Observatoire Géostratégique

numéro 231 / 20 mai 2019

ORIENT-ATIONS 214


HONTE SUR LA CPI ! Guillaume Berlat. L’exception qui confirme la règle. Pour une fois depuis plus de sept ans, la Cour pénale internationale (CPI) sise à La Haye a pris une mesure hardie qui n’est pourtant pas de nature à la racheter de ses multiples fautes (diraient les Laïcs), de ses multiples pêchés (diraient les croyants). Qu’a-t-elle fait de si extraordinaire, si extravagant pour que l’on puisse s’en étonner, s’en émouvoir ? Elle vient d’acquitter l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo de crimes contre l’humanité au terme d’une procédure des plus baroques1. Rappelons, pour l’information des lecteurs fidèles de www.prochetmoyen-orient.ch, que nous n’avons eu de cesse depuis mars 20162 jusqu’au dernier jour de l’année 20183 – avec une régularité de métronome – de dénoncer la farce de cette procédure pénale internationale exceptionnelle lancée contre l’ex-président ivoirien. Nous n’en tirons aucune gloire particulière tant les faits parlaient d’eux-mêmes pour celui qui prenaient la peine de les examiner avec objectivité. Pour logique qu’elle soit, cette décision paraît bien tardive tant les évidences étaient criantes. Elle dépasse une simple décision judiciaire tant elle est porteuse de graves conséquences.

UNE DÉCISION LOGIQUE QUOIQUE BIEN TARDIVE

S’agissant de l’information brute, l’on peut dire qu’il s’agit d’une décision juridique rationnelle, politiquement bienvenue.

Une décision juridique rationnelle

Laurent Gbagbo a été acquitté mardi 15 janvier 2019 de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI), qui a ordonné la libération immédiate de l’ancien président de la Côte d’Ivoire (2000-2011)4. Il est libéré mercredi 16 janvier 2019, afin de laisser le temps à l’accusation de répondre à la décision historique rendue par la CPI. « La Chambre fait droit aux demandes d’acquittement présentées par Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé [ex-chef du mouvement des Jeunes patriotes, fidèles à M. Gbagbo] concernant l’ensemble des charges » retenues contre eux et « ordonne la mise en liberté immédiate des deux accusés », a déclaré le juge président, Cuno Tarfusser. Les deux hommes étaient jugés depuis 2016 à La Haye pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, notamment meurtres, viols et persécution, au cours des violences postélectorales en Côte d’Ivoire entre décembre 2010 et avril 2011, lorsque Laurent Gbagbo avait refusé d’accepter sa défaite face à son rival Alassane Ouattara. Les violences avaient fait plus de 3 000 morts en cinq mois. Souvenons-nous que la France de Nicolas Sarkozy avait mis de l’huile sur le feu au lieu de jouer le médiateur impartial et indépendant ! Son ambassadeur sur place n’en fait pas mystère dans ses mémoires. Il en a été dûment récompensé par une élévation à la dignité d’ambassadeur de France. Depuis, il a mis son carnet d’adresses à la disposition de la société de conseil qu’il a créée après son départ à la retraite bien méritée !

Une décision politique bienvenue

À l’annonce du verdict, plusieurs centaines de personnes ont salué cette décision à Gagnoa, la ville natale de M. Gbagbo. Dans la plupart des cafés et hôtels, des employés et des clients regardaient la télévision pour suivre l’annonce de la décision de la CPI. Dans les rues, les chauffeurs ont longuement joué de leurs klaxons pour exprimer leur joie. « C’est la joie, c’est une décision que j’attendais depuis le début », a de son côté déclaré à la presse Simone Gbagbo à son domicile. « Ma conviction était faite, le président Laurent Gbagbo n’est pas coupable de tout ce dont on l’accusait, aujourd’hui la vérité est proclamée par les juges eux-mêmes », a-t-elle affirmé, ajoutant que l’ex-président « n’aurait jamais dû être arrêté ni déporté à la CPI ». Après le temps de la vérité, vient le temps de la réconciliation, meilleur antidote contre de nouveaux troubles dans un pays fracturé et où les facteurs ethniques sont particulièrement spécifiques.

Faut-il rappeler, pour tous ceux qui l’avaient oublié, que Laurent Gbagbo était en détention depuis plus de sept ans dans les très accueillantes geôles de la capitale néerlandaise au mépris de deux grands principes du droit de la défense : la présomption d’innocence et le droit à être jugé dans un délai raisonnable. Ni plus, ni moins !

UNE DÉCISION GRAVE DE CONSÉQUENCES

Cet acquittement accompagné d’une libération de Laurent Gbagbo est lourd de conséquences pour la Cour, pour la Côte d’Ivoire et pour la France. Les dysfonctionnements intolérables et répétés de la plus haute justice pénale internationale.

Un superbe camouflet pour la CPI

La décision des juges est un nouveau camouflet pour la CPI, une justice internationale fragilisée5. Les précédentes tentatives de la Cour de jugement des personnalités politiques de haut rang – la plupart en Afrique – ont toutes rencontré des obstacles. L’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba avait été acquitté à la surprise générale en appel en juin 2018. Il avait dans un premier temps été condamné à dix-huit ans de prison pour des crimes commis par sa milice en République centrafricaine entre 2002 et 2003. Cet acquittement est la fin, logique, d’une invraisemblable procédure judiciaire, commencée en 2011 et viciée depuis ses débuts. Comme l’a démontré Mediapart en octobre 2017, le dossier contre l’ancien président ivoirien a été monté sur des bases fausses dans le cadre d’une opération politique, conçue et mise en œuvre par Luis Moreno Ocampo, prédécesseur de Fatou Bensouda, les autorités françaises et Alassane Ouattara, actuel président de la Côte d’Ivoire.

