Observatoire Géostratégique

numéro 260 / 9 décembre 2019

ORIENT-ATIONS 240

TUNISIE : LES FRASQUES D’OLIVIER POIVRE D’ARVOR (SUITE) – Richard Labévière. Selon nos sources tunisiennes (des plus fiables), les frasques de l’ambassadeur de France en Tunisie – Olivier Poivre d’Arvor (le frère de l’autre), petit protégé de Laurent Fabius – ne cessent de défrayer et d’amplifier la chronique locale et plus largement celle des chancelleries, au point d’inquiéter la plus haute hiérarchie du Quai d’Orsay. Dernièrement à l’unisson des consignes du président de la République – « appel estival au calme » -, les grands chefs à plumes du ministère des Affaires étrangères ont demandé à ce cher Olivier de se calmer. Se calmer, c’est-à-dire de faire cesser, notamment les parties nocturnes de piscine dénudée (les baigneurs, pas la piscine) et les soirées arrosées durant lesquelles officient de drôles d’officines… Ces fantaisies, en comparaison desquelles homards et grands crus de Monsieur de Rugy passent pour de simples dérapages de cantine, scandalisent les autorités locales, toutes appartenances politiques confondues. Dans le même temps, ces mêmes élites tunisiennes, qui ont bien d’autres problèmes économiques, sociaux et sécuritaires à gérer, s’interrogent vraiment sur le rôle et les objectifs de la France éternelle dans la région, représentée par « un tel pitre qui visiblement passe plus de temps en fêtes où sont seulement conviés ses intimes – dont, régulièrement Frédéric Mitterrand -, qu’à travailler pour les intérêts conjoints de la France et de la Tunisie », déplore un grand syndicaliste du pays. Message reçu ! Décidément, comme le constate régulièrement la rédaction de prochetmoyen-orient.ch, la diplomatie est un métier bien difficile…
 
 
LA FLOTTE OCEANOGRAPHIQUE FRANCAISE UNIFIEE : PREMIER BILAN – Ifremer, 19 juillet. Unifiée depuis janvier 2018 et opérée par l’Ifremer, la Flotte océanographique française dispose d’un nouveau site Internet ouvert à toute la communauté scientifique française mais aussi à tous les curieux avides de découvrir les navires et engins français qui sillonnent et scrutent les trois grands océans de notre planète. Pour permettre à chacun de prendre la mesure de ses actions menées en 2018 et de ses projets à venir, elle vient également de publier son rapport d’activité. « La Flotte océanographique française est une très grande infrastructure de recherche dont la gestion a été confiée à l’Ifremer par le ministère de la Recherche. C’est l’une des trois plus grandes flottes scientifiques en Europe, déclare François Houllier, Président-Directeur général de l’Ifremer. Sa singularité tient non seulement à sa capacité à explorer les trois grands océans du globe — Atlantique, Indien et Pacifique —, mais aussi à la diversité de ses missions, de ses usagers et de ses partenariats. L’Ifremer opère cette flotte unifiée depuis janvier 2018 avec l’aide de l’armateur Genavir : il est ainsi possible d’optimiser son bon fonctionnement au service de l’ensemble de la communauté scientifique française. Adossée à deux commissions nationales spécialisées pour les flottes hauturière et côtière, sa gouvernance associe le CNRS, l’IRD et le réseau des universités marines : elle permet de sélectionner des campagnes excellentes et pertinentes et de définir une programmation pluriannuelle, une nécessité pour les scientifiques qui doivent pouvoir anticiper leurs missions. Cette gouvernance ouverte est aussi chargée de penser le renouvellement des navires, des équipements et des compétences à plus long terme ».

Un rapport pour prendre la mesure des activités de la Flotte en 2018

« L’année 2018 a été celle de la prise en main par l’Ifremer de l’opération de la Flotte océanographique française unifiée. Cette année a aussi été marquée par de grandes campagnes scientifiques avec le déploiement du Marion Dufresne en mer de Chine ou encore la réalisation des premières missions avec le nouvel équipement de sismique, qui a montré des résultats prometteurs, relate Olivier Lefort, directeur de la Flotte océanographique française. Le HROV Ariane a également effectué ses deux premières missions scientifiques avec succès à bord de l’Antéa. En fin d’année 2018, le Conseil scientifique a validé les principes du plan d’évolution de la Flotte, concernant les projets de renouvellement et de modernisation des navires, ainsi que le lancement du processus de définition des engins d’intervention grands fonds du futur. Olivier Lefort ajoute : « Grâce à l’unification de la Flotte et à son opération par l’Ifremer, il est désormais plus aisé d’optimiser la planification des campagnes. En 2019, plusieurs missions dans le Pacifique sont réalisées à bord de l’Atalante jusqu’en décembre ».

Un site internet pour suivre la vie de la Flotte 

Plus interactif, ce nouveau site présente les navires, en photos et vidéos, montre la vie des scientifiques à bord et décrit les engins et les navires avec plusieurs visites virtuelles, le tout à retrouver dans la rubrique Découvrir. La rubrique Où sont les navires ? permet de suivre en direct les campagnes scientifiques à bord des navires de la Flotte. On peut voir, par exemple, les sillons du catamaran L’Europe en Méditerranée, sur la campagne Pelmed pour l’étude de l’abondance des poissons pélagiques comme la sardine. Le calendrier interactif de l’année donne un aperçu global de l’ensemble des campagnes en cours. Les actualités se nourrissent des informations fournies en direct des campagnes par les scientifiques. Lapage Facebook de la dernière campagne Momarsat du Pourquoi Pas ? sur la dorsale océanique au large des Açores était ainsi relayée en page d’accueil.  On y trouve aussi l’actualité des résultats issus de ces campagnes océanographiques, comme la découverte d’un nouveau volcan sous-marin au large de Mayotte à bord du Marion Dufresne en mai 2019. La rubrique Ingénierie montre les grands projets en cours, comme le projet Coral pour le développement d’un drone sous-marin autonome capable de plonger à 6000 m de fond.

La Flotte océanographique française : une infrastructure nationale au service de la communauté scientifique 

La Flotte océanographique française dispose de 4 navires hauturiers qui peuvent être déployés sur tous les océans, de 2 navires semi-hauturiers, de 5 navires côtiers opérant en métropole et outre-mer et de 7 navires de station. Elle est également équipée d’engins sous-marins, comme le robot Victor6000 ou le sous-marin habité Nautile, et de systèmes mobiles comme les sismiques qui permettent de visualiser les structures géologiques, ou encore le système Penfeld qui peut mesurer des paramètres du sous-sol sous-marin. La flotte est utilisée prioritairement pour effectuer des recherches scientifiques. Elle joue aussi un rôle important dans la réalisation des missions d’un grand nombre de dispositifs nationaux d’observation et dans les activités d’enseignement dispensées par une bonne douzaine d’universités. Elle répond également à des besoins de surveillance, d’expertise ou de missions de service public pour le compte de l’Etat. Elle est par ailleurs régulièrement sollicitée dans le cadre de partenariats recherche-industrie avec le monde socio-économique.
 
