Observatoire Géostratégique

numéro 226 / 17 avril 2019

ORIENT-ATIONS 224


CENSURES FRANÇAISES. SUITE – Jean Daspry « La vérité a besoin de mensonge – car comment la définir sans contraste ? » (Paul Valéry). Contraste entre la vérité et le mensonge, telle est l’une des principales caractéristiques de la France éternelle ! Contraste d’autant plus frappant que l’on touche aux grands principes et que l’on évolue dans la République en marche. D’un côté, il y a les généreuses pétitions de principe sur la liberté d’expression, de l’autre, il y a la réalité plus triviale, plus liberticide. Plus on célèbre avec faste la Patrie les Lumières, plus on la foule aux pieds sans vergogne. Et cela est d’autant plus vrai que l’on s’attaque à la doctrine officielle, la fameuse doxa, simplement en la questionnant au nom de la disputatio.

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LA FAILLITE DE LA VÉRITÉ SUR LA SYRIE

Nos lecteurs fidèles de www.prochetmoyen-orient.ch en ont été dûment et longuement informés dans note magazine du 25 février 2019. Nous abordions sous divers angles la question de la censure française, en général et des foudres qui se sont abattues sur le colonel François-Régis Legrier, en particulier. Rappelons ce que nous écrivions à l’époque :

Début de citation

« Dans sa livraison des 17 et 18 février 2019, le quotidien Le Monde sous la plume de son experte des questions de défense, Nathalie Guibert nous apprend que la ministre des Armées, la sympathique Florence Parly envisagerait de sanctionner le colonel d’artillerie, François-Régis Legrier pour avoir publié dans la Revue défense nationale un article critique intitulé : « La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? ». Fort de son expérience de commandant de la « Task Force Wagram », l’auteur y stigmatise une approche de la bataille d’Hajin à l’américaine aboutissant à des destructions importantes de cibles civiles qui donnent à la population « une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale, laissant derrière nous les germes d’une résurgence prochaine d’un nouvel adversaire ». Ce colonel regrette l’absence d’une tactique de terrain et critique la vision globale américaine. À ses yeux, la guerre n’est pas gagnée « faute d’une politique réaliste et d’une stratégie adéquate ». Notons que le rédacteur en chef de la Revue défense nationale – dont nous tairons le nom – indique « avoir manqué de discernement » et a retiré le texte du site internet de la publication »1.

Fin de citation

Nous n’avions rien retiré à notre texte initial2.

LA FAILLITE DE LA VÉRITÉ SUR LE MALI

Qu’apprenons-nous un mois après la farce de la Revue défense nationale ? Que nos censeurs viennent de sévir sur la Revue Afrique contemporaine. Qu’écrit le site mediapart sur le sujet ?

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L’agence française de développement a annulé la publication d’un dossier sur le Mali qui devait paraître dans sa revue Afrique contemporaine, animée par des chercheurs-universitaires, provoquant une mini-fronde dans le milieu de la recherche sur l’Afrique.

« Censure », dénoncent les uns, « fonctionnement ordinaire du système », commentent les autres. Depuis le 22 mars, une controverse fait réagir au sein du petit monde de la recherche française en sciences sociales, spécialisée sur l’Afrique. Elle a pour origine la démission de Marc-Antoine Pérouse de Montclos, chercheur à l’Institut de recherches et du développement (IRD), de ses fonctions de rédacteur en chef d’Afrique contemporaine. Cette revue trimestrielle née en 1962 est éditée par l’Agence française de développement (AFD), institution financière publique, après avoir été longtemps sous la houlette de la Documentation française – dépendant des services du premier ministre. La raison officielle de cette défection : l’AFD a refusé la publication d’un dossier consacré au Mali. Pourtant, les articles de ce numéro spécial, « écrits par des chercheurs réputés, qui connaissent le terrain et écrivent depuis longtemps sur le Mali et l’Afrique, avaient été acceptés et approuvés par le comité de rédaction de la revue », indique Bruno Charbonneau, qui a dirigé ce travail (et qui est lui-même professeur d’études internationales au Collège militaire royal de Saint-Jean au Québec).

L’un des textes du dossier, détaille-t-il, analyse les faiblesses de l’approche militaire du contre-terrorisme actuellement privilégiée par les puissances occidentales, montrant « comment cette approche qui l’emporte sur tout peut être contre-productive et être elle-même génératrice de violences ». Un autre évoque « l’impunité générale et généralisée dont jouissent des représentants de l’État malien dans la mesure où leurs actions illégales, criminelles et autres ne sont pas ou que rarement punis ». Il semble que ce sont ces deux articles qui ont posé problème à l’AFD, laquelle édite la revue mais la dirige aussi puisque le directeur de la rédaction est un de ses agents, Thomas Melonio. Ce dernier est le directeur exécutif du département innovation, recherche et savoirs de l’AFD, et a été conseiller Afrique du président François Hollande après avoir été délégué national responsable de l’Afrique au Parti socialiste. Il était en poste à l’Élysée lors du lancement de l’opération militaire française Serval au Mali, en 2013.

