Observatoire Géostratégique

numéro 248 / 16 septembre 2019

ORIENT-ATIONS 244

JACQUES-MARIE BOURGET NOUS DIT : « SEX-STORIES D’AUJOURD’HUI ET LES DESSOUS DE L’AFFAIRE MAXWELL ! ». L’actualité sexualo-people autour de l’affaire Epstein, après l’avatar Wenstein, n’a aucun n’intérêt pour qui ne remonte le passé. Celui de Ghislaine Maxwell, décrite aujourd’hui comme rabatteuse d’adolescentes pour le plaisir du millionnaire pédophile et celui de ses amis puissants. Intérêt encore si on remonte aussi dans la vie de son père, Robert Maxwell, tycoon de presse, mort par noyade aux Canaries le 5 novembre 1991.

La carrière de Robert Maxwell – un Tchèque de confession juive – commence en 1940 quand, parvenant à échapper à l’Holocauste, il se réfugie à Londres pour devenir interprète de l’armée britannique. Cette jeune carrière va bientôt le conduire à Prague et sur le front de l’Est, là où se rencontrent deux lames des forces de libération du nazisme : celle des Occidentaux et celle des Soviétiques. Le plus souvent l’ambiance vécu par le jeune traducteur ressemble à celle décrite dans le film « Le Troisième Homme » : espionnage, trahison, double jeu. L’habile Maxwell, devenu citoyen britannique, sait se faire l’ami et le confident de certains as du KGB. A Berlin, dans une ville qui n’est plus qu’une ombre, il lance de petits réseaux de marché noirs. Avec cet argent il peut prendre la main chez l’éditeur allemand Springer Verlag, spécialiste des publications scientifiques, mais interdit d’exercice après son engagement nazi. C’est le début d’une aventure qui va, en 1985 alors qu’il a été élu député travailliste, le conduire à la tête du groupe britannique « Mirror » journal « de caniveau » (mais « de gauche ») qui publie le « Daily » et le « Sunday » Mirror.

Pendant toutes ces années Maxwell n’a jamais perdu le contact avec ses amis vrais des services israéliens au point de devenir un homme de confiance capable d’informer et d’assister le Mossad. Et même, s’il le faut, de blanchir l’argent du service. En 1986 Maxwell aide Israël à récupérer Mardochai Vanunu, un employé de la centrale atomique de Dimona qui révèle aux journaux quelques secrets de l’arsenal nucléaire de Tel-Aviv. Maxwell et des « journalistes-agents » du « Mirror » tendent un piège à Vanunu qui s’est réfugié à Londres. Sur la route du « lanceur d’alertes », ces défenseurs d’Israël placent « Cindy », une jolie jeune femme qui travaille pour le Mossad. Elle et l’équipe du Mirror arrivent à convaincre Vanunu d’aller passer un week-end à Rome. C’est là que des barbouzes du Mossad l’attendent et l’embarquent en bateau pour Haïfa. Maxwell a bien mérité du sionisme.

Puisqu’il est de « gauche », alors que sa femme est française, Maxwell finance un morceau de la Grande Arche de la Défense voulu par Mitterrand pour qui, il devient une sorte de frère des bonnes œuvres. La vie de Maxwell semble se dérouler avec cette absence d’angoisse qui est celle des milliardaires… Quand le monde apprend, un peu éberlué, que le magnat est mort en tombant à l’eau depuis le pont de son yacht le « Lady Ghislaine », navire qui porte le nom de sa fille adorée. Le 6 novembre à l’aube je suis présent aux Canarie tentant de donner une explication à cet incompréhensible plongeon nocturne.

Dans un centre de téléphone public de l’île, je pince le commandant du yacht en conversation avec un correspondant qui, enquête faite, répond sur une ligne spéciale réservée à la CIA. Ce qui est bien étrange… Les espagnols salopent l’autopsie : Maxwell est mort noyé. Rien de plus. A Jérusalem l’homme est enterré au « Carré des Justes », celui des bienfaiteurs de l’Etat.

