Observatoire Géostratégique

numéro 248 / 16 septembre 2019

ORIENT-ATIONS 232

UNE CATASTROPHE ANNONCEE – Philippe de Saint Robert. Cette chronique d’un naufrage annoncé1 devrait être sur la table de chevet de tous les préfets de France. Ses auteurs, Pierre Dumont et Denis de Kergolay, retracent le calvaire suivi par tous les territoires français depuis qu’on leur impose, par voie administrative et aux dépens de toute consultation démocratique, l’implantation forcée d’abusives forêts d’éoliennes.

Les éoliennes terrestres perpètrent des massacres : « N’en déplaise aux promoteurs et aux exploitants des parcs éoliens, leurs machines tuent les oiseaux. Beaucoup d’oiseaux. Surtout dans les couloirs migratoires… les plus propices à l’exploitation du vent. Aux États-Unis, sur les sites de Californie et d’Hawaï, il a fallu arrêter les éoliennes quatre mois par an car elles tuaient des milliers d’oiseaux migrateurs. » Quant aux éoliennes maritimes, une bouée en acier a dû être inventée pour prévenir les dommages qu’elles causent à la faune marine.

On veut nous faire croire qu’on se préoccupe de l’environnement alors qu’on massacre les paysages. Patrice Cahart alertait il y a peu2 sur cette « dernière chance d’obtenir l’arrêt de la prolifération des éoliennes » qu’aurait été le « grand débat » si l’on ne l’en avait soigneusement exclu : « La liste est longue des sites défigurés ou en passe de l’être, rappellent Dumont et Kergolay, depuis la montagne Noire dans l’Aude jusqu’aux collines de la Drôme provençale ou au massif du Vercors, en passant par les monts du Beaujolais, la campagne bretonne, le Cap Corse (une dizaine d’éoliennes dominent le port de Centuri, l’un des sites les plus remarquables de l’île de Beauté…), la Vallée des peintres dans le Berry, la basilique de Vézelay… En réalité, il suffirait de faire le tour des sites les plus emblématiques de notre pays pour tomber, à un moment ou à un autre, sur un parc ou un projet éolien. »

Les auteurs font remonter l’agitation écologique qui nous obsède aux désordres de Mai 68. J’ajouterai que la recherche du productivisme y est aussi pour quelque chose. C’est à partir d’alors que les préoccupations écologistes s’introduisent en politique même si elles n’expriment que les revendications de minorités agissantes.

L’éolien fut notamment promu après deux événements importants qui mirent en accusation la production d’énergie nucléaire, en Ukraine avec Tchernobyl et au Japon avec Fukushima. Il conviendrait toutefois de remarquer que ces deux graves accidents n’étaient pas liés à une dangerosité inhérente au nucléaire mais lié, dans le cas de l’Ukraine, au mauvais entretien des centrales dû à la décadence de l’Union soviétique et, dans le cas du Japon, au fait que les centrales avaient été imprudemment placées dans un endroit particulièrement vulnérable. Comme le fait observer Jean-Marc Jancovici3, le solaire et l’éolien ne pourront pas se substituer au nucléaire en France et « sortir du nucléaire ne fait rien pour le climat ». Le malheur est qu’on a voulu, comme d’habitude, faire comme les Allemands dont l’opération de transition énergétique est une catastrophe avérée, et a entraîné un regain de pollution par le retour aux centrales à charbon. Ce n’est pas la seule bêtise à mettre au compte de la politique d’Angela Merkel, mais nous continuons de nous aveugler sur son exemplarité supposée.

Nicolas Hulot, que tout le monde admire, n’a pas manqué lui non plus, de nous induire en erreur en prenant un arrêté, le 10 mai 2018, où il est affirmé que « le développement de l’énergie éolienne constitue un enjeu particulièrement important pour la transition énergétique et la croissance verte » – il y est ajouté, ce qui est impayable : « le Gouvernement est particulièrement attentif à ce que ce développement respecte pleinement l’environnement, les paysages ainsi que la santé des populations. » Dumont et Kergolay relèvent à ce propos : « Celles et ceux qui n’hésitent pas à sacrifier tous ces joyaux au nom d’intérêts financiers sous-estiment l’attachement que les populations éprouvent pour les patrimoines qui font leur identité. (…) Cet entêtement dans la poursuite de ces utopies mercantiles risque de générer, au-delà de l’altération des paysages et des sites, des frustrations et des sentiments d’humiliation qui peuvent porter ces populations, notamment rurales, vers des votes protestataires, qu’ils soient ceux de la gauche ou de la droite extrêmes. »

Nous savons, par ailleurs, que l’électricité d’origine éolienne n’est pas rentable : « Le dispositif d’obligation de rachat, par EDF, de cette électricité à un tarif hors-norme risque de mettre en péril notre producteur national. » Ce dernier fait depuis quelque temps l’objet de mises en cause permanentes par l’État lui-même, ce qui ne peut manquer d’ébranler la faisabilité et la mise en œuvre de nouvelles filières nucléaires.

« Prétendre, écrivent nos auteurs, que les éoliennes contribuent à lutter contre le réchauffement climatique est un mensonge. (…) Croire que l’on peut sauver la planète au moyen d’une forme d’énergie fondamentalement intermittente et hautement polluante, cela relève de l’utopie ». L’éolien parmi toutes les énergies renouvelables est devenu, insistent nos auteurs, une variable d’ajustement qui permet à nos gouvernants de passer outre à tous les avertissements, afin de donner des gages aux écologistes qui finissent par avoir davantage le comportement d’une secte que le rôle de veilleur du bien commun. A quoi sert de faire, avec raison, la guerre aux pesticides si, en même temps, sous couvert d’énergies renouvelables, on massacre la planète et le bien-être de ses habitants ?

1 Dumont, Pierre et de Kergolay, Denis (2018). Éoliennes : chronique d’un naufrage annoncé. Éditions François Bourrin.
2 Le Figaro, 30 janvier 2019.
3 Cf. l’entretien accordé par le fondateur du cabinet Carbone 4 au Figaro (7 octobre 2018).
 