Un dossier d’accusation vide qui s’est lentement effondré6. Pour la CPI, dont les résultats ont été jusqu’ici très maigres, et qui est régulièrement accusée d’être instrumentalisée par les États qui la financent, l’issue donnée à cette affaire Gbagbo/Blé Goudé constitue évidemment un nouvel échec sévère. Et ce d’autant plus qu’elle constituait son dossier le plus important depuis sa création, en 2002 : c’était la première fois qu’elle jugeait un ancien chef d’État. En juin 2018, Fatou Bensouda avait déjà eu la mauvaise surprise de voir l’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba acquitté en appel, alors qu’il avait été condamné en première instance à 18 ans de prison pour des présumés crimes commis par ses combattants en République centrafricaine entre 2002 et 2003. Si cette décision constitue un tournant, une véritable claque pour la CPI et la morgue de ses équipes rarement habitées par le doute légitime, elle l’est aussi pour la Côte d’ivoire.

Un superbe camouflet pour la Côte d’ivoire d’Alassane Ouattara

Faut-il rappeler que les analystes éclairés de la vie politique ivoirienne, s’ils n’excusent pas les délits commis par les émules de l’ex-président, Laurent Gbagbo, ne sont pas pour autant très tendres avec l’actuel président Alassane Ouatara. Sans faire de mauvais jeu de mots, on ne peut pas dire qu’il ait les mains blanches tant ses supporters ont eu la main lourde durant la guerre civile. Les bobards réitérés du grand ami de l’Occident connaissent aujourd’hui leurs limites avec cette décision de la Cour pénale internationale. Va-t-il en tirer les conclusions politiques qui s’imposent ou va-t-il s’en tenir à une posture de crispation qui pourrait déboucher sur de graves troubles dans le pays ? Rien n’est moins sûr à ce jour du moins tant la situation est volatile en Côte d’ivoire !7 Cette libération rebat les cartes pour la prochaine élection présidentielle, complique la tâche de l’actuel président de la République ivoirienne.

Faut-il rappeler que les nombreux détracteurs africains de la plus haute juridiction pénale internationale se voient conforter dans leur critique à l’endroit d’une structure qui porte surtout son regard sur leur continent et ne donne pas le meilleur exemple d’une juridiction respectueuse des droits élémentaires de la défense. En 2017, les 54 chefs d’État de l’Union africaine avaient décidé un « retrait collectif » de la CPI – sans le concrétiser cependant par la suite –, lui reprochant de ne cibler que des ressortissants africains. À l’époque, les 23 affaires qu’elle avait ouvertes depuis 2002 ne concernaient en effet que des Africains. Cela n’a pas changé depuis : dix des onze enquêtes qui sont en cours visent des citoyens du continent.

Un superbe camouflet pour la France et la Françafrique

Les magouilles inqualifiables, intolérables de la France lors de cette procédure stalinienne, en particulier de certains diplomates du Quai d’Orsay, ont été mises à jour tout au long de ces dernières années. Les coupables vont-ils être sanctionnés administrativement et pénalement ? Les noms de tous ces traîtres du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, émules de la Françafrique, sont bien connus, certains ayant été donnés au cours des enquêtes conduites par un consortium européen de médias que nous avions évoqué en son temps. Certains jouissent d’une paisible retraite, d’autres sont encore en activité, ont été promus, ont obtenu des ambassades, des rubans bleus et rouges… Vont-ils devoir rendre des comptes, éventuellement devant une commission parlementaire ? Pour moins que cela, Alexandre Benalla s’est retrouvé face à une meute de sénateurs avides de reconnaissance à s’expliquer sur des pacotilles et mis, à plusieurs reprises en examen après quelques sympathiques gardes à vue. Il n’y a pas eu morts d’hommes contrairement à ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. La France de Jupiter veut-elle nettoyer les écuries d’Augias de Nicolas Sarkozy mais aussi de François Hollande. Le grand débat national lancé en cette mi-janvier pourrait être l’occasion de faire le grand ménage chez les diplomates indignes et leur chefs bien aimés. Ce serait œuvre salutaire pour le reste du quinquennat et pour l’honneur de la France – si tant est qu’elle en est encore un minimum – à l’extérieur de ses frontières.

Mieux vaut tard que jamais a-t-on coutume de dire ! Par ce sursaut tardif, mais néanmoins salutaire (même si le parquet a fait appel de la décision le 16 janvier 2019, ce qui est invraisemblable et relève d’un acharnement inadmissible, maintenant en détention Laurent Gbagbo au moins jusqu’au 1er février 2019 !8), la Cour pénale internationale s’évite de baigner encore plus dans le ridicule le plus achevé. Grâce à ce cocktail explosif (CPI, Alassane Ouattara et Françafrique), on maintient un innocent – au sens juridique du terme – en prison pendant plus de sept ans. Bravo pour les thuriféraires de la Justice pénale internationale ! Du côté des États (États-Unis en tête de liste) qui ne sont pas partie au statut de la CPI, on doit rire sous cape et se féliciter d’un tel raté. Il est grand temps de remettre sur le métier une réforme de grande ampleur de la Cour, de ses méthodes de travail, de sa déontologie en commençant par un grand coup de balai visant tous ceux, qui de près ou de loin, ont trempé dans cette farce batave. Mais aussi une juste réparation matérielle et morale pour les acteurs involontaires de ce drame humain (Laurent Gbagbo en tête de liste) afin que soit atténuée, même légèrement la honte qui plane durablement sur la CPI !

