Observatoire Géostratégique

numéro 244 / 19 août 2019

ORIENT-ATIONS 241

HEDY BELHASSINE NOUS DIT : « MACRON, L’AMI DES TUNISIENS » – Le père a trépassé. Toute la famille tunisienne est rassemblée. Devant la mort, les querelles et les animosités s’effacent. Même les plus farouches rivaux d’hier s’inclinent. C’est dans le deuil que se mesure l’humanité des vivants. Derrière le cercueil on compte les défections. Le négligeant sera à jamais méprisé. Il n’est pas venu à l’enterrement chuchoteront les indignés. Si Mohamed Béji Caïed Essebsi, Président vénéré de la nation est mort le jour anniversaire de la fondation de la République. Ce n’était pas un hasard, seulement l’ultime élégance d’un homme bien élevé respectueux des convenances républicaines. Les intégristes impénitents auront noté qu’Allah ne lui a pas permis d’expirer un saint vendredi et qu’il n’a pas été enterré dans les délais prescrits. Qu’importe, pour avoir de son vivant abondamment cité le coran à bon escient, l’homme était en règle avec sa conscience. Il était au sens propre du terme, un séculier, un homme de son époque que le grand âge n’avait pas enfermé dans le conservatisme et l’aigreur des bigots. Il a éclairé le peuple et défendu la cause des femmes ; l’Histoire dira la part de lumière qui lui revient de l’héritage de Bourguiba. Si Béji devait son charisme à son sourire toujours bienveillant et à sa bonne humeur permanente. L’homme n’était jamais maussade, il donnait l’impression d’aimer pareillement les bonnes et les mauvaises surprises de la vie. Ce comportement fataliste qui est une règle de bienséance dans l’aristocratie tunisoise s’était bonifiée avec l’âge. Ses mimiques, sa gestuelle, son vocabulaire, absolument tout chez lui était authentiquement tunisien. Aucun homme politique – pas même Bourguiba – n’a jamais partagé cette intime complicité avec son peuple. Son comportement trahissait avec fierté son identité, sa nationalité, sa tunisianité. Pour le comprendre, il faut aller le surprendre – dans une séquence filmée après une interview au studio de Shems FM – fredonner l’hymne à la vie de la célèbre et regrettée diva Oulaya dont il proclamait que « jamais elle ne mourra ». Dans les pensées de chaque Tunisien, Béji aussi vivra éternellement. Les Tunisiens ont suivi à la loupe les détails des funérailles nationales à l’organisation impécable. Ils ont compté les amis présents et jugé la sincérité de leur comportement. À l’exception notable de l’Italien, aucun chef d’État ou de gouvernement du voisinage ne manquait à l’appel. L’Algérien, le Libyen, le Maltais, l’Espagnol, le Français et même le plus lointain Portugais. Du Proche Orient ne s’étaient déplacé que le Président Palestinien et l’Émir du Qatar. Bien entendu, ces présences à haut niveau ou a minima ont une signification éminemment diplomatique. Pour les Tunisiens, elles dessinent le cercle de leurs amis au nombre desquels il faut ajouter tous les pays qui ont décrété un deuil national et mis leur drapeau en berne comme la Jordanie, l’Égypte, le Liban, la Mauritanie et même Cuba. Les discours d’hommages prononcés par les chefs d’États avaient valeur d’engagement envers une Tunisie en situation d’incertitude politique et de détresse économique. De ce point de vue le message du Président Algérien Ben Salah qui assure l’intérim d’une transition délicate et celui du Président Libyen Sarraj qui affronte une guerre civile auront été malgré ces circonstances, très réconfortants. Celui de Felipe VI s’exprimant en français fut sans surprise celui d’un grand d’Espagne. Celui d’Emmanuel Macron fut en tous points exemplaire. Dans une courte improvisation il a rendu hommage à l’homme, son pays, sa famille et complétant la parole par le geste, il a embrassé comme du bon pain sa veuve. À la mode tunisienne.

Il connait nos usages, il est des nôtres ont pensé tous les Tunisiens en le voyant sur les écrans de télévision.

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MICHEL ANNEQUIN NOUS DIT : HALTE A CE DOLLAR QUI ETOUFFE ET SEME LA MORT, 25 juillet. La toute puissance américaine se manifeste d’abord travers le dollar et non sa capacité à mobiliser ce qui reste et demeure la plus puissante armée du monde. Il y a, en effet,  plus puissant que les canons de ses porte-avions: ses banques et sa banque centrale. Elles continuent à faire la loi. La crise de 2010 n’y a rien changé. Et pour cause. Si à l’intérieur du pays le dollar permet de maintenir l’illusion du bonheur et de la réussite, à l’extérieur il permet aux Etats-Unis de faire la loi. Pourtant les experts sont formels, la domination financière exercées par les Etats-Unis repose aujourd’hui sur une imposture. Si l’on devait se fier aux chiffres de l’économie réelle, les Etats-Unis ne devraient pas être en position de dicter au reste du monde ce qu’il doit faire. Mais voilà, les américains se sont débrouillés pour garder les clefs de la boutique. Si leur influence est supérieure à ce qu’elle devrait être c’est qu’il continuent à déterminer les règles du jeu dans trois domaines clés de l’économie mondiale : la production, la finance et la connaissance. Grâce à cela, « l’Amérique peut se servir du dollar comme d’une arme », constate l’analyse français Charles Gave, fondateur et président de Gavekal Research. Autrement dit, la Maison-Blanche peut actionner le levier du dollar pour écraser toute velléité d’émancipation de sa tutelle ou contraindre un adversaire à mettre un genou à terre. Ce qu’elle a entrepris avec la Russie. Si certaines économies ne décollent pas, si certains pays n’arrivent pas à sortir de leur marché intérieur c’est à cause de ce veto invisible. De nombreux pays essaient de se soustraire à la domination américaine en se tournant vers les crypto-monnaies par exemple. Mais là encore, les Etats-Unis essaient d’imposer leur modèle. La prétendue plus grande démocratie du monde, si prompt à donner des leçons, n’accepte pas en réalité de jouer à égalité avec ses partenaires. Elle veut des règles taillées sur mesure et à sa mesure. Sa conception de l’argent roi a poussé l’économie mondiale vers l’hyper-financiarisation et l’hyper-profit. Le résutats ce sont des dégâts humains et environnementaux, des conflits territoriaux, des haines entre communautés religieuses exacerbées. Le dollar sans foi ni loi a tout simplement pourri nos existences. Il est l’expression « d’un capitalisme qui sème la mort », selon le philosophe Michel Onfray.
 
 
LE QUAI D’ORSAY, DINDON DE LA FARCE ! Jean Daspry. L’argent est le nerf de la guerre, a-t-coutume de dire. Il est aussi le nerf de la diplomatie. Rappelons qu’une politique étrangère – la diplomatie étant sa mise en œuvre – qui se respecte est constituée de quatre principaux éléments : une stratégie, une tactique, une volonté et des moyens adaptés pour les mettre en œuvre. Moyens humains et moyens budgétaires. Or, que constate-t-on au fil des décennies ? Que le budget du ministère des Affaires étrangères est en constante diminution alors que ses objectifs sont en constante augmentation. Au siècle dernier, quelques anciens responsables de la diplomatie française – de droite comme de gauche – se lamentaient contre les coupes budgétaires régulières opérées par les petits marquis de Bercy. Ils écrivaient que le Quai d’Orsay était à l’os tant le muscle avait disparu. Mais, l’outil diplomatique ne représente rien budgétairement (1%) et politiquement (pas de groupe de pression). De plus, le diplomate n’est pas du genre revendicatif et les syndicats de la Maison n’ont pas la culture du combat. Ce serait plutôt du genre syndicalistes le petit doigt sur la couture du pantalon en échange de quelques promotions rapides, affectations agréables, breloques bleues ou rouges en récompense de bons et loyaux services. Ainsi, va la vie au sein de la Maison des bords de Seine. Les sujets internationaux importants sont traités au château par quelques conseillers incompétents et autres visiteurs du soir, les ministres ayant leur bureau près du terminal Air France des Invalides sont désormais de simples figurants dans un vaudeville de piètre qualité. Les diplomates s’agitent dans un théâtre de guignols faute de pouvoir agir sur le cours de l’Histoire.

En plein Tour de France cycliste (le président de la République se rend à la rencontre des héros de la petite reine dans les Pyrénées), les crânes d’œuf de Bercy rendent leurs premiers arbitrages avant l’adoption définitive du budget pour l’année 2020. Et comme dans les écoles d’antan, il y a les bons et les mauvais élèves, les cigales et les fourmis. Chacun se voit attribuer sa feuille de route pour qu’il puisse préparer en connaissance de cause le projet de loi de finances (PLF pour les connaisseurs) à l’automne prochain. Les promesses n’engageant que ceux qui les reçoivent, nos fonctionnaires à la calculette à la place du cœur peaufinent la « trajectoire budgétaire » en fonction des hypothèses macroéconomiques et des chèques généreusement distribués de ci de là à quelques contestataires bruyants, style « gilets jaunes » par le PR. Ce qui veut dire que rien n’est acquis jusqu’au dernier moment.

