Observatoire Géostratégique

numéro 226 / 17 avril 2019

L’EUROPE DE NATHALIE À AMÉLIE

Comme nous le rappelle la comptine de notre enfance :

« Ainsi font, font, font,

Les petites marionnettes,

Ainsi font, font, font,

Trois p’tits tours et puis s’en vont ».

En cette fin de dimanche de la fin du mois de mars 2019, le président de la République remplace trois de ses ministres partis pour d’autres superbes aventures1. Leur nomination est officialisée le 2 avril 20192. Le moins que l’on puisse dire est qu’Emmanuel Macron place des proches au gouvernement (Le Monde). Il puise dans le premier cercle (L’Express). Sans autre ressources, Macron place ses conseillers au gouvernement (Médiapart). La majorité se met en ordre pour les européennes (Les Échos).

À moins de deux mois des élections au Parlement européen (26 mai 2019), concentrons-nous sur le mercato européen. Partons de celle qui arrive au Quai d’Orsay avant de voir ce que devient celle qui le quitte pour d’autres horizons bruxello-strasbourgeois.

UNE NOUVELLE RECRUE AU GOUVERNEMENT

Comment résumer le parcours d’Amélie de Montchalin ? Une marcheuse en embuscade, une marcheuse venue de l’entreprise et de la droite, une marcheuse libérale aux Affaires européennes.

Une marcheuse en embuscade

Parmi les 306 députés de La République en marche, certains se démarquent. Amélie de Montchalin fait partie de ceux-là. Dimanche soir, elle a été nommée « secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée des affaires européennes ». Elle prend ainsi les prérogatives de Nathalie Loiseau. Depuis quelques mois, la députée exprimait son intérêt pour les questions européennes, au point que certains l’imaginaient candidater pour être tête de liste. Issue des rangs de la droite, où elle soutient Alain Juppé notamment lors de la primaire de la droite de 2016, la jeune femme de 33 ans rejoint vite l’aventure En Marche !

Investie et élue députée de l’Essonne, elle s’impose rapidement dans le groupe parlementaire, au point de devenir en octobre 2018 sa vice-présidente. Spécialiste des questions économiques, elle est également rapporteur(se) du projet de loi finance 2018. Une expérience qui lui permet d’entretenir des liens privilégiés avec les deux ministres de Bercy : Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. À chaque remaniement, l’élue de l’Essone était pressentie pour faire son entrée dans le gouvernement. C’est désormais chose faite3.

Une marcheuse venue de l’entreprise et de la droite

La députée LREM de l’Essonne, formée à Harvard, est en pointe sur les dossiers économiques (Le Point). Vive la start-up nation ! Le jour de son élection, Amélie de Montchalin s’est demandé à quoi elle pourrait bien servir. « Sauf que nous étions 422 nouveaux à l’Assemblée nationale à nous poser la même question », raconte-t-elle devant un parterre hilare de parlementaires étrangers. L’assistance réunie au siège de l’OCDE, à Paris, écoute la jeune femme dépeindre avec sévérité notre régime qui « pourrait tout à fait se passer des élus ». La députée de l’Essonne, ex-économiste chez Axa, mesure à chaque instant le décalage entre les usages de l’Assemblée nationale et le monde de l’entreprise qu’elle connaît bien, Elle n’a pas la moindre compétence en matière européenne. Qu’à cela ne tienne ! Elle est jeune, elle est femme, elle est juppéiste ayant rallié la République en marche, elle est diplômée d’Harvard, elle vient du monde de l’entreprise… Elle a donc toutes les qualités requises pour ce poste.

Une marcheuse libérale aux affaires européennes4

La nouvelle secrétaire d’État aux affaires européennes, Amélie de Montchalin, est la 16ème personnalité à occuper ce poste en 19 ans. Le poste est rétrogradé à cette occasion. Alors que Nathalie Loiseau avait le statut de « ministre », Amélie de Montchalin n’est plus que « secrétaire d’État ». Une terminologie qui a des conséquences protocolaires surtout, mais aussi symbolique : le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, est avant tout « ministre de l’Europe », et se montre plutôt jaloux de ses prérogatives. Comme Nathalie Loiseau, Amélie de Montchalin, a rejoint En Marche mais vient de la droite : économiste de formation, elle était proche de l’UMP avant d’être séduite par la campagne d’Emmanuel Macron, et d’être élue députée en 2017. C’est d’ailleurs une des clés de ce choix pour le secrétariat d’État : le Premier ministre, Edouard Philippe, souhaitait une femme pour que la parité soit respectée, mais aussi de droite comme lui, à l’instar de Nathalie Loiseau. Elle a une sensibilité clairement marquée à droite. Amélie de Montchalin, aujourd’hui âgée de 33 ans, a travaillé sur la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2008, puis celle d’Alain Juppé en 2016. À une exception près, elle reprend les membres du cabinet de son prédécesseur5.