 
GÉRARD ARAUD : DE LA VIE DEVANT SOI AU MAL FRANÇAIS ! Ali Baba. Jamais la France n’avait eu un diplomate français, qui plus est ambassadeur de France dignitaire, aussi médiatique que notre ex-ambassadeur à Washington après avoir officié à New-York en qualité de représentant permanent de la France auprès de l’ONU. Vous l’aurez deviné, nous parlons bien de Gérard Araud ! Il faut remonter à Romain Gary, qui interrompit sa Carrière en 1960 après son poste de Consul général à Los Angeles, pour trouver une personnalité aussi non conformiste et aussi présente dans les médias. Et encore, on ne peut comparer que ce qui est comparable. Comparaison n’est pas raison. Il ne se passe pas une semaine sans que les médias ne nous livrent les derniers coups de génie de cet énarque polytechnicien, chouchou du président de la République, Emmanuel Macron. Parvenu à l’âge de la retraite (le Dieu Jupiter lui a même permis d’aller jusqu’à 66 ans), il vient de se recaser, une sorte de vie devant soi. Au-delà de ce qui pourrait paraître, à maints égards, comme anecdotique, nous sommes confrontés à un véritable mal français qui gangrène le tissu social.

LA VIE DEVANT SOI4

Si pour certains hauts fonctionnaires français attachés à une certaine éthique du service public et de l’intérêt général, le départ à la retraite constitue le point d’arrivée d’un engagement pour le bien commun ; pour d’autres, il constitue un nouveau départ. Munis d’un carnet d’adresses impressionnant, ils vont se vendre, sans vergogne, au secteur privé, de préférence aux intérêts privés américains. Cela fait plus chic et cela est plus en ligne avec la conception macroniste ou macronienne de la France, « start -up » nation ! Dès avant le jour fatidique, le fonctionnaire félon met en branle ses divers réseaux pour se garantir le point de chute le plus lucratif. Au diable, les avis et recommandations des comités Théodule qui ont pour nom commissions de déontologie et autres farces et attrapes. Étant par nature au-dessus de la loi, le haut fonctionnaire ne s’embarrasse pas de toutes ces contraintes stupides qui ne valent que pour la plèbe, les pouilleux et les gueux de la Fonction publique. Comme le magazine Challenges en faisait récemment le décompte, le Quai d’Orsay est une Maison tolérante, pour ne pas dire une Maison de Tolérance, pour ses plus brillantes ouailles qui se recyclent dans la consultance au profit du pays dans lequel ils ont été accrédités auparavant. Notre site en tient une chronique régulière. Le dernier en date est l’illustrissime gaffeur devant l’Éternel, Gérard Araud. La dernière livraison du Journal du Dimanche nous apprend – ce qui se murmurait déjà depuis plusieurs semaines dans les célèbres dîners en ville – que notre ex-ambassadeur à Washington allait mettre ses talents incommensurables au service de Richard Attias & Associates, l’organisateur de sommets internationaux installé à New York, en qualité de numéro deux (vous savez cette société dont l’épouse du PDG n’est autre que Madame ex-Sarkozy après avoir été Madame ex-Jacques Martin)5. Pour ne pas être en reste, il tiendra une chronique mensuelle pour le quotidien Le Monde pour y pronostiquer les affaires du monde (une sorte de Madame Soleil qui n’avait prévu l’élection de Donald Trump !) et publiera ses Mémoires de Diplomate chez Grasset (nous saurons tout du génocide du Rwanda, du déclenchement de la guerre en Libye…). Du croustillant en perspective tant l’homme, qui ne fie qu’à son instinct, est perspicace et clairvoyant.

Interviewé par Jean-Dominique. Merchet en partenariat avec l’IFRI, à l’occasion de son départ à la retraite, l’ancien ambassadeur aux États-Unis, Gérard Araud livre son point de vue sur le pays et Donald Trump. Il estime ainsi qu’« il y a une lassitude des États-Unis de leur rôle international [et qu’ils] ne veulent plus être le gendarme du monde », raison pour laquelle, selon lui, « les Américains ont fait le minimum au dernier moment sous le maximum de pression » en Syrie notamment (L’Opinion). Dans le portrait que Libération lui consacre, « il assure déplorer "la militarisation excessive de la politique française" » à laquelle « il a pourtant amplement contribué à l’ONU (Libye, Mali) », assure le quotidien, faisant référence à son ancien poste de représentant permanent de la France aux Nations unies6. Encore un ambassadeur qui a la mémoire courte et qui se plaît à critiquer une diplomatie qu’il a encouragée et mise en œuvre. Cela mériterait quelques sanctions disciplinaires, voire la déchéance de sa dignité d’ambassadeur de France dont il est manifestement indigne. Gérard Araud, un vrai mercenaire en somme qui a la vie devant soi ! Mais, ce cas d’espèce ne constitue qu’une nouvelle et énième illustration du mal français.

