Observatoire Géostratégique

numéro 248 / 16 septembre 2019

ORIENT-ATIONS 233

BERNARD CORNUT NOUS DIT : Au ministère américain à l’énergie, on s’est réjoui de la hausse de production de gaz de schiste, si polluante et dangereuse, et on veut aider à l’exportation du gaz liquéfié, qualifié en haut lieu de « gaz de la liberté ». Pour libérer l’Europe du gaz russe moins cher ? Pour remplacer le gaz iranien si abondant mais indûment bloqué par Donald Trump ? Liberté exportée à coup de subversions, de coups d’état, d’embargos iniques et illégaux, de guerres d’agression, de départ sans vergogne des accords internationaux, que de crimes on commet en ton nom ! Et en Asie, les Etats-Unis critiquent la Chine pour ses atteintes à la souveraineté d’autres états. Ah Amérique que suis-je si belle et pure en mon miroir !
 
 
BREXIT POUR THERESA OU LE JOLI MOIS DE MAY – Guillaume Berlat.

A la ville on criait, ach’tez du muguet, ça porte bonheur. J’en ai pris un bouquet mais ça n’a rien fait, c’est tous des farceurs. Joli, joli, joli mois de mai, avec mon bouquet j’ai l’air dôle. Y a même des gens qui rigolent Joli, joli mois de mai1.

Tel est le triste sort réservé à Theresa May contrainte d’annoncer, en larmes le 24 mai 2019, sa démission de son poste de première ministre du Royaume-Uni – ce serait plutôt du genre Royaume désuni depuis ces dernières années – à l’issue d’un bras de fer interminable avec le Parlement de Westminster. On n’est jamais si bien servi que par soi-même, a dû penser la partante après avoir subi avanies et quolibets plus que de besoin. Le « Brexit » a eu raison de celle que l’on croyait indétrônable. Une sorte d’adieu aux armes à la Hemingway2. Le champ de ruines est impressionnant. C’est à n’y rien comprendre tant l’irrationnel l’emporte sur le rationnel dans ce monde futile. Ce départ précipité de Theresa May dans l’humiliation ne règle rien tant du côté britannique où la confusion semble de mise3 que du côté européen tant la sidération est grande. À ce stade, toute prévision réaliste sur l’avenir de la négociation sur le divorce entre le Royaume-Uni et les 27 parait utopique.

HUMILIATION. Tout au long de ces trois années au 10 Downing Street, l’ex-ministre de l’Intérieur, « Theresa Mère Courage » aura connu son chemin de Damas. Les mots manquent pour qualifier son attitude peu clairvoyante. Longtemps, son opiniâtreté a fait illusion. Mais, ses maladresses à répétition l’ont conduite à jeter définitivement l’éponge le 24 mai 2019 sous les coups de boutoir de son propre parti (conservateur). Grande capacité à nier a réalité, à pratiquer les phrases creuses (« Brexit veut dire Brexit », « Brexit fluide et méthodique », « nouveau partenariat positif et constructif », « C’est mon deal ou le chaos », « pas d’accord est préférable à un mauvais accord », « l’avenir magnifique qui attend le Royaume-Uni après le Brexit » … Tous travers qui lui ont valu le sobriquet de « Maybot », contraction de May et de robot. De plus, les éditorialistes britanniques lui reprochent son style maladroit, indifférent, sa profonde médiocrité, son manque de charisme, sa propension à la bourde. Plus grave encore à ce niveau de responsabilité, Theresa May a pratiqué avec maestria l’aveuglement face à la réalité. Elle a démontré une incapacité à l’écoute doublée d’une absence de conviction et de clairvoyance. Son autorité s’étiole au fil des mois, la faisant apparaitre comme la « chef qui n’en a que le nom » (« leader in name »)4. Après Margaret Thatcher, John Major et David Cameron, Theresa May est le quatrième premier ministre à chuter sur la question européenne. L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement Outre-Manche ?

CONFUSION. Theresa May aura réussi un tour de force : « plus elle parle, plus ses partisans la lâchent. Elle est parvenue à rendre encore pire une situation déjà terrible ». Ce n’est qu’au moment de l’annonce de sa démission (elle ne deviendra définitive qu’après la visite officielle de Donald Trump à la veille des cérémonies du D Day, début juin) que Theresa May aura réellement pris conscience de la perte totale de confiance de ses ministres (celle des relations avec le Parlement démissionnait la veille), des députés conservateurs et de l’opinion publique. Elle n’a pas compris l’urgence qui s’attachait à faire alliance avec le travailliste, Jeremy Corbyn. De l’autre côté du Channel, le moins que l’on puisse dire est que le brouillard londonien, le « fog » est épais. La guerre de succession au sein du parti conservateur relance les risques d’un divorce sans accord, un « no deal » en bon français5. La princesse Theresa à terre, s’amorce un « Games of Thrones » qui va faire de nombreuses victimes. Resurgit le cauchemar d’un retour en grâce de l’ineffable ex-maire de Londres, le très provocateur, Boris Johnson, « Calamity Johnson » qui monte sur ses grands chevaux. Souvenons-nous que l’un des possibles successeurs de Theresa May, Jeremy Hunt, ministre des Affaires étrangères, avait comparé, en 2018, « l’Union européenne à une prison soviétique ». Le moins que l’on puisse dire est que « l’Europe n’en a pas fini avec le Brexit »6 surtout depuis que les partisans d’un « Brexit » dur sont favoris chez les concervateurs7.

SIDÉRATION. Côté bruxellois, la sidération est aussi grande. Que va-t-il advenir de tous ces projets de compromis négociés entre les 27 et la Perfide Albion au cours des derniers mois ? D’autres textes (si oui, lesquels ?) vont-ils être mis sur la table ou bien est-ce la tabula rasa ? Que faire dans l’hypothèse où Boris Johnson, (celui qui déclare en Suisse : « Nous quitterons l’UE le 31 octobre, accord ou pas. Il faut être prêt à quitter la table »), arrivait au 10 Downing Street, hypothèse plausible ?8 C’est pourtant un scénario envisageable. Les Européens sont sur leur garde. Jean-Claude Juncker (partant de son poste de président de la Commission européenne) a fait savoir « qu’il établira des relations de travail avec le nouveau (ou la nouvelle (premier ministre, quel qu’il soit ». Angela Merkel insiste sur le fait que « Berlin œuvrera à un Brexit ordonné malgré le départ de Theresa May ». Emmanuel Macron réclame une « clarification rapide » sur le « Brexit » tandis que l’Union européenne rappelle que le départ de Theresa May ne « changera rien à sa position ». Mais quelle est au juste cette position gravée dans le marbre ? D’expérience, nous avons appris à nous méfier de ces viriles pétitions de principe sur l’unité (souvent de façade) des 27 face à la Perfide Albion. La dernière réunion du Conseil européen a amplement démontré les divergences franco-allemandes sur les conditions du report de la date butoir du « Brexit ». Même affaibli, le Royaume-Uni n’est jamais plus fort que dans l’adversité si l’on se souvient du « Blitzkrieg » cher à Nathalie Loiseau. Le roseau a plié mais n’a jamais rompu. À ne pas oublier dans les mois à venir surtout après le succès du parti du Brexit (Nigel Farage9) et l’échec des conservateurs au scrutin du 26 mai 201910.