Qu’apprend-on de ce premier tour de pédale budgétaire réalisé par le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin et de sa cohorte de « cost killers » ? Quatre grands domaines prioritaires ont été définis dans les « fonctions régaliennes de l’État » : défense, justice, intérieur, écologie. En termes d’espèces sonnantes et trébuchantes, viennent par ordre de priorité décroissante : les Armées, l’éducation nationale et la jeunesse, les solidarités et la santé, intérieur, justice, la transition écologique. Hors aide publique au développement (+ 0,20%), le budget du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ne bouge pas (0%). Mais, les joueurs de bonneteau de Bercy sont bons joueurs et expliquent que, grâce à une réduction des réseaux de l’État à l’étranger, le Quai d’Orsay verra une stabilisation de ses crédits1. En un mot, on vous réduit la voilure. Ainsi, grâce à cette cure d’amaigrissement imposée, vous vous porterez mieux et vous serez plus agiles. Que demande le peuple ! Le Quai d’Orsay est mis à la diète, année après année tout en étant mis à contribution pour le financement de quelques sauteries diplomatiques qui amusent le Prince mais ne sont d’aucune utilité opérationnelle. Il a donc pu éliminer le gras inutile et afficher ainsi une sveltesse de bon aloi. De toute manière, comme les diplomates ne servent à rien – le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères n’apparait plus dans la liste des départements ministériels régaliens -, ils en ont déjà trop. Conclusion : le bureau des pleurs est fermé. Circulez, il n’y a rien à voir. Contentez-vous de vous amuser dans votre bac à sable et ne nous ennuyez pas ! Mais, chaque année, à la fin du mois d’août, les présidents de la République qui se succèdent réunissent les ambassadeurs dans la salle des fêtes de l’Élysée pour leur marteler que l’action extérieure de la France est la priorité de l’État, que la diplomatie française doit se déployer aux quatre coins de la planète, résoudre toutes les crises qui frappent le monde, distribuer de l’argent que nous n’avons pas aux pays pauvres, défendre l’usage de la langue française en parlant anglais, faire de la gastronodiplomatie avec des produits congelés de chez Picard, faire la leçon aux démocratures et démocraties illibérales…. Mais, il y a un sous-entendu à ce type de discours, faites au mieux avec des bouts de ficelle (Cf. les « laptops » ou ambassadeurs de pacotille). Il faut apprendre à se serrer la ceinture et vivre au-dessus de ses moyens. Comme nous le rappellent régulièrement nos partenaires, la France a coutume de vouloir voyager en première classe avec un billet de classe économique. Au rythme où vont les choses, certains esprits taquins s’interrogent. Si le ministère des Affaires qui lui sont étrangères n’a plus aucune utilité si ce n’est marginale, pourquoi ne pas le supprimer ? Puisque les néocons tiennent le haut du pavé au 37 Quai d’Orsay et vont chercher leurs instructions directement à Washington, pourquoi conserver un outil diplomatique aussi inutile qu’inefficace ? L’hôtel du ministre pourrait être vendu à quelques investisseurs venus de quelques pétromonarchies du Golfe pour le transformer en hôtel Palace comme ce fut le cas en son temps avec les locaux de l’avenue Kleber. Ceci permettrait de combler le déficit abyssal du budget de l’État et de faire œuvre utile pour la Res publica. Le président de la République étant omniscient, il n’a nul besoin de diplomates pour lui expliquer le monde. Il peut s’en passer et continuer à faire des erreurs grossières qui font sourire dans les chancelleries étrangères.

En définitive, le budget 2020 n’échappera pas à la règle traditionnelle. Le Quai d’Orsay sera le dindon de la farce ! Et, comme tout bon masochiste qui se respecte, il en redemande pour ne pas déplaire aux princes qui sont censés nous gouverner.

1 Audrey Tonnelier/Nathalie Guibert/Jean-Baptiste Jacquin, Budget : les ministères reçoivent leur feuille de route, Le Monde, 18 juillet 2019, p. 8.
 
 
RETOUR DE BÂTON LIBYEN – Jean Daspry. À l’évidence, il est toujours mal aisé au pyromane de se transformer brusquement en pompier. Manifestement, les Occidentaux sont parfaits dans le rôle de pyromane. Ils maîtrisent à la perfection l’art d’allumer le feu en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie… Par contre, ils pêchent par leur incapacité à gagner les guerres de longue durée, en un mot à gagner la paix. Souvent, la situation est pire après leurs interventions militaires qu’avant. Le « peace making », et le peace building » ne sont que des concepts creux débités dans les colloques de la bienpensance où il est strictement interdit de soulever les questions qui fâchent, de dire la Vérité avec un « V » majuscule. Dans cet exercice d’empêcheur de tourner en rond, de fouteur de pagaille, ou de façon plus triviale, « de fouteur de m.. », la France éternelle mérite une mention spéciale, un prix du jury.

LA PAGAILLE MALIENNE ET SAHÉLIENNE

Après une intervention éclair au Mali pour sauver le pays du péril islamiste, François Hollande venait parader à Gao en déclarant urbi et orbi que c’était le plus beau jour de sa vie. Aujourd’hui, le Mali est plus divisé que jamais en proie à la corruption au népotisme, à l’emprise de l’islam radical. Tout le Sahel est gangréné par les trafics en tous genres, mais surtout par l’internationale du terrorisme. Mais, aussi les soldats français de la force Barkhane – qui font un travail formidable en raison de leur nombre rapporté au territoire à surveiller – sont considérés comme une force d’occupation et sont la cible privilégiée de tous les ressentiments dans la région, de tous ceux dont ils perturbent les trafics. Quand voudra-t-on bien tirer les leçons de ce fiasco ?2 Quand Emmanuel Macron voudra-t-il bien passer du pas de charge (sa diplomatie néocon) au gant de velours (une diplomatie du « soft power ») ?3

LE BOURBIER LIBYEN

Mais, il y a pire encore avec l’exemple libyen, opération illégale au regard des engagements souscrits dans la résolution 1973 du Conseil de sécurité. Nicolas Sarkozy a joué au petit chef, au petit caïd du 92 allant même jusqu’à faire exécuter le président légal, Mouammar Khadafi sans l’avoir fait juger. Oubliée la Cour pénale internationale où sera expédié le président de la Côte d’Ivoire, laurent Gbagbo. Passons ! Le plus grave est que, presqu’une décennie plus tard, la Libye est entrée dans la catégorie des États faillis en proie à une guerre civile sans fin, exportant l’instabilité et le terrorisme à ses frontières, transformant la Méditerranée en cimetière pour migrants… Or que font la France donneuse de leçons, son impérial président de la République, ses diplomates aux ordres pour tenter de ramener le calme dans un pays particulièrement instable ? Pays dont il convient de rappeler que le stratège philosophe, BHL ignorait qu’il était éclaté, divisé entre clans, tribus… et que la moindre étincelle mettrait le feu à l’édifice dans le temps et dans l’espace. Jupiter organise quelques conférences sans lendemain à la Celle Saint-Cloud ou à l’Élysée promettant des élections qui ne se sont jamais tenues, distribue de bonnes paroles à Sarraj tout en armant son opposant le plus farouche Haftar. Et, dans la semaine écoulée, seul ou avec quelques volontaires de l’Union européenne, pratiquent la diplomatie de l’agitation, du ventilateur pour donner l’impression qu’il agit, qu’il a prise sur l’évènement. De quoi s’agit-il ?

Sur un plan français, Emmanuel Macron a exhorté le 22 juillet 2019 la Libye à mettre fin à « l’enfermement » des migrants en transit sur son territoire et à les « mettre en sécurité » après des bombardements de camps de réfugiés dans ce pays plongé dans le chaos. « Nous avons une priorité qui est humanitaire, qui est la situation aujourd’hui en Libye », a déclaré le chef de l’Etat français à l’Elysée à l’issue d’un entretien avec Filippo Grandi, Haut-Commissaire de l’ONU pour les réfugiés, et António Manuel de Carvalho Ferreira Vitorini, directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). « Nous avons assisté en effet à des bombardements de camps de réfugiés, nous avons encore eu ce matin des attaques qui ont été faites à l’encontre des camps et de bâtiments du HCR (Haut-commissariat aux réfugiés), une situation extrêmement préoccupante qui menace chaque jour la vie des réfugiés », a-t-il indiqué. « C’est une demande insistante de la France à l’égard des autorités libyennes de mettre fin à l’enfermement (…) de ces populations et de permettre en lien avec le HCR, l’OIM et l’ensemble des forces en présence, que ces personnes qui sont en transit puissent être mises en sécurité », a-t-il ajouté.

