Observatoire Géostratégique

numéro 187 / 16 juillet 2018

ONE PLANET SUMMIT  OU LA DIPLOMATIE DU MIRAGE…

« On nous cache tout, on nous dit rien ». Tel était le refrain d’une chanson de Jacques Dutronc datant de 1967. Décidément, rien n’a changé depuis la fin des années 1970 alors que nous vivons dans une société de la transparence et de l’infobésité. Candidement, nous avions cru que la planète s’orientait désormais vers un réchauffement de 2°C après le succès historique de Laurent Fabius (Laurent Gaffius) à la COP21 le 12 décembre 2015. Or, que vient-on nous dire aujourd’hui ?

Que la tendance serait plutôt de l’ordre de 3,5°C. Naïvement, nous avions cru en la promesse d’un engagement financier d’un montant de 100 milliards d’euros des pays du Nord en faveur des pays du Sud pour les aider à opérer leur transition énergétique. Or, que vient-on nous dire aujourd’hui ? Que nous sommes loin du compte avec des engagements effectifs de 25 milliards d’euros. Mais, c’est la faute à l’Oncle Donald. Innocemment, nous avions cru que les grands pays pollueurs de la planète avaient été a quia lors de la COP21. Or, que vient-on nous dire aujourd’hui ? Qu’il existe un fossé abyssal entre les paroles et les actes. Que croyez-vous qu’il arrivât ?

Comme dans la chanson d’Henri Salvador, Zorro alias Macron Jupiter (maître de la foudre et des éclairs) est arrivé avec son grand sommet, ses belles déclarations (le climat est « l’un des combats majeurs de notre temps »), ses entretiens avec le Monde ou avec CBS (l’acteur est parfait). Il entend verdir la finance internationale en réunissant à la Seine Musicale sur l’île Seguin à Boulogne-Billancourt 50 chefs d’État et de gouvernement pour le « One Planet Summit » (en français dans le texte), le secrétaire général de l’ONU, le gotha de la lutte contre le réchauffement climatique ainsi que Laurent Fabius (président du Conseil constitutionnel en même temps qu’il occupe les fonctions de « haut référent pour la gouvernance environnementale de l’ONU ») pour verdir la finance mondiale.

En raison de la défaillance des États (pas simplement les États-Unis), Emmanuel Macron sollicite la Banque mondiale (co-organisatrice), tous les financeurs et bailleurs internationaux sans parler du show biz (particulièrement bien représenté) pour créer un « choc », une sorte d’électrochoc salutaire pour la planète… et pour son image de sauveur de la planète (« Servir le climat et s’en servir » comme le note Le Canard enchaîné). La photo de famille est particulièrement réussie. Le contexte est favorable (Los Angeles brûle) Le « casting » est impressionnant. Les déclarations d’intention sont généreuses… Une réunion de suivi (« réunion de chantier ») aura lieu dans un an.

Mais, comme il fallait s’y attendre, les propositions concrètes de financement sont peu nombreuses. Ravalées au rôle de spectateur, les ONG sont amères en doutant de l’efficacité concrète d’un tel barnum, faute d’un engagement concret et urgent des États. Pour des raisons de sécurité et de protection de l’environnement, les participants sont conduits de Paris intra-muros à l’île Seguin à bord d’un bateau mouche au nom évocateur : « Mirage ».

 
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On aurait voulu faire exprès qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Grâce à Dieu et à Jupiter, ce « One Planet Summit » – succès médiatique à mettre au crédit de notre « Green President », chevalier blanc de la lutte contre le réchauffement – pourrait agréablement enrichir le sottisier – bien pourvu au cours des dernières années – de la diplomatie du mirage.

Ali Baba
18 décembre 2017

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