Observatoire Géostratégique

numéro 226 / 17 avril 2019

ORIENT-ATIONS 225

ET VOGUE LE NAVIRE, ET TOURNE LA PLANÈTE ! Guillaume Berlat. Pendant que le vaisseau amiral de la flottille de prochetmoyen-orient.ch voguait dans l’Océan indien, notre vieille planète tournait. Crises en tous gens continuent de la secouer, provoquant la sidération de nos élites et de nos dirigeants, plus spectateurs qu’acteurs d’un monde qui leur échappe. Pour nos fidèles lecteurs qui n’auraient pas eu le temps, le courage de suivre l’actualité, nous le proposons une présentation notariale et factuelle de ce dernier mois dans le monde. Bonne lecture à tous !

  • 5 mars : tribune d’Emmanuel Macron « Pour une renaissance européenne » publiée dans la presse régionale française et dans les 28 pays de l’UE. Jean-Pierre Raffarin rallie le projet d’Emmanuel Macron.
  • 5 mars : opposition du parquet à la libération sous caution de Carlos Ghosn.
  • 5 mars : attaque terroriste contre deux gardiens de prison à l’Alençon dans l’Orne.
  • 6 mars : libération sous caution de Carlos Ghosn après 108 jours de détention.
  • 6 mars : nomination croisée d’ambassadeur à Téhéran (Philippe Thiébaud) et à Paris (Bahram Ghassemi).
  • 6 mars : Huawei poursuit en justice contre le gouvernement des États-Unis.
  • 7 mars : Washington disposé à reprendre le dialogue avec Pyongyang en dépit de la rénovation d’un site de lancement de missile qu’elle avait promis de démanteler.
  • 7 mars : Les Etats-Unis ont accusé l’Iran de contrevenir à une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu en procédant à un test de missile balistique et au lancement de deux satellites depuis décembre dernier, et ont demandé au Conseil de sécurité de réinstaurer des restrictions plus sévères contre Téhéran.
  • 7 mars : le Venezuela accuse l’ambassadeur d’Allemagne d’ingérence et l’expulse.
  • 8 mars : un report de la date du « Brexit » de plus en plus probable alors que la BCE dégaine des mesures de soutien à la zone euro.
  • 8 mars : Téhéran va mettre en place la « structure miroir » de celle installée par Bruxelles pour faire du commerce de compensation en évitant les sanctions américaines.
  • 8 mars : à quelques semaines du « Brexit », Theresa May demande à l’UE un effort supplémentaire.
  • 8 mars : marée humaine à Alger pour un troisième vendredi de colère contre un 5ème mandat de Bouteflika.
  • 9 mars : il n’y a plus d’électricité au Venezuela depuis le 7 mars 2019.
  • 10 mars : Après la tribune d’Emmanuel Macron adressé aux Européens, Annegret Kramp-Karrenbauer, nouvelle dirigeante du parti conservateur allemand CDU a également décidé de présenter ses propositions sur l’Europe. Dans un texte intitulé « Bien faire l’Europe » et diffusé samedi par Welt am Sonntag, elle prône une Europe « plus forte » dans un monde miné par les replis protectionnistes et nationalistes. 
  • 10 mars : retour d’Abdelaziz Bouteflika en Algérie.
  • 10 mars : 157 victimes dans le crash d’un Boeing 737 Max de la compagnie éthiopienne Ethiopian Airlines reliant Addis Abeba à Nairobi (9 Français). Les États-Unis refusent de suspendre les vols du Boeing 737 MAX.
  • 11 mars : Dans un « message à la nation », le président algérien cède aux revendications des millions d’Algériens qui manifestent depuis le 22 février en criant « Système dégage ! ». Il renonce à un cinquième mandat, un nouveau gouvernement est nommé, l’élection est repoussée et un référendum sur une nouvelle Constitution est annoncé pour la fin de l’année. En attendant, il reste aux commandes.
  • 11-12-13-14 mars : visite d’Emmanuel Macron (accompagné d’une cinquantaine de dirigeants d’entreprises) à Djibouti (critique de la présence chinoise), en Ethiopie (le président veut que la France porte le « renouvellement » de l’Ethiopie et travaille à une approche renouvelée de l’approche française de l’Afrique) et au Kenya (participation à une conférence de l’ONU sur la protection de l’environnement, One Planet Summit où il plaide pour l’environnement et signature de 2 milliards de contrats).
  • 11 mars : les États-Unis rapatrient leur personnel diplomatique du Venezuela.
  • 11 mars : Theresa May décroche d’ultimes concessions de l’UE.
  • 11 mars : Mehdi Nemmouche consacré à la prison à perpétuité pour la tuerie du musée juif de Bruxelles.
  • 11 mars : 30ème anniversaire du WEB inventé par l’informaticien britannique, Tim Berners-Lee. Ce dernier met en garde contre sa propre invention.
  • 12 mars : Emmanuel Macron salue la décision de Bouteflika, signe de « maturité ».
  • 12 mars : large rejet par le parlement britannique du deuxième accord sur le « Brexit » négocié par Theresa May avec Jean-Claude Juncker.
  • 12 mars : Washington menace de riposter à la « taxe GAFA » de la France.
  • 13 mars : Washington finit par interdire de vol le Boeing 737 MAX.
  • 13 mars : le Parlement britannique refuse à la fois le deal et le « no deal ».
  • 14 mars : plusieurs ONG françaises (« L’affaire du siècle ») déposent un recours devant le tribunal administratif contre l’État français pour inaction climatique (GES) au moment où Emmanuel Macron co-préside à Nairobi une conférence de l’ONU sur le climat.
  • 14 mars : le Sénat exige de Trump l’arrêt de l’engagement américain au Yémen.
  • 14 mars : l’Italie doit rejoindre les « nouvelles routes de la soie » lors de la visite de Xi Jinping à Rome.
  • 14 mars : les députés britanniques votent pour un report du « Brexit » ainsi qu’un nouveau vote sur l’accord de retrait négocié par Theresa May.
  • 14 mars : Tel-Aviv visé par deux roquettes, Israël répond par des frappes sur Gaza.
  • 15 mars : fusillade contre deux mosquées à Christchurch en Nouvelle-Zélande : 49 morts, 20 blessés.
  • 15 mars : Paris rapatrie pour la première fois cinq enfants de djihadistes morts en Syrie.
  • 15 mars : premier veto de la présidence de Donald Trump sur la question du financement du mur à la frontière du Mexique.
  • 15 mars : le parquet demande la levée de l’immunité diplomatique du nonce apostolique à Paris.
  • 15 mars : le parlement européen adopte un régime de sanctions individuelles (au nom de Serguei Magnitsky) contre les auteurs de violation graves des droits de l’homme.
  • 16 mars : Mike Pompeo déclare que les Etats-Unis vont retirer ou refuser l’octroi de visas au personnel de la Cour pénale internationale (CPI) qui cherche à déterminer si les forces américaines ou leurs alliés ont commis des crimes de guerre en Afghanistan.
  • 16 mars : au Nicaragua, Daniel Ortega libère 50 opposants en signe de bonne volonté.
  • 16 mars : acte XVIII des « gilets jaunes » avec dégradations et violences sur les Champs-Élysées et manifestation pour le climat pendant qu’Emmanuel Macron fait du ski à La Mongie. Le premier ministre reconnait des « dysfonctionnements ».
  • 17 mars : en Serbie, après trois mois de contestation, le mouvement anti-Vucic (appel à la démission du président) gagne en intensité.
  • 17 mars : les Philippines quittent la CPI au moment où la Cour enquête sur les violences commises dans la lutte contre la drogue menée par Rodrigo Dutertre.
  • 18 mars : 1000 morts après le passage d’un cyclone IDAI au Mozambique et au Zimbabwe.
  • 18 mars : 3 morts et plusieurs blessés dans un fusillade dans un tramway à Utrecht. La piste terroriste explorée.
  • 18 mars : Bouteflika confirme qu’il restera président après le 28 avril.
  • 18 mars : visite de Jean-Yves Le Drian à Tripoli, entretien avec le premier ministre libyen, Fayez al-Sarraj.
  • 19 mars : entretien Trump-Bolsanoro à Washington qui affichent leurs convergences.
  • 19 mars : Noursoultan Nazarbaïev a annoncé mardi qu’il démissionnait de la présidence du Kazakhstan après trente années au pouvoir. En réalité, il conserverait un large pouvoir.
  • 19 mars : paralysée par une crise constitutionnelle, Theresa May demande un report du « Brexit » jusqu’au 30 juin 2019.
  • 19 mars : l’Allemagne refuse d’exclure Huawei de la 5G en dépit des pressions américaines.
  • 20 mars : le PPE suspend de droits de vote au PPE le parti de Viktor Orban.
  • 20 mars : en appel, la CPI condamne à la prison à perpétuité, l’ex-chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic (condamné à 40 ans de prison en première instance) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
  • 20 mars : entrée massive des populistes eurosceptiques au Sénat néerlandais. Le Premier ministre, Mark Rutte en difficulté.
  • 20 mars : nouvel accord conclu à Addis-Abeba au siège de l’UA entre le pouvoir et les différents groupes armés en RCA
  • 21-22 mars : sommet européen à Bruxelles pour évoquer la demande britannique de report de la date de mise en œuvre du « Brexit ». Ultimatum des 27 à Londres : option entre deux dates (12 avril ou 22 mai) en fonction de la réponse britannique.
  • 21 mars : Trump propose à Netanyahou la reconnaissance de l’annexion du Golan.
  • 21 mars : l’UE durcit le ton face à la Chine au moment de la visite de Xi Jinping en Italie, à Monaco et en France. Emmanuel Macron fustige une Europe « encore très naïve » vis-à-vis de la Chine.
  • 22 mars : l’ancien président brésilien, Michel Temer emprisonné pour corruption. Il sera relâché par la suite.
  • 23 mars : Donald Trump et la force antijihadistes annoncent la fin de l’Etat islamique en Syrie.
  • 23 mars : neuf morts dans un attentat perpétré à la voiture piégée contre un édifice gouvernemental à Mogadiscio par les Chabaab.
  • 23 mars : à Budapest, Nicolas Sarkozy prend la défense de Viktor Orban.
  • 23 mars : au Mali, 143 morts dans l’attaque d’un village peul par des Dogons. Violences qui tournent à l’épuration ethnique.
  • 23 mars : le procureur Muller remet son rapport sur l’enquête russe. Il n’apporte pas la preuve de la collusion.
  • 23 mars : comme il apprécie Kim Jong-un, Donald Trump annule certaines sanctions décidées par son administration conte la Corée du nord.
  • 24 mars : élections législatives en Thaïlande, les premières depuis le coup d’état. La junte arrive en tête. Une coalition antijunte se forme
  • 25 mars : entretien de Donald Trump avec Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche. Il signe le décret reconnaissant la souveraineté d’Israël sur le Golan. Le Pentagone débloque 1 milliard de dollars pour la construction du mur avec le Mexique.
  • 25 mars : Emmanuel Macron reçoit Xi Jinping à Paris.
  • 25 mars : Israël mène des dizaines de frappes à Gaza après un tir de roquette contre Tel Aviv.
  • 25 mars : lancement de l’assemblée parlementaire franco-allemande.
  • 25 mars : le parlement britannique prend la main sur le « Brexit ».
  • 26 mars ; entretien Macron/Merkel/Juncker avec Xi Jinping à l’Élysée.
  • 26 mars : 7 morts dans une attaque à Manjib revendiquée par l’EI en Syrie.
  • 26 mars : en Algérie, le CEMA demande un empêchement de la candidature Bouteflika en application de la constitution.
  • 26 mars : vote de la directive sur les droits d’auteur par le Parlement européen. Échec pour les GAFA
  • 27 mars : 4 ans de guerre au Yémen : 10 000 morts.
  • 26 mars : attaque contre un village Dogon par des Peuls : 6 morts au Mali.
  • 27 mars : des migrants détournent un navire pour ne pas rentrer en Libye. Le navire est repris en mains par des commandos maltais.
  • 27 mars : un groupe d’opposants à Pyongyang revendique l’attaque contre l’ambassade de Corée du nord à Madrid.
  • 27 mars : Donald Trump exige le retrait des troupes russes du Venezuela. Moscou veut participer aux négociations sur l’avenir du pays.
  • 27 mars : Theresa May évoque sa démission en cas de vote sur son projet d’accord sur le « Brexit ».
  • 27 mars : l’Union européenne retire ses navires militaires engagés en Méditerranée dans l’opération « Sophia ».
  • 27 mars : en Algérie, les défections s’accélèrent autour de Bouteflika.
  • 28 mars : 11 morts dans un attentat à la voiture piégée à Mogadiscio.
  • 28 mars : au Venezuela, Juan Guaido révoqué de son poste de président du parlement et déclaré inéligible durant 15 ans.
  • 28 mars : adoption par le CSNU, sous présidence française, d’une résolution sur le financement du terrorisme. Dans la foulée, Jean-Yves Le Drian participe au débat de haut niveau sur le climat à l’AGNU.
  • 29 mars : 3ème rejet par le parlement britannique de l’accord sur le « Brexit » négocié par Theresa May.
  • 29 mars : 6ème vendredi de manifestation en Algérie.
  • 30 mars : acte XX des gilets jaunes en France.
  • 30 mars-1er avril : visite du Pape François au Maroc. Migrations (« la question ne se résoudra pas avec des barrières »), dialogue des religions, tribune conjointe avec le Roi sur Jérusalem.
  • 30 mars : second tour de l’élection présidentielle en Slovaquie. L’avocate libérale Suzana Caputova remporte l’élection. Elle promet lutte contre la corruption et protection de l’environnement.
  • 31 mars : élections présidentielles en Ukraine : en lice, Petro Porochenko, Ioula Timochenko et l’acteur Volodymyr Zelenski. Ce dernier arrive en tête du 1er tour.
  • 31 mars : Erdogan perd Ankara et conserve Istanbul aux municipales.
  • 1er avril : annonce de la démission du président Bouteflika le 28 avril 2019.
  • 1er avril : nouveau rejet en bloc par le parlement britannique des alternatives au plan de Theresa May sur le « Brexit ».
  • 1er avril : Jean-Yves Le Drian annonce l’allocation d’une aide humanitaire d’un million d’euros pour un camp de déplacés de l’EIIL.
  • 1er avril : alors que sa gestion n’est pas exempte de critiques, Tom Enders quitterait Airbus le 10 avril 2019 avec un parachute doré de 36,8 millions d’euros. Bruno Le Maire marque son désaccord.
  • 2 avril : le président Bouteflika remet sa démission. Il est remplacé par le président du Sénat.
  • 2 avril : Theresa May demande un nouveau report « le plus court » du « Brexit ». Emmanuel Macron refuse que l’UE soit « l’otage » de la crise britannique.
  • 2 avril : l’assemblée constituante du Venezuela lève l’immunité de Juan Guaido.
  • 2 avril : un médecin français tué lors d’une opération antiterroriste au Mali.
  • 3 avril : l’OMC réduit encore sa prévision de croissance sur le commerce mondial.
  • 3 avril : le sultanat de Brunei se convertit à la charia la plus stricte.
  • 3 avril : dans une lettre d’adieux, Bouteflika « demande pardon » aux Algériens. Serait-ce un nouveau « printemps arabe » ?
  • 3 avril : la France a maintenu en 2018 son attractivité à l’international.
  • 3 avril : 62 personnes ont été tuées en 3 jours lors d’affrontements intercommunautaires consécutifs à des attaques djihadistes au nord du Burkina Faso.
  • 3 avril : Bruxelles s’en prend à la réforme de la justice roumaine. Après la Hongrie et la Pologne, Bucarest se retrouve dans le viseur des autorités européennes en ce qui concerne l’état de droit.
  • 3-4 avril : sommet de l’OTAN au niveau des ministres des Affaires étrangères à Washington pour célébrer son 70ème anniversaire. Devant le Congrès américain, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg met en garde la menace que fait peser sur l’Alliance une « Russie plus affirmée » sur la scène internationale.
  • 4 avril : Carlos Ghosn arrêté à son domicile sur la base de nouveaux soupçons et maintenu en détention au moins jusqu’au 14 avril.
  • 4 avril : Theresa May et Jeremy Corbin essaient de surmonter leurs divisions pour trouver un accord sur le « Brexit ».
  • 4 avril : fin de l’état de grâce pour le premier ministre Abiy Ahmed. Un an après son accession au pouvoir, il ne parvient pas à endiguer les violences intercommunautaires en Éthiopie.
  • 4 avril : au Nicaragua, le dialogue s’enlise entre le président Daniel Ortega et l’opposition qui réclame son départ.
  • 4 avril : Theresa May propose de repousser le « Brexit » jusqu’au 30 juin dans une lettre adressée à Donald Tusk qui suggère un report « flexible » allant jusqu’à 12 mois. Elle brandit la menace des élections européennes. Pour Paris, cette demande est « prématurée ».
  • 4 avril : Donald Trump se montre optimiste sur la possibilité d’un accord commercial avec la Chine « d’ici quatre semaines ».
  • 4-5 avril : G7 des ministres de l’Intérieur à Paris. Christophe Castaner s’en prend au rôle des ONG en Méditerranée.
  • 5 avril : réunion du G7 au niveau des Affaires étrangères à Dinard.
  • 5 avril : les troupes du maréchal Haftar aux portes de Tripoli en Libye. Le CSNU leur demande d’arrêt leur offensive, cette action menacerait la stabilité du pays. Le SGNU espère qu’il sera possible d’éviter une confrontation sanglante autour et dans Tripoli. Réunis à Dinard, les pays du G7 ont mis en garde vendredi « tout acteur libyen alimentant le conflit civil » en Libye
  • 5 avril : la France décide d’ouvrir ses archives sur le génocide tutsi (mise en place d’une commission de chercheurs par Emmanuel Macron). Elle sera représentée aux cérémonies du 7 avril à Kigali par le député LRM, Hervé Berville, envoyé dans son pays natal.
  • 6 avril : l’ex-ambassadeur du Bénin, Jules-Armand Aniambossou (ancien condisciple d’Emmanuel Macron à l’ENA° devient ambassadeur de France en Ouganda.