Un an plus tard je parviens à me procurer l’autopsie de Maxwell. Non pas celle d’Espagne mais celle réalisée à Tel-Aviv, dans les locaux du Shin Bet, l’équivalent de notre DGSI. La musique n’est pas la même, le légiste anglais imposé par la compagnie d’assurances est formel : cet homme a été assassiné (traces de coups et de piqûres).

L’explication est la suivante. Ayant trop joué au loto du grand capital, sans moyens suffisants, c’est un Maxwell au bord de la banqueroute qui vient de dérober l’argent de la caisse de retraite de ses employés du groupe « Mirror ». Voulant se remplumer, le tycoon en déconfiture lance deux actions. La première est de récupérer une partie de l’argent qu’il a fait gagner au Mossad en le blanchissant. La seconde est de relancer ses amis, ex-Soviétiques, devenus Russes. La chute de l’empire a laissé place à un tel chaos que Maxwell est convaincu qu’un corrompu de l’appareil militaro-industriel peut mettre à sa disposition des armes de destruction massive que lui, Maxwell, peut vendre à un pays « mal intentionné », du genre Irak ou Iran.

C’en est trop ! La CIA et le Mossad décident alors de liquider leur meilleur ami. Laissant orpheline la jeune Ghislaine qui, très vite grâce à Epstein et autres réseaux va redevenir une femme puissante. Tout en continuant de cultiver des liens avec ceux qui ont tué son père, et qui fréquentent aussi Epstein. Etrange, par exemple, que sur une photo, on voit Ehud Barak, ancien premier ministre israélien, sonner à la porte du palais newyorkais d’Epstein. Un Barak qui fût longtemps le bras armé du Mossad, et même décoré pour ses « exploits ! ».
 
 
75ème ANNIVERSAIRE DU DÉBARQUEMENT EN PROVENCE : IN MEMORIAM – Guillaume Berlat. Emmanuel Macron célèbre le 15 août 2019, en compagnie de ses homologues ivoirien et guinéen, à la Nécropole nationale de Boulouris sur la commune de Saint-Raphaël, le 75ème anniversaire du débarquement en Provence des troupes venues des colonies pour participer à la libération du territoire. Débarquement moins médiatisé et moins connu que celui de Normandie. Ces troupes de la 1ère armée (commandée par le général de Lattre de Tassigny) effectueront leur jonction avec celles de la 2ème armée (commandée par le général Leclerc de Hautecloque) dès le début de l’automne en Bourgogne. Ces troupes venues des quatre coins de la planète, foulant pour nombre d’entre eux pour la première fois le sol français, se battront vaillamment et, pour certains d’entre eux, de manière héroïque jusque sur le sol allemand. Elles paieront un lourd tribut à la liberté de nos compatriotes de nos métropoles. Le meilleur hommage, qui leur fut rendu à cette occasion, fut celui de David Diop1. Mots poignants, mots justes, mots vrais pour décrire l’action anonyme des tirailleurs sénégalais, des goumiers, des tabors marocains, des tirailleurs algériens et marsouins du Pacifique et des Antilles. Le meilleur hommage qui leur fut également rendu fut la reprise du chant des Africains (voir ci-dessous). La Patrie devrait leur être éternellement reconnaissante pour leur sacrifice. Quel regret que tous ces héros n’aient pas été décorés de la Légion d’Honneur qu’ils méritaient amplement ! À l’occasion, la France sait parfaitement être mesquine pour ceux qui l’ont honorée. Combien de nos concitoyens arborent à la boutonnière un ruban rouge qu’ils ne méritent pas ? N’oublions pas le sacrifice de tous ces hommes de l’ombre qui ont porté haut le drapeau de la Patrie des Lumières ! Que leur engagement puisse inspirer la nouvelle génération, génération des obligations et non des droits, génération de la souffrance (au travail) et non de l’enthousiasme (pour la patrie) !

LE CHANT DES AFRICAINS

Nous étions au fond de l’Afrique,

Gardiens jaloux de nos couleurs,

Quand sous un soleil magnifique

A retenti ce cri vainqueur :

En avant ! En avant ! En avant !