Après cette déclaration virile, nous sommes pleinement rassurés surtout si c’est une « déclaration insistante de la France à l’égard des autorités libyennes ». Lesquelles ? Ont-elles le pouvoir de mettre de l’ordre dans un pays en proie au désordre depuis 2011 auquel la France a largement contribué. Bel exercice de diplomatie déclamatoire démontrant l’impuissance de notre pays !

Sur un plan européen, modèle petit format, quatorze Etats membres de l’Union européenne ont donné le 22 juillet 2019 à Paris leur accord de principe à un « mécanisme de solidarité » de répartition des migrants, porté par la France et l’Allemagne, a déclaré Emmanuel Macron, qui a fait état d’une participation « active » de huit d’entre eux. « Nous devons renforcer l’efficacité de notre solidarité entre Européens », a déclaré le chef de l’Etat français à la presse à l’Elysée après un entretien avec Filippo Grandi, Haut-Commissaire de l’Onu pour les réfugiés, et António Manuel de Carvalho Ferreira Vitorini, directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). « La conclusion de la réunion de ce matin (entre les ministres européens des Affaires étrangères et de l’Intérieur-NDLR) est que sur le principe, 14 Etats membres à ce stade ont donné leur accord sur le document franco-allemand », a-t-il poursuivi. « Parmi ces 14, huit Etats membres ont de manière active acté de leur coopération et donc de leur participation ».

Bel exemple de solidarité à 27/28 pour régler un problème lancinant que de demander une action à la carte ! Bel exemple de naufrage de l’Union européenne sur un sujet qui fait le lit des « populismes ».

Pour ce qui le concerne, l’auteur de cette immense pagaille, Nicolas Sarkozy fait parler de lui.

Nicolas Sarkozy a de nouveau plaidé le 22 juillet 2019 la thèse du « complot » dans l’affaire du possible financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, un scandale « crapuleux » pour lequel les responsables auront selon lui à « rendre des comptes ». L’ex-président a été mis en examen en mars 2018 notamment pour financement illicite de campagne électorale et corruption passive dans ce dossier, toujours sur le bureau des juges sept ans après des révélations de Mediapart et le début de l’enquête. En clair, il est soupçonné d’avoir reçu de l’argent du régime de Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne victorieuse, ce dont il s’est toujours vigoureusement défendu. « Pour moi, il y a une seule chose qui est importante, c’est que les Français aient la vérité, toute la vérité », a dit Nicolas Sarkozy à BFM TV en marge d’une séance de dédicaces de son dernier ouvrage, Passions, à La Baule. « Ça fait sept ans qu’on leur ment, la vérité commence à éclater », a-t-il ajouté, en référence à de récents articles du Journal du dimanche alimentant la thèse d’une « machination ». « Ceux qui sont responsables de ce scandale politique, médiatique, crapuleux, tous auront à rendre des comptes de ce qu’ils ont fait », a encore déclaré l’ancien chef de l’Etat, sans dire à qui il pensait. « Chacun de ceux qui sont derrière ce complot auront à en rendre des comptes », a-t-il insisté. Dans son édition du 14 juillet, le JDD a mis en doute l’authenticité d’un document présenté en avril 2012 par le site Mediapart comme étant une note d’un dirigeant des services de renseignement libyens et faisant état d’un accord pour soutenir sa campagne à hauteur de 50 millions d’euros. L’hebdomadaire s’appuie sur l’interview d’un homme présenté comme un ex-collaborateur de Ziad Takieddine, El-Mahfoud Ladib, selon qui le sulfureux accusateur de l’ex-président était en possession de ce document avant sa publication par Mediapart. Ziad Takieddine a par la suite démenti par l’intermédiaire de son avocate, Me Elise Arfi, avoir eu en main un tel document. Sur son blog, le site d’investigation Mediapart a, pour sa part, qualifié de « fiction » l’article du JDD et rappelé que Nicolas Sarkozy s’était désisté il y a peu d’une action en diffamation contre Ziad Takieddine.

Nicolas Sarkozy renoue ainsi avec sa diplomatie de l’anathème, criant à la « machination » contre ceux qui l’accusent d’avoir touché quelques espèces sonnantes et trébuchantes de l’immonde ex-président libyen pour financer sa campagne électorale. Il en vrai qu’il en connait un rayon en matière de coups tordus et que sa place devrait être à La Haye, jugée par la très fameuse Cour pénale internationale (CPI) pour répondre de ses crimes de guerre, de ses crimes contre l’humanité, de ses violations du droit international, des droits de l’homme…

Manifestement, notre clergé médiatique ne pense pas, ne réfléchit pas aux causes profondes de cette immense pagaille que nous avons largement contribuée à instaurer sur le continent africain. Il est vrai que ces « toutologues » ne sont pas payés pour réfléchir mais pour resservir les éléments de langage (EDL) qu’ils récupèrent auprès de « spindoctors » de notre guide suprême et de sa porte-parole qui ignore la présomption d’innocence. Du passé, on fait rarement table rase. Voilà l’impasse à laquelle conduit ceux qui ignorent les leçons de l’histoire et croient aux multiples vertus de la militarisation de la diplomatie ! C’est ce que l’on pourrait qualifier de manière plus prosaïque le retour de bâton libyen comme au théâtre de guignol…

2 Claude Angeli, Un chef déprimant reçu à l’Assemblée, Le Canard enchaîné, 24 juillet 2019, p. 3.
3 Cédric Pietranlunga, Macron, du pas de charge au gant de velours, Le Monde, 23 juillet 2019, p. 6.
 
 
MACRON, EXPERT EN MÉDIATIONS FOIREUSES – Jean Daspry. On connaissait le président de la République française, Emmanuel Macron actif, pour ne pas dire hyperactif sur la scène internationale et européenne. On connait désormais une autre facette de la diplomatie jupitérienne. Elle a pour nom médiation. Quelle est la définition de ce concept bien connu des diplomates que nous en donne le Petit Larousse (édition 1999) ? Il s’agit d’une « procédure de règlement des conflits qui consiste dans l’interposition d’une tierce personne (le médiateur) chargée de proposer une solution de conciliation aux parties ». Quant au médiateur, il est décrit comme quelqu’un « qui sert d’intermédiaire, d’arbitre, de conciliateur » ! Les experts pointus en droit international font une différence entre conciliation, médiation, arbitrage, chacune ayant sa spécificité. Tenons-en nous à des concepts simples pour la commodité de l’exposé. Le moins que l’on puisse dire est que le chef de l’État, tel un pompier accourant promptement avec sa lance incendie, est pris d’une sorte de frénésie de règlement des conflits aux quatre coins de la planète. Il serait atteint d’une « médiationite » aigüe selon quelques experts avisés des relations internationales qui ne font pas étalage de leur science sur les chaînes d’abrutissement en continu. Une sorte de Zorro du XXIe siècle qui n’entend que son bon cœur pour apaiser les souffrances des peuples et les maux de la terre. Nous limiterons notre propos à trois médiations dont on ne peut pas dire qu’elles aient été des francs succès ni pour l’intéressé, ni pour la diplomatie française. Nous serions plutôt dans le genre débandades diplomatiques de haut vol dont il n’existe aucune raison objective de se vanter.

LA MÉDIATION LIBYENNE

Peu après sa prise de fonctions, notre inspecteur des Finances et des foyers de crise, découvre que la Libye se trouve dans une situation de plus en plus chaotique depuis la brillante intervention occidentale de 2011 dans ce pays. Les métastases gangrènent le pays, le Sahel et la Méditerranée sur son flanc sud mais aussi sur son flanc nord. La Libye, c’est le chaos permanent. Emmanuel Macron décide que cela ne peut plus durer. Ni l’ONU, ni l’Union africaine ne semblent capables de régler cette épineuse question. Mais, notre grand homme décide de réunir à la Celle-Saint-Cloud quelques « happy fews » – indisposant au passage tous les absents et ils sont nombreux – et pond une « feuille de route » qui a tout d’une feuille de vigne, peinant à masquer que le roi est nu. Fort de son insuccès, il réunit quelques mois plus tard les frères ennemis, Sarraj et Haftar à Paris, jurant qu’il a trouvé la clé du problème : l’organisation d’élections en décembre 2018. La réconciliation est sur les rails. La paix est de retour après une décennie de chienlit.