LE MAL FRANÇAIS7

Alors même que la décence élémentaire et l’éthique minimale voudraient que les plus hauts fonctionnaires français respectent un délai de viduité avant de passer la frontière entre le public et le privé, il n’en est rien. Nos vénérés membres de La Caste si bien croqués par le journaliste de Médiapart, Laurent Mauduit8 n’ont que faire de toutes ses balivernes. Ce ne sont pas les lois sur la moralisation de la vie publique adoptées en septembre 2017 qui ont modifié, de quelque manière que ce soit, les mauvaises manières de nos hauts fonctionnaires issus des grands corps et autres sortis de l’ENA. Est-ce normal que Gérard Araud aille vendre sa science et ses services à une entreprise américaine basée à New-York, ville dans laquelle il a été fonctionnaire français pendant quatre ans ? Est-ce normal que Gérard Araud dévoile dans ses Mémoires des faits dont il a eu à connaître durant sa Carrière ? Cela ne se nomme-t-il pas en droit une compromission susceptible de poursuites pénales ?9 Est-ce normal que Gérard Araud, ambassadeur dignitaire de France, bénéficie encore des divers avantages non négligeables attachés à cette dignité ? Rappelons pour ceux qui ne le sauraient pas que tout ambassadeur de France dignitaire a droit à vie à l’appellation « Monsieur l’Ambassadeur », à l’attribution d’un passeport diplomatique et à 500 euros de supplément par rapport à sa retraite de ministre plénipotentiaire hors classe ? Ceci ne devrait-il pas conduire à interdire toute activité rémunérée à ce genre de haut fonctionnaire en retraite, exception faire d’une activité bénévole ? Est-ce moral dans le contexte actuel de grande souffrance d’une partie de la population française ? Nous ne pensons pas que ses élucubrations à paraître dans le Monde soient désintéressées. Les exemples d’ambassadeurs de France dignitaires se livrant à ce genre de carambouilles sont malheureusement légions. C’est bien connu, le bon exemple vient d’en haut. La servitude volontaire et rémunérée par l’Oncle Sam est insupportable au moment où l’on vient nous parler de prétendues ingérences russes dans la campagne pour les élections européennes. Rappelons que l’ancien chef d’état-major des armées comme l’ancien chef du service de contre-espionnage collaborent à des sociétés américaines sans que cela ne gène le moins du monde la bienpensance et les donneurs de leçons. Pourquoi ? Il faudra bien, le moment venu, que tous ces « collabos » nouveau cru soient jugés et condamnés pour leurs forfaits innommables.

Le ver est dans le fruit10 de la République exemplaire et moralisatrice d’Emmanuel Macron, le candidat disruptif. Ce sont toutes ces situations intolérables – à l’instar de celle de Gérard Araud – dont les Français ne veulent plus comme le traduit la crise sans fin des « gilets jaunes ». Nos concitoyens ne veulent plus des agissements coupables de la Caste veule, de cette nouvelle trahison des clercs (Julien Benda), de cette noblesse d’État (Pierre Bourdieu), de cette machine condamnée à l’épuisement. Ces comportements menacent notre édifice dans sa globalité. Nos concitoyens en ont assez de tous ces dirigeants qui s’abandonnent à de vagues paroles toujours plus insignifiantes les unes que les autres en termes d’éthique et de morale publique. Un grand bravo à celui que Jupiter cite en exemple à suivre à ses ministres réunis en Conseil le mercredi en son château : Gérard Araud qui évolue entre La vie devant soi et Le mal français. Tout ceci risque de très mal finir…

4 Émile Ajar (alias Romain Gary), La vie devant soi, Mercure de France, 1975 (prix Goncourt 1975).
5 François Clémenceau, Les scoops de l’ex-ambassadeur Gérard Araud, www.lejdd.fr , 19 mai 2019.
6 Focus Défense, 21 mai 2019.
7 Alain Peyrefitte, Le Mal français, Plon, 1976.
8 Laurent Mauduit, La Caste. Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir, La Découverte, 2019.
9 https://www.defense.gouv.fr/sga/le-sga-en-action/droit-et-defense/secret-defense/secret-defense
10 Alors qu’une situation se dégrade sur le long terme, que la corruption s’installe sans que rien ni personne n’intervienne, "le ver est dans le fruit", www.linternaute.fr
 
 
C’EST PARTI AVEC LE MERCATO DES DIPLOS ! Jean Daspry. « Chaque chose en son temps en hiver comme au printemps » nous rappelle le dicton français. Les diplomates, qui sont censées changer d’affectation au rythme d’une fois tous les trois ans, attendent avec impatience le printemps dans l’espoir d’un été fructueux. C’est au cours de cette période que se conclut le marché des grands (et des petits) postes qu’il s’agisse des postes de directeurs à l’administration centrale (au Département comme le veut l’appellation contrôlée) ou d’ambassadeurs à l’étranger (prendre un bicorne et parfois le melon en prime). C’est pourquoi, durant tout le printemps, les fonctionnaires du Quai d’Orsay s’agitent énormément afin de se placer pour le mercato des costauds. Comme souvent dans la Maison des bords de Seine, il y a la théorie et la pratique qui ne coïncident pas forcément.

LA « TRANSPARENCE » OPAQUE

Comment souvent en France en général et au Quai des Brumes en particulier, il y a le dit et le non-dit.

Pour ce qui est du premier, existe au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, une procédure étrange qui a pour nom « transparence » ou liste des postes qui vont se libérer à l’été suivant. Les candidats sont appelés à postuler officiellement et à être auditionnés par des comités Théodule (« panel » dans le jargon maison) pour faire émerger la meilleure candidature. Le seul problème est que cette « transparence » a pour principale caractéristique, son opacité. D’expérience, les diplomates chenus savent que les choses sérieuses se passent ailleurs. La procédure du « fléchage » exclut certaines affectations pour le commun des mortels, les réservant aux heureux élus de Dieu et de ses Saints.

Pour ce qui est du second, existe un code non écrit qui veut que pour optimiser ses chances de succès, il est important, voire indispensable de faire campagne, d’agiter ses réseaux de toute nature (politique, syndical, genre en allant rendre visite au Haut fonctionnaire pour l’égalité entre hommes et femmes, corps en particulier si l’on est ancien élève de l’ENA, hiérarchique avec ses anciens patrons ou collaborateurs appartenant à tel ou tel cabinet ministériel, philosophique…) si l’on en a. En un mot, il faut savoir se vendre comme un vulgaire paquet de lessive. Au passage, il ne faut pas hésiter à dire le plus grand mal de ceux de vos collègues qui lorgnent vers l’affectation qui a votre préférence. C’est dire que tous les coups sont permis, y compris les plus vils. Une boule puante ne peut jamais faire de mal. Il faut donc veiller au grain à plein temps pour prévenir le coup bas, le coup de Jarnac de vos meilleurs amis, de vos chers amis et collègues selon l’expression consacrée au 37 Quai d’Orsay et dans son annexe de la Convention. La procédure est aussi longue et aléatoire pour le commun des mortels (sans appuis et sans réseaux) que courte est assurée pour les fils et filles d’archevêque (avec double parachute). Comme cela se murmure dans les couloirs, c’est un « full time job » (un travail à temps complet) qui se fait souvent au détriment de la qualité de ses fonctions présentes. La sacro-sainte méritocratie à la française fait rire sous cape.