Serrons les rangs

REFRAIN

C’est nous les Africains

Qui revenons de loin,

Nous venons des colonies

Pour sauver la Patrie (pour défendre le pays)

Nous avons tout quitté

Parents, gourbis, foyers

Et nous gardons au cœur

Une invincible ardeur

Car nous voulons porter haut et fier

Le beau drapeau de notre France entière

Et si quelqu’un venait à y toucher,

Nous serions là pour mourir à ses pieds

Battez tambours, à nos amours,

Pour le Pays, pour la Patrie, mourir au loin

C’est nous les Africains !

II

Pour le salut de notre Empire,

Nous combattons tous les vautours,

La faim, la mort nous font sourire

Quand nous luttons pour nos amours,

En avant ! En avant ! En avant !

REFRAIN

III

De tous les horizons de France,

Groupés sur le sol Africain,

Nous venons pour la délivrance

Qui par nous se fera demain.

En avant ! En avant ! En avant !

REFRAIN

IV

Et lorsque finira la guerre,

Nous reviendrons dans nos gourbis,

Le cœur joyeux et l’âme fière

D’avoir libéré le Pays

En criant, en chantant : en avant !

REFRAIN

1 David Diop, Les fils de la vie des tirailleurs sénégalais ont tissé les nôtres, Le Monde, 16 août 2019, p .25.
 
 
LE CEMA SE MET À TABLE – Jean Daspry. Auditionné par la commission de la défense nationale et des forces armée de l’Assemblé nationale (mardi 11 juin 2019 à 17 heures, compte-rendu n° 42, sous la présidence de Jean-Jacques Bridey), le chef d’état-major des armées (CEMA), le général François Lecointre procède à un tour d’horizon relativement exhaustif de l’actualité internationale, des principaux foyers de crise actuels et de l’adaptation de notre outil militaire aux nouvelles menaces. Sa présentation complète les auditions des chefs d’état-major des trois armes. Notons que ce compte-rendu n’a été rendu public qu’après le 14 juillet : hasard ou nécessité ? La présentation, ainsi que le jeu de questions-réponses, ne manquent pas d’intérêt pour tous ceux qui s’intéressent aux relations internationales tant leur dimension coercitive (l’armée) que coopérative (la diplomatie). Il convient de reprendre les principaux points évoqués par le plus haut gradé de l’armée française, qui a succédé il y a deux ans, déjà à Pierre de Villiers dans les conditions que nous connaissons tous. Son intervention, qui complète utilement son entretien accordé au quotidien Le Monde le 13 juillet 20192, se décompose en trois parties.

L’ENGAGEMENT DE NOS ARMÉES SUR LES DIFFÉRENTS THÉATRES

SAHEL

Le CEMA égrène l’ensemble des actions conduites par la France dans cette région immense intensification des actions de harcèlement des groupes terroristes ; appel à un soutien des Européens (sorte de mantra qui sonne creux, mission de formation EUTM) et aux armées locales et au G5 Sahel (vœu pieu compte-tenu de leur faiblesses intrinsèques), coordination avec les forces de l’ONU (MINUSMA), appel à la réconciliation nationale (cela ne mange pas de pain).

« La complexité de la situation, l’aspect systémique de cette crise ainsi que son lien avec les enjeux démographiques ou environnementaux nous appellent à la patience stratégique. Il est nécessaire de regarder les choses avec lucidité et de maintenir notre effort avec constance. Je ne pense pas qu’il y ait d’autre solution ». À lire sa conclusion entre les lignes, on comprend que la France est enlisée dans cette région pour de nombreuses années et qu’elle ne dispose pas de la solution miracle pour en sortir par le haut. Nous sommes dans notre Afghanistan de proximité.

LEVANT

« La France inscrit son action dans celle de la coalition de l’opération Inherent Resolve formée par les États-Unis en 2014 à la demande du Gouvernement irakien. Les objectifs stratégiques militaires poursuivis sont la neutralisation de Daech, le renforcement des acteurs locaux et régionaux et la pérennisation de notre collaboration avec la coalition » rappelle le CEMA. Bien que les résultats soient encourageants sur un plan strictement militaire, sur le plan sécuritaire les choses ne se présentent pas sous les meilleures auspices : « Même après la fin du califat physique, le combat se poursuit contre Daech, entré à présent en clandestinité. Cela exige de notre part une grande vigilance et une adaptation. En effet, profitant de la perméabilité des frontières, Daech se réimplante en Irak entre Mossoul et Kirkouk ». Il poursuit ainsi : « Malgré les tensions entre les États-Unis et l’Iran, je pense que nous devons absolument préserver une relation militaire franco-américaine étroite, qui est essentielle par ailleurs pour notre action en bande sahélo-saharienne »3. Ce qui signifie que nous sommes entièrement dépendants des Américains sur le plan opérationnel tant au Sahel qu’au Levant et qu’au passage, nous devons avaler quelques couleuvres au prix de notre servitude volontaire. Nous pensons à l’Alliance atlantique où nous devons montrer patte blanche.

