Observatoire Géostratégique

numéro 235 / 17 juin 2019

ORIENT-ATIONS 234

MICHEL ANFROL IN MEMORIAM PAR GILLES BROCHARD1 – Je suis très touché que mon amie Anne m’ait demandé de dire quelques mots sur son cher père tant aimé. Comme pour elle, Michel Anfrol était pour moi l’exemple même du père qu’un enfant pouvait désirer avoir. À la fois généreux, attentif, disponible, toujours bienveillant, comblant ceux qu’il côtoyait d’anecdotes savoureuses, voyant toujours le bon côté des êtres. Un « merveilleux Papa », comme Anne aime l’appeler. Et lui, le curieux, l’enthousiaste, savait raconter les histoires, les faire durer avec naturel et, surtout, le ton qu’il fallait. Il n’était ni professeur ni juge, encore moins moraliste : dans sa grandeur d’âme, Michel savait tout simplement témoigner, transmettre, avec ce goût inné de vouloir se confier sans rien imposer, une fois qu’on avait gagner sa confiance et son amitié.

Je dis cela car ces dernières années, je l’ai vu aux côtés des étudiants de mon école de journalisme raconter l’histoire de la presse et de sa rédemption au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, évoquant chaque titre, chaque nom, chaque courant et chaque épopée pendant près de deux heures, sans aucune note, l’esprit clair, sans un bredouillement. Car Michel, était non seulement un puits de culture et entretenait une mémoire infaillible, mais avant toute chose, il avait une voix, si reconnaissable entre toutes. Une voix de théâtre, chaude, envoûtante, un timbre à la fois caressant, velouté et grave, qui semblait rendre hommage à la langue française avec l’allure d’un séducteur.

Michel était journaliste dans l’âme. Après ses études de sciences politiques à Paris et d’italien à l’Université de Pérouse, il avait fait ses débuts à Europe 1, avant d’entrer à Paris Inter, puis à l’ORTF, où sa carrière l’entraîna vers de lointains horizons, notamment en Italie, mais aussi et surtout aux États-Unis où il fut le plus jeune correspondant de la télévision française. La multitude de reportages qu’il réalisa au cours de la dizaine d’années qu’il passa en Amérique, avec sa famille, en ont certainement fait l’un des plus fins et des plus avisés observateurs français de la société américaine.

Parmi les moments forts de sa carrière, on se rappelle aussi, bien évidemment, cette nuit du 21 juillet 1969, où Michel commenta en direct à la télévision les premiers pas de l’homme sur la Lune… Il m’avait raconté aussi sa collaboration à L’Aurore et l’enquête qu’il avait menée sur la condition des noirs aux États-Unis au lendemain de l’assassinat de Martin Luther King. Je n’oublie pas quand vers l’âge de quinze ans, mon père m’avait offert un 33 tours contenant de larges extraits des discours historiques du général de Gaulle. Chacun d’entre eux était espacé d’un commentaire ou d’une présentation dites par Michel de sa voix de stentor. Ceux-ci semblaient parfaitement accordés aux imprécations magnifiques du Général, entre Brazzaville, Bayeux, Phnom-Penh et Bucarest !

Tout le monde sait combien la vie de Michel était liée à une certaine idée de la France, c’est à dire à l’homme du 18 juin 1940, cette ombre du commandeur qui n’a cessé pour lui d’être non pas une statue figée, mais bien la figure vivante à la fois de la Libération, de la fierté retrouvée et de la restauration de la grandeur perdue. Il avait aperçu le libérateur, le 26 août 1944, à Paris alors qu’il n’avait que neuf ans. Et, cinq ans après, heurté par l’impéritie des hommes politiques qui gouvernent le pays, il adhère au RPF car il refuse que l’on surnomme son pays : « France, malade de l’Europe ». Ses lectures, Tel Quel, puis Carrefour, l’avaient poussé à comprendre que « seul le général de Gaulle serait capable de redresser le pays grâce à un pouvoir exécutif stable et durable », comme il l’écrivit.

Il ne savait pas encore combien, cet engagement allait non seulement le nourrir intellectuellement, mais le propulser des années plus tard à l’Institut Charles de Gaulle, qui deviendra la Fondation Charles de Gaulle, y collaborant de 1994 jusqu’à aujourd’hui. Je me souviens d’avoir assisté à ses côtés en 2016, en présence de Philippe de Saint Robert et d’Alain Malraux à cette belle soirée aux Invalides où fut interprété magistralement Les Chênes qu’on abat, qui, comme l’a écrit Jean Grosjean, « éclaire de Gaulle de l’intérieur ». Ce texte version théâtre,  c’est un peu Malraux visitant Charles X- et je suis certain que Michel était sensible  au mot que l’auteur met dans la bouche du général : « – Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté des autres. ».

Pour terminer, j’évoquerai les deux lieux qui ont particulièrement compté pour Michel. La Corse où il croisa le beau regard de Madeleine, une rencontre qui déboucha sur soixante années de mariage heureux, et l’Argentine, pays dont il tomba amoureux alors qu’il couvrait la guerre des Malouines. Il y séjourna plusieurs années, y revenant depuis régulièrement, nourrissant des amitiés fortes. Il s’était passionné pour le tango, touché par ses mélopées, cette poésie du vague à l’âme, cette mélancolie des cœurs qu’il partageait avec sa chère Madeleine, admirant les vers de Carlos Gardel, le poète chanteur, et les musiques de son ami compositeur Raul Garello, dont un extrait vient de nous accueillir dans l’église. G.B.

«  J’ai peur de la rencontre avec le passé qui revient faire face à ma vie  

J’ai peur des nuits peuplées de souvenirs qui enchaînent mon rêve.

Sentez, c’est un souffle, la vie, que vingt ans ne sont rien,

Quel regard fébrile errant dans l’ombre

Il vous cherche et vous nomme.

Vivre, avec l’âme accrochée à un doux souvenir,

Je pleure encore. »

Carlos Gardel

La rédaction de prochetmoyen-orient.ch s’associe à ce bel hommage de Gilles Brochard et adresse à la famille et aux proches de Michel ses plus sincères condoléances.
 


1 Gilles Brochard est écrivain. Dernier ouvrage paru : Un Thé chez les tigres. Editions Pierre-Guillaume de Roux, mai 2019.
 
 
LETTRE OUVERTE D’OFFICIERS SUPERIEURS A MGR DE ROMANET, EVÊQUE AUX ARMEES FRANCAISES.

Suite à la profanation de la Cathédrale Saint Louis des Invalides le 22 mai, une lettre ouverte, signée d’un certain nombre d’officiers généraux, d’officiers supérieurs et de militaires de tous rangs des trois armées et de la gendarmerie, demande à Mgr Antoine de Romanet, évêque aux armées, l’organisation d’une cérémonie solennelle pénitentielle en réparation de ce qui apparait comme un véritable sacrilège.

Par ailleurs, il parait absolument indispensable à l’avenir que l’évêque soit saisi par l’autorité militaire affectataire de toute demande détaillée d’organisation de soirée de concert ou artistique dans la cathédrale, avec droit de veto.

Enfin, ces officiers soulignent aussi que l’ambassadeur du Kosovo à Paris serait avisé de présenter des excuses pour l’organisation de cette soirée qui n’avait d’artistique que le nom.

