Observatoire Géostratégique

numéro 222 / 18 mars 2019

ORIENT-ATIONS 220

MARC DE MIRAMON DE RETOUR DE DAKAR : MACKY SALL REELU SUR UN CHAMP DE RUINES – Les scores honorables réalisés par l’opposition illustrent autant le bilan en demi-teinte de Macky Sall qu’une décomposition du paysage politique sénégalais. La conférence de presse conjointe tenue le soir du premier tour par Idrissa Seck et Ousmane Sonko, au-delà de l’impératif de présenter un front commun en vue d’un éventuel deuxième tour pour chasser Macky Sall du pouvoir, illustre les profonds bouleversements en cours dans la vie politique sénégalaise. En effet, quoi de commun entre l’ancien Premier ministre, « fils » d’Abdoulaye Wade, et le député nationaliste, pourfendeur du Franc CFA et d’un Sénégal corrompu vendu aux « Gaulois » ? Le brouillard s’épaissit encore d’avantage si l’on considère le ticket formé par le libéral Idrissa Seck et le « socialiste » Khalifa Sall, dont on peine à comprendre quelles convergences de programme pourraient bien réunir deux hommes supposés porter des convictions aux antipodes : le culte de l’effort et d’une réussite individuelle censée « ruisseler » sur le reste de la société pour l’un, l’idéal d’égalité et de solidarité pour l’autre.

Certes, la décomposition vient de loin, provoquée autant par les alliances hétéroclites bâties pour venir à bout du système « socialiste » d’Abdou Diouf et celui du « libéral » Abdoulaye Wade, que de l’écroulement des idéologies accéléré par la chute du mur de Berlin.

Aucun pays ou presque n’échappe à cette confusion ambiante, la France en premier chef : « l’ouverture » à gauche pratiquée par Nicolas Sarkozy en 2007 et le mandat catastrophique de François Hollande (2012-2017), marqué par de profonds reculs sociaux opérés pour complaire à la technostructure européenne, ont ouvert la voie à la victoire d’Emmanuel Macron, ex-banquier d’affaires soutenu par les grandes fortunes françaises et candidat « anti-système » autoproclamé.

Au Sénégal, la réélection de Macky Sall ne faisait guère de doutes avant le premier tour. En sillonnant sans relâche le pays profond trois ans durant, avant l’échéance de 2012, visitant les coins les plus reculés et les plus abandonnés du pays, il s’est assuré du soutien massif des campagnes, parfois reconnaissantes pour le forage d’un puits d’eau ou l’installation de générateurs solaires de proximité. L’adhésion dans les grandes villes s’avère plus problématique, tant le Chef de l’Etat a échoué à s’attaquer au chômage de masse ou à faire progresser les indices de développement humain. Lesquels reculent à l’heure où la sacro-sainte croissance, calculée pour séduire les bailleurs de fonds (FMI, Banque Mondiale) et les investisseurs étrangers, s’envole sur fond de futur jackpot pétrolier et gazier.

Avec la disparition relative des partis d’inspiration socialiste ou communiste, la critique du néocolonialisme économique a été mise en jachère, jusqu’à sa récupération par des profils politiques difficilement identifiables : à la grande surprise de l’observateur français, un suprémaciste noir nommé Kemi Seba, qui s’acoquinait à Paris avec l’extrême droite xénophobe au nom de la séparation bien comprise des noirs et des blancs, a pu rencontrer une certaine audience à Dakar en s’attaquant non sans habileté au néocolonialisme tricolore et aux problèmes posés par le Franc CFA.

Ousmane Sonko surfe sur des thématiques identiques, mais il semble n’avoir rien compris à la marche du monde. La « Françafrique », si puissante dans les années 60 et 70, n’est plus que l’ombre d’elle-même et malgré le poids des multinationales françaises au Sénégal comme dans l’ancien pré-carré (Gabon, Congo-Brazzaville, Côte d’Ivoire…), son pouvoir de nuisance est sur l’éteignoir, concurrencée par l’appétit féroce des Chinois, des Turcs, des Russes, des Indiens, et bien sûr des Américains.

Grâce entre autres à son colonialisme militaire, à l’exorbitant privilège du dollar et de l’extraterritorialité du droit américain – un outil impérial d’une violence inouïe qui s’arroge le droit de juger et de condamner le monde entier sans réciprocité – Washington ne cesse de renforcer ses positions en Afrique. L’immense ambassade sortie de terre en 2012 sur la pointe des Almadies symbolise cette ambition dévorante, et ce sont bien des multinationales anglo-saxonnes (Kosmos Energy puis British Petroleum en tête), n’en déplaise à Ousmane Sonko, qui ont raflé l’essentiel des contrats pétroliers et gaziers.

C’est d’ailleurs avec une touchante naïveté que le leader du Pastef, à l’issue d’une audience à la représentation américaine, avait déclaré : « Nous ne désespérons pas de voir un de ces jours ces bandits à col blanc se rendre aux Etats-Unis et qu’ils n’en reviennent pas. Ces dossiers ont été reçus par qui de droit, ils ont accusé réception et ils nous ont demandé un complément de dossier que nous avons fournis. Moi même, j’ai été reçu à deux reprises ici à l’Ambassade des Etats-Unis et j’ai été largement entendu par le Procureur qui était là-bas sur la question ».

Dénoncer l’impérialisme crépusculaire de l’un tout en se jetant dans les bras scintillants de l’autre, voilà qui semble, hélas, un discours gagnant dans le Sénégal d’aujourd’hui.
 
 
LA HAINE SUR INTERNET – Roseline Letteron, 28 février. Dans son discours au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), le Président de la République a confirmé qu’une proposition de loi serait bientôt déposée, probablement au mois de mai, pour lutter contre les discours de haine sur internet.

UNE PROPOSITION DU PRESIDENT

On pourrait évidemment s’interroger sur l’étrangeté d’une telle annonce. En principe, une proposition de loi émane d’un parlementaire alors qu’un projet de loi émane du gouvernement. En annonçant lui-même le dépôt d’une proposition de loi, le Président de la République admet implicitement une certaine forme d’instrumentalisation de l’initiative parlementaire. Ce n’est cependant pas la première fois, et la loi "Fake News" sur la manipulation de l’information comme la loi du 30 juillet 2018 sur le renforcement du secret des affaires ont toutes deux été attribuées à l’initiative d’un député alors qu’elles étaient le produit de l’Exécutif, le parlementaire LREM étant invité à porter un texte qu’il n’a pas rédigé.

En l’espèce, la parlementaire désignée est Laetitia Avia (Paris, LREM). Avec l’écrivain Karim Amellal et le président du Crif Gil Taieb, elle est déjà l’auteur d’un rapport consacré au renforcement de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur internet, remis au Premier ministre en septembre 2018. Il suggère un certain nombre de mesures concrètes que le Président Macron reprend, au moins en partie, à son compte. Alors que la proposition de loi n’est pas encore déposée, la seule question qui se pose est de savoir si elle est utile.

L’ETENDUE DE LA « HAINE », EN TERMES JURIDIQUES

Doit-on d’abord intégrer cette notion de "haine" dans le droit positif ? Son emploi peut surprendre, tant il est vrai que le droit a vocation à contrôler des comportements, pas des sentiments. Le rapport Avia/Amellal/Taieb ne se pose pas de question de ce type et mentionne la "lutte contre le racisme et l’antisémitisme" parmi ce qu’il dénonce comme "des discours de haine multiformes". Aucune définition de la haine n’est donc proposée, comme si elle se limitait au racisme et à l’antisémitisme. Dans son discours au Crif, le Président Macron reprend cette notion qu’il ne questionne pas davantage. Or elle trouve son origine dans le droit américain qui parle de "crime de haine" ou de "discours de haine", le plus souvent sanctionnés par des mécanismes de responsabilité civile. Au niveau fédéral, un discours de haine désigne un propos motivé, au moins en partie, par des considérations liées à la race, à la religion, à l’ethnie, au genre, à la préférence sexuelle ou au handicap. La liste n’est pas exhaustive et renvoie à toute volonté de discrimination, quel qu’en soit le fondement. Elle dépasse donc largement le champ du racisme et de l’antisémitisme.

C’est précisément cette étroitesse qui rend la notion de "haine" inutile en droit français. Le principe de non-discrimination est plus efficace, car il fait partie de notre système juridique et il est loin de se limiter au racisme et à l’antisémitisme. L’article 1er de notre Constitution affirme ainsi que la France "assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion", liste que le droit français considère comme non exhaustive. Le Conseil constitutionnel évoque désormais régulièrement l’interdiction de toute discrimination, "de quelque nature qu’elle soit" entre les personnes. Cette position est également celle de la Cour européenne des droits de l’homme et des juges du fond.

