Observatoire Géostratégique

numéro 156 / 11 décembre 2017

LE TERRORISME POUR LES NULS !

« Nous entrons dans l’avenir à reculons » (Paul Valéry). Telle pourrait être la conclusion logique à laquelle parvient l’observateur attentif du monde d’aujourd’hui, de ses spasmes, de l’explosion du phénomène du terrorisme islamiste. Après chaque attentat, c’est le même phénomène de sidération. Après chaque attentat, nos dirigeants – pourtant les mieux informés des citoyens français – ; nos experts – nombreux et auto-désignés qui n’en savent pas plus que vous et moi sur le sujet – ; nos médias – atteints au minimum de panurgisme et de psittacisme – nous resservent le même brouet insipide, démontrant ainsi qu’ils n’ont toujours rien compris au phénomène du terrorisme.

Certes, il n’y a pas de réponses simples aux questions complexes. Mais, on peut, à tout le moins, esquisser quelques pistes de réflexion et d’action pour le court, le moyen et le long terme à la lumière de l’expérience acquise au cours des dernières années. À l’intention de nos élites omnipotentes et omniscientes, nous dédions ce petit madrigal que nous avons baptisé : « terrorisme pour les nuls ». Pour leur en facilité la lecture, nous l’avons organisé autour de douze rubriques simples présentées de façon alphabétique. Une sorte de douze travaux d’Hercule pour les nuls.

TERRORISME ET AUTRUCHE

On n’a jamais résolu les problèmes les plus sensibles en faisant comme s’ils n’existaient pas, en se mettant la tête dans le sable. Les multiples causes du terrorisme (économique, sociétale, éducationnelle1, générationnelle, religieuse…) sont parfaitement documentées par d’authentiques experts qui ont posé le diagnostic juste, il y a déjà plusieurs années2. Citons à titre d’exemple bien connu l’ouvrage intitulé : « Les territoires perdus de la République »3. Encore, faut-il que soit administré le remède qui s’impose. Et c’est là que le bât blesse : alors qu’il y a urgence, on ne fait rien ou presque rien au motif qu’il ne faut pas stigmatiser telle ou telle communauté, que l’on ne dispose pas de moyens humains et financiers suffisants, qu’il vaut surtout mieux remettre au lendemain ou au surlendemain ce que l’on peut faire le jour-même. Posée rapidement après chaque attentat terroriste, la question est immédiatement mise sous le boisseau, évacuée en un tournemain pour cause de politiquement incorrect.

Circulez, il n’y a rien à voir. Au pays censé être celui de la liberté d’expression et de l’impertinence, le politiquement correct est omniprésent, il tient aujourd’hui le haut du pavé4. En France, nous sommes désormais au pays du terrorisme intellectuel. On y traque les déviants, les humoristes et on va même jusqu’à les poursuivre devant les tribunaux de la République après qu’ils aient été jugés sans autre forme de procès par le tribunal médiatique, version moderne du tribunal de l’inquisition. Quand un pouvoir exécutif (du centre, de droite ou de gauche ?) voudra-t-il bien prendre le problème du terrorisme à bras- le-corps sur le long terme et dans toutes ses multiples dimensions, et pas seulement dans sa dimension sécuritaire ?

TERRORISME ET COMMUNICATION

« ‘Transparence’ est un des maîtres mots du temps présent. Son injonction omniprésente ne concerne pas uniquement politique, milieux d’affaires, monde de la finance. Depuis longtemps, elle embarque tout le monde dans l’exposition de soi-même sur les réseaux sociaux. Ce qui est opaque, ou simplement distant, paraît devenu suspect. On soupçonne le moindre retrait de masquer quelque forfaiture. Il faut donc impérativement s’exhiber, tout donner à voir, ne rien laisser dans l’ombre. L’ennui, c’est que ce n’est pas possible »5. Or, s’il y a bien un domaine qui se prête peu ou pas à la communication à outrance (celle des chaines d’abrutissement en continu), c’est bien celui de la lutte contre le terrorisme.

De quoi sommes-nous les témoins ? Adoptant pour la circonstance la mine éplorée du croquemort, le ministre de l’intérieur, son porte-parole sans parler du comique procureur de la République de Paris, François Molins se croient obligés de nous donner moultes détails sur le modus operandi des attentats, faisant le miel de l’EIIL qui n’en demandait pas tant. Pour quoi ? Pour qui ? Face au développement d’un « terrorisme mimétique » (attaque à la voiture bélier ou avec un simple couteau, par exemple), toutes ces errements médiatiques ont l’immense avantage de créer des vocations parmi les apprentis terroristes. Bravo, l’artiste !