DIVERS

Le CEMA décline tous les autres théâtres sur lesquels nous intervenons à un titre ou à un autre : plein engagement de la France dans la posture dissuasive de l’OTAN en Europe de l’est ; participation aux missions ponctuelles de recueil de renseignements, notamment lors de grandes manœuvres russes ; participation aux quatre familles de missions opérationnelles de l’OTAN : « présence avancée rehaussée », police du ciel ; présence de mirages en Estonie, vols de reconnaissance ou de bâtiments en mer Noire ; soutien à la MINUSCA et à la mission de formation de l’UE (EUTM-RCA) en RCA ; en mer de Chine méridionale, participation à l’affirmation de la liberté de navigation dans le strict respect du droit international maritime : contribution à la force Sentinelle.

Pour conclure sur ce chapitre, le général Lecointre précise que « ces engagements se font non pas « au petit bonheur la chance », mais qu’ils s’inscrivent dans une stratégie définie et actualisée de manière constante en essayant d’anticiper les menaces dans un monde où, que nous le voulions ou non, le paysage de la conflictualité est en mutation rapide et profonde ». Nous sommes parfaitement rassurés.

LES GRANDES TENDANCES DE LA CONFLICTUALITÉ

Le CEMA survole les différentes étapes de l’adaptation de notre outil militaire aux menaces du temps : guerre froide, dividendes de la paix après la chute du mur de Berlin, attentats du 11 septembre 2001, aujourd’hui terrorisme et extension incessante des menaces hybrides avec désinhibition à l’égard de la violence et de la force à travers les réseaux sociaux. La période actuelle nous confronte à trois formes de conflictualité qui se conjuguent : risque d’affrontement majeur, affrontement de nature asymétrique et crises profondes pouvant conduire à déstabiliser les grands équilibres mondiaux (crise démographique, crise climatique, crise de l’eau) qui affecteront l’Afrique et, par voie de conséquence, l’Europe. Il ne s’agit que d’un bref résumé des longues considérations opérationnelles que le général Lecointre livre aux parlementaires.

LA NÉCESSITÉ D’ADAPTER NOS ARMÉES À CES DÉFIS

Pour répondre à ce haut niveau de conflictualité, le CEMA défend la stratégie adoptée lors de la revue stratégique de 2017 qui consacre la consolidation de notre modèle complet d’armée et garantit une forme de sûreté, comme celle que défendait le général Lucien Poirier et qu’il définissait comme une « stratégie d’attente qui maintient la garde haute pendant que s’élaborent des modes d’action nouveaux ». Son objectif est triple : gagner aujourd’hui, c’est-à-dire de continuer à réparer notre appareil militaire, gagner demain, en développant les armées futures et gagner ensemble en assurant la performance globale. Ce qui signifie que le défi humain, financier et matériel n’est pas une mince affaire.

Le général Lecointre en profite pour baiser la main qui le nourrit lorsqu’il déclare : « nous œuvrons à renforcer le lien avec la société civile en utilisant les nombreux leviers qui sont à notre disposition, comme la réserve opérationnelle, le service militaire volontaire, le service militaire adapté, la participation raisonnée au service national universel, le rapprochement entre les écoles militaires et l’enseignement universitaire, les passerelles de l’institution militaire vers la fonction publique et la haute fonction publique.