Une fois que les beaux jours arrivent, les plus chanceux voient leur entregent récompenser par les bonnes nouvelles. Ils reçoivent le coup de fil fatidique qui leur apprend la bonne nouvelle de manière officieuse. Pendant ce temps, les moins chanceux patientent dans l’espoir de la bonne nouvelle qui tarde à arriver, voire qui n’arrive jamais. C’est là que l’on s’aperçoit de l’opacité de la « transparence » ! Même pour récolter les miettes du festin des costauds de l’entre-soi, il faut savoir être aussi patient que fataliste, voire servile et aplaventriste. Et, le scénario se reproduit à l’identique chaque année dès les mois d’avril et de mai. Nos perroquets à carte de presse, qui usent leurs semelles du côté de l’Élysée, de Matignon ou du Quai des Brumes, rapportent pour notre plus grand bonheur les derniers ragots sur l’état du mercato11.

LE NOUVEAU CRU JUPITÉRIEN

C’est à ce moment crucial que nous nous trouvons aujourd’hui. Le moment est d’autant plus grave que nous assistons au premier véritable mercato de Pinocchio-Macron qui veut imprimer sa marque à cette fantasia diplomatique. De plus, avec les départs en retraite des grosses pointures de la Maison des bords de Seine (Washington, Moscou, Pékin, New-York/ONU…), les appétits se sont aiguisés. Tout un chacun, une chacune estime légitime d’être récompensé pour ses bons et loyaux services par un poste à la hauteur de ses ambitions. Au fil des jours, la fresque diplomatique se livre à nos yeux avides de sensations fortes.

Le « la » a été donné avec le départ à la retraite (à 66 ans) du chouchou de Jupiter, à savoir de Gérard Araud, notre ambassadeur gaffeur, qui plus est dignitaire, à Washington12. Transparence ou pas, l’affaire était pliée d’avance, Emmanuel Macron y recase son conseiller diplomatique, le transparent Philippe Etienne. Ce dernier est remplacé par l’actuel directeur de cabinet de Jean-Yves Le Drian, Emmanuel Bonne, ancien de la cellule diplomatique de François Hollande. Au cabinet du Quai d’Orsay, on va chercher l’énarque néo-con, Nicolas Roche en charge des affaires stratégiques. Il fut un temps conseiller diplomatique de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense. Et, nos ragotiers des dîners en ville tirent le fil de la pelote et dévoilent les noms des heureux élus. Le secrétaire général du Quai d’Orsay, Maurice Gourdault-Montagne, grand ami d’Alexandre Djouhri et ex-collaborateur de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin quitte le bureau d’Alexis Léger. Il cède la vue sur la Seine et le Grand Palais à François Delattre (ex-directeur adjoint de cabinet de Dominique de Villepin), jusque-là ambassadeur auprès des Nations-Unies. À ce poste, il est remplacé par le directeur des affaires politiques du Quai d’Orsay, Nicolas de Rivière (ancien du cabinet de Dominique de Villepin). Hélène Le Gall (ancienne conseillère Afrique de François Hollande) quitte l’ambassade de France à Tel Aviv pour rejoindre celle encore plus prestigieuse de Rabat. Actuelle directrice de l’Europe continentale, Florence Mangin (ex-conseiller technique au cabinet du premier Ministre, Lionel Jospin) rejoint l’ambassade de France à Lisbonne. Actuelle DGA, Hélène Farnaud-Defromont rejoindrait l’ambassade de France à Bruxelles. Elle fut, entre autres, conseiller technique au cabinet du premier ministre, Lionel Jospin et directrice de cabinet de Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement. Un jeune diplomate au nom qui fait mouche, Aurélien Lechevallier prend son premier bicorne en rejoignant l’ambassade de France en Afrique du Sud. Pour la petite histoire, il est ancien élève de l’ENA, promotion Léopold Sédar Senghor, celle d’Emmanuel Macron. Comme c’est étrange, et cela d’autant plus qu’il vient de la cellule diplomatique de Jupiter. Directeur-adjoint de cabinet de Jean-Yves Le Drian (il avait été son conseiller diplomatique à l’hôtel de Brienne), Luis Vassy (39 ans, énarque, normalien, issu de la même promotion que Jupiter) rejoint l’ambassade de France à La Haye. Il remplace Philippe Lalliot qui part pour Dakar. Véronique Vouland-Aneini (son époux syrien est légèrement gaffeur et encombrant) est nommée ambassadrice en Jordanie et est remplacée à Madagascar par Christophe Bouchard. François Bonet est nommé au Salvador alors que Claudia Delmas- Effosse (ex-Scherrer, surnommée Claudia Schiffer) l’est en Argentine. Une belle promotion. Pour faire plus tendance, une ancienne championne de karaté est nommée ambassadrice thématique pour le sport. Luc Hallade, petite main, rejoint l’ambassade de France à Ouagadougou. Cerise sur le gâteau, un franco-béninois (qui a déjà représenté le Bénin à l’étranger), Jules-Armand Aniambossou est nommé ambassadeur en Ouganda13.

Pour sa part, notre délicieuse secrétaire d’état aux Affaires européennes (qui a succédé à la non moins charmante Nathalie Loiseau), Amélie de Montchalin fait table rase du cabinet de Nathalie Ducoulombier, histoire de montrer qu’elle ne veut rien devoir à personne. Il va falloir recaser tout ce petit monde qui ne manque pas d’ambition et d’appétit. Les téléphones chauffent et les tabliers s’agitent dans les dîners en ville. Chacun essaie de rappeler les bons services qu’il a rendus au Prince et à la Princesse.

