Observatoire Géostratégique

numéro 187 / 16 juillet 2018

MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE : LES FACÉTIES DE MANU ET DE BIJOU…

« L’exemplarité n’est pas une façon d’influencer les autres, c’est la seule » nous rappelle Albert Schweizer. Pour redonner à la France la place qui lui revient dans le concert des nations, notre fringuant président de la République veut, et qui pourrait l’en blâmer, lui imposer une salutaire cure d’austérité. Il estime que la France doit se mettre en conformité avec ses engagements budgétaires européens qu’elle a négligemment omis de respecter depuis des années. C’est du reste une demande reconventionnelle récurrente de la chancelière allemande et des pays européens du nord. Bonne nouvelle mais dans le même temps, Jupiter (et son épouse) dépense sans compter l’argent public sans la moindre retenue.

LE TOUR DE VIS POUR LES PAUVRES

C’est pourquoi pour parvenir à l’objectif recherché, il faut contraindre de manière drastique tous les budgets pour remettre en ordre la Maison France sur le plan intérieur et la rendre plus compétitive sur le plan extérieur. Mais, pour parvenir à cette fin, il faut faire preuve de solidarité et d’équité. Cela correspond à l’esprit et à la lettre de la devise de la République : Liberté, égalité, fraternité. Aider les plus faibles tout en sollicitant raisonnablement les plus forts. Ce que l’on nous présente comme un « virage social » ! Mais, ce n’est, semble-t-il, pas la voie suivie par l’ex-inspecteur général des Finances, ancien de la Banque Rothschild, ex-ministre de l’Économie, ce Jupiter qui a une calculette à la place du cœur. « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les pauvres restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres restent pauvres ! On doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir. Par l’éducation… ». Ainsi s’exprime, dans une vidéo diffusée par ses « spin doctors » le président de la République, Emmanuel Macron, le « cost killer » en chef de la République en marche sur la tête. Manifestement, le président des très riches hait le petit peuple. Comme le souligne Martine Aubry, il a un vrai problème avec les pauvres. Il supprime une partie de l’APL. Il remercie les retraités en les frappant d’un taux de CSG plus important1… On pourrait multiplier à l’envi les mesures vexatoires de ce type2. C’est ce que l’on qualifie de politique sociale d’avant-garde chez les crânes d’œuf de Bercy qui ne comprennent rien à l’humanité3. Quant à Jupiter conscient du buzz suscité par ses propos déplacés, il précise sa pensée le 13 juin 2018 devant le congrès de la Mutualité française à Montpellier, tentant de rectifier le tir : « je préférerai toujours la justice sociale effective aux incantations, et l’efficacité au fétichisme »4. Il est toujours bon de s’en tenir aux classiques du conseil national de résistance (CNR) pour faire passer la pilule, un bon mot mal compris qui a mal interprétée la parole divine.

LA BELLE VIE POUR LES PRIVILÉGIÉS

Mais, on pourrait comprendre sa sortie si le couple présidentiel glamour qui fait la une des journaux people s’appliquait à lui-même ce régime drastique, cette cure d’amaigrissement imposée par les circonstances. Vous rigolez. Charité bien ordonnée commence par soi-même, a-t-on coutume de dire ! Que nous apprend notre fidèle volatil dans sa dernière livraison. Au château, on dépenserait sans compter pour donner une image moderne de la République jugée trop vieillotte par la première dame née Trogneux comme les macarons éponymes d’Amiens5. C’est que la donzelle, sorte d’éminence grise de Jupiter, a des goûts de luxe (Cf. ses tenues ridicules pour mettre en évidence sa plastique de déesse décharnée montée sur échasses)6. Hormis l’organisation régulière de dîners très tendance en sa modeste demeure du 55 faubourg Saint-Honoré pour boboland (les amis de Stephane Bern) et autres faiseurs d’opinion (les amis de la Rotonde), notre Cougar chérie des médias people a jeté son dévolu sur la vaisselle de la présidence de la République7. Il est vrai qu’il y avait péril en la demeure. Pour faire simple, la commande d’un nouveau service de table auprès de la prestigieuse manufacture de Sèvres donne lieu à une savante manœuvre de l’Élysée pour camoufler le prix réel de cette emplette. La présidence de la République aurait commandé 1200 pièces (900 assiettes de présentation et 300 assiettes à pain) « correspondant à l’idée du changement portée par le président », nous dit-on ! Si l’on additionne le prix de la divine vaisselle aux différentes subventions octroyées à la manufacture rebaptisée « Cité de la céramique Sèvres Limoges » tournerait désormais autour de 4,5 millions d’euros en 2018. À mettre en rapport avec le chiffre ridicule de 50 000 euros annoncés pour le prix de la vaisselle jupitérienne prise en charge par le ministère de la Culture. En réalité, cette somme de 50 000 euros est simplement destinée à rétribuer les « 30 artistes et designer » ayant participé au concours en décembre 2017, concours dont le lauréat a été désigné par Brigitte Macron en personne (elle est omniprésente et omnipotente). Le gagnant, Evariste Richer a prévu d’appeler son service « Bleu Élysée », la couleur préférée de la première Dame mais aussi celle de la Royauté en référence au « bleu de Sèvres » utilisé jadis pour la porcelaine fournie à la famille royale.