Les justifications avancées par l’AFD restent vagues. « Je n’ai pas participé aux discussions, mais ai compris qu’on nous reprochait des propos potentiellement diffamatoires, sans plus de précisions, une faiblesse académique du dossier, une absence de terrain, etc. » dit Bruno Charbonneau. « Pour justifier cette décision, on m’a parlé, entre autres, de risques diffamatoire et “réputationnel” pour l’AFD, mais sans jamais pointer les phrases litigieuses », a pour sa part expliqué Marc-Antoine Pérouse de Montclos dans un entretien avec La Croix. De son point de vue, « ce blocage » est « de nature politique ». Sa démission a été suivie par celle d’au moins trois membres du comité de rédaction, qui compte une trentaine de personnes, toutes issues du milieu de la recherche et de l’enseignement. Contacté par e-mail et téléphone par Mediapart, Thomas Melonio n’a pas répondu à une demande d’entretien. Si plusieurs chercheurs français et étrangers disent que « l’indépendance académique »de la revue est compromise, d’autres, toutefois, ne s’estiment pas concernés et jugent que l’incident ne devrait surprendre personne. « On ne peut pas travailler pour une revue de l’AFD et imaginer être libre. Un jour arrive le rapport de force et la raison d’État l’emporte sur l’illusion de la liberté. Aucune revue sérieuse en France n’est financée par les pouvoirs publics », dit l’un des membres de cette petite communauté scientifique, qui tient à rester anonyme.

« Le rédacteur en chef d’Afrique contemporaine est un prestataire de l’AFD, laquelle n’est ni de près ni de loin un organisme de recherche mais une banque au service du pouvoir politique français », insiste-t-il, ajoutant que « dans cette histoire, l’acteur le moins hypocrite est l’AFD qui aurait pu financer une revue via un prête-nom associatif ». Un universitaire étranger, qui a déjà été publié par Afrique contemporaine, abonde dans son sens, parlant d’hypocrisie ou d’ignorance de la part de ceux qui protestent : « Écrire pour une revue ou diriger une revue qui appartient à une banque comme l’AFD suppose quelques contraintes », souligne-t-il. Pour lui, parler de « censure » est par conséquent abusif. On ne saura sans doute pas avec précision lesquels des éléments du dossier Mali ont gêné l’AFD. Mais on peut supposer sans trop se tromper que son refus de publier est lié à la forte présence de la France au Mali, pays en pleine déliquescence, et dans le Sahel en général, où elle cherche à sécuriser ses approvisionnements en matières premières comme l’uranium et à freiner l’émigration vers l’Europe. Dans ce cadre, l’AFD joue un rôle important, travaillant quasiment en binôme avec l’armée française. « Les liens de confiance entre l’Agence française de développement et les armées françaises n’ont jamais été aussi étroits », a ainsi déclaré en février le général Frédéric Blachon, commandant de la force « Barkhane ». Cette « coopération » s’inscrit dans le contexte de la nouvelle politique française et européenne dans la région, qui consiste à compléter « le pilier sécuritaire » assuré par la force Barkhane, par un « pilier développement ». Ce volet développement prend d’ailleurs souvent une forme particulière, puisque c’est Paris qui détermine les besoins et conçoit les projets selon ses priorités, se substituant aux gouvernements des États concernés. Un seul exemple : un projet de 33 millions d’euros intitulé « Trois frontières » qui doit permettre de « stabiliser » la région frontalière du Mali, du Niger et du Burkina Faso, en appuyant « le développement socio-économique ». 

Ce programme a été entièrement conçu par la France, et plus particulièrement par la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD) du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, et sera mis en œuvre par des ONG françaises qui sous-traiteront le travail à des organisations locales, avec des financements apportés par l’AFD. Une approche qui suscite beaucoup de scepticisme chez des experts et fera sans nul doute l’objet d’analyses par des chercheurs-universitaires, lesquelles risquent toutefois de ne pas être publiées par Afrique contemporaine. Dans l’immédiat, Bruno Charbonneau cherche à faire éditer le dossier litigieux dans une autre revue. « De notre point de vue canadien, si l’aspect “censure” est important, nous pensons qu’il ne faut pas oublier et négliger les “vrais” enjeux, c’est-à-dire ce qui se passe au Mali. La dernière tragédie en date montre qu’il y a une aggravation très significative de la situation », dit-il en faisant référence à l’épouvantable massacre qui a eu lieu le 23 mars dans le village d’Ogoussagou »3.

Fin de citation

Le quotidien Le Monde revient sur une pleine page sur cette triste affaire et sur tenants et aboutissants4. Il enfonce le clou. Critiquer, d’une manière ou d’une autre, l’intervention française au Mali revient à un crime de lèse-majesté qui vaut excommunication à son (ses) auteur(s). Il n’y a de liberté d’expression que dans la mesure où les chercheurs censés être indépendants reproduisent la pensée du Grand Timonier, Kim Jong-Macron. Comme le souligne, l’un des chercheurs interrogés : « Le cas malien est devenu un tabou en France et garantit beaucoup de pressions de la part du pouvoir ».

UN REMAKE DE L’AFFAIRE LEGRIER

Manifestement, et même si comparaison n’est pas raison, l’histoire se répète à intervalles réguliers. Nous ne pouvons que reprendre les trois remarques formulées à propos de l’affaire Legrier. « Tout d’abord, cette affaire en dit long sur les pratiques de nos instituts de recherche financés par l’État. Ils apparaissent aujourd’hui sous leur vrai jour, à savoir de vulgaires officines de propagande de la doctrine officielle au sein desquelles toute forme de critique, fut-elle constructive de la doxa, est interdite, bannie5. Ensuite, cette affaire en dit long sur les pratiques détestables de la Fonction publique où l’on promeut les courtisans et l’on sanctionne les indépendants. L’esprit de Cour n’a jamais été aussi prégnant que sous le règne de Jupiter-Macron 1er. Enfin, cette affaire en dit long sur l’alignement systématique de la France sur les Diktats américains dans le domaine militaire ».