« A force de tout voir l’on finit par tout supporter…A force de tout supporter l’on finit par tout tolérer… A force de tout tolérer l’on finit par tout accepter…A force de tout accepter l’on finit par tout approuver ! » Saint Augustin

Monseigneur,

Pour la première fois de son histoire, et nous l’espérons ardemment, pour la dernière fois, l’appel à la prière islamique a été chanté dans la cathédrale des Invalides pour le 20e anniversaire de la “paix” au Kosovole mercredi 22 mai dernier.

L’Adnan sunnite a ainsi été chanté dans l’enceinte de l’Eglise des Soldats. En voici, pour mémoire, les paroles :

Certes on nous dira qu’il s’agissait d’un « concert pour la paix intitulé “L’homme armé, messe pour la paix” de Karl Jenkins, chanté par le chœur et l’orchestre de la « Philharmonic » du Kosovo , organisé à l’initiative de ” l’ambassade de la république du Kosovo” pour marquer le 20ème anniversaire de la “fin” de la guerre  au Kosovo et “rendre hommage sans considération ethnique à la France et à l’armée française qui ont contribué à la paix dans les Balkans” selon les mots de « l’ambassadeur du Kosovo » à Paris M. Qëndrim Gashi.

Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une profanation, infiniment scandaleuse autant que douloureuse à nos cœurs d’officiers français et chrétiens.

Nous savons bien sûr que le Diocèse aux Armées est utilisateur et non affectataire de la cathédrale Saint Louis des Invalides. C’est le Musée de l’Armée qui en est l’affectataire et nous savons également que le Diocèse n’est pas décisionnaire des « concerts » qui s’y déroulent et n’a pas été associé au contenu du présent « concert » organisé sous l’égide de l’ambassade du Kosovo à Paris.

Sans préjuger des responsabilités qui seront établies dans cette affaire, et notamment celles de l’autorité décisionnaire, sans insister sur le caractère douteux de la soirée de concert ainsi organisée par le représentant d’un Etat pour le moins controversé, certes reconnu par la France mais non reconnu par l’ONU,  il apparaît aux signataires de cette lettre qu’il y a là un évènement d’une gravité exceptionnelle qui au regard des exigences du Droit Canon de l’Eglise Catholique, appelle l’organisation rapide d’une cérémonie en réparation de l’offense très grave faite ainsi à la Très Sainte Trinité : le coran psalmodié (en chaire !) dans une église catholique, et quelle église ! La Cathédrale des Soldats !

Par ailleurs, il nous semble indispensable qu’à l’avenir le Diocèse aux Armées soit désormais systématiquement saisi par les autorités décisionnaires de toute demande d’organisation de « concert » ou autre évènement « artistique » dans ce haut lieu de la Foi chrétienne, si symbolique et important pour nos Armées françaises.

En espérant que vous nous ferez connaître les suites réservées à notre demande, nous vous prions, Monseigneur, de bien vouloir agréer l’assurance de notre très respectueuse considération.

Les officiers généraux, les officiers supérieurs, les officiers et sous-officiers soussignés :

GCA (2S) Henry CLEMENT-BOLLEE, GCA (2S) Bruno CLEMENT-BOLLEE, GCA (2S) Michel FRANCESCHI, GCA (2S) Bertrand de LA CHESNAIS, GCA (2S) Maurice LE PAGE, GDI (2S) Philippe CHATENOUD, GDI (2S) Jacques DARCOS, GDI (2S) Michel FRUCHARD, GDI (2S) François GAUBERT, GDI (2S) Jean MAURIN, VA (2S)François de PENFENTENYO, GDI (2S) Claude REGLAT, GDI (2S) Henri ROURE, GDI (2S) Jean-Pierre SOYARD, GBR (2S) Dominique CHRISSEMENT, GBR (2S) Bernard COCHIN, GBR (2S) André COUSTOU, GBR (2S) Roland DUBOIS, CA (2S) Claude GAUCHERAND, GBR (2S) Christian HOUDET, GBR (2S) Marc JEANNEAU, GBR (2S) Etienne LECLERE, GBR (2S) Bruno LE FLEM, GBA (2S) Antoine MARTINEZ, GBR (2S) Marc PAITIER, GBR (2S) Jean-Bernard PINATEL, GBR (2S)Jacques RAYMOND,

COL (ER) Jean ALLARD-MEEUS, MC1 (ER) Patrick BARRIOT, COL (ER) Yannick BLEVIN, CV (H) Jean de CORBIERE, COL (ER) Jean-Jacques DOUCET,COL (ER) Dominique DUVAL, COL (ER) Jacques de FOUCAULT, MC1 (ER) Patrick GUYON, COL (H) Patrick HAYS, COL (ER) Jacques HOGARD, COL (ER) Philippe MIAILHES, COL (ER) Georges MICHEL, COL (ER) Jean-Jacques NOIROT, COL (ER) Frédéric PINCE, COL (ER) Philippe RIDEAU, COL (ER) Michel ROBARDEY, CV (ER) François SAVY, COL(ER) Gildas SONNIC, CRC1 (ER) André SUTY, COL (ER) Gérard VANSTENNE, COL (ER) Patrick VAUGIEN,

LCL (ER)Arnaud d’ANSELME, LCL (ER) Georges BENINTENDI, LCL (ER)Michel BOUZY, LCL (ER)William DUBOSQ, LCL (ER)Pierre-Marie FERRAN, LCL (ER) Christian HYVERNAT, LCL (ER) Pierre LAMY, LCL (ER) Hervé LANCRENON, LCL René MERCURY, LCL (ER)Olivier MONTEIL, LCL (ER)Jacky PEDEMONTE, LCL (R)Frédéric SéNé, LCL (ER)Frédéric TENAIRI, LCL (ER)Eric VALLETTE d’OSIA, CES (H)Laurent MORANDINI, Henri-Paul FAVALIGNA(Officier Honoraire des Troupes de Marine), Alexandre TROUBETZKOI(ancien du 24èmeBataillon de Chasseurs, LV (H) Jean-Louis VENTURA, CNE (ER)Gérard GRANDGEON, ADJ (R) Serge LANGLADE.
 
 
COMMENT LE GOUVERNEMENT FAIT ORGANISER « L’ISLAM De FRANCE » PAR LES FRERES MUSULMANS – UFAL (Union des familles laïques), 6 juin. Le 29 mai dernier à Strasbourg, le ministre de l’Intérieur a honoré de sa présence le CRCM d’Alsace. Son président, Abdelhaq Nabaoui, est également cofondateur de l’AMIF, organisme imaginé par Hakim El Karoui –proche du Président Macron-, qui entend gérer la formation des imams de France, aux côtés de Tareq Oubrou, pressenti pour devenir grand imam de France.

Or, T. Oubrou a été pendant 35 ans membre de l’UOIF, devenue Musulmans de France, qui sert de vitrine aux Frères Musulmans en France. L’AMIF était présente au rassemblement frériste de Lille en février 2019, ainsi que Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation pour l’Islam de France, adepte d’un discours républicain mais assidu aux réunions des Frères depuis longtemps.

Comme le montre l’ouvrage récent Qatar Papers de Chesnot et Malbruno, la tactique des Frères Musulmans en France consiste à se dissimuler sous l’image d’un « islam du juste milieu » pour promouvoir leur stratégie globale : rétablir le Califat, imposer la charia partout où c’est possible –serait-ce localement. Ce, par tous les moyens disponibles, du terrorisme en Egypte aux sourires de façade à la République en France. Le tout s’appuie sur les subsides généreusement accordés par le Qatar ainsi que sur le soutien de la Turquie.

