Observatoire Géostratégique

numéro 260 / 9 décembre 2019

ORIENT-ATIONS 239

JACQUES-MARIE BOURGET NOUS DIT (1) : « FRANCOIS DE RUGY VICTIME DU MOLLAH HOMARD ! ». Il est surprenant que nos analystes politiques, eux qui font l’honneur de la presse comme le « Cellofrais » plaqué sur la barquette de saucisses de Toulouse, n’aient pas correctement expliqué les désarrois de l’élève Rugy. Alors que l’exemplaire ministre de l’écologie -c’est-à-dire un traitre par Nature- est simplement victime de l’islamisme, le terrible mal qui court. Victime d’un djihad lancé par Plenel et son « Médiapart ». On oublie trop qu’Edwy, qui voulait naguère « construire une maison commune » avec Tariq Ramadan, est un supporteur des Frères Musulmans. Lui-même étant, à sa façon, une sorte de Mollah Omar version piéton, il était logique qu’il volât au secours de ses amis crustacés, victimes de la marmite de Lassay.

Pour affirmer mon propos je vais me référer au maître en la matière : Alexandre Vialatte, l’écrivain qui, sans l’avoir autorisé, a accouché de Desproges. Vialatte a publié un formidable « Eloge du homard et autres insectes utiles ». Traducteur de Kafka et journaliste à « La Montagne », le quotidien de Clermont-Ferrand, Alexandre le magnifique a parlé du homard avec des mots qu’aucune langouste n’aurait su trouver :

« Le homard est un animal paisible qui devient d’un beau rouge à la cuisson. Il demande à être plongé vivant dans l’eau bouillante. Il l’exige même, d’après les livres de cuisine. La vérité est plus nuancée… le homard n’aspire à la cuisson que comme le chrétien au ciel, mais le plus tard possible. Précisons de plus que le homard n’aboie pas et qu’il a l’expérience des abîmes de la mer, ce qui le rend très supérieur au chien et décidait Nerval à le promener en laisse dans les jardins du Palais Royal ». Vous voyez que nous sommes dans la plus haute éthologie, art à ne pas confondre avec l’éthylisme. Même si son avantage est de faire voir double.

Trop jeune, et visiblement peu instruit de « l’Affaire Greenpeace », François de Rugy ignore qu’outre sa Carte de Presse, Plenel est le seul journaliste français à posséder un « Permis de chasser le ministre ». Si un titulaire de maroquin déplait, surtout les siens, Plenel reçoit en Colissimo la bouteille de poison. Cette fois de homard. Y’a plus qu’à verser.

Ne croyez pas que j’ai la plus petite pitié pour Rugy, guignol devenu fils de Caligula mais, en tant qu’ancien grand reporter au « Chasseur Français », permettez-moi de démonter le dernier coup de fusil d’Edwy. Il a commencé avais-je écrit, avec le scandale du Rainbow Warrior. Pendant des jours, au moment du scandale en juillet et août 1985, le Tintin du Monde n’a écrit que des sottises, dans mensonges pour épargner l’Elysée. Puis soudain, on lui a soufflé un scénario, la révélation d’une « Troisième équipe », des barbouzes présents à Auckland dans le port où a coulé le bateau écolo (Déjà des écolos !). Ce vrai faux secret était le moyen de flinguer Charles Hernu, ministre des Armées. Et le frère barbu de Villeurbanne a démissionné. La mort politique de Jérôme Cahuzac, qui ne me fait pas chagrin, c’est aussi Edwy et le trophée du menteur « les yeux dans les yeux » figure maintenant au-dessus de cosy corner du patron de Médiapart.

Décryptons donc comme le fait si bien Jean-Michel Apathie, l’un des invités de François de Rugy. Car le scoop de « Médiapart » entend nous convaincre d’une information incroyable : l’indépendant -et pas paysan- Jean-Mimi se serait laissé aller à partager la soupe d’un politique ! Je tombe de l’échelle de Richter. Que va-t-il nous rester pour dire le vrai si Apathie participe aux festins des maîtres ? Je suis très déçu. Question ? Qui veut aujourd’hui la peau de celui qui a autorisé la chasse à la glue et autres barbaries ? Sûrement un ami, un collègue de gouvernement ? Un néo-Benalla agissant sur ordre du Palais ? Découvrir que, même chez les Z’en Marche il existe des fourbes, c’est triste même pour moi l’avant dernier de cordée (en alpinisme le « dernier de cordée » étant le numéro deux de l’équipée). Le bonheur de notre monde a bien des accros, et des acros au maintien des privilèges monarchiques. C’est vrai qu’il ne l’a pas fait exprès mais Robespierre, en mettant la bourgeoisie au pouvoir, devait s’attendre à une revanche de François Goullet de Rugy. Pour les « nobles », le retour des privilèges passait par la casserole du homard.

Moi-même piqué par le pléonasme à la mode, celui du « journalisme d’investigation », je suis en mesure de vous révéler que Vialatte, post tombe, savait tout des intentions de Plenel, ne terminait-il pas ses « Chroniques du Homard » pas un définitif « Et c’est ainsi qu’Allah est grand » ?
 
 
JACQUES-MARIE BOURGET NOUS DIT (2) : QUAND LA PRESSE DEVIENT CHAUFFARDE ! La merveilleuse presse française qui colloque, ergote et s’indigne au prétexte qu’elle ne serait pas appréciée à sa valeur, elle est si grande, qui mobilise des experts, des médialogues, des sociologues, des couillonologues pour démontrer que, pas du tout, si elle souffre c’est de sa trop grande production de vrai. Injustement humiliée, la presse est malheureuse. Un exemple tombe à pic pour le démontrer.

Vous savez tous qu’à la suite de la victoire de l’équipe de foot d’Algérie sur la Côte d’Ivoire, un automobiliste, chauffard, supporter et algérien, a tué une mère de famille sur un trottoir de Montpellier. Et blessé aussi son bébé et sa fille de 17 ans. Cette vérité a été trompetée ou bande passantisée sur toutes les télés -Nescafé, c’est-à-dire instantanée, exposée aussi sur tous les sites Internet de nos remarquables journaux.

Faut dire que cette information était parfaite avec tous ses éléments de langage. Nous avions les mots et les choses. Imaginez que le jour où un type est condamné à deux mois de prison avec sursis pour avoir qualifié Finkielkraut de « sale sioniste », l’écraseur de Montpellier venait mettre de la confiture sur la tartine du racisme. L’assassin de Septimanie est donc un « Algérien de 21 ans » qui, ivre (seulement de joie car tout autre chose est haram), saoul donc de son seul bonheur, celui de la victoire des siens, en a profité pour bousiller une famille. Y’a pas mieux pour, pour, sous le regard et le contrôle de l’objectivité si chère à mes confrères, libérer la plume et la parole sans être soupçonné de déviance raciste. Les faits sont têtus et l’Algérien un écraseur. Forcément. Imaginez-vous que l’animal puisse devenir autre le soir du triomphe des « « Fennecs », où le berbère est un barbare ?

