Observatoire Géostratégique

numéro 187 / 16 juillet 2018

LEGERETE JUPITERIENNE, INCONSEQUENCE EUROPEENNE…

« En diplomatie, les conneries ne s’ajoutent pas, elles se multiplient » nous rappelle fort justement l’humoriste Nicolas Canteloup. C’est qu’au cours des dernières semaines, la machine à débiter des bêtises a fonctionné à plein régime, tant du côté de Paris que de Bruxelles, sur la question migratoire, véritable épée de Damoclès sur la tête des États membres de l’Union européenne. Jupiter s’est surpassé dans sa diatribe dirigée contre le nouveau gouvernement italien issu des urnes sur la question migratoire, ne l’oublions pas quoi qu’en pensent nos bonnes âmes.

Encore un coup de génie diplomatique de celui qui se prend pour le nouveau maître du monde. Quant à la tribu des technocrates français ou européens, elle oscille invariablement entre silence coupable et paroles incongrues à l’encontre des peuples qui ne votent pas dans le sens qu’ils souhaitent. D’authentiques démocrates qui ignorent manifestement ce que signifient les termes de démocratie (régime dans lequel le peuple exerce la souveraineté) et d’état de droit (système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit). Tout ceci conduit à un cocktail explosif de grossièreté jupitérienne et d’inconséquence européenne.

GROSSIÈRETÉ JUPITÉRIENNE ET DÉLICES DE LA « TWITTOSPHÈRE »

La crise franco-italienne sur la crise migratoire est éclairante sur bien des sujets : ignorance de nos élites sur le sens des mots, évanescence de nos brillants diplomates énarques, leçon de morale jupitérienne inopportune, manque d’humilité de Jupiter sur la scène internationale. Et, ce n’est qu’un bref aperçu de nos vices, nous qui prônons la vertu urbi et orbi.

Le diable est dans les mots1

« La parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée » écrivait en 1831 Talleyrand. Emmanuel Macron aurait été bien inspiré de méditer cette maxime lorsqu’il a pris le parti d’invectiver inutilement les nouveaux dirigeants de Rome après leur refus d’accueillir dans ses ports l’Aquarius avec ses réfugiés2. Il avait aussitôt stigmatisé « l’irresponsabilité » italienne, s’attirant aussitôt leurs foudres. En effet, elles ont immédiatement réagi en taxant Jupiter « d’hypocrite ». L’affaire a pris un vilain tour : accès de tension dans les relations bilatérales, menace italienne d’annuler l’entretien de Giuseppe Conte à l’Élysée…3 Il faudra un appel « cordial » du président français au président du Conseil italien pour que la visite à Paris ait lieu et un déploiement inhabituel d’amabilités appuyées lors de la conférence de presse conjointe du 15 juin 2018 pour que le soufflet retombe4. La pravda du Quai d’Orsay (son éminente porte-parole) s’est dit « parfaitement conscient de la charge que la pression migratoire fait peser sur l’Italie et des efforts que ce pays ». Il fallait oser le dire. « Les cons, ça ose tout. C’est même à çà qu’on les reconnait » nous rappelle Michel Audiard dans les Tontons flingueurs

En bon français, c’est ce que l’on appelle aller à Canossa. L’expression « aller à Canossa », employée pour la première fois par Bismarck, est une formule idiomatique pour désigner le fait de s’agenouiller devant son ennemi. Elle fait référence à l’épisode historique de la pénitence de Canossa par l’empereur germanique Henri IV, en 10775. Emmanuel Macron, l’homme qui sait tout, aurait dû se souvenir de ce qu’écrit Patrick Rambaud en 2008, à savoir « qu’une certaine fadeur de l’expression convient aux diplomates ». Il préfère le « coup de com » permanent6.

Mais où sont nos diplomates d’antan ?