Elle réserve sa première déclaration publique à la demande de rallonge temporelle britannique sur le « Brexit » : « Une nouvelle extension suppose que le Royaume-Uni présente un plan qui bénéficie d’un soutien politique clair et crédible ».

Notre nouvelle secrétaire d’État arrive au Quai d’Orsay précédée d’un sulfureuse réputation. Ses collègues de la commission des Finances évoquent de « l’autoritarisme », du « caporalisme ». Ils vont même jusqu’à l’affubler des sobriquets de « Madame-je-sais-tout » ou d’« Homélie de Montchalin ». Tout un programme ! Quid de son auguste prédécesseur ?

UNE NOUVELLE VENUE AU CIRQUE MÉDIATIQUE

Après la harangue des foules dans le 93, plus précisément à Aubervilliers, nous avons droit au discours de la méthode du néant et une piteuse prestation lors du débat télévisé du 4 avril 2019. En prime, nous avons droit au bobard d’Erasmus. Pour mieux saisir la performance de Nathalie Loiseau, un retour en arrière s’impose.

La harangue des foules d’Aubervilliers

Mais, Dieu soit loué, nous n’en avons pas encore fini avec la partante du Quai des brumes, Nathalie Loiseau. Elle (le tandem Loiseau/Canfin6) lance la campagne de LREM en saturant l’espace médiatique. Cela commence à faire un peu beaucoup et cela commence à se voir. C’est aussi la première fois qu’une ministre des Affaires européennes quitte le gouvernement pour se lancer dans la course au Parlement européen. La tête de liste du Régiment en marche et les 29 autres candidats connus de la liste « Renaissance » aux élections européennes donnent le coup d’envoi de la campagne lors d’un premier meeting le 30 mars à Aubervilliers dans le 93 loin des quartiers chics de la capitale.

L’ex-ministre des Affaires européennes harangue les foules venues des quatre coins de l’Hexagone pendant quarante-cinq minutes pour une sorte de discours nord-coréen. À cette occasion, nous sommes tout à fait rassurés d’entendre de la bouche de Nathalie Loiseau qu’elle refuse « l’Europe en marche arrière ». Les rabougris et les racornis n’ont qu’à bien se tenir7. C’est qu’à bien y regarder de près le discours de l’oiseau qui prend son envol européen n’a rien de révolutionnaire. Et c’est le moins que l’on soit autorisé à dire. Manque de chance pour elle, l’estrade s’effondre piteusement.

Le discours de la méthode du néant

Comment résumer l’homélie de Nathalie Ducoulombier ? Pour notre plus grand plaisir, le site mediapart le fait à merveille :

« Cette thématique (celle du passé ou de l’avenir), au centre de la stratégie de la majorité, est reprise à l’envi par Nathalie Loiseau lors de son long discours de 45 minutes. « Certains veulent revenir au nationalisme […], au temps du sang et de la haine […], à l’Europe en marche arrière ». Elle enchaîne sur la quintessence du projet « Renaissance » : « Refuser qu’un jour l’Europe se décline en 50 nuances de brun. » La salle adore la formule. Pour rassurer la frange la plus à droite de son électorat, elle s’appesantit sur la nécessité de mieux contrôler les frontières, seul sujet réellement développé au cours de son propos. « Accueillir sans distinctions tous ceux qui viennent en Europe pour raison économique ? […] Donner les clés de notre territoire aux trafiquants d’hommes ? […] Où, dans le monde, vient-on sans être invité ? Nulle part ! ». Le meeting touche à sa fin. Nathalie Loiseau conclut par une de ses nombreuses phrases fourre-tout : « Il n’y a de progrès qui vaille que si c’est un progrès pour l’homme ». Les applaudissements sont nourris. La tête de liste n’a rien dit des alliances avec d’autres partis européens, et donc de la stratégie pour peser à l’avenir au Parlement. Elle n’a pas évoqué la manière dont son propre camp compte faire évoluer les institutions. Elle n’a pas mentionné la façon de créer une Europe de la défense8, ni la méthode pour enclencher réellement la transition écologique face aux lobbys. Elle a oublié de parler du programme »9.