Tout ceci est indigne de la tradition française des Lumières. Tout ceci relève de l’obscurantisme le plus inacceptable digne des pires dictatures. On s’étonnera ensuite que la recherche française dans les domaines des relations internationales et, plus particulièrement, sur les questions stratégiques, politico-militaires ne jouisse pas d’une grande réputation. Comme le souligne un des membres démissionnaires du conseil scientifique de la revue : « Si des considérations relevant des lieux communs deviennent dérangeantes à ce point et justifient cette manière de faire, c’est très inquiétant ». On traque désormais des « contenus politiquement sensibles »6. Ceci explique cela. À méditer au pays de la République en marche en godillots.

UN REMAKE DE L’AFFAIRE BIGOT

Rappelons pour mémoire que le sous-directeur de l’Afrique occidentale au Quai d’Orsay, Laurent Bigot avait été sèchement évincé de ses fonctions par le ministre Laurent Fabius en 2013. En cause, le Mali déjà comme le soulignait à l’époque le Figaro :

« Filmé lors d’une conférence à l’Institut français des relations internationales (Ifri), ce très bon connaisseur du terrain met les pieds dans le plat en dénonçant notamment « une corruption gangrenant depuis de longues années toutes les sphères jusqu’au plus haut niveau ». Il évoque aussi « une démocratie de façade » et souligne que, si « l’État malien s’est effondré sur lui-même », les déterminants de la crise, eux, demeurent. Des propos tenus « à titre personnel », mais qui n’en reviennent pas moins à contester la politique menée depuis des années vis-à-vis du Sahel. Car pour Bigot, le problème ne se limite pas au « cas emblématique » du Mali. Le Burkina-Faso, dit-il, « est le prochain sur la liste à risquer de s’effondrer ». Autant de déclarations qui, on s’en doute, ont suscité de fortes irritations à Bamako, à Ouagadougou et dans plusieurs capitales de la région. « Laurent Bigot était devenu gênant », commente un chercheur spécialisé sur l’Afrique »7.

Le diplomate n’avait eu qu’un seul tort, dire la vérité avant l’heure. Les faits ont amplement démontré qu’il avait entièrement raison.

UN REMAKE DE L’AFFFAIRE LUGAN

Hier encore, c’était la lettre de l’Afrique réelle dont le rédacteur en chef est Bernard Lugan qui passait sous les fourches caudines du ministère des Armées au printemps 2018. Rappelons les termes dans lesquels l’intéressé présente l’affaire :

« Des civils exerçant semble-t-il les fonctions de « commissaires politiques » au sein du Ministère des Armées (MINDEF), ont fermé l’accès à mon blog pour tous les ordinateurs mindef, et cela, tant dans les administrations que dans les Ecoles ou les Corps de troupe. Cette censure intervient au moment où l’Afrique Réelle publie un numéro spécial consacré au Mali dans le contexte de la recrudescence des actions islamistes armées dans ce pays. Un numéro dans lequel sont longuement analysés les phénomènes ayant conduit à l’impasse actuelle et les solutions qui pourraient être apportées. Cette censure est aussi ridicule que vaine. Le filtre censurant l’accès unique géré par le MINDEF me permet en effet de constater que les visites de mon blog explosent et cela, grâce aux multiples connexions privées dont les militaires disposent tout à loisir, chez eux, à l’abri des « fichards « du ministère. Cette censure ne pénalise donc que celles de nos forces qui ont le plus besoin d’avoir une vision complète de la situation, celles qui sont projetées sur le terrain, au Sahel, et qui ne disposent que des ordinateurs de service. Voilà donc des hommes et des femmes qui risquent chaque jour leur vie et qui, par le sectarisme ou le simple caprice de certains lapins de coursive planqués dans un ministère malheureusement confié à des civils, sont privés d’un éclairage qui pourrait leur être utile. L’Afrique Réelle qui fête son 100e numéro et qui entre dans sa dixième année, se rit naturellement de cette censure liberticide. Grâce à la fidélité de ses abonnés, et en dépit des coups répétés, « avec le calme des vieilles troupes », la revue continuera à analyser la situation africaine à travers le seul prisme du réel. Ce réel qui agace tant les idéologues et qui met quotidiennement à mal les petites certitudes d’envieux dont, comme le disait le poète vaudois Louis-Auguste Martin, « la haine ne meurt que sur la ruine du mérite qui leur portait ombrage »8

Cela commence à faire pas mal pour un pays qui se donne en exemple !

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« La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures » (Noam Chomsky). À quand la création en France d’un ministère de la Propagande et la nomination à sa tête d’un nouveau Goebbels ? Au moins les choses seraient plus claires. Ainsi, la France entrerait dans la catégorie des démocraties illibérales, des démocratures, des dictatures à l’instar de la Corée du nord qu’elle se plait à dénoncer à longueur d’année. Où sont passés nos bataillons de droits de l’hommiste éminents toujours prompts à défendre la veuve et l’orphelin, la liberté d’expression aux quatre coins de la planète ? Nos dirigeants gagneraient à méditer ce jugement de Fernando Pessoa selon lequel : « l’action rapporte toujours plus que la propagande ». En définitive, c’est tout sauf glorieux d’un homme (et de sa clique) qui pensait inventer un monde nouveau. Censures françaises. Suite et à suivre…

