Observatoire Géostratégique

numéro 208 / 10 décembre 2018

LE BRETON EST À L’OUEST !

« Errare humanum est, perseverare diabolicum » (l’erreur est humaine, l’entêtement [dans son erreur] est diabolique). Formule qui va comme un gant à l’inénarrable Jean-Yves le Drian ! Manifestement, la conjugaison du poids des ans et des décalages horaires produit chez notre patron du Quai d’Orsay un « jetlag diplomatique »1 qui se traduit par la multiplication des bourdes. À ce stade, cela commence à devenir problématique pour ne pas dire inquiétant ! Dans la diplomatie, plus que dans tout autre discipline, on apprend aux jeunes recrues issues des concours, que si la parole est d’argent, le silence est d’or. Qui plus est, lorsque l’on n’est pas certain de son fait, on s’abstient de tout commentaire intempestif. Petites causes, grands effets ! Patatras, Jean-Yves Le Drian et sa porte-parole (celle qui avale sans coup férir couleuvres et boas) s’enferrent dans des allégations mensongères et des démentis peu convaincants dans la triste affaire Jamal Khasshogi. Les fausses notes de notre barde breton sont révélatrices de l’incompétence de notre lorientais désorienté.

LES FAUSSES NOTES DU BARDE BRETON

Après les couacs de notre plaisantin Jean-Yves Le Drain vient le temps de la leçon de diplomatie ottomane qui lui rappelle que l’on ne peut pas dire n’importe quoi lorsque l’on est en charge de la représentation extérieure de son pays.

Le couac du plaisantin : une erreur impardonnable

Rappelons la bourde bretonne commise par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, bourde qui vaut son pesant d’artichaut ! Ne voilà-t-il pas que Jean-Yves Le Drian crée une inutile polémique avec la Turquie sur l’affaire Jamal Khasshogi, celle sur laquelle il pratique, depuis le départ, la « diplomatie du froc baissé ». On sait les prudences de gazelle de notre Talleyrand dès qu’il s’agit de l’Arabie saoudite, le pays qui achète des armes françaises, en particulier pour commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité au Yémen. On connait les révélations des autorités turques sur les conditions sordides de l’élimination de l’opposant saoudien (dissolution du corps dans de l’acide) et leurs déclarations sur la transmission de ces informations à leurs alliés (Allemagne, États-Unis, France, Royaume-Uni)2. Que dit le brillantissime ministre en charge de la diplomatie française lors d’un entretien à France 2 ? « Si le président turc a des informations à nous donner, il faut qu’il nous les donne », a souligné Jean-Yves Le Drian, contredisant le président turc qui avait affirmé que son pays avait partagé des enregistrements avec la France, mais aussi l’Arabie saoudite, les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Questionné sur l’éventualité d’un mensonge du président Erdogan, le ministre des affaires étrangères a observé que ce dernier menait « un jeu politique particulier dans cette circonstance ». « La vérité n’est pas au rendez-vous, le compte n’y est pas, a-t-il encore expliqué. Notre position, c’est la vérité – les circonstances, les coupables – et ensuite nous prendrons les sanctions nécessaires »3. Ce qui revient à accuser le président de la République turque d’être un menteur. Diantre ! Quel langage de fermeté.

La leçon de diplomatie ottomane : une mise au point bienvenue

La réponse des autorités turques ne s’est pas fait attendre4. La Turquie a jugé « inacceptables » les propos du ministre français affirmant « ne pas avoir connaissance » d’éléments livrés par Ankara au sujet de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. « Les dernières remarques du ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian sur la manière dont la Turquie gère le meurtre de Jamal Khashoggi ne reflètent pas la réalité », a rétorqué le directeur de la communication de la présidence turque, Fahrettin Altun, auprès de l’AFP. « Je confirme que des preuves liées au meurtre de Khashoggi ont également été partagées avec les institutions concernées du gouvernement français. Le 24 octobre, un représentant des services de renseignement français a écouté l’enregistrement audio » et a eu accès à « des informations détaillées », a-t-il poursuivi. Et le porte-parole turc de conclure : « S’il y a un problème de communication entre les différentes institutions au sein du gouvernement français, il appartient aux autorités françaises et non à la Turquie de régler ce problème ». « Accuser notre président de jouer un jeu politique est extrêmement impoli », a fustigé Mevlut Cavusoglu, le chef de la diplomatie turque, soulignant que son homologue français « avait dépassé les bornes » et qu’il lui fallait « apprendre à s’adresser à un chef d’Etat ». Le message est on ne peut plus clair5.