Ainsi, sous couleur de favoriser « sans intervention de l’Etat » la formation d’un « Islam de France » (concept néo-concordataire opposé au principe de laïcité), le Gouvernement encourage la mise en place d’un dispositif multiple (AMIF, Grand Imam, Fondation), totalement verrouillé par les Frères Musulmans.

L’UFAL dénonce l’inconséquence suicidaire des Pouvoirs publics français : l’installation officielle d’un « soft power » frériste est à terme plus dangereuse que le terrorisme pour notre République laïque et démocratique. Si l’islam, comme toute religion, est compatible avec la République, c’est justement grâce à la loi de séparation. L’islamisme politique, ce cléricalisme qui prétend assujettir la société civile (totalement ou partiellement) à la loi religieuse, n’a pas sa place en France.
 
 
MACRON EXAMINÉ À LA LOUPE – Jean Daspry. Après le film glamour, c’est au tour du film d’épouvante de nous être présenté quotidiennement dans nos lucarnes tant la situation s’est retournée en quelques mois à la faveur de l’affaire Benalla et de la crise interminable des « gilets jaunes » ! Hier, acclamé par des foules en liesse, en transe, Emmanuel Macron est aujourd’hui hué, vilipendé par des foules en colère. Pourquoi une telle versatilité de l’opinion publique à l’égard du plus jeune président de la Cinquième République, du « premier de cordée », du nouveau Moïse marchant sur l’eau, de la réincarnation de Jupiter ? Hier, bienveillante à son endroit, la « Hanounacratie » est aujourd’hui sans pitié pour le Rastignac des temps modernes, monté d’Amiens à Paris pour réformer la France des Gaulois hostiles au changement. Hier, loué pour guérir les écrouelles à l’instar des Rois thaumaturges, aujourd’hui Pinocchio est banni pour aggraver les maux de ses concitoyens (Cf. l’inquiétude du FMI sur la dette française « trop élevée »). Tel est le fabuleux destin d’Emmanuel Macron qui n’est pas parvenu à coiffer sur le poteau le Rassemblement National au soir du 26 mai 2019 en dépit de son implication personnelle dans la dernière ligne droite de la campagne ! Le président dont Donald Trump n’a rien à faire en dépit des gestes de dévotion du début de quinquennat2.

Nous sommes heureux de présenter à nos fidèles lecteurs deux ouvrages particulièrement critiques à l’endroit du chef de l’État en se fondant sur la base d’études traitant de son arrivée au pouvoir (par effraction), de sa manière d’exercer le pouvoir (de manière autoritaire), de sa personnalité (arrogante), de ses multiples réseaux (efficaces pour conquérir le pouvoir mais moins pour l’exercer). Il s’agit du Grand manipulateur de Marc Endeweld3 et de Contre Macron de Juan Branco. En dépit de leur approches différentes mais complémentaires, les deux essayistes nous livrent un portrait glaçant du chef de l’État. Un homme sans scrupules, sans foi ni loi qui se sert, utilise et jette. Un politique kleenex qui n’a aucun sens de l’honneur et qui confond intérêt personnel et intérêt général. Après avoir pris connaissance de ces deux ouvrages, qui remettent les idées en place et en perspective, on comprend mieux pourquoi Emmanuel Macron bénéficie d’une faible côte de popularité (entre 20 et 25%) si on la compare à celle de Donald Trump (45%) en dépit de quelques progressions conjoncturelles. On comprend mieux, au-delà de ce désamour, les raisons de ses multiples échecs, déconvenues tant sur la scène intérieure que sur la scène internationale. Jupiter aurait dû se souvenir que la roche Tarpéienne est proche du Capitole. Il aurait dû également se souvenir de la règle d’airain des médias, celle des trois « L » : lécher, lâcher, lyncher. Les médias pratiquent la versatilité avec maestria. L’idole d’aujourd’hui est souvent la tête de turc de demain (Cf. Carlos Ghosn).

À l’heure du bilan de deux années de présidence d’Emmanuel Macron, il est utile de dépasser la vulgate des cireurs de pompe, perroquets à carte de presse et communicants diffuseurs de bobards (« fake news ») à jet continu sur notre grand homme, notre héros de pacotille. Munis de ces deux viatiques, l’honnête homme pourra se faire une idée plus précise du « gamin que les Français ont mis à l’Élysée », pour reprendre la formule de Luc Ferry. À l’époque de la transparence (la fausse), le président de la République est tombé dans le piège qu’il a lui-même armé, est victime de sa surexposition médiatique. Alors qu’il lui reste encore trois longues années à souffrir en son château du 55 rue du Faubourg Saint-Honoré et qu’il entame l’acte II de son quinquennat, un exercice d’humilité, pour ne pas dire un authentique exercice d’introspection, serait loin d’être inutile si Emmanuel Macron ne veut pas finir comme un certain roi de France dans les années 1789. Pour l’instant, c’est, hélas, loin d’être le cas. Qui sait, un miracle est toujours possible pour le plus grand bien de la France. Un sursaut pour ne pas laisser les diverses crises latentes finir en révolutions violentes. C’est le rôle des intellectuels que de contribuer à la réflexion, à inventer l’avenir. Il est sain qu’ils n’y renoncent pas pour le bien de la démocratie et de l’état de droit.

Nous conseillons donc la lecture de ces deux livres à nos fidèles lecteurs. Un homme averti en vaut deux.

2 Marc Semo, Cédric Pietralunga, Trump et Macron réaffirment le lien transatlantique, Le Monde, 8 juin 2019, p. 3.
3 Marc Endeweld, Le grand manipulateur, Stock, 2019.

2 Juan Branco, Contre Macron, éditions Divergences, 2019.
 
 
PINOCCHIO, LE GRAND MANIPULATEUR – Ali Baba. « Agissant en hypocrite, il avait revêtu le masque de la vertu » (Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray, 1890).

Au moment où Emmanuel Macron célèbre le deuxième anniversaire de son entrée à l’Élysée oint de sa qualité de plus jeune président de la cinquième République, l’heure d’un premier bilan, fut-il provisoire et fragmentaire, est venue. Les rancœurs s’accumulent, les frustrations se cristallisent, les langues se délient, les révélations font florès, l’édifice se fissure lentement mais sûrement. Petit à petit, le portrait impressionniste de notre dynamique quadragénaire apparait plus réel que nature ! Après le conte de fées de notre chef d’État ayant pris le pouvoir après une élection par « effraction », nous avons droit au roman noir d’un homme sans foi ni loi. En comparaison, Machiavel fait figure d’enfant de chœur. Telle pourrait être la substantifique moëlle du récent ouvrage du journaliste d’investigation, Marc Endeweld4. L’homme n’en est pas à son coup d’essai sur le sujet jupitérien. Dès 2015, il avait mis en exergue l’ambiguïté du personnage5. Son diagnostic était aussi pertinent que clairvoyant. L’auteur se livre aujourd’hui à une authentique fresque jupitérienne qui donne l’impression de se trouver en face d’une cour des miracles.