1 Fanny Pigeaud, Laurent Gbagbo acquitté par la CPI, www.prochetmoyen-orient.ch , 15 janvier 2019
2 Guillaume Berlat, Cour pénale internationale ; entre puissance et impuissance, www.prochetmoyen-orient.ch , 28 mars 2016
3 Guillaume Berlat, L’honneur perdu de la CPI, www.prochetmoyen-orient.ch , 31 décembre 2018.
4 Tanguy Berthemet, L’acquittement de Gbagbo, nouveau revers pour la CPI, Le Figaro, 16 janvier 2019, p. 10.
5 Éditorial, Une justice internationale fragilisée, Le Monde, 18 janvier 2019, p.
6 Stéphanie Maupas, Comment le dossier de l’accusation s’est effondré, Le Monde, 17 janvier 2019, p. 2.
7 Cyril Bensimon, Gbagbo acquitté, incertitude en Côte d’ivoire, Le Monde, 17 janvier 2019, pp. 1 et 2.
8 Agence Reuters, Gbagbo maintenu en détention au moins jusqu’au 1er février, www.mediapart.fr , 18 janvier 2019.
 
 
NOUS N’IRONS PAS À DAVOS ! Guillaume Berlat. « En médecine, la mode change aussi souvent qu’en haute couture. Le médicament miracle d’aujourd’hui sera le poison mortel de demain » nous rappelle Groucho Marx ! Ce qui vaut pour la mode, vaut également pour l’économie que l’on qualifiait au siècle dernier de science économique. Nous en avons aujourd’hui un exemple éclairant avec le Forum économique de Davos et quelques absences remarquées dans ce grand barnum du nouveau monde.

LA MODE ÉLITISTE DU PASSAGE PAR DAVOS DANS LES FRIMAS

Hier encore, c’était du plus grand chic d’aller traîner ses guêtres au Forum économique de Davos pour y rencontrer tout ce qui compte dans l’aristocratie de la Finance, de la mondialisation à tout crin, du libéralisme le plus débridé, de la langue unique (le globish), de la grande délinquance parfois ! Ne pas y être était considéré sous le plus mauvais jour, comme un sacrilège, un crime de lèse-libéralisme ! Seuls les ploucs et les gueux n’avaient toujours pas compris l’utilité de ce happening qui constitue une sorte de machin en miniature par la taille mais un géant en termes d’efficacité. Emmanuel Macron y brillait de tous ses feux de jeune premier à la tête de premier de la classe, d’énarque sorti dans les grands corps, d’époux d’une Cougar qui coûte un pognon de dingue à la République (ses envies de changer de vaisselle, de moquette, de rideaux, de décoration, d’installer une piscine pour sa marmaille à Brégançon et autres farfeluteries du même acabit) mais surtout de réformateur d’une France incapable de se réformer. Une sorte de guide suprême pour conduire les peuples vers la ou les Lumières. Davos donnait le « la » à une planète en quête d’un chef d’orchestre destiné à mettre un terme à la cacophonie ambiante. En cette année 2019, Emmanuel Macron était attendu dans les Alpes suisses comme le fils prodigue, lui qui allait tenir la barre du navire G7 en lui fournissant le cap et la boussole dont il avait tant besoin. Son nom était chanté et louangé dans tous les bourgs de la Confédération des Hélvètes !

LA DÉSERTION FORCÉE DE L’EGLISE DE LA MONDIALISATION

Et, patatras, nous apprenons le même jour de janvier 2019 que ni Emmanuel Macron, ni Donald Trump n’iront se geler à Davos où règne en cette saison un froid de chien, faut-il le dire et le redire pour tous ceux qui ne connaissent pas bien la Confédération helvétique et son secret bancaire. Le premier met en avant la satanée crise des « gilets jaunes » pendant que le second excipe la pagaille générée Outre-Atlantique par la persistance inhabituelle du « Shut down ». À chacun ses ennuis (ses emmerdes) ! Mais, cela fera quelques menues économies sur le budget voyages et amusements en tous genres de la présidence de la République (en un mot, l’argent du contribuable). Mais, comment le moloch de Davos va-t-il pouvoir résister à cet affront des deux Dupont de la scène mondiale au moment où l’on célèbre le 90ème anniversaire de la naissance de Tintin, le héros de la bande dessinée de Hergé ? De quoi vont pouvoir parler les participants de cette messe païenne du monde global et globalisé qui pense profits (peu pertes), libéralisation (peu service public), intérêts privés (peu intérêt général) ? Qui va faire le spectacle, le buzz, cette année de tous les dangers au moment où le prix du baril de pétrole repart à la hausse en raison des foucades du sérénissime prince MBS, celui qui aime mettre de l’ordre en Turquie (dans ses consulats généraux), au Yémen (pour y exterminer la soldatesque Houthie) ? Qui va nous informer des derniers avatars du « Brexit », le « no deal » après le « deal » que le Crétin des Alpes, l’idiot pas très utile, Michel Barnier n’avait pas vu poindre à l’horizon ? La question n’est pas sans importance. Elle est sur les lèvres de tous nos toutologues et autres experts en questions générales qui pullulent sur les plateaux de télévision d’abrutissement en continu. Comment est-ce possible, supportable ?