Enfin, gagner ensemble ne peut se faire sans les élus de la Nation, sans nos maires et députés ou sans la participation active de l’ensemble des parlementaires à la commission de la Défense. Je vous suis reconnaissant d’y veiller, principalement lors des différents arbitrages qui doivent être rendus par le Gouvernement ». Il saisit l’occasion pour souligner les manques de nos armées : stocks de munitions au plus bas, faiblesse de la disponibilité opérationnelle de nos flottes d’aéronefs (50 à 60%). Comme toujours, n’ayant pas les moyens nationaux suffisants, on pense « alliances et de partenariats valorisés, pour répondre aux enjeux de compétition stratégique et à l’instabilité persistante ». Et de conclure : « J’observe que la conflictualité actuelle nous rappelle que nous devons rebâtir de véritables armées ». En termes crus, cela signifie que nous n’avons plus les moyens de nos ambitions !

Le général Lecointre répond ensuite à 24 questions de parlementaires qui recouvrent un large spectre : enjeux de sécurité dans le Grand Nord, réforme des retraites, mésaventure de la Frégate Vendémiaire en mer de Chine, résilience en cas d’attaque de grande ampleur, libération d’otages au prix de pertes de soldats, définition de la notion de menace hybride, dégradation sécuritaire significative dans le Sahel. Dans ses réponses, le CEMA n’hésite pas à enfoncer le clou à l’endroit des dirigeants politiques avec des formules choisies : « Je considère que nous avons été exagérément optimistes en imaginant en 2013 que tout serait résolu et que la victoire éclair remportée contre les djihadistes se traduirait immédiatement en un succès politique. Force est de constater que tel n’a pas été le cas et que l’accord de paix et de réconciliation qui a été péniblement obtenu n’est toujours pas mis en œuvre de façon satisfaisante… Les armées françaises ne peuvent pas intervenir seules. D’autres acteurs doivent intervenir dans cette crise ». Il évoque longuement la zone indopacifique, le contrôle de ce qui se passe en Corée du nord, les accords stratégiques conclus avec l’Inde et l’Australie en soulignant que « Nous allons donc continuer sur cette voie de préservation de nos intérêts, de défense des valeurs auxquelles nous croyons et de respect du droit international ». Le CEMA se montre peu disert sur les ventes d’armes aux EAU et à l’Arabie saoudite, comme sur la situation en Libye.

Nul ne saurait jeter la pierre au chef d’état-major des armées qui est tout à fait dans son rôle lorsqu’il défend ses hommes et ses femmes pour le travail extraordinaire qu’ils réalisent aux quatre coins du monde, et cela le plus souvent dans des conditions périlleuses. Si l’on prend la peine de lire entre les lignes son propos technique et de reprendre quelques jugements bien sentis, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a un problème politique et stratégique. Problème similaire à celui que soulevait, il y a deux ans déjà, son prédécesseur, le général Pierre de Villiers. Tout change pour que rien ne change ! Quand nos dirigeants prendront-ils en compte dans leur livre blanc sur la défense et la sécurité, leur loi de programmation militaire, leur revue stratégique (générale ou spécifique) que la France n’est plus l’ombre d’elle-même tant existe un gouffre entre ses ambitions démesurées et ses moyens contraints ? Faute de quoi, ils risquent de se retrouver tel le roi, nu et encore plus. Telle est la morale que l’on peut tirer de cette audition devant la commission idoine de l’Assemblée nationale du général Lecointre. À la manière de Michel Audiard, l’on pourrait dire que le CEMA se met à table.

2 Nathalie Guibert (propos recueillis par), Général François Lecointre : « La réussite n’est pas le nombre de djihadistes tués », Le Monde, 13 juillet 2019, p. 4.
3 Le Pentagone constate aujourd’hui une « résurgence » de l’EI en Syrie.
 