Une loi réservant le discours de haine aux seuls propos racistes et antisémites pourrait susciter un effet pervers particulièrement redoutable. Des propos discriminatoires liés à la religion, au sexe ou à la préférence sexuelle, au handicap ou à tout autre élément de l’identité d’une personne ne seraient pas considérés comme haineux. On serait alors conduit à reconnaître des degrés dans les discriminations, entre celles qui sont haineuses et celles qui ne le sont pas, avec le risque que certains considèrent que tel ou tel type de discrimination n’est pas si grave, puisqu’il ne relève pas du discours de haine.

Ah les salauds ! Ridan 2012

LE RETRAIT DES CONTENUS

Le contenu de la future proposition de loi n’est pas encore connu, mais certaines pistes sont déjà explorées, tant par le rapport Avia/Amellal/Taieb que par les déclarations de certains membres du gouvernement.  L’essentiel réside dans une volonté de contraindre les réseaux sociaux à retirer rapidement les "contenus haineux" qui se propagent très rapidement sur ces supports. Emmanuel Macron s’est borné à affirmer que ce retrait devrait intervenir "dans les meilleurs délais" mais le rapport se montre plus précis et évoque un délai de 24 heures.

La loi pour la confiance dans l’économie numérique du 21 juin 2004 prévoit déjà une procédure de retrait des contenus illicites qui ne pèse sur les fournisseurs d’accès qu’à partir du moment où ils ont connaissance de ce caractère illicite de l’information, c’est à dire concrètement à partir du moment où une notification très détaillée leur a été remise. Ils doivent alors, aux termes de la loi, agir "promptement pour retirer ces données", formule qui manque de précision, même si le juge judiciaire peut intervenir en référé pour prescrire un tel retrait dans un délai plus précis.

Il est certainement important de supprimer le plus rapidement possibles des réseaux sociaux les messages discriminatoires qui risquent de s’y répandre de manière virale. La mise en oeuvre risque toutefois d’être délicate.

D’une part, le rapport suggère de limiter cette contrainte aux seuls réseaux et moteurs de recherche de grande taille, de type Facebook, Google, Twitter etc. Cette réserve risque de susciter une rupture de l’égalité devant la loi que la seule taille du réseau ne suffit pas à justifier : si un contenu est considéré comme illicite, il doit disparaître aussi rapidement que possible d’internet, quel que soit le site ou le réseau sur lequel il peut être lu.

D’autre part, la distinction entre le licite et l’illicite n’est pas toujours nette et des débats peuvent surgir à ce propos. Le rapport suggère alors une "mise en quarantaine" du contenu litigieux en attendant qu’une autorité de régulation, qui devrait être créée par le législateur, se prononce sur ce cas. La tentation sera grande d’utiliser cette procédure pour envoyer en quarantaine des propos qui déplaisent mais qui n’ont rien de discriminatoire. Et le temps que l’autorité de régulation se prononce, le message aura perdu de son acuité. Compte tenu de la rapidité de la circulation de l’information sur internet, mettre en quarantaine un message revient à le faire disparaître, sans aucun contrôle. Dans ces conditions, ne serait-il pas plus simple et surtout plus respectueux des droits de la défense de renforcer les pouvoirs du juge des référés dont l’intervention est toujours sur le fondement de la loi de 2004 ?

LA RESPONSABILITE Des PLATEFORMES  

La menace d’une très forte amende s’ils ne retirent pas suffisamment rapidement les contenus discriminatoires devrait conduire les réseaux sociaux à renforcer leurs procédures de modération. Mais la loi française, aussi volontariste soit-elle, serait elle réellement en mesure d’imposer à Twitter ou à Facebook de s’intéresser à une fonction de modération que, pour le moment, les réseaux sociaux n’exercent qu’a minima ? On peut en douter, et les autorités françaises reconnaissent indirectement cette difficulté. Edouard Philippe, dans un discours prononcé lors de la remise du Prix Ilan Halimi le 12 février, a annoncé le lancement d’une expérimentation avec Facebook dans un but de régulation des contenus. De son côté, le rapport Avia/Amellal/Taieb suggère la création d’un "Observatoire de la haine en ligne" qui serait chargé d’identifier le phénomène et d’analyser les mécanismes de propagation. Il n’en demeure pas moins que l’action préventive ne peut exister sans la coopération des réseaux sociaux eux-mêmes. 

D’autres éléments de la future proposition demeurent, pour le moment, très incertains. Emmanuel Macron affirme ainsi que sera envisagée la possibilité de lever l’anonymat sur les réseaux sociaux. La formule n’est pas claire. En réalité, il n’existe pas d’anonymat total dans ce domaine, mais seulement une possibilité de recourir à un pseudonyme. Dans l’état actuel du droit, les juges peuvent donc demander au gestionnaire du réseau l’identité de la personne qui se cache derrière un pseudonyme, permettant ainsi d’engager des poursuites pénales en cas de contenu discriminatoire. L’anonymat n’est donc pas un moyen de soustraire à la justice, à la condition toutefois que la justice engage des poursuites.

La future proposition de loi visant à lutter contre la haine sur internet n’est pas encore prête à être discutée, ni même déposée. Les notions employées ne sont pas clairement définies, les procédures restent floues. L’ensemble laisse, du moins pour le moment, une forte impression d’improvisation. La recrudescence de l’antisémitisme constatée ces dernières semaines suscite une certaine fébrilité, une volonté de réagir à chaud, mais la précipitation est souvent mauvaise conseillère en matière législative.   Comme toute proposition de loi, celle-ci ne s’accompagnera d’aucune étude d’impact, et la question ne sera sans doute pas posée de son utilité. Avant d’empiler les dispositifs législatifs, il conviendrait pourtant de dresser le bilan des textes applicables en matière de discrimination, et de voir s’il ne suffirait pas, tout simplement, de les mettre en oeuvre avec rigueur.

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ALLO BENALLA ! LES CABINETS SONT OBSTRUÉS  – Guillaume Berlat. À toute chose malheur est bon nous rappelle l’adage populaire. Au-delà de ses aspects purement politiciens sur lesquels nous n’avons rien à dire de plus que ce qui est connu et dit par les médias, le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla1 est instructif à plus d’un titre. Et cela à condition de prendre le temps de le lire dans son intégralité et non de se contenter d’extraits savamment choisis par les médias2. Nous limiterons notre propos au rôle exorbitant des membres des cabinets sous la Vème République. Sujet emblématique des dysfonctionnements de l’État sur lesquels notre site avait déjà appelé l’attention de ses lecteurs en février 20173, en août 20174 et en novembre 20175. Nous avions tout particulièrement insisté sur le rôle particulièrement néfaste de ces « cabinards » dans le fonctionnement normal de l’État (auquel il convient d’ajouter les incises sur le sujet contenues dans d’autres articles). C’est que « les évènements viennent de loin », surtout dans la sphère politique, comme le souligne justement Günter Grass. Après avoir pris connaissance de quelques extraits sélectionnés du rapport consacrés à ces OJNI (objet juridique non identifiés) que sont ces membres des cabinets ministériels (Présidence de la République, Premier ministre, ministres, ministres délégués, secrétaires d’État…), nous livrerons à votre appréciation critiques quelques remarques choisies.

DE QUELQUES EXTRAITS CHOISIS DU RAPPORT SÉNATORIAL

Il est toujours utile, si ce n’est indispensable, de s’en tenir aux textes et non à leurs gloses pour se faire une idée précise des appréciations suivies de recommandations contenues dans le rapport de la commission des lois du Sénat réunie en formation de commission d’enquête dans l’affaire Benalla6. Commission des lois présidée par le très distingué Philippe Bas.

Appréciations de la commission des lois du Sénat

Début de citation

« Notre enquête a mis en lumière les risques encourus par l’État du fait de l’absence de précautions prises par la présidence de la République pour s’assurer que les intérêts privés de certains de ses collaborateurs n’interfèrent pas avec l’exercice de leurs fonctions et ne compromettent pas leur indépendance, que ce soit pendant l’exercice de leurs fonctions ou après la fin de leur collaboration.