 
 
MICHEL AOUN : « LA DECISION AMERICAINE SUR LE GOLAN MENACE AUSSI LA SOUVERAINETE DU LIBAN » – Agences, 2 avril. Le président libanais, Michel Aoun, a indiqué que la décision américaine de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le Plateau du Golan ne menace pas uniquement la souveraineté d’un pays frère (Syrie), mais aussi celle du Liban. Le président libanais, Michel Aoun, a indiqué que la décision américaine de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le Plateau du Golan ne menace pas uniquement la souveraineté d’un pays frère (Syrie), mais aussi celle du Liban. C’est ce qui ressort du discours par Aoun au 30ème Sommet arabe tenu en Tunisie. Et Aoun d’ajouter que «le Liban possède des terres occupées progressivement par Israël, notamment aux fermes de Chebaa, les collines de Kfar Shuba et la partie nord du village Ghajar » et que « la propriété du Liban est prouvée par des documents et des cartes reconnues à l’échelle internationale». «Comment pourrait-on être rassuré, nous les petits pays, lorsque les pactes internationaux et les droits sont transgressés et que la légalité internationale n’est pas respectée ?», a-t-il demandé. Et le président libanais de poursuivre en s’adressant aux dirigeants arabes: «Si nous arrivons, à peine, à confronter ces décisions en étant réunis et unis, que dire si nous sommes dispersés, comme c’est le cas aujourd’hui? ». Aoun a également évoqué le dossier des migrants syriens au Liban et a exprimé sa crainte concernant "l’insistance sur le fait de lier le retour des personnes déplacées à la solution politique, malgré le fait que cela risque d’être long". Il a appelé la communauté internationale et les pays donateurs au « Sommet économique de Beyrouth » à assumer leurs responsabilités dans la crise des migrants et à appliquer leurs promesses relatives au financement des pays d’accueil. Le Liban a déclaré accueillir 1.5 million de réfugiés syriens, pendant que l’ONU indique que le nombre de réfugiés enregistrés au Liban est de moins de 1 million. Le président américain, Donald Trump, avait annoncé, le 25 mars courant, la reconnaissance de la souveraineté d’Israël au Plateau du Golan. Washington avait reconnu, le 6 décembre 2017, Jérusalem comme étant la capitale d’Israël. Evoquant la Cause palestinienne, Michel Aoun a mis en garde contre les efforts israéliens visant à priver les Palestiniens définitivement de leurs terres et de leur identité, après l’adoption de la loi sur « l’Etat-nation juif » et le déni du droit au retour des Palestiniens. Les travaux de la 30ème session ordinaire du Sommet de la Ligue des Etats arabe ont démarré, dimanche, dans la capitale Tunis. »>
 
