Observatoire Géostratégique

numéro 231 / 20 mai 2019

ORIENT-ATIONS 219

LE COLONEL A DIT LA VÉRITÉ, IL DOIT ÊTRE EXÉCUTÉ – Jean Daspry. « Il n’est pas de tyran au monde qui aime la vérité ; la vérité n’obéit pas » nous rappelle fort à propos le philosophe Alain. La recherche de la vérité n’est pas toujours un long fleuve tranquille, y compris dans le pays qui s’autoproclame « patrie des droits de l’homme ». France dont la Constitution du 4 octobre 1958 déclare, dès son article premier, que la « France respecte toutes les croyances ». France, partie à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales de 1950 qui reconnait à son article 10 la « liberté d’expression » à tout citoyen même si elle la tempère à son alinéa 2 par certaines conditions tenant aux « mesures nécessaires… à la sécurité nationale ». La Macronie est en quête permanente de sanction des bobards, des « fake news » pour employer le terme consacré. Mais où s’arrête la vérité et où commence le bobard. Vaste programme aurait dit le général de Gaulle, surtout dans ces temps de propagande et de bourrage de crâne. La question est d’autant plus importante lorsqu’elle concerne des fonctionnaires soumis au fameux « devoir de réserve », concept à géométrie variable en fonction des agents publics concernés, du lieu et du temps1. On l’aura compris, nous sommes dans l’arbitraire le plus complet. Quid de la liberté, de la clause de conscience qualifiée pour certains de désobéissance civile ? Quid de la latitude laissée à un fonctionnaire, y compris à un militaire d’active d’émettre des critiques fondées sur son retour d’expérience ? Après la sinistre affaire Matelly du début des années 2010, c’est au tour du colonel François-Régis Legrier d’avoir les honneurs des gazettes. Tout cela pour avoir dit tout haut ce qui se dit tout bas entre gens raisonnables.

LE SOUVENIR DE L’AFFAIRE MATELLY

Manifestement, le pouvoir est toujours très chatouilleux lorsque ses militaires s’expriment, y compris dans des revues scientifiques pour faire part de leurs interrogations, de leurs doutes sur des situations précises. On se souvient qu’un officier de la Gendarmerie a connu la notoriété en décembre 2008, lorsqu’il a cosigné un article critiquant fermement le projet visant à placer les forces de Gendarmerie sous l’autorité du ministre de l’intérieur, réforme qui a eu lieu par la loi du 3 août 2009. On se souvient de la sanction (heureusement annulée par le Conseil d’État en 2011) infâmante (révocation) infligée au lieutenant-colonel de gendarmerie, Jean-Hugues Matelly, (politologue, sociologue, auteur d’essais et de romans) pour manquement à l’obligation de réserve, par un décret de Nicolas Sarkozy pour avoir eu l’outrecuidance de critiquer le rapprochement de la gendarmerie et de la police sous la houlette du ministère de l’Intérieur. Ce qui lui était reproché était en définitive de réfléchir à son métier2. L’intéressé s’en expliquera dans un ouvrage bien documenté3. Rappelons au passage que la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France en 2014 dans cette même affaire au titre de la liberté d’association4. Manifestement, la France a subi les foudres de la plus haute juridiction administrative française et de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) du Conseil de l’Europe.

Pm. : rappelons que le mandat d’Emmanuel Macron a débuté par un coup d’éclat à la veille du 14 juillet 2017 lors de sa présentation des vœux aux Armées. Il y prenait à partie le chef d’état-major des armées (CEMA), Pierre de Villiers pour avoir critiqué les restrictions budgétaires devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale. Ceci conduira à la démission fracassante du général de Villiers5. Une fois encore était posée la question du périmètre du devoir de réserve d’un officier. Quelques mois après, dans un entretien au Monde, son successeur au poste de CEMA reprenait ces critiques mais ne fut pas tancé pour son crime de lèse-Jupiter.

LA DÉCOUVERTE DE L’AFFAIRE LEGRIER

Les faits objectifs. Dans sa livraison des 17 et 18 février 2019, le quotidien Le Monde sous la plume de son experte des questions de défense, Nathalie Guibert nous apprend que la ministre des Armées, la sympathique Florence Parly envisagerait de sanctionner le colonel d’artillerie, François-Régis Legrier pour avoir publié dans la Revue défense nationale un article critique intitulé : « La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? ». Fort de son expérience de commandant de la « Task Force Wagram », l’auteur y stigmatise une approche de la bataille d’Hajin à l’américaine aboutissant à des destructions importantes de cibles civiles qui donnent à la population « une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale, laissant derrière nous les germes d’une résurgence prochaine d’un nouvel adversaire ». Ce colonel regrette l’absence d’une tactique de terrain et critique la vision globale américaine. À ses yeux, la guerre n’est pas gagnée « faute d’une politique réaliste et d’une stratégie adéquate ». Notons que le rédacteur en chef de la Revue défense nationale – dont nous tairons le nom – indique « avoir manqué de discernement » et a retiré le texte du site internet de la publication6.