 
PAIX EN GUERRE OU LA MILITARISATION DE LA DIPLOMATIE – Guillaume Berlat. Dans la catégorie des mémoires de diplomates ou des chercheurs en relations internationales, il existe plusieurs modèles. Le plus fréquent est l’exercice narcissique de l’ambassadeur ou de l’expert à la clairvoyance rétrospective expliquant qu’il avait tout compris mais avait été un incompris. Le moins fréquent est l’exercice pédagogique dans lequel l’auteur essaie de dégager les grands axes de la technique diplomatique à travers sa propre expérience du terrain. Aujourd’hui, c’est à un exercice d’une toute autre nature que nous convie un américain, journaliste d’investigation, Ronan Farrow. Avec Paix en guerre, récompensé en 2018 par le prix Pulitzer1, il nous convie à un voyage au cœur de la diplomatie américaine au cours des dernières décennies, et cela à travers le récit de diplomates américains, des entretiens avec d’anciens responsables du Département d’État (d’Henry Kissinger à Hillary Clinton) et l’exploitation de documents inédits. L’ouvrage se découvre comme un roman policier qui, si nous saisissons bien sa logique tant il ne respire pas la logique cartésienne à la française (le plan d’idées), évoque alternativement la marginalisation croissante de la diplomatie américaine, sa militarisation inexorable et sa débandade aux quatre coins de la planète. Tout ceci conduisant, comme le sous-titre de l’ouvrage le souligne, au déclin de l’influence américaine.

LA MARGINALISATION DE LA DIPLOMATIE AMÉRICAINE

Fil conducteur d’un récit (340 pages de narration et 60 pages de référence) parfois touffu tant il fourmille d’anecdotes, de faits en apparence mineurs, la mise à l’écart croissante de la diplomatie américaine dans la conduite de la politique étrangère des États-Unis. Aux quatre coins du monde (avec une emphase particulière pour l’Asie du sud-est), Ronan Farrow nous rappelle ce que Richard Holbrooke dénonçait, il y a bien longtemps déjà, la marginalisation du Département d’État dans le processus décisionnel. Depuis le 11 septembre 2001, la diplomatie à l’ancienne subit une érosion progressive qui atteint son paroxysme depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Le bicorne ne fait plus rêver mais surtout les diplomates professionnels, qui résistent face à cette lame dévastatrice, font les frais de leur courage. Ronan Farrow cite le cas de nombreux diplomates talentueux qui sont renvoyés du jour au lendemain tels de vulgaires laquais sans la moindre procédure contradictoire pour avoir eu le toupet de présenter d’autres options à leurs dirigeants afin de tenter de régler des crises longues et difficiles comme celle de l’Afghanistan en lien avec la relation complexe avec le Pakistan. La diplomatie de la conciliation, du dialogue, du statu quo dans son acception la plus positive, de la compréhension des peuples, de leur histoire, de leur culture, des moyens au service d’une stratégie de stabilisation… est désormais considérée comme défaitiste… donc hautement répréhensible pour ses initiateurs. C’est peu dire que les budgets du Département d’État et de l’USAID sont rognés jusqu’à les rendre inutiles et inefficaces. Dans ce contexte de recherche de la conflictualité pour résoudre les problèmes, le « soft power » n’a plus la moindre raison d’être. Place uniquement au « hard power », dans sa version la plus « hard » avec tous ses excès. La diplomatie de la canonnière est désormais l’alpha et l’oméga de la posture américaine sur l’échiquier international.

LA MILITARISATION DE LA DIPLOMATIE AMÉRICAINE

Exemples concrets à l’appui – ce qui donne plus de poids à sa démonstration très convaincante par ailleurs -, Ronan Farrow nous relate par le menu « la primauté systémique des militaires dans le processus décisionnel » américain. Conséquence immédiate, les diplomates, y compris les plus expérimentés, les plus experts (n’oublions pas les expertes et elles sont nombreuses dans le corps diplomatique américain) des zones géographiques turbulentes, sont renvoyés à leurs chères études sans le moindre ménagement sauf à se plier servilement aux ordres des militaires omnipotents (« À mesure que Foggy Bottom se vidait, l’emprise diplomatique sur les conflits internationaux commençait à se déliter »). Sans parler de secrétaires d’État comme Rex Tillerson découvrant sa disgrâce par tweet présidentiel. Tous les avertissements lancés par d’anciens secrétaires d’État, qu’ils soient démocrates ou républicains, n’ont pas et ne sont pas entendus par l’administration Trump lorsqu’elle « bascula vers une politique conduite par les militaires ». Mais ils ne purent échapper à de nombreux diplomates témoins de l’emprise grandissante des alliances militaires sur leur travail, notamment ceux qui œuvraient pour la voie de la coopération pour résoudre les crises. Lorsqu’une option diplomatique semble se concrétiser après de longs efforts de patience et de persuasion, les politiques aiguillonnés par les militaires, n’y voient qu’un fâcheux « contre-temps, une occasion à étouffer dans l’œuf ». Pire encore, Washington s’oppose à toutes les initiatives de maintien de la paix de l’Union européenne en Somalie qu’il qualifie de « projet risqué et voué à l’échec ». La mauvaise foi n’a pas de limites en la matière. Certains hauts responsables militaires confessent avec candeur : « nous ne recherchions pas une solution élargie, nous visions simplement des cibles plus pointues ». On croit rêver à la lecture de telles fadaises. Tous ces bons apôtres semblent ignorer que les « vainqueurs des révolutions peuvent en devenir les victimes » et que les programmes civils peuvent préparer le terrain pour la paix. S’en suit un e débâcle sans précédent pour la diplomatie américaine.

LA DÉBANDADE DE LA DIPLOMATIE AMÉRICAINE

Richard Holbrook, souvent cité dans le récit, résume parfaitement le dilemme d’une diplomatie américaine déboussolée, martyrisée, outragée : « Comprendre que même le meilleur argument n’est pas un bon argument si personne ne veut l’entendre ». En dépit d’une liste impressionnante d’échecs d’une diplomatie bottée, les dirigeants américains ne veulent, ne peuvent tirer les leçons pour l’avenir en faisant de nouveau appel aux professionnels de la chose extérieure que sont les diplomates. En Afghanistan, pays auquel Ronan Farrow consacre de longs développements particulièrement bien documentés, l’Histoire est cruelle pour les États-Unis. Les dirigeants politiques américains se refusèrent à mettre au point une stratégie cohérente pour intégrer la dimension militaire (mortifère) dans une approche globale élargie diplomatique (prometteuse) en dépit d’une évidence que nul ne conteste aujourd’hui. « La défaite totale et l’élimination des talibans se révélant impossible, la paix ne résultera que de la diplomatie ». En 2017, le tableau clinique était clair : les structures chancelantes mises en place par les Américains dans les provinces se délitaient sous la pression des seigneurs de guerre. Force est de constater en 2019 (la version anglaise originale de l’ouvrage remonte à 2018) que les Américains ont commencé à discuter avec les Talibans pour essayer de sortir du piège qu’ils ont eux-mêmes inlassablement armés. Mais, les étranges défaites de la toute puissante Amérique couvrent un spectre très large : Afghanistan, Corne de l’Afrique (Erythrée, Somalie, Egypte lors des mal nommés « printemps arabes », Colombie…). Pire encore, par pure idéologie ou par pur aveuglement, elles contribuent à armer le bras de ses pires ennemis (Al Qaida, Chebabs, État islamique). Insensiblement, rappelle l’auteur : « il existe une dégradation réelle du leadership américain dans le monde et des institutions qui le concrétisent », reprenant une remarque de Bill Clinton.