 
ROGER AKL NOUS DIT : LE GRAND REMPLACEMENT ET LE CHANT DES SIRENES. En effet une incitation à la haine qui apparait maintenant au grand jour. C’est le dernier chapitre du plan global, qui avait commencé, en 1973, par la visite de Henri Kissinger au M.O., et qui avait été mis en œuvre par les guerres, dites confessionnelles, au Liban, en 1975. Il fallait créer des guerres, dans tout le continent central Eurasie, Afrique, et sa conclusion serait en Europe, dans le but de défaire tous les voisins de la Palestine occupée et finir par défaire les grandes puissances rivales des EUA, en commençant par l’Europe. Puis la Russie et Chine. Mais ce plan démoniaque résulta aussi par le fait que l’Amérique même est déjà divisée tout en étant toujours acquise à ce plan, avec l’aide de beaucoup de ses dirigeants : Démocrates, Républicains et autres politiciens tenus en laisse par AIPAC et leurs besoins financiers… Cette division du monde, avec l’aide des media et des dirigeants du monde, surtout occidental, y compris et surtout Israël, sous les ordres des grands financiers du monde, était déjà très avancée quand ses guerres civiles et religieuses, surtout au Levant et en Afrique, atteignirent l’Europe, envahie par les fuyards et les affamés chassés, par les guerres que l’Europe avait aidé à créer par la bêtise ou la corruption de certains de ses dirigeants, tenus en laisse par ceux qui veulent lui faire subir le sort des pays déjà détruits par les guerres du Moyen-Orient et d’Afrique. Sauf que… "L’homme propose" et planifie ce que Mammon lui a insufflé, mais "Dieu dispose"… Et la résistance a commencé par LE pays où l’attaque a commencé. LE PRESIDENT libanais, Michel Aoun va partir en visite d’Etat, en Russie, après avoir reçu les menaces de l’Américain, Pompeo Le Liban, depuis toujours tourné vers l’Occident, dont il se sent trahi, va-t-il finalement se "convertir" et changer de camp ? Ce voyage en Russie sera-t-il suivi par un autre en Chine ? Tout est possible, maintenant que les pays du Levant, qu’on a voulu diviser, se regroupent et regroupent leurs propres populations, dans un rapprochement inimaginable, il y a cinquante ans, tandis que l’Europe, dite Unie, devient de plus en plus désunie. C’est ce qui arrive quand on écoute le chant des sirènes.
 
 
SERGIO LEONE NOUS DIT : « PAUVRE EUROPE ! ». Au sujet de la compétition stratégique entre les Etats Unis et la Chine sur le terrain économique, l’Union Européenne semble désormais être devenue, avec l’Asie et l’Afrique, "l’objet", plutôt qu’un "sujet" de l’affrontement. Affectée par la paranoïa du "zéro virgule" et de l’aide d’Etat, ainsi que par la schizophrénie des droits humains et des "règles" gérées par le "clergé comptable" bruxellois, l’Europe glisse dans l’insignifiance. Depuis que l’Amérique de Trump a découvert que la mondialisation heureuse des Clinton et des Obama (avec la parenthèse… malheureuse des guerres de Bush) doit être corrigé par une dose de protectionnisme bon ton, le mercantilisme allemand (syndrome de la grande Suisse) est soumis à une double pression sur ses énormes surplus commerciaux, dus surtout  à l’exportation d’autos, et sur ses importations de gaz de la Russie à travers le contesté North Stream 2. Les effets sur le taux de croissance de Berlin n’ont pas tardé à se manifester. D’un autre côté, nombre de pays européens font l’objet de la séduction chinoise, à travers le mirage, et les investissements infrastructurels, de la nouvelle Route de la Soie (Belt and Road Initiative). Dans l’itinéraire terrestre de celle- ci, c’est sur la Pologne et les autres pays du Pacte de Varsovie dénommé Trimarium (Baltique, mer Noire, Adriatique) que la pression "amicale" de Pékin s’exerce. Sur le versant de la Méditerranée, après l’acquisition du port du Pirée dans une Grèce endettée (qui a cédé ses aéroports à l’Allemand Fraport…), les Chinois ont ciblé les escales de Gènes et de Trieste pour l’accès aux marchés de l’Allemagne du sud, de l’Autriche et de la Suisse, grâce à l’avantage des 5 à 6 jours de navigation en moins par rapport à Rotterdam et à Hambourg. A la veille de la visite de Xi Jinping en Italie (18-20 mars), Washington rappelle naturellement Rome à l’ordre… atlantique ! en singulière syntonie avec la Commission de Bruxelles qui évoque une inédite "coordination européenne", malgré le fait que tous les grands pays européens aient souscrit au capital de la Banque Asiatique pour les Investissements et les Infrastructures, l’un des coffres de la BRI. Au temps de la guerre "cyber", autre dossier délicat entre Rome et Washington (gérant du système Echelon depuis 50 ans !) concerne celui d’une possible présence du géant Huawei dans le réseau 5-G italien (ainsi qu’allemand). Face au dynamisme chinois, un constat s’impose : Pékin est en train de remplir le vide créé par le refus européen de mobiliser, après la chute de l’Union Soviétique, l’énorme potentiel de l’OSCE vers l’Eurasie dans les domaines des transports, de l’énergie et de l’environnement. En revanche, la préférence accordée aux élargissements provocatoires de l’OTAN a alimente la réaction identitaire de la Russie avec le corollaire de la crise Ukrainienne et l’absurde jeux des sanctions. En parallèle, l’élargissement de l’Union Européenne à l’Est a déplacé l’épicentre géopolitique de celle-ci et en a accentué les asymétries géoéconomiques. La Chine a profité de la dérive atlantiste l’Europe pour en faire l’objet et le terrain de l’affrontement avec l’Amérique de Donald Trump. Celui-ci, de son coté, ne cache pas son mépris vis-à-vis d’une Union invertébrée, exprimé dans les cas éclatants de la dénonciation unilatérale des accords sur le climat, sur le nucléaire iranien ou sur les missiles à moyenne portée, c’est à dire… en direction du territoire européen !!!
 
 
HEDY BELHASSINE A LU LE SIEGE DE SARAJEVO PAR L’AMBASSADEUR HENRY JACOLIN – C’était au temps que les moins de quarante ans ignorent. L’ex- Yougoslavie était à feu et à sang. Serbes, Croates, Bosniaques s’entre-tuaient. Les casques bleus de l’ONU faisaient semblant de s’interposer. Le 20 heures présentait les belligérants en fanatiques d’une guerre de religion entre Serbes orthodoxes, Croates catholiques et Bosniaques musulmans. L’affaire était plus complexe….. Cet épisode tragique de la guerre froide était en réalité une vaillante résistance contre le réveil du fascisme.

Dans Sarajevo assiégée survivre était une loterie. Les habitants se faufilaient entre les blocs de béton et les containers placés en chicane aux carrefours. Protections aléatoires contre les fusils à lunette des snipers. De temps en temps, un obus sifflait précédant l’éclair et le tonnerre d’un obus qui venait fracasser la ville. Jusqu’à mille fois les mauvais jours ! On était comme des rats traqués, la trouille au ventre, la respiration bloquée, puis, avec le soulagement d’être vivant, venait la rage, la haine, le poing levé vers les collines assassines. La nuit, les soldats ivres de Mladic tiraient sans discernement jusqu’à plus soif. Vers une heure du matin, ils s’assoupissaient dans leurs tanières laissant aux deux cents mille Sarajeviens du fond de la vallée quelques heures de répit avant l’aube. Ceux qui ont vécu ces nuits d’enfer n’oublieront jamais l’épreuve durant laquelle la plupart des nerfs finissaient par craquer. Pas ceux de l’ambassadeur de France.

Henry Jacolin : l’impassible petit bonhomme fumait tranquillement sa pipe en toutes circonstances, il semblait traverser la guerre sans même la remarquer. Indifférent aux risques de mitraille, il entrainait les rares visiteurs dans une tournée de la vielle ville déserte, s’attardait devant la cathédrale, bavardait devant la mosquée, montrait les ruines de l’ancienne bibliothèque. Ses gardes du corps, des gendarmes et des policiers du Raid qui en avaient vu d’autres, notamment à Beyrouth, multipliaient les mises en garde qu’il n’écoutait pas. Un jour, qu’il venait de prendre place dans l’énorme quadriréacteur ukrainien affrété par l’ONU qui faisait la navette avec Zagreb, des tirs crépitent autour de la carlingue. Branle-bas de combat. L’avion de « Maybe Airline » roule et décolle en catastrophe. Harnachés contre la carlingue, les hommes ont la couleur vert trouille de leurs treillis, Jacolin mâchonne tranquillement sa bouffarde en lisant Le Monde. « Ah bon » dira t-il à l’officier navigant qui l’informe à l’arrivée que l’empennage avait été mitraillé. Comme aurait dit Pompidou, la diplomatie à Sarajevo était loin de l’exercice de la tasse de thé et des petits gâteaux.