Par ailleurs, la commission des lois a souligné la nécessité de rappeler que les collaborateurs des autorités politiques ne doivent pas interférer avec le bon fonctionnement des administrations, qui ne sont pas placées sous leur autorité mais sous celle du Gouvernement et des directeurs d’administration centrale. L’autorité de fait qu’aurait exercée M. Benalla sur les agents de services de police ou de gendarmerie, mise en lumière par les regrettables évènements du 1er mai 2018, relève d’une confusion préjudiciable à la bonne marche des services de l’État, et qui peut même provoquer de graves perturbations. C’est pourquoi, quel que soit le domaine d’action des conseillers et chargés de mission de la présidence de la République, une instruction présidentielle devrait établir avec fermeté les règles déontologiques applicables aux collaborateurs du chef de l’État et les comportements à observer dans leurs relations avec les administrations placées sous la responsabilité du Gouvernement. En effet, à chaque fois qu’une consigne d’un collaborateur de l’Élysée est donnée directement à un agent public, le bon fonctionnement des services en est affecté, les ministres et les fonctionnaires d’autorité sont court-circuités, le désordre et la confusion progressent dans l’État, comme on l’a constaté dans cette déplorable affaire. Les collaborateurs du chef de l’État ne doivent donc en aucun cas se placer en position hiérarchique directe vis-à-vis des responsables d’administration. Leur mission consiste strictement à assister le Président de la République dans la préparation de ses décisions et dans leur exécution, qui s’effectue sous l’autorité du Premier ministre, des ministres et de leurs directeurs de cabinet, à travers les services dirigés par les directeurs d’administration, les préfets et les ambassadeurs.

De la même façon, le Premier ministre devrait rappeler aux membres de son cabinet, ainsi qu’aux conseillers des ministres, leurs obligations déontologiques. Il est insupportable que, dans notre République, on puisse estimer naturel et non blâmable, comme cela a été fait à plusieurs reprises à l’occasion de cette enquête, qu’un fonctionnaire de rang modeste doive s’incliner devant les exigences du collaborateur d’une autorité politique – collaborateur qui n’est pourtant investi d’aucune responsabilité hiérarchique. L’État ne peut fonctionner ainsi.

Enfin, il n’est pas conforme à l’esprit de la Constitution que des collaborateurs du Premier ministre soient simultanément collaborateurs du Président de la République. Certes, ces deux pouvoirs publics constitutionnels articulés entre eux mais distincts relèvent l’un et l’autre de l’Exécutif. Mais la mission constitutionnelle du Gouvernement, responsable devant le Parlement, n’est pas la même que celle du chef de l’État, dont la responsabilité ne peut être engagée que pour manquement grave aux devoirs de sa charge. Le Premier ministre est le chef de la majorité parlementaire ; le Président de la République a en charge les intérêts fondamentaux de la Nation, bien au-delà des clivages politiques entre la majorité et les oppositions. En somme, le Premier ministre, qui n’est pas le subordonné du Président de la République, ne devrait pas davantage être considéré comme un secrétaire d’État vis-à-vis de son ministre de tutelle.

… un spectaculaire renvoi circulaire des autorités les unes aux autres…

À côté des « conseillers » collaborateurs du Président de la République, dont la nomination par le Président est publiée au Journal officiel2 et dont les fonctions sont connues, votre commission a en effet constaté dès le mois de juillet 2018 que subsistaient un certain nombre d’agents nommés comme « chargés de mission » à l’Élysée qui échappent à toute transparence, alors même qu’ils peuvent pourtant exercer des missions importantes ainsi qu’une influence sur la réflexion, les décisions du chef de l’État et la transmission de ses instructions.

Qu’il s’agisse de l’ascendant d’Alexandre Benalla sur des officiers et fonctionnaires de police de la préfecture de police de Paris, ou du rôle joué par Vincent Crase dans la veille et la diffusion de l’information au cabinet du ministre d’État, ministre de l’intérieur, le poids tout particulier de chargés de mission de l’Élysée dans le déroulement des événements de l’« affaire Benalla » en mai et en juillet 2018, amène à s’interroger sur le périmètre des interventions des collaborateurs de la présidence de la République au sein de l’Exécutif – vis-à-vis tant des membres des cabinets ministériels que des responsables d’administration placés sous la seule autorité du Premier ministre et des membres du Gouvernement en vertu de l’article 20 de la Constitution.

Le renforcement actuel de la présidence de la République résulte d’un effet de « ciseau » combinant, d’une part, la faiblesse relative des cabinets ministériels – dont l’effectif est désormais strictement limité en principe1 – et, d’autre part, l’influence croissante des conseillers de l’Élysée – dont plusieurs sont « communs » ou « conjoints » au cabinet du Premier ministre ».

Recommandations de la commission des lois du Sénat

En fin de rapport sont énumérées les recommandations de la commission pour remédier aux dysfonctionnements analysés sur une centaine de pages.

« Renforcer la transparence dans le fonctionnement de l’Exécutif

Proposition n° 3 : Rappeler par voie de circulaires les règles déontologiques devant régir les relations entre les collaborateurs de la présidence de la République, ceux des cabinets ministériels et les administrations centrales.

Proposition n° 4 : Mettre fin à l’expérience des collaborateurs « officieux » du Président de la République et faire respecter strictement leurs obligations déclaratives à tous les chargés de mission de l’Élysée.

Proposition n° 5 : Conditionner le recrutement des collaborateurs du Président de la République à la réalisation d’une enquête administrative préalable, afin de s’assurer de la compatibilité de leur comportement avec les fonctions ou les missions susceptibles de leur être confiées.

Proposition n° 6 : Prévoir par la loi des sanctions pénales en cas de manquement aux obligations de déclaration d’une nouvelle activité à la commission de déontologie de la fonction publique ».

Fin de citation

Après le champ d’exploration des faits objectifs, vient tout à fait logiquement celui de l’analyse subjective, celle des jugements de valeur pour mieux apprécier les limites d’un exercice dont la dimension politique, pour ne pas dire politicienne, n’est pas absente. Il ne s’agit certainement pas de prendre le parti du président de la République, Emmanuel Macron mais de replacer ce rapport dans son contexte politique et humain. Ce que l’on qualifie de recontextualisation. Comme l’écrivait Goethe, « le but, c’est le chemin ».

DE QUELQUES REMARQUES CHOISIES SUR LE RAPPORT SÉNATORIAL

Nous limiterons une fois de plus notre réflexion à quelques remarques permettant de caractériser ce rapport dans toutes ses dimensions : sa pertinence certaine et son hypocrisie tenant au parcours spécifique de son président, Philippe Bas.

La première remarque qui s’impose est que l’on ne peut que se féliciter du travail fourni par la commission d’enquête du Sénat présidée par la chattemite Philippe Bas surtout si on le compare au néant de son homologue de l’Assemblée nationale présidée par la tyrannique Yaël Braun-Pivet, spécimen emblématique de la République en godillot. Au moment où l’on songe à reformer le Parlement, il serait opportun de se souvenir de cette fable. Les connaisseurs savent d’expérience que les rapports des Sénateurs (le plus souvent rédigés par des administrateurs du palais du Luxembourg, faut-il le préciser) sont souvent de meilleure facture que ceux des députés. Il s’agit d’un constat aussi objectif que possible que vient conforter la lecture du rapport sur l’affaire Benalla. Nous sommes en présence d’une affaire gigogne où persistent de nombreuses zones d’ombre7.

La deuxième remarque qui vient à l’esprit est que dans notre Douce France, l’on ne semble seulement découvrir des problèmes structurels qu’à l’occasion de crises ou de phénomènes paroxystiques comme l’affaire Benalla8. Pourquoi nos brillants esprits sortis de la célèbre école nationale de l’arrogance (ENA) ne se sont-ils pas saisis plus tôt d’un problème qui est bien connu de tous les fonctionnaires côtoyant les « cabinards » (ceux qui sont à la recherche de carnets d’adresse à vendre ailleurs le moment venu) ? La raison est simple : l’élite autoproclamée se vautre dans la pratique des cabinets et ne va pas se faire Hara-kiri9. Il est rare de cracher dans la soupe qui vous permet d’obtenir des promotions rapides, des affectations intéressantes, des décorations (rouges ou bleues) dès le plus jeune âge… Nous nous trouvons au cœur de la problématique de la confusion des genres, une pratique tellement française qu’elle fait les délices de nos partenaires étrangers qui sont plus à cheval que nous sur le principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs.

La troisième remarque tient au ton sentencieux de Philippe Bas tant à l’oral qu’à l’écrit. Une sorte de marquis de Norpois de la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. Souvenons-nous d’où vient ce monsieur qui manie à tour de bras les concepts d’indépendance et d’impartialité ! La lecture de sa biographie réserve toujours quelques agréables surprises pour tous ceux qui ne sont pas au fait du parcours de ce grand serviteur de l’État.