Alors tous nos amis de presse, si attachés à l’amour du public qui lui vient par le truchement de la vérité, n’ont pas tremblé pour décrire l’Algérien flinguant une famille, sur tous les écrans nous y fument. Dommage, en dépit que la glace du chauffard ait été ouverte, que personne ne l’a entendu crier « Allah Wakbar ». J’ai dressé une liste non exhaustive des médias propagateurs de cette foi. On trouve là tous les biens pensant, attachés aux Droits de l’Homme, même Algérien. « TF1 », « France 2 et 3 », « France 24 », « France Info » et son contrat de confiance, celui du label « Vrai », « La Dépêche de Toulouse » dont l’ancienne patronne, un critère, fût une amie de René Bousquet, « BFM TV », incontournable mais, vue l’heure tardive, sans un vrai flic sur le plateau, « CNews », « Orange », « L’OBS » qui a perdu sa tête, « France », et sa queue « ervateur », appendices du temps où l’honorable magazine soutenait la Révolution Algérienne. Passons en revue « Le Dauphiné » qui n’est plus ce qu’il était sous André Veyret, « Le Progrès », les « DNA », RTL, « So Foot » le magazine faux chic qui se veut à contrepied, « La Provence » feuilles des exemplaires, Giesbert et Tapie, « Valeurs Actuelles » puisque l’info était taillée pour ce haut-parleur de l’extrême droite banalisée. Avec, avant l’heure, un bouquet final tiré par Robert Ménard et son « Boulevard Voltaire » ainsi que les ignobles de « Riposte Laïque ». Seul, sans doute en raison de sa qualité de régional de l’étape, « Le Midi Libre » n’a pas jeté un Algérien au bûché. Bravo. Virons ce Midi trop libre du syndicat de la presse en platine iridié.

Mais en réalité, quoi ? Il s’avère que « l’Algérien » est marocain et que le fou du volant n’aime pas le foot. Ce garçon, outre tuer une mère de famille, fait vraiment tout pour contredire la presse. Coupons-le en morceaux afin de déceler en lui un gène venu d’Oran, Alger ou Constantine. Y’en a sûrement un.

Sans cet assassinat involontaire la soirée de liesse algérienne perd de la force. Un magasin de moto pété avenue de la Grande Armée à Paris… c’est petit bras. Surtout quand on compare ce « pillage » à l’incendie naguère mis au Parlement de Bretagne, à Rennes, par de si doux et gentils pécheurs. La restauration du palais ayant coûté 35 millions d’euros. Le prix de plusieurs Ducati. J’aimerai savoir si, après cette exaction rennaise, les patrons de presse, ceux qui viennent de souligner le crime de l’Algérien de Montpellier, ont cessé de manger du poisson en dehors du premier avril ?
 
 
MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE : LA CANDEUR DÉCONCERTANTE DE NICOLE KLEIN. Ali Baba. Première victime collatérale de ce qu’il est convenu d’appeler le « homardgate », en un mot le feuilleton de Rugy, son ex-directrice de cabinet, Nicole Klein n’a pas tardé à réagir pour tenter de se défendre contre une mesure qu’elle estime injuste. Elle a choisi de régler ses comptes avec son ex-patron par voie de médias interposés (un entretien accordé au quotidien régional, Ouest-France). Elle ne ménage pas sa saillie contre le nouvel homme affaibli du gouvernement Philippe à travers une formule lapidaire : « il a voulu sauver sa tête en offrant la mienne » qui résume le fond de sa pensée. Pour mieux appréhender cette affaire, lisons d’abord ce que nous raconte l’ex-préfette de Loire-Atlantique avant d’y apporter notre éclairage.

LE RÉCIT DE NICOLE KLEIN

Nicole Klein poursuit sa charge contre son exécuteur en expliquant le contexte de son limogeage. Répondant aux révélations de Mediapart, qui affirme qu’elle aurait occupé un logement HLM depuis 2001 et l’aurait conservé de 2006 à 2018 alors qu’elle n’habitait plus à Paris, Nicole Klein rétorque qu’elle y passait « de nombreux week-ends et l’essentiel de (s)es vacances ». Ajoutant : « J’y rentrais d’ailleurs même aussi souvent la semaine car un préfet est souvent appelé à se rendre à Paris. J’ai en quelque sorte toujours considéré que j’étais en déplacement professionnel la semaine et que cet appartement, c’était chez moi ».

À la suite de ces révélations, François de Rugy a toutefois demandé la démission de sa directrice de cabinet, alors qu’il était lui-même en difficulté à cause de révélations publiées par Mediapart. « Quand il m’a appelée au téléphone mercredi soir, j’ai cru que c’était pour me soutenir dans un moment particulièrement douloureux (…), raconte Nicole Klein. J’ai compris rapidement qu’il souhaitait au contraire que je parte le plus vite possible. La conversation a duré cinq minutes. Il m’a dit : « Cette affaire n’a rien à voir avec moi.’ J’ai refusé de démissionner, considérant que je n’avais pas failli dans ma volonté de servir toujours et jusqu’au bout ». Mais la préfète a finalement quitté le ministère ce jeudi, à 15h30, « sans un mot de plus avec le ministre » qui, selon elle, « a voulu sauver sa tête en offrant la (s)ienne ». Ne souhaitant pas « en dire davantage pour ne pas l’accabler », elle confirme toutefois que François de Rugy organisait des dîners avec des lobbyistes. « J’ai moi-même été conviée par le secrétaire général à l’un de ces dîners, le 20 mars, avec Marc Teyssier d’Orfeuil, lobbyiste des véhicules écolo, avant d’être écartée de ce dîner par François de Rugy », assure-t-elle, en garantissant que l’ancien président de l’Assemblée « ne souhaitait pas que ce rendez-vous figure sur l’agenda public ». Après son départ, l’ancienne directrice de cabinet confie avoir reçu plusieurs soutiens, dont un appel de la ministre de la Cohésion des Territoires, Jacqueline Gourault, pour lui dire qu’elle était « désolée de la manière dont François de Rugy (l)’avait viré »1.

Tout juste, Nicole Klein confesse-t-elle « j’ai pêché par négligence, pas par intérêt financier » à propos de son HLM qui lui aurait été attribué au moment de son divorce ! Et d’ajouter « jamais cet appartement n’a été un garde-meuble ». Elle reconnait toutefois qu’elle aurait dû elle-même chercher un autre logement dans le parc privé : « j’ai eu tort de ne pas le faire ».

TENTATIVE D’ÉCLAIRAGE DE CETTE AFFAIRE

Si l’on peut comprendre le dépit de cette haut(e) fonctionnaire après une éviction rapide (elle n’est pas la première et ne sera pas la dernière), force est de constater qu’elle glisse sur de nombreux points qui ne sont pas sans importance.