UN RECIT DE REFERENCE

Henri Jacolin, humble diplomate de métier a attendu près de trente ans pour livrer son retour d’expérience de négociateur en temps de guerre. Contrairement aux mauvaises habitudes que prennent les anciens ambassadeurs d’écrire des publireportages à la gloire de leurs banales missions dans des pays exotiques, l’ouvrage de 500 pages qu’il vient de publier, s’affranchit des anecdotes et des fioritures pour aller à l’essentiel : la diplomatie. C’est un compte-rendu méthodique, chronologique, précis, qui tient parfois du verbatim lorsqu’il rapporte ses entretiens avec les personnalités bosniennes et du relevé d’explorateur avec croquis à l’appui lorsqu’il s’aventure hors de Sarajevo. Son livre s’adresse aux historiens, aux étudiants de sciences po et aux quelque soixante mille soldats français qui à tour de rôle pendant quatre vingt dix jours, ont servi de boucliers onusiens.

De la diplomatie avant toute chose. Le lecteur cherchera en vain les anecdotes croustillantes sur les personnalités parisiennes qui allaient se faire photographier en « héros » pour Paris-Match. Henri Jacolin écrit avec précision et sobriété. Il n’est pas du genre à se laisser emporter par les sentiments. En passant, il cite ses collaborateurs : Massoni, Galli, de Blinière, Falcon et ses gardes du corps qui l’avaient affublé du nom de code SEMA (son Excellence Monsieur l’Ambassadeur), une équipe fameuse dont la vaillance aurait bien mérité un chapitre. Jacolin en consacre un à sa courageuse épouse, familière comme lui de la langue des Balkans, que l’on voyait parfois trotter à ses côtés sans y avoir été obligée. Par pudeur sans doute, il tait la pétaudière parisienne de la cohabitation et les basses compromissions. BHL n’est même pas cité ! À l’inverse des people, aucun soldat ni diplomate n’a tiré notoriété de ses escapades en Bosnie Herzégovine. Henri Jacolin pas d’avantage, avec ses collaborateurs, il a fait son métier avec dignité, sans vanité. Il raconte comment. Tout simplement.  

UN DESTIN SINGULIER

Il coulait des jours enviés comme ambassadeur de France aux îles Fidji quand Mitterrand décida subitement d’ouvrir une ambassade en Bosnie-Herzégovine (aujourd’hui on ferme les ambassades au premier coup de feu). Le Quai d’Orsay se souvint alors de ce locuteur en serbo-croate, spécialiste de Balkans. En huit jours de temps, il passera du meilleur au pire, du paradis à l’enfer. Très vite son analyse de la situation tranche avec la doxa des salonnards qui observent le théâtre de guerre sous les dorures parisiennes. Unique ambassadeur occidental en poste à Sarajevo (il y avait déjà un plénipotentiaire turc et un autre iranien) il est « installé » dans un Algeco protégé par des murs de sacs de sable. Il mange les rations que les casques bleus français veulent bien lui donner et couche sur un lit de camp. Ses messages écrits à la main sont dactylographiés et chiffrés hors de la zone de guerre. Il se console comme il peut  « Combien sommes-nous au Département, parmi ceux de ma génération, à avoir vu quelque chose qui ressemble au siège du ghetto de Varsovie ou à l’anéantissement de Dresde ? » Et puis, dans Sarajevo assiégé « L’arrivée de l’ambassadeur de France touche tous les cœurs »

Témoin de l’Histoire, seul diplomate à échanger avec des dizaines de gens différents, sa mission n’est pas facile pour autant, car à Paris, un Président de gauche cohabite avec un Premier ministre de droite. « Justifier la politique de la France à l’égard de la Bosnie-Herzégovine relève de la gageure, provoquant au mieux la tristesse, au pire l’ironie la plus désespérée. » Enfin, le Quai d’Orsay lui fait l’aumône d’une poussive Land Rover blindée. Le voilà par monts et par vaux. Il veut tout voir, rencontrer tous les belligérants. Il est le seul à savoir, le seul à prévoir. Il adresse à Paris des télégrammes au titre prémonitoire « Chroniques d’un nettoyage ethnique annoncé » Il est pourtant difficile de recueillir des informations fiables « entre la Forpronu, qui pratique une sorte de langue de bois onusienne en minimisant souvent les situations et les incidents, et les belligérants qui n’hésitent jamais à tout dramatiser. »

L’EXTERMINATION DES MUSULMANS

À Paris, on ne pourra pas dire que l’on ne savait pas, Jacolin consigne scrupuleusement : « selon le témoignage, oral et écrit que m’a confié un ressortissant de Srebrenica, les Serbes ont tué 3 000 personnes en dix jours. Ils ont rassemblé 500 personnes sur le stade et les ont emmenées vers l’école. Ils les ont tuées à l’arme à feu et en les égorgeant. Ce premier bilan du massacre se révélera par la suite bien plus épouvantable. 8 000 seront assassinés en juillet 1995 « malgré les efforts du Général Morillon » L’ambassadeur est aussi témoin de l’horreur du ghetto de Mostar et de la poche de Bihac dont il rend compte méticuleusement.

Au total, en Bosnie-Herzégovine il sera creusé 100 000 tombes. Enfin, en décembre 1995, sous la pression de l’opinion internationale indignée, les négociateurs finiront par imposer la paix qui sera signée à Dayton au terme d’un long processus auquel Henry Jacolin qui avait quitté son ambassade un mois plus tôt, n’était pas étranger. Il retournera 10 ans plus tard à l’invitation des rescapés reconnaissants qui le feront citoyen d’honneur de leur ville. En ce 6 avril 2019 qui commémore comme chaque année la libération de Sarajevo, les anciens auront une pensée particulière pour cet ambassadeur d’exception…

https://hybel.blogspot.com/2019/04/le-recit-du-siege-de-sarajevo-par.html
 
 
BREXIT : L’OPERATION MARITIME ATALANTE DEMENAGE SON QG EN ESPAGNE – Agences, 2 avril. Effet concret du Brexit: le commandement de l’opération navale européenne Atalante, qui lutte contre la piraterie au large de la Somalie, a été transféré vendredi du Royaume-Uni à l’Espagne. Une cérémonie sur la base de Rota en Andalousie (sud) a marqué l’entrée en fonctions du vice-amiral espagnol Antonio Martorell Lacave comme commandant de l’opération, le jour où devait initialement se produire le Brexit et où les députés britanniques ont rejeté une troisième fois l’accord de divorce avec l’UE. "C’est honnêtement un jour triste pour le Royaume-Uni" mais "un jour passionnant pour l’Espagne", a déclaré l’ex-commandant britannique de la force, Charlie Stickland, sur la base de Rota. Atalante, "c’est beaucoup plus que des bateaux dans l’océan Indien et des avions dans le ciel", a dit cet officier britannique, vantant "une opération sophistiquée qui se sert du pouvoir coercitif et diplomatique pour continuer à supprimer la piraterie". Le Conseil de l’UE avait annoncé en juillet le transfert du QG de cette "force navale dirigée par l’UE", qui emploie 101 personnes, de Northwood en Angleterre à Rota. Pour récupérer le commandement d’Atalante, que visait également l’Italie, l’Espagne avait présenté une proposition conjointe avec la France. "Et c’est à Brest (ouest de la France) qu’a été installé le centre de sécurité maritime de l’opération, le Maritime Security Center Horn of Africa (MSC HoA)", qui assure l’interface entre Atalante et le monde maritime civil, s’est félicité vendredi le ministère français des Armées dans un communiqué. La mission Atalante – à laquelle participent 19 pays de l’UE, de même que la Serbie et le Montenegro – avait été créée en 2008 pour faire face aux actes de piraterie au large des côtes somaliennes dans l’océan Indien. En 2009, le thonier espagnol Alakrana avait ainsi été pris d’assaut et son équipage retenu en otage pendant 47 jours. En 2011, la justice espagnole avait condamné à 439 ans de prison chacun les deux Somaliens arrêtés et accusés d’avoir participé à cette attaque. Bien que le nombre d’attaques de piraterie dans cette zone soit tombé de 176 en 2011 à seulement deux en 2018, selon un bilan d’Atalante, l’UE a décidé de prolonger cette mission jusqu’à fin 2020 et de la doter de près de 12 millions d’euros pour 2019 et 2020. L’UE préfère ne pas baisser la garde dans une zone où transitent les navires du Programme alimentaire mondial (PAM) et où travaillent des bateaux de pêche européens. "Depuis son lancement en 2008, Atalante a permis de réduire drastiquement la menace de piraterie en océan Indien qui devenait intolérable", a assuré le ministère français, faisant valoir que "l’amélioration de la situation permet également à l’aide humanitaire destinée à la Somalie d’être acheminée en sécurité". La décision du Royaume-Uni de se retirer de l’UE a aussi entraîné le déménagement de l’Agence européenne du médicament et de l’Autorité bancaire européenne, respectivement aux Pays-Bas et en France.
 
 
DU BON USAGE DU DÎNER EN VILLE ! Guillaume Berlat. « Celui qui reçoit ses amis et ne donne aucun soin personnel au repas qui leur est préparé n’est pas digne d’avoir des amis » énonçait en son temps Brillat-Savarin. Cela reste une vérité première, y compris en ce siècle de la malbouffe et de la « junk food »1 que Brigitte Macron souhaite épargner à son fringuant époux. Qu’en est-il aujourd’hui du terme galvaudé de « dîner en ville » ? Il soulève une très légitime interrogation de toutes les personnes de bon sens. Il importe de revenir aux nombreuses définitions qu’en donnent les experts de la vie parisienne, une sorte de Jacques Offenbach du XXIe siècle. Elles doivent être complétées par une opportune explication sur le contexte actuel. C’est que la gaudriole peut se révéler, à l’occasion, une dangereuse sauterie. Cette importante démarche suppose le recours à une approche historique.