Résultat : les élections n’ont jamais eu lieu, la pagaille est de plus en plus énorme, les affrontements entre factions rivales tournent à la guerre civile, la duplicité française apparait au grand jour (appui diplomatique à Sarraj et en même temps appui militaire à Haftar) … La France est épinglée à l’occasion d’une affaire de missiles américains qu’elle aurait livrés à Haftar en contravention de quelques embargos onusiens4. La médiation française a fait pschitt…

LA MÉDIATION IRANIENNE

Donald Trump n’apprécie pas plus le multilatéralisme que les chiffons de papier (qui ont pour nom traités, accords internationaux…) qui lieraient les mains du peuple à la destinée manifeste. En deux temps trois mouvements, il se libère de l’accord de Paris sur le climat (COP21) et déchire l’accord conclu avec les Iraniens et les Européens sur le nucléaire. Non content de violer la règle Pacta sunt servanda, il estime que ce sont les Iraniens qui sont fautifs pour de multiples raisons n’ayant pas le moindre rapport avec la question nucléaire. Et, pour le punir, il multiplie les trains de sanctions à l’encontre de Téhéran, fait monter la tension pour amener a quia le régime de mollahs. En dehors de quelques mots aimables, les Européens excellent dans leur sport favori, la diplomatie du verbe, pour ne pas dire la fameuse diplomatie de la culotte baissée jusqu’aux chevilles. Mais, c’est mal connaître, Jupiter-Pinocchio. Son sang ne fait qu’un tour face à cette situation inextricable. Il sort son joker qui a pour nom médiation. Mais, c’est bien sûr et les choses vont rentrer dans l’ordre. À deux reprises (juin et juillet), il dépêche à Téhéran son nouveau conseiller diplomatique Emmanuel Bonne. Le seul problème est que les ayatollahs ne l’ont pas à la bonne, pas plus que son menteur de mentor, Pinocchio. En Perse, on n’apprécie guère les petits télégraphistes5. Le « couillonologue » (Jacques-Marie Bourget) jupitérien est renvoyé à ses chères études.

Résultat : La médiation française a fait pschitt… Il ne pouvait en être autrement tant elle n’en était pas une pour les raisons maintes fois exposées sur notre site. En prime, les Iraniens, qui possèdent une diplomatie talentueuse (qui n’a rien à voir avec celle des Pieds Nickelés de Jean-Yves Le Chouchen, l’homme qui craint des « accidents au Proche-Orient ») nous font un cadeau empoisonné. Ils procèdent à l’arrestation d’une chercheuse franco-iranienne, Fariba Adelkhah6. On ne sait jamais, cela pourrait servir de monnaie d’échange, le moment venu… et cela plombe la médiation française7.

LA MÉDIATION SERBO-KOSSOVARE

Après les brillantes festivités du 14 juillet – qui soit dit au passage nous coûtent un pognon de dingue -, le président de la République file vers la Serbie, alourdissant ainsi son bilan carbone personnel, lui qui prêche pour un environnement propre. Emmanuel Macron prend sa canne et son chapeau pour « renouer un dialogue très dégradé avec les Serbes »8. Encore un État avec lequel nos relations diplomatiques sont mauvaises. Emmanuel Macron a accumulé les gaffes avec son homologue : non invitation aux cérémonies du 11 novembre 2018, annulation de la visite à Belgrade pour cause de crise des « gilets jaunes », report en juillet de la rencontre France/Allemagne/Serbie/Kosovo initialement prévue au début du mois de juillet pour cause de G20 et d’agenda surchargé. Une fois encore, le magicien Pinocchio sort un nouveau lapin de son chapeau : une énième médiation pour régler le problème ancien entre Serbes et Kosovars. Ni plus, ni moins… Emmanuel Macron fait du règlement de ce contentieux – dans lequel il entend s’impliquer par une réunion prochainement à Paris destiné à rétablir le dialogue entre Belgrade et Pristina – un préalable à l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne. En pleine crise du « Brexit », est-il raisonnable que l’Union européenne continue à s’élargir ? Tel ne semble pas l’avis de Loiseau électrocuté lors d’une récente intervention à France Inter. Rien n’est pensé, tout est toujours improvisé. Un nouvel et excellent exemple de la diplomatie du ventilateur, de la diplomatie de l’essuie-glaces.

Résultat : La médiation française va vraisemblablement faire pschitt…tant elle est très mal ficelée. Une fois encore, il est curieux qu’un Européen convaincu comme Emmanuel Macron tire la couverture à lui, ne proposant pas aux 27/28 (un dialogue conduit sous l’égide de l’UE est au point mort depuis plusieurs mois) et au NATO (expert en bombardements en Serbie) de régler un problème que ces imbéciles ont contribué à créer comme celui du Kosovo (état mafieux cher à Bernard Kouchner, président d’affaires sans frontières, ASF). Comme nous cessons de le répéter, l’une des conditions du succès d’une médiation tient dans son caractère confidentiel, secret. Par ailleurs, il est vrai que la Serbie du président Aleksandar Vucic n’est pas un modèle de vertu en termes de défense des droits de l’homme. La presse et la justice sont sous contrôle et la corruption explose9. Peut-on imaginer qu’un tel État puisse intégrer l’Union européenne sous la condition qu’il règle son contentieux avec le Kosovo ? À quand le Kosovo dans l’Union européenne ? Notre président abuserait-il de l’usage de substances illicites,

Mais, nous n’avons pas encore tout vu et tout entendu puisque l’on nous annonce l’idée d’une proposition de conférence européenne que défend Emmanuel Macron, une sorte de révision des traités à la mode ouverture de la boîte de Pandore10.

Médiation, piège à cons, pourrait-on dire en plagiant la formule célèbre à propos des élections, surtout lorsque le médiateur est un incompétent notoire ! Qui trop embrasse, mal étreint, formule qu’ignore notre Pic de la Mirandole du XXIe siècle, celui qui sait tout mais qui ne réussit rien. Au lieu de concentrer sa diplomatie sur quelques sujets précis, Emmanuel Macron pratique la diplomatie de la dispersion et du mégaphone. Dans la diplomatie comme dans les travaux des champs, il y a des saisons fécondes et des saisons ingrates. Elles alternent d’ordinaire et c’est en travaillant qu’il faut se préparer au retour des temps meilleurs. Autre leçon venue du passé11 : en diplomatie, comme dans tous les arts, l’exécution importe souvent plus que la conception. Le moins que l’on puisse dire est que Jupiter est un maladroit invétéré comme le démontrent amplement ses gaffes à répétition sur la scène intérieure. En plagiant le général de Gaulle, on pourrait dire à propos d’Emmanuel Macron : « Monsieur président, ayez donc l’obligeance de cesser d’enfoncer des portes ouvertes en nous faisant croire que ce sont des arcs de triomphe ! ». Le chef de l’État gagnerait également à relire ce qu’écrivait un diplomate qui fut écrivain et qui portait le nom de Romain Gary : « Mais tous les diplomates savent que c’est sur la pointe des pieds que l’on va le plus loin ». Avec Jupiter, ce serait plutôt avec les gros sabots. En cette seconde quinzaine du mois de juillet de l’an de grâce 2019, nous découvrons avec stupéfaction qu’Emmanuel Macron est un expert en médiations foireuses. Bravo l’artiste !

4 Claude Angeli, Une présence française gênante en Libye, Le Canard enchaîné, 17 juillet 2019, p. 3.
5 Richard Labévière, Un petit télégraphiste français à Téhéran, www.prochetmoyen-orient.ch , 15 juillet 2019.
6 Ghazal Golshiri, Une chercheuse franco-iranienne arrêtée par les gardiens de la révolution, Le Monde, 17 juillet 2019, p. 4.
7 Jean-Pierre Perrin, Iran : une anthropologue franco-iranienne arrêtée, la guerre des otages relancée, www.mediapart.fr , 16 juillet 2019.
8 Catherine Charignoux, Macron à Belgrade pour renouer un dialogue très dégradé avec les Serbes, Les Échos, 15 juillet 2019, p. 6.
9 Marc Semo, À Belgrade, Macron vise la réconciliation avec la Serbie, Le Monde, 17 juillet 2019, p. 4.
10 Carolyne de Guyter, De Grâce qu’on enterre cette idée de conférence sur l’Union européenne défendue par M. Macron !, Le Monde, 16 juillet 2019, p. 24.
11 Gérard Noiriel, Il ne faut pas négliger les leçons de l’histoire, Le Monde, L’été des idées, 16 juillet 2019, p. 22.
 
 
LA CPI BOIT LE CALICE (PRESQUE) JUSQU’À LA LIE ! Guillaume Berlat. Au fil des mois, des semaines, le feuilleton de la Cour pénale internationale (CPI), celle qui nous est présentée comme le bijou de la famille de la justice pénale internationale, nous livre ses dernières révélations, ses derniers coups de théâtre. Aussi extravagantes, aussi horribles les unes que les autres au regard du fonctionnement de cette juridiction ! Cette dernière possède un art consommé de violer allégrement les grands principes des droits de la défense dont elle devrait pourtant être le gardien scrupuleux. Ce qui ne manque pas de sel. L’affaire Gbagbo sert de révélateur aux dérives inquiétantes de ce machin (y compris à l’égard des États-Unis non parties au statut de la Cour12) qui constitue le graal de quelques dirigeants occidentaux qui jouent les Père la Vertu en voulant traîner à La Haye tous les dictateurs et autocrates de la terre. Nous avons tenté de tenir régulièrement informés nos lecteurs des turpitudes de la procureure de la CPI, une gambienne qui manque selon toute évidence du bon sens élémentaire et de la connaissance minimale du droit de la défense13. Amusant, n’est-ce pas ! Ce haut magistrat international aurait dû être remercié, pour ne pas dire lourdement sanctionné depuis longtemps en raison de la liste de ses méfaits dans le cas de l’ex-président de Côte d’Ivoire et de l’un de ses affidés. Nous devons nous pencher sur les conditions de la publication du jugement écrit, sur son contenu et nous livrer à quelques réflexions sur ce document.