1 Nathalie Guibert, Un officier français critique la stratégie de la coalition occidentale en Syrie, Le Monde, 17-18 février 2019, p. 4.
2 Jean Daspry, Le Colonel a dit la vérité, il doit être exécuté, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 février 2019.
3 Fanny Pigeaud, Le Mali est au centre d’une polémique entre l’Agence française de développement et des chercheurs-universitaires, www.mediapart.fr , 26 mars 2019.
4 Joan Tilouine, Comment la revue « Afrique contemporaine » a perdu sa liberté éditoriale, Le Monde, Idées, 29 mars 2019, p. 26.
5 Guillaume Berlat, Influencer la recherche : vaste programme !, www.prochetmoyen-orient.ch , 24 avril 2017.
6 Joan Tilouine, « Des contenus politiquement sensibles », Le Monde, Idées, 29 mars 2019, p. 26.
7 Alain Barluet, Le Mali fait tomber des têtes au Quai d’Orsay, www.lefigaro.fr , 11 mars 2013.
8 Jean Daspry, Entre censure et vérité, www.prochetmoyen-orient.ch , 21 mai 2018.
 
 
EUROPÉNNES. LE RÉGIMENT EN MARCHE – Ali Baba « Celui à qui la souffrance est épargnée doit se sentir appelé à soulager celle des autres » (Albert Schweitzer) La France est soulagée. La France respire. La France revit. À deux mois d’un scrutin capital pour l’avenir du continent, elle échappera à la peste brune du Rassemblement national (RN) et de son égérie, Marine Le Pen, aux prochaines élections au Parlement européen du 26 mai 2019. Depuis le 26 mars 2019, le ticket choc de la LREM Loiseau/Canfin (l’écologie est subitement devenue la priorité de cet conglomérat) vient de nous donner matière à soulagement. Mais, dans le même temps, nous sommes tristes d’apprendre le départ du gouvernement de l’un des meilleurs ministres des Affaires européennes de la Ve République9 alors même que l’Europe traverse une crise sans précédent10, y compris le psychodrame consécutif au « Brexit »11.

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À l’instar d’un héros bien connu de la Première Guerre mondiale, l’ex-ministre des Affaires européennes12, Nathalie Loiseau vient de faire à la France (à l’Europe et à la planète) le don de sa personne (très auguste) pour atténuer ses malheurs. Dans un casting irréprochable, Madame Ducoulombier (celle qui se déclare le 28 mars 2019 « hostile » un nouveau référendum sur le « Brexit », de quoi je me mêle !)) met la majorité en ordre de marche13. Elle présente ses 29 colistiers, d’autres éminents marcheurs étant annoncés pour les semaines à venir. On y retrouve au passage quelques vieux chevaux (juments) de retour comme Fabienne Keller (née en 1959, cela fait très peu nouveau monde), ex-maire de Strasbourg (2001-2008), sénatrice depuis 2004. Loiseau de mauvais augure expose son projet pour l’Europe. C’est du lourd, du très lourd : une Europe des solutions, une Europe qui protège, une Europe qui pèse sur la scène internationale, une Europe qui chasse les trous dans la raquette. C’est bien connu « Un bon discours politique ne doit émettre que des idées avec lesquelles tout le monde est déjà d’accord avant ! » (Coluche). Mais, comment ? Pourquoi ? Contre qui ? Avec qui ? Nous ne le saurons au prochain numéro de cette superbe comédie de boulevard à la Barillet et Grédy. Ce projet est particulièrement novateur. Il a pour titre « Renaissance » comme le titre de la dernière tribune, la dernière supplique de Jupiter adressée aux citoyens des 27/28. Tel Lazare, notre nouvelle déesse va faire renaître la fée Europe de ses cendres. Une question est sur toutes les bouches : l’Europe peut-elle repartir ?14 Avec notre ex-directrice de l’ENA15 au volant du bolide jupitérien, il n’y a pas l’ombre d’un doute. C’est du solide, du roc breton devenu un temps orphelin de sa collaboratrice si précieuse.

Son objectif est clair : battre le RN en ratissant large. Nathalie Loiseau a plus d’un tour dans son sac pour amener la « Renaissance » sur le chemin de la victoire. Elle nous annonce dans Paris Match (l’organe de propagande officiel de Kim Jong-Macron) la publication prochaine et commune, avec son plus jeune fils Guillaume, d’une Bande dessinée « L’Europe en BD » chez Casterman, le même éditeur des aventures de Tintin. Chez les oiseaux, l’Europe est une affaire de famille dès le berceau. Par ailleurs, nous apprenons que, depuis deux ans, la tête de liste du Risorgimento à la française prend des cours de Tai-Chi. Ses adversaires n’ont qu’à bien se tenir… face à la Mère Tape-Dur ! « Quand Nathalie Loiseau, choisie mardi par Macron pour conduire la liste LREM aux européennes, présente les populistes comme des ‘démagogues qui viennent avec du rejet et de la haine de l’autre comme projet politique’ (Le Figaro du 26 mars 2019), la ministre des Affaires européennes s’approprie un manichéisme qui appauvrit le débat »16.