Le mot choisi dans la diplomatie, cela est d’autant plus important sur des sujets de désaccord7. C’est que le Quai d’Orsay où est passée la crème de nos écrivains, est une excellente école pour apprendre à maîtriser – à défaut des évènements – les subtilités du langage. Vraisemblablement plus utile dans le cas d’espèce que l’inspection générale des Finances dont il est issu. Mais, une fois de plus à quoi donc lui sert sa cellule diplomatique dirigée par le transparent Philippe Etienne (l’homme qui ne murmure pas à l’oreille de Jupiter) et qui compte dans ses rangs la star de la diplomatie, Alice Rufo, (membre influent de la Cour des comptes)8 ? Que d’inutiles et d’incompétents qui coûtent « un pognon de dingue » aux contribuables, pour reprendre la désormais célèbre saillie de notre « président philosophe » ! À quand un grand coup de balais au château pour renvoyer à leurs chères études tous ces énarques dont la suffisance n’a d’égal que leur insuffisance ! Pouvoir de la parole diplomatique quand les choses sont dites avec à-propos dans des termes aussi simples que possible et qui atteignent leur cible. Morale, compassion et communication : la nouvelle devise des affaires étrangères rompt avec la tradition de la raison d’État. Et c’est bien là que le bât blesse, et cela à maints égards.

Une leçon de morale peu opportune

C’est qu’au-delà de la forme regrettable du propos déplacé d’Emmanuel Macron, la substance de sa très docte parole prête à débat. Lorsque l’on critique autrui, l’on se doit d’être soi-même irréprochable. Comme le rappelle la parabole bien connue de la Bible : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? ».

Le moins que l’on puisse dire est que la France est mal placée pour émettre des critiques contre la politique migratoire italienne ! Lorsque le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvino déclare que « l’Italie n’a pas de leçon à recevoir de la France », il a parfaitement raison. Car, si cynisme il y a, c’est bien d’abord de la part de la France qui s’est bien gardée d’honorer ses promesses à Bruxelles (admettre sur son sol 3000 migrants relocalisés depuis l’Italie et la Grèce). Par ailleurs, les policiers français, de Vintimille à Briançon, comptent sur leurs collègues italiens pour refouler 10 000 candidats à l’immigration illégale chaque année, souvent en violation du droit9.

Que dire des campements de migrants à Paris évacués pour la 35ème fois consécutive et de la jungle de Calais qui se reconstitue à quelques mètres de l’ancienne comme si de rien n’était ? Sans parler de la nouvelle loi asile et immigration sur laquelle il y aurait beaucoup à dire sur le plan du strict respect de nos engagement internationaux, en particulier ceux contenues dans la Convention européenne des droits de l’Homme du Conseil de l’Europe. En dernière analyse, l’affaire de l’Aquarius, et son dénouement espagnol, ne nous exonère, pas plus que d’autres, de nos responsabilités10. Il donne bien entendu lieu à polémique dans notre pays11.

Il nous conduit à privilégier avec l’Allemagne la piste de « hot spots » hors Union européenne, idée que nous dénoncions, il y a quelques mois encore.

L’humilité de Jupiter ne doute de rien

Après des débuts en fanfare, la politique étrangère d’Emmanuel Macron se heurte à la complexité croissante du monde. Or l’Union s’est transformée en terrain de lutte identitaire. Après le Brexit et le populisme sans complexe de la Hongrie et de la Pologne, est venue l’heure de l’Italie qui défie l’Union européenne. Sans parler de l’Allemagne, qui subit à son tour les vives secousses des eurosceptiques12… La France aurait-elle seulement un partenaire stable dans la réforme de l’Union ?13 Cernée par la montée des populismes, l’Allemagne freine les ambitions françaises (défense14, immigration, zone euro même si elle aurait évolué lors du conseil des ministres franco-allemand de Meseberg du 19 juin 2018…15). Ceci reste encore à démontrer dans les faits tant le diable est dans les détails. Pour Angela Merkel, le principal objectif reste de maintenir la cohésion européenne16.

Fidèle à son analyse, elle ne veut pas de grand bond en avant qui pourrait effrayer les eurosceptiques. C’est, en vérité, tout le projet « macrono-sorbonien » qui entre en souffrance, comme si ce jeune président avait contre lui toute une vieille époque, très ingrate17. C’est pourquoi, un minimum de retenue et d’humilité s’impose aux autorités françaises dans leurs critiques à l’endroit de l’Italie pour éviter de tomber dans le piège du ridicule ! « Le ridicule déshonore plus que le déshonneur » (La Rochefoucauld). Retenue et humilité au regard de l’inconséquence qui frappe le projet européen en ce début de XXIe siècle, en dépit de la propagande de nos chers fédérastes qui feignent de ne rien comprendre aux évolutions les plus récentes ! Ce sont eux qui tuent à petit feu le projet européen par excès d’entousiasme.