LA PUBLICATION DU TEXTE ÉCRIT DU JUGEMENT

Le temps de la Justice internationale n’est pas celui des médias. Ce n’est pas un long fleuve tranquille surtout dans l’enceinte de la Cour pénale internationale sise aux Pays-Bas. Qu’apprenons-nous aujourd’hui par l’experte du quotidien Le Monde, Stéphanie Maupas qui suit régulièrement et avec objectivité les méandres de l’affaire Gbagbo (Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ont déjà été acquittés des faits de violence ayant suivi la présidentielle de 2010 en Côte d’ivoire) ?14 Un élément important dans le déroulement de cette procédure qui s’étale sur presqu’une décennie. Le 16 juillet 2019, les juges ont rendu public le texte motivé de leur jugement oral présenté en début d’année 2019. Ce dernier avait débouché sur la libération des deux prévenus, et cela sous certaines conditions. Ce faisant, les juges lancent le compte à rebours du délai de trente jours accordé à la procureure, Fatou Bensouda pour faire appel de leur décision. D’ores et déjà, la magistrate a sollicité un délai supplémentaire pour déposer sa requête (jusqu’au 10 octobre 2019). Preuve qu’elle n’entend a priori pas s’avouer vaincue en dépit de la faiblesse de son dossier mise au grand jour au fil des dernières années. Comme le dirait le regretté Michel Audiard, « les cons ça osent tout, c’est même à ça qu’on les reconnait ». Nous n’osons pas transcrire cette maxime en écriture inclusive pour ne pas choquer les oreilles chastes mais nous n’en pensons pas moins dans ces temps où l’on n’a que le mot parité à la bouche.

LE CONTENU DU TEXTE ÉCRIT DU JUGEMENT

À prendre connaissance du texte écrit du jugement, nous allons de Charybde en Scylla. Reprenons quelques éléments importants mis en exergue par les juges contre la procureure. La Cour n’a pas à « prendre position sur la responsabilité morale ou politique », utile mise au point pour un procureur qui tendrait à confondre droit, morale et politique (comme cela se pratique souvent en France). Nos deux juges rappellent, qu’en dépit de la « compassion » ressentie pour « les souffrances endurées par les Ivoiriens », un procès « n’est pas fait pour juger l’histoire d’un pays ». En voilà deux qui ont tout compris de leur rôle précis au sein de la CPI. Et de poursuivre avec vigueur sur « la déconnexion globale » entre le récit de la procureure et les preuves déposées au cours des trois années de ce procès débuté en janvier 2016. Ils enfoncent le clou en martelant qu’aucun témoin n’a étayé les hypothèses de Fatou Bensouda. Les juges n’ont de cesse de revenir sur « l’exceptionnelle faiblesse des preuves présentées par le bureau de la procureure ». En dernière analyse, tous les éléments avancés par la procureure ne sont en aucun cas constitutif de crimes contre l’humanité, c’est-à-dire « d’attaque généralisée et systématique ». Ils rappellent que les forces ivoiriennes étaient confrontées à une « guérilla urbaine » et à des adversaires extérieurs (tanks de l’armée française tirant sur les forces ivoiriennes). Au passage, ils notent que les forces des Nations unies n’étaient pas toujours impartiales. Ils dénoncent les défauts de l’investigation de la procureure, en particulier l’audition de témoins avant même d’avoir obtenu l’autorisation légale d’y procéder.

DE QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE TEXTE ÉCRIT DU JUGEMENT

Le moins que l’on puisse dire est que les deux juges ne mâchent pas leurs mots dans leur jugement qui se présente contre un violent réquisitoire contre le « travail » de la procureure, un « travail de sagouin ». Une démolition en règle d’une procédure conduite en dépit du bon sens et en violation des droits élémentaires de la défense. Chacun de leurs mots résonnent comme une charge contre l’amateurisme de cette Dame. Et, c’est avec ce genre de procédés que l’on maintient en détention pendant plusieurs années deux êtres humains dont le droit précise qu’ils sont présumés innocents (et non présagés innocents comme le déclare notre suffisante porte-parole du gouvernement) jusqu’à leur jugement. Incroyable mais vrai.

Le moins que l’on puisse dire est que les deux juges ne mâchent pas leurs mots dans leur jugement sur la célérité – presqu’inhabituelle – avec laquelle la procureure a délivré un mandat d’arrêt contre l’ancien président ivoirien, moins de deux mois après l’audition illégale de quelques témoins triés sur le volet. En filigrane, les juges pointent la coopération de la France avec la Cour, au plus mauvais sens du terme. On se souvient que Nicolas Sarkozy, grand ami d’Alassane Ouatara, qu’il avait marié en son temps dans la bonne ville de Neuilly-sur-Seine, avait décidé de faire la peau du président en place. Il fut secondé par quelques fonctionnaires de la cellule diplomatique de l’Elysée, du Quai d’Orsay (directeur d’Afrique et de l’Océan indien qui vient de publier ses mémoires, directeur des Affaires juridiques) sans parler de la plus proche collaboratrice du procureur Ocampo (prédécesseur de Fatou Bensouda), diplomate française qui fut également sa maîtresse et qui fut récompensée de ses turpitudes par une belle ambassade… sans oublier notre ambassadeur à Abidjan, élevé à la dignité d’ambassadeur de France pour avoir fait le coup de main et qui fait désormais des affaires avec la Côte d’Ivoire. Tous ces gens envoyaient des quasi-instructions au procureur. Vive la déontologie. Peut-être qu’un jour tous ces félons auront à rendre des comptes devant la Justice internationale et nationale pour leurs méfaits.

Ces aveuglements d’un procureur borné exposent la justice pénale internationale à des risques majeurs dont le moindre n’est pas le discrédit ! À quand quelques bons traités internationaux robustes (c’est-à-dire avec des procédures de vérification strictes assorties de sanctions lourdes) sur la « confiance dans la justice pénale internationale » allant au-delà des formules creuses contenues dans le statut de Rome ? Ce serait la moindre des choses après ce qui apparait comme un véritable séisme de ladite justice. Nos dirigeants arrogants devraient y réfléchir à deux fois avant de proposer de renvoyer devant la CPI quelques autocrates et autres dictateurs, en méditant l’affaire Gbagbo dont nous devrions bientôt connaître le dénouement. Il se pourrait bien qu’ils puissent être eux-aussi traduits un jour prochain devant la Cour pénale internationale pour leurs crimes de guerre, leurs crimes contre l’humanité pour leur appui au gouvernement saoudien dans sa sale guerre au Yémen. Voire pourquoi pas pour l’action illégale de nos forces spéciales en Libye (appui aux troupes du maréchal Haftar en application d’une directive présidentielle)15 et de nos Armées en Syrie comme l’a souligné il y a peu le colonel Legrier. Nous devrions d’abord balayer devant notre porte avant de nous présenter en exemple à la terre entière. Telle devrait être la principale des leçons de cet épisode du feuilleton qui a pour titre la CPI boit le calice (presque) jusqu’à la lie ! Affaire à suivre…

12 Guillaume Berlat, La CPI se couche devant l’Oncle Sam, www.prochetmoyen-orient.ch , 22 avril 2019.
13 Guillaume Berlat, Honte sur la CPI, www.prochetmoyen-orient.ch !, 21 janvier 2019.
14 Stéphanie Maupas, Après l’acquittement de Laurent Gbagbo, la CPI motive son jugement, Le Monde, 18 juillet 2019, p. 4.
15 Claude Angeli, « Une présence française gênante en Libye », Le Canard enchaîné, 17 juillet 2019, p. 3.
 