PRÉVISION. « La prospective est un art difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » (Pierre Dac). Bien malin celui qui peut prédire le cours que vont prendre les choses au cours des prochains mois ? Bien malin celui qui peut prédire l’échéance de ce marathon diplomatico-politique ? Bien malin celui qui peut prédire l’épilogue de ce feuilleton à rebondissements, « deal or no deal » ? C’est que « L’avenir n’appartient à personne. Il n’y a pas de précurseurs, il n’y a que des retardataires ». (Jean Cocteau). Parmi les chefs d’État et de gouvernement des 27 pays membres de l’Union européenne, combien seront-ils à faire preuve de prescience pour tenter d’anticiper l’avenir et ne pas être prisonnier d’un présent qu’ils ne parviennent pas à maîtriser ? À quand, la réunion d’un Conseil européen (en l’absence du crétin des Alpes qui a pour nom Michel Barnier qui a amplement démontré ses limites diplomatiques) uniquement consacré à une séance de remue-méninges (« brainstroming ») à la définition d’une stratégie cohérente et pérenne pour les prochains mois en lieu et place d’une diplomatie classique à Bruxelles du chien crevé au fil de l’eau ? Faute de quoi, il y a de fortes chances que Londres mène le branle et impose ses conditions léonines à ses ex-partenaires las et désabusés. La suite au prochain numéro.

« L’Europe est finie » (Paul Valéry). Vouloir est bien, pouvoir est mieux. L’Union européenne est parvenue à la croisée des chemins11. La conclusion de la négociation du divorce avec le Royaume-Uni constitue un défi supplémentaire pour elle – y compris au sein du Parlement12 – dans les prochains mois. Saura-t-elle le relever au mieux de ses intérêts mais surtout des intérêts de ses citoyens si défiants envers tout ce qui vient de Bruxelles ? Rien n’est moins sûr dans le contexte actuel. L’heure est vraisemblablement mal choisie pour imaginer l’avenir, dans un contexte aussi volatil. Mais, il est indispensable d’organiser le présent pour lui imprimer une direction nouvelle afin de prévenir une catastrophe annoncée. Car dans ce monde futile, l’angélisme est une plaie en ces temps conflictuels. « L’histoire se répète toujours deux fois, la première en tragédie, la seconde en farce »13. Quelle meilleure conclusion de ce Brexit pour Theresa ou ce joli mois de May !

1 Extrait d’une chanson interprétée par Bourvil.
2 Florentin Collomp, Brexit : Theresa May, en larmes, rend les armes. Et après ?, Le Figaro, 25-26 mai 2019, p. 11.
3 Florentin Collomp, La revanche de Nigel Farage et de son parti du Brexit anéantit les tories, Le Figaro, 28 mai 2019, p. 12.
4 Philippe Bernard, Une si longue descente aux enfers, Le Monde, 26-27 mai 2019, p .3.
5 Philippe Bernard, Après le départ de May, le Brexit sans tête, Le Monde, 26-27 mai 2019, p. 2.
6 Florentin Collomp, L’Europe n’en a pas fini avec le Brexit, Le Figaro, 27 mai 2019, p. 10.
7 Philippe Bernard, Les partisans d’un Brexit dur favori chez les tories, Le Monde, 30-31 mai 2019, p. 4.
8 Florentin Collomb, Boris, Dominic, Jeremy et les autres… La course est lancée, Le Figaro, 25-26 mai 2019, p. 11.
9 Anne-Sophie Mercier, L’excité du Brexit, Le Canard enchaîné, 29 mai 2019, p. 7.
10 Philippe Bernard, Le parti du Brexit écrase le Labour et les tories au Royaume-Uni, Le Monde, 28 mai 2019, p. 8.
11 Éditorial, Européennes : un nouveau monde émerge, Le Monde, 28 mai 2019, p. 23.
12 Cécile Ducourtieux, Un parlement européen fragmenté, Le Monde, 28 mai 2019, p. 2.
13 Régis Debray, L’Europe fantôme, « Tracts », Gallimard, 2019, p. 41.
 
 
GROS TEMPS POUR L’ENVIRONNEMENT – Jean Daspry. « On est toujours forcé de donner quelque chose au hasard » (Napoléon Bonaparte). Hasard du calendrier international, la question de la protection de l’environnement donne lieu à diverses manifestations en cette semaine d’élections au Parlement européen14. Pendant que plus d’un million de jeunes se retrouvaient de nouveau dans la rue pour le climat (deuxième grève scolaire le 25 mai 2019 dans plus de 120 pays)15, 120 pays étaient réunis à Nairobi pour évoquer la question lancinante de la conclusion d’un Pacte mondial pour l’environnement (23 mai 2019). Opposition ancestrale entre l’idéalisme (l’angélisme ?) de la jeunesse et le réalisme (le cynisme ?) du monde des adultes ! Revenons sur la réunion de Nairobi qui se conclut sur un échec annoncé avant de reparler de la fatuité assumée de Laurent Fabius.

NAIROBI : CHRONIQUE D’UN ÉCHEC ANNONCÉ

Quelques irresponsables (groupe de juristes spécialisés dans le droit de l’environnement qui souhaitaient profiter de la dynamique de l’accord obtenu lors de la COP21 en 2015), en tête desquels nous trouvons Emmanuel Macron et son sinistre président du Conseil inconstitutionnel, Laurent Fabius se sont mis en tête de lancer la négociation d’un instrument juridiquement contraignant regroupant l’ensemble des textes internationaux existants portant sur les questions environnementales largo sensu ! Et de baptiser pompeusement ce texte de « Pacte mondial pour l’environnement » à l’instar du très controversé Pacte pour les migrations de Marrakech. L’idée sous-jacente étant d’en finir avec le mille-feuille (environ 500 accords), créé par couches successives au fil du temps sans vision globale. C’est bien connu, quand une loi s’avère aussi inutile qu’inefficace, il est urgent d’en adopter d’autres. Une sorte de prurit normatif qui ne règle rien mais qui crée de faux espoirs pour gogos et autres Candide. Un travers bien français.

120 délégations étaient donc réunies (dans la semaine du 22 mai 2019) à Nairobi pour finaliser ce fameux accord juridiquement contraignant qui devait changer la face du monde. Et, patatras ! La conférence de Nairobi se conclut sur un énorme pataquès : accord sur une simple déclaration politique (non contraignante) lors d’une nouvelle conférence internationale (en 2022). En gros, faute de consensus, on renvoie le problème à des lendemains qui chantent. Comme cela était largement prévisible, Américains, Brésiliens et autres Russes, Syriens, Turcs, Philippins sans parler de tous les pleutres qui se retranchent derrière les précédents, ont lutté (avec succès) contre le principe d’un accord juridiquement contraignant. Et d’entraîner le traditionnel chœur des pleureuses à entonner leur non moins traditionnel lamento. L’ambassadeur de France en charge de l’environnement au Quai d’Orsay (Yann Wehrling, prise de guerre écologique de Jupiter) s’évertue à faire passer la pilule amère en déclarant que les pays modérés, France en tête étaient parvenus à décrocher un consensus (sur le néant !), « une véritable prouesse vu le contexte international … On a évité la fermeture pure et simple d processus et on a obtenu un rendez-vous »16. Alléluia ! L’honneur de la Grande nation est sauf.