Nicole Klein n’est pas n’importe qui. Née le 29 février 1952 à Boulogne-Billancourt, elle est une haute fonctionnaire française. Son parcours est atypique. Elle débute comme documentaliste à La Documentation française puis elle entre à l’ENA et passe et progresse au sein de la préfectorale. Elle alterne ensuite selon les partis au pouvoir entre, d’une part, des fonctions en ministère, notamment dans la culture et la communication où elle est directrice de cabinet du ministre puis membre du cabinet du Premier ministre, et, d’autre part, des fonctions en région. Elle dirige en particulier la mise en place d’une nouvelle structure dans le domaine de la Santé, les agences régionales de santé (ARS), en Aquitaine et gère à ce titre une crise sanitaire majeure provoquée la bactérie Escherichia coli, qui fait la Une de l’ensemble des médias. Revenue en Île-de-France, comme préfète de Seine-et-Marne, elle est également sollicitée par le ministre François Lamy pour participer à la redéfinition de la politique de la ville. En mars 2017, elle est nommée préfète de région et préfète de la Loire-Atlantique, dans un territoire marqué par un projet d’aménagement devenu conflictuel, le projet d’aéroport du Grand Ouest. Elle est nommée directrice de cabinet du ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire le 1er novembre 20182. Elle est passée par plusieurs cabinets ministériels et sait parfaitement comment ces structures fonctionnent sauf à ce qu’elle soit sourde et aveugle.

Nicole Klein, parvenue à l’âge de la retraite (67 ans) , a accepté de son plein gré d’être la plus proche collaboratrice de François de Rugy qu’elle a dû connaître à Nantes. Sur le plan des principes, elle devrait savoir que les postes de cabinet ministériel ne sont pas des postes pérennes. On peut en être évincé selon le bon plaisir du ministre. La seule chose qui puisse poser question est la manière élégante ou pas dont se produit l’éviction. Sur un plan plus pratique, d’expérience, notre ex-préfette devrait savoir que les hommes (femmes) politiques (ministres, parlementaires, élus…) sont souvent de grossiers personnages, surtout avec les hauts fonctionnaires dont ils peuvent démolir la carrière pour des motifs futiles, souvent par mesquinerie ou par jalousie. Un sujet sur lequel notre clergé médiatique se penche peu ou pas C’est la loi du genre. En acceptant d’intégrer un cabinet (pas le lieu d’aisance), on en accepte les grandeurs mais aussi les servitudes.

Nicole Klein, à travers le récit qu’elle nous livre, met à jour une forme de lâcheté, voire d’ignorance de la psychologie humaine. De deux choses, l’une soit elle savait qu’elle était la personnalité profonde du Comte de Rugy et aurait dû s’y reprendre à deux fois avant d’accepter un poste de directeur de cabinet, soit elle n’en était pas consciente mais elle nous dit, qu’au fil des mois, elle aurait perçu quelques signaux (faibles ou forts ?) trahissant un comportement coupable (voir sa formule « ne souhaitant pas « en dire davantage pour ne pas l’accabler ») et aurait dû démissionner depuis belle lurette pour marquer sa désapprobation à l’égard de son ministre. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Par pleutrerie ou par conformisme ? La réponse lui appartient, en son âme et conscience.

Nicole Klein reconnait qu’elle a commis une faute morale, si ce n’est juridique, en acceptant un HLM et en s’y maintenant pour des raisons qui sont peu crédibles. Toute faute mérite sanction dans ce monde de la transparence (Cf. la Haute autorité pour la transparence de la vie publique ou HATVP) et de l’exemplarité qui vaut pour les très haut (e) s fonctionnaires comme elle. Ignore-t-elle la loi sur la moralisation de la vie publique adoptée à l’automne 2017 sous l’impulsion d’Emmanuel Macron ? Qui dit moralisation est exemplarité, dit conduite irréprochable surtout pour une ancienne élève de l’ENA. Comment faire comprendre à des citoyens à revenus très modestes qu’ils ne peuvent obtenir un HLM à vocation sociale afin de permettre à un préfet de disposer d’un pied à terre à Paris alors même qu’il dispose d’une superbe résidence de fonction à Nantes ? Ceci est inaudible. Manifestement, Nicole Klein manque du bon sens élémentaire qui sied à toute personne en charge de la chose publique, la res publica. Les gilets jaunes, pour leur part, ne l’entendent pas ainsi.

Nicole Klein, comme tout haut fonctionnaire, dispose de voies de recours devant la juridiction administrative, pour faire condamner le ministre si elle estime qu’il aurait commis une faute lourde (détournement de pouvoirs, sanction disciplinaire déguisée, droit à un procès équitable, non-respect des formes) en l’évinçant de son poste de directrice de cabinet. Si elle sûre de son fait, rien ne l’empêche de procéder ainsi, y compris en recourant à la formule du référé qui permet de statuer dans l’urgence. Elle aurait une excellente occasion et une tribune pour déballer tout ce qu’elle a sur le cœur. C’est la voie normale dans un état de droit, ce que Nicole Klein n’ignore pas. Chiche !

Avant de parler des autres, il faut être irréprochable soi-même sur tous les plans ! À travers la question de son HLM mise en évidence par le site mediapart, Nicole Klein est loin de l’être. Telle est la principale faiblesse de sa démonstration. Dans ce cas, il faut assumer jusqu’au bout sa mésaventure. Nous vivons aujourd’hui dans le monde la victimisation permanente. La presse moralisatrice s’enferme dans la dialectique de la victimisation sans la moindre retenue ! Elle en est la complice. Elle joue du « vertuisme » égalitaire qui l’emporte aujourd’hui sur le bon sens : « Ces usages ‘égalitaires’ et ‘progressistes’ font effectivement leur chemin dans la langue des usagers. Parmi eux, certains sont militants, d’autres intimidés de ne pas correspondre à ces nouvelles normes égalitaristes, d’autres perdus dans les doutes sur ce que l’on peut ou ne pas dire. L’usage est le maître, disent les experts. Certes, sauf lorsqu’on interroge ses fondements, on s’aperçoit qu’il est sous-tendu par une idéologie victimaire selon laquelle les femmes sont les victimes invisibles et éternelles des hommes et de la langue »3. En termes de moralisation de la vie publique, le moins que l’on soit autorisé à dire est Nicole Klein fait preuve d’une candeur déconcertante.

1 Clotilde Dumay, L’ex-directrice de cabinet de François de Rugy : « il a voulu sauver sa tête en offrant la mienne », www.lefigaro.fr , 12 juillet 2019.
2 https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicole_Klein
3 Yana Grinsphun/Céline Masson/Jean Sziamowicz, Le vertuisme égalitaire l’emporte sur le bon sens, Le Monde, 12 juillet 2019, p. 24.
 