Leurs implications futures. Cette censure en règle d’un article destiné à alimenter la réflexion sur la sale guerre de la coalition en Syrie, une guerre américaine pour laquelle nous nous sommes contentés de jouer les idiots utiles et cela dans une revue censée être scientifique, est tout simplement intolérable au nom de la liberté d’expression, de la liberté de penser « out of the box » comme disent les anglo-saxons. Nous nous limiterons à trois réflexions.

Tout d’abord, cette affaire en dit long sur les pratiques de nos instituts de recherche financés par l’État. Ils apparaissent aujourd’hui sous leur vrai jour, à savoir de vulgaires officines de propagande de la doctrine officielle au sein desquelles toute forme de critique, fut-elle constructive de la doxa, est interdite, bannie7. Elle vaut à son auteur l’excommunication des temps modernes qui a pour nom sanction disciplinaire. Ni plus, ni moins. Rares sont nos médias aux ordres qui osent soulever le tapis sur cette réalité incontournable. L’on s’étonnera ensuite des erreurs de nos prévisionnistes nichés dans les instituts de recherche qui ne prévoient que ce que veut le Prince. La guerre en Syrie en fournit un exemple frappant. Bachar Al-Assad est toujours là en dépit des prévisions Du très clairvoyant Laurent Fabius en août 2012.

Ensuite, cette affaire en dit long sur les pratiques détestables de la Fonction publique où l’on promeut les courtisans et l’on sanctionne les indépendants. L’esprit de Cour n’a jamais été aussi prégnant que sous le règne de Jupiter-Macron 1er. La servitude volontaire y est la règle pour tous ceux qui veulent faire carrière, veulent des promotions rapides, veulent des affectations prestigieuses, veulent des décorations en bleu et en rouge… Il est vrai qu’entre le verbe « veulent » et le mot « veule », il n’y a pas une énorme différence. On se souviendra du courage légendaire de la Haute fonction publique française sous le régime de Vichy. Rien n’a changé. Et cela n’est pas près de changer. Notre ambassadeur à Washington, Gérard Araud, ambassadeur dignitaire de France n’a jamais été sanctionné pour des fautes autrement plus graves que celles du colonel Legrier. Pourquoi ?

Enfin, cette affaire en dit long sur l’alignement systématique de la France sur les Diktats américains dans le domaine militaire. Tels de petits caniches nous accourons au premier coup de sifflet de notre maître à Washington8. Donald Trump exige que nous rapatrions nos djihadistes de Syrie et nous nous exécutons tels des laquais… Et, nous avons le toupet de parler de défense européenne, d’armée européenne alors que nous vivons sous la dictature de l’OTAN9. De qui se moque-t-on ? Lisons et relisons ce qu’écrit récemment sur le sujet Régis Debray à propos de cette fausse défense européenne !10 Toute opinion contraire à la doctrine officielle est considérée comme hérétique et vaut excommunication à son auteur. Le colonel Legrier l’apprend à son corps défendant.

Attendons avec intérêt la suite ! Voilà à quel petit jeu la Macronie s’amuse alors qu’elle est incapable de résoudre la crise des « gilets jaunes » qui n’est que le résultat de sa politique sans cap ni boussole. Lamentable affaire que cette affaire Legrier, ce militaire qui n’a qu’un seul tort, celui de livrer sa vérité sur la guerre conduite par la coalition internationale dirigée par les États-Unis en Syrie. De tout temps, le combat le plus noble est celui pour la vérité. Mais quelle vérité au juste ? La « vérité des faits » chère à Hannah Arendt. « Cette vérité si fragile parce qu’elle s’expose aux manœuvres du pouvoir, mais si puissante parce qu’elle dit ce qui est » comme le proclamait une certaine Lucie Dreyfus, l’épouse d’un certain capitaine ! Une fois encore, la morale de cette histoire nous est fournie par un chanteur, aujourd’hui décédé, Guy Béart dont la chanson intitulée La vérité nous éclaire fort utilement. En la plagiant, nous pourrions tous reprendre en chœur : le colonel a dit la vérité, il doit être exécuté.

1 Roseline Letteron, Revue de la défense nationale : enquête sur une disparition inquiétante, www.libertescheries.blogspot.com , 17 février 2019.
2 Jean Guisnel, L’affaire Matelly, ou le côté obscur de la « force humaine », www.lepoint.fr , 5 octobre 2010.
3 Jean-Hugues Matelly, L’affaire Matelli, Jean-Claude Gawsevitch, 2010.
4 Roseline Letteron, Vers la liberté syndicale dans les forces armées ?, www.libertescheries.blogspot.com , 3 octobre 2014.
5 Pierre de Villiers, Servir, Fayard, 2017.
6 Nathalie Guibert, Un officier français critique la stratégie de la coalition occidentale en Syrie, Le Monde, 17-18 février 2019, p. 4.
7 Guillaume Berlat, Influencer la recherche : vaste programme !, www.prochetmoyen-orient.ch , 24 avril 2017.
8 Guillaume Berlat, L’atlantisme, une passion française, www.prochetmoyen-orient.ch , 11 décembre 2017.
9 Guillaume Berlat, Défendre l’Europe ou défendre l’OTAN ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 11 décembre 2017.
10 Régis Debray, L’Europe fantôme, 9 La défense européenne, Gallimard, « Tracts », février 2019, pp. 37 à 41.
 