« Des deux manières de défendre ses droits,

l’une par la discussion, qui est le propos de l’homme,

l’autre par la force, qui appartient aux animaux,

on n’a recours à celle-ci que quand l’autre n’est plus permise ».

Traité des devoirs, Cicéron

Guerre froide, paix froide, hier. Guerre en paix, aujourd’hui. Telles ne sont pas les facéties d’une Histoire dont on nous annonçait à grand ahan la fin, dès la chute du mur de Berlin (Cf. l’ouvrage désormais célèbre par son manque de clairvoyance de Francis Fukuyama sur le sujet). La lecture de cet ouvrage, rafraichissante à maints égards, devrait donner matière à réflexion à tous nos diplomates néocons qui font de la coercition le mantra de l’action extérieure de la France et qui sont actifs sous les ors de la République. Ronan Farrow révèle des vérités dérangeantes sur les États-Unis et comment l’on aboutit à des guerres interminables aux quatre coins de la planète. Mais aussi, comment par ignorance des bienfaits de la diplomatie, des centaines d’Américains et des milliers d’autochtones innocents deviennent des victimes collatérales de ces stupides conflits. L’ambassadeur congédié résume parfaitement la problématique de cette militarisation de la diplomatie américaine : « une politique étrangère sans professionnels est, par définition, une politique étrangère d’amateurs ». On ne saurait si bien dire.

Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant, que la lecture de ce Paix en guerre est indispensable pour tous ceux qui veulent appréhender les linéaments de l’étrange politique étrangère américaine de ce début de XXIe siècle.

1 Ronan Farrow, Paix en guerre. La fin de la diplomatie et le déclin de l’influence américaine, Calmann-Lévy, 2019.
 
 
AU QUAI D‘ORSAY, LA PLUME EST SERVE… Ali Baba. La démission de l’ambassadeur du Royaume-Uni à Washington, Kim Darroch, après la publication par quelques médias avides de scandale du contenu de certains de ses télégrammes diplomatiques2 hautement confidentiels et peu amènes à l’égard de Donald Trump, soulève un certain nombre de questions qui ne manquent pas d’intérêt. Elles débordent le simple cas britannique (règlement de comptes au sein du parti conservateur en pleine crise de succession de Theresa May)3 et interpellent sur la pratique de la diplomatie française (courage fuyons !). Elles peuvent être regroupées autour de deux principales problématiques : la protection de la confidentialité de la correspondance diplomatique et l’appréciation de la liberté de jugement des ambassadeurs dans leur correspondance diplomatique.

LA PROTECTION DE LA CONFIDENTIALITÉ DE LA CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE

Si les chancelleries protègent leurs correspondances confidentielles, qui sont chiffrées pour cette raison, c’est bien qu’elles entendent que les jugements que les ambassadeurs portent ou devraient porter sur les autorités locales – qui peuvent être très critiques – n’ont pas vocation à sa retrouver dans le domaine public. La diffusion à toute personne qui n’a pas le droit d’en connaître (la fuite organisée) constitue en France un délit qui porte le nom de compromission. Son périmètre est le suivant :

« Le délit de compromission n’est pas seulement le fait de rendre public un tel secret. Avoir en sa possession ou simplement prendre connaissance d’un secret protégé au titre de la défense nationale est déjà passible de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende (article 413-11, 1° du code pénal). Toute destruction ou reproduction d’un tel secret caractérise également le délit de compromission »4

Ce n’est donc pas une mince affaire que de divulguer des informations contenues dans des documents classifiés comme le sont les télégrammes diplomatiques. Cela peut vous valoir quelques ennuis avec l’administration (sanctions disciplinaires pour un agent public) et avec la justice (poursuites pénales). Les sources de fuite vers quelques médias bien connus en France sont le fait de personnes bien connues qui bénéficient d’une sorte d’immunité de fait pour des raisons qui seront trop longues à expliquer dans ce contexte. Démolir un collègue est un sport bien connu pour obtenir une affectation. Les fuites peuvent également venir du Parlement qui a accès à la correspondance diplomatique. Un député ou un sénateur, qui estime avoir été mal traité par un ambassadeur, peut se venger en publiant un télégramme diplomatique portant des jugements sur tel ou tel, jugements qui avaient vocation à la seule information des autorités concernées. Et, le mal est fait dans notre « République de la délation » (Emmanuel Macron).

Il est vrai, qu’aujourd’hui, la jeune génération de diplomates sevrée à la drogue numérique n’a pas la même appréhension de la notion de secret et de confidentialité qu’avait la génération précédente qui avait connu la Guerre froide et ses dangers. Les temps changent… Place aux jeunes et au diable les chibanis !

LA LIBERTÉ DE JUGEMENT DES AMBASSADEURS DANS LEUR CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE

Dès lors, une question déontologique, quasi-existentielle pour un chef de poste, une question fondamentale est posée. L’ambassadeur peut-il écrire tout ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il comprend, qu’il interprète dans ses correspondances diplomatiques ? Surtout, s’il établit une claire distinction entre les faits objectifs et leur interprétation subjective dans sa présentation. En apparence, la réponse est simple et claire : oui. C’est ce qu’explique un ancien ambassadeur, Stéphane Gompertz5. Il souligne qu’il est du devoir d’un diplomate de donner son avis sur une situation, un pays donné, dont il est censé être le meilleur spécialiste. Par contre, le secret des transmissions doit être conservé. Ceci étant dit, il affaiblit sa démonstration en évoquant le cas de deux diplomates qui ont été lourdement sanctionnés pour s’être attaché à dire leur Vérité.

Premier cas. Il faut rappeler qu’un tel cas (celui de l’ambassadeur du Royaume-Uni à Washington) a eu un précédent, en France, il y a tout juste un an, en la personne de l’ambassadeur Eric Fournier. Alors en poste à Budapest, il a été révoqué (mis au placard serait le terme plus approprié) par le Quai d’Orsay à cause d’une note confidentielle jugée trop favorable à Viktor Orban, note qui a fuité dans Mediapart. Étonnamment, le diplomate français n’a pas recueilli le même soutien que Kim Darroch. Il est traité comme un pestiféré, un mouton noir par la corporation des diplomuches. On ne fréquente pas celui qui sent le souffre.