La mise en scène de cette guignolade est irréprochable à une légère réserve près. Le signe d’un début un peu laborieux ? Le 26 mars 2019, pour la présentation de la liste #Renaissance de La République en Marche pour les Européennes, une estrade s’est effondrée au moment de la photo de famille. Signe du destin ou pur hasard ? La force du destin de Verdi, peut-être ? Nous aurons la réponse à cette question fondamentale dans moins de deux mois en un beau mois de mai. Peut-être assisterons-nous au lancement de « La République en miettes » ?17

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« La différence entre les oiseaux et les hommes politiques, c’est que de temps en temps, les oiseaux s’arrêtent de voler » (Coluche). Comme toujours, ce sont les humoristes qui nous éclairent le mieux sur la réalité de la vie politique dans notre pays en ces temps de « vents mauvais » et sur les dérives d’une « Union européenne qui fonctionne comme une usine à gaz 18». C’est pourquoi, le seul registre qui sied à pareille carabistouille est celui de l’humour et de la dérision. La conclusion de cette farce pagnolesque revient donc sans conteste à l’ex-avocat, devenu député apparenté RN, Gilbert Colard à qui ne fait pas défaut le don de la formule choc. Il voit dans la « Renaissance » à la sauce Pinocchio une « centrifugeuse à renégats », un « régiment en marche » vers les élections européennes du 26 mai 2019.

9 Décret du 27 mars 2019 relatif à la composition du gouvernement, JORF n° 0074 du 28 mars 2019, texte n° 1.
10 Jean-Pierre Chevènement/Christian Saint-Étienne/jacques Sapir/Édouard Husson (avec, dossier coordonné par Raphaël Stainvile), L’Europe en crise, Valeurs actuelles, Le spectacle du monde, n°616, 28 mars 2019, pp. I à XXX.
11 Philippe Bernard, Theresa May se sacrifie pour sauver son Brexit, Le Monde, 29 mars 2019, pp. 2-3.
12 Guillaume Tabard, Qui furent, que sont devenus les ministres en charge de l’Europe ?, Le Figaro, 27 mars 2019, p. 15.
13 Mathilde Siraud/Marcelo Wesfreid, Européennes : la majorité se met en ordre de marche, Le Figaro, 27 mars 2019, p. 6.
14 L’Europe peut-elle repartir ?, le un, n° 242, 27 mars 2019.
15 Vincent Coquaz, Nathalie Loiseau est-elle responsable de la dégradation des comptes de l’ENA ?, www.liberation.fr , 29 mars 2019.
16 Ivan Rioufol, Le « camp du bien »… qui fait le plus de mal, Le Figaro, 29 mars 2019, p. 15.
17 Paul Cassia, La République en miettes. L’échec de la start-up nation, Libre est solidaire, mars 2019.
18 Jean-Pierre Chevènement : « L’Union européenne fonctionne comme une usine à gaz », Valeurs actuelles, 28 mars 2019, pp. IV à XXIII.
 
 
DONALD TRUMP EN MARCHE VERS UN SECOND MANDAT ? – Guillaume Berlat. Gouverner, c’est prévoir, a-t-on coutume de dire ! Le moins que l’on puisse dire, à cet égard, est que nos dirigeants court-termistes tombent à pieds joints dans un double travers : ne pas prendre le temps de prévoir et mal prévoir quand ils se livrent à cet exercice. Si nous nous en tenons simplement à la deuxième catégorie, la liste de leurs errements est impressionnante. Elle donne presque le vertige : crise financière des années 2007-2008 ; « révolutions arabes » du début des années 2010 qu’ils n’avaient pas anticipées et sur l’interprétation desquelles ils se sont fourvoyés avec le concept de « printemps arabes » ; montée en puissance de la Russie et de l’Iran à la faveur de la crise syrienne ; résilience du régime de Bachar al-Assad dont Laurent Fabius annonçait la fin prochaine en août 2012 ; vote du peuple britannique en faveur d’un « Brexit » le 23 juin 2016 ; élection de Donald Trump le 8 novembre 2016 ; montée irrésistible des partis dits « populistes » en Europe et dans le monde ; expansion continue de la Chine avec ses « nouvelles routes de la soie » ; feuilleton comique de la mise en œuvre de l’accord sur le « Brexit » ; élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil le 29 octobre 2018 ; contestation populaire contre un cinquième mandat du président algérien, contestation du président vénézuélien Maduro…

Le moins que l’on puisse dire est que nos dirigeants ne sont pas des visionnaires, tout au plus de mauvais tacticiens. Après avoir prédit que Donald Trump serait pris dans la nasse et se retrouverait dans une impasse, ils sont conduits à changer leur fusil d’épaule. Donald Trump est dans la continuité et dans l’allégresse après la publication du rapport du procureur spécial, Robert Mueller chargé d’enquêter sur d’éventuelles ingérences russes dans la campagne présidentielle de 201622.

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DONALD TRUMP DANS LA NASSE ET DANS L’IMPASSE

Revenons au cas des États-Unis ! Intoxiqués par leur propre idéologie de comptoir, les dirigeants occidentaux, appuyés par des folliculaires ignares de l’âme des peuples et des ressorts élémentaires des relations internationales, décrètent que Hillary Clinton sera la 45ème présidente des États-Unis. Patatras ! C’est la sidération. Le magnat de l’immobilier à la mèche blonde est élu. Souvenons-nous du tweet stupide de notre ambassadeur à Washington, Gérard Araud, coqueluche d’Emmanuel Macron au soir de l’élection ! Non contents de s’être lourdement trompée, notre élite bienpensante décrète que le comique installé à la Maison Blanche (les Français n’ont pas fait mieux en installant à l’Élysées un « gamin », pour reprendre la formule de Luc Ferry) ne ferait pas long feu. Son mandat serait certainement interrompu, à très brève échéance, compte tenu des nombreuses « casseroles » qu’il trainait à ses basques : détournement de fonds, scandales à connotation sexuelle, turpitudes en tous genres… Manque de chance, chaque affaire se dégonfle comme une baudruche.