 
COMMUNIQUE De L’UJFP – 18 février : « nous sommes juifs et nous sommes antisionistes ». Nous sommes Juifs, héritiers d’une longue période où la grande majorité des Juifs ont estimé que leur émancipation comme minorité opprimée, passait par l’émancipation de toute l’humanité.

Nous sommes antisionistes parce que nous refusons la séparation des Juifs du reste de l’humanité.

Nous sommes antisionistes parce la Nakba, le nettoyage ethnique prémédité de la majorité des Palestiniens en 1948-49 est un crime qu’il faut réparer.

Nous sommes antisionistes parce que nous sommes anticolonialistes.

Nous sommes antisionistes par ce que nous sommes antiracistes et parce que nous refusons l’apartheid qui vient d’être officialisé en Israël.

Nous sommes antisionistes parce que nous défendons partout le « vivre ensemble dans l’égalité des droits ».

Au moment où ceux qui défendent inconditionnellement la politique israélienne malgré l’occupation, la colonisation, le blocus de Gaza, les enfants arrêtés, les emprisonnements massifs, la torture officialisée dans la loi … préparent une loi liberticide assimilant l’antisémitisme qui est notre histoire intime à l’antisionisme. Nous ne nous tairons pas.
 
 
COMMUNIQUE DE L’ASSOCIATION FRANCE-PALESTINE – 21 février 2019. Le lamentable discours du président de la République au dîner du CRIF a mis à bas tous les espoirs d’un mouvement authentique et citoyen contre l’antisémitisme, alors même que le président et plusieurs membres du gouvernement avaient, dans la journée de mardi, mis en garde contre la manipulation du concept d’antisionisme.

En reprenant la confusion entre antisionisme et antisémitisme, en annonçant l’adoption de la définition de l’antisémitisme dite "IHRA" [1], promue par l’État d’Israël, en condamnant l’action non violente et citoyenne qui dénonce – par les actions Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS) – les crimes de l’État d’Israël, en mettant en cause ainsi celles et ceux qui réclament seulement l’application du Droit International et les résolutions de l’ONU, Emmanuel Macron a fait le choix de l’instrumentalisation et de la division. Nous ne nous laisserons pas impressionner par cette pseudo définition IHRA qui ne saurait avoir force de loi et qui n’est introduite qu’à des fins de pure propagande.

Nous avons assisté à un revirement spectaculaire en moins de 24 heures qui en dit long sur le pouvoir d’influence du gouvernement israélien et de ses relais en France.

Entre une lutte sincère et unitaire contre toutes les formes de racisme dont l’antisémitisme, et une instrumentalisation au service d’un État criminel, Emmanuel Macron a choisi, en toute connaissance de cause, la deuxième option. C’est une journée noire pour notre République, et une marque indélébile sur le quinquennat d’Emmanuel Macron.

Soumis à une répression féroce et à un processus continu de dépossession, le peuple palestinien a plus que jamais besoin du soutien du peuple français pour parvenir à faire aboutir ses droits élémentaires : nous le lui apporterons dans la plus grande unité et dans le respect de nos principes qui excluent toute forme de racisme ou d’antisémitisme.

[1] Voir le dossier de l’AFPS et lire l’article "Comment Israël manipule la lutte contre l’antisémitisme" »>
 
 
LAFARGE EN SYRIE. LA BAUDRUCHE SE DÉGONFLE – Jean Daspry La vérité finit toujours par éclater au grand jour. Tel est ce qui semble bien se passer au fur et à mesure de l’instruction de l’affaire Lafarge en Syrie par les magistrats en charge du dossier. Manifestement, l’affaire est moins simple qu’il n’y paraissait en apparence. C’est pourquoi, elle connait régulièrement des rebondissements qui auraient tendance à démontrer un emballement mediatico-judiciaire de mauvais aloi. Il y a un mois, nous livrions les dernières informations tendant à accréditer la thèse – qui nous parait plus que plausible – que les autorités françaises (Quai d’Orsay et services de renseignement extérieur et intérieur) étaient parfaitement au fait des activités du cimentier Lafarge en Syrie durant les premières années de la guerre civile. Pire encore, elles l’auraient encouragé à poursuivre ses affaires, disposant ainsi de précieux renseignements sur la situation locale11. Une fois encore, c’est au Journal du Dimanche – particulièrement bien informé des avancées de l’instruction judiciaire – de nous donner les derniers éléments du dossier12.

Qu’apprenons-nous qui nous conforte que les brillants magistrats peu au fait des us et coutumes de l’Orient compliqué mais aussi du fonctionnement de la diplomatie et des services de renseignement en temps de guerre (cela ne fait pas partie de leur enseignement à l’école nationale de la magistrature ou ENM dans cette bonne ville de Bordeaux chère à Alain Juppé), se sont fourvoyés dans une voie sans issue ? Il est vrai qu’ils sont coutumiers du fait pour celui qui suit avec assiduité l’actualité judiciaire dans notre pays.