 
LES FACETIES D’AMÉLIE – Ali Baba. S’il y a bien un domaine – rare au demeurant – dans lequel Emmanuel Macron fait preuve d’une constance qui mérite louange, c’est bien celui du profil du candidat en charge des Affaires européennes auprès de l’ami de www.prochetmoyen-orient.ch , à savoir Jean-Yves Le Chouchen, le breton madré. Manifestement, c’est un sujet qu’il maîtrise parfaitement. Son choix se porte toujours sur une personne de sexe féminin, une personne intelligente et clairvoyante, une personne ayant le sens de la diplomatie mais une personne ferme dans la discussion et dans la négociation, une personne volontariste… En un mot, la femme parfaite avec la tête pour penser et les jambes pour arpenter, lors des marathons européens, le sinistre bâtiment du Conseil sis à Bruxelles. En un mot, l’idéal féminin au sens noble du terme. Après Nathalie Loiseau, Pinocchio a fait don à la France et à l’Europe d’Amélie de Montchalin. Un nom à retenir absolument…. Il est vrai qu’en matière de ressources humaines, Emmanuel Macron est le champion… de l’erreur, du mauvais « casting ».

LE LOURD HÉRITAGE DE NATHALIE LOISEAU

Tout le monde reconnaît aujourd’hui que son premier choix était des plus pertinents. Il avait pour nom, Nathalie Loiseau, née Ducoulombier que Jupiter a sorti de son exil strasbourgeois où elle officiât durant cinq longues années de labeur au cours duquel elle mit le budget de l’école en sérieux déficit. Au Quai d’Orsay, elle brillât pendant deux ans par son incompétence et son inconséquence notoire. Pour la petite histoire, rappelons que son collègue allemand refusait de la prendre au téléphone tant elle était directive, brutale, grossière. On dit même qu’il ne mettait pas sur son site les photos sur lesquelles elle figurait. Elle avait tout compris de la relation franco-allemande. Nathalie Loiseau fût tout de même récompensée en étant désignée pour conduire la liste Renaissance à la victoire lors des élections au Parlement européen du 26 mai 2019. Avec le succès que l’on sait, se faisant devancer d’une courte tête par un jeune homme de 23 ans, néophyte en politique, représentant la nouvelle vague du Rassemblement national. Mais, les mésaventures de Loiseau de mauvais augure ne s’arrêtèrent pas en si bon chemin. Maniant avec un art consommé la diplomatie de l’anathème et de l’invective, Madame Sans-Gêne échoua à diriger le groupe des Libéraux, devant céder la place à un obscure ex-premier ministre roumain qu’elle avait insultée lors de sa campagne pour briguer le poste. Seul sujet de satisfaction, elle parvint à récupérer la présidence d’une sous-commission de la défense, problématique qui lui est totalement étrangère.

LE LOURD HANDICAP D’AMÉLIE DE MONTCHALIN

Une nouvelle Madame Sans-Gêne. Après le tsunami Loiseau près du Terminal Air France des Invalides, le Quai d’Orsay et nos vingt-sept autres partenaires pensaient en avoir fini avec l’arrogance française, les coups de gueule peu diplomatique d’une personne échappée de certains services spécialisés de l’hôpital Saint-Anne. Mais, c’était sans compter avec la persévérance dans l’erreur de notre président Jupiter-Pinocchio. Pour succéder à Loiseau de mauvais augure, il désigna, mauvais présage, une femme qui s’était faite remarquer au Palais-Bourbon par son autoritarisme au sein du groupe de la République en godillots. Elle a pour nom Amélie de Montchalin. C’est que la Dame a un gant de fer dans une main de fer. Elle a la certitude chevillée au corps et le verbe haut. Une sorte de clone de son prédécesseur en plus jeune mais aussi imbue de sa science alors qu’elle ne connaît rien aux Affaires européennes. En un mot, une péronnelle qui a la science des ânes. Ses quelques entretiens avec les médias nous donnent un échantillon de ses talents de Dame folledingue. Elle s’est déjà faite quelques inimitiés solides au sein du Conseil des ministres. C’est peu dire que cette sous-ministricule ne possède aucun talent que l’on reconnaît traditionnellement aux diplomates.

« Madame je sais tout ». Ce qui lui a valu le surnom peu enviable de « Madame Je sais tout »16. Pour un peu, précise le volatil, elle prétendrait que Macron est son secrétaire d’État. Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant, que si elle poursuivait sur ce registre à Bruxelles et à Strasbourg, il pourra lui en coûter – ce qui ne serait pas si grave – mais aussi à la place et à l’influence de la France dans le mécano européenne – ce qui serait gravissime à maints égards -, disons-le tout net. Et, cela d’autant plus que la campagne calamiteuses conduite par Jupiter pour la désignation du président de la Commission européenne s’est soldée par un énième fiasco. Le président de la République a dû accepter un candidat allemand. Pour avoir refusé Manfred Weber, il a dû ravaler son chapeau en acceptant une très proche d’Angela Merkel, ex-ministre de la Défense, Ursula von der Leyen pour prendre la direction du « gouvernement » de l’Europe17. Rappelons que le président de la Commission propose la liste des commissaires, y compris le Français.

La France à la remorque. Si le tandem Jupiter/« Madame Je sais tout » persiste et signe sur le registre de l’arrogance, la diplomatie française risque de se trouver bien seule à Bruxelles alors qu’elle ne pèse déjà plus grand-chose. Il est vrai que la France n’a pas remporté un brillant succès sur la question lancinante de la répartition des migrants entre les États membres18. Et, la liste des défis auxquels sont confrontés les 27/28 est particulièrement longue comme le souligne justement la nouvelle présidente de la Commission19. Ne parlons du feuilleton qui a pour nom « Brexit » après la désignation de Boris Johnson comme premier ministre britannique20. L’animal va donner du fil à retordre au crétin des Alpes, Michel Barnier, négociateur de pacotille. Il va falloir que Dame de Montchalin apprenne patience et humilité – et remise au vestiaire son arrogance et sa superbe – si elle veut avoir une petite chance d’exister et de peser à Bruxelles face à nos amis allemands. C’est que l’on appelle faire preuve de tact et de diplomatie. Les réunions européennes n’ont rien à voir avec celles de la République en godillots où l’on ne fait qu’approuver à l’unanimité les Saintes évangiles produites par Kim Jong-Macron. Souvenons-nous que la liste des déconvenues européennes d’Emmanuel, du discours de la Sorbonne à la désignation du président de la Commission – est impressionnante. Ce que notre clergé médiatique a trop tendance à ignorer !

Notre Madame « Je sais tout » aura-t-elle l’intelligence et la clairvoyance de le comprendre, évitant de suivre les traces de son illustrissime prédécesseur ? Rien n’est moins sûr. Saura-t-elle comprendre que les décisions prises dans le cadre de l’Union européenne sont concertées et non imposées ? Saura-t-elle comprendre que la France ne pèse plus grand-chose à Bruxelles face au colosse allemand et donc qu’il faut savoir composer avec les Allemands ? Dire que les défis, qui attendent le successeur de Nathalie Loiseau à la tête du secrétariat aux Affaires européennes sont immenses, relève de l’euphémisme ! Attendons de connaître les dernières facéties d’Amélie pour pouvoir juger sur pièce de ses talents de diplomate. Avouons-le, nous craignons le pire…
16 Madame Je sais tout, Le Canard enchaîné, 24 juillet 2019, p. 2.
17 Satisfaction européenne, Le Canard enchaîné, 24 juillet 2019, p. 2.
18 Julia Pascual/Jean-Pierre Stroobants, L’UE échoue à trouver un « mécanisme de solidarité » sur les réfugiés », Le Monde, 24 juillet 2019, p. 3.
19 Philippe Ricard (propos recueillis par), Ursula von der Leyen : « L’Europe doit être consciente de sa force », Le Monde, 20 juillet 2019, p. 2.
20 Philippe Bernard, Boris Johnson, un « hard brexiter » aux commandes du Royaume-Uni, Le Monde, 25 juillet 2019, pp. 1-2-3.
 
 
LA BONNE FORTUNE D’ISABELLE SERVOZ-GALLUCCI – Ali Baba. Nous ne le répéterons jamais assez, la meilleure source d’information sur la vie administrative est le Journal Officiel de la République française (JORF). Source qui fait foi comme le cachet de la poste d’antan, source peu utilisée par nos journalistes dits d’investigation. La période estivale est souvent propice à la mise en ligne, en douce, de quelques nouvelles intéressantes.

Dans le JORF du 25 juillet 2019, le ministère de la Culture est à l’honneur21. Vraisemblablement bien inspiré par son mentor Jupiter, le ministre, Franck Riester procède à un train de nominations à la tête des multiples structures qui sont de son ressort et dont les postes étaient restés vacants pour d’obscures raisons. Seul petit problème, – dont nous reconnaissons aisément qu’il peut paraître mesquin aux yeux de la bienpensance -, certaines de ses nominations agitent le Landernau des cultureux. Certains heureux élus furent, en son temps, de généreux contributeurs de la campagne électorale de notre fringuant président de la République22. Et certains mauvais esprits de critiquer cette politique prébendale consistant à récompenser ses amis et ses copains de leurs services rendus. Le vilain mot est lâché : conflit d’intérêt, voire népotisme.