Il est vrai que, dans un autre domaine, la diplomatie jupitérienne donne toute la mesure de sa duplicité, à savoir celle que nous appliquons au Yémen, « lorsque, sous prétexte qu’il est un bon client pour son industrie d’armement, la France s’engage au Proche-Orient aux côtés de l’un des pires va-t-en guerre de la région et souhaite dans le même temps vanter l’intensification et la diversification de ses ambitions humanitaires et pacifistes, la communication a du mal à passer »18. On mesure ainsi les limites de la diplomatie du en même temps qui prétend vouloir la paix tout en travaillant à la guerre. Les voies de Jupiter sont décidément impénétrables. Décidemment, nous sommes au cœur de la grande « Macrillusion » et de son président thaumaturge.

Grossièreté jupitérienne dans un contexte d’inconséquence européenne ! On ne pouvait rêver mieux en termes de relance du projet européen alors que la question migratoire continue de diviser, d’opposer les 27/28 tant sur le diagnostic que sur le remède collectif idoine. Quand traitera-t-on des vrais problèmes à Bruxelles sur un plan stratégique et non sur un plan médiatique ? Là est la question fondamentale.

INCONSÉQUENCE EUROPÉNNE : LA MARQUE DE FABRIQUE BRUXELLOISE

La récente crise migratoire autour des pérégrinations de l’Aquarius démontrent que l’Europe de Schengen et de Dublin est une véritable passoire et au-delà une Europe des nouveaux somnambules. Les élections européennes de 2019 risquent d’être une véritable piqûre de rappel pour nos élites inconscientes.

Une Europe véritable passoire

C’est que dans le domaine du contrôle des phénomènes migratoires, l’Union européenne a donné toute la mesure de son impuissance : inapplicabilité des accords de Dublin, remise en cause des accords de Schengen, incapacité d’imposer des sanctions fortes (elle sait si bien le faire avec la Russie) à tous les pays de départ, incapacité à faire respecter le droit pour les déboutés du droit d’asile…19 Au lieu de cela, elle propose de répartir les migrants et sermonne la Hongrie, la Pologne qui s’y refusent (refus de participer au mini-sommet sur les migrations du 24 juin à Bruxelles20) ! Des procédures stupides, elle ne sait faire que cela. Une machine à produire des normes mais incapable de proposer des solutions raisonnables et réalistes21. Il n’est qu’à voir le sauve-qui-peut général dans l’affaire de l’Aquarius pour se faire une petite idée de la débandade européenne sur des sujets de première importance pour les citoyens des 27/28.

Que dire de nos brillants diplomates français en poste à la Représentation de la France auprès de l’Union européenne à Bruxelles (RP dans le langage des connaisseurs) qui sont incapables de comprendre le problème de ce machin qui tourne uniquement à vide (ils excellent dans le jeu des procédures) alors qu’il faudrait prendre des décisions stratégiques (le mot est tabou à Bruxelles) ? Ils sont pourtant considérés comme l’élite de la diplomatie française. À quand la politique de la chaise vide pour secouer les esprits routiniers ? À quand une audition parlementaire publique de nos derniers ambassadeurs à la RP pour leur tirer les vers du nez, pour mesurer l’étendue de leur responsabilité ? Vaste programme.

Une Europe des nouveaux somnambules

Quant aux gouvernements européens, ils se montrent incapables de faire primer l’intérêt général européen sur à la somme des intérêts nationaux égoïstes (Cf. les dernières réunions des ministres de l’Intérieur à Sofia ou le dernier sommet européen à Bruxelles des 19 et 20 juin 2018).

Pour se débarrasser du problème, nos fourbes dirigeants, Emmanuel Macron en tête, ne cessent de clamer que « seule l’Europe a la solution au problème ». La ministre en charge des Affaires européennes, auxquelles elle ne connait rien (Nathalie Loiseau au nom prédestiné) vient nous expliquer que le problème des migrants va être traité au niveau du conseil européen, comme toujours. Et puis après, on renverra la patate chaude à la prochaine réunion ! Nous apprenons que la Commission européenne convoque, en urgence, un mini-sommet le 24 juin 2018 pour préparer celui des 28 et 29 juin 2018 alors que le problème des migrations est pendant depuis 2015. Bravo pour la réactivité !