UNE INTERROGATION SUR L’INTANGIBILITÉ DU (DES) DOGME (S)

En poussant le raisonnement à l’extrême, cette désertion Trumpo-macronienne ne serait-elle pas le signe d’un mal plus profond qui atteindrait le dogme de la mondialisation et de tous ses codicilles dangereux pour le bon peuple ? Maladie mortelle qui se répandrait à travers le corps international comme de vulgaires métastases ? Ce qui était encore sacré hier, ne serait-il pas en train de se transformer, aujourd’hui et encore plus demain, en hérésie ? Certains mauvais esprits avancent l’idée mezzo voce, de crainte d’être cloués au pilori de la pensée unique globalisante et néfaste. Le Forum économique de Davos ne tournerait-il pas à la farce, à la comédie de boulevard qui ne fait plus rire ? Ne serait-il pas en train de devenir le lieu où il ne faut plus être vu et encore moins celui où il ne faut plus déclamer et psalmodier les évangiles de la religion mondiale que Frère Donald a reniés sans le moindre problème de conscience ? Toutes ces questions commencent sérieusement à inquiéter, y compris parmi les inconditionnels de l’Église mondialisée et apatride. Cela commence à se voir, se dire et à être du plus mauvais effet qui soit sur la populace critique sur la gouvernance nationale et internationale. Telle est la morale du nouveau refrain de ce nouveau tube qui a pour refrain, nous n’irons pas à Davos.
 
 
JUPITER MÉTAMORPHOSÉ EN PINOCCHIO – Jean Daspry. Tel est pris qui croyait prendre. À trop faire la leçon aux autres, on court le risque que ces derniers vous la fassent, vous renvoient à la figure votre arrogance de premier de la classe. Surtout lorsque l’on est sorti de l’ENA dans la « botte » (les grands corps que sont le Conseil d’État, la Cour des comptes, l’Inspection des Finances) et que l’on méprise ostensiblement le peuple des « gueux » (ceux qui ne connaissent que leurs droits et par leurs devoirs) qui vous a porté à la tête de l’État. Ces mécréants, déguisés en « gilets jaunes » montent à Paris, chaque samedi, pour vous botter l’arrière-train et criez sous vous fenêtres « Macron démission » ou « dégage » comme cela se faisait au début des mal nommés « printemps arabes ». N’est-ce pas ce qui est en train d’arriver à Jupiter tant en France qu’à l’étranger ? La comédie de boulevard tourne à la tragédie grecque. Elle fait les délices de la presse étrangère. Depuis quelques jours, le maître des horloges est remonté comme une pendule.

COMMENT DIEU EST-IL VENU SUR LA TERRE ?

Contrairement aux sornettes que l’on débite dans les superbes cathédrales de la fille aînée de l’Église, Dieu n’est pas venu sur terre incarné sous les traits de Jésus de Nazareth. Il a pris les traits de Manu d’Amiens. Que n’a-t-on entendu de la bouche de ses thuriféraires et autres communicants du candidat, puis du président de la République française, Emmanuel Macron ! En deux temps, trois mouvements, le plus jeune président de la Ve République allait conduire à son terme la transformation du pays irréformable qu’est la France en lui fixant un cap (le monde nouveau) et une méthode (le pouvoir jupitérien). Pas un jour sans que l’on nous vante et vende les mérites de la verticalité du pouvoir (l’inutilité des corps intermédiaires) et les foudres jupitériennes (la dictaure des Diktats) destinées à faire litière des conformismes et des conservatismes de l’ancien monde. Cette révolution copernicienne s’effectuerait en moralisant la vie publique et en faisant la chasse aux informations bidon. Deux lois ont gravé sur le marbre ces deux injonctions divines. D’enfer hollandais, la nouvelle Gaule se muerait en paradis jupitérien. Les bienfaits de cet aggiornamento se déverseraient sur un monde incrédule de voir la France, ce pays dont la destinée était d’être « l’embêteuse du monde » (Jean Giraudoux, L’impromptu de Paris) devenir l’entraîneuse du monde vers des paradis insoupçonnés. Tel Moise, Jupiter expliquerait aux peuples élus et autres les nouvelles tables de la loi. À la manière de Delacroix, il serait la liberté guidant les peuples vers un avenir mirifique. Emmanuel Macron est l’homme pressé. Il veut aller vite et ne pas s’embarrasser des contraintes de l’ancien monde : écoute, consultation, dialogue, compassion pour les plus faibles, corps intermédiaires et autres inutiles. Il met la République en marche et le monde sur les rails. Que n’a-t-il promis aux peuples du monde qu’il honorait de ses visites, peuples qui n’en croyaient ni leurs yeux, ni leurs oreilles tant le miracle paraissait hors de portée !