FABIUS : CHRONIQUE D’UNE FATUITÉ ASSUMÉE

Comme nos lecteurs assidus le savent, notre vénéré président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius se croit investi d’une mission quasi-divine sur le climat depuis qu’il pense être le géniteur de l’accord conclu à la COP21 (décembre 2015) sous sa férule. Oubliant le devoir de réserve qui s’attache à ses actuelles fonctions, l’homme s’érige en conscience universelle sur la question du climat. Rappelons ce que nous écrivions à l’époque sur le sujet :

Début de citation :

« Il y a des jours où les hommes politiques ressemblent à leur caricature tant ils se caricaturent eux-mêmes. Laurent Fabius excelle dans cette discipline. Que découvre-t-on à son sujet ? En pleine semaine des ambassadeurs, notre inénarrable ex-Talleyrand à la petite semaine se fend d’une tribune annoncée à la une (« Climat. Fabius s’inquiète du retard dans la ratification de l’accord ») de l’édition du Monde du 31 août 2016 que l’on retrouve en page intérieure intitulée : « Il faut appliquer l’accord de Paris au plus vite »17. Cette déclaration est étonnante au moins à trois titres »18.

Fin de citation

On sait ce qu’il est advenu depuis la conclusion de son œuvre maîtresse au fil des rencontres annuelles des COP : retrait américain de l’accord, non-respect par bon nombre d’États des engagements souscrits à Paris, inquiétudes croissantes sur le réchauffement de la planète. Bravo l’artiste ! Le texte est mort et bientôt enterré.

Mais l’homme, dont l’humilité n’est pas la vertu cardinale, ne souhaitait pas s’arrêter en si bon chemin. Il devait parachever son concerto parisien par une symphonie onusienne. Un opus magnum destiné à frapper les esprits. Il s’était mis en tête d’œuvrer pour le bien-être de la planète en devenant la cheville ouvrière de la conclusion d’un « Pacte mondial pour l’environnement ». Dans cette mission salvatrice, Laurent Fabius a reçu l’onction du secrétaire général de l’ONU qui l’a désigné comme son représentant personnel. Rappelons ce que nous écrivions à l’époque sur le sujet :

Début de citation :

« De quoi parle-t-on au juste ? Sous l’amicale pression d’un conglomérat d’une cinquantaine de juges, d’avocats et de professeurs de droit venant des quatre coins du monde, il s’agit de préciser le droit de l’environnement existant. L’objectif recherché est de compléter l’édifice constitué par les deux pactes de l’ONU de 1966 : l’un portant sur les droits civils et l’autre sur les droits économiques et sociaux. Ni plus, ni moins ! Démarche très française consistant à croire que tous les problèmes se règlent par l’adjonction de nouvelles normes. Emmanuel Macron souhaite porter ce projet devant le machin en obtenant la négociation et la conclusion d’un texte juridiquement contraignant engageant tous les membres de la communauté internationale sur la base de celui préparé par ce groupe de Paris. En un mot, il s’agit de transformer un essai de la société civile par un traité interétatique en bonne et due forme »19.

Fin de citation

On sait ce qu’il est advenu de cette initiative à Nairobi. Un superbe échec qui n’a rien de surprenant pour celui qui suit régulièrement l’actualité internationale. Cela se passe de commentaire !

« Sic transit gloria mundi. Vanitas, vanitatum et omnia vanitas » (Ecclésiaste). Ainsi passe la gloire de ce monde. Vanité des vanités, tout est vanité (Ecclésiaste). Comment mieux résumer la catastrophe de Nairobi que par cette formule bien connue de ceux qui s’intéressent aux tourments de l’âme humaine ? Nous avons une preuve supplémentaire de l’irresponsabilité conjuguée à l’incompétence de nos dirigeants (énarques brillants sortis dans la botte) qu’ils n’ont toujours rien compris à la grave crise du multilatéralisme que traverse la société internationale (les Américains ayant une part de responsabilité non négligeable). Les faits sont têtus. De plus, être engagé par un accord juridiquement contraignant peut vous conduire à quelques contentieux ennuyeux (Cf. la France au regard du traité sur le commerce des armes au Yémen ou du protocole sur les droits des handicapés dans l’affaire Vincent Lambert sans parler des nombreux contentieux sur l’environnement20). Un bon diplomate doit faire avec le monde tel qu’il est et non tel que l’on voudrait qu’il soit. Encore, un échec à ajouter à la liste déjà bien fournie de la diplomatie française jupitérienne. Mais, il y a pire encore, c’est ce gros temps pour la protection de l’environnement au début du XXIe siècle.

14 Laurence Tubiana, « L’Europe est notre meilleur atout dans la lutte pour la transition écologique », le Monde, 26-27 mai 2019, p. 28.
15 Rémi Barroux/Audrey Garric/Jean-Pierre Stroobants/Thomas Wieder, Plus de 1 million de jeunes de nouveau dans la rue pour le climat, Le Monde, 26-27 mai 2019, p. 5.
16 Audrey Garric, Coup d’arrêt au Pacte pour l‘environnement, Le Monde, 25 mai 2019, p. 11.
17 Laurent Fabius, Il faut appliquer l’accord de Paris, Le Monde, 31 août 2016.
18 Jean Daspry, Laurent Fabius : de quoi j’me mêle ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 12 septembre 2016.
19 Jean Daspry, Diplomatie du gadget et le retour de Gaffius, www.prochetmoyen-orient.ch , 3 juillet 2017.
20 Stéphane Mandard, Pollution de l’air : premier procès contre l’État, Le Monde, 29 mai 2019, p. 11.
 
 
PARITÉ, BRELOQUES ET BICORNES – Ali Baba. Le message a été reçu cinq sur cinq comme disent les militaires. On se souvient des conditions dans lesquelles le Quai d’Orsay a été mis à l’amende pour n’avoir pas respecté en 2017 les quotas de femmes en matière de « nouvelles nominations équilibrées pour l’encadrement supérieur et dirigeant dans la fonction publique », tel que l’impose la loi Sauvadet adoptée en 2012. Il faut 40 % de femmes pour les primonominées aux postes d’ambassadeur ou de directeur et, cette année-là, le pourcentage n’était que de 29 %. D’où cette pénalité de 90 000 euros par nomination manquante, cinq au total21. Si l’on y regarde de plus près, la situation est plus contrastée22. Toujours est-il que le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) a voulu marquer un grand coup sur la tête de la gente masculine pour satisfaire la gente féminine. Nous en avons un exemple éclairant avec la lecture de la pravda qui a pour nom Journal officiel de la République française (JORF) du 30 mai 2019 en nous reportant à deux de ses rubriques : « Ordre national du Mérite » et « Mesures nominatives » concernant le « Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ».

LA DISTRIBUTION DES BRELOQUES BLEUES

Si l’on se reporte au texte n° 4 du JORF du 30 mai 2019, nous découvrons le dernier cru de printemps des nominations et promotions dans l’ordre national du mérite (ruban bleu). Pour ce qui est du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, 24 agents se voient récompensés (une commandeure, cinq officiers et 18 chevaliers) dont onze femmes et treize hommes. Si l’on se livre à un petit exercice mathématique, on constate que les femmes sont dans l’ensemble promues plus jeunes que leurs collègues masculins. Hormis quelques recrutées locales arrivant en fin de Carrière, les diplomates femmes le sont après une vingtaine d’années de service contre une trentaine pour les hommes. Ce qui signifie que les femmes sont plus méritantes que les hommes. Toutes choses dont nous réjouissons à condition que l’on nous démontre preuves à l’appui quels sont les critères objectifs ayant présidé à ces nominations et promotions dans l’ordre national du mérite. Et c’est là que les choses se corsent.