Il y a des cas où devrait être exigé un droit au silence même si les Français veulent savoir comme le psalmodie le bouillonnant Jean-Jacques Bourdin. Tout ceci n’est pas très sérieux. Nos hauts dignitaires devraient se souvenir que si la parole est d’argent, le silence est d’or. Ils s’en porteraient que mieux… et par la même occasion les citoyens français.

TERRORISME ET DIPLOMATIE

Dans un monde globalisé, il est évident que nous payons au prix fort (intérêt et principal) sur notre sol l’addition de nos errements diplomatiques passés et présents avec les pétromonarchies du Golfe, meilleurs ambassadeurs et vecteurs de l’idéologie wahhabite. Méfions-nous des agents infiltrés dans nos ambassades6. Si nous voulons lutter efficacement contre le terrorisme islamiste, il faudra bien qu’un jour soit posée, sans le moindre tabou, la question de l’implication directe ou indirecte des régimes adulés (il est vrai que nous signons avec eux de mirifiques contrats d’armements qui servent à commettre des crimes contre l’humanité au Yémen dont nous serons un jour redevables devant la justice pénale internationale) et que nous en tirions, une fois pour toutes, les conséquences qui s’imposent sur nos choix stratégiques (politique étrangère) et tactiques (diplomatiques).

Cessons de faire comme si de rien n’était une fois passée le temps de l’émotion hypocrite qui suit chaque attentat terroriste ! Une prise de conscience collective s’impose pour comprendre que l’on ne peut jouer les pyromanes à l’extérieur sans avoir à jouer les pompiers à l’intérieur. Élémentaire, mon cher Watson comme dirait Sherlock Holmes. Quand nos politiciens à la petite semaine comprendront que tout est dans tout surtout dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Heureusement, le président de la République, Emmanuel Macron assène aux ambassadeurs réunis à l’Élysée le 29 août 2017 que « la lutte contre le terrorisme islamiste est la première priorité de notre politique étrangère »7. Reste désormais à savoir quels sont les États qui subiront les foudres de Jupiter ?

TERRORRISME ET FINANCE

L’aphorisme de l’argent est le nerf de la guerre figure déjà dans l’Utopie de Thomas More qui date de 1516. Aujourd’hui, l’on pourrait le compléter en déclarant que l’argent est le nerf de la guerre. On vient d’en avoir une petite idée avec l’implantation de l’EIIL en Syrie et en Irak au cours des dernières années dans des régions riches en pétrole. Pour éradiquer le fléau du terrorisme islamiste, les dirigeants occidentaux n’ont pas trouvé de meilleure solution que de lui faire la guerre à l’ancienne qu’ils ont gagnée sur le terrain. Reste désormais s’ils gagneront la guerre idéologique. Pour y parvenir, l’idéal serait d’assécher ses sources de financement en retraçant les circuits opaques qu’elles empruntent.

Certains avaient déjà posé la question avant même les attentats du 11 septembre 20018. Depuis, des doutes sérieux pèsent sur les pétromonarchies du Golfe, Arabie saoudite9 et Qatar en tête mais ce sont des bons clients de notre industrie d’armements. Il paraît délicat de les traiter comme des parias à qui on imposerait des sanctions ou que l’on traînerait devant la Cour pénale internationale. Conclusion : on s’en tient à la conclusion sans nommer le fauteur de troubles. On crée des comités qui à l’ONU, qui à l’Union européenne pour se donner bonne conscience tout en ne prenant pas les mesures coercitives qui s’imposent pour faire cesser les agissements des trublions.

On édicte quelques lois nationales qui valent quelques problèmes à l’entreprise Lafarge et, peut-être, à Laurent Fabius pour financement du terrorisme10. « Au total, si nous voulons des résultats dans cette lutte contre le terrorisme et son financement, il faut maintenir des liens exigeants avec tous et avoir un agenda clair et des priorités établies, celles que je viens de rappeler. C’est pourquoi je souhaite réunir en début d’année prochaine à Paris une conférence de mobilisation contre le financement du terrorisme », déclare le président de la République le 29 août 2017 devant les ambassadeurs (précité). Cette conférence est repoussée au printemps 2018, faute de préparation suffisante, preuve que le sujet est encore sensible sous les ors de la République. Cette réunion ressemble à s’y méprendre à une conférence communication. Nous en saurons peut-être plus sur le sujet grâce au Colloque intitulé : « Lutte contre le financement du terrorisme. Nouveaux enjeux » organisé par le CF2R le 5 décembre 2017 à Paris. Sur ce sujet, comme sur tant d’autres, il faut sortir de l’ambiguïté, une bonne fois pour toutes, et appeler un chat un chat.