UNE LÉGITIME INTERROGATION

Une très fidèle lectrice de notre site www.prochetmoyen-orient.ch s’étonne, à juste titre, de l’emploi inconsidéré du terme de « dîner en ville » pour désigner des agapes nocturnes qui se déroulent par nature (le plus souvent) dans la capitale de l’Hexagone. Elle écrit : « cette expression m’a fait sourire… car il me semble que lorsqu’on habite en ville, où que l’on se trouve, on est toujours en ville ! ». L’une de ses amies avertie de cette pratique lui ouvre les yeux sur cette habitude parisienne en ces termes : « L’expression, qui vous a fait sourire, fait référence à ces dîners mondains qui réunissent à Paris, ou dans les autres villes (de province ou des ‘territoires » pour faire plus actuel), quelques sommités ou notabilités touchées par la grâce et qui décident du sort des petites gens comme nous, entre la poire et le fromage, qui propagent des rumeurs et des commérages malsains ». Vous l’aurez compris, ce genre de sauterie ne concerne que des célébrités, certainement pas des « ploucs », de vulgaires « gilets jaunes », en un mot le commun des mortels, le vulgum pecus ! Cela ne concerne en réalité que « Ceux qui gouvernent vraiment la France »2, les « cons de Matignon » (Benoît Ribadeau-Dumas et Thomas Fatome, respectivement directeur et directeur adjoint de cabinet du Premier ministre, Édouard Philippe), par exemple3.

UNE LARGE DÉFINITION

Quelle est au juste la définition du dîner en ville ? Voici la réponse qui nous est fournie par un expert patenté : « Dîner mondain, dîner où l’on doit être vu, dîner qui rassemble des personnes en vue ». En quoi consiste-t-il ? « Un dîner en ville, c’est le dîner des autresCe qui est primordial pour un dîner en ville réussi, ce n’est pas ce qu’il y a dans l’assiette mais plutôt qu’il y ait de l’action autour de la table ». Un autre connaisseur explique que « le dîner en ville, rite mondain d’apparence futile est en fait le théâtre essentiel d’une construction de domination ». Un fin limier précise que « pour contenter tout le monde et espérer attraper des ‘gros poissons’ qui arrivent tard, d’autres qui partent tôt, l’apéritif sert parfois d’entrée suivi d’un plat unique ».  Encore faut-il que le gros poisson ne s’avère pas être un vulgaire aigrefin qui se fait passer pour un authentique aiglefin ! Un escroc ose même se faire passer pour notre auguste ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian qui en connait un rayon en matière de gros poissons, lui le Breton armé. Où va-t-on ?

UNE OPPORTUNE EXPLICATION

L’exercice bien rodé de recevoir chez soi pour se passer les plats « existe depuis des siècles, explique Guillemette Faure. Une tradition, un genre de cour, lieu d’agrément et théâtre social ». Cette coutume très française est pourtant menacée de disparition par la génération des moins de 40 ans. Celle des start-uppers – toujours à court de temps – qui affichent leur désamour pour ces formules « entrée, plat, dessert », jugées un peu figées, et qui ne réunissent au mieux « qu’une dizaine de personnes alors qu’une photo postée sur Instagram au cours d’une soirée au Louvre ou à la Fondation Louis Vuitton permet de regrouper en quelques minutes et en un seul clic des milliers de followers », constate Bertrand de Saint Vincent, directeur adjoint de la rédaction du Figaro et chroniqueur des soirées parisiennes (Tout Paris, éd. Grasset, 2011)4. Pour de plus amples précisions, nous renvoyons nos lecteurs au must en la matière Dîner en ville. Mode d’emploi, ed. Grasset, 2017 de Guillemette Faure. Ils y trouveront tout et plus encore…

UNE DANGEREUSE SAUTERIE

Mais, il ne faudrait pas croire que le dîner en ville est toujours un long fleuve tranquille. Cette obligation dite sociale – mais non remboursée par la sécurité du même nom – peut parfois tourner à la farce, voire même au jeu de massacre. Parfois au mistigri qui consiste à tirer à boulets rouges sur les absents, ceux qui ont toujours tort. En un tournemain, voici notre mondain(e) habillé(e) pour l’hiver sans même être passé(e) par la case grand couturier parisien à l’instar de Jack Lang et de ses costumes bradés par Francesco Smalto. Boomerang à l’occasion. Porté aux nues un jour, cloué au pilori le lendemain. Vérité d’un jour n’est pas vérité de tous les jours ! Une folle rumeur courant sur les réseaux sociaux (qualifiés par des experts de la chose comme le « mur des chiottes ») au mépris de la célèbre présomption d’innocence et voilà notre geek interdit de séjour dans les salons du Faubourg Saint-Germain tel un vulgaire délinquant. Le mouton noir est alors désigné à la vindicte mondaine et n’a plus droit de cité dans ces hauts lieux de la malbouffe, de la « junk food » germanopratine. Circulez, il n’y a plus rien à voir…

UNE APPROCHE HISTORIQUE

Comme toujours, un brin d’histoire est toujours utile pour une meilleure compréhension du sujet. En effet, cette querelle sémantique sur le dîner en ville nous ramène au débat qui agitait le microcosme parisien après la Seconde Guerre mondiale lorsque dans un groupe de notables (très) proches des francs-maçons, on avait tendance à considérer que dans l’expression dîner-débat, le premier mot comptait plus que le second5. Une manière de débattre sur la qualité du dîner ou de débattre la bouche pleine. Vaste programme, comme aurait dit le général de Gaulle. On l’aura compris, l’histoire du dîner en ville est éternelle, aussi vieille que le monde. Elle nécessitait une salutaire explication de texte, une explication de gravure.

Revenons aux grands noms de la diplomatie pour éclairer notre lanterne ! « Quand on a renoncé à tous les plaisirs de la vie, il reste encore celui de se lever de table après un dîner ennuyeux » nous apprend le diplomate écrivain, Paul Claudel. Pour conclure, nous renverrons nos nombreux lecteurs de notre site, adeptes ou pas des dîners en ville, à cette formule de Diogène : « À quelle heure faut-il dîner en ville ? Si l’on est riche, répondit-il, quand on veut ; si l’on est pauvre, quand on peut ». Du bon usage, au sens propre et figuré, du dîner en ville au XXIe siècle !

1 Emprunt de l’anglais junk food ayant le même sens ; junk signifiant (« camelote ») et food (« nourriture »), https://fr.wiktionary.org/wiki/junk-food
2 Étienne Girard/Louis Hausalter, Ceux qui gouvernent vraiment la France, Marianne, 29 mars-4 avril 2019, pp. 8 à 11.
3 Les « cons de Matignon » vont-ils battre en retraite ?, Le Canard enchaîné, 3 avril 2019, p. 2.
4 Isabelle Spaak, Les nouveaux codes des dîners en ville, www.lefigaro.fr , 16 novembre 2017.
5 Philippe Ridet, 1. Avec Frère Frassa, les francs-maçons du Parlement en ordre de bataille, La Semaine, M. Le Magazine du Monde, 30 mars 2019, pp. 13-14.
 
 
LES DERNIÈRES FARCES DU COMIQUE LE CHOUCHEN – Jean Daspry. « C’est pas dur la politique comme métier ! Tu fais cinq ans de droit et tout de travers » (Coluche). Ceci pourrait s’appliquer à celui qui fut pendant cinq ans ministre de la Défense et qui officie depuis deux ans à la tête de la diplomatie française. Décidément, le poids des ans conjugué au décalage horaire doublé de nombreux déplacements dans sa Bretagne adulée conduisent notre sympathique ministre de l’Europe et des Affaires étrangères – qui vient de ravaler Homélie de Montchalin au grade de simple secrétaire d’État aux affaires européennes – à quelques superbes embardées diplomatiques. Les dernières portent sur le Gabon et l’Allemagne. Mais à la lecture du Monde, nous avons failli tomber à la renverse tant les bobards6 à répétition que l’on nous sert régulièrement sont énormes.

GABON, JEAN-YVES LE DRIAN RECADRÉ PAR LE QUAI D’ORSAY

Il revient au site Mondafrique de nous relater la dernière bourde de notre barde, la dernière galéjade de notre détonant voyageur dans ces termes :

« L’intervention de Jean Yves Le Drian, le ministre des Affaires Etrangères, sur le Gabon telle qu’elle a été suivie en direct par les medias, a été revue et corrigée par le service de presse du Quai d’Orsay. Devant la commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationales, Jean Yves Le Drian affirmait, toute prudence diplomatique oubliée : « Donc, le président Bongo a été victime d’un AVC, il se remet au Maroc, et on peut espérer qu’il pourra reprendre ses activités normalement. Il a été élu, l’assemblée nationale a été élue, il y a un gouvernement, les institutions fonctionnent, la réalité est celle-là. » qui figure dans la vidéo

http://videos.assemblee-nationale.fr/video.7420037_5c926461c3a67.commission-des-affaires-etrangeres–m-jean-yves-le-drian-ministre-de-l-europe-et-des-affaires-etr-20-mars-2019 Un poisson d’avril ? Même pas ! Or ce passage fort imprudent du ministre des Affaires Etrangères a été supprimé de la transcription sur le site du MEAE publiée le lundi 1er avril.

https://basedoc.diplomatie.gouv.fr/vues/Kiosque/FranceDiplomatie/kiosque.php?fichier=bafr2019-04-01.html#Chapitre4 »7

Manifestement, Jean-Yves Le Drian avait peut-être abusé de boissons fortes avant de passer son grand oral au Palais-Bourbon. Bourbon du nom de la boisson qu’il apprécie tout particulièrement en fin de journée. Le très sérieux quotidien Le Monde écrit à ce sujet « avec sa gueule burinée de film à la Audiard, ses petites habitudes – une bière à 17 heures, un whisky à 20 heures, une clope en fin de journée… »8. Rien ne nous est dit de sa passion pour le chouchen. Boire ou parler, il faut choisir ! Cela ne fait pas encore partie de la déontologie des membres du gouvernement contrôlée par une Haute autorité de la transparence de la consommation des ministres, sous-ministres, secrétaires d’État… et autres éliacins.