D’abord que les sommes qui auraient été versées par les cadres de Lafarge à divers intermédiaires locaux comme prix de leur coopération n’ont rien à voir avec ceux que les magistrats prenaient pour argent comptant, au sens propre et figuré du terme. Dans une note de 42 pages fournie par la défense du cimentier, plus de 95% de la somme de 13,5 millions d’euros mis en avant dans l’enquête « ne peut en l’état des investigations, être considérée comme ayant bénéficié, directement ou non, à une entreprise terroriste ». Ce qui change tout à fait l’angle d’attaque de l’accusation. Rappelons qu’au titre du principe de la présomption d’innocence, la charge de la preuve revient à l’accusation et non à la défense. Toutes choses qu’une majorité de magistrats français ignorent ou dont ils se moquent ostensiblement. S’il n’est pas démontré que ces sommes – nettement surestimées – ne sont pas allées dans les bourses des émirs du groupe EIIL, comment peut-on sérieusement justifier l’existence d’un délit de financement du terrorisme ? Ce léger détail a toute son importance dans un authentique état de droit. Cela s’appelle la matérialité des faits. Les avocats de Lafarge relèvent qu’une grande partie des 563 000 dollars concernés par ces backchichs auraient bénéficié à des intermédiaires douteux et seraient difficilement traçables.

Ensuite, de manière fort habile et fort classique, la défense vient d’ouvrir un second front plus procédural celui-ci. En effet, ils contestent devant la chambre de l’instruction (instance d’appel de la procédure de l’instruction) la compétence territoriale de la justice française (ratione loci selon l’adage latin qui signifie en raison du lieu) pour juger des faits incriminés. En effet, elle considère que les sommes contestées ont été versées dans un pays étranger à des terroristes étrangers par des employés ou des prestataires étrangers. Tout ceci est de bonne guerre. Cette manière de faire a pour objectif de pourrir le dossier en lançant une interminable bataille de tranchées contre des magistrats instructeurs obtus ou sous instruction du pouvoir exécutif. Nous verrons bien à l’avenir si cette thèse prospère ou fait flop.

Enfin, et cela conforte une fois encore notre approche du dossier, la défense a obtenu déclassification de notes de la DGSE, notre service de sécurité extérieure situé boulevard Mortier et dont l’appellation bien connue est celle de « piscine » en raison de la proximité de la piscine des Tourelles. Or, la lecture de ces documents démontre que la DGSE a largement utilisé les réseaux de Lafarge en Syrie dans le cadre de ses missions. Rappelons que depuis la fermeture de notre ambassade à Damas en 2012 par le ministre des Affaires étrangères, récemment promu membre du conseil constitutionnel, Alain Juppé, la France est totalement aveugle sur la situation dans ce pays. La fermeture d’une ambassade signifie, outre le départ des diplomates pur jus, celui de l’attaché militaire, de l’attaché de police et des représentants des services de renseignement. On comprend mieux – ce que les magistrats français peinent à saisir – que nos services se soient naturellement retournés vers notre cimentier pour tenter de combler leurs lacunes en matière de sources. On ne s’étonnera pas que la DGSE conclut dans un sens favorable à Lafarge. Ce qui parait des plus logiques au pays de Descartes. Dans ces conditions, il faudra bien que les membres du Quai d’Orsay mouillés dans cette douloureuse affaire parviennent à convaincre qu’ils n’étaient au courant de rien !

Au rythme où vont les choses, il y a de fortes chances que les magistrats – sauf à ce qu’ils fassent preuve de la plus grande mauvaise foi et ils en sont bien capables – soient contraints de changer leur fusil d’épaule, à l’avenir, sous peine de se couvrir de ridicule. De deux choses l’une, soit il y a responsabilité générale, soit il n’y a incrimination de personne. Et dans la première hypothèse, il serait indispensable de ratisser large pour n’oublier personne, pour ne pas faire de jaloux et s’en tenir au principe constitutionnel selon lesquels tous les citoyens sont égaux devant la loi. Ce qui signifie qu’il faudrait, outre ceux de Lafarge qui le sont déjà, mettre en examen les responsables de la DGSE, de la DGSI et du Quai d’Orsay, y compris les ministres de tutelle. Cela ne manquerait pas de sel et de fun. Voilà comment une affaire montée en épingle par quelques ONG en mal de notoriété et quelques magistrats peu regardants sur la réalité des faits pourrait peut-être se dégonfler comme une vulgaire baudruche !

11 Jean Daspry, Lafarge en Syrie : le cache-sexe du Quai d’Orsay, www.prochetmoyen-orient.ch !, 21 janvier 2019.
12 Guillaume Dasquié, Lafarge : les avocats refont les comptes, JDD, 17 février 2019, p. 22.
 
 
L’EUROPE FANTÔME OU LES CENTS-JOURS – Guillaume Berlat. Les Cent-Jours correspondent à une période précise de l’aventure napoléonienne (20 mars-28 juin 1815) qui court du retour de l’empereur de l’Ile d’Elbe à la défaite de Waterloo. Les Cents Jours sont ceux qui nous séparent du prochain scrutin au parlement européen (26 mai 2019). Le moins que l’on puisse dire est que les résultats de cette consultation des peuples sont plus qu’incertains, voire problématiques pour les partis traditionnels (pro-européens ou eurobéats). Un nouveau Waterloo pour eux est-il envisageable ? La question taraude les esprits tant du côté des Mormons (la garde rapprochée de Jupiter) que de celui des médias perroquets (les courtisans du pouvoir). À la politique de l’anathème et de l’invective des dirigeants, seules quelques voix isolées d’intellectuels posent le problème de la construction européenne en termes de débat d’idées. Une attention particulière doit être donnée au dernier essai de Régis Debray publié dans une nouvelle collection (« Tracts ») de Gallimard.