Mais, il y avait plus fort. Sa destitution ne serait qu’une question de temps en raison d’une accusation gravissime portée contre Donald Trump, l’implication de la Russie dans le processus électoral. À suivre les théories complotistes de ses adversaires démocrates, son élection n’aurait pu avoir lieu que grâce au truchement du méchant Vladimir. Les preuves irréfragables (les « smoking guns ») de cette grossière ingérence étaient évidentes. Il n’y avait qu’à se baisser pour les ramasser. L’affaire n’était qu’une promenade de santé tant l’incorruptible procureur spécial, Robert Mueller allait mener une enquête qui conduirait, sans le moindre doute, à démontrer des interférences russes lors de la campagne pour les présidentielles de 2016. Manque de chance, une fois de plus, le résumé du document produit par le procureur spécial ne conclut pas à l’ingérence russe… faute de preuves ou faute d’implication. L’incorruptible se situe sur le plan du droit, pas sur celui de la morale. Nouvelle sidération chez nos donneurs de leçons patentés23 tant dans les rangs démocrates qui crient à la manipulation et demandent communication de l’intégralité du rapport du procureur spécial24 qu’à l’étranger où l’on n’a toujours rien compris au déroulement du film.

DONALD TRUMP DANS LA CONTINUITÉ ET DANS L’ALLÉGRESSE

Cette dernière information doit être recontextualisée alors que le président a largement entamé la dernière ligne droite de son mandat qui doit s’achever à la fin de l’année 2020 et que les potentiels candidats à la Maison Blanche commencent déjà à se déclarer, surtout dans le camp démocrate. Un constat d’évidence s’impose sauf à être aveugle et sourd. Après deux ans d’enquête, le procureur spécial Robert Mueller estime qu’il n’y a pas eu de « collusion » entre la campagne de Donald Trump et la Russie, et jugent que le président n’a pas fait obstacle à la justice. À l’issue de son enquête, Robert Mueller a pourtant douché les espoirs de beaucoup d’Américains qui avaient placé leurs espoirs en lui. Donald Trump a beau jeu de triompher. Pour les démocrates, c’est une piqûre de rappel : face à Donald Trump, la victoire sera politique, pas judiciaire. Pour autant, la fin de l’enquête de Robert Mueller marque aussi un moment politique crucial. Pour nombre d’Américains, c’est la fin des illusions. À moins de circonstances ou de révélations extraordinaires, qui convaincraient la majorité républicaine au Sénat de poursuivre une éventuelle procédure d’impeachment lancée par les démocrates à la Chambre des représentants, il est désormais probable que Donald Trump terminera son mandat. Les démocrates devront le battre dans les urnes. Dans le combat électoral qui s’ouvre, Robert Mueller ne sera d’aucune utilité.25

Il va de soi, mais cela va mieux en le disant, que l’horizon s’est nettement éclairci pour Donald Trump qui a le regard tourné vers le mois de novembre 202026. Quelle belle leçon d’humilité pour nos prévisionnistes à la petite semaine qui n’avaient pas suffisamment médité la formule de l’humoriste Pierre Dac : « La prévision est difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » … avec ou sans intelligence artificielle. Il faudra se faire à l’idée, Donald Trump a de bonnes chances d’achever son premier mandat et il pourrait en solliciter un second l’année prochaine. Pour tous nos décideurs en charge de définir la politique étrangère de la France sur le long terme et à nos diplomates de la décliner sur le court terme, il est désormais indispensable de compter avec Donald Trump, ses foucades, ses tweets mais aussi ses éclairs de bon sens et de lucidité (rééquilibrer le commerce avec la Chine, quitter l’Afghanistan après une sévère défaite, laisser aux pays arabes le soin de décider de leur avenir…) dans la définition de notre posture nationale, européenne, otanienne et universelle. L’homme n’est pas encore mort27. Il ne va pas disparaître de sitôt des écrans radars médiatiques et diplomatiques. Nous apprenons que la Chambre des représentants n’est pas parvenue à surmonter le veto que Donald Trump a opposé à l’annulation de l’urgence nationale qu’il a déclarée le mois dernier pour financer la construction de son mur à la frontière mexicaine28.

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On ne le redira jamais assez, un diplomate (cela vaut également et encore plus pour les femmes et les hommes politiques) surpris est un diplomate désarmé. Sidéré nous pourrions ajouter avec toutes les conséquences négatives que cela comporte pour celle ou celui qui doit décider dans l’urgence. Quand notre élite bienpensante voudra bien tirer les leçons de ce fiasco monumental. Prévoir, c’est avant tout prévoir l’impensable et pas nécessairement le probable. Sans avoir toutes les informations qui sont à la disposition de nos responsables (télégrammes diplomatiques, notes des services de renseignement, analyse des réseaux sociaux, de la documentation ouverte…), nous avions cru possible, dès le mois de juillet 2016, une victoire de Donald Trump à la présidentielle de novembre en raison de l’atmosphère hostile aux partis traditionnels29. Nous n’avions pas de boule de cristal mais nous avions essayé de faire fonctionner nos neurones et notre capacité de bon sens. Dans un monde aussi incertain et donc imprévisible qui est celui de ce début de XXIe siècle, l’anticipation est fondamentale. L’ignorer est une faute impardonnable pour un dirigeant digne de ce nom. La conclusion la plus censée que nous avons lu sur les derniers rebondissements du rapport Mueller revient sans conteste au journaliste du Figaro, Renaud Girard qui écrit : « Il y a un an, les médias américains les plus prestigieux nous expliquaient que Trump courait à sa destitution judiciaire par le Congrès. N’est-ce pas vers sa réélection qu’il se dirige aujourd’hui ? »30. En un mot, une légitime interrogation : Donald Trump en marche vers un second mandat ?