Sans pour cela dénigrer les qualités éminentes de ces personnes de sexe féminins, l’impression, si fugace soit-elle, prévaut qu’on leur donne un coup de pouce pour gonfler artificiellement les statistiques. Curieusement, certaines femmes diplomates particulièrement méritantes au regard de leur compétence, de leur professionnalisme mais connues pour leur franc-parler ne figurent pas sur ces listes. Pourquoi ? Serait-ce la fameuse prime au conformisme et au copinage ? Nous laissons le soin à chacun de trancher la question. Il ne faudrait pas que, sous prétexte de rétablir un minimum d’équité, on soit conduit à créer une nouvelle injustice au détriment des plus méritants et des plus méritantes en termes de qualité de travail et non de bling-bling du moment.

Qu’en est-il pour la dernière distribution des postes d’ambassadeurs aux femmes du Quai d’Orsay en ce printemps 2019 ?

LA DISTRIBUTION DES BICORNES NOIRS

Le mercato des ambassadeurs et des ambassadrices (ne pas confondre avec les épouses des ambassadeurs) se poursuit comme cela est le cas durant tout le printemps et l’été23. Si nous lisons les textes 111 à 117 de ce même JORF du 30 mai 2019, nous découvrons sept nominations. Hormis, celle de notre ex-ambassadrice à Bruxelles (Claude-France Arnould comme conseillère diplomatique du gouvernement) et l’ex-conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, Philippe Etienne à Washington en remplacement de l’ineffable Gérard Araud, nous assistons à un tir groupé de la gente féminine dans des postes multilatéraux. Véronique Roger-Lacan (intégrée au tour extérieur dans le corps des ministres plénipotentiaires par la grâce de Dieu, de la parité et de la diversité, alors qu’elle n’a jamais passé le moindre concours) quitte l’OSCE à Vienne pour rejoindre l’UNESCO à Paris. Elle est remplacée au sein de l’organisation paneuropéenne par la très agitée et très ordinaire Christine Fages, « parfaite » dans la fonction de représentation de la France à l’étranger. Une sorte de Madame Sans-Gêne qui ne manque pas d’assurance. Pour tenir le poste auprès de l’OMI à Londres, le président de la République fait appel à la très transparente et diaphane, Geneviève Gerrit van Rossum dont l’époux officie en Afrique (Burundi). Claire Raulin est expédiée au comité politique et de sécurité de l’Union européenne (COPS) à Bruxelles. Mme Delphine O est nommée ambassadrice, secrétaire générale de la Conférence mondiale de l’Organisation des Nations unies sur les femmes. Femme politique française. Suppléante de Mounir Mahjoubi, député de la seizième circonscription de Paris pour LREM, elle lui succède lorsqu’il devient secrétaire d’État au Numérique dans le gouvernement d’Édouard Philippe. Le cru 2019 n’est donc pas trop défavorable pour la gente féminine quoi qu’on en dise.

DE QUELQUES REMARQUES ICONOCLASTES !

Première remarque. Nous voici pleinement rassurés sur la mise en œuvre concrète de la sacro-sainte parité au sein du Quai d’Orsay. Le communautarisme fonctionne à plein au détriment de la méritocratie à la française dans l’Hexagone24. Nous commençons à en payer le prix fort avec la destruction des principes fondateurs de la République, en particulier celui énoncé à l’article premier de la constitution du 4 octobre 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».

Deuxième remarque. Ces nominations doivent combler d’aise l’Association « Femmes et diplomatie » dont l’initiatrice fut en sen temps une certaine Nathalie Loiseau née Ducoulombier, celle qui a raté son envol européen et qui est bien connu (défavorablement) de notre site prochetmoyen-orient.ch . Le lobbying féminin fonctionne à plein régime. Pourquoi s’en priver en cette période de victimisation à tout crin ? La porte-voix du gouvernement ne cesse de tresser des couronnes de lauriers à son bienfaiteur divin25.

Troisième remarque. Ces dernières nominations interviennent dans un contexte particulier. Celui dans lequel Emmanuel Macron veut remplacer dès juin des hauts fonctionnaires récalcitrants. En effet, lors du Conseil des ministres du 29 mai, « le président de la République a souhaité que les nominations à la tête des administrations centrales puissent refléter notre volonté » que les réformes soient « accélérées », avec « une traduction perceptible par nos concitoyens », a déclaré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, à l’issue de ce Conseil. Le président de la République, Emmanuel Macron, a demandé que, dès ce mois de juin, commencent à être remplacés certains dirigeants d’administration centrale en désaccord avec la politique du gouvernement, afin que ses réformes soient appliquées plus rapidement, a-t-elle précisé26. Nous imaginons que toutes ces nouvelles ambassadrices – comme du reste leurs collègues masculins – ont été déclarées au pire Macron compatibles, au mieux Macron fanas. Nous imaginons que ces fonctionnaires ont passé un test de pureté macronienne auprès du très fourbe « vice-premier ministre », Marc Guillaume, secrétaire général du gouvernement (conseiller d’État), l’homme qui ne rend de compte à personne. La France, patrie autoproclamée des droits de l’homme est impayable sous le règne bienveillant et autoritaire de Jupiter 1er.

Quatrième remarque. Nous sommes pleinement satisfaits d’apprendre que, critiqué au mois de mars dernier pour une virée au ski durant une manifestation des Gilets jaunes, Emmanuel Macron a joué la carte de la tranquillité durant ce long week-end de l’Ascension. Le chef de l’État est le 29 mai 2019 au fort de Brégançon. Le président « travaille au calme » a précisé son entourage. Il va pouvoir travailler à la suite de son mercato des diplos en vérifiant que tous les hauts fonctionnaires qu’il désignera aux postes d’ambassadeurs et de directeurs d’administration centrale lui sont dévoués corps et âmes. À quand la prestation de serment du style Vichy ? Encore toutes nos félicitations à Kim Jong-Macron pour cette farce qui a pour nom parité, breloques et bicornes !

21 Ali Baba, À l’amende, le Quai d’Orsay s’amende, www.prochetmoye-orient.ch , 18 mars 2019.
22 Ali Baba, Les mirages de la parité au Quai d’Orsay, www.prochetmoyen-orient.ch , 28 avril 2019.
23 Jean Daspry, C’est parti avec le mercato des diplos, www.prochetmoyen-orient.ch , 27 mai 2019.
24 Natacha Polony, Le combat pour les Lumières, Marianne, 31 mai-6 juin 2019, p .54.
25 Cédric Pietralunga, Sibeth Ndiya, la mue d’une soldate du macronisme, Le Monde, 30-31 mai 2019, p. 10.
26 Emmanuel Macron veut remplacer dès juin des hauts fonctionnaires récalcitrants, www.acteurspublics.com , 29 mai 2019.
 