Biographie de Philippe Bas

Né le 20 juillet 1958 à Paris, Philippe Bas est un haut fonctionnaire et homme politique français, membre du parti Les Républicains. Secrétaire général de l’Élysée sous Jacques Chirac et ministre dans le gouvernement Villepin de 2005 à 2007, il est sénateur depuis 2011 et président du conseil départemental de la Manche entre 2015 et 2017. Il est président de la commission des Lois constitutionnelles du Sénat depuis 2014. Ancien élève de l’Institut d’études politiques de Paris (1978) et de l’École nationale d’administration (promotion Louise Michel, 1982-1984), il entre au Conseil d’État en 1984 et devient maître des requêtes en 1987 puis conseiller d’État en 19991. Après avoir été conseiller technique au cabinet du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Formation professionnelle en 1988 auprès de Jean-Pierre Soisson, il est détaché comme conseiller juridique du président sénégalais Abdou Diouf de 1989 à 1992. Il revient brièvement au conseil d’État jusqu’à la victoire de la droite en 1993, quand il rejoint les cabinets ministériels, d’abord à la Santé, aux Affaires sociales et à la Ville comme conseiller auprès de Simone Veil et de Philippe Douste-Blazy entre 1993 et 1994 puis directeur-adjoint du cabinet de la ministre d’État jusqu’en 1995, ensuite au Travail et aux Affaires sociales comme directeur du cabinet de Jacques Barrot de 1995 à 199710.

Le moins que l’on soit autorisé à dire est que le parcours de Philippe Bas est un parcours sans faute sur toute la ligne : le haut fonctionnaire qui se frotte à la politique par le truchement d’un passage par quelques cabinets ministériels avant de prendre quelques maroquins pour échouer au Sénat, pré-retraite qui a tout d’une sinécure agréable.

Éléments saillants

Cette biographie est tout à fait éloquente et permet de mettre en avant quelques éléments qui tendraient à affaiblir la main de Philippe Bas et à relativiser ses jugements à l’emporte-pièce.

Comme par un heureux hasard, cet homme de conviction est conseiller d’État. Il est un pur produit de cette annexe de la comédie française (au sens géographique du terme) qui est aux ordres du pouvoir pour couvrir ses magouilles et celles de l’administration. Une prétendue juridiction (la loi ne parle pas de magistrats mais de membres du Conseil d’État, ce qui en dit long sur cette structure anachronique dans un état de droit authentique) qui est à la fois conseil et juge de l’État11. On frise la loufoquerie12. Comment être juge et partie à la même cause sans encourir un légitime soupçon de dépendance et de partialité ? Concept qu’utilise à plusieurs reprises Philippe Bas dans le corps du texte. Il est vrai que cet homme connaît parfaitement le sens de ces deux termes… dans un sens qui est manifestement le sien.

Comme par un heureux hasard, cet homme a fréquenté les cabinets ministériels. Encore, une fois, il sait ce dont il parle. À l’époque, il semble avoir des prudences de gazelles à critiquer ces structures qui accueillent moultes conseillers d’État. À titre d’exemple, le premier ministre, Édouard Philippe et son directeur de cabinet sont de brillants sujets de la place du Palais-Royal. Le secrétaire général du gouvernement ou SGG (pièce essentielle dans les rouages de l’exécutif), l’ondulant Marc Guillaume est conseiller d’État. Dans les allées du pouvoir, il se murmure que cet homme, grand par la taille, serait le futur vice-président du Conseil d’État à la fin du mandat de Bruno Lassere, l’actuel capitaine du navire administratif. Quoi de plus naturel de juger des turpitudes de l’État avec un « E » majuscule après avoir navigué dans ses arcanes, ses eaux troubles ! Au diable, indépendance et impartialité. Nous sommes au cœur de la fameuse Caste13, de cette Noblesse d’État14. On comprend mieux dans ces conditions le dédain viscéral que manifeste Philippe Bas à l’endroit de cet Alexandre Benalla qui ne sort pas de l’ENA et qui a un nom qui ne respire pas la France profonde de l’entre-soi, des copains et de coquins. Ce mépris profond de tous ces petits marquis vis-à-vis des classes populaires qui sentent « la clope et le diesel » et qui se plaignent d’avoir des fins de mois difficiles. Il est tellement plus courageux de réserver ses coups de pied de l’âne au bouc émissaire Benalla15. C’est tellement moins dangereux que de mettre en cause directement celui qui fut son employeur avant et après l’élection, à savoir le chef de l’État, Emmanuel Macron16. Alexandre Benalla, comme Alexandre Djouhri17, ont la gueule de l’emploi, la tête coupable18. On peut leur taper sur la tête à volonté. « Car même dans un état de droit, sous l’influence de ce que nous portons en nous d’irrationnel ou de malsain, il arrive au pouvoir de soutenir l’injustice »19. Car, l’imagination ne fait jamais défaut aux castes quand il s’agit de préserver leurs prébendes et autres pré-carrés. Le pouvoir rend fou. Il se dit que Gérard Larcher, le président du Sénat souhaiterait épargner Alexis Kohler, Patrick Strzoda et le général Lavergne et se concentrer sur Alexandre Benalla et Vincent Crase. CQFD ! Surtout, lorsque l’on sait que dans d’autres cas de conseillers à la présidence de la République, on se montre moins regardant20. Le feuilleton est loin d’être terminé21.

Comme par un autre heureux hasard, Philippe Bas fut en son temps Secrétaire général de l’Élysée sous Jacques Chirac (le poste qu’occupe aujourd’hui Alexis Kohler considéré comme un vice-président de facto22). Un temps où l’opacité dans le fonctionnement de la présidence de la République était la règle. Pour ceux qui l’auraient oublié, Jacques Chirac a été – en son absence pour raisons de santé – condamné à deux ans de prison avec sursis. L’ancien président a été déclaré coupable de « détournement de fonds publics » et « abus de confiance » dans un des deux volets de l’affaire des emplois présumés fictifs de la Ville de Paris. Si les mots ont encore un sens, le président de la commission des lois du Sénat fut le zélé serviteur d’un escroc, d’un bandit de grand chemin. Il a également fréquenté un certain Alain Juppé, lui aussi condamné dans la même affaire et qui vient de faire une entrée remarquée au Conseil constitutionnel23 après une lettre de recommandation du président de l’Assemblée nationale, un certain Richard Ferrand qui a maille à partir avec la Justice24. Son affaire vient d’être dépaysée. Il y a du crime de lèse-majesté à rappeler au souverain d’hier et d’aujourd’hui ses fautes.

Comme par un autre nouvel heureux hasard, Philippe Bas fut ministre dans le gouvernement de Dominique de Villepin de 2005 à 2007. L’homme du fameux discours devant le Conseil de sécurité de l’ONU du 14 février 2003 pour s’opposer à la sale guerre américaine en Irak. L’homme aussi qui s’est fait remarquer par ses carabistouilles dans l’affaire Clearstream. Un authentique dysfonctionnement de la machine étatique au service d’intérêts partisans sur laquelle il y aurait beaucoup à dire à la lumière des divers procès des protagonistes de cette minable affaire de cornecul. Quel concentré de médiocratie qui ne semble nullement déranger notre petit marquis du Conseil d’État ! Tous ces gens qui confondent le service public et le leur. Pour exister, l’essentiel est de paraître. La vacuité de la démonstration n’a pas la moindre importance, en vérité.

En définitive, Philippe Bas aurait tout intérêt à balayer devant sa propre porte avant de se donner des airs de monsieur propre, de monsieur loyal. Sait-il exactement ce que signifient les termes de déontologie et d’éthique qui truffent son rapport de commission d’enquête ?

Dans le nouveau monde instauré par Emmanuel Macron-Jupiter-Pinocchio, il y a pénurie de tout sauf de ridicule. Quand les choses vont mal, on ne peut que les faire aller mieux en bouleversant l’ordre ancien, c’est bien connu. Sauf que le nouveau monde ressemble étrangement à l’ancien, en pire. Les réalités se chargent de rappeler les plus téméraires à la raison. En définitive, cette commission d’enquête n’était-elle qu’une plaisanterie, une grossière plaisanterie que le Sénat avait organisée pour redorer son blason terni ? Il y a tant de subtilités dans lesquelles le rapport se perd. Mentir vrai, parler faux, telle est la quintessence de ce monument d’hypocrisie. Dans l’affaire Benalla, « Il n’y a pas de vérité moyenne » (Georges Bernanos). Au-delà des amabilités de façade, ce ne sont que cafouillage et confusion des concepts, conclusions intellectuelles pour occulter l’étendue de la catastrophe. Tout était faux parce que tout était vu d’un angle faux, celui du seul chargé de mission à la présidence de la République comme si la terre tournait autour de lui. Comme le souligne Franz Kafka : « la punition est aussi juste qu’inévitable… Peut-on appeler cela de la justice ? »25. Ce rapport sénatorial aura eu un immense mérite, celui de mettre en exergue le fait que les cabinets (ministériels) sont obstrués par l’affaire Benalla… Alexandre, appelez le plombier !