Second cas. C’est le licenciement brutal de Laurent Bigot du ministère des Affaires étrangères. Une personnalité dont Stéphane Gompertz était proche, l’ayant directement eu sous ses ordres : il était jusqu’en 2013 sous-directeur du département Afrique de l’Ouest au Quai d’Orsay. C’est dans ce contexte qu’il a été amené à participer à une conférence sur le Burkina Faso à L’IFRI, où il prédisait la chute probable de Blaise Compaoré. La réunion devait se tenir à huis clos, sauf qu’une vidéo a fuité, déclenchant des protestations diplomatiques. Un an plus tard, alors que la France était engagée dans l’opération Serval au Mali, Laurent Bigot est critique sur l’accompagnement politique de l’intervention française. C’en est trop : le très libéral et expert du « socialisme hôtelier », Laurent Fabius décide de le virer sèchement.

Nous ne nous attarderons pas sur le cas de Nathalie Loiseau, nommée DGA par Alain Juppé, virée par Laurent Fabius mais immédiatement recasée comme directrice de l’ENA par François Hollande. La suite aura amplement démontré l’étendue de ses talents… de gaffeuse professionnelle. Pas plus que sur celui de Gérard Araud qui n’a jamais été sanctionné après son tweet – public et assumé – mis en ligne après l’élection de Donald Trump. La liste de ses bourdes est impressionnante mais il bénéficie de l’appui de multiples réseaux…. Ce qui lui a valu de faire l’une des plus belles carrières de sa génération.

Pour revenir au cœur du sujet, le courage n’est pas la vertu la plus répandue chez les diplomates (Cf. leur attitude pour le moins problématique sous le régime de Vichy). Que ne ferait-on pas pour sauver sa carrière : écrire le contraire de ce que l’on pense pour ne pas déplaire aux princes et à ses éliacins ! C’est un classique du genre, diplomates téméraires s’abstenir… La théorie de la servitude volontaire chère à Etienne de La Boétie a encore de nombreux adeptes dans la Maison des bords de Seine. On y téléphone au cabinet du ministre avant de rédiger un télégramme complexe pour être certain d’être dans la ligne du parti et ne pas courir le risque d’une éviction anticipée. Ensuite, le ministre pourra se targuer de l’avis conforme de ses ambassadeurs. Ils pensent comme lui. Quelle surprise ! N’oublions pas l’attitude intolérable de Laurent Fabius qui interdisait purement et simplement que ses services, y compris le CAPS, évoquent l’idée que le régime de Bachar al-Assad puisse durer. Encore un qui a beaucoup fait pour la liberté de la plume au Quai d’Orsay ! On sait où tout cela a conduit. Le président syrien est toujours fidèle au poste et Laurent Fabius sévit au Conseil constitutionnel et à l’ONU comme représentant personnel du Secrétaire général sur le climat….. Il n’a toujours rien compris à l’essence de la diplomatie : envisager toutes les hypothèses y compris les plus farfelues et les plus invraisemblables pour ne jamais être pris de cours par les évènements.

De tout temps et sous toute latitude, toute vérité n’est pas toujours bonne à dire. Et cela d’autant plus que nous vivons aujourd’hui dans un régime de pensée cadenassée et de parole bâillonnée. Commettre un crime de lèse-vérité vaut souvent quelques ennuis à son auteur ! Une fois encore, la France ferait mieux de balayer devant sa porte avant de s’ériger en parangon de vertu diplomatique. Elle y gagnerait en crédibilité et efficacité sur la scène internationale. Les juristes connaissent bien un principe coutumier très ancien : « la parole est libre, la plume est serve », ce qui veut dire que l’obéissance des procureurs se limite seulement aux réquisitions écrites de sorte que les magistrats du parquet peuvent faire des observations orales librement pendant le procès. Principe qui pose en lui-même problème depuis que la Cour européenne des droits de l’homme a condamné, à deux reprises en 2010 la France, motif pris que les magistrats du parquet n’étaient ni indépendants, ni impartiaux. Pour en revenir au Quai d’Orsay, au fil des ans, le constat est sans appel : la parole est contrainte et la plume est serve.

2 En bon français, les correspondances diplomatiques françaises faisant l’objet d’un cryptage pour conserver leur confidentialité sont qualifiées de « télégrammes diplomatiques ». Il fut un temps – avant la Seconde Guerre mondiale – où elles étaient acheminées comme de vulgaires télégrammes (le petit bleu). L’expression de « câbles diplomatiques » est un anglicisme repris à l’unisson par nos folliculaires incultes. Par souci de respect de notre belle langue française, nous continuerons à utiliser le terme de télégrammes comme celui de courriel en lieu et place de mail.
3 Jean-Paul Pancracio, Télégrammes de l’ambassadeur du Royaume-Uni à Washington à qui profite le crime ?, www.observatoire-de-la-diplomatie.com , 11 juillet 2019.
4 https://www.defense.gouv.fr/sga/le-sga-en-action/droit-et-defense/secret-defense/secret-defense
5 Stéphane Gompertz (propos recueillis par Jean-Baptiste Mendès), « Un ambassadeur doit donner son avis, que cela plaise ou non à son administration », https://fr.sputniknews.com/interviews/201907151041674974-un-ambassadeur-doit-donner-son-avis-que-cela-plaise-ou-non-a-son-administration/ , 16 juillet 2019.
 
 
L’ART DE SAVOIR SE TAIRE ! Ali Baba. « J’ai un avis à vous donner : toutes les fois que vous voudrez parler, taisez-vous ! » (Vicomte de Turenne). C’est bien un conseil que bon nombre de (très) hauts fonctionnaires gagneraient à méditer et, surtout, à mettre en pratique pour éviter le ridicule. Celui dont on dit qu’il ne tue pas. Cette invite vaut à fortiori pour tous ceux qui sont les plus mal placés pour s’ériger en donneurs de leçons à peu de frais. Nous pensons tout particulièrement aux brillants anciens élèves de l’ENA qui ont officié ou officient encore au sein des grands corps de l’État (Conseil d’État, Cour des comptes, Inspection générale des Finances). Et, aujourd’hui, spécialement à l’ancien vice-président du Conseil d’État, le sinistre Jean-Marc Sauvé surnommé « Dégage » après les « printemps arabes » à Pascal Brice, médiocre diplomate, ex-directeur de l’OFPRA, exfiltré à la Cour des comptes tant ses dérives pseudo-humanitaires commençaient sérieusement à inquiéter en haut lieu et à Muriel Domenach, secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR).