LA FOIRE AUX MIRACLES DE JUPITER

Passons sur le microcosme pour nous concentrer sur la scène internationale sur laquelle l’acteur Emmanuel Macron brille de tous ses feux. Les ambassadeurs sont sur la réserve. Jupiter les met au pas lors de leur conférence annuelle. L’Union européenne est mal en point. Diafoirus lui administre une potion magique depuis la Sorbonne et elle renaîtra de ses cendres tel Lazare. L’ONU est en crise. Le même médecin malgré lui accourt à son chevet et lui injecte un sérum à base de multilatéralisme qui va la guérir à jamais. Les règles du commerce mondial sont malmenées par Oncle Donald. Supermacron se précipite au château de La Muette pour réconforter l’OCDE en lui délivrant une ordonnance radicale pour rendre la mondialisation heureuse. La Francophonie est atteinte par le mal du globish. Zorro Macron vole vers Ouagadougou et décrète la fin de la Francafric et le renouveau de la langue française, le plus souvent dans la langue de Shakespeare. Le désordre règne en Libye. Il convoque, à deux reprises, les belligérants de cette farce à Lutèce. Une bonne petite élection en décembre 2018 fera l’affaire. L’alliance atlantique est secouée par les coups de boutoir d’Oncle Donald. Qu’à cela ne tienne ! Les Européens vont désormais prendre leur destinée militaire en main en mettant au point une défense européenne et en mettant sur pied une armée européenne. Le monde va mal. Jupiter organise un « forum pour la paix » en marge des cérémonies du 11 novembre. La Syrie peine à retrouver la paix en raison du méchant ogre Vladimir. On bombarde le complexe chimique du boucher de Damas, Bachar et on nomme un représentant personnel du président, François Sénémaud. L’Arabie saoudite remet de l’ordre en « Arabie heureuse » (le Yémen). La France lui livre des armes intelligentes et humanitaires qui font le départ entre terroristes aidés par les fourbes perses et valeureux civils victimes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Le réchauffement climatique se poursuit inexorablement en dépit du miracle de la COP21. Notre climatologue à la sauce Paul Ricoeur remonte les bretelles à l’Oncle Donald et ramène les brebis égarées polluantes sur le droit chemin… Sans parler de tous ses homologues étrangers qui se précipitent au château pour être confessés par Jupiter et recevoir ses encouragements à aller de l’avant.

LE MIROIR AUX ALOUETTES DE JUPITER

Moins de deux ans après son sacre bonapartiste au Louvre, la symphonie du nouveau monde tourne à la pantalonnade. Pour ce qui est de la moralisation de la vie publique, ce serait plutôt du genre dé-moralisation. S’agissant des informations bidon, les plus grosses nous viennent des cercles du pouvoir qui en connaissent un rayon en matière de propagande et d’infox, celles sur les multiples passeports diplomatiques d’Alexandre Benalla ou sur les fausses vraies vacances de fin d’année du chef de l’État (Cf. l’allocution sous forme de vœux du 31 décembre 2018). Après le temps de la morgue de La Noblesse d’État, vient celui des actes de contrition forcés, de l’humilité feinte. La harangue de la Sorbonne a fini dans les poubelles de l’Histoire jupitérienne. Le machin n’a d’autre ressources que d’adopter d’improbables pactes (migrations, réfugiés), faute de pouvoir contribuer à la paix et à la sécurité internationales. Le Forum de la paix tourne à la farce. La mondialisation est de plus en plus honnie tant les peuples peinent à en mesurer ses bienfaits sur leur vie quotidienne. Il s’en est fallu d’un cheveu qu’Emmanuel Macron ne se voit décerner la « carpet anglaise » en hommage à son mépris de la langue de Molière. En un mot, c’est un tout faux sur toute la longueur. La Françafrique brille encore de tous ses feux de brousse. En Libye, point d’élection si ce n’est de la bonne pagaille post-révolutions arabes. Ses Vingt-Sept partenaires, cousins germains en tête, lui ont jeté à la figure son projet d’armée européenne d’opérette et lui ont réclamé son siège de membre permanent au Conseil d’insécurité. À Berlin, sa fréquentation est de plus en plus mal vue tant il ne paraît pas franc du collier. En catimini, on se gausse de voir Paris brûler. On lui concède la conclusion d’un nouveau traité franco-allemand qui ne servira à rien. Frère Vladimir se frotte les mains en apprenant le départ des troupes américaines de Syrie. Il a gagné la bataille de Syrie, ridiculisant la coalition internationale anti-Daech. Frère Donald n’a pas cru opportun d’en informer son grand ami Emmanuel, l’idiot utile de service. La seule chose que trouve à dire notre diplomate à la petite semaine depuis le Tchad est « un allié se doit être fiable » et « Je veux ici rendre hommage au général Mattis et aux propos qui ont accompagné sa décision, depuis un an, nous avons constaté comment il a été un interlocuteur fiable ». Ce gendre d’affaires délicates se traitent dans la confidentialité et non dans le tapage médiatique. Alors que tout le monde détient les preuves tangibles du saucissonnage de Jamal Kashoggi au consulat général d’Arabie saoudite à Istanbul par les nervis de Sa majesté MBS, Manu n’y croit pas. Il est comme Saint-Thomas, il ne croit que ce qu’il voit. Il est vrai que la diplomatie des valeurs s’efface rapidement derrière la diplomatie économique. À son retour du G20 de Buenos Aires, préoccupé par les méfaits de la populace qui fait le coup de poing tous les samedis dans la vicinité de sa demeure royale, Jupiter boude la COP24 de Katovice qui se conclut en débandade et la présentation de la présidence française du G7 à Biarritz. Comment est-ce possible que le champion toutes catégories du climat ne se soit pas rendu sur place pour remettre de l’ordre dans cette pétaudière onusienne ? Hormis un déplacement au Tchad où il rencontre ce parangon de vertu droit de l’hommiste qui a pour nom Idriss Deby et casse la graine avec les pioupious de la force « Barkhane », Jupiter se terre dans ses appartements, de peur d’être lynché. Il n’ira pas à Davos pour y célébrer la « mondialisation heureuse ». Quel coup sur la tête pour ce pervers narcissique qui aime tant être adulé par les foules en liesse ! Mais, on nous dit qu’il a entendu et compris le malaise qui frappe la France d’en bas. Il entend changer de stratégie. C’est pourquoi, il aurait exigé de tous ses « cabinards » qu’ils allègent son programme de déplacements à l’étranger pour revenir au terrain Ce que ses éliacins traduisent par la formule : « il y aura moins de diplomatie » au début de l’année 2019. Il est vrai qu’il déserte la scène mondiale pour tenter d’éteindre le feu dans la capitale de la Gaule Lors des réunions du conseil des sinistres, il tance ses ministres : « ne laissez pas la haute administration prendre les décisions. Les politiques, c’est vous ». Tiens, un bouc émissaire ! Un classique qui devrait l’inciter à relire René Girard. Il était enfin, ignorant de la règle des trois « L » des journalistes opportunistes : « lécher, lâcher et lyncher ». À trop l’ignorer, on en devient promptement la victime expiatoire.