 
LES COULEUVRES DE JUPITER – Jean Daspry. Alors qu’Emmanuel Macron s’était fixé un seul et unique objectif pour les élections au Parlement européenne du 26 mai 2019, voir sa liste Renaissance devancer largement celle Rassemblement national, le moins que l’on puisse dire est, qu’arithmétiquement au moins, le compte n’y est pas. Et cela même si l’avance de la liste maudite sur la liste bénie est restreinte (1%). Les « populistes » ont tenu le choc en France mais aussi dans d’autres États de l’Union européenne. En Hongrie, ils ont écrasé tous leurs rivaux. En effet, le parti de Viktor Orban (FIDESZ-KDNP), bête noire de Jupiter et de la bienpensance germanopratine a fait un carton. Il remporte 52% des suffrages et occupera 13 des 21 sièges des eurodéputés magyars27. Cela nous ramène à la pratique diplomatique peu orthodoxe du plus jeune président de la Ve République, pour ne pas dire son profond mépris des usages diplomatiques. Comme souvent, cette manière de procéder lui revient aujourd’hui à la figure, s’offrant ainsi une sévère revanche contre Pinocchio.

LE PROFOND MÉPRIS POUR LES USAGES DIPLOMATIQUES

Afin de marquer sa différence et sa volonté de rompre avec le monde d’hier, Emmanuel Macron fait fi de la diplomatie traditionnelle de la Ve République pour inaugurer une diplomatie de la transgression, signe de l’entrée dans le nouveau monde.

La diplomatie de la tradition. Bien, qu’à notre connaissance, il n’existe pas de manuel sérieux de diplomatie (en dépit de ce qu’en pensent quelques farfelus qui sévissent du côté de la rue Saint Guillaume à Sciences Po Paris28), la pratique multiséculaire de cette discipline enseigne aux néophytes quelques leçons utiles. Même si elles n’ont pas fait l’objet d’une codification académique, elles méritent qu’on s’y arrête un instant. La diplomatie gaullo-mitterrandienne en était la synthèse. La France parlait à tous sans exclusive (Chine, Russie, Iran…), se refusait à donner des leçons de morale à la terre entière, tenait une position d’équilibre entre les Grands, acceptait d’être alliée des États-Unis sans être pour autant alignée, privilégiait une coopération étroite avec l’Allemagne pour faire avancer la construction européenne au mieux de ses intérêts bien compris, défendait une politique arabe équilibrée… Conséquence de ce qui précède, les plus hauts dirigeants français ne pratiquaient jamais la diplomatie de l’anathème, de l’insulte grossière, y compris à l’égard de régimes peu fréquentables par respect pour leurs peuples. Et, notre pays gagnait en crédibilité sur la scène internationale. La voix de la France était attendue et entendue.

La diplomatie de la transgression. Arrogant comme nombre de ses compagnons de route de l’ENA, surtout ceux qui sont sortis à Bercy à l’inspection des Finances, le nouveau président de la République a décidé de se défaire des pesanteurs de la diplomatie à la Norpois. Finie la diplomatie des contorsions. Bonjour la diplomatie du parler-vrai, la diplomatie trash. Et de décocher ses coups les plus violents contre les démocratures, les démocraties « illibérales » ayant élu domicile dans la partie orientale de l’Union européenne : Pologne, République tchèque et surtout Hongrie de Viktor Orban, réunis dans le Groupe de Visegrad. Son slogan peut se résumer ainsi : le populisme ne passera pas. Outre ses saillies régulières contre cette bande de forbans, il fit mieux en traitant les dirigeants du Groupe de Visegrad « d’esprits fous qui mentent à leur peuple » (Bratislava, en octobre 2018). Etait-ce digne du président de la République française de se livrer à une telle d’ébauche d’insultes du niveau d’une cour de recréation ou d’un pugilat entre voyous du 93 ? Pouvait-on envisager une seule seconde de se présenter en leader de la nouvelle Europe et en instrument de la réforme indispensable de l’Union en procédant de la sorte ? Certainement pas. Aujourd’hui, nous assistons à la revanche de l’Histoire, à la revanche de la diplomatie.

LA SÉVÈRE REVANCHE DES USAGES DIPLOMATIQUES

À force de pratiquer la diplomatie du cavalier seul, celle du marginal, on se retrouve isolé, seule victime du piège que l’on a soi-même armé, se transformant, à l’insu de son plein gré, en héros de la diplomatie du marginul.

La diplomatie du marginal. Emmanuel Macron n’a toujours pas compris que l’on ne construit pas l’Europe en insultant ceux qui ne pensent pas comme vous, en jouant la carte du à prendre ou à laisser. Dans ces conditions, comment apparaître raisonnablement comme l’homme providentiel, le sauveur d’un continent à la dérive ? Les faits, têtus par nature, ont tôt fait de vous ramener à la dure réalité. Aujourd’hui, le président de la République est de plus en plus isolé, affaibli sur la scène européenne alors que, de l’avis de la chancelière, ses relations avec l’Allemagne relèvent plus du domaine de la confrontation que de celui de la coopération. Comment faire la leçon aux populistes (celui qui remporte 52% des suffrages en Hongrie) alors que l’on est dépassé dans son propre pays par cette vermine, cette peste brune ? Comment se présenter en rempart contre le populisme, le nationalisme en Europe alors que l’on est incapable de juguler ce fléau dans l’Hexagone ? À l’étranger, et plus particulièrement dans les chancelleries européennes, on rit sous cape de cette dernière mésaventure du jeune freluquet qui ne cesse de mépriser les usages du savoir-vivre diplomatique traditionnel. Ils ne sont pas mécontents de cette déconvenue adressée au président de la « Grande Nation » arrogante.

La diplomatie du marginul. On ne peut rassembler les Européens en les divisant Le 28 mai 2019, il rencontre les dirigeants de ce groupe pour se placer dans le mercato des hauts postes. Belle leçon de diplomatie et d’humilité. Au moment où va avoir lieu la distribution des prix européens (présidence de la Commission, du Conseil, du Parlement, de la BCE) au plus méritants, les lauréats français potentiels (du style de notre crétin des Alpes préféré, Michel Barnier) pèsent peu dans la balance. Et donc, il faut aller au charbon, faire sa cour auprès de ses collègues, y compris les plus infréquentables, pour vendre la marque France en espérant ramasser quelques miettes au passage. Et, nous découvrons subrepticement dans nos lucarnes que Jupiter a été baisé la babouche de tous ces tristes sires, corde au cou comme les bourgeois de Calais. En marge du dîner des chefs d’État et de gouvernement (Bruxelles, 28 mai 2019), il est contraint de faire la Cour au Groupe de Visegrad, Orban en tête, pour vendre sa marchandise invendable à cette structure incontournable à l’avenir29. En termes très élégants, cette farce s’apparente à un remake de l’aller à Canossa ou du calice bu jusqu’à la lie. En termes moins élégants, ce dernier avatar de la pratique macronienne s’apparente à une forme de la diplomatie du froc baissé. Diplomatie bien maîtrisée au 37 quai d’Orsay où le courage n’est pas la vertu cardinale des diplomuches. Le général de Gaulle ne s’était pas trompé lorsqu’il déclarait : « En lisant cette lettre, j’ai reconnu le style de l’abandon, masqué sous les allures du compromis, si habituel au Quai d’Orsay d’avant-guerre. Ah ! Ils sont maîtres dans cet art » ou bien « La manie de ce sacré Quai d’Orsay qui cherche toujours l’arrangement par définition ».