Rappelons que, le même jour, le premier ministre canadien Justin Trudeau a confirmé que les services de son pays avaient bien écouté les enregistrements en question. « Les agences de renseignement canadiennes ont travaillé très étroitement avec les services turcs et ont été pleinement informées de ce que la Turquie avait à partager », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse organisée à Paris, en marge du Forum pour la paix6. Embarrassé par cette volée de bois vert, le Quai d’Orsay a aussitôt évoqué un « malentendu », expliquant que Jean-Yves Le Drian voulait dire qu’il n’avait pas reçu d’informations lui permettant d’établir dans l’affaire Khashoggi la « vérité complète, qui est la seule qui nous importe et ne tient pas seulement à des enregistrements turcs qu’elle qu’en soit la nature ». Que ne fait-on pas lorsque l’on est porte-parole du Quai d’Orsay pour tenter de sauver la face ? Cette courageuse diplomate – puisqu’il s’agit d’une femme – aurait dû méditer les remarques l’un de ses anciens, René Massigli qui écrivait en 1964 : « Je n’ai jamais eu beaucoup de goût pour les « démentis diplomatiques », ce sont en général des aveux de culpabilité ». Il est vrai que le courage n’est pas sa vertu la plus reconnue dans la Maison des bords de Seine.

Cette affaire de Clochemerle ne serait pas si grave si elle ne s’inscrivait pas dans un contexte d’incompétence notoire de notre ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, le lorientais, Jean-Yves Le Drian.

L’INCOMPÉTENCE DU LORIENTAIS DÉSORIENTÉ

Cette affaire démontre, s’il en était encore besoin, l’urgence qui s’attache à la mise en place d’une évaluation rigoureuse des ministres, en particulier du titulaire du Quai d’Orsay. Et pareille mesure serait d’autant plus justifiée lorsque le ministre en question atteint le degré zéro de la nullité au fil des mois.

L’évaluation des ministres : un serpent de mer

L’occupant du Quai d’Orsay n’a toujours rien compris à ce qu’était l’essence de la diplomatie. Il confond pratique diplomatique et jeu de cour d’école. Il confond pratique diplomatique et empoignades au Conseil régional de Bretagne. Il confond usage de la Plancoët7 et du Chouchen8. Quand le président de la République et le premier Sinistre se décideront-ils à mettre fin à son CDD ? Il nous semblait qu’Édouard Philippe avait reçu mandat explicite de son patron d’évaluer l’action des ministres et, qui sait, d’en tirer les conséquences qui s’imposent pour les ministres gaffeurs, défaillants. On pourrait appliquer au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères la procédure d’évaluation à 360° (importée du secteur privé) mise en place pour les responsables de son administration. Il s’agit d’une sorte d’évaluation par la délation qui permet de noter dans l’anonymat le plus complet ambassadeurs, directeurs… et, au passage, de régler quelques comptes comme on le faisait pendant les périodes troubles de notre Histoire. L’anonymat de ses résultats la rendrait encore plus intéressante.

On ne peut impunément ridiculiser la France – celle qui donne des leçons de rectitude à la planète entière lors des cérémonies commémoratives du centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale le 11 novembre 2018 – sans en subir les conséquences qui s’imposent pour le responsable de tels propos. Si tel n’est pas le cas, cela signifierait que nos ministres, et qui est plus est nos ministres régaliens – peuvent dire et faire n’importe quoi en toute impunité. Ce serait un signe supplémentaire de L’étrange défaite (Marc Bloch) qui guette de nouveau la France éternelle ! Nous sommes bien loin des accents lyriques du discours de l’Arc de Triomphe du 11 novembre 2018 lorsqu’il déclarait : « Ensemble, nous pouvons rompre avec la nouvelle ‘trahison des clercs’ qui est à l’œuvre, celle qui alimente les contre-vérités, accepte les injustices qui minent nos peuples, nourrit les extrêmes et l’obscurantisme contemporain »9. En matière de contre-vérités, Frère Jean-Yves Le Drian est un expert unanimement reconnu. Il aura bientôt sa place dans le livre Guinness des records de la bourde diplomatique.

La nullité du ministre : un handicap pour la France

Manifestement, Jean-Yves Le Drian n’est pas à sa place à la tête de la diplomatie française. Cette dernière péripétie démontre qu’il a largement atteint son seuil d’incompétence. À défaut d’être brillant, on attend du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères qu’il sache se comporter en société et n’insulte pas un chef de l’État étranger. Ce qui est la moindre des choses dans la sphère diplomatique. Qui plus est lorsque l’on n’est pas tenu au courant des informations transmises de service de renseignement à service de renseignement par les canaux habituels, on ne se prononce pas de manière péremptoire sans avoir pris le temps de la réflexion. Au mieux, on s’abstient de tout commentaire, au pire on bafouille quelques formules diplomatiques vagues de circonstance. Toutes choses que notre ministre ignore après plus d’une année passée à la tête du Quai d’Orsay. Lamentable en vérité que cette diplomatie de gribouille, cette diplomatie de minable..