UNE FRESQUE JUPITÉRIENNE

Avec sa dernière production, Marc Endeweld lève un peu plus le voile sur un homme dont la personnalité profonde ne ressemble pas du tout à l’image lisse que nous donne ses proches, ses communicants, ses courtisans, ses thuriféraires. Tout au long d’un récit de 350 pages, nous découvrons – parfois ad nauseam – les méandres d’un parcours conduisant des coulisses du pouvoir à la scène de ce même pouvoir. Emmanuel Macron a pris le temps d’observer de très près le fonctionnement de la machine élyséenne sous François Hollande (en qualité de secrétaire général adjoint de la présidence de la République), du ministère de l’Économie (à Bercy) avant de lancer sa campagne pour évincer son mentor et voler de ses propres ailes vers une victoire par défaut face à Marine Le Pen. Tous les coups sont permis pour faire prospérer sa candidature, pour casser la droite et la gauche, pour s’emparer du pouvoir, pour l’exercer de manière solitaire, verticale… peu démocratique en réalité. Après une préface intitulée Le poison présidentiel, Marc Endeweld nous initie aux coups tordus d’un président peu scrupuleux à travers 14 chapitres dont il n’est pas inutile de rappeler les titres évocateurs s’il en est : Les deux Alexandre ; L’espion du président ; Le spectre de la Sarkozie ; La vice-présidente ; Mécomptes de campagne ; Marche ou crève ; Le retour des Barons, Le Clan de l’Élysée ; Domaines réservés : Afrique connection ; Business entre amis ; Big band de l’énergie ; Médias en stress ; L’heure des comptes.

Il conclut par une postface intitulée Château de cartes. Tout un programme pour celui qui voulait renverser la table, mettre à bas le Monde d’Hier. Pas d’effet de style, rien que des faits objectifs pour alimenter la démonstration froide de l’auteur. Voilà pour la structure générale de l’ouvrage de notre journaliste d’investigation qui remercie l’ensemble de ses interlocuteurs qui ont bien voulu répondre à ses questions, pour la plupart de manière anonyme pour éviter les foudres jupitériennes. C’est que l’homme est rancunier !

LA COUR DES MIRACLES

À découvrir chacune des descriptions de Marc Endeweld, on se demande si l’on est au cœur du réacteur qui a pour nom République Française ou bien dans un mauvais remake du Parrain ou du Clan des siciliens tant les méthodes de gouvernance de l’État d’Emmanuel Macron (fondées sur « le secret et le cloisonnement ») et de management de ses équipes (fondées sur l’épuisement de ses équipes proches du « burn out » ou syndrome d’épuisement professionnel) sont fort peu orthodoxes. Nous n’allons pas dévoiler les secrets de cet ouvrage indispensable pour comprendre la Macronie, ses dérives, ses bassesses, ses coups tordus… indigne d’un haut fonctionnaire, formé à l’ENA et sorti dans la botte, en raison de son classement en fin de scolarité, à savoir dans l’un de ces trois grands corps qu’est la prestigieuses Inspection des Finances. Quelques citations sélectionnées en disent plus que de longs développements :

L’utilisation optimale des réseaux : « Lobbies en tout genre, agents d’influence, communicants, rois, ‘intermédiaires’, barons locaux, et même loges franc-maçonnes. Tous ont proposé leurs services à un moment ou à un autre. Macron les a utilisés et souvent manipulés. Dans ce réseautage tous azimuts, Brigitte macron a joué un rôle central, notamment vis-à-vis de la droite » (p. 10). « Macron fait le plein : gays craignant un retour de la droite conservatrice, décideurs de la « nouvelle économie » et peu réceptifs aux thèses droitières de François Fillon, notables socialistes de province effrayés par Jean-Luc Mélenchon, cathos plus ou moins progressistes, francs-maçons qui agitent le chiffon rouge de l’extrême droite… Tous se mettent en marche, séduits par la campagne ‘participative’ et ‘horizontale’ de Macron. Bien peu écoutent les discours dans lesquels le candidat annonce pourtant de grands bouleversements pour un modèle social français qu’il exècre » (pp. 148-149).

La gouvernance kleenex et autoritaire. « Le jeune président, que certains courtisans comparent à Bonaparte, estime qu’il ne doit rien à personne, si ce n’est à sa bonne étoile. Il le fait comprendre dès ses premiers jours au Château » (p. 183). « À l’heure des réseaux sociaux, c’est le triomphe des liens faibles. Il séduit, utilise et jette. Sans états d’âme… Macron est devenu amnésique » (p. 184). « Dès les premiers mois de son mandat, macron inaugure donc une hyperprésidence dans laquelle les ministres n’ont pas leur mot à dire. Dans les réunions, il peut parfois les humilier, ou les contourner. Il n’hésite pas aussi à convoquer à l’Élysée les directeurs d’administration. Au gouvernement, aucune tête ne doit dépasser » (p. 190). « Macron exige toujours des autres une ‘sincérité’ qu’il n’a pas, puisque sa seule boussole est le rapport de force » (p. 220). « À l’époque, la guerre entre les ‘gardes du cardinal’ Kohler et les ‘mousquetaires’ de Brigitte Macron fait rage » (p. 332). « … l’affaire Benalla, et de ce que celle-ci révèle de sa pratique du pouvoir fondée sur un secret excessif, les zones d’ombre, l’autoritarisme, la méfiance à l’égard des contre-pouvoirs » (p. 344).

Le choix entre Napoléon Bonaparte et Sarkozy. Que dire de plus pour croquer le personnage que cette citation : « À l’Élysée même au cœur de l’été, un membre du cabinet ose : ‘on pensait avoir un Napoléon Bonaparte, on a un Sarko multiplié par mille !’ » (p. 325).

La conception spéciale de l’intérêt général. Plus grave encore que tout ce qui précède : « Ce jeune président qui promeut le va-et-vient entre public et privé, entre haute fonction publique et grandes multinationales, semble particulièrement ambivalent quant à la notion d’intérêt général. Derrière les belles paroles et les beaux discours, de nombreuses décisions sont prises uniquement en fonction des intérêts de lobbys, ou de considérations proprement politiciennes » (pp. 347-348).

« La Macronie, c’est le bal des frustrés » déclare un socialiste. L’on pourrait ajouter que c’est le bal des cocus, de tous ceux qui avaient fait confiance au grand homme, au candidat « disruptif » en toute bonne foi et qu’ils traitent par le plus grand des mépris. C’est que l’affaire Benalla et la crise des gilets jaunes sont passés par là. « En cas d’échec, le château de cartes qui lui a permis d’accéder à la plus haute marche pourrait bien s’écrouler : ‘Macron est une illusion, estime un des déçus du macronisme. Le jour où il n’est plus au pouvoir, il n’a plus aucun réseau » (ultime page de l’ouvrage).

Il va sans dire, mais que cela va mieux en le disant que nous conseillons vivement à nos fidèles lecteurs la découverte du Grand manipulateur pour se faire une idée plus précise de celui qui a sollicité leurs suffrages le 26 mai prochain par le truchement de la liste Renaissance conduite par la gaffeuse Nathalie Loiseau. Ils découvriront, ce qui est désormais une évidence, hormis pour les aveugles et les sourds, Emmanuel Macron-Pinocchio.

4 Marc Endeweld, Le grand manipulateur. Les réseaux secrets de Macron, Stock, 2019.
5 Marc Endeweld, L’ambigu Monsieur Macron, Flammarion, 2015.
 