TERRORRISME ET GAFFE

S’il y a bien un sujet sur lequel s’impose la plus grande retenue et la plus grande discrétion pour obtenir la plus grande efficacité, c’est bien la lutte contre le terrorisme. Si les hommes de l’ombre (ceux de la communauté française du renseignement en respectant certaines règles sacro-saintes qui régissent leurs relations avec leurs homologues), il semble que nos (certains) hommes politiques (femmes à l’occasion) éprouvent encore quelques difficultés à tenir leur langue. Tel est le cas du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb qui a déjà hérité du sobriquet peu flatteur de « son altesse sénilisme ». Ainsi, le lyonnais a allègrement franchi la limite entre secret d’État et état de droit en transgressant une règle de base qui est celle du tiers car telle est son nom dans le monde renseignement. Elle consiste à ne pas dévoiler l’identité d’une source à l’origine d’une information sensible, un service de renseignement belge dans le cas d’espèce. C’est ce qu’a fait le ministre au mépris d’une autre règle celle de la compromission du secret de la défense nationale qui, en toute logique, devrait lui valoir des poursuites pénales11.

C’est aussi pour cette raison que les notes des services (DGSI, DGSE, DRM…) qui font l’objet d’une procédure de déclassification soient « blanchies » (les noms des services étrangers ou des sources humaines sont gommés). Ceci constitue une entorse au principe du contradictoire dans la procédure pénale mais il en va ainsi dans des matières comme la lutte contre le terrorisme. L’affaire Collomb serait comique si elle ne portait pas sur un sujet ayant trait à la sécurité nationale. Quand nos plus hauts dirigeants voudront-ils bien se conformer aux règles de droit et aux usages dont ils sont les dépositaires ? Ce n’est pas encore pour demain…

TERRORRISME ET INTELLIGENCE

Au pays de la logique et de Descartes, fait-on ou ne fait-on pas appel aux vertus de l’intelligence tant à son sens premier (ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle) qu’à son acception anglo-saxonne (celle du renseignement) ? Il est de plus en plus évident que, comme par un effet de vase communicant, « la fin territoriale de l’EIIL en Irak et en Syrie accroitra les risques d’attentats en Europe » comme le souligne l’expert Pierre-Jean Luizard. Face à cette situation qui est simple dans sa compréhension, un sursaut s’impose. Évitons les mesures adoptées dans la précipitation12. Face à une menace inscrite dans la durée et confirmant les scénarios les plus pessimistes, une véritable réflexion de longue durée sur les natures et les ressorts du djihadisme qui participent directement de la résilience de l’EIIL s’impose.

On peut les résumer autour de trois fonctions : identification sous-tendant l’unité déclamée du mouvement, légitimation de la violence pour soi et pour autrui, capacité de mobilisation stratégique. C’est pourquoi, la lutte contre le djihadisme doit résolument se déplacer sur le terrain des idées13. Ce déplacement conditionne la victoire contre le terrorisme à long terme, qu’on le veuille ou non14. Gagner la guerre des cœurs est nécessaire mais pas suffisant si l’on ne gagne pas dans le même temps la guerre de l’intelligence15.

TERRORISME ET LIBERTÉ

« Liberté, Liberté chérie ». Tels sont les trois mots que l’on trouve dans le sixième couplet de notre hymne nationale, mots que l’on doit à Claude Joseph Rouget de Lisle. « Liberté, libertés chéries ». Tel est le nom de l’une des meilleures veilles sur les droits de l’homme et des libertés publiques que l’on doit à un professeur agrégé de droit public de Paris IV16. En cette période où les libertés publiques sont pas mal malmenées à travers des régimes d’exception (état d’urgence, par exemple17) devenus la norme, cet enseignant nous rappelle fort à propos que les individus « ne sauraient en être simples bénéficiaires ou rentiers. Ils doivent non seulement l’exercer mais encore surveiller attentivement ses conditions d’exercice. Tâche d’autant plus nécessaire dans une période où les atteintes qui lui sont portées sont aussi insidieuses que multiples ». On ne saurait mieux dire sans tomber pour autant dans le droit-de-l’hommisme béat.