19 Thomas Wieder, Olaf Scholz veut que l’UE, remplace Paris au Conseil de sécurité de l’ONU, Le Monde, 30 novembre 2018, p. 5.
20 Guillaume Berlat, Jupiter devant le Bundestag ou la diplomatie de l’incantation, www.prochetmoyen-orient.ch , 19 novembre 2018.
21 Jean-Pierre Chevènement (propos recueillis par Hadrien Mathoux), « Partager le siège de la France à l’ONU, ce serait réduire l’Europe à l’impuissance », www.marianne.net , 29 novembre 2018.
22 Editorial, Rapport Mueller : une clarification bienvenue, Le Monde, 27 mars 2019, p. 31.
23 Gilles Paris, Trump triomphe après les premières conclusions de « l’enquête russe ». Donald Trump sort renforcé après les conclusions du rapport Mueller, Le Monde, 26 mars 2019, pp. 1-2-3.
24 Gilles Paris, Les élus démocrates confrontés à un délicat choix tactique, Le Figaro, 26 mars 2019, p. 3.
25 Mathieu Magnaudeix, Trump-Mueller : à la fin, c’est le président qui gagne, www.mediapart.fr , 25 mars 2019.
26 Philippe Gélie, Donald Trump fourbit ses armes pour 2020, Le Figaro, 22 mars 2019, p. 7.
27 Alain Léauthier, Trump, great again ?, Marianne, 29 mars-4 avril 2019, p. 37.
28 Agence Reuters, USA : échec à la chambre contre le veto de Trump sur l’urgence nationale, www.mediapart.fr , 26 mars 2019.
29 Guillaume Berlat, Et si Donald Trump…, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 juillet 2016.
30 Renaud Girard, Trump 2019 : forces et faiblesses, Le Figaro, 12 mars 2019, p. 17.
 
 
MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE. BRAVO PINOCCHIO – Ali Baba Plus, en théorie, nous nous enfonçons dans le merveilleux nouveau monde promis par Jupiter, plus, dans la pratique, nous en revenons aux pratiques honnies de l’ancien monde reprises par Pinocchio. Plus ça change, plus c’est la même chose. Nos affirmations ne sont pas gratuites. Elles reposent sur des faits objectifs qui signent la faillite de la vérité au moment où l’on prétend faire la chasse aux bobards (« Fake news ») qui ne peuvent venir que de Russie, cela va sans dire mais cela va mieux en le disant. Nous en avons encore quelques exemples frappants qui touchent aux grands corps de l’État, le must de la haute Fonction publique française.

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LE PATRIMOINE INCONNU D’EMMANUEL WARGON

Nous apprenons que l’on prendrait quelques libertés avec la morale et le droit, jusque et y compris en très haut lieu. Largement citée ces derniers jours pour succéder à Benjamin Griveaux au poste de porte-parole du gouvernement, Emmanuel Wargon (née Stoleru, fille unique de Lionel) n’a toujours pas rempli sa déclaration de patrimoine depuis son accession, mi-octobre 2018 au secrétariat d’État à la transition écologique et solidaire. Un manquement étonnant au regard de son rôle d’animatrice du grand débat au sein duquel la transparence figure pourtant en bonne place parmi les griefs des « gilets jaunes31». Ceci est d’autant plus insupportable pour le commun des mortels que cette grande Dame, à tous les sens du terme, n’est pas la première venue. Elle est diplômée de l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC), de l’Institut d’études politiques de Paris (SciencesPo) et de l’École nationale d’administration (ENA, promotion Marc-Bloch – même promotion que celle du Premier ministre Édouard Philippe). Elle sort donc d’un corps d’inspection, (la Cour des comptes) par nature irréprochable… On commence dans le public et l’on vend ensuite son carnet d’adresses dans le privé comme lobbyiste. On revient au gouvernement d’Édouard Philippe, son camarade de la promotion Marc Bloch. L’auteur de L’étrange défaite doit se retourner dans sa tombe en découvrant ce que l’on fait de son nom !

Elle commence sa carrière professionnelle en 1997, comme auditrice à la Cour des comptes, avant de devenir, en 1999, rapporteuse devant les commissions de déontologie. Appelée, en 2001, en tant que conseillère technique auprès de Bernard Kouchner, ministre délégué à la Santé, elle rejoint ensuite l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) en qualité d’adjointe au directeur général. Promue, en 2005, conseillère référendaire à la Cour des comptes, elle assume, à partir de 2006, les fonctions de directrice déléguée à la coordination et au contrôle interne d’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). De 2007 à 2010, elle est directrice de cabinet de Martin Hirsch, alors Haut-commissaire aux Solidarités actives contre les pauvretés dans le gouvernement Fillon2. Elle est ensuite secrétaire générale des ministères sociaux (santé, travail, sport) jusqu’en 20122, puis déléguée générale à la formation professionnelle et à l’emploi au ministère du Travail de 2012 à 20152. Elle quitte la fonction publique en 2015 pour rejoindre le groupe Danone en tant que « directrice de la communication et des affaires publiques », c’est-à-dire lobbyiste chargée des relations du groupe agroalimentaire avec les pouvoirs publics et de la « sustainability » (la durabilité)32.