 
DOMINIQUE DELAWARDE NOUS TRANSMET UN COMMUNIQUE de l’association France-Iran sur l’arraisonnement d’un pétrolier par les britannique à Gibraltar. L’arraisonnement le 4 juillet 2019 à Gibraltar par les autorités britanniques du pétrolier Grace 1 contenant 300.000 barils de pétrole iranien à destination présumée de la Syrie est contraire aux lois internationales régissant la navigation maritime. Cette opération, préparée à l’évidence en coopération avec les services de renseignement des États-Unis, est un acte hostile envers l’Iran et la Syrie et s’inscrit dans l’acceptation par le Royaume Uni des sanctions extraterritoriales des États-Unis. La France, « Mère des arts, des armes et des lois », pourrait saisir cette occasion pour donner une nouvelle impulsion au rôle de l’Union Européenne dans le monde comme promoteur de paix et de diplomatie, en s’associant aux protestations russes dont le Ministère des Affaires Étrangères a dénoncé cet acte de piraterie maritime comme dangereux pour l’avenir du monde, en rappelant à ses amis et alliés, notamment aux Britanniques, qu’on ne peut avoir un double langage : d’une part dénoncer le retrait des États-Unis des accords internationaux, dont le PGAC, entre les 5+1 et l’Iran, et enfreindre les lois internationales sur la navigation maritime. Soutenir la Russie – et l’Iran par conséquent- sur la scène internationale et notamment à l’ONU rappellerait à tous qu’un avenir paisible pour la planète n’est envisageable que dans le respect des lois internationales et des résolutions de l’ONU et non dans des actions unilatérales qui ne peuvent qu’engendrer des représailles et un engrenage dangereux.
 
 
TOUJOURS AVANT LE 14 JUILLET : LA VÉRITÉ SORT DE LA BOUCHE DES MILITAIRES – Guillaume Berlat. « La vérité, c’est de chercher toujours la vérité » nous rappelle Romain Rolland. Or, la recherche de la vérité relève aujourd’hui de la gageure tant elle fait figure d’exception dans un environnement marqué au coin des « fake news » mais aussi des « deep fakes » abondamment véhiculées par des réseaux prétendument sociaux mais qui ne le sont pas. Bobards qui proviennent d’entités privées mais aussi, cela étant plus grave, d’organes publics ou parapublics, voire du plus haut sommet de l’État. Il fut un temps révolu où l’on aurait parlé de vulgaire propagande. Dès lors, une question est posée : comment faire la part du vrai et du faux ? Deux déclarations publiques de deux hauts gradés de l’armée française, le premier en activité et le second en retraite nous fournissent un éclairage utile sur la situation de nos forces armées dans un monde de plus en plus dangereux, voire sur l’état de la France.

LE CONSTAT SPÉCIFIQUE DU GÉNÉRAL JEAN-PIERRE BOSSER (CEMAT)

Il existe souvent un décalage important entre la théorie et la pratique dans le domaine militaire. Décalage entre les déclarations lénifiantes du président de la République et la ministre des Armées ; les promesses lyriques de la loi de programmation militaire (LPM) ou des Livres blancs sur les questions de défense et de sécurité, d’une part et la réalité du terrain et la pingrerie du budget annuel de nos armées au seuil de la saturation tant elles sont sollicitées tant à l’étranger (Proche et Moyen-Orient, Sahel) qu’en France (opération Vigipirate qui s’éternise).Ceci relève tellement de l’évidence que certains auraient tendance à l’oublier. Une piqûre de rappel est dès lors très utile et instructive pour nous remettre les idées en place. Intervenant quelques semaines avant son départ à la retraite devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale (13 juin 2019), le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Jean-Pierre Bosser n’a pas mâché ses mots. Qu’il s’agisse du moral des troupes qui est au plus bas dans un contexte de pression fiscale et de baisse du pouvoir d’achat alors qu’elles servent de plus en plus hors Hexagone (« l’armée de terre est le reflet de la société » a-t-il précisé) ou des équipements individuels et de l’habillement, le tableau est sombre. D’autant plus sombre que les promesses de la LPM semblent avoir été perdues de vue. Par ailleurs, l’armée de terre n’avait vocation ni à jouer les supplétifs des forces de sécurité intérieure (opération Vigipirate), ni à être sollicitée plus que de raison dans la mise en œuvre du service national universel (SNU). Au terme de son audition, le général Bosser a eu droit une ovation de la représentation nationale pour sa franchise. Franchise qui ressemble à s’y méprendre à celle dont avait fait preuve, il y a deux ans déjà, le chef d’état-major de l’armée, un certain Pierre de Villiers. À la veille du 14 juillet 2017, Jupiter le tançait publiquement pour avoir dit la vérité et le contraignait à démissionner. Comme dans la chanson de Guy Béart, on pourrait dire, le militaire a dit la vérité, il doit être exécuté4. Rééditer une pareille humiliation parait aujourd’hui difficile tant le président de la République doit lutter sur plusieurs fronts pour calmer la colère montante de la populace. Deux ans après, l’heure n’est plus à l’arrogance sans bornes et à l’administration de leçons aux grands serviteurs de l’État qui acceptent le sacrifice du sang pour la patrie (Cf. la longue série noire de nos militaires tués dans le Sahel).

LE CONSTAT GLOBAL DU GÉNÉRAL PIERRE DE VILLIERS (EX-CEMA)

Et, voilà que nous entendons reparler de Pierre de Villiers, consultant sillonnant la France pour présenter son dernier livre5, qui accorde un long entretien à la spécialiste des questions de défense du quotidien Le Monde, Nathalie Guibert6. C’est que le bougre nous dit des choses bougrement intéressantes sur lesquelles il convient de revenir.

De son périple aux quatre coins de la France, l’intéressé retire la nette impression que se « creuse en accéléré un fossé entre ceux qui dirigent et ceux qui exécutent ». Il poursuit sur une note pessimiste : « il existe une crise de confiance et une crise d’autorité qui concernent toute la société … J’ai trouvé une désespérance. Une inquiétude sr l’avenir du monde, l’état de la France, son avenir ». Les raisons de ce mal être sont multiples : inquiétude géostratégique (instabilité croissante du monde, terrorisme islamiste, ambiguïté entre paix et guerre, pression croissante faisant perdre le sens de la stratégie, multiplication des révolutions technologiques organisant l’éviction de l’homme, éloignement du pouvoir, extension de l’individualisme (« mondialisation de l’indifférence », Pape François). La crise de l’autorité nait d’une bureaucratie tatillonne et d’une inflation législative. L’État n’est pas la finalité. Il est là pour organiser et non pour contraindre. Il y a confusion entre autorité (réclamée) et autoritarisme (refusé). Au sein des forces armées, les choses sont claires contrairement à la vie civile. Pierre de Villiers reconnait qu’il travaille pour trouver des solutions pratiques et non des discours creux. S’il se félicite de l’instauration du SNU, il n’en minimise pas moins les difficultés de tous ordres qu’il va falloir surmonter pour aider des jeunes en dehors du système éducatif. Les raisons de ces échecs se trouvent dans des cités soumises à une gouvernance quasi autonome et à l’influence des salafistes. Constat sans appel que nos politiques répugnent à dresser par lâcheté.

Rappelons pour mémoire que Pierre de Villiers avait eu des paroles assez dures, mais frappées au coin du bon sens et de la franchise militaire – sur les paix que nous avons perdues au cours des vingt dernières années, seuls ou avec nos alliés occidentaux7.