La suite au prochain numéro. On l’aura compris, un passage par un cabinet ministériel, mieux encore celui du premier des ministres ou du président de la République dope votre Carrière pour toujours. C’est vraisemblablement ce que l’on ose encore appeler la méritocratie à la française ! De la tyrannie des cabinets ministériels, un mal bien français ! Surtout lorsque l’on sait que les plus grands postes ne sont pas soumis au passage par le comité de sélection ou « panel ». Ils sont hors transparence. C’est l’exception qui confirme la règle.

Tout ceci pour dire que ce mercato prend les allures d’une vaste foire aux bestiaux – diplomatie féministe ou pas – dans laquelle le mérite n’est pas nécessairement la qualité la plus recherchée. Le copinage (l’entre-soi des cabinets ministériels) est par contre une valeur sûre pour parvenir à ses fins diplomatiques dans le pays où la devise de la République est Liberté, égalité, fraternité. Ceux qui n’ont pas eu droit au grand festin des copains et des coquins se consoleront en attendant la prochaine édition du mercato et en réfléchissant aux véritables raisons de leur étrange défaite transparente, des vertus du « fléchage ». C’est parti pour un tour avec le mercato des diplos !

p.m. : les gens de la botte et le pantouflage

Alors que la Macronarchie entre dans des zones de turbulence, les « planqués » de la République (les anciens élèves de l’ENA sortis dans la « botte », c’est-à-dire dans les trois grands corps que sont le Conseil d’État, la Cour des Comptes et l’Inspection des Finances qui occupent des postes en vue dans les cabinets ministériels) attachent leur ceinture avant d’ouvrir leur parachute doré pour aller pantoufler14. C’est qu’à l’ère de la transparence, pantoufler devient un exercice de plus en plus difficile à pratiquer. Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d’administration d’Engie céderait la place au secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler (retoqué pour Renault après un article du volatil) mais remplacerait Guillaume Pepy à la SNCF. La ministre des Transports, Elisabeth Borne se verrait bien succéder au Sieur Pepy à la condition que la HATVP donne son feu vert à cette nomination. Directeur de cabinet du Premier ministre, Benoît Ribadeau-Dumas (conseiller d’État, polytechnicien passé par Thales et Zodia Aerospace)15 se verrait bien remplacer Hervé Guillou comme PDG de Naval Group, ex-DCNS. Le conseiller très spécial de Jean-Yves Le Drian, Jean-Claude Mallet (64 ans, ancien élève de l’école normale supérieure, de l’ENA, sorti au Conseil d’État, comme c’est curieux) serait débauché par Total pour y devenir directeur des affaires publiques16. Pourquoi pas ! Comme quoi, le Conseil d’État mène à tout à condition d’en sortir pour aller pantoufler dans les meilleures boîtes de la République. Vive la France, ses joueurs d’accordéon et ses pantoufleurs de haut vol qui ont définitivement perdu le sens de l’intérêt général !

Quant à Gérard Araud, il vient d’être nommé numéro deux de Richard Attias & Associates, l’organisateur de sommets internationaux basé à New-York… Bravo les fables sur la déontologie des hauts fonctionnaires français que l’on a le toupet de nous servir du côté du Conseil d’État ou de la HATVP dont le président est Jean-Louis Nadal 17 ! Comme disait Michel Audiard, « les cons, ça ose tout et c’est même à ça qu’on les reconnaît » …

11 Laure Bretton, Affaires étrangères : le ministère du plafond de verre, www.liberation.fr , 15 mai 2019.
12 François Clémenceau, Les scoops de l’ex-ambassadeur Gérard Araud, www.lejdd.fr , 19 mai 2019.
13 Décret du 16 mai 2019 portant nomination d’un ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès de la République d’Ouganda – M. Aniambossou (Jules-Armand), JORF n° 0115 du 18 mai 2019, texte n° 34.
14 La guerre des recasages et des pantouflages en haut lieu, Le Canard enchaîné, 15 mai 2019, p. 2.
15 Olivier Faye, Ribadeau-Dumas, le « bulldozer » de Matignon, Le Monde, 25 mai 2019, p. 12.
16 Nathalie Guibert/Marc Semo/Nabil Wakim, Total débauche l’ex-conseiller spécial de Jean-Yves Le Drian, Le Monde, 24 mai 2019, p. 18.
17 Anne Michel (propos recueillis par), Jean-Louis Nadal : « Les responsables publics se plient de mieux en mieux à la transparence », Le Monde, 24 mai 2018, p. 15.
 
 
CONCOURS DE L’EUROVISION 2019 OU L’HEURE AUX VISIONS POUR LA FRANCE – Guillaume Berlat. Le néerlandais Duncan Laurence a été sacré vainqueur de la 64e édition de l’Eurovision. La tension a été à son paroxysme jusqu’à la dernière minute. Au terme d’un show qualifié « d’exceptionnel » par les commentateurs jamais en manque de superlatifs, les Pays-Bas ont finalement remporté l’Eurovision 2019 le samedi 18 mai 2019 à Tel-Aviv en Israël. La Macédoine du Nord et la Suède ont dominé le classement le temps des votes des jurys, suivis de près par les Pays-Bas, mais les votes du public ont rebattu les cartes, avec très peu de points attribués aux deux premiers pays. La compétition prendra donc le chemin de la Hollande l’an prochain.