Lentement mais sûrement, ne tombons-nous pas à pieds joints dans le piège que nous tend l’EIIL ?18 En définitive, la seule question qui vaille de poser est celle de l’efficacité réelle de ces restrictions apportées à nos libertés fondamentales en termes de sécurité et de cohésion nationale. Où placer le curseur entre liberté et sécurité ?19 Le moins que l’on puisse dire est que les avis sont partagés et, qu’à tout le moins, la spirale sécuritaire dans laquelle nous sommes entrés n’augure rien de bon pour la démocratie et l’état de droit dans notre pays à l’aune des condamnations récentes de la France par la Cour européenne des droits de l’homme sans parler de quelques jurisprudences récentes de la Cour de cassation et du Conseil d’État, voire du Conseil constitutionnel.

TERRORISME ET MILITAIRE

Croire un seul instant et le plus sérieusement du monde que, c’est en allant faire le coup de poing contre l’EIIL au Proche et au Moyen-Orient et contre AQMI et Boko Haram en Afrique, que nous allons nous débarrasser du cancer islamiste sur notre territoire, relève d’une vue de l’esprit hasardeuse. À titre d’exemple, nous pourrions citer, ce qu’en haut lieu on se garde bien de faire, la situation catastrophique de la RCA, un an après le retrait de la force « Sangaris » du pays20. La situation au Mali n’est pas non plus très brillante.

Croire de la même façon que c’est en usant et en abusant de nos militaires (opération « Sentinelle »), qui n’en peuvent mais (ce n’est pas leur mission mais celles des forces de sécurité que sont la police et la gendarmerie), que nous allons dissuader les apprentis terroristes d’agir sur notre territoire relève d’une dangereuse utopie. Aujourd’hui, nos militaires servent de fusibles.

Le président de la République envisagerait de réduire la voilure de nos opérations extérieures pour des raisons budgétaires21. Quand recruterons-nous plus de policiers et de gendarmes pour assurer la sécurité publique ? Il va sans dire mais cela va mieux en le disant que nos militaires ne sont pas en cause alors qu’ils font un travail remarquable compte tenu des baisses drastiques d’effectifs et de budgets dont ils sont les premières victimes22. Ils ne sont malheureusement que les exécutants des basses besognes dont nos gouvernements successifs les gratifient ne variatur.

TERRORISME ET NORME

Imagine-t-on un seul instant que c’est par une inflation législative, un prurit normatif (la règle non écrite désormais bien connue : un attentat, une loi) que l’on compte relever durablement le défi terroriste dans un avenir proche ? Surtout si ces lois peuvent être assimilées à des lois communiqués de presse, des lois de circonstance qui n’abordent pas ou peu le cœur du problème, en restant à l’écume des jours et au buzz médiatique. Une loi est à peine entrée en vigueur et alors que l’on n’a pas encore eu le temps d’en mesurer l’impact réel en termes dissuasifs et répressifs qu’une autre loi est mise en chantier, adoptée le plus souvent dans la plus grande précipitation sous la pression de l’émotion et des médias23.

Par ailleurs, rien n’est pire que cet antiterrorisme « sondagier »24. Sans parler de la difficulté que rencontrent à la fois la justice antiterroriste à intégrer la nouvelle norme dans son appréhension du phénomène djihadiste et la communauté du renseignement (DGSI et sous-direction antiterroriste de la police judiciaire) à s’adapter aux nouvelles procédures en termes de méthodes de travail au quotidien. Or, ces deux institutions ont besoin de pérennité et de sérénité pour travailler efficacement. Si important et utile que soit le renforcement du dispositif et judiciaire et sécuritaire, il est loin d’épuiser le sujet : la définition de l’objet djihadiste lui-même (moyen-oriental et européen) dans toute sa complexité mais aussi dans toute sa simplicité25.

TERRORISME ET PSYCHIATRIE

En règle générale, il est souvent délicat de faire le départ entre les délinquants responsables pénalement et ceux qui ne le sont pas et cela d’autant plus que la psychiatrie, pas plus que la psychologie, ne sont des sciences exactes (ce que semblent superbement ignorer certains magistrats français). Les premiers relèvent de la justice, les seconds de la psychiatrie. Or, que propose le 18 août 2017 au lendemain des attentats à la voiture-bélier de Barcelone et de Cambrils (mode opératoire inauguré il y a un an déjà sur la promenade des Anglais à Nice) notre sympathique ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb ? Il dit vouloir « mobiliser les hôpitaux psychiatriques pour identifier les individus radicalisés » et « repérer l’ensemble de ces profils qui demain peuvent passer à l’acte ».