« Tel est pris qui croyait prendre ». Telle pourrait être la morale de cette sinistre pantalonnade macronienne ! À trop souvent vouloir jouer les professeurs, on se retrouve parfois ravalé au rang d’élève. À trop vouloir jouer les prophètes, on se retrouve classé au rang d’imposteur. Une fois de plus, cette manière de procéder peu orthodoxe démontre que les Français ont « mis un gamin à l’Élysée » (Luc Ferry). Il ignore toujours ce que sont l’essence des relations internationales et à l’alchimie de la diplomatie. Sa formation d’inspecteur des Finances ne le prédisposait pas aux combinaisons complexes de cet art que certains qualifient de diplomatie. Comme disait Talleyrand, le diplomate, qui ne doit pas seulement être ignorant mais aussi être poli, doit avoir de l’avenir dans ses vues. Et cela ne s’improvise pas… Emmanuel Macron n’a rien compris au « réveil des nations »30, à « l’Europe que nous voulons »31. Il est atteint de surdité précoce. Résultat, pour se rétablir, il est contraint d’avaler moultes couleuvres indigestes au lieu de changer radicalement sa posture internationale et d’en revenir à une démarche plus classique.

Codicille post-électoral. Manu est un petit cachotier. Qu’apprenons-nous dès le lendemain du scrutin qui était connu dans les milieux bien informés ? Dans la sphère économique, rien ne va plus. En dépit de ses promesses lénifiantes et soporifiques, on débauche à tour de bras chez General Electrics32, chez Whirlpool33, chez Ascoval. Par ailleurs, nous découvrons que Brigitte et Manu ont joué les bons Samaritains en finançant une partie des frais d’obsèques d’un économiquement faible qui avait pour nom Johnny Halliday. Grâce soit rendu au couple présidentiel pour avoir compris la détresse d’un homme qui n’avait pas les moyens d’acquitter ses impôts en France ! Fermez le ban !

27 Thibaut Varga, Après la victoire, Orban devra compter ses alliés, Le Figaro, 28 mai 2019, p. 12.
28 Ali Baba, Manuel de la diplomatie, www.prochetmoyen-orient.ch , 15 octobre 2018.
29 Laure Mandeville, Les pays de Visegrad, chaînon du futur équilibre des forces, Le Figaro, 29 mai 2019, p. 6.
30 Ivan Rioufol, L’Europe, ébranlée par le réveil des nations, Le Figaro, 17 mai 2019, p. 19.
31 Natacha Polony/Jean-François Kahn/jacques Julliard/Régis Debray/Marcel Gauchet/Jean-Pierre Chevènement, L’Europe que nous voulons, Marianne, 24-30 mai 2019, pp. 7 à 17.
32 Jean-Michel Bezat, GE supprime 1044 emplois en France, Le Monde Économie, 30-31 mai 2019, p. 15.
33 Philippe Jacqué, Les désillusions des ex-Whirlppol, Le Monde Économie, 30-31 mai 2019, p. 15.
 
 
LES APORIES DE DALADIER-LE CHOUCHEN – Jean Daspry. Depuis quelques jours, notre Breton armé et madré est plus loquace qu’à l’accoutumée. Le taiseux devient aujourd’hui volubile. Les oracles se perdent en conjectures sur les raisons de cette mue soudaine de Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Est-ce le départ de son conseiller spécial, l’inoxydable, Jean-Claude Mallet qui l’a libéré ? Est-ce un départ imminent qui le pousse à ouvrir son cœur de philosophe avant de rendre définitivement son tablier ? Est-ce la volonté assumée de nous léguer son testament diplomatique à la manière d’un Talleyrand ? Confessons que nous sommes dans le brouillard. Mais, pour notre plus grand bonheur, reprenons quelques perles de ce prurit diplomatique. C’est un réel enchantement de l’esprit et de corps. Un authentique bain de jouvence intellectuelle dont nous ne cessons de mesurer les bienfaits en cette période de « paix en guerre »34.

UTILISATION D’ARMES CHIMIQUES EN SYRIE : UN INDICE

Une « attaque » au chlore pourrait avoir été menée le 19 mai 2019 dans le nord-ouest de la Syrie par le régime de Bachar al-Assad. La France dispose d’un « indice » sur l’emploi de l’arme chimique dans la zone d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, a déclaré le 28 mai 2019 le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. « Nous avons un indice de l’usage de l’arme chimique dans la zone d’Idleb mais pour l’instant pas de vérification », a-t-il déclaré, sans plus de précisions, devant la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

Remarque. Rappelons qu’en droit, un indice n’est pas une preuve et que le doute profite à l’accusé. Par ailleurs, il existe à La Haye, une organisation internationale, l’OIAC (organisation pour l’interdiction des armes chimiques) qui est la seule habilitée à conduire des inspections indépendantes in situ, à déterminer la matérialité des faits et, envoyer, le cas échéant, le dossier au Conseil de sécurité de l’ONU afin qu’il tranche la question. Toutes choses que Jean-Yves Le Drian semble ignorer !

PROCÈS DE DJIHADISTES FRANÇAIS EN IRAK : UN PROCÈS ÉQUITABLE

Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères a affirmé que les droits de la défense étaient parfaitement respectés et souligné que les accusés bénéficiaient de l’assistance consulaire de la France. En effet, Jean-Yves Le Drian a estimé le 29 mai 2019 que les sept Français condamnés à la peine de mort en Irak pour appartenance au groupe Etat islamique (EI) avaient bénéficié d’un « procès équitable ». « Je voudrais vous dire, contrairement à ce que j’entends ici et là : le procès est équitable (…) C’est un procès équitable mais il concerne évidemment des terroristes, bien connus de nos services », a-t-il déclaré à l’Assemblée nationale alors que les avocats des familles dénoncent une justice expéditive en Irak et réclament leur jugement en France.

Remarque. Le concept de « procès équitable » possède une signification juridique précise. Il fait référence à l’article 6 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du Conseil de l’Europe (signée en 1950 mais ratifiée qu’en 1974 en raison des réticences du Conseil d’État) qui se lit ainsi :

« 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. Le jugement doit être rendu publiquement, mais l’accès de la salle d’audience peut être interdit à la presse et au public pendant la totalité ou une partie du procès dans l’intérêt de la moralité, de l’ordre public ou de la sécurité nationale dans une société démocratique,  lorsque les intérêts des mineurs ou la protection de la vie privée des parties au procès l’exigent, ou dans la mesure jugée strictement nécessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances spéciales la publicité serait de nature à porter atteinte aux intérêts de la justice.

2. Toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie.

3. Tout accusé a droit notamment à : a) être informé, dans le plus court délai, dans une langue qu’il comprend et d’une manière détaillée, de la nature et de la cause de l’accusation portée contre lui ; b) disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense ; c) se défendre lui-même ou avoir l’assistance d’un défenseur de son choix et, s’il n’a pas les moyens de rémunérer un défenseur, pouvoir être assisté gratuitement par un avocat d’office, lorsque les intérêts de la justice l’exigent ; d) interroger ou faire interroger les témoins à charge et obtenir la convocation et l’interrogation des témoins à décharge dans les mêmes conditions que les témoins à charge ; e) se faire assister gratuitement d’un interprète, s’il ne comprend  pas ou ne parle pas la langue employée à l’audience ».

Malgré le peu de sympathie que nous éprouvons pour tous ces personnages peu fréquentables, il semble, d’un point de vue strictement juridique, que l’on ne puisse raisonnablement parler de « procès équitable ». De plus, comme le rappelle Albert Camus : « mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde ». Ce qui est d’autant plus dramatique pour le responsable de la diplomatie française. Toutes choses que Jean-Yves Le Drian semble ignorer !