1 Guillaume Berlat, Benallagate : une affaire d’État, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 juillet 2018.
2 « Affaire Benalla ». Rapport d’enquête de la commission des lois du Sénat. Mission d’information sur les conditions dans lesquelles des personnes n’appartenant pas aux forces de sécurité intérieure ont pu ou peuvent être associées à l’exercice de leurs missions de maintien de l’ordre et de protection des hautes personnalités et le régime des sanctions applicables en cas de manquement, 20 février 2019.
3 Guillaume Berlat, La tyrannie des cabinets : une exception française, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 février 2017.
4 Guillaume Berlat, La supplique des cabinets : un mal insupportable, www.prochetmoyen-orient.ch , 28 août 2017.
5 Jean Daspry, Moralisation de la vie publique : le prix des cabinets, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 novembre 2017.
6 Les coups Bas du Sénat, Le Canard enchaîné, 27 février 2019, p. 2.
7 Stéphane Durand-Souffland/Emmanuelle Marnai, Une affaire gigogne où persistent de nombreuses zones d’ombre, Le Figaro, 21 février 2019, p. 4.
8 Laurent Valdiguié, Alexandre Benalla. L’agent toxique, Marianne, 15-21 février 2019, pp. 20-21-22-23.
9 David Sénat, La République des conseillers, Grasset, 2015.
10 https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Bas_(homme_politique)
11 Roseline Letteron, Conseil d’État : l’impartialité garantie par soi-même, www.libertescheries.blogspot.com , 22 octobre 2017.
12 Paul Cassia, l’impartialité du Conseil d’État et la charte de déontologie des juge administratifs, www.mediapart.fr , 23 octobre 2017.
13 Laurent Mauduit, La Caste. Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir, éditions La Découverte, 2018.
14 Pierre Bourdieu, La noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, éditions de Minuit, 1989.
15 René Girard, Le bouc émissaire, Grasset, 1982.
16 Ellen Salvi, Affaire Benalla : « qu’ils viennent me chercher ! » disait Macron. Sauf s’ils sont sénateurs, www.mediapart.fr ,
17 Simon Piel/Joan Tilouine, Londres ordonne l’expulsion de Djouhri, Le Monde, 28 février 2019, p. 16.
18 Romain Gary, La tête coupable, Gallimard, 1968.
19 Éric de Montgolfier, On ne peut éternellement se contenter de regarder les cadavres passer sous les ponts, Cherche Midi, 2017, pp. 50-51.
20 Ellen Salvi, Le conseiller spécial de Macron tiraillé entre deux casquettes, www.mediapart.fr , 27 février 2019.
21 Catherine Nay, Affaire Benalla : suite… et pas fin, Valeurs actuelles, 28 février 2019, p. 12.
22 L’homme en Kohler, Le Canard enchaîné, 27 février 2019, p. 2.
23 Décision du 21 février 2019 portant nomination d’un membre du Conseil constitutionnel, JORF n° 0046 du 23 février 2019, texte n° 3.
 
 
PORTRAITS CROISÉS DE JEAN-YVES LE DRIAN – Jean Daspry. Quel monde médiatique merveilleux que celui dans lequel nous vivons et évoluons ! Le microcosme s’agite sur les plateaux des chaines d’abrutissement en continu sous le feu de nos très chers perroquets à carte de presse. Et c’est à celui qui rapportera le dernier scoop, le dernier ragot, le dernier bruit de couloirs, de radio moquette pour ne pas dire plus trivialement de radio chiotte. Et à ce jeu les concurrents sont légions. Au fur et à mesure que l’incompétence de notre brillant conseiller d’État-premier ministre, Édouard Philippe (celui qui ignore le contenu du principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs) apparaît au grand jour, le jeu des pronostics fonctionne à merveille. Les noms de potentiels successeurs à Matignon sont lancés dans l’arène médiatique pour amuser le bon peuple des gogos et des veaux. Le nom d’un premier minisitrable putatif commence à circuler avec insistance sur les réseaux asociaux, eux-aussi véritables murs des chiottes.

C’est celui de notre Lorientais désorienté au Quai d’Orsay, à savoir celui de Jean-Yves Le Drian, plus connu sous son sobriquet de Jean-Yves Le Chouchen26. Jusqu’à présent discret médiatiquement, il le devient de moins en moins. Après avoir circulé sous le manteau telle une revue licencieuse, son nom claque désormais au vent de la renommée médiatique. L’homme aurait de l’épaisseur, le cuir tanné. Matois, il connait à merveille l’ancien monde honni en son temps par le plus jeune président de la Ve République, Emmanuel Macron. Il est vrai que le sparadrap du capitaine Benalla et celui des « gilets jaunes » (nous en sommes à l’acte XVI, déjà) est passé par là. À la bande de mormons qui compose la jeune garde jupitérienne (accusée de tous les maux de la Macronie déclinante) qui commence à quitter le bateau ivre, on envisage désormais de faire appel à de vieux chevaux de retour (parés de toutes les vertus de l’expérience).

Quoi de mieux pour bonifier un éventuel futur premier minsitrable que d’en faire dresser quelques portraits flatteurs et d’autres un peu moins par quelques folliculaires adroits dans la descente en flèche du prétendant au poste de collaborateur de Pinocchio 1er. Après le choc des photos, c’est le poids des mots !

LE CHOC DES PHOTOS

Le Magazine M. du Monde se prête au jeu dans sa page intitulée « Le grand défilé » en cinq photos choc de notre breton accompagnées de quelques remarques peu amènes sur sa rusticité vestimentaire27. L’introduction du reportage de notre star lorientaise résume à merveille le sens de la démonstration : « Le ministre des Affaires étrangères est désigné comme le membre plus populaire du gouvernement. Pour le style, en revanche, c’est plus compliqué ». Du jeune premier maire de Lorient au crâne légèrement dégarni en 1991 prenant la pose en regardant au loin à l’actuel titulaire du Quai d’Orsay en 2018 en doudoune métallisée et chapeau de garde forestier très peu diplomate, nous avons droit à 2004 où le député du Morbihan pas très chic arbore une superbe chemise violet foncée et une cravate dans les mêmes tons, à 2013 où le ministre de la Défense de François Hollande porte une cravate noire fine qui convient aux hommes à la silhouette longiligne et en 2014 sur le perron de l’Élysée accompagné de son épouse en robe longue avec un pantalon de smoking qui tirebouchonne, une veste tirant à la taille et un nœud papillon prénoué qui fait grise mine. En un mot, le breton est habillé pour l’hiver. Nous sommes loin du slogan de son ministère en charge du commerce extérieur et du tourisme, « Goût de /GoodFrance 2019 »28 et de l’élégance à la Française. Par ailleurs, on peut être incompétent et populaire. C’est rassurant pour le Français moyen. Tous les espoirs sont permis pour les ploucs qui ne sortent pas de l’ENA.

LE POIDS DES MOTS

Le Canard enchaîné canarde à boulets rouge contre le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, homme au passé aussi lourd que le passif29. Le titre de l’article est déjà tout un programme qui donne le ton de la philippique du volatil : « Avec son style de ‘l’ancien temps, le ministre des Affaires étrangères ne craint pas plus le gros temps que les moussaillons de la Macronie ». La présentation commence fort : « À Matignon, tout le monde le prend pour un plouc ». Rien à voir avec les quadras de la bande à Philippe qui prennent des mines de conspirateurs lors de leurs déjeuners en ville dans le très chic VIIème arrondissement de Paris et dézinguent à tout-va ce péquenot breton. Le vieux matou aurait décliné l’exil à Bruxelles pour conduire la liste de la République des vieux crabes à Bruxelles. Quarante deux ans que le ministre le plus populaire du gouvernement (72 printemps au compteur) collectionne les titres : députés, président du Conseil régional, secrétaire d’État, ministre régalien. Ce « transcourant » du PS sait éviter les écueils, les polémiques. Il a le talent d’éviter les coups. Une véritable anguille. Il est vrai qu’il a successivement été mitterrandiste, mauroyiste, deloriste, royaliste, hollandiste et, enfin, macroniste. Le marin breton sait naviguer, y compris sur les mers démontées et par vents mauvais en utilisant à plein son « incroyable réseau » (rad soc, breton, franc maçon30…). L’expérience démontre que le plouc ne lâche jamais une once de pouvoir à Pairs ou en Bretagne. Il a le chic pour ne pas prendre la lumière et a l’habileté de laisser Emmanuel Macron monter en première ligne… et prendre les coups en ses lieux et place. Il fait tout de même un peu d’ombre à sa collègue des Armées, Florence Parly en continuant à suivre quelques affaires militaires (les gros contrats d’armements) et en s’intéressant toujours à l’Afrique francophone où les Frères sont puissants ! En Bretagne, il garde un œil vigilant sur Richard Ferrand qui guigne la présidence de la région Bretagne. Il n’oublie pas de penser lorsqu’il crée un club de réflexion à sa botte, Les Progressistes bretons. Et notre volatil de conclure allègrement : « Faudra attendre encore un peu pour pousser Papy dans les orties ». C’est vrai que l’air iodé relevé d’un verre de chouchen pour accompagner un excellent Kig Ha Farz (pot au feu breton originaire du pays du Léon dans le Finistère)31, ça vous réveille un mort.