Précisant sa pensée le 22 août 2017, le ministre pointe « les esprits faibles pouvant se laisser aller à des actes de mimétisme ». Avec cette proposition novatrice, Gérard Collomb pourrait postuler au concours Lépine des bonnes idées pour lutter contre le terrorisme26. Deux remarques viennent à l’esprit de tout homme normalement constitué. La première est que les psychiatres, quels que soient leurs immenses talents, ne sont pas des machines à prévenir, ne disposant pas de boule de cristal ou ne sachant pas lire dans le marc de café même si certains les imaginent en lanceurs d’alerte27. La seconde est que les psychiatres, jusqu’à plus ample informé, ne sont pas des auxiliaires de police. Ils n’ont pas vocation à faire du renseignement et ne savent pas le faire28. Par ailleurs, la loi ne les délie du secret médical que dans deux cas précis : individu potentiellement dangereux et maltraitance d’enfant. Méfions-nous de ne pas prendre le chemin d’un monde orwellien où la vérité, c’est le mensonge !

TERRORISME ET RENSEIGNEMENT

Si important soit la disposition d’un renseignement dans la lutte contre le terrorisme, il n’épuise pas le sujet dont on se rend bien compte qu’il a des causes polyfactorielles. Nous devons en finir avec toutes les âneries qui nous sont servies après chaque attentat terroriste : le fameux y a qu’à, faut qu’on. La première, revenant de manière pavlovienne dans la bouche des dirigeants et des toutologues, tient à une prétendue « faille du renseignement »29, à un « échec du renseignement français »30.

Le renseignement n’a jamais été et ne sera jamais une science exacte, qu’on se le dise. La sécurité absolue n’existe que dans les fantasmes de certains utopistes. La deuxième est que la coordination entre les services ne serait pas assez fluide. Tout peut être amélioré mais dans l’ensemble les services se parlent et travaillent bien ensemble. La troisième tient à la mise en place dans l’urgence de nouvelles structures, de nouveaux bidules, de nouvelles usines à gaz inutiles si ce n’est contre-productives que l’on s’empresse de déconstruire31. La quatrième est la recette miraculeuse : la mise en place d’un service de renseignement européen. Outre que les États membres de l’Union européenne n’en veulent pas pour des raisons de confidentialité de l’information, la coordination entre services fonctionne dans les structures multilatérales sui generis (groupe de Berne) ou en bilatéral de façon efficace (les « liaisons » de la DGSI à titre d’exemple). Cessons de chevaucher des chimères ! Faisons avec ce que nous avons et qui fonctionne bien sans vouloir réinventer à tout bout de champ la roue.

« Bis repetitat placent ». Il est des personnes qui aiment à reproduire les mêmes erreurs plusieurs fois de suite. Cet aphorisme imaginé à partir de la phrase d’Horace « Haec decies repetita placebit » n’a malheureusement pas pris la moindre ride pour ce qui est de la lutte contre le terrorisme dans notre pays. La lutte contre le terrorisme est une opération complexe qui suppose des réponses coordonnées s’inscrivant dans une stratégie globale de long terme. L’idéal serait de confier la rédaction d’un livre blanc sur le terrorisme (à l’instar de ce qui s’est déjà fait en 2002) à des personnalités indépendantes du pouvoir (pourquoi pas des retraités connus pour leur liberté de ton accompagné de quelques fonctionnaires en activité pour être au courant de tous les derniers développements de l’actualité interne et internationale ?) pour s’assurer de leur impartialité.

 
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Il pourrait servir de feuille de route pour la décennie avenir surtout s’il était accompagné d’un engagement financier précis avalisé par Bercy. Pardonnez-nous pour la longueur de ce petit madrigal mais nous avons tenté de faire au mieux pour vous permettre de disposer, avant le prochain attentat terroriste, de ce petit guide pour vous éclairer dans l’obscurité. À vous de juger de la pertinence et de l’impertinence de ce terrorisme pour les nuls !