« En France, il faut toujours prendre l’envers du mot pour en trouver la vraie signification » (Honoré de Balzac). Surtout lorsque les mots sortent de la bouche des femmes et des hommes politiques ou de leurs zélés communicants et autres « spin doctors ». Surtout lorsque les mots concernent les questions de défense et de sécurité. L’on nous raconte tout et n’importe quoi avec une mâle assurance. Et, notre dévoué clergé médiatique et ses « comiques pédants » (Schoppenhauer) gobe toutes ces sornettes sans coup férir. Dans la Macronie triomphante (pour combien de temps encore ?), l’adage selon lequel la vérité sort de la bouche des enfants, mériterait à l’évidence d’être adapté pour être transformé. Il pourrait et devrait désormais se lire : la vérité sort de la bouche des militaires.

4 Claude Angeli, Moral en forte baisse dans l’armée de terre, Le Canard enchaîné, 3 juillet 2019, p. 3.
5 Pierre de Villiers, Qu’est-ce qu’un chef ?, Fayard, 2018.
6 Nathalie Guibert (propos recueillis par) Général de Villiers : « Il y a une perte d’autorité », Le Monde, 4 juillet 2019, p. 10.
7 Régis Le Sommier (propos recueillis par), Pierre de Villiers : « Depuis 20 ans, on a perdu toutes les paix », Paris Match, 12-19 juin 2019, p. 72.
 
 
4 ET 14 JUILLET 2019 : DE QUI SE MOQUE-T-ON ? Ali Baba. Invité de marque – d’un Emmanuel Macron, fraîchement élu – pour participer aux cérémonies du 14 juillet 2017 sur les Champs Élysées et la Place de la Concorde à Paris, Donald Trump accompagné de son épouse, Mélania en ressort « bluffé ». Quel faste républicain ! Quelle belle démonstration d’unité nationale et de patriotisme ! Pourquoi ne pas saisir l’occasion de la journée de l’indépendance américaine (4 juillet) pour organiser une cérémonie du même tonneau à Washington ? En 2018, le président américain est contraint de renoncer à son projet en raison de mille obstacles mis en travers de sa route par ses opposants viscéraux. Mais, l’homme est têtu et à la mémoire longue. Il ne renonce pas aisément aux idées qui lui tiennent à cœur. Et son projet devient réalité le 4 juillet 20198. Et, le président illégitime aux yeux de la bienpensance est accablé de critiques pour cette lubie9. Tout y passe ! Le président est un mégalomane qui ne penserait qu’à sa réélection en 2020. Pour parvenir à ses fins, il n’hésiterait pas à dilapider l’argent public, à braver les interdits écologiques (laisser des chars défoncer la chaussée), à prendre de front ses adversaires intelligents, à flatter son électorat inculte, à vénérer son propre culte à des fins de propagande. Ne se comporterait-il pas comme un vulgaire dictateur de la trempe de Vladimir Poutine ou de celle de Kim Jong-un en se livrant à un inutile déploiement de forces ? Y compris en France, les bonnes âmes, qui n’ont toujours pas digéré son élection et qui rêvent de sa destitution, ajoutent leurs voix au chœur des pleureuses. Décidément, le magnat de l’immobilier new-yorkais se comporte comme un être primaire, pour ne pas dire primitif !10 À y regarder de plus près les cris d’orfraie poussés par nos donneurs de leçons de morale franchouillards ne manquent pas de sel. En effet, tous les arguments qu’ils avancent pourraient aisément être retournés contre eux. La Cour des comptes, si pointilleuse habituellement, ne s’est jamais penché sur le cout global de nos 14 juillet alors que nos finances sont dans le rouge et notre économie peu florissante. Est-ce très écologique de devoir regoudronner la plus belle avenue du monde pour un défilé dont on peine à saisir les objectifs aujourd’hui ? Est-ce utile de faire participer quelques chefs d’état ou de gouvernement étrangers au titre de la diplomatie d’influence surtout pour les dénigrer quelques années plus tard comme le prouve le cas du président syrien, Bachar al-Assad ? Les sommes englouties dans ce barnum ne pourraient-elles pas être réorientées vers le budget des Armées fort mal en point comme le déclare récemment le chef d’état-major de l’armées de terre, le général Jean-Pierre Bosser devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale ?11 La France n’aurait-elle plus les moyens de sa prétendue politique de puissance ? Sommes-nous les mieux placés pour administrer des leçons de morale au président Trump et pour nous ingérer dans ses affaires intérieures ? N’avons-nous pas suffisamment à faire avec nos propres problèmes internes ?12 Mais, tout cela ne semble pas trop perturber nos Tartuffe alors qu’ils se réclament de la logique de la raison et de René Descartes. Soyons sérieux au moins quelques secondes pour cesser de nous ériger en parangons de vertu ! Chacun chez soi (variante : chacun son métier), les vaches seront bien gardées nous rappelle fort justement l’adage ancien. Quand en finirons-nous avec notre arrogance et notre chauvinisme qui ne fait que nous discréditer au-delà de nos frontières ? L’humilité n’est pas la qualité que l’on reconnait spontanément aux dirigeants français et aux prétendus faiseurs d’opinion. Telle est la morale que nous pouvons tirer de cette farce de différence de traitement du 4 juillet 2019 aux États-Unis et du 14 juillet 2019 en France. De qui se moque-t-on ?13

8 Pour le 4 juillet, Donald Trump s’offre un défilé militaire à Washington, Agence Reuters, 5 juillet 2019.
9 Stéphane Le Bars, Donald Trump accusé de politiser la fête nationale du 4-juillet, Le Monde, 6 juillet 2019, p. 5.
10 Bruno Tertrais, Donald Trump, nouveau Richard Nixon ?, ouest France, 5 juillet 2019, p. 1.
11 Claude Angeli, Moral en forte baisse dans l’armée française, Le Canard enchaîné, 3 juillet 2019, p. 3.
12 Audrey Tonnelier, Le débat autour de la dette publique refait surface, Le Monde, 5 juillet 2019, p. 8.
13 Caroline Fourest, Qui a la plus grosse parade ?, Marianne, 12-18 juillet 2019, p. 38.
 
 
AFFAIRES ETRANGERES : DE L’ART DE RACONTER N’IMPORTE QUOI ! Guillaume Berlat. « À une époque de supercherie universelle, dire la Vérité est un acte révolutionnaire » écrit George Orwell dans son célèbre roman 1984. Plus d’un siècle plus tard, force est de constater que, par ces temps de chasse généralisée aux bobards (« fake news »), les décodeurs (ceux qui officient pour le quotidien Le Monde) ont fort à faire pour traquer la Vérité. Il est vrai que « le langage politique est destiné à rendre vraisemblable les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent ». Une fois de plus, George Orwell avait vu juste tant les balivernes, calembredaines et autres fadaises que l’on nous sert à jet continu sous le règne de Macron 1er saturent l’espace médiatico-politique. Désormais, il ne se passe pas une journée sans que la machine à supercherie fonctionne sans désemparer. Pour ne s’en tenir qu’au seul champ des relations internationales – celui des affaires intérieures étant illimité -, le sujet est inépuisable. À quand l’attribution du bobard d’or ? Prenons quatre exemples concrets qui en disent plus longs que discours abstraits : Syrie, Iran, multilatéralisme, Parlement européen et suite.