L’illusion est parfaite mais la réalité est triviale. Il n’est nul besoin de se payer de mots et de maux. Il y a les mots et en dernière analyse la vérité. On l’aura compris, tout ceci n’est pas sérieux mais possède l’immense mérite d’amuser, de faire rêver le bon peuple de France si déboussolé en cette période de perte de confiance dans le monde politique. Fausser la situation ne sert pas à faire avancer une cause légitime. Ce n’est pas avec ce genre de croquis de nos dirigeants que l’on parviendra à convaincre nos concitoyens du sérieux de la démocratie jupitérienne. Bien au contraire, au rythme où vont les choses, le pire est à craindre pour l’avenir !

24 Jérôme Roux, Des politiques nommés au Conseil constitutionnel : une anomalie française, Le Figaro, 25 février 2019, p. 20.
25 Franz Kafka, Le procès, Gallimard, 1976, pp. 117-118.
26 Corinne Lhaïk, Le Drian, premier des premiers minsitrables, www.lexpress.fr , 11 février 2019.
27 Marc Beaugé, Jean-Yves Le Drian, M. Le Magazine du Monde, 23 février 2019, p. 17.
28 https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/
29 Anne-Sophie Mercier, Jean-Yves le Drian. En Breton armé, Le Canard enchaîné, 20 février 2019, p. 7.
30 Airy Routier, Quel est vraiment le poids des francs-maçons sous l’ère Macron ?, , 23 février 2019.
31 http://www.recettes-bretonnes.fr/plats-bretons/recette-kig-ha-farz.html
 
 
MAM : LES MASQUES SONT TOMBÉS ! Jean Daspry. « Le malheur se cache souvent sous de trompeuses apparences de luxe » (Honoré de Balzac). Il n’est qu’à prendre connaissance des photos d’une personne pour se faire une idée du hiatus existant souvent entre apparence et réalité. L’actualité judiciaire vient aujourd’hui à notre secours pour conforter cette démarche. Une fois encore, la Justice rattrape une personnalité politique pour « prise illégale d’intérêt ». Il est vrai que dans notre pays si prompt à faire la leçon aux autres, la confusion des genres sonne comme un classique du genre. Dressons avant toute chose le portrait de cette femme politique au-dessus de tout soupçon – il en existerait encore, c’est rassurant ! -, avant de procéder à l’esquisse d’un autre portrait, celui d’une femme politique sans scrupules.

LE PORTRAIT D’UNE FEMME POLITIQUE AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON

MAM projette l’image d’une des femmes les plus capées du circuit politique ainsi que celle d’une femme politique irréprochable.

Une femme politique des plus capées

Quel est l’homme normal qui n’a pas été séduit par l’élégance à la française d’une personne qui gagne à se faire connaître ? Ancienne figure de la Chiraquie, elle est l’une des femmes politiques les plus capées de la République : passée sans discontinuer entre 2002 et 2011 par les ministères de la défense, de l’intérieur, de la justice et des affaires étrangères Elle a dû quitter précipitamment le Quai d’Orsay à la suite de la révélation de sa proximité avec la dictature Ben Ali en Tunisie en plein printemps arabe. Elle est députée européenne depuis juillet 201432. Vous l’aurez reconnu sans la moindre hésitation. Il s’agit de la très assurée Michèle Alliot-Marie. Un parangon de vertu chiraquienne sans la moindre hésitation. Aux Oscars de la vertu républicaine, elle faisait la course en tête de peloton, laissant loin derrière elle tous ses concurrents aux mœurs douteuses tels Alain Juppé et ses histoires d’emplois fictifs, de Nicolas Sarkozy et ses financements libyens. La liste est longue de tous ces délinquants en col blanc.

Une femme politique irréprochable

On lui aurait donné le Bon Dieu sans confession tant elle respire la pureté. Elle est grande, porte beau, fière d’elle, toujours gantée, à la recherche de la pose pour se montrer sous son meilleur jour. Une femme politique compétente d’une honnêteté irréprochable prompte à faire la leçon à autrui avec dédain ! Un parcours politique à faire rougir d’envie ses collègues mâles. Elle estime à juste titre avoir un destin national. Pour ce faire, elle crée son micro-parti : Nouvelle France. Un nouveau parti pour tourner la page du Chêne – autre parti créé en 2006 quand cette dernière envisageait de se présenter contre Nicolas Sarkozy – et lancer sa campagne dans la primaire de droite en 2016. Une femme de caractère qui ne manque pas de sens poétique. Plus vraisemblablement, MAM souhaitait faire table rase des affaires passées, le Chêne ayant été épinglé en 2014 par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) pointant « l’incapacité de vérifier l’origine des dons et le respect du plafond » pour cette formation33.

Mais, aujourd’hui, Madame Mains Propres apparait plutôt comme Madame Mains Sales à la lumière des dernières révélations du site de Monsieur Moustache, à savoir mediapart.

LE PORTRAIT D’UNE FEMME POLITIQUE SANS SCRUPULES

MAM cachait bien son jeu. Après quelques vétilles de débutante, nous découvrons l’existence de maints délits graves et condamnables.

Quelques vétilles de débutante

À y regarder de plus près, ceux qui suivaient de près la politique intérieure savaient que MAM ne correspondait pas à l’image de blanche colombe qu’elle souhaitait donner d’elle. Quelques indices inquiétants existaient déjà depuis les années 2010. Le portrait d’un de ses conseillers – magistrat de formation qui l’a accompagné dans ses trois premiers ministères régaliens – était peu flatteur. Il a pour titre La République des conseillers et son auteur a pour nom David Sénat34. Celui qui a été limogé en 2010, après avoir été accusé d’organiser les fuites d’informations dans l’affaire Bettencourt, n’est pas tendre avec son ex-patronne. Mais, à l’époque, les folliculaires minimisaient les constats et critiques de l’homme soupçonné d’être animé par la rancœur. Le départ précipité de MAM du Quai d’Orsay, après un passage météorique et catastrophique dans la Maison des bords de Seine révèle, grâce aux allégations du Canard enchaîné confirmées par les faits (ses relations équivoques avec le régime du président tunisien, Ben Ali), que cette Dame n’est pas aussi exemplaire qu’il pourrait y paraître à première vue. Elle semble avoir un sérieux problème avec la vérité et confondre intérêt personnel et intérêt général. Au Quai d’Orsay, l’on se souvient encore du traitement qu’elle avait octroyé à sa cheffe de cabinet de nièce, Ludivine Olive, une paille de 14 000 euros mensuels. Personne n’a oublié son âme damnée, sorte de tyran-inspecteur des Finances, Alexandre Jevakhoff, nostalgique du temps des Tsars35. On se remémore avec nostalgie le temps où cette ministre exigeait que le service de presse lui porte dès potron-minet sur le pas de la porte de son appartement à l’hôtel du ministre la presse du pays basque avec unique stabylossage des articles de journaux comportant référence à son auguste personne (cet adjudant de compagnie refusait les photocopies !). Elle n’avait cure de l’actualité internationale. On garde en mémoire ses philippiques contre la nullité des diplomates qui n’auraient pas anticipé les mal nommés « printemps arabes ». Elle s’en ouvre dans un ouvrage de Mémoires de piètre qualité36. Elle y transpire de vanité et de fatuité. Il est vrai qu’elle ne prenait pas la peine de lire les correspondances diplomatiques. Elles n’étaient pas de son niveau. Et d’ailleurs, elle n’y aurait rien compris.