Grosse déception pour celui qui représentait la France, Bilal Hassani, qui finit finalement en 16ème position. Il termine trois places en-dessous de Madame Monsieur, qui représentaient la France l’an dernier, et sont les co-auteurs de la chanson de Bilal Hassani. Et cela alors même que nos perroquets à carte de presse, à qui manque l’once de bon sens indispensable à tout journaliste digne de ce nom, avaient annoncé, urbi et orbi, la victoire du candidat français. La veille de l’épreuve, les journalistes énamourés nous parlaient de « son couronnement ». « Le couronnement du ROI » Bilal, disaient-ils comme un seul homme. Il est vrai que le ridicule ne tue pas dans la patrie des droits de l’homme et des farces et attrapes… et de Bilal Hassani. Son look décalé, son genre, sa tenue (ses perruques multicolores et son accoutrement de marié), le titre de sa chanson Roi, la danseuse l’accompagnant… devaient faire la différence. Le pays hôte (Israël menacé jusqu’à la dernière minute de boycott18) devait être la Terre promise pour le candidat représentant le nouveau peuple élu par le Dieu Jupiter. Après quarante ans d’échec de notre pays (la dernière victoire de la France remonte à 1977 avec L’oiseau et l’enfant de Marie Myriam, un bail…), la pilule est amère. Rappelons que la France participe au Concours Eurovision de la chanson, depuis sa première édition, en 1956, et l’a remporté à cinq reprises : en 1958, 1960, 1962, 1969 et 1977. Il n’est pas certain qu’avec ce type de représentant, la France du bon goût, de la culture, de la langue universelle, des chanteurs ambassadeurs d’une certaine classe puisse remporter l’Eurovision dans le futur. Si le représentant de notre pays avait été un chanteur, un interprète et non un clown, cela se serait peut-être passé autrement. 

Le concours de l’eurovision ne serait-il pas devenu au fil du temps un problème de géopolitique ? Ne serait-il pas le miroir de la baisse continue, constante de l’influence de la France sur la scène européenne, en particulier et sur la scène mondiale, en général ? La France ne vivrait-elle pas au-dessus de ses moyens et de ses ambitions à l’ombre d’un passé glorieux mais révolu ? La langue française ne ferait-elle plus rêver dans le monde, surpassé par le tsunami du « globish » ? La France jupitérienne n’aurait-elle pas tenu ses promesses de l’entrée dans le Nouveau monde promis par Emmanuel Macron ? Ne serait-elle pas en voie de déclassement sur l’échiquier international tant les promesses du plus jeune président de la République n’auraient pas été tenues sur la scène nationale (crise des « gilets jaunes » et tant d’autres) et sur la scène internationale (crise de la relation franco-allemande) ? La France éternelle ne serait-elle plus que l’ombre d’elle-même ? Une sorte d’Empire déchu en voie de disparition de l’Histoire ? Un vulgaire spectateur subissant les spasmes d’un monde sur lequel elle n’a plus la moindre influence si ce n’est le pouvoir des mots, de la flamboyance, d’un lyrisme désuet. Toutes ces questions méritent d’être posées au moment où le chef de l’État entre dans l’acte II de son quinquennat bancal et que les vents mauvais contraignent le navire France à naviguer à vue, sans capitaine, sans cap, sans vision d’avenir ? Petites causes, grands effets comme dirait l’autre. Le résultat de l’édition 2019 du concours de l’Eurovision n’apporterait-il pas, à une semaine du scrutin européen, la preuve éclatante à la France qu’est venu le temps de l’heure aux visions ?

18 Thierry Oberlé, Avec l’Eurovision, Israël mixe paillettes et politique, Le Figaro, 18-19 mai 2019, p. 17.
 
 
LES MALHEURS DE NATHALIE (4) : LOISEAU DE MAUVAIS AUGURE – Ali Baba. « Jamais personne ne pourra empêcher ce qui doit fatalement arriver » (Euripide). Le moins que l’on puisse dire est que la campagne électorale de la tête de liste de la République en godillots (L’Europe en marche arrière), Nathalie Loiseau, née Ducoulombier se présente sous les pires auspices à quelques jours du scrutin du 26 mai 2019. L’Europe ne fait plus rêver les citoyens du continent entre scandale des fonds de l’Union détournés à l’Est19 et projets des candidats en total décalage par rapport à la réalité bruxelloise20. Notre Candide Narcisse en politique21 n’en finit pas d’enfiler les perles et les bourdes. Elle ne parvient pas à être crédible dans un paysage électoral marqué par une « offre émiettée, des clivages brouillés »22, la montée des partis nationalistes. Elle sombre lentement mais sûrement dans la médiocrité, sa véritable marque de fabrique23. À tel point que son mentor, Jupiter est contraint de venir au secours du soldat Loiseau. Les derniers jours de la campagne font apparaître Loiseau plus vrai que nature pour notre plus grand plaisir telle que caricaturée par une palette d’humoristes de renom.

JUPITER AU SECOURS DU SOLDAT LOISEAU

L’implication du président de la République, Emmanuel Macron-Pyrrhus, pour éviter au soldat Loiseau une sévère déculottée, semble avoir l’effet inverse, à découvrir les résultats des sondages d’opinion convergents qui donnent encore un léger avantage à la liste du Rassemblement national à la veille de la clôture de la campagne officielle. Ni la multiplication des déplacements en province (en régions pour faire plus monde nouveau) de notre péronnelle, ni le matraquage médiatique de ses affidés ne parviennent à inverser la tendance durable.

La faute à Jupiter

Les faits sont aussi têtus que la candidate. Loiseau n’est toujours pas parvenue à prendre son envol européen24. Loiseau est restée dans son nid douillet à compter les coups qui pleuvent sur sa tête. Il est vrai que son passé sulfureux et ses mensonges permanents ne l’ont pas beaucoup aidée. Rien n’y fait. La brillante Nathalie Loiseau, surnommée la courtaude, « la Dame de la liste » (un militant de la LRM) indispose, y compris dans les rangs de sa propre majorité. Quelques esprits chagrins s’interrogent : comment Jupiter a-t-il pu s’enticher d’une pareille truffe en lui confiant successivement la responsabilité des Affaires européennes en soutien de Jean-Yves Le Chouchen et celle de la liste de son parti au scrutin du 26 mai ? Est-il aveugle ou inconscient ? Les experts se perdent en conjectures tant il était évident, pour tous ceux qui avaient côtoyé Madame Sans-Gêne dans le passé au Quai d’Orsay, qu’elle n’était pas faite pour faire le « job ». Une incompétente de haut vol, une mystificatrice professionnelle, une experte en ressources humaines qui a de la ressource mais rien d’humain…