LA POLITIQUE DE L’ANATHÈME ET DE L’INVECTIVE

Afin de conjurer le mauvais sort, le temps est à l’anathème, à l’invective. Drôle de manière de conduire un authentique débat d’idées sur le bilan et l’avenir de la construction européenne ! Le pouvoir macronien et ses idiots utiles ont fixé d’ores et déjà fixé les règles du jeu. Comme le résume si justement Natacha Polony : « Mais le match entre, au choix, ‘gentils progressistes contre méchants nationalistes’ ou ‘gentils patriotes contre méchants mondialistes’, que nous préparent des catcheurs habitués aux mises en scène grandiloquentes n’aura pour effet que de masquer une fois de plus les enjeux les plus cruciaux »13. Les européistes viscéraux multiplient les avertissements au bon peuple, par voie de presse interposée. Il n’est pas un jour sans que l’on nous fasse le coup du chantage à la peur : les populistes seraient à l’offensive14, profitant lâchement de ce que la magie Macron ne fonctionne plus15 et de l’appui des « fake news » distillées par le méchant ours russe (le faiseur d’élections). Et pour mieux fausser (vicier tout débat comme ce fut le cas lors du second tour de la présidentielle de mai 2017), nos élites bienpensantes n’ont pas trouvé mieux pour « interdire toute réflexion de fond sur les carences de l’Union européenne et son incapacité à nous protéger comme à nous faire prospérer » de focaliser la campagne sur le seul thème du barrage aux populistes16.

LES INTELLECTUELS MONTENT AU CRÉNEAU

Seuls quelques voix isolées prêchant dans le désert nous incitent à aller au fond des choses et à ne pas nous contenter de l’écume des jours médiatiques. À l’occasion de la parution de son dernier ouvrage, véritable réflexion d’ensemble sur les maux de notre pays et de notre monde17, Jean-Pierre Chevènement invite à « remettre sur la table toutes les données de la construction européenne, réunir une grande conférence européenne et revoir les traités »18. Natacha Polony, toujours elle, incite à une « travail de décryptage pour éclairer le citoyen plutôt que de l’évangéliser. L’Europe est à un tournant. Escamoter ce débat pour préserver un modèle qui a échoué serait totalement irresponsable »19. Pour sa part, Hubert Védrine, de manière plus diplomatique, souligne justement que les partis populistes se nourrissent du décrochage des classes populaires et moyennes par rapport à la mondialisation, rappelant au passage qu’il avait « alerté depuis longtemps sur le risque que les élites européistes deviennent une locomotive sans wagon… l’Occident a perdu le monopole de la conduite du monde »20. Si le scrutin du 26 mai prochain tournait au fiasco, nos dirigeants ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Il suffisait qu’ils prennent le temps de lire quelques avis éclairés et indépendants pour prendre conscience du mal profond qui frappe l’Europe. Il est vrai que le refus de la fusion Alstom/Siemens par la Commission européenne21 conjuguée à l’escalade verbale et la pantomime diplomatique entre la France et l’Italie n’ont rien fait pour redorer le blason terni du paquebot Europe. À l’instar du Titanic, sa croisière pourrait se conclure prochainement sur l’iceberg de la défiance des peuples.

LE CONSTAT ACCABLANT DE RÉGIS DEBRAY

Dans cette atmosphère, pour une fois bien caractérisée par Alain Juppé lors de son allocution de départ à la Mairie de Bordeaux (un esprit public « délétère », « la montée de la violence, le discrédit des hommes et des femmes politiques, le ‘tous pourris’, la stigmatisation des élites ». « Dans ce climat général infecté par les mensonges et les haines que véhiculent les réseaux sociaux, la vie publique est lourde à porter »22), la voix d’un intellectuel nous est annoncée par Le Monde : « L’Europe ne fait plus soupirer, mais grincer »23. La critique de son essai soft (45 pages) est alléchante24. Elle rappelle, par certains aspects, ce que notre site écrivait il y a un mois sur le sujet25. C’est que Régis Debray ne manie pas la langue de bois. Il éclaire notre lanterne pour mieux comprendre le mal qui ronge la structure du paquebot Europe26. Que nous dit Régis Debray à ce sujet dans ce premier numéro de la nouvelle collection « Tracts » ? À travers dix brefs chapitres (« Un crédo laïque, Un temps pour tout, Une malfaçon originelle, La grammaire fédérative, Un véhicule sans moteur, Le Turn-over hégémonique, Des avertissements pour mémoire, L’ère post-européenne, La défense européenne et La confusion des sentiments »), l’auteur nous enchante. La forme est au service du fond. La culture est au service de la politique. L’histoire est au service du présent. La réflexion est au service de l’action. Tels sont les principaux mérites de l’approche de Régis Debray qui réussit le tour de force de poser un diagnostic pertinent en si peu de pages. Mais quelle densité de pensée et d’écriture ironique, au meilleur sens du terme. L’Europe est mal en point tant elle repose sur la conjonction d’une approche religieuse et d’une erreur de conception. Ceci étant posé, le postulat du fédéralisme appliqué à une structure sans âme débouche sur un bateau ivre aux ordres de l’Amérique (« Les Européens se sont accommodés de la vassalisation » de Jean-Pierre Chevènement), du globish, des comptables et des juristes. En un mot, l’Europe n’existe que par ses incantations, ses photos de famille, ses documents « feuille de vigne ». « L’Europe défaille parce qu’il n’y a pas assez d’Europe : réaction quasi réglementaire des militants d’une cause à sa mise en échec par les malheurs du temps ». Comment mieux résumer la pensée de Régis Debray que par ces quelques mots ?