CONFLIT AU YÉMEN : UNE SALE GUERRE

Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a déclaré le 28 mai 2019 sur France inter : « Oui, c’est une guerre, oui, il faut l’arrêter ; oui il faut que les Saoudiens et les Émiriens arrêtent et oui, il faut être extrêmement vigilant sur les ventes d’armes à l’égard de ces pays ». Notons qu’un chargement de canons Caesar français destinés à l’Arabie saoudite devait intervenir au même moment à Marseille-Fos.

Remarque. Il n’est nul besoin de s’étendre sur la duplicité de notre nouveau Daladier, grand ami devant l’Eternel des Saoudiens et autres Emiratis depuis qu’il fut ministre de la Défense (2012-2017) et ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (2017-2019) qui nous achètent énormément de matériels militaires. Ces derniers sont utilisés pour commettre des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre au Yémen malgré les déclarations mensongères de sa collègue des Armées, Florence Parly (armes défensives, intelligentes qui ne tuent pas des civils, je n’ai pas de preuves et autres sornettes…). Toutes choses que Jean-Yves Le Drian semble ignorer !

SITUATION EN ALGÈRIE : UNE NÉCESSITÉ DE CANDIDATS

« En Algérie, nous sommes maintenant à trois mois du début de la contestation. Le Parlement a désigné un président par intérim dans l’attente d’une nouvelle élection qui devrait normalement avoir lieu le 4 juillet », a déclaré Jean-Yves Le Drian le 28 mai 2019 à l’Assemblée nationale. « Le problème, c’est que pour qu’il y ait une élection, il faut qu’il y ait des candidats et, voilà, les candidats [de poids, ndlr] ne se manifestent pas », a-t-il ajouté, rappelant qu’«il y a deux candidatures qui ont été reçues par le conseil constitutionnel». Il a ajouté : « il y a une situation très particulière où il y a des manifestations qui se poursuivent dans le pays, avec des aspirations profondes pour ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de l’Algérie ». Jean-Yves Le Drian a confié que « c’est ce que nous souhaitons pour l’Algérie et c’est ce que nous espérons compte tenu des liens profonds qui nous lient à ce pays et dans ces moments nous continuons de nous tenir aux côtés des Algériens dans le respect de l’amitié qui doit présider toujours à nos relations ».

Remarque. C’est ce que l’on appelle enfoncer des portes ouvertes ou parler pour ne rien dire. Notre ministre fatigué aurait dû se souvenir de ce que disait Talleyrand : « La parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée ». Ce qui est d’autant plus important lorsque l’on parle d’un sujet délicat comme celui de l’Algérie en pleine mutation ! Toutes choses que Jean-Yves Le Drian semble ignorer !

AFRIQUE DE L’OUEST : UNE DÉGRADATION DE LA SITUATION

Le ministre français des Affaires étrangères n’a pas caché le 28 mai 2018 à l’Assemblée nationale son inquiétude au sujet du Cameroun. « Dans les régions anglophones du Cameroun, la situation continue de se dégrader, a-t-il souligné. Les pertes humaines sont de plus en plus lourdes. » La France, l’Union européenne et les Nations unies font tout, a assuré Jean-Yves Le Drian, pour pousser Paul Biya à prendre des initiatives afin de trouver une issue politique à la crise. Le patron de la diplomatie française s’est également dit « très préoccupé de la situation du juriste international Maurice Kamto. Nous souhaitons que cette figure importante du Cameroun puisse être libérée, a-t-il déclaré. Nous faisons pression régulièrement, fortement. Y compris le président de la République a appelé le président Biya pour qu’on trouve des solutions. » Le ministre a, en revanche, adopté un langage plus diplomatique pour évoquer les velléités de réforme de la Constitution en Guinée Conakry. Une réforme qui pourrait permettre au président Condé de se maintenir au pouvoir. « Sur la Guinée, oui je sais. Mais je suis en séance publique, donc je ne peux que constater comme vous une situation qui peut être préoccupante », a-t-il indiqué. Jean-Yves Le Drian, qui a enfin assuré que la France défendrait aux côtés des pays sahéliens le renouvellement fin juin du mandat de la Minusma à l’heure où les États-Unis, a lâché le ministre, voudraient faire des économies sur les opérations de maintien de la paix.

Remarque. Une fois de plus, Jean-Yves Le Chouchen raconte tout et n’importe quoi. En dépit de l’opération Barkane et du G5 Sahel, toute la région est fortement déstabilisée depuis notre brillante intervention en Libye de 2011. De plus, nous continuons à soutenir des régimes peu portés à respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales pour des raisons diverses. La Francafrique existe toujours en dépit des déclarations d’Emmanuel Macron. Toutes choses que Jean-Yves Le Drian semble ignorer !

Et, la liste des fariboles de notre barde breton n’est pas exhaustive !

Manifestement, cela vole bas, voire plus que bas que terre, surtout de la part d’un homme qui dispose d’une information triée sur le volet par ses petites et grandes mains qu’il s’agisse des télégrammes diplomatiques rédigées par les ambassades et consulats généraux, des notes produites par l’administration centrale sans parler des notes des services de renseignement (DGSE, DGSI, DRM…) ou des bouquets d’excellence, œuvres de son Centre d’analyse et de prospective stratégique (CAPS), orphelin de directeur depuis quelques semaines35. Le moins que l’on puisse dire est que cela ne dépasse pas le niveau du café du commerce ou du dîner en ville bas de gamme. Pire encore, notre ami Le Chouchen semble parfois user de la dive bouteille d’hydromel tant il raconte n’importe quoi avec l’aplomb des ignorants. De deux choses l’une, soit il ne possède pas bien ses dossiers, soit il affabule sans trembler. Ainsi en va-t-il des merveilleuses apories36 de Daladier-Le Chouchen !

34 Ronan Farrow, Paix en Guerre. La fin de la diplomatie et le déclin de l’influence américaine, Calmann-Lévy, 2019 (prix Pulitzer 2018).
35 Émilie Coste, Alexandre Escorcia en partance pour l’OTAN, www.acteurspublics.com , 31 mai 2019.
36 Paradoxe, invraisemblance, antinomie. Contradiction irréductible, https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/aporie/
 
 
LES MALHEURS DE NATHALIE (5) : LOISEAU OU L’IDIOT(E) (IN)UTILE – Ali baba. « On va gagner car on peut gagner ». Parole inoubliable prononcée par la tête de liste de la Renaissance lors de l’une de ses dernières réunions de campagne pour les élections au Parlement européen du 26 mai 2019 ! Reconnaissons qu’il faut avoir le QI de Nathalie Loiseau (bachelière à 16 ans) pour être en mesure de proclamer une telle idiotie. Reconnaissons à notre Dame « Cui Cui » un sens certain de l’à-propos si l’on s’en tient au nombre élevé de sottises, d’âneries, de contre-vérités, de mensonges grossiers, de bobards (« fake news ») qu’elle a alignés au cours des dernières semaines. À quand la publication d’un ouvrage recensant toutes ses perles de campagne ? Cela ferait un tabac dans le rayon humour de nos bons libraires. Au terme de cette campagne, qui fut pour la catholique fervente qu’elle est un véritable chemin de croix, Nathalie Loiseau apparait pour ce qu’elle est en vérité : une piètre jactante doublée d’une mauvaise perdante !

NATHALIE LA PIÈTRE JACTANTE

La rengaine de Loiseau, véritable buse peut se résumer en deux phrases hautement risibles : on va gagner et on n’a pas perdu.