LES ÉLUCUBRATIONS DE JEAN-MARC SAUVÉ

Qui ne connait Jean-Marc Sauvé, dit la « Tour de contrôle » ! L’homme qui a tout fait avant de conclure sa carrière comme inique vice-président du Conseil d’État, tout – le meilleur et souvent le pire – hors du Palais-Royal : préfet, directeur des libertés publiques et des affaires juridiques (DLPAJ) au ministère de l’Intérieur, secrétaire général du gouvernement, sorte de vice-premier ministre agissant sans aucun contrôle. Sans parler de sa participation au conseil d’administration de l’ENA au sein de laquelle il défendait la gestion calamiteuse de son ex-directrice, Nathalie Loiseau. Le jeune retraité cumule aujourd’hui quelques fonctions honorifiques (?) : apprentis d’Auteuil, cité internationale de Paris, commission des abus sexuels dans l’église. Mais, ce pleutre de haut vol vient nous donner quelques leçons sur la vie, l’administration, la France alors qu’il est le plus mal placé pour ce faire6. D’une manière générale, Jean-Marc Sauvé, qui n’a jamais fait preuve d’humilité, se caractérise par son côté pontifiant qui n’est pas de mise pour une personne qui a été au cœur de la machine administrativo-politico-judiciaire française dont il dénonce aujourd’hui les dérives : paupérisation, verticalisation de la puissance publique, privation d’activités régaliennes de l’État, absence de stratégie, place des grands corps, excès de la doxa libérale, clanisme, clientélisme, corporatisme. Nous regrettons vivement que ce grand courageux n’ait pas fait preuve d’audace en dénonçant haut et fort tous ces travers lorsqu’il participait à toutes sortes de sauteries à l’Élysée. Pourquoi n’a-t-il pas démissionné avec le panache d’un Pierre de Villiers pour démontrer son mécontentement face aux dérives d’un État partisan ? Vous n’y pensez pas. L’homme est fourbe mais pas courageux.

Nous citerons quelques morceaux de choix de sa prose qui auraient toute leur place dans le sottisier des pseudo grands serviteurs de l’État. Il se veut un défenseur de l’ENA parée des plumes du paon comme des grands corps (il les qualifie de « corps de contrôle »). Il ne faut donc pas changer une équipe qui gagne. Il récuse leurs « privilèges » (« c’est un mythe »). Il faut que tout change pour que rien ne change. Il propose des « critères et des méthodes d’évaluation nouvelles » : lesquelles ? Tout sonne faux dans ce que dit Jean-Marc Sauvé. Il ne souhaite pas transformer le système dont il est le pur produit. Rien sur le scandale des pantouflages et des rétropantouflages, du passage des gens des grands corps dans les cabinets ministériels, dans le privé. Tout ce qui jette le discrédit sur une Fonction publique de l’entre-soi, des privilèges, des beaux quartiers… Connait-il le sens du terme déontologie ? Alors qu’il y a le feu à la Maison, notre bon chrétien ne propose que quelques mesurettes sans aucune incidence sur ce mal français dont il est un de symptômes les plus évidents. Dans quel monde vit ce galopin ? Il ferait mieux de sa taire au lieu de raconter des carabistouilles. Un peu de tenue, s’il vous plait, monsieur l’homme grand (par la taille) mais qui n’êtes pas un grand homme (par le talent) ! Soumission, renoncement, communication, trois termes qui caractérisent parfaitement cette personne qui ne tient que par son costume.

Bravo pour ce monument d’inanité !

LES DÉLIRES DE PASCAL BRICE

Manifestement, ce pervers narcissique n’a rien de mieux à faire à la Cour des comptes que de pérorer sur ses anciennes fonctions de directeur de l’OFPRA. Il a oublié que tout fonctionnaire n’est pas propriétaire de sa fonction, de sa charge comme sous l’Ancien Régime. Que fait le premier président, Didier Migaud pour le rappeler à l’ordre ? Nous avions déjà eu l’occasion de signaler à nos fidèles lecteurs les délires de ce pseudo-humaniste à la petite semaine qui s’érige en étalon moral du droit d’asile en France et en Europe7. Il s’est même illustré avec un ouvrage sur ce sujet qui frise le ridicule8. Ouvrage qui aurait dû lui valoir quelques ennuis administratifs si l’on songe à ceux des colonels Matelly et Legrier pour bien moins que cela… mais eux ne sortaient pas de l’école nationale de l’arrogance (ENA) qu’il serait question de réformer. La vaste blague. Aujourd’hui, ce Pic de la Mirandole de l’humanisme et du droit de l’hommisme de salon et de dîners en ville nous fait une fois de plus la leçon. Que nous raconte cette bonne âme à l’occasion du bombardement d’un camp de réfugiés (une cinquantaine de morts) en Libye par l’aviation du maréchal Haftar ?

« Les efforts sont totalement insuffisants. Cela tient aux difficultés de sortir les gens de Libye, au manque de moyens du HCR et au manque de volonté d’accueil des États… Nous sommes dans une impasse totale. Les migrants ont le choix entre errer en Méditerranée ou mourir bombardés. L’effet simultané du bombardement [près de Tripoli] et de ce qui est arrivé au capitaine du Sea-Watch 3 montre que le statu quo, dont beaucoup s’accommodent, n’est pas tenable »9.

Ce brave homme devrait se souvenir des initiateurs français du chaos en Libye (le délinquant Nicolas Sarkozy et le philosophe BHL) et de la sensibilité du problème de l’immigration en Europe alors que l’Union est incapable de s’accorder sur le plus petit dénominateur commun. N’a-t-il pas encore compris que ce genre de déclarations constitue le meilleur carburant des partis dits « populistes » comme l’a amplement démontré le résultat des élections au Parlement européen du 26 mai 2019 ? Au rythme où vous les choses, ces partis pourraient gagner toutes les prochaines élections et nous en verrions immédiatement les conséquences humanitaires. Pascal Brice ne comprend rien à la France et au monde. Pas glorieux pour un diplomate qui ne manque pas de prétentions !

L’humanisme tempéré, oui, ; l’humanisme irresponsable, version Pascal Brice, non merci pour ce moment de délire.

LA FATUITÉ DE MURIEL DOMENACH

Sur une pleine page du quotidien de référence de Boboland, qui passe son temps à donner la parole à des personnes qui n’ont rien à dire, Muriel Domenach, secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), à la veille de son départ comme ambassadrice, représentante permanente de la France auprès de l’OTAN se livre à un vain exercice de réflexion sur le thème de la radicalisation. En cette période de canicule, Le Monde n’a vraiment rien à se mette sous la dent. Dès les premières lignes, on comprend que cette péronnelle – la fille de son père, sinisant distingué – est bouffie d’orgueil10. Depuis quand, un haut fonctionnaire tire-t-il le bilan de sa propre action, qui plus est publiquement au mépris de son obligation de réserve ?11 Ce serait lui faire trop d’honneur que de reprendre l’ensemble des portes ouvertes qu’enfonce cette nouvelle madame Sans-Gêne sur un sujet aussi sensible et sérieux que la radicalisation. Muriel Domenach excelle dans le charabia technocratique. Elle se rengorge des résultats du bidule qu’elle dirigeait (32 personnes et 64 millions d’euros de budget en 2019) : « Une meilleure compréhension du phénomène et un réseau de vigilance et prise en charge formé et investi, capable de travailler collectivement ». Avec cela, nous sommes pleinement rassurés sur l’efficacité du dispositif français de lutte contre la radicalisation : du déclaratoire et rien que du déclaratoire. Le reste est à l’avenant sans la moindre colonne vertébrale. Citons pêle-mêle : « il n’y a plus de points aveugles dans la politique de prévention. Il y a des axes d’efforts particuliers. Ni déni, ni panique » ou bien « Nous savons qu’il faut porter une attention particulière aux gamins qui ont une propension à la violence alimentée par la religion ». Sans parler de la dimension psychologique, « c’est un sujet délicat… Nous plaidons pour une approche pragmatique » ou « la reconquête se joue aussi sur le terrain social ». Et dire que cette agitée du bocal aura passé trois ans à la tête du CIPDR pour parvenir débiter de telles âneries qui coûtent au contribuable un pognon de dingue. Et le pire est que cette inconsciente semble particulièrement satisfaite de ce qu’elle raconte.