Nous livrons ici une citation, parmi des dizaines aussi pertinentes, que nous avons particulièrement appréciée :

« Il (Paul Valéry, ‘clinicien de génie et Européen archi-militant’) nota dès 1938 que ‘l’Europe n’aura pas eu la politique de sa pensée’ et conclura, avant de mourir, ‘l’Europe est finie ‘. Un avis de décès en 1945 quand elle n’avait pas encore commencé, peut sembler une grosse bourde, mais il avait de l’avance. L’Europe finissait, et l’Occident commençait, chapeautant la première. Ce ne serait ni le même périmètre ni le même esprit… Cela aura bien son ‘architecture de sécurité’, le Traité de l’Atlantique nord, chaîne de commandement partant et aboutissant à la Maison Blanche… » (page 28).

Tout est dit et bien dit !

Croit-on un seul instant que c’est en ignorant le mal que l’on pense le traiter efficacement ? S’il est bienvenu de plaider pour une « Europe pragmatique » comme le fait le député européen Arnaud Danjean27, ses avocats sont bien en peine de nous en confier la recette. À ce jour, l’Europe excelle plutôt dans l’idéologie (le mantra de la concurrence) et dans l’inefficacité (face à la Chine et aux États-Unis). Pour mieux comprendre les maux de l’Union, quoi de mieux que de prendre le temps de lire très attentivement cet opuscule petit par la taille mais grand par sa densité de Régis Debray ! C’est le conseil que nous prodiguons à nos lecteurs pour qu’ils en sachent un peu plus sur cette Europe fantôme à cent jours d’un scrutin important pour son avenir.

13 Natacha Polony, C’est maintenant que l’Europe a besoin de nous, Marianne, 15-21 février 2019, p. 3.
14 Anne Rovan, Européennes : les partis populistes à l’offensive. L’UE redoute une percée des partis populistes, Le Figaro, 15 février 2019, pp. 1-2.3.
15 Anne Rovan, La magie autour de Macron n’opère plus, Le Figaro, 15 février 2019, p. 3.
16 Natacha Polony, précitée.
17 Jean-Pierre Chevènement, Passion de la France, Robert Laffont, février 2019, 1568 pages.
18 Jean-Pierre Chevènement, « Retrouver le sens de l’intérêt public » Le Monde, 17-18 février 2019, p. 8.
19 Natacha Polony précitée.
20 Hubert Védrine (propos recueillis par Isabelle Lasserre), « Les élites européistes deviennent une locomotive sans wagons », Le Figaro, 15 février 2019, p. 4.
21 Alstom/Siemens, La confusion ferroviaire (quatre tribunes), Le Monde, Économie & Entreprise, 17-18 février 2019, pp. 6-7.
22 Discours prononcé par Alain Juppé à l’occasion de son départ de maire de Bordeaux, Bordeaux, 14 février 2019.
23 Régis Debray, « L’Europe ne fait plus soupirer, mais grincer », Le Monde, 15 février 2019, p. 22.
24 Uriel Gadessaud/Nicolas Truong, Pavane pour une utopie à l’agonie, Le Monde, 15 février 2019, p. 22.
25 Guillaume Berlat, Pavane pour une Europe défunte, www.prochetmoyen-orient.ch , 14 janvier 2019.
26 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, Tracts, février 2019.
27 Loris Boichot, Arnaud Danjean (LR) plaide pour une « Europe pragmatique », Le Figaro, 16-17 février 2019, p. 6.
 
 
NATHALIE LOISEAU FRAPPÉE DE PSITTACISME – Ali Baba. « Ce qui d’abord est gloire à la fin est fardeau » (Victor Hugo, La légende des siècles). Inconnue du grand public, il y a quelques semaines encore, la ministre en charge des Affaires européennes, Nathalie Loiseau est en passe de devenir la coqueluche des médias. Il ne se passe pas un jour sans qu’elle ne s’exprime sur les radios28, qu’elle ne crève l’écran de nos lucarnes, qu’elle n’écrive dans nos journaux. Ainsi, notre diplomate de 55 ans, ex-directrice de l’ENA, ex-collaboratrice d’Alain Juppé (dont elle ne cesse de vanter les immenses mérites) passe de l’ombre à la lumière, de l’anonymat à la notoriété. C’est donc pour nous un immense plaisir et un grand honneur de la retrouver aujourd’hui dans les pages du très sérieux quotidien Le Monde. Et, pas n’importe comment, avec deux superbes photos avantageuses de cette sémillante ministre. Et, pas n’importe où, en une29 et en deuxième page30 comme les grands de ce monde. La rançon de la gloire en quelque sorte en plagiant Georges Brassens. À quelques semaines d’élections au Parlement européen qui ne se présentent pas sous les meilleurs auspices pour les conservateurs et les socio-démocrates31, la ministre de l’Europe fait feu de tout bois. Son exercice dans la plus pure tradition de la langue de bois épaisse n’est qu’un robinet d’eau tiède. Mais, heureusement, le prochain retour de Zorro sur nos écrans nous est annoncé par les milieux toujours bien informés, toujours prompts à désinformer.