Guillaume Berlat
4 décembre 2017

1 Gilles Kepel, « Face au djihadisme, l’enjeu éducatif est essentiel », Marianne, 25-31 août 2017, p. 18.
2 Boualem Sansal, « Pour les islamistes, l’épisode Europe touche à sa fin », Le Figaro Magazine, 13 octobre 2017, pp. 36-40.
3 Emmanuel Brenner (préface de Georges Bensoussan), Les territoires perdus de la République, Pluriel, 2015.
4 Il n’est qu’à voir la polémique suscitée par la une de Charlie Hebdo du 23 août 2017 consacrée aux récents attentats de Barcelone qui représente deux personnages gisant dans leur sang avec également au loin une camionnette blanche bondissante. La légende est la suivante : « Islam, religion de paix… éternelle ! ». Qu’est devenu le slogan « je suis Charlie » scandé par des milliers de citoyens lors des manifestations consécutives à l’attentat perpétré contre les locaux du journal satirique du 7 janvier 2015 ?
5 Roger-Pol Droit, Le secret ? Indispensable, pour tout !, Le Monde des livres, 25 août 2017, p. 10.
6 J.-M. Th, Infiltrés djihadistes dans deux ambassades de France, Le Canard enchaîné, 6 septembre 2017, p. 3.
7 Discours du président de la République, Emmanuel Macron lors de la semaine des ambassadeurs, www.elysée.fr , Paris, 29 août 2017.
8 Richard Labévière, Les dollars de la terreur : les États-Unis et les islamistes, Grasset, 1999.
9 Jean-Pierre Stroobants, La Belgique veut réduire l’influence de Riyad sur sa communauté musulmane, Le Monde, 24 novembre 2017, p .5.
10 J.C., Un pacte avec Daech richement bétonné, Le Canard enchaîné, 22 novembre 2017, p. 4.
11 Jacques Follorou, Quand Gérard Collomb compromet le secret-défense, Le Monde, 22 novembre 2017, p. 14.
12 Julia Pascal/Elise Vincent, Macron révise la politique de lutte contre la radicalisation, Le Monde, 7 septembre 2017, p. 10.
13 Myriam Benraad, Défaire l’image djihadiste, Le Monde 22 août 2017, p. 21.
14 Jean-Pierre Filiu, « La menace terroriste risque de s’amplifier », Marianne, 25-31 août 2017, pp. 19-20.
15 Victor del Arbol, À Barcelone, on a un peu assassiné un peu de chacun d’entre nous, Le Monde, 22 août 2017, p. 21.
16 Roseline Letteron, www.libertescheries.blogspot.fr
17 Jean Daspry, État d’urgence : ras le bol !, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 mars 2017.
18 Pierre-Jean Luizard, Le piège Daech. L’État islamique ou le retour de l’histoire, La Découverte, 2015.
19 Jean Daspry, Terrorisme : choisir entre liberté et sécurité ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 mars 2017.
20 J.-F. J., La Centrafrique brûle, regardons ailleurs, Le Canard enchaîné, 23 août 2017, p. 8.
21 Nathalie Guibert, Paris veut ajuster ses opérations extérieures, Le Monde, 7 septembre 2017, p. 2.
22 Thomas Hofnung, Les bleus à l’âme des kakis, Marianne, 25-31 août 2017, pp. 24-25-26.
23 François Nicoullaud, La politique de l’émotion, www.nicoullaud.blogspot.fr 11 août 2017 (reprise de l’article paru dans la revue « Après-demain », n° 43, juillet 2017).
24 Viviane Seigneur, Lutte contre le djihadisme et antiterrorisme « sondagier », Le Monde, 7 septembre 2017, p. 21.
25 Farhad Khosrokhavar, De Paris à Barcelone, les nouvelles figures du djihadisme européen, Le Monde 24 août 2017, p. 23.
26 Ben mon Collomb !, Marianne, Bonnet d’âne, Marianne, 25-31 août 2017, p. 28.
27 Fatma Bouvet de la Maisonneuve/ Raphaël Gaillard, Les psychiatres, des lanceurs d’alerte, Le Monde, Science & Médecine, 6 septembre 2017, p. 7.
28 David Gourion (propos recueillis par Henri Seckel), « L’État islamique ne recrute pas dans les hôpitaux psychiatriques », Le Monde, 24 août 2017, p. 16.
29 J.C., La DGSI accusée de nonchalance, Le Canard enchaîné, 23 août 2017, p. 3.
30 Jacques Duplessy/Arnaud Guiguitant, Affaire Merah ; l’échec du renseignement français, Marianne, 22-28 septembre 2017, pp. 10-13.
31 Collomb fusionne UCLAT et EMOPT, www.intelligenceonline.fr , n° 788, 23 août 2017.

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