Pour la petite histoire, vous souvenez-vous des consultations citoyennes sur l’Europe annoncées à grand coup de trompette et dont la responsabilité avait été confiée à la pseudo-ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau sortie Ducoulombier ? Ni vous, ni moi n’avons été consultés pour savoir ce que nous pensions de l’Union européenne et des réformes que nous souhaitions. Avez-vous eu entre les mains le texte du traité franco-prussien que notre monsieur Bobard a conclu avec Mutti le 22 janvier ? Que nenni ! Cela ne vous concerne pas tant vous êtes incultes et n’y connaissez rien en diplomatie. Circulez, il n’y a rien à voir. La politique, ce n’est pas pour les gueux et pour ceux qui « déconnent ». Nous attendons, avec le plus grand intérêt, ce qui sortira du grand débat national. Rien de rien. Paroles, paroles…

Jupiter, qui était donné comme une valeur sûre au hit-parade des dirigeants de la planète qui comptent, est aujourd’hui considéré comme une fausse valeur, aussi fausse que celles dont il se prévalait jusqu’à présent. Après l’avoir courtisé, ses homologues le fuient tant il sent le soufre, le mensonge permanent et pue le bobard de joueur de bonneteau. Sa diplomatie se résume à trois mots : rustines, sparadrap et langue de bois. Sa parole diplomatique ne vaut pas un clou tant elle est décrédibilisée, démonétisée. En définitive, ce n’est pas à La Métamorphose de Kafka à laquelle nous venons d’assister mais à La Métamorphose des cloportes, celle de Jupiter et de sa cohorte de courtisans au cours de ces dernières semaines. Il n’aura fallu que quelques « black Saturday » de jacqueries prolétaires et nauséabondes pour que Jupiter se transforme subitement en fantôme de l’Élysée bien que l’on nous explique qu’il peaufinerait sa stratégie de sortie de crise des « gilets jaunes » (son grand débat national qui pourrait tourner à la grande débâcle du quinquennat et sa lettre au Français9). Habituellement très (trop) présent dans la lucarne et sur les réseaux asociaux pour faire la leçon, il est désormais absent, tapi avec son dernier carré, dans l’enceinte bien gardée du 55 rue du Faubourg Saint-Honoré, prêt à être exfiltré par un hélicoptère vers des lieux plus cléments. Et c’est ainsi que Jupiter, qui recommence timidement à arpenter l’Hexagone sous très bonne escorte, s’est promptement métamorphosé en Pinocchio. Pauvre Gepetto !

9 Emmanuel Macron, Lettre aux Français, Le Monde, 15 janvier 2019, p. 10
 
 
NATHALIE LOISEAU : PERSEVERARE DIABOLICUM ! Ali Baba. Décidément, notre sémillante ministricule en charge des Affaires européennes qui lui ont été et lui sont toujours étrangères possède un art consommé de se faire remarquer. Malheureusement pour la diplomatie française, se faire remarquer au plus mauvais sens du terme. Vous ne saurez jamais ce que sont ses pensées profondes sur la construction européenne sauf à lire la BD destinée aux enfants qu’elle publiera le 17 avril 2019 chez Casterman10. Pour une raison simple, Nathalie Loiseau de mauvais augure ne pense pas. Cette nouvelle Madame Sans-Gêne n’a pas les talents de Sophia Loren ou de Sophie Desmarets. Elle en est bien incapable. Elle ne se produit pas dans les théâtres de boulevard mais sur les chaînes d’abrutissement en continu, sur les réseaux asociaux. Elle tient à merveille un rôle de composition, celui de chiffonnière de la diplomatie française comme www.prochetmoyen-orient.ch s’en fait l’écho régulièrement11. Hier, elle s’en prenait aux Américains à propos de la décision de Donald Trump de retirer ses troupes de Syrie. Aujourd’hui, elle fait le coup de poing avec les ministres italiens au sujet de leurs déclarations sur les « gilets jaunes ». Une experte hors-catégorie de la diplomatie de l’anathème, de l’invective et de l’insulte. Quelques remarques, sur ses propos maladroits et déplacés, s’imposent pour mieux les replacer dans leur contexte général !