Comme nous pouvons le constater, avec Nathalie Ducoulombier, le comique n’est jamais très loin tant cette haute fonctionnaire brille par le vide de sa pensée quoiqu’en disent quelques perroquets à carte de presse, répétant les éléments de langage du château. Elle ne connait rien à l’Europe et nous explique jamais ce qu’est, à ses yeux, une « Europe qui protège »10, terme que revient de manière pavlovienne dans ses prestations nombreuses et vides de contenu. Cela fait penser à la leçon apprise par cœur par un(e) qui n’a strictement rien compris à ce qu’il dit de manière mécanique.

La piteuse prestation télévisée du 4 avril 2019

Voici ce qu’écrit le journaliste du Point sur la prestation de la tête de liste LREM au débat télévisé organisé par France 2 le 4 avril 201911 à 21 heures :

« Ils auraient mieux fait de ne pas venir (ou de se préparer avant)

Nathalie Loiseau : c’est l’oratrice de plomb. Elle doit revoir tous les fondamentaux : posture, voix, ton, argumentation, être expressive… Elle ne se tient pas droite et semble molle. On se demande parfois si elle aura la force de terminer le débat. Elle n’exprime rien, son visage ne change jamais d’expression, et elle ne sait pas construire une argumentation à l’oral. Elle ne rend pas hommage à son manifeste féministe, car sa prestation se résume à sa veste rouge : c’est tout ce que l’on retiendra d’elle. Si elle n’avait pas son parti derrière elle, survivrait-elle ? 

On offre le hors-série à :

Nathalie Loiseau : elle n’a aucune excuse. Elle aurait dû assurer, avec la machine du parti qui la soutient. Je lui offre même un cours d’art oratoire, pendant lequel on reprendra toutes les bases ».12

Le bobard d’Erasmus

Que dire de plus sur cette superbe prestation ! Si ce n’est que nous apprenons par le quotidien Ouest-France que Nathalie Loiseau aurait raconté quelques bobards au sujet de l’origine des programmes Erasmus. Citons l’article in extenso :

« Nathalie Loiseau a expliqué que les militants d’une association dont elle faisait partie dans les années 1980, l’AEGEE, ont réussi à faire naître Erasmus. Une affirmation contestable. Un article de notre partenaire Ouest France.

La tête de liste de la liste La République en Marche – MoDem – Agir a laissé entendre lors du meeting de lancement de campagne samedi 30 mars qu’elle avait été à l’origine, avec d’autres étudiants, d’Erasmus, le programme d’échange des étudiants de l’Union européenne. Une affirmation contredite par les faits, même si l’association AEGEE à laquelle elle fait référence a bien joué un rôle.

Ce que Nathalie Loiseau a dit :

« Je suis ici, devant vous, pour vous, avec vous, parce que j’ai l’Europe à cœur, parce que j’ai l’Europe au cœur. Tout a commencé́ avec quelques amis. Nous étions étudiants, nous étions impatients. Nous voulions que les étudiants d’Europe voyagent, se connaissent, étudient ailleurs que là où ils étaient nés. Nous avons commencé à quelques-uns, sans beaucoup de moyens mais avec beaucoup d’enthousiasme. Et puis nous avons tapé́ à̀ toutes les portes, à̀ Paris, à̀ Bruxelles. Notre rêve a pris corps et il s’est appelé́ Erasmus. Nous étions une poignée et aujourd’hui Erasmus, ce sont 9 millions de jeunes qui en ont bénéficié. L’Europe, c’est ce qui nous permet de rêver plus fort. » Nathalie Loiseau fait ici référence au lobbyisme appuyé de l’association étudiante AEGEE sur cette thématique, dont l’ancienne ministre aux Affaires européennes a fait partie (« dans les premières »), comme le rappelait le site de l’organisation au moment de sa nomination au quai d’Orsay en 2017. Selon l’ancien président de l’AEGEE, Franck Biancheri, c’est au cours d’un repas en 1987 avec des étudiants qu’il aurait convaincu François Mitterand de soutenir le programme.

Pourquoi c’est faux ?