SYRIE : LA FRANCE A GAGNÉ LA GUERRE

À l’heure des bobards érigés en politique, la vérité officielle que l’on nous sert sur les chaînes d’abrutissement en continue n’a qu’un très lointaine rapport avec la vérité, la vraie, celle que d’authentiques experts nous livrent.

La vérité officielle

À en croire la doxa officielle, la diplomatie française aurait toutes les cartes en main pour jouer un rôle de premier plan dans le règlement de la crise syrienne. Elle serait en mesure de refuser telle ou telle option (Cf. la question d’une « feuille de route »). Elle serait la grande gagnante de la distribution des prix (des contrats) pour la reconstruction d’un pays ravagé par une décennie de guerre à laquelle nous avons pris toute notre part.

La vérité vraie

Que nous dit un expert du dossier syrien, ex-ambassadeur arabisant et bien informé ?

« Sur la Syrie, la position de M. Macron est difficilement soutenable, ses déclarations interdisant par avance toute ‘feuille de route’ (?). Comment la France pourrait-elle se réintroduire dans le dossier ? Pourquoi serait-elle appelée au secours pour ‘reconstruire’ ce qu’elle a contribué à détruire ? Contrairement aux assertions du président, la France n’est pas le grand vainqueur de la guerre de Syrie, mais l’un des grands perdants »14.

Ce constat crève les yeux sauf pour les aveugles qui évoluent dans les allées du pouvoir et sous les lambris dorés des Palais de la République.

Tout ceci n’est pas très sérieux !

La situation n’est pas plus brillante sur le dossier iranien qui voit l’Union européenne se coucher devant le maître américain.

IRAN : LA FRANCE TENTE UNE MÉDIATION

Comment imaginer un seul instant que la France, qui à l’instar de l’Union européenne, s’aligne fidèlement sur les positions américaines, se soumet servilement aux Diktats de l’Oncle Donald puisse sérieusement conduire une médiation entre Téhéran et Washington dans un contexte de relation écornée avec l’Iran ?

Une relation bilatérale écornée

Ce n’est pas un secret de dire que les relations bilatérales franco-iraniennes ne sont pas au beau fixe. Il n’est qu’à se remémorer le semestre qu’il aura fallu attendre pour obtenir l’agrément de notre ambassadeur à Téhéran, Philippe Thiébaud. Sans parler du fait que les Iraniens avaient traîné les pieds avant d’accepter la candidature de son prédécesseur, François Sénémaud venu directement de la DGSE. Après avoir poussé des cris d’orfraie lorsque Donald Trump a déchiré l’accord de Vienne et a imposé de nouvelles conditions à l’Iran (portant sur son programme d’enrichissement nucléaire, sur son programme balistique et sur son action au Liban, en Palestine, en Syrie et en Irak). Aujourd’hui, le ton a changé, et pour faire court, la France s’aligne purement et simplement sur les demandes de Washington en violation du principe cardinal du droit international, Pacta sunt servanda (« Les conventions doivent être respectées »). En un mot, la France prend fait et cause pour les Américains (qui déchirent les accords) et se met à dos l’Iran (qui respecte scrupuleusement sa signature) surtout en poussant les entreprises françaises installées dans ce pays de s’en désengager pour échapper aux sanctions implacables de Washington.

Une médiation humoristique

Or, qu’apprend-on aujourd’hui ? Que la France tenterait une médiation entre Téhéran et Washington pour prévenir un conflit dont on ne sait où il nous conduirait15 (voir L’ENVERS DES CARTES). Le conseiller diplomatique du président, Emmanuel Bonne est expédié à deux reprises vers Téhéran pour porter la bonne parole. Or, tout cela n’a aucun sens et cela au moins à deux titres. D’abord, comment être médiateur dans un différend entre deux parties alors que l’on a pris ostensiblement fait et cause pour l’une d’entre elles (les États-Unis). Cela s’appelle une contradiction dans les termes sachant que l’on ne peut être juge et partie à la même cause. Ensuite, une médiation est un processus de longue haleine conduit dans la plus grande discrétion afin de parvenir à un compromis acceptable pour les deux parties.

Forcer l’une d’entre elles à accepter sans coup férir le Diktat de l’autre est tout sauf une médiation si les mots ont encore un sens dans notre belle langue française. On ne peut raisonnablement considérer comme une médiation un message du président de la République française porté à Téhéran par son conseiller diplomatique, Emmanuel Bonne (20 juin 2019 puis en juillet) [les Allemands avaient dépêché leur ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas] et un entretien téléphonique entre Emmanuel Macron et son homologue iranien comme une médiation stricto sensu. Surtout si l’on sait que le rôle de Pinocchio se résume à celui du petit télégraphiste de Donald Trump qui ne tarit pas d’éloges sur MBS. Le moins que l’on puisse dire est que la marge de manœuvre de Paris est limitée dans cette affaire comme dans beaucoup d’autres16. Malheureusement pour la diplomatie française.

Tout ceci n’est pas très sérieux !

Avec la tarte à la crème que constitue la problématique de la défense du multilatéralisme, nous allons de Charybde en Scylla tant la diplomatie française pratique la duplicité avec un brio qui mérité louange.

MULTILATÉRALISME : LA FRANCE PARLE À TOUT LE MONDE

Une fois de plus, sur le thème sacré de la défense du multilatéralisme, la France est prise au piège de sa duplicité, de son grand écart entre le dire et le faire.

Le mantra français du multilatéralisme

Depuis sa prise de fonctions, Emmanuel Macron n’a que le mot multilatéralisme à la bouche (Cf. ses discours devant les ambassadeurs en août ou devant l’Assemblée générale de l’ONU en septembre). Ceci soulève à l’évidence trois questions de cohérence. La première est qu’il est de plus en plus aléatoire de faire appel à un remède (le multilatéralisme) alors même que les patients refusent son usage (Amérique en tête). Cela s’appelle un cataplasme sur une jambe de bois. La seconde est, qu’en dépit de ses généreuses pétition de principe, il fait souvent le contraire. Il fait souvent cavalier seul, jouant perso sur nombreux dossiers.

La troisième est, qu’au nom d’une prétendue diplomatie des (fausses) valeurs, nous nous refusons à dialoguer avec les « États voyous » (Russie, Iran et bien d’autres) alors que l’essence du multilatéralisme consiste à parler avec tous, y compris et surtout avec les États dont on ne partage pas les vues. En marge du G20 d’Osaka infléchit sa position irréaliste en annonçant sa visite à Pékin en novembre 2019 et sa rencontre prochaine avec Vladimir Poutine. Preuve que nous ostracisions à des degrés divers ces grands pays ! Rappelons que Dominique de Villepin avait proposé, il y a plusieurs années déjà pour contourner l’unilatéralisme américain, la création d’un G4 : Chine+France+RFA+Russie.