ALLEMAGNE, JEAN-YVES LE DRIAN MOUCHÉ PAR LA PATROUILLE

Manifestement, contrairement à ce que d’aucuns pensent, la diplomatie est loin d’être un long fleuve tranquille. On doit souvent boire le calice jusqu’à la lie, avaler quelques énormes couleuvres sans coup férir et faire bonne figure. La dernière livraison du volatil nous fournit un superbe exemple de la diplomatie des coups tordus, surtout de la part de nos plus proches amis, alliés et frères que sont les Allemands. Face au père Fouettard, Jacques-Jacques Bourdin, Jean-Yves Le Drian se vante de participer au conseil des ministres franco-allemand à Berlin, signe de la vitalité du couple franco-allemand dans la foulée de la conclusion du traité d’Aix-de-la-Chapelle du 22 janvier 20199. Allemands et Français travailleraient main dans la main pour relever les multiples défis auxquels nos deux pays sont confrontés. Et, notre barde breton de parader sur ses terres d’origine. Tout se passe à merveille sauf que Le Chouchen nous sert une vraie « fake new ». Patatras, Berlin prolonge l’embargo sur les exportations d’armes notamment en direction de l’Arabie saoudite et de ses alliés en raison de la guerre au Yémen. Et le quotidien Les Échos de préciser que « La France s’inquiète de ce durcissement des conditions d’exportation des armes menaces la viabilité des projets franco-allemands sur l’avion du char du futur ». Mais, la faible France n’en peut mais tant elle est faible. « L’étrange défaite » (Marc Bloch) version 2019 a de beaux jours devant elle.

Manifestement, on n’a pas la même interprétation de la violation des droits de l’homme et de la diplomatie économique des deux côtés du Rhin. C’est l’histoire d’un vieux couple qui fait chambre à part en dépit des déclarations d’amour lénifiantes destinées à sauver les apparences. Mais, cela prend de moins en moins auprès des citoyens européens qui ne croient que ce qu’ils voient, pas ce qu’on leur dit. La ficelle est usée jusqu’à la corde !

LES DERNIERS BOBARDS DU MONDE

Comme le disait le regretté Coluche dans son fameux sketch sur les journalistes – un monument à déguster sans modération – et avec le sens inné de la dérision qui était le sien : « les journalistes disent qu’on dit toujours des conneries, maintenant je vais dire les leurs, ça va les promener… ». Lorsqu’un certain Olivier Faye du Monde nous dresse un portrait vérité (une mauvaise hagiographie) de Jean-Yves Le Drian, on en tombe à la renverse tant ce monsieur raconte n’importe quoi. Nous apprenons que le « Breton madré » est un stratège. On découvre que notre folliculaire à la petite semaine confond les termes de stratège et de manœuvrier. Ce qui n’a rien à voir. Quant il ose mettre dans la colonne succès de notre barde breton, la réunion de la Celle-Saint-Cloud sur la Libye, on comprend que ce monsieur ne connait rien à l’actualité internationale et qu’il ne lit pas son propre quotidien. Il y apprendrait que les forces du maréchal Haftar (celui que nous ne reconnaissons pas) se rapprochent de Tripoli10. Pour un succès diplomatique de la France, c’est une véritable claque pour Jupiter et son barde surtout lorsque l’émissaire de l’ONU, Ghassam Salamé déclare que « la Lybie n’est pas divisée entre deux hommes mais a explosé en mille morceaux »11.

Et d’enfiler toute une série de perles aussi savoureuses les unes que les autres, en particulier celle sur le lancement – plusieurs fois retardé – de son think tank des « progressistes bretons » (par rapport à qui et à quoi ?), le « Breizh Lab »12. Nous manquons de nous étouffer tant il ne laisse pas le souvenir au Quai d’Orsay d’un agitateur d’idées mais plutôt d’un commentateur de l’actualité. Et le reste est à l’avenant… Nous sommes à l’évidence dans le registre du comique mais aussi de la vulgaire propagande, du bobard, de la « fake new » que le même quotidien Le Monde attribue à régulièrement à Vladimir Poutine, l’homme qui fait basculer les peuples du côté des populistes aux quatre coins de la planète13. Il est vrai que nos alliés américains sont de véritables oies blanches en la matière. Soyons sérieux quelques secondes si l’on veut être crédible et pas se livrer à de tels exercices indignes d’un journaliste qui se respecte.

Décalage horaire, c’est bien le cas avec Jean-Yves Le Drian qui sévit à Tripoli, à l’ONU/New York la semaine dernière et qui tient le banc de la France au sommet du soixante-dixième anniversaire de la création de l’OTAN à Washington. Au moment où l’histoire ne se répète pas, mais bégaie14, quand nos ministres prendront-ils le temps de la réflexion en lieu et place de passer leur temps à jouer les piètres commentateurs d’une actualité qu’ils peinent à suivre et à comprendre ? Ils gagneraient en crédibilité dans l’Hexagone mais, surtout pour le responsable de la diplomatie française, crédibilité sur la scène franco-allemande, européenne et internationale. Le respect du savoir devrait être au cœur d’une démocratie vivante. Mais, nous n’en sommes pas encore là à prendre connaissance des dernières farces du comique Le Chouchen.

6 Jack Dion, Dis, papa, raconte-moi une fake news, Marianne, 5-11 avril 2019, p. 59.
7 La rédaction de Mondafrique, Gabon, Jean-Yves Le Drian recadré par le Quai d’Orsay, https://mondafrique.com/gabon-jean-yves-le-drian-recadre-par-le-quai-dorsay/ , 2 avril 2019.
8 Olivier Faye, Le stratège Jean-Yves Le Drian pousse ses pions, Le Monde, 5 avril 2019, p. 7.
9 Vite dit, Le Canard enchaîné, 3 avril 2019, p. 8.
10 Frédéric Bobin, Libye : les forces du maréchal Haftar se rapprochent de Tripoli, Le Monde, 6 avril 2019, p. 4.
11 Ghassam Salamé (propos recueillis par.Maryline Dumas), « La Libye n’est pas divisée entre deux hommes, elle a explosé en mille morceaux », Le Figaro, 6-7 avril 2019, p. 18.
12 Olivier Faye, précité.
13 Martin Untersinger, Ingérences russes. 2/6. L’Ukraine cyberharcelée, Le Monde, 5 avril 2019, p. 19.
14 Michaël Foessel, Récidive 1938, PUF, 2019.
 
 
DES PRATIQUES FACÉTIEUSES DE L’ONCLE SAM ? Jean Daspry. En cette période pré-électorale (celle des élections au Parlement européen du 26 mai 2019), le microcosme s’agite. C’est que les partis de gouvernement ne sont pas assurés de conserver leur écrasante majorité à Bruxelles/Strasbourg. Il se murmure que les affreux partis « populistes » auraient le vent en poupe et pourraient jouer les trouble-fête. Quoi de mieux dans ces circonstances que de recourir aux bonnes vieilles ficelles de nos politiciens/politicards qui ont fait leur preuve. Au lieu de se livrer à leur autocritique sur les causes de la défiance citoyenne à l’égard des dirigeants, il est tellement plus commode d’aller chercher le fameux bouc émissaire si bien décrit par René Girard15. Tout ceci est parfait. Tandis que l’on met la lumière sur le bouc émissaire tout trouvé, c’est silence radio sur les pratiques du grand frère.

PLEINS FEUX SUR LE BOUC ÉMISSAIRE TOUT TROUVÉ

Et cela tombe à point nommé dans la mesure où nous en avons un bouc émissaire sous la main. Il a pour nom Vladimir Poutine et il a pour méthode le bobard (« fake new »). Le Journal du Dimanche du 31 mars 2019 nous explique les « coulisses de la fabrication des fake news »16. Et trois grandes plumes de l’hebdomadaire nous expliquent qu’existent des menaces de manipulation contre la campagne électorale en cours. Mais, que les bonnes âmes se rassurent. À Paris, le président du TGI veille au grain, ayant mis une organisation robuste pour faire face à l’avalanche de demandes. À Bruxelles, les institutions européennes veillent au grain17. On peut s’étonner, dans ces conditions, sur les raisons d’une inquiétude subite de nos dirigeants alors même qu’ils nous garantissent l’inviolabilité du cordon sanitaire mis en place contre l’ours russe. Le Parlement européen vient même d’adopter le 15 mars 2019 un régime de sanctions individuelles dans les États qui violent les droits de l’homme. Même si le mot Russie n’apparait pas explicitement dans le texte de la résolution, il est en filigrane, le nom retenu étant celui de Serguei Magnitsky. De qui se moque-t-on ? À quand l’application d’un tel régime de sanctions contre l’Arabie saoudite ou quelques bons dictateurs africains qui figurent parmi nos amis ? Ce n’est pas encore pour demain. Sans parler de réciprocité à l’égard des États-Unis lorsqu’ils démolissent les fleurons de notre industrie : Airbus, Alsthom… A-t-on vu la moindre sanction appliquée au grand frère, y compris lorsqu’il dépasse les bornes ?

SILENCE RADIO SUR LES PRATIQUES DU GRAND FRÈRE

Reprenons ce qu’écrivent les médias sur deux sujets récents.

L’attaque contre l’ambassade de Corée du Nord de Madrid revendiquée par le groupe Free Joseon… Un groupe dissident assure être derrière l’incident survenu le mois dernier en Espagne, où des hommes armés se sont emparés d’ordinateurs à l’ambassade nord-coréenne de Madrid. Ce groupe, connu sous le nom de Cheollima Civil Defense, alias Free Joseon, est engagé dans des activités hostiles au gouvernement nord-coréen. Sur son site internet, il a fait savoir mardi soir qu’il était impliqué dans l’incident survenu à l’ambassade. Le 22 février, des hommes armés auraient ligoté et bâillonné des employés de l’ambassade avant de ressortir avec des ordinateurs et des téléphones portables. Selon le communiqué de Free Joseon, les hommes étaient toutefois invités à l’ambassade et personne n’aurait été frappé ou bâillonné. Le groupe indique enfin qu’il combat uniquement les pratiques du régime de P’yongyang. Mardi, un juge espagnol a annoncé que des ressortissants sud-coréens et américains faisaient partie des dix assaillants et que le principal coupable était un Mexicain vivant aux États-Unis. Free Joseon précise qu’aucun gouvernement étranger n’est impliqué ou même conscient de ses activités. Le groupe ajoute avoir partagé certaines informations de première importance avec le FBI, à la demande de l’agence américaine. Le FBI s’est refusé à tout commentaire sur ces affirmations.