On va gagner. Avec le mauvais esprit qui nous caractérise, Loiseau de mauvais augure aurait dû déclarer, à la lumière des mauvais sondages qui étaient distillés par les officines spécialisées : « On va perdre car on ne peut pas gagner ». Ceci lui aurait évité le ridicule qui est une marque de fabrique de cette narcissique perverse. Car le bilan de sa campagne électorale de notre buse est calamiteux, pitoyable pour une personne qui fonctionne au tout à l’égo. Personne qui manque de l’humilité élémentaire que l’on est en droit d’attendre d’une diplomate de son niveau, ex-directrice de l’ENA qui plus est. Personne à qui fait défaut le réalisme minimum et la clairvoyance élémentaire pour une femme ou un homme politique digne de ce nom. Tout ceci est pathétique et aurait dû conduire cette Dame à se faire oublier tant elle s’est auto-flagellée par ses paroles et ses actes. Tel n’a pas été le cas.

On n’a pas perdu. Le Huffington post gratifie « Nathalie Loiseau (du titre) de symbole de l’angle mort de la Macronie ». Symbole du monde futile37 qu’est la Macronie. Angle mort ainsi qu’âme morte de la République. Les motifs de révolte contre ce monde futile, cette « tyrannie de l’impudeur » ne manquent pas38. Impudeur de toutes ces composantes d’une « société individualiste construite sur la jactance, la suffisance, l’amour de soi, le besoin de s’exhiber » (Ivan Rioufol). Quelle meilleure description de notre oiseau qui a oublié de prendre son envol en dépit de sa ténacité39. Nathalie Loiseau achève son chemin de croix à la Mutualité en l’absence du premier sinistre, Édouard Philippe réquisitionné, au dernier moment, pour jouer les utilités après l’explosion de Lyon. Le jour du scrutin, Nathalie Loiseau se laisse aller à cette confession : « Je ne suis pas une bonne oratrice, je sais » (JDD). Son discours après le scrutin est aussi pathétique que médiocre tant il révèle une aveugle et une sourde aux réalités d’une France inquiète face à un monde incertain.

NATHALIE LA MAUVAISE PERDANTE

La rengaine de Loiseau, véritable buse peut se résumer en deux phrases hautement risibles : on est les meilleurs et on est des perroquets.

On est les meilleurs. Ce devait être une consécration. C’est une catastrophe. « Tant que nous n’aurons pas conscience de la gravité de notre déchéance, nous ne réagirons pas », déclare fort à propos le cardinal Robert Sarah. Ce dernier désigne en creux les « élites » comme source de la décadence qui frappe l’Occident et singulièrement la France. La courte allocution qu’elle prononce à l’issue du scrutin est pitoyable, pathétique à l’instar de sa mauvaise campagne. Rien à voir avec le discours plus digne du premier Ministre, Édouard Philippe. On ne change pas sa nature profondément narcissique, y compris après un échec. Nathalie Loiseau n’a rien compris à l’Histoire, celle qui se déroule devant elle et à laquelle elle n’est qu’une minable spectatrice. L’imprécation et l’anathème sont les meilleurs carburants du populisme. C’est une donnée de fait dont il faut analyser les raisons avant d’y apporter les remèdes idoines. Ignorer le mal n’a jamais été le meilleur moyen de le guérir, en politique comme en médecine ! En politique, Nathalie Loiseau est une parfaite Diafoirus dangereuse à qui il serait osé de confier les rênes du pouvoir.

On est des perroquets. La campagne de Nathalie Loiseau nous fait penser au rossignol et l’empereur de Chine. Souvenons-nous que Le Rossignol et l’Empereur de Chine est un conte d’Hans Christian Andersen, paru en 1843 dans la deuxième livraison de ses contes de fées, traduit de l’allemand, sous le titre danois Eventyr fortalte for børn. Selon Pierre Georget La Chesnais, le conte aurait été inspiré à l’auteur par la chanteuse Jenny Lind. Comme souvent dans les contes d’Andersen, il y a là une métaphore : on ne peut s’approprier le talent d’autrui, et l’empereur qui croit pouvoir posséder un oiseau au chant aussi mélodieux que le véritable rossignol, doit déchanter avec son oiseau mécanique, simple imitation d’oiseau40. L’Histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement, un remake d’Andersen que l’on pourrait intituler Loiseau et l’empereur de France ? Loiseau semble souvent s’être écarté des paroles de la chanson de son mentor qu’elle aurait dû reprendre fidèlement. Peut-être est-ce la faute de sa sœur jumelle, Nathalie Ducoulombier qui frayait avec le GUD à Sciences Po, à l’insu de son plein gré ? Mais, nous sommes pleinement rassurés d’entendre de la bouche de ses colistiers qu’elle ait, grâce à ses immenses qualités, « limité la casse » en dépit d’une campagne difficile.

« IDIOT UTILE »

Sale temps pour les femmes « en responsabilité » (vilaine expression de notre temps) en cette fin du mois de mai 2019 ! Theresa May abandonne le 10 Downing Street en pleurant pendant que Nathalie Loiseau prend une veste en chantant. Revenons à notre oiseau préféré. Au terme de son marathon électoral, comment la définir – le plus objectivement possible – notre péronnelle au sein de la galaxie jupitérienne ? Nous privilégierons une formule en deux mots : « idiot utile ». Idiot au sens propre, il incarne la quintessence de la stupidité. Reprenons ce que nous dit un expert sur le sujet qui sied merveilleusement à notre hirondelle qui n’a pas fait le printemps :

« Il agit et s’agite de telle façon que tout progresse… dans la direction opposée à celle qu’il croit suivre. À servir, fût-ce de bonne foi, des desseins qui contredisent ses propres aspirations, il n’est ‘utile’, in fine, qu’à ses adversaires. Son ‘utilité’ est même sa pire bêtise, qui écrase toute traces d’intelligence dont il pourrait disposer par ailleurs ».

Et cet expert de conclure, comme par un heureux hasard sur le cas de notre sujet d’étude, de la manière suivante :

« Récemment embarrassée par des révélations de mediapart sur sa présence passée sur une liste étudiante d’extrême droite, la tête de liste de la République en marche aux élections européennes, Nathalie Loiseau, a accusé le site d’information d’être ‘l’idiot utile’ du Rassemblement national. ‘On est toujours le con de quelqu’un’, savait-on. C’était sans compter les ‘idiots utiles’ qui, désormais, sont partout ». 41

Quelle meilleure conclusion de notre petit feuilleton du printemps des peuples que de souligner que Nathalie Loiseau fut, pour notre grande joie et notre plus grand plaisir, parfaite dans un rôle de composition, celui de l’idiot(e) (in)utile !

Nous formons le vœu que nos fidèles lecteurs ont pu se distraire et se détendre en prenant connaissance, semaine, après semaine, de ce feuilleton sans prétention.

37 Ivan Rioufol, Ce monde futile, ou comment s’en défaire, Le Figaro, 24 mai 2019, p. 17.
38 Ivan Rioufol, La tyrannie de l’impudeur, Carrière, 2000.
39 Mathilde Siraud, Nathalie Loiseau, la ténacité face aux vents contraires, Le Figaro, 25-26 mai 2019, p. 4.
40 https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Rossignol_et_l%27Empereur_de_Chine
41 Jean-Baptiste de Montvallon, « Idiot utile », Le Monde, Idées, 16 mai 2019, p. 29.

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