Les inepties du secrétaire général du Quai d’Orsay

Or, qu’apprend-nous à la lecture du très sérieux quotidien Le Figaro ? Notre dernier ambassadeur à l’ONU (durant cinq ans), François Delattre, la crème de la crème de la diplomatie française (il officia auparavant à Washington) qui vient d’être nommé secrétaire général du Quai d’Orsay (digne successeur des Berthelot et autres Léger) nous explique le plus sérieusement qui soit que « Dans ce monde dangereux, la France puissance trait d’union parle à tous » et qu’il existe un nouvel élan au partenariat franco-allemand »17. Ou ce monsieur ment comme il respire, ou bien il est frappé d’une incompétence gravissime. Ce brillant énarque, en dehors de quelques formules creuses, n’a rien compris aux désordres du monde et aux dérives du multilatéralisme. Et dire qu’il va bientôt être élevé à la dignité d’ambassadeur de France. Bel exemple de la République des incompétents et de l’entre-soi !

Tout ceci n’est pas très sérieux !

PARLEMENT EUROPÉEN : LA FRANCE A TERRASSÉ LA BÊTE IMMONDE

Alors que l’on nous rebattait les oreilles à longueur de journée avec la rengaine de la victoire écrasante contre les populistes, les choses sont moins évidentes que cela. Les populistes redressent fièrement la tête et jouent les empêcheurs de tourner en rond. Contrairement à ce que l’on veut bien nous faire croire, Emmanuel Macron n’a pas remporté une victoire dans le choix des futurs dirigeants de l’Union européenne.

La victoire écrasante contre les populistes

À l’issue du scrutin européen du 26 mai 2019, la Macronie triomphante nous expliquait que Nathalie Loiseau avait terrassé l’hydre du Rassemblement National au plan national et la peste brune au niveau du continent. En dépit du score numérique élevé des partis dit « populistes », la bien-pensance nous expliquait doctement que la division empêcherait ces pouilleux de peser sur le débat, d’occuper des présidences de commission et autres fonctions utiles pour la conduite des débats.

Ils ne pèseraient rien dans l’attribution des présidences de commission, dans les débats. En un mot, les populistes en seraient réduits à jouer les mouches du coche au mieux, les utilités au pire. Leur sort était donc définitivement réglé pour le reste de la mandature. Circulez, il n’y a strictement rien à voir pour les années à venir. On prend les mêmes et on recommence comme dans le passé. Manifestement, la doxa est prise à son propre piège de la méthode Coué en minimisant la logique de l’arithmétique.

Le retour discret des populistes

Or, qu’apprend-nous à la lecture du très sérieux quotidien Le Monde ?18. La situation à Bruxelles/Strasbourg serait moins claire, moins favorables aux partis traditionnels. Pour faire simple, et contrairement aux bobards que l’on nous servait depuis le 26 mai 2019 avec une constance qui mérite louange, il n’existerait plus de cordon sanitaire pour l’extrême droite au Parlement européen. À bien y réfléchir, ceci constitue un tsunami diplomatique qui mérite réflexion. Par ailleurs, le groupe Identité et démocratie, qui regroupe désormais RN et Ligue est devenu incontournable pour l’attribution des postes clés. Nouveau tsunami diplomatique sur lequel nos brillants oracles restent cois. Tout ceci ne se serait produit si nous avions dit la « Vérité des faits » chers à Hannah Arendt.

La défaite de Jupiter dans le Carrousel/mercato des costauds

Par ailleurs, le bras de fer engagé par Emmanuel Macron sur les postes clefs de l’UE crispe les relations entre Paris et Berlin19. Saluée par la presse hexagonale, la stratégie du président laisse pantois élus et commentateurs étrangers, qui soulignent le risque d’une crise institutionnelle et s’agacent de l’« arrogance » des Français. Au-delà de la seule personne du chef de l’État et de ses coups de menton diplomatiques, c’est le comportement général des Français au Parlement européen qui est pointé du doigt. Pendant la campagne déjà, le quotidien allemand Die Welt avait dressé le portrait de la tête de liste « Renaissance », Nathalie Loiseau, en expliquant qu’elle incarnait « l’arrogance de l’élite française ». Une étiquette que l’ancienne ministre en charge des affaires européennes a elle-même confirmée quelques jours après son élection, en tenant des propos méprisants à l’égard de plusieurs de ses collègues et dirigeants européens, à l’occasion d’un « off » qui restera dans les annales bruxelloises L’ex-ministre n’est pas la seule à avoir irrité les élus européens : sa successeur, Amélie de Montchalin, a elle aussi agacé bon nombre de personnes à Bruxelles, en enterrant sur CNews la candidature de Weber, en pleines négociations20. Nous n’avons pas eu Weber mais nous avons plus coriace avec Ursula von der Leyen… avec en prime l’accord de libre-échange avec le Mercosur21. En réalité, et quoi qu’en disent nos perroquets à carte de presse, la séquence écoulée (élections au Parlement européen, désignation de la bande des cinq, Mercosur) n’est en réalité qu’une victoire à la Pyrrhus pour Emmanuel Macron22. Sans parler d’une démarche dans laquelle le genre éclipse la politique23.

Tout ceci n’est pas très sérieux !

« Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques mais ils les répètent » (Coluche). Ce qui était vrai hier l’est encore plus aujourd’hui, si ce n’est pire. Il faut se rendre à l’évidence la diplomatie des bobards a atteint ses limites, conduisant Monsieur Je Sais Tout/Pinocchio à changer son fusil d’épaule pour ne pas se retrouver seul et isolé au milieu du gué. En marge du G20 d’Osaka, il annonce son intention de se rendre en Chine en novembre prochain et de rencontrer prochainement Vladimir Poutine. Telle est la vérité du mensonge. Comme le rappelle le dicton populaire, qui dit un mensonge en dit cent car un mensonge en entraîne un autre. Lorsque son emploi du temps le lui permettra, Jupiter, avec la collaboration de la cohorte de courtisans qui le conseillent, pourra entamer la rédaction d’un traité de marche arrière, discipline dans laquelle il excelle. Il aura du pain sur la planche à l’époque des « deepfakes », ces fausses vidéos générées grâce à l’intelligence artificielle (ia) qui sont tellement réalistes que leur potentiel de manipulation inquiète les pouvoirs publics24. Avant d’y parvenir, méditons sur les nombreux inconvénients de l’art de raconter n’importe quoi dans la sphère diplomatique !

14 Michel Raimbaud, Les guerres en Syrie, éditions Glyphe, 2019, pp. 190-191.
15 Marc Semo, La France tente une médiation sur l’Iran, Le Monde, 28 juin 2019, p. 3.
16 Marc Semo, Nucléaire iranien : la marge de manœuvre limitée de la France, Le Monde, 4 juillet 2019, p. 6.
17 Maurin Picard, François Delattre : « Dans ce monde dangereux, la France parle à tous », Le Figaro, 27 juin 2019, p. 16.
18 Cécile Ducourtieux/Lucie Soullier, Vers la fin du cordon sanitaire pour l’extrême droite à Strasbourg, Le Monde, 28 juin 2019, p. 5.
19 Erik Emptaz, Scènes de ménage à 28 pour l’élection des postes clés. Voilà une Union pas très eurotique, Le Canard enchaîné, 3 juillet 2019, p. 1.
20 Ellen Salvi, Sur la scène européenne, le « style Macron » ne passe plus, www.mediapart.fr , 28 juin 2019.
21 Natacha Polony, Mercosur : les gentils libre-échangistes et les salauds du « néoprotectionnisme », Marianne, 5-11 juillet 2019, p. 3.
22 Coralie Delaume, La fausse victoire de Macron, Marianne, 5-11 juillet 2019, p. 18.
23 Hadrien Mathoux, Lagarde et von der Leyen : quand le genre éclipse la politique, Marianne, 5-11 juillet 2019, p. 19.
24 Lucie Ronfaut, L’inquiétude grandit autour du phénomène des « deep fakes », Le Figaro économie, 29-30 juin 2019, pp. 19-20.
 