UN ROBINET D’EAU TIÈDE DE LOISEAU DE MAUVAIS AUGURE

Nathalie Loiseau parle, parle beaucoup, parle trop. Et notre brillante ministre des Affaires européennes de nous dérouler son habituel brouet. C’est Candide au Quai d’Orsay ! Nous apprenons que la France travaille avec tous les pays de l’UE (n’est-ce pas le propre des diplomates ?), que « le projet européen est un projet de partage, pas de division » (nous ne nous en étions pas aperçus !). C’est ce que l’on appelle trivialement enfoncer des portes ouvertes. Le moins que l’on puisse dire est que les Européens sont apparus plus divisés que jamais face aux coups de boutoir du vice-président américain, Mike Pence lors de la Conférence sur la sécurité internationale à Munich la semaine dernière32 (comme ils le sont sur la question du retour des djihadistes de Syrie33 ou sur celle du géant chinois des télécommunications Huawei34). Seule la chancelière allemande a tenu la dragée haute à la furia venue de Washington35. Nathalie Loiseau nous apprend que tout va pour le mieux avec nos amis allemands qui se sont ralliés à la proposition française de budget de la zone euro. Qu’est-ce que cela va-t-il changer pour le citoyen ?

La ministre enfourche son cheval de bataille sur les méchants nationalistes qu’elle oppose aux bons progressistes. Citant son bon maître Jupiter-Pinocchio 1er, elle évoque « une lèpre qui monte », un « vent mauvais qui souffle sur le continent ». Mais, heureusement, Nathalie Loiseau ne veut pas mettre la tête dans le sable. Elle « prend le risque d’affronter ce vent mauvais ». Alléluia ! Il est vrai qu’il est plus facile de stigmatiser Viktor Orban que de lutter contre cette lèpre de l’antisémitisme en France36. Que fait l’Europe experte en traités et en procédures pour combattre efficacement ce fléau ?37 Mais, nous sommes rassurés. En dépit d’une déroute des partis traditionnels (« la fin de la cogestion entre le PPE et le S&D »), nous n’avons rien à craindre car « dans une telle configuration, le groupe des nationalistes ne pèsera guère ». Mais, pourquoi nous faire peur si cette élection ne changera rien à l’ordre parlementaire ancien ? Nathalie Loiseau est obligée de confesser que la République en marche sur la tête ne dispose pas d’un groupe au Parlement européen. Elle en profite pour donner un coup de patte – son sport favori – au Rassemblement national ! « qui n’est nulle part si ce n’est dans les enquêtes judicaires pour emplois fictifs de collaborateurs ». Cette Dame oublie la présomption d’innocence. Cette Dame omet de dire que tous les partis pratiquaient cette chose, y compris ses alliés du MODEM. Ce qui explique le départ précipité de trois membres de ce parti moins de trois mois après son entrée au gouvernement. Cette Dame omet de rappeler que son mentor, Alain Juppé a été condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Nathalie Loiseau peine à convaincre que Ciudadamos (allé de LREM) en Espagne s’allie avec l’extrême droite de VOX en Andalousie. Nathalie Loiseau, qui ne s’interroge pas sur les causes profondes de la « crise des gilets jaunes », nous assène doctement « qu’aucun dirigeant politique en Europe n’est à l’abri d’un malaise social ». Bravo à Madame de la Palice.

La ministre déroule ensuite son robinet d’eau tiède classique sur la Perfide Albion à propos du « Brexit ». Elle conclut son exposé magistral par les préoccupations des Européens par les « tentatives de manipulation, de désinformation et d’immixtions dans les processus électoraux portés par les gouvernements ». Un classique du genre. C’est bien connu, tout ce qui va mal en Europe et en France est de la faute au méchant Poutine. On l’aura compris, tout ceci n’est pas très sérieux ! Cette personne a largement atteint son seuil d’incompétence.