Dans le JORF du 26 juillet 2019, c’est au tour du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de prendre le relais. Nous y découvrons la nomination de quatre nouveaux ambassadeurs (drices) en Ouzbekistan (Mme Servoz-Galluci), au Vietnam (Nicolas Warnery), en Géorgie (Diego Colas) et Ukraine (Etienne de Montaigne de Poncins). Et, c’est la première qui est digne d’intérêt, les trois messieurs sont des diplomates du sérail dont la désignation est dans l’ordre des choses. Que nous dit le JORF ?

« Mme Isabelle SERVOZ-GALLUCCI est nommée ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République d’Ouzbékistan, en remplacement de Mme Violaine BILLETTE de VILLEMEUR, appelée à d’autres fonctions »23.

Comment lire entre les lignes cette brève information ?

Premier constat, cette personne n’est pas fonctionnaire, ni du corps des conseillers ou des ministres plénipotentiaires du Quai d’Orsay, ni d’une autre administration ou d’un des grands corps de l’État. Curieux que l’on fasse appel à cette personne alors que Bercy prétend faire la chasse aux gaspillages (suppression de postes de fonctionnaires) tout en payant dans le même temps quelques diplomates à rester chez eux alors même qu’ils (elles) n’ont pas démérité pour autant.

Deuxième constat, on choisit une femme, vraisemblablement pour accroitre le nombre des femmes aux postes d’encadrement et ainsi remplir la case parité, mantra du nouveau siècle. Est-ce le mérite que l’on récompense ou le genre au pays de la méritocratie républicaine ? La question lancinante et importante ne trouve pas de réponse satisfaisante à ce jour. Et encore moins dans la start-up nation française chère à Emmanuel Macron.

Troisième constant, en surfant sur le net, nous découvrons que cette personne officiait auparavant auprès d’une institution internationale, le Conseil de l’Europe dont le siège est à Strasbourg. Elle y était cheffe du bureau de cette organisation à Pristina (Kosovo). En juin 2018, elle était nommée chevalier de l’ordre national du mérite par l’ambassadeur de France, Didier Chabert. Elle est donc méritante. Mais, chef de bureau du Conseil de l’Europe dans cet état mafieux, cela n’est pas grand-chose en termes de grade. Rien à voir avec un représentant de l’Union européenne qui est un personnage important dans la hiérarchie du machin bruxellois. Nous apprenons également qu’elle fut, en son temps, conseillère du directeur général des affaires politiques du Conseil de l’Europe. Curieux, alors qu’on exige des diplomates qu’ils aient expérience et grade avant de recevoir leur premier bicorne.

Troisième constat, cette personne a-t-elle pour autant rompu tout lien avec le Conseil de l’Europe ? Ce qui serait normal pour représenter la France à Pristina ? Si tel n’était pas le cas, l’on pourrait se trouver confronté à un problème de conflit d’intérêts potentiel, de double allégeance ? Dans un cas, l’on représente son pays, dans l’autre on représente la collectivité des États membres du Conseil de l’Europe. Et la question se complique si l’on pense que cette personne pourrait un jour être intégré dans les cadres du Quai d’Orsay comme le fut en son temps l’âme damnée de Bernard Kouchner, Eric Chevallier. Un homme d’une incompétence notoire.

Quatrième constat, cette personne a-t-elle fait l’objet, comme tous les fonctionnaires du Quai d’Orsay, d’une enquête d’habilitation conduite par la DGSI pour vérifier qu’elle ne pose aucun problème sur le plan de la sécurité de l’État par elle-même et par son entourage ? En effet, dans ses nouvelles fonctions, elle aura accès à des documents confidentiels (télégrammes diplomatiques, notes des services de renseignement comme la DGSE…) dont la diffusion à des personnes qui n’ont pas le droit d’en connaître est constitutive du délit de compromission pouvant être puni d’une peine d’emprisonnement. Si cette personne était appelée à revenir au Conseil de l’Europe à l’issue de son passage au Quai d’Orsay, serait-elle astreinte à une obligation de non divulgation des informations classifiées qu’elle aurait connu dans ses fonctions d’ambassadrice de France ? Toutes questions qui sont loin d’être anodines sur le plan de la sécurité de notre pays.

Cinquième constat, cette personne suivra-t-elle un stage de sensibilisation aux questions de sécurité de la part de tous les services compétents en la matière ? En effet, les règles ne sont pas du tout les mêmes en tant que fonctionnaire international du Conseil de l’Europe et en tant que fonctionnaire français représentant le président de la République à l’étranger. Toutes ces questions délicates ont-elles été posées avant de procéder à cette nomination étrange ?

Il est toujours important d’aller au fonds des choses dans la vie politique et dans la vie administrative française. Le baroque est consusbstantiel de la Macronie. La transgression des règles anciennes l’est aussi. Règles qui sont souvent le fruit d’une longue expérience et d’une longue pratique républicaine et qui ont démontré leur pertinence. Nous en avons aujourd’hui un exemple éclairant avec cette désignation au poste d’ambassadrice en Ouzbekistan. Gageons qu’elle fasse mieux qu’Olivier Poivre d’Arvor en Tunisie ! À défaut d’être une bonne nouvelle pour la diplomatie française, cette désignation fera la bonne fortune d’Isabelle Servoz-Gallucci.

21 Sandrine Blanchard, Les 60 ans du ministère de la Culture fêtés dans le calme rue de Valois, Le Monde, 26 juillet 2019, p. 15.
22 Thomas Sotinel, Dominique Boutonnat prend la tête du CNC, Le Monde, 26 juillet 2019, p. 15.
23 Décret du 24 juillet 2019 portant nomination d’une ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République d’Ouzbekistan – Mme Servoz-GALLUCCI (Isabelle), JORF n° 0172 du 26 juillet 2019, texte n° 107.
 
 
DECHETS MARINS EN MEDITERRANEE : HAUSSE MODEREE ET MISSION EN COURS – Ifremer, 24 juillet. Depuis 2009, la quantité de déchets marins en Méditerranée a augmenté modérément, mais suffisamment pour qu’elle se hisse ainsi à la première place des mers d’Europe les plus polluées. C’est le résultat du premier suivi sur le long terme des déchets marins méditerranéens mené par l’Ifremer et publié dans la revue Marine Pollution Bulletin.

Dans le même temps et jusqu’au 29 juillet, des scientifiques de l’Ifremer sont en mission au large de la Corse pour caractériser cette pollution et plus particulièrement les déchets flottants. Objectif : photographier ces déchets de subsurface grâce à une caméra fixée sur un Wave Glider, un engin hybride entre le drone et le paddle !

Les quantités de déchets marins augmentent en Méditerranée

Une vaste étude de suivi sur le long terme (de 1994 à 2017) des déchets marins méditerranéens menée par l’Ifremer est publiée dans le Marine Pollution Bulletin. Résultat: si la quantité de déchets marins en Méditerranée fluctue chaque année, elle affiche néanmoins une augmentation globale depuis 2009.  

Sacs et bouteilles plastiques, canettes métalliques et emballages alimentaires, cordes synthétiques et filets de pêche, cotons et vêtements… Un article scientifique publié dans Marine Pollution Bulletin montre que la quantité de déchets a récemment augmenté sur le fond de la Méditerranée. « Dans les années 90, leur densité fluctuait autour de 100 déchets par km2, constate Olivia Gérigny, chercheuse océanographe au Centre Ifremer de Toulon, auteur de l’étude. Depuis 2012, cette densité se situe plutôt autour de 200 déchets par km2, avec un maximum de près de 300 atteint en 2015. Le plastique représente plus de 60 % de ces déchets ».

Cette augmentation globale s’explique par une augmentation de la production de plastique sur cette même période mais aussi par leur recensement plus systématique depuis l’application de la Directive européenne Cadre Stratégie sur le Milieu Marin en 2008.

Des déchets présents sur 90 % de la zone d’étude, à toutes les profondeurs

En termes de répartition géographique, on retrouve ces macro-déchets sur près de 90 % de la surface échantillonnée dans les deux zones d’étude : le Golfe du Lion et la côte orientale corse. « La Méditerranée est la mer européenne la plus polluée par les déchets, explique Olivia Gérigny. Dans une étude comparable menée en mer du Nord, les densités annuelles restaient inférieures à 50 déchets par km2, ce qui correspond aux valeurs minimales rencontrées ici ».

Tous les canyons sont affectés, davantage ceux proches des côtes que ceux plus au large. Deux autres zones principales d’accumulation de déchets se distinguent : l’une au large de Marseille, l’autre au nord-est de la Corse. Les déchets marins sont transportés depuis la terre, par les cours d’eau ou les intempéries. D’autres sont jetés directement en mer ou sur les plages. Les sources sont multiples : la navigation commerciale ou de plaisance, la pêche, l’aquaculture, les décharges, les zones industrielles ou urbaines. Chaque année dans le monde, 8 millions de tonnes de plastiques sont déversées dans les océans, dont 200 000 tonnes en Méditerranée.