(Radio Japon international, le 27-03-2019)

Il y a du nouveau dans l’affaire de l’attaque, le 22 février, à l’ambassade de Corée du Nord à Madrid. Le tribunal espagnol chargé du dossier a annoncé hier qu’un commando de dix membres avait fait irruption dans les locaux de l’ambassade et que l’un d’entre eux avait contacté le FBI. Et d’ajouter que parmi ces membres, certains sont de nationalité sud-coréenne, américaine et mexicaine, dont un Sud-Coréen dénommé Lee Woo-ran. Toujours selon le tribunal, l’assaillant de nationalité mexicaine mais résidant aux États-Unis est entré en contact, cinq jours après l’assaut, avec le FBI à New York afin de lui remettre des informations dérobées. La Cour espagnole n’a cependant pas confirmé si le service de renseignement intérieur américain a reçu ou non ces données. Cependant, l’affaire reste entachée de mystères. On s’interroge notamment pourquoi l’homme a contacté le FBI et quelle information il a voulu lui remettre. Washington nie toujours son implication dans l’incident. Par ailleurs, le Washington Post a rapporté le 16 mars qu’un groupe ayant pour objectif de renverser le régime nord-coréen serait à l’origine de l’intrusion. Ce groupe du nom de Free Joseon, anciennement Cheollima Civil Defense, avait annoncé protéger dans un endroit sûr la famille de Kim Jong-nam, le demi-frère du leader nord-coréen, peu après son assassinat à l’aéroport de Kuala Lumpur en février 2017.

(KBS World Radio, le 27-03-2019)

Renseignor18

Mais, le quotidien Le Figaro n’est pas en reste sur le sujet. Il écrit ce qui suit « Une ambassade nord-coréenne cible d’un mystérieux commando. Armés de couteaux et de machettes, dix assaillants se sont introduits dans la ‘légation du royaume ermite’ à Madrid. Leur butin : des disques durs contenant de précieuses informations sur le régime le plus secret du monde, qui dénonce une ‘grave attaque terroriste’ et pointe un doigt accusateur vers WashingtonL’opération pourrait avoir fourni aux États-Unis des informations-clés permettant de décrypter les messages codés échangés par le régime, selon un transfuge de haut rang à Séoul »19.

L’on peut s’étonner que les Alliés (les idiots utiles) de Washington n’aient pas saisi l’occasion d’une réunion régulière du Conseil de l’Atlantique-nord à Evere pour interroger leur collègue américain sur la véracité de telles allégations. Si elles étaient avérées, elles porteraient un sérieux coup de canif aux fameuses valeurs dont l’OTAN est censée être porteuse… Une fois encore, c’est le règne du deux poids, deux mesures. Que n’aurait-on dit si l’on avait suspecté les services de renseignement russes.

L’assassinat de Khashoggi : des membres du commando saoudien avaient été formés aux Etats-Unis

Des membres du commando saoudien qui a tué le journaliste Jamal Khashoggi avaient participé à une formation aux Etats-Unis, a rapporté le Washington Post qui dévoile également de nouveaux éléments sur le décès de son ancien chroniqueur. Critique du régime, l’intellectuel saoudien qui résidait aux Etats-Unis a été tué et démembré le 2 octobre 2018 par un commando de 15 agents saoudiens venu de Riyad dans le consulat de son pays à Istanbul. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Après avoir nié le meurtre, l’Arabie saoudite a évoqué une opération menée par des éléments « hors de contrôle » et qui aurait dégénéré. Le procès de onze suspects s’est ouvert en début d’année devant la justice saoudienne. Mais des zones d’ombre persistent, à commencer par le rôle du puissant prince héritier Mohammad ben Salmane, considéré comme « responsable » du meurtre par le Sénat américain — qui a reçu un compte-rendu à huis clos de la CIA — mais que l’administration de Donald Trump refuse de mettre publiquement en cause.

Selon l’éditorialiste du Washington Post David Ignatius, « un Saoudien qui a attentivement lu la retranscription d’un enregistrement audio », réalisé grâce à un micro placé par les services turcs dans le consulat, lui a rapporté que le commando avait l’intention d’enlever Jamal Khashoggi pour le ramener en Arabie saoudite et l’interroger. Mais cette source saoudienne a ajouté, évoquant une note dans la retranscription, que le journaliste avait reçu une injection, « probablement un puissant sédatif », avant qu’un sac soit placé sur sa tête. « Je ne peux pas respirer. J’ai de l’asthme. Ne faites pas ça », peut-on entendre crier Jamal Khashoggi juste avant sa mort, selon ce verbatim cité par cette même source saoudienne dans le quotidien. Selon David Ignatius, qui dit avoir interrogé plus d’une dizaine de sources américaines et saoudiennes sous couvert de l’anonymat, certains membres de ce « groupe d’intervention rapide » mis en place par les services saoudiens et dépêché à Istanbul avaient « reçu une formation aux Etats-Unis ». « La CIA a fait savoir aux autres agences gouvernementales que cette formation aux opérations spéciales pourrait avoir en partie été réalisée par Tier 1 Group, une société de l’Arkansas, sous une licence du département d’Etat américain », ajoute le quotidien. « Cette formation a eu lieu avant la mort de Khashoggi » et « n’a pas repris depuis », précise-t-il, assurant que plusieurs autres échanges sécuritaires entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite sont en suspens depuis le meurtre20.

Tout ceci, une fois encore, ne semble pas troubler le sommeil de nos bonnes âmes drogués à l’antisoviétisme le plus primaire mais anesthésiés lorsqu’il s’agit de parler des bonnes vieilles recettes de la CIA.

Comme l’écrit justement Régis Debray : « l’européen a des velléités mais, à la fin, il fait où Washington lui dit de faire, et s’interdit de faire là ou et quand il n’a pas la permission 21». S’il n’est pas question un seul instant de tolérer l’intolérable de la Russie, il est aussi inacceptable de se coucher devant l’Amérique lorsqu’elle commet l’irréparable. Exister, si tant est que ce verbe ait encore, une signification pour les Européens, c’est parfois s’opposer à son meilleur allié, non se comporter en vassal… surtout lorsque la mauvaise foi l’emporte sur la foi du peuple à la destinée manifeste. Cessons de jouer le grand air de la morale outragée qui demande sanction. Winston Churchill disait avec raison « qu’il est toujours plus facile d’inventer ou de proclamer des principes généreux que de les appliquer ». C’est tout sauf glorieux pour une Europe qui se donne en modèle à la planète entière. « Au fond, l’essence de la diplomatie, c’est la compréhension de l’autre »22. Mais, compréhension n’est pas synonyme de compromission face à des pratiques facétieuses de l’Oncle Sam !

15 René Girard, Le bouc émissaire, Grasset, 1982.
16 Thomas Liabot, Les coulisses de la fabrication des fake news, JDD, 31 mars 2019, p. 7
17 Stéphane Joahny/Camille Neveux/David Revault d’Allonnes, Menace d’usage de faux sur la campagne, JDD, 31 mars 2019, p. 8.
18 Renseignor le renseignement ouvert par la radio, n° 1070, 31 mars 2019, pp. 4-5.
19 Sébastien Falleti/Mathieu de Tallac, Une ambassade nord-coréenne cible d’un mystérieux commando, Le Figaro, 2 avril 2019, p. 16.
20 https://www.lorientlejour.com/article/1164199/assassinat-de-khashoggi-des-membres-du-commando-saoudien-avaient-ete-formes-aux-etats-unis.html
21 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard , 2019, p. 21.
22 Raoul Delcorde, Le métier de diplomate, Académie royale de Belgique, 2018, p. 116.
 
 
LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE PAR PHILIPPE SIMONNOT* : « Antisioniste, pas antisémite ».

Monsieur le Président,

Au cours du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le mercredi 20 février 2019, devant un parterre de plus de 1.000 invités, munis d’un badge, « Tous unis contre l’antisémitisme », vous avez accédé à la demande formulée, quelques minutes plus tôt, par Francis Kalifat, président du CRIF. Vous avez ainsi annoncé que la France allait adopter dans ses textes de référence, la définition de l’antisémitisme validée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), c’est-à-dire élargie à l’antisionisme. L’antisionisme est « une des formes modernes de l’antisémitisme », avez-vous souligné.

Déjà, le lundi 7 mars 2016, devant les mêmes instances, Manuel Valls, alors Premier ministre de la France, avait déclaré : « Il y a l’antisionisme, c’est-à-dire tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël ». Ces deux déclarations auxquelles on pourrait joindre beaucoup d’autres émanant des plus hautes autorités de la République française montrent s’il en était besoin que la confusion entre antisémitisme et antisionisme a été portée au niveau d’une sorte de doctrine d’État.

Monsieur le Président, je vais essayer de vous donner les raisons de mon désaccord avec vous sur ce point, avec toutrespect que je dois aux hautes fonctions que vous exercez, et je vous conjure de ne pas faire adopter par la France la définition de l’antisémitisme validée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Ce serait une très funeste erreur.

Assurément, aujourd’hui en France, beaucoup d’antisémites, et de la pire espèce, se sont recyclés dans l’antisionisme. C’est l’un des effets pervers de la criminalisation légale de la détestation des juifs. Comme le torrent au courant duquel un barrage tente de faire obstacle, interdire légalement une haine, conduit cette haine à prendre d’autres chemins. On ne change pas les passions humaines par décret, et vos paroles, aujourd’hui, Monsieur le Président comme celles, hier, de Manuel Valls, ne sont pas faites pour apaiser les esprits. Elles n’arracheront même pas les masques que portent les mauvais bergers du peuple français, qui se régalent déjà de vos discours.

Et s’il est un lieu où vous n’auriez  pas du vous livrer à cette improvisations malheureuse, c’est bien devant le CRIF (qui, curieusement, soit dit en passant, ne comporte pas le J qui devait figurer dans son acronyme). Je vous mets au défi, Monsieur le Président, de tenir  le même discours devant des instances musulmanes.