Ces irresponsables omettent de rappeler que si l’accord de Schengen a permis la libre-circulation à l’intérieur de l’espace, il a simplement omis de la faire précéder d’un strict contrôle de l’entrée à la frontière extérieure. Nous en payons aujourd’hui le prix, intérêt et principal. Cette brillante sous-ministre vient encore de se distinguer devant le Sénat en annonçant la tenue de la conférence humanitaire sur le Yémen organisée à Paris le 27 juin 2018 alors que nous sommes les complices de crimes contre l’humanité perpétrés par l’Arabie saoudites et ses séides22.

Que dire de la brillante chancelière allemande qui renvoyait Matteo Renzi dans ses buts lorsqu’il réclamait un peu plus de solidarité de ses partenaires ! Que dire de cette Dame qui faisait applaudir les migrants à leur arrivée sur le sol allemand mais qui a ainsi permis l’entrée de l’AFD au Bundestag et dont le ministre de l’Intérieur, issu de la CSU s’associe à l’initiative autrichienne visant à créer un « axe des bonnes volontés » (Berlin, Rome, Vienne) pour traiter sur un plan bilatéral la question des migrants en violation des règles européennes ? La coalition CDU/CSU est en voie d’implosion, justement sur la question des migrants. Cela devrait donner matière à réflexion à nos élites stupides sur les conséquences de l’irréalisme dans la diplomatie. Aujourd’hui, le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini s’attaque aux ONG qui aident les migrants en mer23.

Force est de constater que la politique inconséquente et inconsciente de tous ces idéalistes à la petite semaine constitue le meilleur carburant des extrêmes dans l’Union24 sans parler d’une résurgence de fléaux endogènes25. À quand, une majorité de ces partis dans tous les parlements ?26 En un sens, l’Europe est une publicité vivante pour le Rassemblement national. En dépit du consensus populaire (aujourd’hui, mais qu’en sera-t-il demain ?)27, les nouveaux dirigeants espagnols auraient eu intérêt à méditer l’exemple allemand avant de rédiger sur les banderoles accueillant les réfugiés de l’Aquarius : « Bienvenue chez vous ». Faire preuve d’humanité ne veut pas dire faire preuve d’irresponsabilité car gouverner, c’est prévoir ! Ce que nos dirigeants médiatiques ont trop tendance à perdre de vue (Cf. la catastrophique intervention en Libye organisée par Nicolas Sarkozy et BHL dont nous payons encore au prix fort l’addition sur le plan migratoire). Quand les Européens se décideront-ils à traiter le problème migratoire dans sa globalité ?28

Une Europe soumise à la piqûre de rappel des élections de 2019

Les élections européennes de 2019 risquent d’apporter de belles surprises. Mais, nos dirigeants n’auront pas la fallacieuse excuse de prétendre qu’ils ne savaient pas. Qu’ils le veuillent ou non, la prochaine élection européenne sera un référendum sur l’Union. Ce référendum se jouera autour de l’immigration et des réfugiés29. Il sera perdu si une nouvelle donne – l’indispensable sursaut (« la crise des migrants est le 11 septembre de l’Europe », politologue bulgare)30 – n’est pas mise en place autour d’une convergence du droit de l’immigration et de l’asile mais aussi du principe de la reconnaissance du volontariat pour l’accueil des réfugiés, de la reprise du contrôle des frontières extérieures – ce qui passe par la mise en place d’un dispositif coordonné de surveillance de la Méditerranée -, d’une aide massive au développement de l’Afrique conditionnée à la réadmission des refoulés.

Il ne suffit pas d’affirmer que l’Europe doit reprendre en main son destin, il faut d’urgence passer aux actes. Cent ans après la Première Guerre mondiale, l’Union européenne connait une crise existentielle qui peut conduire à sa désintégration. Et ce du fait d’une nouvelle génération de somnambules31. Ils ont peine à tirer les conclusions de la colère des peuples contre leurs représentants qu’ils ont la tentation de dégager (Cf. le résultat des élections en Italie, voire en Slovénie). À trop vouloir broyer les nations et les peuples, l’Union européenne risque d’en payer le prix fort. Mais, dire cela, n’est pas politiquement correct pour les professionnels de la langue de bois et de la polémique stérile qui bride la pensée et la parole.