Ne quittons pas notre vénérée Cour des comptes car il se passe toujours quelque chose de comique.

LA COUR DES COMPTES, CORPS POUBELLE

La rue Cambon n’est pas seulement réputée pour avoir abriter l’atelier de la grande couturière Coco Chanel mais aussi pour accueillir une joyeuse troupe qui a pour nom Cour des Comptes33. Nous découvrons, à l’occasion du conseil des ministres du 27 mars 2018, une fournée d’intégration à la Cour des comptes En particulier, celle de l’ex-directeur de l’OFPRA, Pascal Brice34. Candidement, noue pensions que ce brillant ministre plénipotentiaire de 2ème classe issue de l’ENA, qui a choisi le Quai d’Orsay à sa sortie de cette brillante école, retournerait au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) à l’issue de sa sortie ratée de l’OFPRA. Nous imaginions soit un prestigieux poste de directeur à l’administration centrale soit une belle ambassade à l’étranger. Mais, tel n’est pas le cas. Ce haut fonctionnaire se retrouve à la Cour des comptes alors même qu’il ne possède pas de compétence particulière en la matière. Nous l’apprenons en lisant le JORF :

« M. Pascal BRICE est nommé conseiller maître à la Cour des comptes (3e tour), à compter du 1er avril 2019 »35.

Notons que le successeur de Pascal Brice à la tête de l’OFPRA est, drôle de surprise, un conseiller d’État, Julien Boucher. Si nous comprenons bien au pays de la logique, les diplomates sont envoyés à la Cour des comptes et les membres du Conseil d’Etat sont partout sauf au Palais-Royal. Et l’on s’étonne que le système fonctionne aussi bien.

LA GRAVE INCOHÉRENCE DU CONSEIL D’ÉTAT

Nos folliculaires incultes, qui commentent le récent arrêt du Conseil d’Etat annulant le décret pris l’été dernier par le gouvernement d’Édouard Philippe – qui ouvrait le statut des consuls généraux et aurait permis de nommer l’écrivain Philippe Besson, proche du Président de la République, comme consul général à Los Angeles (recours déposé notamment par la CFDT-MAE, le premier syndicat du Quai d’Orsay)36 – n’ont rien vu tellement leur inconnaissance des dossiers et du droit est abyssale. Ils n’ont toujours pas compris que la plus haute juridiction administrative s’est pris les pieds dans le tapis. D’abord, ils n’ont toujours pas compris que cette structure est hybride : un jour conseil de l’État, un autre jour son juge, pas plus indépendant qu’impartial. Sous sa première casquette, il ne trouve rien à redire sur la légalité du décret Macron-Besson. Sous sa deuxième, il le censure avec de vrais motifs juridiques37. Au passage, il n’a rien compris au rôle effectif d’un Consul général qui a des fonctions diplomatiques (politiques, économiques, culturelles…) en plus de ses fonctions administratives, contrairement à ce qu’il affirme de manière péremptoire38. Une comédie digne du Palais-Royal, la place sur laquelle est abritée le Conseil des fourbes39. Cela valait la peine d’être relevé !

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Avec Emmanuel Macron, ce sont les gaités de l’escadron au quotidien. On comprend mieux certaines des raisons de la crise des « gilets jaunes » face à un tel mépris de la morale publique élémentaire, du droit administratif très protecteur de l’État, de la raison d’État, voire à l’occasion de la déraison d’État. Il est grand temps d’en finir avec ce camp du bien (pour certains) qui fait le plus de mal (pour le plus grand nombre)40. Il est grand temps d’en finir avec cette confusion des genres permanente. Il est grand temps d’en finir avec cette politique du copinage permanente, ce règne de l’entre-soi41. Il est temps d’en finir avec le chaos d’aujourd’hui consécutif à la faillite de la vérité. En termes de moralisation de la vie publique, nous pouvons, une fois encore avec « La fin du monde en marche »42, dire : bravo Pinocchio !

31 Le patrimoine inconnu de Wargon, Valeurs actuelles, 28 mars 2019, p. 8.
32 https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuelle_Wargon
33 Jean Daspry, La Cour des comptes côté cour, www.prochetmoyen-orient.ch , 18 février 2019.
34 Ali Baba, Je ris de me voir si beau en ce miroir, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 mars 2019.
35 Décret du 27 mars 2019 portant nomination (Cour des comptes), JORF n° 0074 du 28 mars 2019, texte n° 35.
36 Pierre Laberrondo, Pourquoi le Conseil d’État a bloqué la nomination de Philippe Besson à Los Angeles, www.acteurspublics.com , 28 mars 2019.
37 Roseline Letteron, Le Consul de Los Angeles, ou Jupiter foudroyé, www.libertescheriesblogspot.com , 28 mars 2019.
38 Arrêt du Conseil d’État du 29 mars 2019.
39 Jean Daspry, Moralisation de la vie publique. La République des prébendes, www.prochetmoyen-orient.ch , 3 septembre 2018.
40 Ivan Rioufol, Ce « camp du bien » … qui fait le plus de mal, Le Figaro, 29 mars 2019, p. 15.
41 Vincent Decaze, Le règne de l’entre-soi, Marianne, 29 mars-4 avril 2019, p. 58.
42 Natacha Polony, La fin du monde en marche, Marianne, 29 mars-4 avril 2019, p. 3.

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