 
MACRON, LE NÉANT ET L’ESBROUFFE ! Ali baba. Deux ans après sa prise de fonction à la présidence de la République, les portraits de Jupiter se multiplient qu’il s’agisse d’authentiques hagiographies ou de purs pamphlets. Dans la seconde catégorie, il convient de ranger l’ouvrage de Juan Branco intitulé « Contre Macron »6. Le ton est donné dès le titre. L’auteur ne ménage pas ses flèches, ses piques contre le plus jeune président de la Cinquième République. L’homme ne trouve pas grâce à ses yeux tout au long des 140 pages de son pamphlet divisé en trois parties : L’apparent, Le symbolique et Le détenteur. Le plus souvent à juste titres au regard des dérives de la Macronarchie. Si la première partie de ce livre nous permet de découvrir une juste description du personnage Macron, la seconde pèche par une incompréhensible approche du sujet tant le verbeux et le charabia tiennent le haut du pavé.

UNE JUSTE DESCRIPTION DU PERSONNAGE

Difficile de résumer en quelques lignes le portrait d’Emmanuel Macron parfaitement ciselé par Juan Branco tant la personnalité du chef de l’État est aussi complexe que simple si l’on veut bien s’en tenir à quelques traits caractéristiques ! C’est pourquoi, nous reprendrons quelques termes qui nous paraissent résumer aussi bien la pensée de l’auteur que la psychologie du président de la République. En dépit de leur côté disparate, ils permettent de donner une idée assez précise de celui qui a pour ambition de faire passer la France de l’ancien monde au nouveau monde. Citons les plus marquants de notre point de vue : « un autoritaire infantile », « un roitelet sidéré par l’expression de sa bassesse, de sa banalité », « un destin d’apparence », « un narcissisme débridé », « la jouissance de la transgression la plus primaire », « incapable d’autre chose que de s’affirmer par son creux », « se contentant de la répétition de l’écrasement pour affirmer son soi », « l’impression lancinante d’un manque de substance », « sa parole et sa pensée manquent de densité, de personnalité », « le ridicule ne pourra que croître avec le temps », « bénéficiant d’une présomption de savoir-faire et de hauteur soigneusement rapportée et magnifiée par des médias lui offrant la patine de visibilité nécessaire à son émergence dans l’espace public », « dans ces ascenseurs de honte et de fulgurance », « le goût du banal et de la vacuité », « une machine condamnée à l’épuisement », « tu n’as été, n’es et ne resteras ce néant que tu n’as cessé de creuser », « Solitaire, insigne et putride vacuité », « l’importance de l’écart entre notre fiction politique et sa réalité »… nous ferons une place à part à cette citation de Juan Branco :

« Il n’est nul besoin de solliciter Molière pour rappeler qu’aux scintillements de l’inexistence succèdent inévitablement les éclats noirs de la damnation ».

À méditer par Pinocchio et toute sa clique à l’heure des « vents mauvais ». Qu’ajouter de plus ? Cela nous change des portraits à la gloire de Kim Jong-Macron brossés par ses thuriféraires et perroquets à carte de presse aplaventristes à longueur d’année. À la faveur des élections au Parlement européen, les choses vont peut-être évoluer. Ceci étant dit, toute médaille a son revers. Et, le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas très engageant, y compris en y mettant toute la meilleure volonté du monde.

UNE INCOMPRÉHENSIBLE APPROCHE DU SUJET

La seule présentation de cet ouvrage, très critique au demeurant, que nous avons trouvée est celle du site mediapart7. Elle rejoint en grande partie nos propres réflexions sur la présentation de Juan Branco. Pour être franc, si nous avons trouvé plaisir à découvrir introduction et première partie de ce livre, nous nous sommes profondément ennuyés à la lecture de la deuxième et de la troisième. Peut-être en raison de nos connaissances limitées de la philosophie et de la sociologie, nous ne sommes pas certains d’avoir bien compris le charabia de l’auteur. De longues tirades verbeuses et fumeuses nuisent à la crédibilité de la démonstration qui ne manque pourtant pas de pertinence. Parmi tant d’autres, nous avons choisi arbitrairement cette citation :

« Il n’est guère besoin de rendre explicite l’archaïsme et l’irrationnel qui jonchent, d’un point de vue objectivant, les sous-évènements procéduraux nourrissants ces ‘campagnes’, de meetings en ductilités éphémères lors de déplacements ritualisés, en passant par la constitution d’allégeances et d’inféodations diverses, de confrontations discursives et parfois qui effraieraient tout étranger absolu à cette modalité d’organisation du politique ».

Comme dirait Nicolas Boileau, ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement. Or, nous en sommes loin tant la recherche de la forme tue la substance. En dernière analyse, et pour reprendre la célèbre formule de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant ».

« L’époque adhère, l’histoire balaie » (p. 18). Quelle meilleure conclusion en quatre mots que celle de Juan Branco sur l’avenir d’Emmanuel Macron ! Il ne faut pas oublier que la Roche Tarpéienne est proche du Capitole. Le président de la République devrait s’en souvenir dans ces temps de contestation de son pouvoir tant sur la scène intérieure (crise des « gilets jaunes ») que sur la scène intérieure (crise de la relation franco-allemande). Un réel exercice d’introspection serait des plus salutaires pour la bonne santé de Jupiter-Pinocchio et le plus grand bien de la patrie. En dépit de ses inévitables défauts énoncés plus hauts, la lecture – parfois fastidieuse – de l’ouvrage de Juan Branco nous éclaire un peu plus sur les deux mamelles de la Macronarchie que sont le néant et l’esbrouffe !

6 Juan Branco, Contre Macron, éditions Divergences, 2019.
7 Joseph Confavreux, Crépuscule : Juan Branco découvre la lune, www.mediapart.fr , 25 avril 2019.
 
 
MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE. Ô MINISTRES INTÈGRES, CONSEILLERS VERTUEUX… Jean Daspry. « L’homme de qualité exige tout de soi. C’est un souverain. L’homme sans qualité exige toute des autres. C’est un despote » (Louis Pauwels, L’apprentissage de la sérénité). Reconnaissons à notre président de la République de multiples qualités ! La principale étant d’avoir voulu s’attaquer aux dérives de l’Ancien monde afin de faire entrer la France dans une ère nouvelle. Notre Machiavel funambule a décidé, une bonne fois pour toutes, d’en finir avec l’immoralité de ses prédécesseurs et de leurs acolytes. Au diable les carabistouilles, les petits arrangements entre amis, les renvois d’ascenseur, les coups de canifs à la morale, à la déontologie, à l’éthique républicaine, le népotisme, le favoritisme…. Malheureusement en France, il existe souvent un gouffre entre la vertu indéniable de la norme et le vice certain de la pratique. Nous en avons désormais un nouvel et énième exemple avec la mal nommée transparence de la vie publique, transparence qui se rapproche furieusement de l’opacité.