LA RELATION MÉDIATIQUE DE LA DISPUTE FRANCO-ITALIENNE

Reprenons ce que nous apprenons à travers la relation médiatique de cette querelle de cour d’école qui ne grandit pas la sous-ministre française, pas plus que la diplomatie de son boss, le sapeur Jean-Yves Le Chouchen !

« Nathalie Loiseau, la ministre des Affaires européennes, a invité le gouvernement italien à « balayer devant sa porte ». La manoeuvre n’est pas très diplomatique. Lundi, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, deux poids lourds du gouvernement populiste italien, ont apporté leur soutien aux gilets jaunes. Ils se sont réjouis de cette « nouvelle Europe » en train de naître à quelques mois des élections européennes, et ont appelé à la démission d’Emmanuel Macron. « Plus vite il rentrera chez lui, mieux ça vaudra », a notamment lancé Matteo Salvini. 

Des déclarations qui n’ont pas plu au gouvernement français, et en particulier à la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau, qui a invité le 7 janvier 2019 sur Twitter le gouvernement italien à « balayer devant sa porte ». Elle a ensuite enfoncé le clou devant des journalistes ce mardi à Bruxelles, s’attirant les foudres de Luigi Di Maio, le numéro deux du gouvernement. 

Plus de « respect »

« Je pense que la priorité du gouvernement italien, c’est de s’occuper du bien-être du peuple italien, je ne suis pas sûre que de s’intéresser aux gilets jaunes a quoi que ce soit à voir avec le bien-être du peuple italien », a lancé Nathalie Loiseau. « J’ai beaucoup entendu le gouvernement italien demander le respect pour la manière dont il gouvernait l’Italie. Ce respect leur est dû, mais il est dû à n’importe quel pays, surtout quand on est voisins, alliés et amis », a-t-elle poursuivi. Des propos qui n’ont pas plu à Luigi Di Maio, qui s’est empressé de lui répondre sur Facebook. « Que d’hypocrisie », a dénoncé le chef de file du Mouvement Cinq Etoiles, réputé antisystème. Nathalie Loiseau, « peut-être, ne se souvient pas du président Macron quand il nous comparait à la lèpre en parlant de notre gouvernement », a-t-il fustigé.  

« L’hypocrisie » aussi dans le camp italien

Le ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales a ensuite accusé la France de mener une politique « colonialiste » en Afrique, responsable selon lui « des vagues migratoires vers l’Europe, que l’Italie s’est retrouvée à plusieurs reprises à devoir affronter seule ». « Le peuple français demande le changement et une meilleure prise en compte de ses exigences. Je ne peux pas ne pas partager ces souhaits », a-t-il poursuivi.  Malgré le soutien des deux membres du gouvernement italien aux gilets jaunes, l’opposition a toutefois rappelé que la loi immigration et sécurité, voulue par Matteo Salvini et entrée en vigueur il y a un mois, a rétabli le délit de blocage routier. Cette tactique phare des gilets jaunes, qui avait été dépénalisée en 1999 en Italie, est désormais passible de prison ferme »12

L’INCONSÉQUENCE GRAVE DE MADAME « FEMME ET DIPLOMATIE »

Cette personne, dont la suffisance n’a d’égal que l’insuffisance, est une récidiviste de la bourde diplomatique. Mais, dans la Macronie déclinante, elle peut se permettre tout et n’importe quoi, ayant pris le train des opportunistes de la République en Marche. Elle n’a toujours rien compris à ce qu’était l’essence de la diplomatie alors qu’elle se pique d’être une diplomate de haut vol. Elle devrait savoir que ce genre de polémique est indigne d’une diplomate professionnelle. Comme l’écrivait l’ambassadeur Paul Cambon : « On peut mesurer la capacité d’un homme d’Etat à sa faculté de se taire et de ne point écrire ». Nathalie Loiseau tweete à tort et à travers et écrit des sornettes dans les journaux, dans les BD. C’est, qu’aujourd’hui en raison des développements de la crise des « gilets jaunes », la diplomatie du verbe ne suffit plus à masquer les contradictions qui minent la France et à compenser sa perte d’influence dans le monde. Manifestement, elle n’a toujours rien vu venir de la descente aux enfers de la pratique diplomatique jupitérienne, cocktail réussi de Kafka, de Devos et des Shadoks, ceux qui ne pouvaient pas s’arrêter de pomper sans même savoir pourquoi ils pompaient13.