La République des incompétents

Pour leur part, les 25% de Français qui avaient porté leur suffrage sur Pinocchio, découvrent à leur grande stupeur qu’ils ont installé un « gamin à l’Élysée » (Luc Ferry). Gaston Lagaffe25 n’a qu’à bien se tenir avec le duo de choc constitué par Manu et Nath (« Se mettre en ménage, c’est aller fatalement au surmenage », Jacques Sternberg) ! Dans cette discipline, la concurrence est rude tant l’ancien élève de l’ENA et l’ex-directrice de l’école nationale de l’arrogance manquent à l’évidence de tout bon sens commun. Ils évoluent dans un autre monde, dans une autre planète que celle des « gilets jaunes » qui « puent le diesel et la clope ». Ils n’ont toujours rien compris à la France profonde – son cœur et sa raison – qui leur est étrangère. Ils n’ont toujours rien compris au peuple dont ils qualifient dédaigneusement ceux qui veulent en être les porte-voix de « populistes ». Ils n’ont toujours rien compris à l’âme des peuples.

Les dernières cartouches

Emmanuel Macron jette toutes ses forces dans la bataille en s’adressant directement aux citoyens français – comme il l’avait déjà fait, il y a quelques semaines encore avec les citoyens européens – dans la presse régionale (21 mai 2019)26. Il dénonce une « connivence entre les nationalistes et les intérêts étrangers », ne veut pas être un « spectateur » dans la campagne alors que l’Europe est en voie de « dislocation »27. Le même jour, il invite à déjeuner à l’Elysée une douzaine d’écrivains et d’intellectuels signataires du « Manifeste des patriotes européens ». L’occasion pour le chef de l’Etat de se mettre à nouveau en scène en héraut du Vieux Continent, alors que le scrutin du 26 mai s’annonce périlleux pour la liste Renaissance soutenue par La République en marche (LRM). Organisé à l’initiative du philosophe français Bernard-Henri Lévy (celui qui a si bien conseillé Nicolas Sarkozy sur le dossier libyen), ce déjeuner réunira à l’Elysée l’Italien Claudio Magris, l’Espagnol Fernando Savater, le Danois Jens Christian Grondahl, la Hongroise Agnes Heller, le Néerlandais Rob Riemen, l’Anglais Simon Schama, l’Allemand Peter Schneider, l’Israélien David Grossman, l’Américaine Anne Applebaum, le Bosnien Abdulah Sidran ainsi que le Polonais Adam Zagajewski. C’est ce que les journalistes qualifient de politique de la carte postale. En définitive, le président de la République veut obtenir un non au RN et pas un oui à l’Europe. Emmanuel Macron expédie son premier sinistre, Édouard Philippe pour soutenir la Dame à Valenciennes (21 mai 2019). Mais le cas est désespéré. Il demande à ses ministres de téléphoner aux Français pour les inciter à voter comme en Corée du nord. Il dialogue avec un youtuber. Vive la démocratie à la française !

LOISEAU PLUS VRAI QUE NATURE

La « Dame de la liste » entonne la ballade de Loiseau déplumé en ayant recours aux vieilles ficelles des politiciens de l’ancien monde et à un faux acte de contrition.

La ballade de Loiseau déplumé

Au fil des semaines, les commentateurs de la vie politique découvrent ahuris le vrai visage d’une personne dont les apparences sont trompeuses. Par certains aspects, elle ressemble à son maître. Sa personnalité se caractérise par un manque évident de substance. Son portrait peut se réduire à sa vanité, sa suffisance, son arrogance28, son narcissisme débridé, son manque de personnalité, l’absence de densité de sa parole et de sa pensée, son destin fait d’apparence… Une sorte de cocktail réussi de néant et d’esbrouffe. Plus de zéro que d’infini29. Au moment des résultats du scrutin du 26 mai 2019, l’addition risque d’être salée pour la diva du macronisme. Celle qui ne devait faire qu’une bouchée de ses compétiteurs, Rassemblement National en tête à qui elle avait juré de faire la peau. À chaque jour suffit sa bourde. Manon Aubry (LFI) raille « Docteur Loiseau et Mister Macron ». Loiseau est contrainte à déclarer que les citoyens auront à faire des « choix historiques ». Que vient faire l’Histoire dans cette carabistouille ? Sa seule trouvaille, c’est « l’Europe des territoires »30, tout en étant précisé que cela ne veut rien dire.

Le recours aux vieilles ficelles

Et ne voilà-t-il pas que Nathalie Loiseau, notre matrone austère réclame un « fact checking » en direct pendant les débats ! En effet, la liste de La République en marche et du MoDem réclame le 19 mai 2019 la mise en place d’un « dispositif anti-fake news », en direct, lors des trois débats télévisés qui seront organisés d’ici aux élections européennes du 26 mai. Il est vrai que Demoiselle Ducoulombier en connait un rayon en matière de bobards. Et de reprendre sa critique éculée sur la prétendue inféodation du RN aux influences étrangères31, celles de Donald Trump, de Vladimir Poutine32 et de voire d’être dans la roue de Matteo Salvini. Il est vrai qu’elle semble oublier que la Macronie est infestée de néo-cons, entièrement alignés sur les thèses américaines les plus atlantistes qui soient. Mais, cela ne semble pas la gêner outre mesure. Et de jouer l’air de nous ou le chaos en déclarant au Figaro le 20 mai 2019 : « Le plus grand risque, c’est de voir affaiblir la voix de la France »33. Il est vrai qu’elle y aura contribué avec ses mensonges à jet continu aussi bien en tant que ministre en charge des Affaires européennes et de tête de liste de la Renaissance. Elle déclare sur France 3 : « Il y a une similitude, une proximité forte entre certains gilets jaunes et le Rassemblement national ». Qu’est-ce qui lui fait dire ça ?