DE LA VERTU INDÉNIABLE DE LA NORME

Dès l’automne 2017, deux lois sont adoptées par le Parlement français (Assemblée nationale et Sénat). Leur objectif est simple : marquer un grand coup en moralisant, une bonne fois pour toutes, la vie publique pour rétablir la confiance passablement écornée entre les dirigeants politiques, la haute fonction publique, d’une part et les citoyens, de l’autre. La France éternelle pense qu’il suffit d’une belle loi pour effacer d’un trait de plume les turpitudes du passé. Une sorte d’inflation normative pour guérir tous les maux de la « Grande Nation ». Ainsi, par un coup de baguette jupitérienne, la France passe, dès le début du quinquennat de Pinocchio, du statut peu enviable de République bananière à celui très envié de République exemplaire. Les démocraties nordiques, qui passent pour des parangons de vertu en la matière, peuvent désormais se rhabiller. À la manière de Delacroix, la France guidera les peuples sur les chemins de la rédemption démocratique ! Les peuples déviants n’ont qu’à bien se tenir. Le Gaulois veille au grain, prêt à dénoncer devant la Cour de la conscience universelle (CCU), qui aura son siège à Lutèce (du côté du Palais-Royal près du Conseil constitutionnel et du Conseil d’État), les pécheurs et autres impies et apostats. Le Gaulois y tiendra le rôle de procureur, de Fouquier-Tinville toujours prêt à faire tomber les têtes de malotrus et autres escrocs à la République, à la démocratie, à l’état de droit et à la corruption.

Une fois encore, dans une approche manichéenne de la France éternelle propre à la Macronie, il y aura les bons et les mauvais, les gentils et les méchants. Les seconds n’ont qu’à bien se tenir tant les seconds leur mèneront la vie dure. Dans cet exercice de catharsis collective, la République en godillots et en Majesté veille au respect scrupuleux des écritures saintes, des Tables de la Loi exhibées en étendard par le nouveau Moïse du XXIe siècle. Désormais, aucun écart n’est toléré, permis par le tribunal de l’Inquisition macronien. L’amoralisme est considéré comme un péché mortel qui vaut à son auteur les foudres de Jupiter, de ses saints et de ses éliacins. La France s’épargnera les pantalonnades Tapie, Bakany, Cahuzac, bientôt Fillon et Sarkozy, qui la discréditent durablement sur la scène européenne et internationale.

DU VICE CERTAIN DE LA PRATIQUE

Qu’apprenons-nous, hasard du calendrier (très peu après le scrutin européen !) de la très sérieuse HATVP pour les connaisseurs, Haute autorité de la transparence de la vie publique pour les ploucs, sorte de Comité Théodule présidé dirigé par l’ancien magistrat (procureur général honoraire près la Cour de cassation), Jean-Louis Nadal qui ne manque pas du sens de l’humour, ou du moins d’un sens aigu de la courtisanerie8 ? Rappelons, pour ceux qui ne le sauraient pas encore, que la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique est une autorité administrative indépendante française créée par la loi relative à la transparence de la vie publique du 11 octobre 2013 en remplacement de la Commission pour la transparence financière de la vie politique. Comme dirait notre ex-président de la République, c’est du sérieux ! Le rapport d’activité 2018 de la HATVP suggère deux remarques.

La première concerne son calendrier de sortie. Ce rapport accablant pour le gouvernement, personne n’a voulu en faire la moindre publicité. Daté du 23 mai, soit le jeudi précédant les élections européennes, il est totalement passé inaperçu au moment de sa mise en ligne. Et il a fallu que Le Canard enchaîné en révèle l’existence, au lendemain du scrutin, pour qu’il commence à alimenter une controverse publique. Cela ressemble à s’y méprendre à une carambouille jupitérienne. Imaginez un seul instant que l’opposition ait pu s’en servir dans la dernière ligne droite de la campagne ! Cela aurait pu faire quelques précieux points en moins pour la liste Renaissance (du monde d’hier) de Nathalie Loiseau de mauvais augure.

La seconde, plus sérieuse encore, concerne sa substance même. En effet, c’est surtout le contenu même de ce rapport qui retient l’attention, tant il révèle que les membres de ce gouvernement prennent des libertés avec des règles éthiques qu’ils devraient veiller de la manière la plus méticuleuse qui soit à respecter. Pour faire court, que peut-on en retenir ? « Sur les 35 dossiers clôturés, 21 ont donné lieu à des rectifications », écrit pudiquement de sa blanche plume Jean-Louis Nadal ! Si 21 ministres sur 35 ont fait l’objet de « rectifications » – qu’en des termes pudiques, ces choses-là sont dites ! –, on arrive bien à ce taux invraisemblable de 60 % de ministres ou secrétaires d’État ayant fait l’objet d’un redressement. On observera, au passage, que la Haute Autorité de la transparence de la vie publique ne mérite qu’à moitié son nom et qu’elle a, en termes de transparence, encore beaucoup de progrès à faire. Car en matière fiscale, on peut légitimement estimer que les ministres devraient être tenus à un comportement exemplaire, sauf à ce que leurs noms soient livrés sur la place publique. Or dans le cas présent, la HATVP ne livre aucun nom. L’on ne connaît pas non plus l’importance des sous-déclarations effectuées. Tant et si bien que l’information continue de passer globalement inaperçue alors qu’en d’autres pays, plus attachés à l’éthique publique, elle aurait fait les gros titres des médias écrits et audiovisuels. En clair, non seulement le nombre de ministres et de secrétaires d’État qui ont fait l’objet d’un redressement est très élevé, mais le redressement moyen (11 930 euros pénalités comprises) l’est tout autant. Et le fait qu’un seul ministre n’ait pas pu arguer de sa bonne foi – en fait, qu’il ait commis sciemment une sous-déclaration – n’est évidemment pas de nature à faire taire la polémique9.. Ceci se passe de commentaires…

Le siècle jupitérien des Lumières10 se dévoile mois après mois, jour après jour. En fait de Lumières, ce serait plutôt du genre Ténèbres, une sorte d’enfer pavé de bonnes intentions. En de nombreuses démocraties, plus solides que la nôtre et cultivant moins l’opacité (nous pensons en priorité à celles du nord de l’Europe), cette affaire serait mise sur la place publique dans ses moindres détails. Pour que tous les citoyens puissent juger par eux-mêmes de la vertu de ceux qui les gouvernent… Dans certains pays, notamment les pays scandinaves, un ministre qui se trompe de poche et prélève 10 à 20 euros d’argent public pour payer un taxi pour un déplacement personnel, s’expose au risque, si l’affaire s’ébruite, que sa carrière publique s’arrête sur-le-champ. Voici une dizaine d’années, le scandale des notes de frais a aussi valu leur poste à une ribambelle de ministres britanniques.

Quelle meilleure morale de cette fable de mauvais goût que celle de Ruy Blas de Victor Hugo dont les Français redécouvrent la clairvoyance avec Notre-Dame de Paris (1831) !

« RUY BLAS, survenant.

Bon appétit ! messieurs ! –

Tous se retournent. Silence de surprise et d’inquiétude, Ruy Blas se couvre,

croise les bras, et poursuit en les regardant en face.

O ministres intègres !

Conseillers vertueux ! voilà votre façon

De servir, serviteurs qui pillez la maison !

Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,

L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !

Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts

Que d’emplir votre poche et vous enfuir après !

Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,

Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe ! […] ».

Au titre des conseillers vertueux, citons celui de l’inoxydable conseiller spécial de Jean-Yves le Drian qui a pour nom Jean-Claude Mallet. Il s’agit d’un conseiller d’État fantôme pour ce qui est de sa présence au sein du Palais-Royal mais moins en ce qui concerne les mirifiques avantages que lui sert sa Maison de Tolérance qui se nomme Conseil d’État. À la veille de son départ pour d’autres aventures chez Total11. Que nous dit le JORF en termes abscons pour le commun des mortels ?