Mais, nous n’avions pas tout vu et tout lu…

LE PROCHAIN RETOUR DE ZORRO SUR NOS ÉCRANS

Après une cure de silence médiatique justifiée par la crise des « gilets jaunes », on annonce au bon peuple que le chef de l’État va bientôt lui parler dans la lucarne pour le ramener à de meilleurs sentiments. En effet, le président de la République Emmanuel Macron enverra un « signal d’alarme » lors d’un prochain discours visant à mobiliser les Européens en vue notamment des élections européennes de mai, a-t-on appris dans les milieux bien informés. La date du discours n’est pas encore fixée mais il devrait intervenir « fin février-début mars », précise-t-on au château. « Ce sera l’intervention la plus forte depuis la Sorbonne, en contenu et en message », nous dit une source, en référence au discours de septembre 2017 lors duquel le chef de l’Etat avait présenté ses ambitions de réforme de l’Union européenne. Emmanuel Macron dira l’urgence qu’il y a à ses yeux de poursuivre la construction européenne pour mieux armer le continent faces aux menaces et à la compétition mondiale. A quelques semaines de la sortie théorique prévue du Royaume-Uni de l’Union européenne, le 29 mars, « le moment est grave », ajoute la source. « Si nous, Européens, ne voulons pas connaître de nouveaux Brexit et être enfermés dans une forme de défense béate du statu quo, il faut se réveiller », a-t-elle poursuivi. « Le moment est propice pour avoir ce signal d’alarme ». Emmanuel Macron invitera les dirigeants européens à tirer les conséquences du Brexit en répondant aux malaises qui traversent les sociétés, dont les « Gilets jaunes » sont selon lui une manifestation, et inviter les électeurs à se mobiliser pour empêcher les partis nationalistes d’en tirer profit. Il ne s’agit pas pour le président d’offrir de nouvelles options dans les négociations du Brexit, précise-t-on. Emmanuel Macron devrait concentrer son discours sur quelques « thèmes forts » articulés autour du concept de « l’Europe qui protège » décliné depuis le début de son quinquennat. Il devrait notamment s’exprimer sur la politique commerciale, dans le contexte des menaces américaines, la politique de la concurrence, après le refus de la fusion entre Alstom et Siemens dans le ferroviaire par la Commission, le numérique, avec le défi de la fiscalité des géants du secteur, et la politique de lutte contre le dérèglement climatique38. Tout un programme.

On l’aura compris, c’est du lourd, du très lourd. Mais, si le président a autant de succès – d’insuccès serait le terme plus approprié – avec sa nouvelle initiative qu’avec son projet de refondation de l’Europe présenté à la Sorbonne à l’automne 2017, nous avons quelque souci à nous faire pour les élections du 26 mai prochain. Une Europe qui protège, qui pourrait ne pas être en accord avec ce pieu objectif ! Mais contre qui et comment ? Là est la question à laquelle nous n’avons pas le moindre début de commencement de réponse… C’est qui s’appelle tenter de donner de la chair à la chimère européenne.

« Périodiquement déçue mais toujours solvable est l’Espérance »39. Il y a fort à parier que ce matraquage diplomatique ne change rien à l’affaire tant Nathalie Loiseau, que personne n’écoute40, est hors sujet. Qu’elle essaie au moins de comprendre la menace qui pèse sur l’avenir de l’Union plutôt que de sauter comme un cabri en répétant l’Europe, l’Europe. Faire de cette donnée un argument d’autorité servi ad nauseam, pour couper court à toute réflexion partagée, n’est pas bon signe. Car de nos jours, qu’on le veuille ou non, l’Europe ce n’est plus la solution, c’est de plus en plus le problème. La charrue que l’on a mise avant les bœufs n’a pas creusé de sillon. La grammaire fédérative ne fonctionne plus. Le pluriel n’a pas conduit au singulier. La foi s’est transformée en mauvaise foi. Comme l’écrivait il y a bien longtemps déjà Paul Valéry : « L’Europe n’aura pas eu la politique de sa pensée ». Décidément, face à l’évidence de « l’Europe finie », toujours du même écrivain, de l’Europe jeu d’ombres, Nathalie Loiseau est frappée de psittacisme !

28 Ali Baba, Nathalie Loiseau : Perserverare diabolicum !, www.prochetmoyen-orient.ch , 21 janvier 2019.
29 Nathalie Loiseau s’inquiète du repli européen, Le Monde, 19 février 2019, p. 1.
30 Nathalie Loiseau (propos recueillis par Alain Salles et Marc Semo), « Le choix d’affronter la poussée nationaliste », Le Monde, 19 février 2019, p. 2.
31 Jean-Baptiste Chastand/Cécile Ducourtieux, Vers un Parlement européen plus éclaté que jamais, Le Monde, 19 février 2019, p. 4.
32 François d’Alançon, À Munich, les Européens otages des rivalités entre grandes puissances, La Croix, 18 février 2019, p. 16.
33 Jean-Pierre Stroobants/Thomas Wieder/Madjid Zerroki, L’Europe indécise face au retour des djihadistes, Le Monde, 20 février 2019, pp. 1-2.
34 Elsa Bembaron, L’Europe toujours divisée face « au risque Huawei », Le Figaro, Économie, 19 février 2019, p. 23.
35 Nicolas Barotte, Angela Merkel seule en scène pour défendre le multilatéralisme, Le Figaro, 18 février 2019, p. 6.
36 Aline Leclerc, Antisémitisme : les « gilets jaunes » face à leurs responsabilités, Le Monde, 19 février 2019, pp. 8-9.
37 Edwy Plenel, Contre l’antisémitisme sans confusion, www.mediapart.fr , 19 février 2019.
38 Macron va envoyer un « signal d’alarme » pour mobiliser les Européens , Agence Reuters, 18 février 2019.
39 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 2.
40 Chez Pol, Européennes : personne n’écoute Nathalie Loiseau, www.liberation.fr , 20 février 2019.

Print Friendly, PDF & Email