Je vous ferais d’ailleurs remarquer que l’immense majorité des Arabes sont antisionistes. Or les Arabes, je ne vous l’apprends évidemment pas, sont des sémites. Les traiter d’antisémites parce qu’ils sont antisionistes est évidemment absurde – à moins de les supposer tous atteints de la haine de soi – la fameuse Selbsthaß si bien décritepar Theodore Lessing dans le livre qu’il a publié en 1930 sous le titre Der jüdische Selbsthaß.(littéralement : la haine de soi juive). 

Mais la confusion entre antisémitisme et antisionisme est aussi une insulte pour tous les juifs qui s’opposent au sionisme. Ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui à être offusqués par la politique menée par le gouvernement de Benjamin Netanyahou, dont vous vous faites, d’une certaine manière, le porte-parole en France. Par exemple, Dana Milbank, un fidèle du rabbin américain Danny Zemeli, chroniqueur au Washington Post, qui ne passe pas, que je sache, pour un journal antisémite, titrait récemment l’un de ses articles : « Les juifs américains contemplent Israël avec horreur ».

Dans d’autres pays, la parole juive, si elle était plus libre, exprimerait en public la même consternation.

Cette opposition juive au sionisme, le savez-vous, est ancienne. D’abord parce que  seul un petit nombre de survivants du génocide hitlérien durent leur vie aux efforts du mouvement sioniste,comme l’a reconnu Tom Segev dans l’un de ses ouvrages. Mais c’est en fait depuis des décennies que des juifs de renom s’opposent au sionisme. En voici quelques exemples, qui montrent qu’avant même la création de l’Etat d’Israël, le ver était dans le fruit :

Freud : pas l’ombre d’une sympathie pour cette piété fourvoyée

En 1930, Sigmund Freud écrivait à son ami Albert Einstein : « Je ne peux trouver en moi l’ombre d’une sympathie pour cette piété fourvoyée qui fabrique une religion nationale à partir du mur d’Hérode, et pour l’amour de ces quelques pierres, ne craint pas de heurter le sentiment des populations indigènes » (lettre du 26 février).

L’immense philosophe que fut Martin Buber, cette « sentinelle de l’humanité », comme le qualifie son biographe, Domnique Boureliv , a eu le pressentiment, en 1927, que l’œuvre des colons juifs en Palestine était « funeste », reprenant, consciemment ou non, un qualificatif appliqué aux juifs par Nietzsche lui-même v.

En 1919, en marge de la Conférence de paix de Versailles, au moment où est discuté le sort de la Palestine, Sylvain Lévi, qui siège dans la commission des affaires palestiniennes, souligne les problèmes inévitables que susciterait l’établissement d’une entité juive : la Palestine est un pays exigu habité par plus de 600.000 Arabes, elle ne pourrait recevoir tous les émigrés juifs européens qui désireraient y vivre sans que les premiers ne fussent dépossédés par les nouveaux venus. De plus, explique-t-il, l’existence d’une telle entité introduirait partout dans le monde juif le principe dangereux de la double allégeance. 

Remontons encore le temps, jusqu’à 1917, l’année de la « Déclaration Balfour » (2 novembre), selon laquelle « le Gouvernement de Sa Majesté [britannique] envisage favorablement l’établissement, en Palestine, d’un Foyer national pour le peuple juif ». Dans une lettre publiée par The Times, le 17 mai 1917, le président du Jewish Board of Deputies, Alexander, et le président de l’Anglo-Jewis Association, Claude Montefiore, tous deux hommes d’influence et de grande fortune, écrivent qu’ils ne peuvent soutenir le schéma politique du sionisme, car les juifs, à leurs yeux, forment une communauté religieuse. Par conséquent, ils s’opposent à la création d’ « une nationalité séculière juive qui se fonderait sur un vague et obscur principe de race et de particularité ethnologique.»

Claude Montefiore, petit neveu du grand Moses Montefiore, remet le couvert dans son opuscule intitulé Les Dangers du sionisme : « Nous savons que les sionistes s’obstinent à affirmer que les juifs, même hors de Palestine, possèdent une nationalité propre. Et nous savons à quel point les antisémites sont d’accord avec les sionistes ». Autre figure marquante chez les juifs du Royaume-Uni de cette époque, Lucien Wolf campe sur la même position.

Toutefois, l’opposant juif le plus farouche au projet de la Déclaration Balfour est lui aussi un grand nom de l’aristocratie juive : Edwin Montagu. Le fils cadet du puissant banquier Samuel Montagu voit avec horreur « les sionistes travailler à un édifice [l’Etat juif en Palestine] qu’il considérait comme un ghetto géant pour tous les juifs du monde ». Seul ministre juif dans le gouvernement Lloyd George où il est secrétaire d’Etat à l’Inde, il est invité à participer aux délibérations du Cabinet de guerre lorsque la question de la Palestine y est évoquée. Jusqu’au bout, il s’opposera au projet de déclaration, y voyant une manifestation d’antisémitisme. Il exprime sa position dans un mémoire intitulé tout simplement The antisemitism of the present gouvernement. Lors des séances du Cabinet du 3 septembre et du 4 septembre, il s’exclame : « Si vous faites cette déclaration, chaque organisation, chaque journal antisémite, demandera de quel droit un juif anglais, avec le statut, au mieux, d’étranger, a de prendre part au gouvernement de l’Empire britannique. » Et encore : « Comment puis-je négocier avec le peuple de l’Inde au nom du Gouvernement de Sa Majesté, si le Gouvernement de Sa Majesté décide que mon foyer national est en territoire turc ? » Il redoutait aussi de possibles effets de la déclaration sur les musulmans indiens. De fait, c’est pendant son absence de Londres que la Déclaration Balfour fut adoptée. En Inde, où il apprend la nouvelle, il s’exclame : « Notre gouvernement a porté un coup irréparable aux juifs anglais. Il s’efforce d’établir un peuple qui n’existe pas ».

On peut remonter plus avant dans le temps pour trouver trace des inquiétudes que suscitait le sionisme parmi les juifs. Par exemple, un organisme juif français, l’Alliance Israélite Universelle, dès le lendemain du premier Congrès sioniste à Bâle (29-31 août 1897), lançait cet avertissement prémonitoire : l’idée de la reconstitution d’un Etat juif au cœur du monde arabe, non seulement « met en danger les communautés juives vivant en terre d’islam, mais constitue une régression et un retour en arrière vers les temps où les juifs vivaient coupés de leurs voisins et formaient “une race” ».

Rappelons que le premier congrès sioniste s’est tenu à Bâle en 1897 parce que la communauté juive allemande n’en voulait pas à Munich, où il avait, d’abord, été programmé. Aux yeux d’un Ludig Geiger, rédacteur en chef de la Allgemeine Zeitung des Judentums, il était impossible pour des juifs allemands de participer au mouvement sioniste, car ils ne reconnaissaient qu’un seul peuple, le Volk germanique.

La communauté juive française était particulièrement lucide sur les risques d’un retour à Sion, pour les Palestiniens, mais aussi pour les juifs eux-mêmes. « Herzl a oublié de nous dire, demande le journal parisien L’Univers israélite, le 29 janvier 1897, ce qu’il comptait faire de la population arabe de la Palestine : devra-t-elle se retirer devant le flot des nouveaux arrivants et émigrer à son tour vers quelque terre inconnue? Sera-t-elle, au contraire, autorisée à demeurer dans ses pénates, et quelle sera, dans ce cas, sa situation ? La considérera-t-on comme étrangère au pays où elle est née ? Mais alors vous la dépouillerez de sa nationalité et vous la condamnerez elle-même à l’intolérable sort dont vous voulez délivrer les juifs de certains pays d’Europe. »

On pourrait multiplier les références qui toutes aboutiraient au même résultat : Toute une série de penseurs juifs parmi les plus éminents ont considéré que le sionisme avait des aspects antisémites ou nourrissait lui-même l’antisémitisme.

Il est nécessaire de mentionner, à ce propos, que le fameux slogan : « la Palestine, une terre sans peuple pour un peuple sans terre », dont les sionistes ont usé et abusé pour « justifier » l’occupation et la colonisation des terres palestiniennes, est en fait d’origine chrétienne, comme je l’ai montré dans mon livre sur la Déclaration Balfour. C’est un certain Lord Schafetsbury (1801-1885) qui a lancé cette formule mystifiante, alors que la Palestine était à cette époque, belle et bien peuplée, habitée et cultivée comme depuis des siècles. Ce grand aristocrate anglais, humanitaire et réformateur, prêchait pour la « Restauration des juifs » (Restoration of the Jews). Il appartenait à un courant chrétien millénariste qui croyait que pour accélérer le « Second Coming » ou le « Second Advent » (le retour de Jésus sur terre), il fallait rassembler tous les juifs de la planète et les envoyer en Palestine pour qu’ils assistent à la parousie christique – une manière pieuse de se débarrasser des juifs de la diaspora avec de bons sentiments.

Ici encore le sionisme a été et est encore le fourrier d’un antisémitisme masqué. Et l’on est justifié à s’y opposer, que l’on soit chrétien, musulman, juif ou athée.

Monsieur le Président, permettez-moi de terminer cette lettre par cette observation de bon sens. Les sionistes de tous bords ont évidemment intérêt à faire passer tous les antisionistes pour d’affreux antisémites. Si vous les suivez sur ce plan, si par malheur l’antisionisme était interdit sur la place publique comme on vous le demande, alors toute critique du sionisme serait anathème et susceptible de poursuites judiciaires. A la censure de facto qui s’exerce déjà en France viendrait s’ajouter une censure de jure qui réduirait un peu plus la liberté d’opinion dans un pays qui passe pour la patrie des droits de l’homme. Non, Monsieur le Président, vous ne permettrez pas une telle atteinte aux principes fondamentaux de notre République.

*Ex-Professeur d’économie du droit aux Universités de Paris-Sorbonne, Paris-Nanterre, et Versailles Saint-Quentin. Auteur de Le Siècle Balfour (1917-2017), Ed. Pierre-Guillaume de Roux, Paris, 2018.

Print Friendly, PDF & Email