 
UN AMBASSADEUR AUSCULTE LA RELATION FRANCO-PORTUGAISE DE 1940 À 1944 – Jean Daspry. Surprise printanière que la sortie discrète de l’ouvrage de Patrick Gautrat consacré à la relation franco-portugaise entre 1940 et 1944 !25 Ancien élève de l’ENA, ce diplomate a occupé diverses affectations à Paris (affaires économiques, inspection générale, DGSE…) et à l’étranger (consul général à New-York, ambassadeur à Varsovie et à Lisbonne). Ce qui le qualifie pour ce retour sur un passé trouble de l’histoire de France et cela d’autant plus qu’il a connu, à plusieurs reprises, le Portugal dans son enfance. Ce haut fonctionnaire aborde le sujet avec un mélange de passion et de raison. Dès les premières lignes, le lecteur comprend que l’auteur a travaillé son sujet, il l’a labouré à travers la consultation des archives françaises et portugaises, lui permettant d’être au plus près d’une réalité aussi complexe que mouvante. Travail de qualité qui possède, comme souvent les défauts de ses qualités.

UNE RECHERCHE QUI PRÉSENTE DE NOMBREUSES QUALITÉS

La découverte du plan de l’ouvrage traduit la rigueur de tout élève passé par les bancs de Sciences Po Paris, puis de l’ENA. Patrick Gautrat nous entraîne dans une aventure politico-diplomatique couvrant une période de quatre années noires (1940-1944). C’est un plan d’idées que suit l’auteur mais en même temps un plan chronologique. En effet, avec une rupture qui se situe en 1942 (débarquement allié en Afrique du nord suivi de la fin de la zone libre), Patrick Gautrat explique l’évolution qui conduit la relation bilatérale franco-portugaise d’une phase initiale d’affinités à une phase terminale d’illusions en passant par une phase intermédiaire d’ambiguïtés, celle dont on ne sort qu’à son détriment. Notre ambassadeur examine à la loupe ce qui se passe durant ces quatre années tant à Vichy qu’à Lisbonne, et accessoirement à Alger. Et, c’est là que le travail de croisement des archives nationales, des mémoires d’hommes politiques, de diplomates permet de se rapprocher de la « Vérité des faits » chère à Hannah Arendt. Mais, la tâche n’est pas aisée tant la période est propice aux bobards (« les fausses nouvelles qui fleurissent particulièrement en période de crises ou de conflits ») que l’on qualifierait de nos jours de « fake news ». Il y consacre des développements intéressants qu’il met en regard de la vie des petites ambassades : « En outre, cette atmosphère un peu irréelle est propice aux ‘bobards’, fausses nouvelles en tous genres, bien caractéristiques des postes diplomatiques qui tournent quelque peu à vide ». Patrick Gautrat alterne habilement approche stratégique et approche tactique pour ne permettre de mieux comprendre une réalité aussi insaisissable que la relation bilatérale faite d’amour et de haine. Avec son regard de diplomate, l’auteur analyse avec pertinence les actes de nombre de ses prédécesseurs connus (Paul Morand, Henri Hoppenot) ou inconnus, les grandeurs et les bassesses de cette comédie humaine. Pouvaient-ils avoir une quelconque prise sur une l’Histoire avec un grand « H » ou n’étaient-ils que les modestes instruments d’une Histoire qui les reléguait au rôle subalterne d’acteur de la petite histoire ?

UNE RECHERCHE QUI PRÉSENTE ÉGALEMENT QUELQUES DÉFAUTS

Même si la lecture de ces 200 pages est agréable compte tenu de son style alerte, elle n’en est pas pour autant exempte de critiques tenant à l’approche retenue par l’auteur. La principale qui rejoint souvent celle que l’on peut adresser aux historiens est celle du défaut de hiérarchisation entre les faits narrés. L’accessoire l’emporte souvent sur l’essentiel. La foire aux vanités cache souvent des problèmes plus substantiels que des histoires de Clochemerle auxquels nous estimons que Patrick Gautrat accorde une trop grande importance. À certains égards, l’auteur semble dépassé par la force du sujet. Le style primesautier relègue au second plan des problématiques fondamentales alors que d’autres anecdotiques sont amplement abordées (Cf. les projets de paix de Vichy et autres plaisanteries du même genre). La petite histoire est trop souvent privilégiée au détriment de la grande qui est la plus importante au regard de l’Histoire. Il est bien dommage que notre expert es-diplomatie n’ait pas abordé franchement la question des limites du devoir d’obéissance des fonctionnaires dans les périodes de guerre. Le moins que l’on puisse dire est que les courageux n’ont pas été légions du côté de Vichy. Collaboration active ou passive, opportunisme et ambiguïté, pétainisme ou gaullisme… Tous ces sujets délicats auraient mérité de substantiels développements tant les hommes doivent être jugés à l’aune de leurs choix. Il omet pudiquement de dire que certains des diplomates qu’il cite ont eu quelques problèmes à la Libération, certains se réfugiant lâchement en Suisse pour fuir les sanctions (administratives ou pénales) qui les attendaient. C’est pour cette raison que le général de Gaulle s’est méfié de la « loyauté » des diplomates à son égard lorsqu’il est revenu au pouvoir en 1958. Ce thème est toujours d’une grande actualité au moment où Emmanuel Macron a annoncé qu’il envisageait de se défaire des hauts fonctionnaires « récalcitrants ». L’Histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement ?

Revisiter l’Histoire est toujours une mission utile et enthousiasmante surtout lorsque l’on aborde des périodes peu glorieuses comme fut la Seconde Guerre mondiale ! Mais, l’entreprise peut s’avérer périlleuse lorsque l’on ne prend pas la hauteur nécessaire pour englober la réalité géopolitique, historique mais surtout humaine. L’angélisme est souvent un vilain défaut surtout pour un ambassadeur. Les principes et les valeurs ne sont pas seulement faits pour les périodes de calme mais plutôt pour les temps de tempête que sont ceux des conflits mondiaux. En dernière analyse, la lecture de l’ouvrage de Patrick Gautrat ne manque pas d’intérêt surtout pour celui qui veut en savoir plus sur les arcanes de la diplomatie de crise. Cette plongée dans les relations franco-portugaise de 1940 à 1940 effectuée par un ambassadeur mérite qu’on s’y arrête un instant à tout le moins.

25 Patrick Gautrat, Pétain, Salazar, de Gaulle affinités, ambiguïtés et illusions (1940-1944), Chandeigne, 2019.

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