« Par arrêté du Premier ministre en date du 31 mai 2019, il est mis fin à la mise à disposition du ministre de l’Europe et des affaires étrangères de M. Jean-Claude MALLET, conseiller d’Etat, à compter du 1er juin 2019. M. Jean-Claude MALLET, conseiller d’Etat, est placé dans la position de disponibilité en application des dispositions du b de l’article 44 du décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 modifié relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l’Etat, à la mise à disposition, à l’intégration et à la cessation définitive de fonctions, pour la période du 1er juin 2019 au 25 mars 2022 »12.

Mais, Dieu soit loué, il n’est pas le seul à faire fructifier son carnet d’adresses en se vendant, tel un vulgaire mercenaire au Dieu privé. Comme nous l’avions annoncé précédemment, à 66 ans, l’ancien ambassadeur de France aux États-Unis Gérard Araud, retraité de ces fonctions depuis avril dernier, prend la direction du privé après trente-sept ans passés dans la diplomatie française. Cet ambassadeur de France doit en effet prendre la vice-présidence de l’agence de communication Richard Attias & Associates, du nom du publicitaire, ancien de Publicis et marié à l’ex-femme de Nicolas Sarkozy Cécilia, Richard Attias. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Gérard Araud, polytechnicien passé par Sciences Po Paris et l’ENA (promotion Henri-François d’Aguesseau), a démarré sa carrière à l’ambassade de France de Tel-Aviv, en Israël, en 1982, comme deuxième puis premier secrétaire. Il a notamment ensuite été conseiller pour les affaires diplomatiques et internationales au cabinet de François Léotard, alors ministre de la Défense, entre 1993 et 1995, puis représentant permanent adjoint de la France auprès du Conseil de l’Atlantique Nord (organe de décision politique de l’Otan) à Bruxelles, pendant cinq ans. En 2000, Gérard Araud a rejoint l’administration centrale du Quai d’Orsay, où il a dirigé les affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement au sein de la direction générale des affaires politique et de sécurité. Une direction générale dont il a pris la tête en 2006 après avoir occupé pour la première fois un poste d’ambassadeur de France, en Israël, à partir de 2003. En 2009, ce désormais ex-diplomate a été nommé à l’un des postes les plus prisés de la diplomatie française : ambassadeur, représentant permanent de la France au Conseil de sécurité et chef de la mission permanente française à l’ONU, à New York. Un poste qu’il a occupé jusqu’à sa nomination en tant qu’ambassadeur de France aux États-Unis, en 201413.

Dieu soit loué, Emmanuel Macron peut nous faire passer tous les bobards qu’il souhaite par le truchement de sa nouvelle porte-parole, Sibeth Ndiaye, qui pratique « la langue de bois et les paroles cash » 14. Soyons sérieux un instant. Le Rassemblement national a encore de beaux jours devant lui ! Il lui suffit de prendre connaissance du JORF et des bonnes feuilles accessibles à tout un chacun. Il y trouvera matière à réflexion. En définitive, tout change pour que rien ne change…

8 Anne Michel (propos recueillis par), Jean-Louis Nadal : « Les responsables publics se plient de mieux en mieux à la transparence », Le Monde, 14 mai 2019, p. 15.
9 Laurent Mauduit, Redressements fiscaux : Macron, ses ministres et la morale publique, www.mediapart.fr , 31 mai 2019.
10 Natacha Polony, Le combat pour les Lumières, Marianne, 31 mai-6 juin 2019, p. 54.
11 Nathalie Guibert/Marc Semo/Nabil Wakim, Total débauche l’ex-conseiller spécial de Jean-Yves Le Drian, Économie & Entreprise, 24 mai 2018, p. 18.
12 Arrêté du 31 mai 2019 portant fin de mise à disposition et placement dans la position de disponibilité (Conseil d’État), JORF n° 0126 du 1er juin 2019, texte n° 105.
13 Émilie Coste, Gérard Araud en partance pour le privé, www.acteurspublics.com , 3 juin 2019.
14 Raphaëlle Bacqué, Langue de bois et paroles cash, M. Le magazine du Monde, 8 juin 2019, pp. 51 à 57.
 
 
DERNIERS RAGOTS DU QUAI DES BRUMES – Jean Daspry. Pour être en mesure de porter un jugement le plus objectif qui soit sur les succès et les échecs de la diplomatie française sous l’ère du duo Macron/Jean-Yves Le Drian, il importe de soulever le capot pour savoir ce qui se passe réellement dans le moteur qui tourne 24 heures sur 24 au lieu-dit 37 Quai d’Orsay au cœur du beau Paris. Comme souvent, nous y trouvons des choses fort intéressantes qui éclairent d’une lumière crue le fonctionnement de la mécanique internationale française.

Alors que nous apprenons de la part des aboyeurs de la Macronie que nous sommes passés à l’acte II du quinquennat, nous découvrons que l’équipe de choc du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères vient de subir un sérieux lifting. Nous voulons parler du cabinet ministériel. Contrairement à ce que quelques ignares de la pratique française pourraient penser, il ne s’agit pas des lieux d’aisance de notre Breton armé, Jean-Yves Le Chouchen. Il s’agit de sa garde prétorienne, ses conseillers les plus proches, sorte de garde prétorienne diplomatique. Il s’agit du cœur du réacteur nucléaire, celui où se trame les décisions les plus importantes que prend le titulaire du bureau de Vergennes. Un groupe de petits marquis et petites marquises éclairent le ministre, lui préparent sa com’, le conseillent, du moins en principe. L’expérience montre que les conseillers et les conseillères de notre auguste personnage sont plus des courtisans serviles que des passeurs d’idées indépendants. Il est vrai qu’un passage par un cabinet constitue un coup d’accélérateur pour sa propre Carrière en termes de promotion (avant les petits copains), en termes d’affectation (un poste d’encadrement à la centrale ou de chef de poste diplomatique ou consulaire à l’étranger), en termes de décoration (le bleue ou la rouge que l’on excipe fièrement à la boutonnière). Sans parler des généreuses primes alloués à ces messieurs et à ces dames ainsi que d’autres avantages non négligeables. Or, notre ami Jean-Yves Le Drian perd coup sur coup son conseiller spécial, Jean-Claude Mallet qui va vendre sa science immense chez Total, son directeur de Cabinet, Emmanuel Bonne qui va désormais diriger la cellule peu diplomatique du président de la République. Il est remplacé à son poste par le très dédaigneux énarque néocon philosophe ex-membre du cabinet Le Drian à la Défense. On prend les mêmes et on recommence. Une fois encore, la lecture du très sérieux Journal Officiel de la République française (JORF) nous apprend que le reste du cabinet vient d’être renouvelé comme pour marquer le début d’une nouvelle ère diplomatique le drianesque. Qu’en est-il au juste ? Comme toujours, il faut s’en tenir à la teneur exacte et précise des textes sacrés.

Début de citation :

Le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Vu le décret n° 2017-1063 du 18 mai 2017 relatif aux cabinets ministériels ; Vu le décret n° 2017-1098 du 14 juin 2017 relatif aux collaborateurs du Président de la République et des membres du Gouvernement ; Vu le décret du 19 juin 2017 portant nomination du Premier ministre ; Vu le décret du 21 juin 2017 relatif à la composition du Gouvernement, Arrête :

Article 1

Sont nommés au cabinet du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, à compter du 3 juin 2019 :

M. Emmanuel PUISAIS-JAUVIN, directeur adjoint de cabinet. Mme Camille PETIT, conseillère Asie, affaires juridiques et consulaires. Mme Margaux BERGEON-DARS, conseillère Europe continentale, Nations unies et organisations internationales.