Créé en 1987, Erasmus concerne aujourd’hui 34 pays et on estime que 9 millions de personnes ont pu bénéficier de ce programme, notamment mis en valeur dans le film de Cédric Klapisch « L’Auberge espagnole ». En fait, dès 1971, le principe d’une coopération dans le domaine de l’éducation est établi. Dans les années 1970, sont mis en place des « joint study programs », des réseaux transnationaux entre établissements de l’enseignement supérieur. Le 20 juin 1983, le Conseil des ministres de l’Éducation définit les principes d’un partenariat entre universités d’accueil et celle d’origine. Mais le dossier n’avance pas. Lors de la présidence tournante du Conseil par la France le premier semestre 1984, les chefs d’État et de gouvernement, réunis à Fontainebleau, ont décidé d’aller au-delà de l’aspect économique, pour rapprocher, déjà à l’époque, les citoyens de la construction européenne. François Mitterrand demande alors à la Commission un rapport pour créer l’Europe des citoyens. Ce qui bloquait était en fait le financement. L’arrivée de Jacques Delors à la tête de la Commission européenne, rappelle le site Touteleurope.eu, marque en 1985 une nouvelle phase politique sur la question de la coopération dans l’enseignement supérieur. Mais l’argent manque et la France fait partie des États qui ne veulent pas lancer un programme qui pourrait coûter très cher. La décision de François Mitterand en 1987 de soutenir le programme change la donne et le programme est adopté en même temps que les célébrations du trentième anniversaire du traité de Rome. Dire donc que l’AEGEE a été à l’origine d’Erasmus est faux, c’est un programme dont l’idée était discutée depuis longtemps, notamment à la Commission européenne. Cette institution présente plutôt Domenico Lenarduzzi, comme inspirateur du programme Erasmus. Ce dernier était en charge de la politique de l’éducation au sein d’une direction générale de l’exécutif européen. Il a rédigé une partie du rapport contenant les propositions demandées lors du sommet de Fontainebleau.

Pourquoi elle le dit ?

Parce que les étudiants qui ont assisté au déjeuner avec le président de la République en mars 1987 ont sincèrement eu l’impression qu’il s’était passé quelque chose. Franck Biancheri explique dans une vidéo à propos de ce déjeuner qu’à partir du moment où François Mitterand a été interpellé par les étudiants sur le risque que le programme ne voit pas le jour, le président de la République aurait changé totalement d’approche. Ouest-France écrivait dans son édition du 19 mars 1987 : « le président de la République a reçu à déjeuner une vingtaine d’étudiants européens qui ont plaidé auprès de lui pour un déblocage rapide des programmes d’échanges universitaires entre les pays de la Communauté. Le porte-parole des étudiants a regretté le blocage « pour des raisons financières des programmes d’échanges comme Erasmus par trois pays, la France, la RFA et la Grande-Bretagne ». Il a estimé que 20 à 30 % des étudiants d’Europe souhaiteraient consacrer une année de formation à un séjour d’études à l’étranger. Le président Mitterrand, a-t-il déclaré, a dit « qu’il fallait que les États européens comprennent qu’il convient d’investir dans l’avenir et donc concrètement à travers ce type de programme ». On était alors en pleine cohabitation entre le président et Jacques Chirac. À un peu plus d’un an de la présidentielle de 1988, François Mitterrand a profité de ce déjeuner, des trente ans du traité de Rome le 25 mars quelques jours plus tard et du salon de l’étudiant du 27 au 29 mars pour dessiner une séquence où il se démarquait clairement de son Premier ministre. Les universités sont à l’époque encore marquées par le décès de Malik Oussekine, étudiant tué par la police lors d’une manifestation contre la loi Devaquet en décembre 1986. Lors du salon de l’étudiant à Villepinte, François Mitterrand disait ainsi à propos du programme Erasmus qu’il « faut constamment insister pour faire comprendre que ce projet Erasmus doit sortir et que l’on cesse de mégoter sur les millions qui lui sont nécessaires ». 30 ans après, les eurodéputés viennent de demander jeudi 28 mars le triplement des fonds du programme Erasmus, qui s’élevaient à 15 milliards d’euros pour 2014-2020. Contactée par Ouest-France, l’équipe de Nathalie Loiseau explique que, d’après ses souvenirs, Franck Biancheri avait également eu « un rendez-vous seul avec François Mitterrand à ce sujet en 1985 ». De plus, le bureau des étudiants de Sciences Po, dont plusieurs membres vont créer par la suite l’AEGEE, aurait eu des réunions sur les échanges universitaires dès la fin 1984 avec la Commission européenne, car l’école de la rue Saint-Guillaume en réalisait depuis 1981 »13. Plus c’est gros, plus ça passe !

