La mise en place d’un tel « laboratoire méditerranéen » est une grande ambition qui nécessite des dirigeants à la hauteur. Nous verrons, à l’issue des élections présidentielles américaine et française notamment, mais cette perspective devrait – d’ores et déjà – inspirer les candidats.

En attendant, une troisième perspective concerne la mise en place de « coopérations renforcées » à l’image de ce que l’UE a été incapable de faire, à savoir des programmes à la carte, selon l’intérêt des Etats riverains décidant de participer ou non. Si les Etats demeurent indispensables à cet organon, les capacités diplomatiques des villes portuaires s’avèrent, d’ores et déjà, des outils complémentaires appropriés aux nouveaux enjeux stratégiques, économiques et sécuritaires auxquels sont désormais confrontées l’ensemble des populations méditerranéennes.

En la matière, il n’est pas acquis que les grandes puissances puissent constituer l’élément moteur d’une telle avancée. De petit acteurs tels que la Principauté de Monaco, seraient sans doute mieux à même de mettre en œuvre la concrétisation d’un tel laboratoire méditerranéen. L’esprit de Monaco, dont nous avons rappelé l’antériorité historique, pourrait favoriser, voire porter une telle ambition…

Richard Labévière
12 septembre 2016

1 IRIS, octobre 2013 : Bastien Alex, Alain Coldefy, Didier Billion et Richard Labévière.
2 Frontex est l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (en abrégé « Frontières extérieures »). Son siège est à Varsovie. Elle est responsable de la coordination des activités des garde-frontières pour le maintien de la sécurité des frontières de l’Union avec les États non-membres. Frontex a été créée par le 26 octobre 2004. Sa mission est d’aider les États membres à mettre en œuvre les règles communautaires relatives aux frontières extérieures et de coordonner leurs opérations dans la gestion de ces frontières extérieures. Chaque État membre reste toutefois responsable de la partie de frontière qui se trouve sur son territoire. Le budget de Frontex provient de subventions de l’Union européenne, 285 millions d’euros étant fournis dans le cadre d’un programme spécifique 2007-2013 dépendant du Programme européen pour la protection des infrastructures critiques (PEPIC).
3 Anna Lindh, ministre des Affaires étrangères suédoise a été poignardée par un déséquilibré en 2003.

 

APPEL DE DONS




 

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