Maints délits graves et condamnables

Mais tout cela n’était rien à côté de ce que nous découvrons aujourd’hui grâce à mediapart. MAM ne serait qu’une vulgaire délinquante de bas étage. Nous apprenons, avec stupeur, que l’ancienne ministre LR Michèle Alliot-Marie a été mise en examen pour « prise illégale d’intérêt » dans le cadre d’une enquête sur des mouvements de fonds suspects dans plusieurs associations de Saint-Jean-de-Luz, le 26 février 2019. Cette mise en examen intervient dans le cadre d’une enquête judiciaire, ouverte en 2013 par le parquet de Nanterre après un signalement de la cellule de lutte contre le blanchiment d’argent de Bercy (Tracfin) sur des mouvements de fonds suspects dont l’ancienne ministre serait l’une des bénéficiaires, via l’hôtel Chantaco, un établissement de luxe de la côte basque ayant appartenu à sa famille. Et de découvrir l’ampleur insoupçonnée de ses nombreuses turpitudes financières. C’est que Madame vit sur un grand pied. C’est le 18 mai 2007, dans les premiers jours du mandat de Nicolas Sarkozy, que MAM a pris ses fonctions à la tête de la place Beauvau, où elle a su se montrer très à l’écoute du lobbying des gérants de casinos français pour assouplir la réglementation en leur faveur. Or, dans le même temps, deux associations dirigées par sa famille ont placé une partie de leur pactole dans des titres de casinotiers. Cela s’appelle du conflit d’intérêts.

MAM masque ses turpitudes financières sous couvert de sociétés de bienfaisance (Le Rayon Vert) qui mettent à jour d’étranges et juteux placements de l’association n’ayant rien à voir avec son objet social. Cette personne s’intéresse également aux casinos de son ami Partouche. À peine installée place Beauvau, MAM s’est employée à soigner les casinos, dont elle était la ministre de tutelle, en assouplissant la réglementation en vigueur. Curieux hasard, en vérité ! Mais la bienveillance de la ministre ne s’est pas arrêtée là. Avec Alliot-Marie aux manettes, l’intérieur joue également les pères Noël. Le 24 décembre 2008, il prend un arrêté autorisant les casinos à organiser des tournois de poker hors de leur enceinte. Il faut dire que les Partouche sont des amis intimes de la famille Marie. Avec son compagnon Patrick Ollier, député-maire de Rueil-Malmaison, franc-maçon, MAM a passé ses vacances d’été 2007 chez eux, au Méridien de Juan-les-Pins, dans les Alpes-Maritimes. Patrick Partouche, le PDG du groupe, et sa femme descendent quant à eux à l’occasion sur la côte basque et Ludivine Olive a été proche de l’un des fils du casinotier. Dans les rangs du Rayon vert ou de l’AOF, les étranges placements boursiers n’ont pas fait de vagues. Les Marie, qui trustent tous les postes de direction, ne « donnaient que des explications succinctes sur ces activités. Nous n’étions pas informés », assure un proche sous couvert d’anonymat.

Le Canard enchaîné a raconté en décembre 2014 comment l’argent d’une troisième structure familiale – la Fondation du Bénévolat – alimentait les caisses du Chantaco : les séminaires de cette fondation reconnue d’utilité publique, financée à hauteur de 5 millions de francs en 1995 par le ministère de la jeunesse et des sports alors dirigé par MAM, étaient tous programmés à l’hôtel. Les colloques, auxquels participaient entre 10 et 20 convives, étaient facturés autour de 10 000 euros. 10 980 euros en 2010, 13 374 en 2011, 11 009 euros en 2012. Bernard Marie signait le chèque, qu’il encaissait lui-même à l’autre bout de la chaîne. Pour renflouer l’hôtel, les fonds viennent en réalité de partout. Dotée d’une subvention annuelle de 23 783 euros de l’office de tourisme de Saint-Jean-de-Luz, ville dont Michèle Alliot-Marie a été maire et première adjointe de 1995 à 2014, l’AOF a grassement financé l’établissement à l’occasion du festival des Jeunes réalisateurs, organisé tous les ans de 1996 à 2013. Les banquets, réceptions et nuitées dans l’hôtel représentaient d’ailleurs l’un des plus gros postes de dépenses de l’événement : 31 840 euros en 2003, 42 589 euros en 2004, 37 759 euros en 2005, 22 958,97 euros en 2006, 31 607,14 euros en 2007. Un système de vases communicants parfaitement rodé. Pour l’année 2011, par exemple, un total de 53 344 euros d’argent associatif a ainsi été reversé dans les caisses de l’hôtel. Loin d’être négligeable alors, cette année-là, le chiffre d’affaires officiel de l’ancien établissement de luxe, aujourd’hui peu fréquenté et qui ne renouvelle plus sa demande d’étoiles depuis 2010, ne dépassait pas les 122 000 euros. En un mot, un bénévolat pas si bénévole que cela !

Et le site mediapart de conclure : l’histoire politique des Marie a ceci d’original qu’elle est intimement liée au monde des jeux. À l’automne 1990, c’est déjà une affaire de casino qui avait scellé la fin de la carrière de Bernard Marie, alors maire de Biarritz. Cette année-là, son projet de détruire l’établissement art-déco de la Grande Plage de ce paradis touristique pour le remplacer par un hôtel casino flambant neuf avait coalisé une majorité de la population locale contre lui. Vingt-cinq ans plus tard, le goût immodéré de la famille pour les machines à sous pourrait mettre sa fille, eurodéputée en passe de se porter candidate à sa réélection à la présidence des républicains (LR) dans les Pyrénées-Atlantiques, définitivement hors-jeu.

À prendre connaissance du tas d’immondices de cette nouvelle Madame Sans-Gène, on est pris de nausée. On comprend mieux les raisons d’un antiparlementarisme croissant en France. Où est la morale publique ? Où est le service de l’État ? Nous sommes confrontés à de véritables prédateurs (prédatrices) qui œuvraient jusqu’à présent en toute impunité aujourd’hui rattrapé(e)s par la patrouille.

« Les apparences sont souvent trompeuses, le sage ne croit qu’à la réalité » (William Penn). La personnalité de MAM apparait ainsi au grand jour dans toute sa duplicité. C’est le portrait tout craché de Janus Bifrons. On prêche la morale pour les autres tout en baignant soi-même dans l’immoralité la plus honteuse. Et cela est d’autant plus insupportable que MAM se donne des airs de grande Dame du monde, manifestement de l’ancien monde. Dieu soit loué. Les masques ont fini par tomber avec le temps. Et, Michèle Alliot-Marie apparait sous son vrai jour. Pas très recommandable ! Une affabulatrice, une mystificatrice de haut vol. Formons le vœu que la Justice soit exemplaire à son égard et que cette doctoresse en droit (surtout experte en tordu pour reprendre la formule de Maître Éric Dupond-Moretti) et en sciences politiques (surtout experte en basse politique), ex-Garde des Sceaux (surtout experte en sottise) aille bientôt goûter aux délices de quelques geôles surpeuplées et insalubres ! Cela lui ferait le plus grand bien…

32 Antton Rouget, Alliot-Marie mise en examen dans une enquête sur des associations familiales, www.mediapart.fr , 26 février 2019.
33 Benedicte Saint-André, Après le chêne, MAM lance Nouvelle France, https://mediabask.naiz.eus/fr/info_mbsk/20160406/apres-le-chene-mam-lance-nouvelle-france, 6 avril 2016.
34 David Sénat, La République des conseillers, Grasset, 2015.
35 Alexandre Jevakhoff, Les Russes blancs, TEXTO, 2011.
36 Michèle Alliot-Marie, Au cœur de l’État, Plon, 2013.
 
 
LES BALIVERNES DE NATHALIE LOISEAU – Ali Baba. Il ne passe pas une seule journée sans que Madame Sans-Gène de la diplomatie française, notre minstricule des Affaires européennes, Nathalie Loiseau ne bavasse dans les médias. C’est à jet continu. Âneries, inepties, portes ouvertes enfoncées, mensonges, contre-vérités, imprécations contre les populistes…, tel est son fonds de commerce quotidien. Mais, il y a mieux aujourd’hui avec un affichage de sa méconnaissance abyssale des grands principes des droits de la défense. Ni plus ni moins ! À quand l’Oscar de la meilleure perle diplomatique, du meilleur sottisier. Elle est favorite à ce petit jeu du je raconte n’importe quoi et j’en suis fière.