Mais que font donc tous ses brillants conseillers, et son conseiller spécial, l’inoxydable Jean-Claude Mallet surtout lorsque nous découvrons dans les médias que ces messieurs et ses dames (241) voient leurs salaires progresser de 1,4% par rapport à l’année 2017 (salaire brut moyen mensuel de 9318 euros)10. Encore une affaire qui nous coûte un « pognon de dingue ». Mais, l’on nous dit que tous ces cabinards et cabinardes travaillent beaucoup. On en mesure les résultats au fil des jours. En France, l’incompétence est particulièrement rémunérée. Ne sont-ils pas en rapport constant avec les représentants de la DGSE et de la DGSI auprès desquels ils ont des antennes ? Tout ceci frise l’amateurisme et l’improvisation. Mais, nous sommes rassurés en apprenant que pour remplacer Maxence Brischoux, ex-conseiller du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et de son secrétaire d’État, Jean-Baptiste Lemoyne, qui a rejoint Naval Group (cela fait très chic un petit pantouflage)], c’est Joachim Bokobza qui devrait prochainement être nommé conseiller de ce même Jean-Yves Le Drian. Le nouveau conseiller sera notamment en charge du portefeuille du commerce extérieur, de la politique commerciale, du tourisme et des Français de l’étranger. Depuis 2016, cet ingénieur des Mines, passé par l’École nationale supérieure des mines de Paris et par Polytechnique, était chef du bureau des affaires aéronautiques, militaires et navales de la direction générale du Trésor (DG Trésor), à Bercy, après avoir été adjoint de ce même bureau pendant deux ans. Âgé de 31 ans, Joachim Bokobza a également été expert national détaché auprès de la Commission européenne entre 2011 et 201411. Manifestement, la valeur n’attend pas le nombre des années. Il pourra utilement conseiller son ministre sur le tourisme diplomatique !

 
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« Nous n’avons ni boussole, ni pilote. Cela peut-il mener à autre chose qu’à un naufrage ? », disait justement Talleyrand, un lointain et brillant prédécesseur de Jean-Yves Le Drian. Le moins que l’on puisse dire est que la diplomatie française est tombée bien bas avec ce nouvel épisode breton. Elle est menacée de naufrage avec de telles blagues. La diplomatie est une chose trop sérieuse – quoi qu’on en dise – pour la confier à de tels incompétents. Ne rien dire, surtout en parlant, c’est la moitié de cet art qu’on appelle la diplomatie, a-t-on coutume de dire dans les couloirs du Quai d’Orsay. La vieille diplomatie française aux façons méticuleuses, aux préparations savamment combinées, a perdu de son autorité sur le monde. C’est que les méthodes diplomatiques qui président à l’exécution d’une politique sont généralement aussi importantes que la politique elle-même. Ce qu’ignore manifestement le Breton qui est à l’Ouest.

Jean Daspry
19 novembre 2018

1 Le syndrome du décalage horaire, ou jet lag en anglais (parfois nommé « arythmie circadienne »), est une condition physiologique qui résulte d’un voyage rapide à travers plusieurs fuseaux horaires, généralement en avion. Un tel voyage décale effectivement les différentes horloges internes (rythme circadien ou cycles du sommeil) et l’activité extérieure (alternance jour/nuit, activité autour d’un individu), www.wikipedia.fr .
2 Benjamin Barthe, Affaire Kashoggi, : « MBS” reste intouchable à Riyad, Le Monde, 17 novembre 2018, p. 7.
3 Marie Jégo, Affaire Kashoggi : couac entre Paris et Ankara, Le Monde, 14 novembre 2018, p. 3.
4 Delphine Minoui, Face à Riyad, Erdogan cherche à capitaliser sur l’affaire Kashoggi, Le Figaro, 13 novembre 2018, p. 8.
5 Delphine Minoui, Tensions autour des « preuves sonores » transmises par Ankara à Paris, Le Figaro, 13 novembre 2018, p. 8.
6 Nicolas Cheviron, Affaire Khashoggi : les relations se tendent entre Paris et Ankara, www.mediapart.fr , 12 novembre 2018.
7 Plancoët est une marque d’eau minérale naturelle provenant de Plancoët, dans les Côtes-d’Armor. Plancoët jaillit au lieu-dit Sassay, dans le quartier de Nazareth, à Plancoët, 
8 Le Chouchen est une boisson alcoolisée traditionnelle de Bretagne. Il est produit à base de miels et d’eau auxquels ont ajoute du jus de pomme, du moult de pomme ou du cidre.
9 « Additionnons nos espoirs au lieu d’opposer nos peurs », Le Monde, 13 novembre 2018, p. 15.
10 Nicolas Berrod, Des hausses de salaire qui passent mal, Le Parisien, 13 novembre 2018, p. 6.
11 Emilie Coste, Jean-Yves Le Drian recrute son conseiller à la direction générale du Trésor, www.acteurspublics.com , 13 novembre 2018.

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