Contrairement à ce qu’écrit Le Monde, la modeste avancée sur la zone euro (elle doit être avalisée par nos partenaires, et ce ne sera pas une mince affaire) enregistrée au château de Meseberg lors du dernier conseil franco-allemand ne constitue pas « une lueur d’espoir pour l’Europe » et encore moins un sérieux coup d’arrêt au vent des populismes, la « lèpre »32 comme la qualifie Emmanuel Macron à Quimper le 21 juin 2018. Tant que les 27/28 ne mettront pas tous les problèmes sur la table et oseront prendre des décisions stratégiques qui les engagent pour le futur, le risque d’implosion de l’Union européenne sera élevé33.

N’oublions pas que deux ans après le vote britannique sur le « Brexit », Theresa May est sur la corde raide, un pas en avant, un pas en arrière34. Où est l’affectio societatis qui était la marque des pères fondateurs ? Qui plus est sur le dossier iranien, l’Europe a perdu une bonne occasion de montrer qu’elle existe, qu’elle n’est pas une fiction et qu’elle n’a pas besoin de l’autorisation américaine pour négocier et commercer avec qui elle veut. Pour une leçon, c’est une leçon35. L’accord conclu, le 21 juin 2018, avec la Grèce par les ministres des Finances de l’euro ne constitue qu’une modeste satisfaction.

Parlant à l’Assemblé nationale, un mois avant la révolution française de 1848, Alexis de Tocqueville déclarait : « Prenez garde, le vent des révolutions s’est levé. Ne le sentez-vous ? ». Mais, ceux qui étaient rassemblés ce jour-là ne le sentaient pas36. Au rythme où vont les choses, la question migratoire risque d’être le catalyseur de la réaction qui pourrait conduire à l’implosion de l’Union européenne à l’instar de ce qui s’est produit en 1940 avec la SDN, et Jupiter a mis du temps à s’en rendre compte37.

Un nouveau remake de « L’étrange défaite » si bien vue en son temps par Marc Bloch. Soit une forme de cynisme total par rapport à la gravité de la situation38, soit une forme d’inconscience mâtinée d’une pointe de méthode du bon docteur Coué. Quand Donald Trump érige des barrières douanières au nom de la sauvegarde des emplois, ses alliés européens défendent une dérégulation faisant le lit de l’extrême droite et des nationalistes dans leurs différents pays à croire qu’ils sont insensibles à la sécession de leurs peuples, y compris désormais au Canada39.

 
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Pas question de s’interroger sur une mondialisation qui fait exploser les inégalités sur toute la planète, en provoquant une course perpétuelle au moins-disant social. On croit rêver. Si Donald Trump est un pyromane, il est aussi – ce que l’on a trop tendance à oublier – un révélateur des maux de notre système international, un repoussoir commode. En définitive, et, pour en revenir à elle, la question migratoire est (aujourd’hui comme hier) traitée avec la plus grande désinvolture (sorte de mise en scène de cour de récréation), entre grossièreté jupitérienne et inconséquence européenne.