Bref retour en arrière

Comme notre site l’a régulièrement martelé au cours des dernières semaines, Nathalie Loiseau a un immense mérite : elle est constante. Son discours n’est que stigmatisation des « populistes » (qui sont-ils ?), reprise ad nauseam de formules creuses ciselées par quelques communicants pseudo-stratèges, d’incantations sans lendemain en faveur de réformes de l’Europe dont nos partenaires ne veulent pas entendre parler… mais surtout ce discours traduit le programme du vide et du néant de « Renaissance » (on peut lire sur sa profession de foi distribuée sur les marchés de la capitale : « Faire de l’Europe une puissance verte, faire de l’Europe une puissance industrielle, Protéger nos travailleurs et nos entreprises, Protéger nos frontières extérieures »). À deux mois du scrutin, nous ne savons toujours pas quelles sont les grandes lignes de son programme introuvable. Cela s’appelle prendre les Français pour des gogos. Tout cela se terminera mal, comme le déclare (pour une fois avec beaucoup de bon sens) Nicolas Sarkozy ! Heureusement, notre très littéraire ministre de l’Économie, Bruno Le Maire nous assène les belles formules creuses dont il a le secret : « L’Europe doit décider plus vite et plus fort. Il est temps que l’Europe s’affirme comme une puissance souveraine »14.

Mais, le bon peuple de France est rassuré en apprenant que le chef de l’État mise sur la sortie – par le haut, il va sans dire – du grand débat pour mobiliser l’électorat aux prochaines élections au Parlement européen15. Il est encore plus rassuré en apprenant sous la plume d’Alain Frachon du Monde que l’on tairait aux citoyens, sous la pression insupportable des « populistes », tous les immenses et récents succès de l’Union européenne (Cf. la taxe sur les GAFA et le procès gagné par l’UE contre les États-Unis sur les subventions déguisées à Boeing devant l’OMC)16. Et nos compatriotes ingrats ne comprendraient rien à ces immenses bienfaits qui contribueraient à leur bonheur quotidien…

Nos compatriotes sont encore plus rassurés en découvrant sur France Info TV, tous ses amis lui cirer les pompes de façon éhontée : l’ancien conseiller culturel du président sénégalais, Abou Diouf ; la romancière épouse de notre ex-ambassadeur à Dakar, Catherine Clément ; les ambassadeurs de France dignitaires, Jean-Marc de la Sablière et Pierre Vimont, la première femme rabbin en France, Pauline Bebbe ; une ex-directrice de la formation à l’ENA. Seul Jean-Christophe Rufin, sur France Inter le 25 mars 2019, remet les choses à leur juste place ainsi :

« C’est le dernier clou dans le cercueil de la campagne. Elle est très estimable, cette dame, mais c’est vraiment tout ce qu’on reproche à l’Europe. C’est la technocratie à l’état pur. Ça a même été la mère supérieure des technocrates français, elle était directrice de l’ENA. Pour l’académicien, la candidate de La République en marche est fatalement déconnectée de la réalité, après avoir ‘passé toute sa vie dans les ambassades". "Il faut être capable, quand même, d’acheter une baguette au coin de la rue, ce qui n’est pas vraiment le cas des diplomates, conclut-il. Ça veut dire que la campagne, ce sera Macron. C’est peut-être ça qu’on lui demande’ ».

 
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Formons le vœu que notre nouvelle élue de Jupiter, aux affaires de moins en moins européennes, adopte une posture plus distante par rapport à l’évènement que Nathalie Loiseau. Cela pour le plus grand bien de la diplomatie française et de la défense des intérêts de notre pays à Bruxelles. Rappelons que cette campagne se déroule en France sur fond de jacquerie des « gilets jaunes » dont on ne devine pas encore le bout du tunnel en dépit de la prolongation du grand débat. Pour ce qui est de l’Europe qui a de moins en moins la confiance des citoyens17, la situation n’est guère plus brillante. Le feuilleton du « Brexit » n’en finit pas18. En dépit des appels pressants du Pape en faveur d’une politique plus libérale d’accueil lancée au Maroc19, le thème de l’émigration préoccupe une partie des Européens20. Il est en embuscade pour le scrutin du 26 mai 201921. Quelle est la réponse concrète qu’entend y apporter la LREM au plan national et européen ? L’inertie de l’UE en matière climatique pose problème.22 Si en Slovaquie, une militante anticorruption (la première femme) est élue à la présidence de la République23, en Ukraine, c’est un humoriste – une sorte de Coluche -, qui distance l’actuel président, Petro Porochenko24, oligarque corrompu invité aux sommets de l’UE et de l’OTAN25. De l’autre côté de la Méditerranée, en Algérie, la situation est plus que complexe. Que veut faire ou ne pas faire l’Europe de Nathalie à Amélie ?