M. Simond de GALBERT, conseiller affaires stratégiques, Amériques.

Article 2

Le présent arrêté sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait le 29 mai 2019.

Jean-Yves Le Drian »15.

Fin de citation

Le 7 juin 2019, nous apprenons par le site Acteurs publics que cette « Dream Team » serait complétée par un brillant énarque qui occupera les fonctions de conseiller Afrique du nord/Moyen-Orient qui a pour nom Samer Melki.

Vous l’aurez compris, c’est du sang neuf qui est injecté dans le moteur de la diplomatie française en ce printemps 2019. Que des jeunes gens et jeunes filles bien né(es) et bien formé(e)s qui vont permettre de la sortir de l’ornière dans laquelle elle se trouve et dans laquelle les incompétents qui sévissaient jusqu’à ce jour sur les bords de la Seine l’y ont plongé. Cela va secouer et cela va se remarquer dans les chancelleries étrangères ! Il faudra compter sur le Quai d’Orsay sur l’échiquier international à l’avenir. Des noms qu’il vous faut retenir à l’avenir !

Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule. Comme nos lecteurs fidèles ne sont pas sans le savoir, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères est une Maison très tolérante, pour ne pas oser le terme grossier de Maison de Tolérance. Que nous dit la dernière livraison du volatil ? Le titre est tout un programme : « Macron : pour les copains, c’est souvent au Quai ! ».

Début de citation

« Sur le papier, la nomination d’une jeune ambassadrice au poste de secrétaire générale de la conférence mondiale de l’Organisation des Nations unies sur les femmes était séduisante. Le Quai d’Orsay, qui s’est maintes fois fait taper sur les doigts en raison de sa réticence à nommer des femmes à des postes responsabilités, avait l’occasion de calmer les critiques. Sauf que, chez les diplomates, le profil de la promue fait jaser.

Delphine O – c’est son nom – devient à 33 ans la plus jeune ambassadrice de la Ve République, en dépit d’un pedigree plutôt mince. Au cours de sa brève carrière, la jeune femme a occupé un seul poste à l’étranger : chargé des discours au consulat général de France à new York. En revanche, jusqu’en avril, elle siégeait à l’Assemblée nationale en tant que suppléante. En Marche ! de l’ancien secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi, remplacé depuis à ce portefeuille par … Cédric O, frère de la diplomate. Le monde est petit.

Diplomatie du karaté

Cette promo express agace d’autant plus au Quai qu’elle intervient après d’autres nominations, un brin politiques, imposées par le Château. En décembre, Yann Wehrling, illustrateur de formation, sans expérience internationale (en 2017, il suivait une formation d’anglais financée par le conseil régional d’Ile-de-France), en a profité. Cet ancien secrétaire national des Verts, puis secrétaire général du MoDem – le parti allié de Macron -, a été propulsé ambassadeur délégué à l’environnement. Autre ascension diplomatique, celle de Pascal Cagni, ancien haut cadre d’Apple. Celui qui fut l’un des premiers convives des dîners de levée de fonds du candidat Macron a été nommé, dès septembre 2017, ambassadeur délégué… aux investissements internationaux. En mai dernier, enfin, Laurence Fischer, ex-championne du monde de karaté et membre de plusieurs missions humanitaires, qui avait appelé à voter pour le futur président, est devenue ambassadrice pour le sport.

En marche ! un moteur à piston ?  »16.

Fin de citation

Tout ceci n’enlève rien aux qualités intellectuelles de Delphine O., passée par l’école normale supérieure et par Harvard mais ne change rien aux conditions « anormales » (d’un point de vue éthique) de sa nomination à ce poste d’ambassadrice thématique.

Cerise sur le gâteau, le « Gay d’Orsay » est à l’honneur. Nous apprenons qu’un diplomate français (anonyme) aurait été, parmi d’autres, victime de gestes déplacés de la part du nonce apostolique à Paris, Mgr Luigi Ventura17. Vaste sujet si l’on connait les histoires scabreuses sur le sujet qui sont connues de tous dans les couloirs du Quai d’Orsay et qui sont soigneusement cachées sous les tapis et moquettes de la Maison des Bords de Seine. Deux ouvrages bien documentés sur la question ont été rédigées par deux journalistes au cours des dernières années. Ils n’ont donné lieu à aucune sanction administrative ou poursuites pénales.

C’est bien connu, la valeur n’attend pas le nombre des années et les copains d’abord sont les mantras de la République exemplaire de Jupiter-Pinocchio en dépit des superbes lois sur la moralisation de la vie publique adoptées en septembre 2017. Tout ceci n’est que poudre aux yeux et enfumage médiatique. Les « gilets jaunes » ont compris depuis longtemps qu’il existe un fossé entre les paroles et les actes dans l’Hexagone18. Voici tout ce qui découle des derniers ragots du Quai des brumes.

15 Arrêté du 29 mai 2019 portant nomination au cabinet du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, JORF n° 0129 du 5 juin 2019, texte n° 32.
16 C.L., Macron : pour les copains, c’est souvent au Quai !, Le Canard enchaîné, 5 juin 2019, p. 3.
17 Cécile Chambraud/Ariane Chemin, Le nonce apostolique confronté à ses accusateurs, Le Monde, 8 juin 2019, p. 10.
18 Denis Maillard, Une colère française, Le Monde, Idées, 8 juin 2019, p. 29.
 
 
LE 75ème ANNIVERSAIRE DU DEBARQUEMENT : DENI HISTORIQUE, DENI DIPLOMATIQUE ET STRATEGIQUE – Jacques Myard, 8 juin. Nous avons tous vécu le 6 Juin les célébrations du 75ème anniversaire du débarquement en Normandie avec une très grande émotion.

La présence de nombreux vétérans, l’un des derniers du commando Kieffer, avec ceux des forces spéciales britanniques et américaines, salués et honorés par les Présidents français, américain, la première ministre britannique et le premier ministre canadien, en présence de la chancelière allemande a donné un relief particulier à la célébration du 75ème anniversaire du débarquement qui a permis de libérer la France et abattre le III ème Reich.

Toutefois il ne faut pas oublier que la victoire totale sur Hitler revient largement aussi aux armées russes – alors soviétiques – et aux sacrifices du peuple russe qui déplore 27 millions de morts.

Les Russes ont véritablement cassé la Wehrmacht dans des batailles de chars sur front de l’Est, lesquels détruits n’ont jamais rejoint le front de l’Ouest…

Dans ces conditions célébrer le débarquement en présence de la Chancelière d’Allemagne mais sans avoir invité le président russe Vladimir Poutine, ce n’est pas seulement nier la réalité historique et un déni des sacrifices du peuple russe, c’est bien davantage :

C’est tout simplement une faute diplomatique et géostratégique, il ne s’agit pas de minimiser les différents que certains pays européens peuvent avoir avec Moscou.

Mais au-delà de toutes les tensions actuelles, la Russie appartient à l’équilibre européen, elle est une puissance incontournable pour la France, n’en déplaise au président Trump et ses serviles vassaux européens.

Il est urgent que la France retrouve son indépendance et le sens de ses intérêts économiques, culturels, diplomatiques et géostratégiques.

Il n’y a de politique étrangère que dans une vision à long terme

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