Le faux acte de contrition

Nathalie Loiseau a un regret. Alléluia ! Alors que la campagne pour les élections européennes s’achève dans quelques jours, la tête de liste La République en marche affirme regretter une seule chose ces dernières semaines. Invitée sur RMC mardi 21 mai 2019, elle explique à Jean-Jacques Bourdin regretter « qu’on accorde autant d’importance à la forme et qu’on s’intéresse aussi peu au fond ». « On a l’impression, à lire certains commentaires de presse, que nous sommes en train de préparer l’Eurovision », a ajouté l’ancienne ministre, faisant référence au grand show télévisé qui s’est déroulé samedi 18 mai. « Je ne suis pas Bilal Hassani, je ne suis pas faite pour des grands shows à paillettes, c’est sûr », a ensuite avoué Nathalie Loiseau. Après cette évocation inattendue dans le contexte des élections européennes, elle s’est interrogée sur ce qui, selon elle, devait réellement compter dans le débat : « Est-ce que c’est ça l’élection européenne ? Est-ce que c’est ça défendre l’intérêt des Français ? Est-ce qu’il ne faut pas de la ténacité, je crois que j’ai montré que j’en avais, du courage, l’envie de défendre les Français et l’envie d’aller au Parlement européen, ne rien lâcher, se battre, pour que la France retrouve sa voix et son poids en Europe ? »34

« Madame Cui Cui » ne doute décidément de rien. Elle possède un art consommé de parler pour ne rien dire ou de dire n’importe quoi avec componction. Elle est totalement inconsciente. Nous pouvons nous interroger sur l’état de sa santé mentale à l’issue de cette campagne qui a servi de révélateur à sa véritable nature, sa personnalité profonde. Sa place ne serait-elle pas du côté de quelques services spécialisés du Centre Hospitalier Sainte-Anne à Paris plutôt que dans l’hémicycle du Parlement européen à Bruxelles ? La réponse de certains experts en psychiatrie pourrait être intéressante à maints égards.

« L’époque adhère, l’histoire balaie »35. C’est exactement le sort que les électeurs risquent de réserver à Nathalie Loiseau, surnommée « Madame Cui Cui », le 26 mai 2019. Elle achèvera sa Carrière politique – elle y est entrée par effraction – dans les poubelles de l’Histoire. Elle recherchait la lumière d’un futur prometteur. Elle a trouvé les zones d’ombre de son passé. Pas très glorieux pour cette Dame à l’ego surdimensionné ! Pas très glorieux pour cette donneuse de leçons à jet continu. Celle qui se présente comme une catholique pratiquante aurait gagné à se souvenir de La Parabole de la paille et de la poutre. Évangile de Luc, 6, 41 : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! », ou « Comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère ». Ceci lui aurait évité le ridicule, celui qui ne tue pas, en principe. Macron risque de perdre. Loiseau de mauvais augure l’aura tuer.

À la semaine prochaine pour l’épilogue de notre feuilleton du printemps, Les malheurs de Nathalie, saison 5.

19 Jean-Baptiste Chastand/Blaise Gauquelin, À l’Est, le scandale des fonds de l’UE détournés, Le Monde, 19-20 mai 2019, p. 2.
20 Cécile Ducourtieux, Des projets en décalage avec la réalité bruxelloise, Supplément du Monde élections européennes, 19-20 mai 2019, pp. 6-7.
21 Sarah Belouezzane/Alexandre Lemarié/Abel Mestre/ Lucie Soullier/ Sylvia Zappi, Dans les pas hésitants des novices en campagne, Le Monde, 19-20 mai 2019, p. 4.
22 Solenn de Royer, Une offre émiettée des clivages brouillés, Supplément du Monde élections européennes, 19-20 mai 2019, p. 1.,
23 Stéphane Edouard, Nathalie Loiseau est-elle vraiment conne ?, https://www.youtube.com/watch?v=1MAghJlIaz8&feature=youtu.be
24 Caricature du Canard enchaîné, 22 mai 2019, p. 1
25 Gaston est une série de bande dessinée franco-belge humoristique créée en février 1957 par André Franquin. La série met en scène un employé de bureau nommé Gaston Lagaffe, travaillant au journal de Spirou, grand fainéant et commettant chaque semaine de nombreuses gaffes.
26 Alexandre Lemarié/Cédric Pietralunga, Macron monte en première ligne dans la campagne, Le Monde, 22 mai 2019, p. 4.
27 Jean-François Bougon/Sandrine Cassini/Cédric Pietralunga, Deux quotidiens régionaux boycottent l’interview présidentielle, Le Monde, 22 mai 2019, p. 4.
28 Virginie Le Trionnaire, Danjean dénonce « l’arrogance de la liste Loiseau », Le Figaro, 15 mai 2019, p. 2.
29 Arthur Koestler, Le zéro et l’infini, Livre de poche, 1974 (publié pour la première fois en français en 1945).
30 Nathalie Loiseau/Didier Guillaume/Sébastien Lecornu, « L’Europe que nous voulons, c’est l’Europe des territoires », Le Figaro, 17 mai 2019, p. 18.
31 Alexandre Lemarié/Cédric Pietralunga, LRM saisit l’occasion d’attaquer Marine Le Pen, Le Monde, 21 mai 2019, p. 3.
32 Matthieu Suc/Marine Turchi, L’Élysée s’inquiète d’une ingérence russe lors des élections européennes, www.mediapart.fr , 20 mai 2019.
33 Mathilde Siraud/Vincent Trémolet/Marcelo Wesfreid, « Le plus grand risque, c’est d’affaiblir la voix de la France », Le Figaro, 20 mai 2019, p. 4.
34 Nathalie Loiseau, « Je ne suis pas Bilal Hassani », www.valeursactuelles.com , 21 mai 2019.
35 Juan Branco, Contre Macron, éditions Divergence, 2019, p. 18.

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