Rappelons, pour mémoire, que ces trois hauts fonctionnaires sont la fine fleur de la technocratie française car formés par et sortis de l’école nationale de l’arrogance (ENA). Ecole qui fut dirigée durant cinq ans (2012-2017) par une narcissique (perverse) qui a pour nom Nathalie Loiseau !

« Il y a beaucoup de gens dont la facilité de parler ne vient que de l’impuissance de se taire » (Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand). Quand le quotidien Le Monde cessera-t-il d’ouvrir ses colonnes à de tels hauts fonctionnaires qui discréditent la Fonction publique française, ayant perdu de vue l’obligation de réserve qui est la leur ? Ces trois petits marquis, chacun dans leur genre comique troupier, prétendent détenir la vérité en pérorant à longueur de journée. Le spectacle qu’ils donnent est affligeant en ridicule, pathétique. Ils excellent dans le goût du banal et de la vacuité, représentants qu’ils sont d’une machine condamnée à l’épuisement (Cf. la crise des « gilets jaunes » qui pourrait reprendre sous d’autres formes en septembre prochain). Leurs énormités déboussolent l’honnête homme. Leur expertise ne vaut pas grand-chose. On comprend mieux pourquoi la France, gérée par de telles billes, est l’homme malade de l’Europe. Là encore l’échec est cuisant. Quand se convertiront-ils à l’art de savoir se taire ? Nous aurions franchi un grand pas sur la voie de la sagesse, de la réforme dont notre pays a le plus grand besoin.

6 Bertrand Bissuel/Patrick Roger (propos recueillis par), Jean-Marc Sauvé : « L’État a été victime de la doxa libérale », Le Monde, 5 juillet 2019, p. 7.
7 Ali Baba, Ah, je ris de me voir si beau en ce miroir, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 mars 2019.
8 Pascal Brice, Sur le fil de l’asile, Fayard, 2019.
9 Julia Pascual, L’impasse des réfugiés bloqués en Libye, Le Monde, 5 juillet 2019, p. 2.
10 Louise Couvelaire (propos recueillis par), Muriel Domenach, Radicalisation : « la reconquête se joue sur le terrain social », Le Monde, 19 juillet 2019, p. 9.
11 Roseline Letteron, Le juge des réfugiés tweetait trop, www.libertescheries.blogspot.com , 17 juillet 2019.
 
 
JUSTICE DE CLASSE, DÉMOCRATIE EN DANGER : CODICILLE – Jean Daspry. Dans notre magazine mis en ligne le 15 juillet 2019, nous avions mis en exergue quelques informations croustillantes sous le titre « Justice de classe, démocratie en danger »12. Force est de constater, qu’en l’espace de quelques jours, de quelques heures, la situation a rapidement évolué sur certains des dossiers évoqués dans cet article. Il nous a paru important de tenir à jour la chronique de tous ces faits divers qui font tout le sel de la République exemplaire. Celle qui nous était promise par une belle soirée de mai 2017 par un jeune et fringuant candidat aux dents longues et à la moralité en bandoulière. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts ministériels avec les affaires Bayrou, Pénicaud, Nyssen, Ferrand, Loiseau et désormais de Rugy. Cela commence à faire beaucoup et à ressembler à quelques républiques bananières de mauvaise réputation !

FRIME ET CHÂTIMENT13

Il n’aura pas fallu moins d’une semaine pour que la défense de l’ex-ministre de l’écologie ne cède sous les coups de boutoir du site en ligne de monsieur Moustache, Edwy Plenel. Un véritable supplice chinois : chaque dénégation du mis en cause entraînant ipso facto une nouvelle révélation encore plus indéfendable moralement. Décidément, le homard avait du mal à passer en dépit de la dénonciation depuis Belgrade par Emmanuel Macron de la « République de la délation »14. Tous ces brillants esprits n’ont toujours pas compris que nous vivions à « l’heure de la justice internet, du défouloir des réseaux sociaux et des téléphones qui filment et photographient plus qu’ils n’appellent ». Pas plus qu’ils n’ont saisi que les citoyens prennent au mot leurs représentants lorsque ces derniers les abreuvent de moralisation de la vie publique, du bon usage des logements sociaux, de la suppression de la réserve parlementaire (votée sous de Rugy !). Par chance, nous n’avons pas eu droit au couplet bien rôdé de la main du zouave Poutine dans la culotte du zouave Pinocchio. Certains devraient prendre garde à leur avenir qu’il s’agisse du chef de l’État (avec ses réceptions somptueuses organisées à Bercy pour valoriser sa candidature à l’Élysée15) ou du président du Conseil constitutionnel (avec son « socialisme hôtelier »). Ils pourraient être bientôt rattrapés par la patrouille… Pour la petite histoire, depuis le début du quinquennat, quinze ministres ont quitté le gouvernement de gré ou de force. Triste bilan que celui de la moralisation de la vie publique en France faute d’exemplarité de ceux qui sont censés donner le bon exemple !16 Triste bilan de la transparence de nos contradictions !17

LE PARQUET S’ENTÊTE SUR TAPIE18

Au parquet de Paris, les courageux ne sont pas légions. Ce serait plutôt le contraire ! Il aura fallu, une fois de plus, les coups de boutoir de mediapart (Laurent Mauduit) pour que les masques tombent enfin19. En l’absence du fourbe procureur de Paris, Rémy Heitz, qui s’était déporté pour cause de conflit d’intérêts avec l’un des prévenus, et sous la pression intolérable de Madame Sans-Gêne, Nicole Belloubet, pour que le parquet fasse enfin appel de la relaxe générale incompréhensible et inadmissible prononcée par le tribunal correctionnel de Paris dans le procès de l’arbitrage du Crédit Lyonnais. Et, c’est reparti pour un tour. Une décision attendue pas avant 2021. La Justice a encore tout le temps de se hâter lentement avant de de trancher ou de ne pas trancher lâchement comme elle en a la coutume : condamner les innocents et blanchir les coupables. D’ici là qu’adviendra-t-il de Nanard et de sa mauvaise troupe ? Nul ne le sait très bien tant l’animal a toujours un tour dans son sac.