Guillaume Berlat
25 juin 2018

1 Arnaud de La Grange, Le diable est dans les mots, Le Figaro, 13 juin 2018, p. 1.
2 Raphaëlle Rérolle/Jérôme Gautheret/Sandrine Morel, L’odyssée de l’Aquarius, Le Monde, 19 juin 2018, pp. 14-15.
3 Isabelle Lasserre, La crise migratoire provoque des tensions entre Paris et Rome, Le Figaro, 14 juin 2018, p. 9
4 Marc Semo, Entre la France et l’Italie, une si cordiale mésentente, Le Monde, 17-18 juin 2018, p. 2.
5 https://fr.wikipedia.org/wiki/Canossa
6 Virginie Malingre, Macron, le « coup de com » permanent, Le Monde, 22 juin 2018, p. 9.
7 Jean-Paul Pancracio, En diplomatie, chassez les superlatifs, http://observatoire-de-la-diplomatie.com/diplomatie-chassez-superlatifs/ , 12 juin 2018.
8 Jean Daspry, Alice Rufo sur le divan, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 juin 2018.
9 Hervé Nathan, Les faux-jetons de l’immigration, Marianne, 15-21 juin 2018, p. 29.
10 Association GISTI, Le geste de l’Espagne n’exonère ni l’Italie, ni l’UE de leurs responsabilités, Le Blog de Association GISTI, www.mediapart.fr , 17 juin 2018.
11 Aquarius : le « j’accuse » de Christiane Taubira, www.lejdd , 16 juin 2018.
12 Erik Emptaz, Merkel rassure Macron : « je ne vais pas me laisser débarquer », Le Canard enchaîné, 20 juin 2018, p. 1.
13 Nicolas Barotte, Europe : Merkel se positionne face à Macron, Le Figaro, 5 juin 2018, p. 7.
14 Guillaume Berlat, Europe de la défense, Europe de l’indécence, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 juin 2018.
15 Thibaut Madelin, Accord historique entre de Macron et Merkel sur la réforme de la zone euro, Les Échos, 20 juin 2018, pp. 1 et 5.
16 Thomas Schnee, Migrants : Angela Merkel gagne un sursis de deux semaines, www.mediapart.fr , 18 juin 2018.
17 Christian Makarian, Politique extérieure : la voie étroite, www.lexpress.fr , 17 juin 2018.
18 François Burgat, Le grand écart de la diplomatie française au Yémen, Le Blog de François Burgat, www.mediapart.fr , 18 juin 2018.
19 Renaud Dély, L’illusion de la forteresse, Marianne, 22-28 juin 2018, p. 4.
20 Cécile Ducourtieux/Jean-Pierre Stroobants, Migrants : les pays de l’Est refusent toute concession à Merkel, Le Monde, 23 juin 2018, p. 4.
21 Mireille Delmas-Marty, Pour un principe d’hospitalité opposable aux États, Le Monde, 19 juin 2018, p. 21.
22 Claude Angeli, Les Saoudiens accueillis en « bienfaiteurs » du Yémen, Le Canard enchaîné, 20 juin 2018, p. 3.
23 Jérôme Gautheret, Migrants : Matteo Salvini s’attaque aux ONG, Le Monde, 23 juin 2018, p. 22.
24 Jean-Pierre Stroobants/Thomas Wieder, Merkel, Macron et l’UE face aux migrants, Le Monde, 17-18 juin 2018, p. 2.
25 Alain Gaduleau, L’Europe, cette « démocrature » en col blanc, Marianne, 15-21 juin 2018, p. 52.
26 Anne-François Hivert, En Suède, l’extrême droite s’installe, Le Monde, 19 juin 2018, p. 22.
27 Sandrine Morel, En Espagne, consensus sur l’Aquarius, Le Monde, 19 juin 2018, p. 5.
28 Stephen Smith, La ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en route vers le vieux Continent, Fayard, 2018.
29 Cécile Ducourtieux/Jean-Pierre Stroobants, Macron et Merkel acculés sur l’immigration, Le Monde, 21 juin 2018, p. 2.
30 Yves Thréard, L’indispensable sursaut, Le Figaro, 5 juin 2018, p. 1.
31 Nicolas Baverez, Europe : les nouveaux somnambules, Le Figaro, 11 juin 2018, p. 19.
32 Cédric Piétranlunga, Macron répond aux critiques sur les migrants, Le Monde, 23 juin 2018, p. 12.
33 Éditorial, Une lueur d’espoir pour l’Europe, Le Monde, 22 juin 2018, p. 22.
34 Alain Frachon, Brexit, deux ans plus tard, Le Monde, 22 juin 2018, p. 22.
35 Jack Dion, Waterloo européen, Marianne, 22-28 juin 2018, p. 20.
36 Laure Mandeville/Joshua Mitchell, De la démocratie en Occident : relire Tocqueville pour répondre à Trump, Le Figaro, 6 juin 2018, p. 16.
37 Cécile Ducourtieux, Macron a-t-il si bien choisi son combat ?, Le Monde, 21 juin 2018, p. 23.
38 Jack Dion, Comment Macron s’est trumpé sur toute la ligne, Marianne, 15-21 juin 2018, p. 54.
39 Anne Pélouas, Au Québec, l’extrême droite gagne en visibilité, Le Monde, 21 juin 2018, p. 4.

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