Ali Baba
8 avril 2019

1 François-Xavier Bourmaud, Le président remplace trois de ses ministres, Le Figaro, 1er avril 2019, p. 4.
2 Décret du 31 mars 2019 relatif à la composition du gouvernement, JORF n° 0078 du 2 avril 2019, texte n° 1.
3 Pierre Lepelletier, Qui sont Sibeth Ndiaye, Amélie de Montchalin et Cédric O, nouveaux entrants au gouvernement ?, Le Figaro, 1er avril 2019.
4 Manon Rescan, Amélie de Montchalin, Le Monde, 2 avril 2019, p. 6.
5 Arrêté du 1er avril 2019 portant nomination au cabinet de la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé des affaires européennes, JORF n° 0081 du 5 avril 2019, texte n° 55.
6 Arthur Berdah/François-Xavier Bourmaud, Loiseau-Canfin, un tandem plus qu’un duo, Le Figaro, 4 avril 2019, p. 3.
7 Arthur Nazaret, En meeting, Loiseau n’a pas « l’Europe honteuse », Le Journal du Dimanche, 31 mars 2019, p. 13.
8 Vincent Desportes, Pour une Europe de la défense, Marianne, 5-11 avril 2019, pp. 16-17.
9 Manuel Jardinaud, En meeting, la liste de la majorité pour les européennes se berce de slogans, www.mediapart.fr , 31 mars 2019.
10 Jean-Michel Quatreproint, Au fait ce serait quoi, une Europe qui protège, Marianne, 5-11 avril 2019, pp. 8-14.
11 Lucie Delaporte/Manuel Jardinaud/Ludovic Lamant, Européennes : un tour de chauffe confus, www.mediapart.fr , 5 avril 2019.
12 Louise Cuneo (propos recueillis par), Éloquence : les gagnants et les perdants du débat européen, www.lepoint.fr , 5 avril 2019.
13 https://www.euractiv.fr/section/education/news/nathalie-loiseau-a-t-elle-ete-a-lorigine-du-programme-erasmus%e2%80%89/
14 Bruno Le Maire (propos recueillis par Bertille Bayart/Anne de Guigné/Marie Visot, « L’Europe doit décider plus vite et plus fort. Il est temps que l’Europe s’affirme comme une puissance souveraine », Le Figaro économie, 28 mars 2019, pp. 21-22-23.
15 Arthur Berdah/François-Xavier Bourmaud, Macron mise sur la sortie du grand débat pour mobiliser aux européennes, Le Figaro, 4 avril 2019, pp. 6-7.
16 Alain Frachon, Europhobie, « y en a marre », Le Monde, 5 avril 2019, p. 29.
17 Tristan Quinault Maupoil, L’Europe, un espoir pour seulement 21% des Français, Le Figaro, 5 avril 2019, p. 2.
18 Ludovic Lamant, Brexit : le chaos permanent de l’après-23 juin 2016, www.mediapart.fr , 4 avril 2019.
19 Cécile Chambraud, Au Maroc, le pape François plaide la cause des migrants, Le Monde, 2 avril 2019, p. 4.
20 Philippe Ricard, L’émigration préoccupe une partie des Européens, Le Monde, 2 avril 2019, p. 4.
21 Éditorial, Européennes : l’immigration en embuscade, Le Monde, 2 avril 2019, p. 34.
22 Audrey Garric, Réchauffement climatique : l’inertie coupable de l’Union européenne, Le Monde, 2 avril 2019, p. 33.
23 Blaise Gauquelin, Une militante anticorruption à la présidence slovaque, Le Monde, 2 avril 2019, p .3.
24 Amélie Poinssot, Avec un comique apolitique en tête du premier tour, le dégagisme atteint l’Ukraine, www.mediapart.fr , 1er avril 2019.
25 Éditorial, Ukraine : démocratie imparfaite mais précieuse, Le Monde, 30 mars 2019, p. 33.

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