DES MARCHEURS À CÔTÉ DE LEURS POMPES20

Même si elle ne fait plus la une des gazettes comme au temps béni de sa notoriété, Loiseau déplumé poursuit dans sa lancée de à Bruxelles et à Strasbourg au sein et dans les couloirs du Parlement européen. Madame et sa bande de Pieds Nickelés (déjà surnommés les « amateurs », ce qui en dit long sur leur arrogance et leur incompétence). Les 21 élus Renaissance (macronistes) ne cessent, à l’instar de leur modèle (Loiseau de mauvais augure) d’accumuler les erreurs, les maladresses, les bourdes, les gaffes dignes de potaches et non d’élus de la République française. Au point que le groupe commence à sérieusement chauffer les oreilles de leurs collègues libéraux mais aussi des autres. Les incongruités Loiseau ont coûté à la délégation sa participation à la conférence des présidents. Nonobstant ses bourdes en communication, la péronnelle est arrivée avec son communicant bien inspiré de chez Havas, Antoine Guéry dans ses bagages. Une valeur sûre pour de nouvelles gaffes. Le président sortant, Guy Verhostadt voit rouge en découvrant les magouilles cavalières de Dauphinelle Clément (plus proche collaboratrice de Demoiselle Ducoulombier dont elle était la directrice des affaires européennes à l’ENA) pour placer ses affidés à la direction du groupe. Et, la liste de toutes les carabistouilles de tous ces olibrius incontrôlables est déjà très longue, déjà bien documentée. Elle s’allonge de jour en jour comme le nez de Pinocchio à l’aune de ses mensonges. Nul ne sait où ceci conduira la Renaissance. Mais, ce dont nous sommes certains est que le groupe dirigé par Nathalie, la blanche colombe n’exercera aucune influence sur les travaux du Parlement européen.

DES OPPORTUNISTES AUX MANETTES

Au Quai d’Orsay, la vie continue. Les néocons tiennent plus que jamais le haut du pavé à lire le JORF du 17 juillet 2019.

Par arrêté du Premier ministre et du ministre de l’Europe et des affaires étrangères en date du 15 juillet 2019, M. Frédéric MONDOLONI, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé chef de service à l’administration centrale du ministère de l’Europe et des affaires étrangères pour exercer les fonctions de directeur de l’Europe continentale à compter du 1er août 2019, pour une durée d’un an. Ancien de la secte, ce diplomate aux multiples réseaux, a servi comme ministre conseiller à l’ambassade de France à Moscou.

Par arrêté du Premier ministre et du ministre de l’Europe et des affaires étrangères en date du 15 juillet 2019, M. David BERTOLOTTI, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé chef de service à l’administration centrale du ministère de l’Europe et des affaires étrangères pour exercer les fonctions de directeur des affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement, à compter du 22 juillet 2019, pour une durée d’un an. Ancien de la secte lui aussi, il avait été récompensé par Laurent Fabius de sa participation à la négociation sur le nucléaire iranien par une belle première ambassade, celle de Jordanie.

Par décret en date du 15 juillet 2019, Mme Hélène DANTOINE est nommée membre du conseil d’administration de SNCF Mobilités en qualité de représentant de l’Etat sur proposition du ministre chargé de l’économie, en remplacement de Mme Solenne LEPAGE. Même si elle n’est pas diplomate, Hélène Dantoine a un rapport personnel avec le Quai d’Orsay (comme nous le relevions la semaine dernière). Cette inspectrice des Finances, remerciée après un long passage chez Total, revient à Bercy (pour combien de temps ?) tout en mettant un pied à la SNCF où les pantoufleurs sont légions à commencer par son PDG, Guillaume Pépy issu de la pépinière du Conseil d’État. Elle n’est autre que l’épouse à la ville de notre nouveau directeur général des affaires politiques et de sécurité du MEAE, un autre néocon issu de la secte, Philippe Errera.

Que le monde de l’entre-soi est étroit ! À quand, un renouvellement de notre haute Fonction publique et un retour d’une authentique méritocratie pour se substituer à la République des coquins, des copains et des cousins ?

Comme le souligne justement le volatil, le « homargate » n’aura pas été totalement inutile. « La démission spectaculaire de Rugy ouvre une période bien sombre pour la politique à la française. La fin des dîners d’État richement arrosés, la fin de la tambouille, la fin des visiteurs du soir, la fin de la gastronomie, la fin des dessous de la République. Bref, la fin de la rigolade ». Après cette leçon de contorsionnisme, nous comprenons mieux le fonctionnement de la monarchie macronienne dans tout ce qu’elle a de machiavélique, mais surtout de vil et de mesquin. Pour répliquer aux critiques venues de toutes part, y compris du parti de la République en godillots, toutes les ficelles sont de sortie. Mais rien n’y fait. Les faits sont têtus. À force d’être une maison tolérante, l’Élysée ne serait-il pas en passe de devenir une maison de tolérance où les frais de fonctionnement explosent ? Il fallait bien un bref codicille pour en prendre pleinement conscience.

12 Jean Daspry, Justice de classe, démocratie en danger, www.prochetmoyen-orient.ch , 15 juillet 2019.
13 Christophe Nobili, Emmanuel Macron en pinçait pour Rugy. Exclusif : François de Rugy justifie sa démission : « ça suffit, j’en ai crustacé ! ». Frime et châtiment, Le Canard enchaîné, 17 juillet 2019, p. 1.
14 Manon Rescan, Fronde des élus contre la « république de la délation », Le Monde, 19 juillet 2019, p. 8.
15 Les réceptions de Macron, Le Canard enchaîné, 17 juillet 2019, p. 2.
16 Éditorial, Vie politique : une exigence de moralisation, Le Monde, 18 juillet 2019, p. 24.
17 Matthieu Caron, L’affaire Rugy, ou la transparence de nos contradictions, Le Monde, 19 juillet 2019, p. 28.
18 Le parquet s’entête sur Tapie, Le Canard enchaîné, 17 juillet 2019, p. 1.
19 Laurent Mauduit, Affaire Tapie : le parquet fait appel, www.mediapart.fr , 16 juillet 2019.
20 À Bruxelles, des Marcheurs à côté de leurs pompes, Le Canard enchaîné, 17 juillet 2019, p. 3.
 
 
RÉSEAUX SOCIAUX OU MUR DES CHIOTTES ? Jean Daspry. « Il n’est pas de baromètre plus souvent auvariable que celui de l’opinion » (Pensées sur l’homme, le mone et les mœurs, Joseph Sanial Dubay, 1813). Le baromètre de l’opinion évolue au fil du temps. Après la presse écrite, c’est au tour de la presse radiophonique détrônée par la télévision de servir de révélateur des signaux forts (souvent), des signaux faibles (rarement) d’une opinion souvent déboussolée. Un temps, l’État utilisa les services de la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) rattachée à la Direction générale de la police nationale pour disposer de capteurs politiques et sociaux. Mais, la DCRG fut noyée dans l’ex-DST au sein d’une nouvelle structure qui eut pour nom DCRI. Telle Lazare, désormais elle est en train de renaître de ses cendres à travers le renseignement territorial. Tout ceci est mineur par rapport au tsunami qui secoua et secoue encore nos sociétés shootées à la « mondialisation heureuse » chère à Alain Minc ainsi qu’aux réseaux dits « sociaux » qui charrient des « monceaux d’ordures » dont les pouvoirs publics se montrent incapables d’endiguer « ce flot immonde » Après le temps béni du monde merveilleux de la toile, vient celui moins reluisant de la fange numérique. Comme toujours, il est bon de prendre le temps de tirer la morale de cette histoire.