Même si leur effet n’est pas encore visible, les récentes réglementations de restriction de l’usage du plastique à l’échelle française ou européenne devraient permettre de réduire les rejets à la mer. Le prochain bilan complet est prévu en 2024, dans le cadre de la Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin (DCSMM).

Consulter la publication : “Seafloor litter from the continental shelf and canyons in French Mediterranean Water: distribution, typologies and trends”. 2019. O. Gérigny, M. Brun, MC Fabri, C. Tomasino, M. Le Moigne, A. Jadaud and F. Galgani. Marine Pollution Bulletin. 653-666.

Un drone mis à l’eau pour photographier les déchets plastiques flottants

Jusqu’au 29 juillet, le Wave Glider de l’Institut régional de météorologie de Livourne et de l’Ifremer parcourra 200 kilomètres autour de Bastia et du Canal de Corse pour photographier les déchets plastiques flottants dans la couche d’eau de sub-surface. Cette mission en mer se déroule dans le cadre du projet européen Interreg Amare (2014-2020) qui vise à mettre au point des stratégies harmonisées de surveillance et d’évaluation de la pollution par les déchets en Méditerranée.

« Les déchets flottants constituent la partie visible de l’iceberg, souligne François Galgani, chercheur océanographe à la station Ifremer de Bastia. L’évaluation de leur densité fait d’ailleurs l’objet d’une mesure imposée par la directive cadre stratégie pour un milieu marin et par l’objectif développement durable 14 de l’ONU ». En 2013 et 2018, cet engin avait fait l’objet de premiers tests de courte durée, dénombrant environ 6 débris plastiques par km².

Doté d’une caméra pour la première fois

Composé d’une planche flottante aux allures de paddle reliée à un drone sous-marin, cet engin se déplace à la seule force des vagues. « C’est la première fois qu’un wave glider est équipé d’une caméra, annonce François Galgani. Une GOPRO 3 est fixée sur la carène du drone immergé à 4,5 mètres de profondeur. Elle est orientée de manière à prendre des clichés de la subsurface (entre 0 et 4,5 mètres). A raison d’une vitesse de déplacement moyenne de 1,5 nœuds (2,8 km/h), nous avons calculé la fréquence de prise d’une photo toutes les 7 secondes pour couvrir toute la surface parcourue ». En 8 jours, le Wave Glider doit prendre environ 100 000 images.

7 jours sur 7, 24 heures sur 24, par tous les temps…

« L’utilisation du Wave Glider est une aubaine pour nos recherches », se réjouit le scientifique. « On ne peut en effet pas financièrement affréter un navire pour une longue mission dédiée au seul comptage des déchets en mer, cela coûte trop cher ». C’est pourquoi d’ordinaire, le comptage des déchets flottants en mer est effectué par des observateurs à bord de navires lors de campagnes halieutiques ou océanographiques. Désormais, le Wave Glider permet d’effectuer ces observations à prix réduit, toute la journée et à très grande échelle, même dans les zones les plus reculées et extrêmes où les navires s’aventurent peu.
 
 
DES DROITS DE L’HOMME SANS L’HOMME – Roseline Letteron, 25 juillet. Lors d’une conférence de presse du 8 juillet 2019,le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a annoncé la création d’une Commission on Unalienable Rights présidée par Mary Ann Glendon, professeur à Harvard. Il s’agit de rien de moins que d’un profond réexamen de la notion de "droits inaliénables", la première, affirme M. Pompeo, depuis la Déclaration universelle des droits de l’homme. Conformément à une pratique américaine bien antérieure à la présidence Trump, cette commission composée d’universitaires et de militants des droits de l’homme sera néanmoins très proche de l’administration, son secrétariat étant assuré par Kiron Skinner, directeur de la planification au Département d’Etat.

Que l’on ne s’y trompe pas. Il ne s’agit pas de déterminer ce que doit être la politique américaine à l’égard des Etats qui violent les droits de l’homme. Il s’agit de dire ce qu’est un droit de l’homme, définition qui, ensuite, pourra peut-être, ou peut-être pas, servir de fondement à cette politique. Les débats qui entourent la création de la Commission montrent que l’idée font même apparaître une attractivité de la notion de "Natural Rights". Sans doute, mais pourquoi cette notion séduit-elle l’administration Trump ? 

Au-delà de cette question se trouve une constatation d’évidence. Cette volonté de changement ne concerne pas que l’administration Trump. On la trouve aussi du côté de ses opposants les plus vigoureux, du côté des militants, des ONG. Ceux-là ont choisi la notion de "Droits humains". Perçue comme moins sexiste, elle est plus sexy, plus à la mode, sans que ses utilisateurs ne s’interrogent pas les conséquences de son usage.

En réalité, l’opposition entre les deux démarches est purement rhétorique. Les "droits humains" et les "droits naturels" ont en commun de considérer l’être humain non plus comme un sujet de droit mais comme un objet de droit. Tous deux ont en commun une certaine dépossession de l’individu. 

DROITS HUMAINS

Passons rapidement sur les "droits humains". Catherine-Amélie Chassin a fait une brillante critique de cette notion sur Liberté Libertés Chéries, il y a juste un an, le 17 juillet 2018. Elle a montré que la notion de "droits de l’homme", aujourd’hui décriée car pas suffisamment "inclusive", vise l’homme, "homo", c’est-à-dire l’être humain, et non pas "vir", l’homme sexué "viril". Peut-être peut on regretter que la langue française ne dispose que d’un seul mot quand le latin en possédait deux, mais doit-on est-ce si compliqué de comprendre que les droits de l’homme visent l’espèce humaine dans son ensemble ? 

Surtout, et c’est sans doute le plus gênant, il existe une différence entre les "droits de l’homme" et les "droits humains", différence si évidente qu’elle passe inaperçue. Dans les "droits de l’homme", les droits appartiennent à l’homme et il en est le titulaire. En revanche, le malheureux "humain" des "droits humains" n’est plus qu’un adjectif, un objet de droits. Là encore, la construction n’est pas neutre. Les intérêts de l’être humain ne relèvent plus de son libre arbitre mais peuvent être pris en charge par toute une série de corps intermédiaires. Ils peuvent être appréhendés par rapport à la communauté à laquelle il appartient, par rapport à son sexe, à ses convictions religieuses etc. De fait, le principe de non-discrimination entre communautés est au coeur de la notion, au détriment du principe d’égalité devant la loi. 

DROITS NATURELS

En apparence, les "droits naturels" qui semblent séduire l’Administration Trump sont bien éloignés des "droits humains". Il s’agit en effet de se recentrer sur l’Ecole du droit naturel, l’idée que les droits appartiennent à l’individu en raison de sa qualité d’être humain. En témoigne l’insistance de Mike Pompeo sur leur caractère inaliénable. Pas d’approche genrée, et pas davantage de communautarisme.

Sans doute, mais le droit naturel a un champ très réduit, celui du "noyau dur" des droits de l’homme, droits détachés de tout lien étatique, qui concernent la vie, l’intégrité physique et morale de la personne. Cette conception jusnaturaliste du droit est surtout utilisée comme fondement du droit humanitaire, celui protège les victimes et les combattants des conflits armés contre les atteintes les plus graves, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, torture, traitements inhumains ou dégradants. 

On voit ici tout l’intérêt de la notion pour l’Administration Trump.  Car les droits naturels sont a-historiques, détachés de toute idée de progrès ou même d’évolution.  Ils ignorent l’évolution des moeurs et sont alors écartés le droit à l’IVG, ceux liés à l’identité sexuelle, le mariage pour tous etc. Ils ignorent aussi l’évolution des technologies et disparaissent dans un même mouvement la protection des données personnelles ou l’assistance médicale à la protection. Ils ignorent enfin les droits de droits de l’homme en société, celui que Burdeau appelait l’"homme situé" dans son travail, dans sa famille, dans sa vie personnelle etc. Bref, les "droits naturels inaliénables" sont une bénédiction pour Trump, non pas parce qu’ils apportent à l’individu mais parce qu’ils lui retirent.

Ces nouvelles terminologies ne doivent pas être sous-estimées. Elles ne sont pas seulement des phénomènes de mode, ou des gadgets utilisés par un président pour justifier une politique ou par des idéologues désireux d’imposer leur point de vue. Elles sont aussi dangereuses, car elles adressent à l’individu un message simple : Inutile de revendiquer vos droits, inutile de vous considérer comme le titulaire de vos droits. D’autres sont là pour les garantir et les protéger à votre place, l’administration pour Trump, les ONG pour les partisans des droits humains. Doit-on en déduire que la tendance actuelle est de créer des droits de l’homme sans l’homme, un peu comme Pierre Dac cuisinait la sauce aux câpres sans câpres ?

http://libertescheries.blogspot.com/2019/07/les-droits-de-lhomme-sans-lhomme.html

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