 
ESPION LÈVE-TOI !4 – Jean Daspry. « L’espionnage serait peut-être tolérable s’il pouvait être exercé par d’honnêtes gens, mais l’infamie nécessaire de la personne peut faire juger de l’infamie de la chose » écrivait en 1748, l’auteur de De L’esprit des lois, Charles-Louis de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu. Heureusement, les choses ont bien changé depuis la Seconde moitié du XVIIIe siècle. Activité longtemps exercée dans l’opacité la plus totale et dans l’arbitraire le plus absolu, le Renseignement fait aujourd’hui l’objet d’un encadrement législatif, réglementaire, déontologique sans précédent. Le renseignement n’est plus un tabou. Il est rangé dans la catégorie des fonctions stratégiques de l’État pour assurer la défense et la sécurité de notre territoire sous le vocable « connaître et anticiper ». Preuve en est qu’une structure de coordination des différentes parties constitutives de la communauté du renseignement a été mise en place auprès du président de la République. Hier Coordinateur national du Renseignement (CNR), aujourd’hui Coordinateur national du Renseignement et la lutte contre le terrorisme (CNRLT). Depuis le début de l’actuel quinquennat d’Emmanuel Macron, la fonction est occupée par un préfet, Pierre Bousquet de Florian (directeur de la surveillance du territoire sous la présidence de Jacques Chirac). En juillet 2019, il publie un document utile sur le plan conceptuel pour mieux appréhender les enjeux du renseignement et les structures mises en place pour relever les défis de ce début du XXIe siècle. Il nous a paru intéressant de livrer à nos lecteurs curieux de savoir les principaux axes de réflexion de cette « stratégie nationale du renseignement » 20195.

UN DOCUMENT QUI NE MANQUE PAS D’INTÉRÊT PAR CE QU’IL NOUS APPREND

Dans son introduction, le coordonnateur national rappelle que « le renseignement est un instrument de souveraineté qui contribue à préserver l’autonomie de décision de l’État ». La Stratégie Nationale du Renseignement (SNR) prévue par la loi du 18 décembre 2013 constitue la « feuille de route du Renseignement » dont une première version date de 2014. Elle s’adresse en priorité aux services de renseignement. Elle identifie et hiérarchise les enjeux du Renseignement. Elle décrit les enjeux prioritaires du Renseignement, les objectifs poursuivis et les adaptations qui s’imposent en termes d’organisation.

Le document (une douzaine de pages) s’articule autour des quelques grands axes suivants. (I) Les enjeux prioritaires du Renseignement comportent (1) les menaces terroristes (neutralisation préventive des menaces étant entendu que «  les succès militaires remportés au levant et au Sahel n’ont pas fait disparaître le risque terroriste porté par les organisations jihadistes et tout particulièrement Daech et Al Qaeda ») ; (2) l’anticipation des crises et des risques de ruptures majeures (préservation de nos acquis et connaissances stratégiques, subversions stratégiques, crises d’ordre public) ; (3) la défense et la promotion de notre Économie (lutte contre les fraudes, l’instrumentalisation des champs normatifs ou contentieux) ; (4) la lutte contre les menaces transversales (la menace cyber, les ingérences et l’espionnage, la criminalité organisée, la prolifération des armements). (II) Les missions du Renseignement comportent (1) l’aide à la décision, (2) l’entrave et (3) la promotion de nos intérêts. (III) Le document se conclut par quelques perspectives pour le Renseignement présentées sous forme interrogative : (1) le maintien d’une priorité forte de protection pour la population ; (2) l’exigence de professionnalisation et de formation ; (3) les nouveaux enjeux de la coordination (partage, mutualisation, intégration) ; (4) l’importance de la communication et de l’ouverture ; (5) une meilleure interaction entre le Renseignement et ses bénéficiaires ; (6) le développement des mobilités interservices.

Ce document se conclut ainsi : « Ce n’est qu’au prix de ces progrès et de cette discipline, dans l’exigence et le respect des valeurs démocratiques, que le Renseignement continuera de répondre aux enjeux prioritaires de protection et de défense et de promotion de nos intérêts fondamentaux et de notre souveraineté tels qu’ils sont présentés dans cette Stratégie Nationale du Renseignement ».

UN DOCUMENT QUI NE MANQUE PAS DE SOULEVER QUELQUES QUESTIONS

Dans un authentique État de droit, il est inconcevable que l’activité de la communauté du renseignement (DGSE, DGSI, DRM, DRSD, DNRED et TRACFIN) ne fasse pas l’objet d’un minimum d’information des citoyens qui contribuent financièrement à son existence et à ses activités. De plus en cette période de transparence affichée et revendiquée (concept d’Open data), un minimum de communication raisonnable est le bienvenu. Tel est l’objectif recherché de cette « stratégie nationale du renseignement » 2019.