BIENVENUE DANS LA MONDE MERVEILLEUX DE LA TOILE

En effet, à la faveur du début du siècle actuel, la situation change de nature avec la révolution de la toile et de toutes ses métastases qualifiées de réseaux sociaux (twitter, facebook, snapchat, instagram, et autres gaités de l’escadron auxquelles les ados sont à croc !). Et, le moins que l’on puisse dire est que ces réseaux dits sociaux sont surtout asociaux tant ils sont des véhicules de haine et des défouloirs à grande échelle. On s’y invective à longueur de journée aux quatre coins du monde et cela en toute impunité. Nathalie Loiseau, dont la réputation d’idiote inutile n’est plus à faire, pratiquait avec maestria l’art de l’invective sur ces réseaux… avec le succès que l’on sait. Mais, elle n’était pas la seule. Tous les ministères ne cessent de twitter, de retwitter on ne sait quoi pour exister. Prendre la température de la société française à un instant « t » conduit ipso facto à consulter le thermomètre qui a pour nom réseaux sociaux qui ne favorisent ni la paix sociale, ni la sociabilité des internautes ! Nombreuses sont les sociétés de consultants qui ont pour seul fonds de commerce l’analyse, le décryptage de la pensée (ce serait plutôt du genre non pensée ou impensée) véhiculée par ces réseaux qui peuvent s’apparenter aux véhicules chargés de vider les fosses septiques. Nos dirigeants politiques, qui peinent à comprendre les évolutions de notre société en pleine mutation, passent le plus clair de leur temps à prendre (faire prendre par leurs veilleurs) le pouls de nos concitoyens sur tout et n’importe quoi. Ceci constitue l’alpha et l’oméga de leur politique de courte vue, sans stratégie, sans cap, sans vision. En lieu et place de penser la politique, concept envisagé dans son acceptation la plus noble, ils s’abaissent à faire de la politicaille, de la basse politique, pour ne pas dire de la basse politique du numérique et, au-delà, de toutes formes de pensée iconoclaste, critique de la pensée unique. Bienvenue dans le monde merveilleux de Manu et de Bijou qui devait nous faire oublier les horreurs de l’Ancien monde en restaurant la confiance dans la vie publique et dans les acteurs publics. À y regarder de plus près, nous en sommes encore à des années lumières (Cf. affaire de Rugy).

HARO SUR LES VECTEURS D’IMMONDICES ET D’ORDURES

Vantant hier encore les immenses vertus de tous ces outils modernes d’acculturation massive, ne voilà-t-il pas que nos élites beinpensantes feignent aujourd’hui de s’émouvoir de ce qui n’était qu’un vulgaire secret de polichinelle ! Les réseaux sociaux serviraient désormais de vecteurs de haine, de racisme, d’antisémitisme, d’homophobie… et d’autres formes de discrimination condamnées par le droit et par la morale. Une « République de la délation » que stigmatise Emmanuel Macron depuis Belgrade. Et, nos bonnes âmes, parlementaires en tête, s’époumonent désormais à stigmatiser de telles dérives intolérables qui se passent dans la patrie autoproclamée des droits de l’homme, des femmes, des farces et attrapes. Mais, heureusement, comme tout un chacun n’est pas sans le savoir, en France tout ne se termine pas par des chansons mais par des lois, une sorte d’inflation normative. À chaque problème, sa loi qui sera aussitôt oubliée tant nous vivons sous le règne de la politique de l’essuie-glaces : un évènement chasse l’autre à la vitesse de l’éclair. Aujourd’hui, c’est une loi contre la haine en ligne (dite loi Avia du nom de la parlementaire qui porte ce texte) qui va tout résoudre21. Mais, accessoirement, confier la décision aux plateformes concernées (GAFAM) de gérer elles-mêmes la notion de haine plutôt que recourir à ce que prévoit la justice constitue une sortie du cadre légal dangereuse pour la liberté d’expression22. Liberté d’expression mal traitée par Jupiter et sa horde de chiens de garde de la République en godillots !23 « Revoilà la censure, revoilà Anastasie, vêtues des habits neufs de la high-tech. Et qui tiendra les ciseaux ? Les géants du Net, chargés de dire le bien et le mal, le vrai et le faux, le licite et l’illicite… Exit le juge, au revoir la liberté bienvenue dans le monde merveilleux policé par les géants du Net et leur discours bien net ». Par certains aspects, l’innovation technologique n’est-elle pas le meilleur allié des régimes autoritaires ?24

MORALE DE L’HISTOIRE

« Le discours sur internet risque ainsi de devenir aseptisé, confit dans le politiquement correct. Le plus grave dans cette loi est que tout le monde, y compris les parlementaires, semble avoir oublié que la liberté d’expression s’exerce librement, sauf à rendre compte a posteriori d’éventuelles infractions devant le juge pénal. Ce principe libéral qui constitue le socle du régime français des libertés publiques est battu en brèche sans réel débat. Considérée sous cet angle, le pire de la loi Avia est sans doute de témoigner du déclin de la liberté dans l’esprit public lui-même » 25

Soyons sérieux un seul instant ! Quand comprendrons-nous que tous ceux qui se commettent sur ces réseaux sociaux se rabaissent au lieu de se grandir tant tous ces gadgets ne sont que de vulgaires instruments privilégiés de nivellement par le bas ? Ce qui vaut pour le citoyen normal vaut à plus forte raison pour nos dirigeants politiques, nos hauts fonctionnaires, nos élites autodésignées, nos faiseurs d’opinion, notre clergé médiatique. Telle est la triste réalité d’une société caractérisée par un affaissement moral croissant, par la confusion coupable entre vecteur et contenu. Vouloir le progrès est une chose, en accepter les dérives les plus lamentables en est une autre ! C’est malheureusement ce que nos élites bienpensantes ne semblent pas avoir compris en dépit des retours d’expérience lamentables. Errare humanum est, perserverare diabolicum ! Il faut se rendre à l’évidence, les réseaux sociaux ne sont que de vulgaires murs des chiottes, et nous pesons nos mots. Nous n’avons malheureusement pas encore trouvé de meilleurs termes pour décrire une réalité aussi peu reluisante.

21 Martin Untersinger, L’Assemblée vote la loi contre la haine en ligne, Le Monde, Économie & Entreprise, 10 juillet 209, p. 13.
22 Louise-Marie Horeau, Envoyez la censure, Le Canard enchaîné, 10 juillet 2019, p. 8.
23 Alexandre Lemarié, LRM : le fonctionnement vertical d’un mouvement horizontal, Le Monde, 9 juillet 209, p. 10.
24 Graham Allison, « Pour l’innovation technologique, s’appuyer sur une État autoritaire présente beaucoup d’avantages », Le Monde Idées, 10 juillet 2019, p. 25.
25 Roseline Letteron, La haine sur internet, ou la police exercée par les GAFA, www.libertescheries.blogspot.com., 10 juillet 2019.

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