LA DOCTE PAROLE DE MADAME SANS-GÈNE

Que nous raconte-t-elle aujourd’hui et qui est relayé par les chaînes d’abrutissement en continu ? La ministre française des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a appelé le 1er mars 2019, à mots couverts, le Vatican à lever l’immunité diplomatique du nonce apostolique, visé par une enquête du parquet de Paris pour agressions sexuelles. Trois hommes, dont deux ont porté plainte, accusent le représentant du pape en France, Mgr Luigi Ventura, d’avoir commis sur eux des attouchements dans des circonstances analogues depuis le début de l’année 2018. Ces accusations ont déclenché l’ouverture d’une enquête, le 24 janvier, mais la justice française n’a pas le pouvoir de contraindre le haut diplomate âgé de 74 ans, protégé par son statut, à répondre à ses questions. « Il faut que cette enquête puisse aller au bout, ce qui compte c’est que la vérité soit connue », a déclaré Nathalie Loiseau sur CNEWS. « A ce stade, il bénéficie de l’immunité diplomatique mais le Saint-Siège est évidemment au courant des accusations graves qui sont portées contre le nonce apostolique et je ne doute pas une seconde que le Saint-Siège prendra la bonne décision », a-t-elle ajouté sans dire explicitement que l’immunité devait être levée. « J’attends que le Saint-Siège prenne ses responsabilités », a encore dit la ministre des Affaires européennes, tout en invoquant la présomption d’innocence. Les trois victimes présumées ont fait savoir, dans une tribune à Libération publiée le 28 février 2019, que leurs avocats avaient écrit à Emmanuel Macron, au ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et au procureur de Paris, Rémy Heitz, afin de demander l’ouverture de la procédure de levée d’immunité. Les hommes à l’origine des deux premières plaintes ont décrit des scènes similaires d’attouchements qui se seraient produites lors de la cérémonie des vœux de la maire de Paris, Anne Hidalgo, aux autorités civiles, diplomatiques et religieuses, la première fois en 2018, la seconde cette année.

LA FOLLE PAROLE DE MADAME SANS-GÈNE

Outre son inconscience gravissime, Nathalie Loiseau est une incompétente notoire et dangereuse.

Manifestement, cette péronnelle ignore que le principe de la présomption d’innocence est un principe fondamental du droit énoncé par la Convention européenne des droits de l’Homme du Conseil de l’Europe de 1950 à laquelle la France est partie :

ARTICLE 6 Droit à un procès équitable

1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.

2. Toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie »37.

Il ne s’agit pas d’une simple clause de style comme elle semble le croire. Que signifie « des accusations graves qui sont portées contre le nonce apostolique » ? Cette catholique pratiquante devrait se souvenir de la célèbre formule du Pape François : « Qui suis-je pour juger ? ». Cette fervente défenderesse de l’état de droit devrait se souvenir que, jusqu’à plus ample informé, le nonce apostolique est présumé innocent. Des « allégations » ne constituent pas des preuves. Aurait-elle oublié qu’il y avait plus que des allégations pour envoyer à Cayenne le capitaine Dreyfus, des Patrick Dills, des Christian Iacono dans les geôles de l’hexagone … tous innocents. Allons, Madame, réfléchissez avant de parler et de vous complaire dans la généralisation ambiante sur les prêtres !

Manifestement, cette mégère ignore le principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs. En effet, l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclame l’impérieuse nécessité que soit organisée la séparation des pouvoirs. Les constituants de 1958 ont proclamé leur attachement à cette déclaration et l’ont rappelée en préambule du texte fondamental38. Cette personne si sûre d’elle serait bien inspirée de relire De l’esprit des lois de Montesquieu. L’Esprit des lois est publié en 1748, à Genève et sans nom d’auteur, de manière à éviter la censure. Ce livre présente les réflexions politiques de Montesquieu. Il décrit les différentes formes de gouvernement (monarchie, aristocratie, république, despotisme…) et les lois qui conviennent à celles-ci. On y trouve sa célèbre théorie de la séparation des trois pouvoirs39. Quand la Justice est saisie, le pouvoir exécutif est tenu de ne pas interférer dans le travail de l’autorité judiciaire. Oubli fâcheux pour ce nouveau Pic de la Mirandole du XXIe siècle !

Manifestement, cette mijaurée ignore le principe de la non-intervention dans les affaires intérieures d’un autre État comme le pose l’alinéa 7 de l’article 2 de la charte de l’ONU : « Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un État »40. Qui est-elle pour se permettre de donner des « instructions » au Saint-Siège ? Il y aurait fort à faire si tout le monde se mêlait de tout et de rien comme le fait Nathalie Loiseau de mauvais augure. C’est une manie chez elle qui n’a de cesse de s’ingérer dans les affaires intérieures de l’Italie, en plus de celles du Saint-Siège. Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. Cette intellectuelle de haut vol qui a officié au sein de la Direction des Nations unies et organisations internationales (NUOI) du Quai d’Orsay semble ignorer cette Bible profane des diplomates. Elle a manifestement atteint son seuil d’incompétence conformément au Principe de Peter. Emmanuel Macron ne s’en est pas encore aperçu. Il est vrai qu’il est sourd et aveugle comme le démontrent amplement le feuilleton Benalla et ses ramifications dans son entourage proche.

« L’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit » nous rappelle fort opportunément Aristote. Tel est le dilemme de Nathalie Loiseau qui n’est jamais habité par le doute cher à René Descartes. Elle vit dans la certitude. « Certitude, servitude », disait Jean Rostand. N’en jetez plus, la coupe est pleine des âneries de cette ministre incompétente et infatuée. Un parfait spécimen de la Macronie triomphante dans ce qu’elle a de plus insupportable ! D’expérience, nous savons que les patiences d’Ulysse sont plus profitables que les colères d’Achille. Nous n’en avons pas encore fini avec les dernières balivernes de Nathalie Loiseau.

37 https://www.echr.coe.int/Documents/Convention_FRA.pdf
38 https://www.conseilconstitutionnel.fr/sites/default/files/as/root/bank_mm/discours_interventions/2008/pdt_debre_doha_avril2008.pdf
39 https://www.les-philosophes.fr/montesquieu/esprit-des-lois/philosophie.html
40 http://www.un.org/fr/sections/un-charter/chapter-i/index.html
 
 
DECES DE JEAN MASSON, L’UN DES DERNIERS VETERANS DU COMMANDO KIEFFER QUI DEBARQUA EN NORMANDIE LE 6 JUIN 1944 – Epoch-Time, 1er mars. Décédé dans la nuit du 23 au 24 février à l’âge de 95 ans, Jean Masson était l’un des derniers vétérans du célèbre commando Kieffer. Jean Masson est né à Saint-Dié-des-Vosges en 1923. Alors qu’il est âgé de 18 ans, il décide de franchir la ligne de démarcation pour rejoindre Toulon et s’engager dans la Marine nationale en 1941. Il suit une formation d’électromécanicien à Bizerte, en Tunisie, jusqu’au débarquement des Américains en Afrique du Nord et l’invasion de la zone libre par les Allemands qui entraînera le sabordage de la flotte de Toulon. Le jeune homme décide alors de partir en Angleterre en passant par l’Espagne. Arrêté par la Guardia civil et jeté en prison, il sera finalement libéré avant de rallier le Maroc et d’embarquer à bord d’un navire britannique. Une fois arrivé en Angleterre, il est incorporé parmi les Forces Navales Françaises Libres (FNFL) et sert dans le 1er Bataillon de Fusiliers Marins Commandos (BFMC).

Il suivra un entraînement intensif avant de débarquer sur la plage de Colleville-sur-Orne, aujourd’hui renommée Colleville-Montgomery, le 6 juin 1944 dans le cadre de l’opération Overlord. Incorporés au sein du Royal Maine Commando n°4, les 177 fusiliers marins commandés par le capitaine de corvette Philippe Kieffer sont les seuls Français en uniforme à avoir participé au débarquement des Alliés en Normandie. Grièvement blessé par des éclats d’obus peu après avoir foulé le sable de Sword Beach, Jean Masson sera laissé pour mort sur le champ de bataille avant d’être évacué vers l’Angleterre où il sera soigné pendant 3 mois. « Avant d’avoir pied, j’ai dû faire quelques brasses avec le fusil en l’air. Mais je n’étais pas venu là pour rester dans un dépôt », avait-il déclaré en 2014 au moment d’évoquer ses souvenir à la veille des célébrations du 70anniversaire du D-Day.

De retour en première ligne, Jean Masson participera au débarquement de Flessingue aux Pays-Bas en novembre 1944 et à la campagne d’Allemagne. Démobilisé en 1945, il passera plusieurs années en Afrique avant de s’installer à Draguignan avec son épouse. Jean Masson est décédé dans la nuit du 23 au 24 février à Ollioules (Var), à l’âge de 95 ans. « Nous nous souviendrons encore longtemps de ceux qui ont combattu pour notre Libération, qui ont été blessés ou qui ont laissé leur vie. Ils ont été l’honneur de notre pays », a déclaré le ministère des Armées. Secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq a elle aussi salué la mémoire du vétéran sur Twitter : « Hommage à ce valeureux combattant. Mes condoléances à sa famille et à ses proches. »

Selon l’association D-Day Overlord, il ne reste désormais plus que trois vétérans du commando Kieffer encore vivants : Hubert Faure, Jean Morel et Léon Gautier.

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