Décidemment, la République jupitérienne a tout d’une République monarchique, d’une République bananière. La douloureuse devrait s’élever à un demi-million d’euros, de 400 euros pour les assiettes les plus simples à 500 euros pour les modèles contemporains. Tout ceci n’est pas facturé au budget de la présidence de la République mais à celui de l’État. Et voila comment on contourne les nouvelles règles de transparence mises en place sous les deux quinquennats précédents, règles imposant au château de ne plus faire prendre en charge ses dépenses par d’autres institutions. Comme dirait Coluche : « ne rigolez pas, c’est avec votre pognon ! ». Mais, enfin, nous sommes pleinement rassurés par les propos d’Evariste Richer qui indique que son modèle constitue une « exploration savoureuse des délices de notre savoir-vivre et une grille de lecture de l’histoire de la République et du grand raffinement de la culture française ». Une sorte de remake des délices du Palais. Si c’est pour le raffinement de la culture française si chère au couple présidentiel, que ne ferait-on pas ? Cessons d’ergoter sur quelques euros, on ne va pas utiliser des assiettes en carton au château pour recevoir des hôtes de marque. Soyons sérieux un court instant. Dans quel pays vit-on ? Au moment où Jupiter met le pays à la diète, sans oublier de frapper de manière injuste les plus défavorisés, comment le couple glamour peut-il se livrer à de telles magouilles. Deux réactions de l’opposition de gauche résument à elles seules l’indécence du procédé. « Emmanuel Macron a commandé pour un ‘pognon de dingue’ une nouvelle vaisselle à l’Elysée ! Pour ceux qui sont ‘tombés pauvres’, s’ils n’ont pas de pain, qu’on leur donne de la brioche ! », a réagi jeudi le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure sur Twitter. « Mauvaise communication présidentielle », a pour sa part estimé Alexis Corbière, député de La France insoumise. « Quand on dénonce honteusement le prétendu ‘pognon de dingue’ que coûtent les aides sociales, cette histoire de vaisselle va lui coûter cher. Paraphrasant François Hollande, Macron doit se dire ‘Mon ennemi, c’est la faïence’ ».

Mais, une bonne nouvelle n’arrive jamais seule. Qu’apprend-on dans la foulée ? C’est un voyage qui fait jaser. Pour faire les 100 kilomètres entre La Roche-sur-Yon, en Vendée, et Rochefort, en Charente-Maritime, le président Macron a utilisé le Falcon présidentiel. Le trajet, d’une durée de 35 minutes, fait polémique, deux jours après que le chef de l’État a prononcé un discours très commenté et critiqué sur les aides sociales et la pauvreté. Bravo, pour la protection de l’environnement et le bon usage de l’argent public. Cela est réservé en priorité aux pauvres et aux sans dents…

 
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On ne peut être plus clair. Dire n’importe quoi, n’est-ce pas le propre de la politique et de la communication ? Une fois encore, le bon – mauvais dans le cas d’espèce – exemple vient d’en haut et du plus haut sommet de l’État, y compris sur la sensible question du contrôle du financement des campagnes électorales8. Telle est la morale de cette facétie de très mauvais goût de Manu et de Bijou. Elle vient alimenter le grand livre inépuisable de la moralisation de la vie publique au temps de Jupiter ! La suite au prochain numéro.

Ali Baba
18 juin 2018

1 Pierre Erbs, La situation des retraités est insupportable, Le Monde, Économie & Entreprise, 14 juin 2018, p. 7.
2 Manuel Jardinaud, Emmanuel Macron enfume sur sa transformation radicale du modèle social, www.mediapart.fr , 13 juin 2018.
3 Marisol Touraine, « Les dépenses sociales sont efficaces », Le Monde, 15 juin 2018, p. 19.
4 Éditorial, Du bon usage du « pognon social », Le Monde, 16 juin 2018, p. 22.
5 Brigitte Macron, un roman Français, France 3, 13 mai 2018, 20h55.
6 C.N., Avec Brigitte, c’est le panard, Le Canard enchaîné, 13 juin 2018, p. 1.
7 La facture bidon de la vaisselle de l’Élysée, Le Canard enchaîné, 13 juin 2018, p. 2.
8 Yann Bouchez/Emeline Cazi/ Laura Motet, Financement de campagne : le contrôle mis en cause, Le Monde, 15 juin 2018, p. 8.

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