Dans ce contexte défavorable qu’est celui des « Black Saturday », et en attendant des jours meilleurs, le mieux, pour un ministre en charge des Affaires européennes, serait de garder profil bas et d’éviter de chapitrer les autres. Cela vous revient toujours en boomerang à la figure au moment où l’on s’y attend le moins. L’idéal est de commencer par réfléchir. C’est pourquoi, une certaine fadeur dans l’expression sied au diplomate s’il veut conserver sa crédibilité, et cela dans des périodes difficiles. Tel n’est pas le cas de l’infatuée Nathalie Loiseau qui devrait travailler, contre vents et marées, à l’amélioration des relations franco-italiennes qui en ont grand besoin14 et se préoccuper davantage des dérives inquiétantes de l’actuelle présidence semestrielle de l’Union européenne qui a pour nom Roumanie !15 Bravo à l’ex-présidente de l’association « Femme et diplomatie » qui a un tout faux sur toute la ligne.

Le bon sens n’est pas la chose la mieux partagée, surtout au pays qui se pique d’être celui de Descartes et de la logique. Comme le rappelle l’ambassadeur Michel Raimbaud en 2015 : « La diplomatie est devenue affaire d’insultes, de provocations et de mensonges grossiers, proférés au nom des droits de l’homme, de la démocratie, de la compassion humanitaire… ». Après le sinistre Laurent Fabius à la tête du Quai d’Orsay, nous pensions en avoir fini avec cette diplomatie virale de l’insulte. Car, à la fin des fins, les diplomaties les plus subtiles demeurent sans doute celles qui ne font pas appel aux porte-voix, objurgations définitives et autres injures publiques. Or, notre Ersatz de ministre des Affaires européennes a pris le relai de celui qui l’avait soi-disant écarté de son poste de directrice générale de l’administration du Quai d’Orsay. Elle sera exilée pendant cinq ans à Strasbourg pour diriger l’ENA (école nationale de l’arrogance) avant de prendre le train de la République en godillots. Elle a conservé de beaux restes de ce passage en Alsace (elle y a laissé un budget en lourd déficit structurel). Avec Nathalie Loiseau, cela va toujours de mal en pis pour la diplomatie française et pour la France, in fine. Perseverare diabolicum !

10 EM, Loiseau dessine l’Europe, L’Express, 16 janvier 2019, p. 9.
11 Ali Baba, La dernière gaffe de Nathalie Loiseau, www.prochetmoyen-orient.ch , 24 décembre 2018.
12 Soutien de Rome aux gilets jaunes : la polémique se poursuit, www.lexpress.fr , 8 janvier 2019.
13 Guillaume Tabard, Kafka, Devos, les Shadoks invités surprise du débat, Le Figaro, 10 janvier 2019, p. 3.
14 Jérôme Gautheret, France-Italie : un long divorce, Le Monde, 13-14 janvier 2019, p. 6.
15 Mirel Bran/Cécile Ducourtieux, Fausses notes du début de la présidence roumaine de l’UE, Le Monde, 13-14 janvier 2019, p. 6.
 
 
MAURICE BUTTIN ECRIT AU DEPUTE PRO-ISRAELIEN MEYER HABIB – Publié par Gilles Munier, 19 décembre.
Paris, 15 décembre 2018
Monsieur le Député,

La Commission Nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH),instance indépendante, a décerné les prix des Droits de l’homme, en particulier à deux associations, l’une israélienne (B’Tselem), l’autre palestinienne (Al-Haq).

Sous votre pression et celle du CRIF, notre gouvernement a lâchement reculé, et notre ministre de la Justice n’a pas eu le courage de décerner ce prix à ces deux lauréats, comme il était prévu !

Le Monde rapportant ces faits, et précisant le rôle important que vous auriez joué, vous cite : « J’ai honte pour mon pays, qui loin d’assumer ses responsabilités, jette de l’huile sur le feu, attise la haine et encourage la radicalisation antisioniste » !  Lire cela, c’est à pleurer !

J’ai honte pour ma part de voir un député français (ou Israélien ?), sioniste jusqu’au bout des ongles, ancien membre du Betar, ami intime du Premier ministre israélien, sortir pareille énormité !

Le directeur exécutif de B’Tselem, Hagaï El-Had, a eu l’extraordinaire courage de dénoncer au Conseil de Sécurité « l’indignité l’outrage et la souffrance d’un peuple privé de droits pendant plus de cinquante ans », en même temps que les exactions de l’armée israélienne dans la Palestine occupée depuis juin 1967, et vous vous permettez de l’insulter, alors qu’il est l’honneur d’Israël ! Ce pays sera sauvé par lui et ses semblables, non par vous, le CRIF et les dirigeants sionistes, qui le conduisent droit dans le mur.

Mettez-vous bien cela en tête, le fascisme, le national-socialisme, le marxisme dictatorial, ont disparu, il en sera, de même, du national-sionisme.

Par ailleurs, vous voudrez bien rappeler à vos amis du CRIF, que, comme le disait en son temps le Président François Mitterrand à ses dirigeants, qui s’opposaient à la venue du Président Arafat à Paris en 1989 : « la politique de la France ne se fait pas à la Knesset ». Il est vrai que François Mitterrand avait un peu plus de courage, que nos dirigeants actuels.

Veuillez agréer, Monsieur le Député, l’assurance mes sentiments indignés.

Me Maurice Buttin est avocat honoraire, président du CVPR PO (Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient). Il est membre du P.S, section « Convention ».

Meyer Habib, ancien membre du groupuscule ultra sioniste Bétar, est député UDI(8e circonscription des Français de l’étranger, comprenant Israël et 7 pays du pourtour méditerranéen).

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