Dans un authentique État de droit qui souhaite assurer pleinement son autonomie stratégique, il est inconcevable que les plus hautes autorités (les fameux décideurs) ne disposent pas d’un outil fiable d’analyse et de prospective afin d’anticiper les crises, les spasmes du monde, les signaux faibles… Ne dit-on pas que gouverner, c’est prévoir. Mais, comment prévoir en l’absence de capteurs sensibles permettant de disposer à l’instant « t » d’informations utiles, d’outils d’aide à la décision (« Le Renseignement doit permettre aux décideurs d’avoir une lecture plus avertie et plus lucide de l’ordre international et de ses bouleversements »). Et cela est d’autant plus important que nous vivons dans un monde aussi complexe qu’imprévisible.

Dans un authentique État de droit qui souhaite protéger les libertés publiques, il est inconcevable que ne soit pas trouvé un équilibre subtil entre des intérêts contradictoires parfois difficilement conciliables : alimenter une procédure administrative ou judiciaire et protéger le secret de la défense nationale ou les sources des services. Les réformes du Renseignement entreprises au cours de la dernière décennie n’ont-elles pas pour objectif de rechercher un équilibre entre « les garanties de protection des libertés publique et la nécessité de conférer aux services de renseignement des moyens à la hauteur des menaces auxquelles nous sommes confrontés ».

Dans un authentique État de droit qui souhaite éviter l’arbitraire (la tentation est toujours grande), il est inconcevable de ne pas se livrer à un exercice de communication en direction des citoyens. Mais, comme en toutes choses, tout ce qui est excessif est insignifiant. De communication point trop n’en faut au risque de dévoiler à l’adversaire (en particulier aux terroristes) son modus operandi et, par voie de conséquence, de mettre à jour délibérément ses propres faiblesses. Il s’agit d’un travers de notre époque d’infobesité contre lequel il faut que la communauté du renseignement lutte malgré les pressions politiques dont elle est l’objet.

La chute du mur de Berlin a provoqué une réouverture complète du jeu international. La compétition entre les États-Unis et la Chine sera le phénomène dominant des décennies qui viennent. Par ailleurs, l’Alliance atlantique court aujourd’hui un risque normal. Historiquement, on n’a jamais vu une alliance survivre longtemps à la disparition des causes qui l’ont créée6. Sauf à nous voiler la face, le monde a profondément changé. Le risque est immense, face à une telle mutation, que nous constations l’obstination des hommes et des femmes à voir venir le drame sans pour autant l’empêcher. « Mais ces évolutions pittoresques ne doivent pas masquer l’essentiel : la permanence d’une politique vigilante et active s’occupant aussi bien de sécurité intérieure que de contre-espionnage. Sensible ou pittoresque, l’espion n’oublie pas que sa mission est d’abord politique7. C’est pourquoi, nous pouvons nous féliciter que cette « stratégie nationale du renseignement » 2019 signifie Espion lève-toi !

4 Titre d’un film d’espionnage d’Yves Boisset de 1982 dont le rôle principal est tenu par Lino Ventura.
5 Jacques Follorou, Le renseignement à l’épreuve du débat législatif, Le Monde,10 août 2019, p. 9.
6 Thierry de Montbrial, La principale rupture du système international fut 1989 et non 2001, Le Figaro, 19 mars 2019, p. 20.
7 Bruno Fuligny, Secrets d’État. 1870-1945. Les grands dossiers du ministère de l’Intérieur, L’iconoclaste, 2018.
 
 
L’INVRAISEMBLABLE PLAIDOYER PRO DOMO DE NATHALIE LOISEAU – Ali Baba. « Le besoin d’avoir raison est la marque de l’esprit vulgaire » (Albert Camus). Nous en avons aujourd’hui un exemple criant avec les dernières confessions de notre Oiseau de mauvais augure à la chaîne d’abrutissement en continu qui a pour nom BFM-TV, le 13 août 2019. L’on aurait pu penser, qu’après son score décevant aux dernières élections européennes dû en grande partie à ses bourdes à répétition et son arrogance hors du commun, Nathalie Loiseau se serait imposée une salutaire cure de silence propice à un indispensable exercice d’introspection. Or, il n’en est rien. La mère Foldingue est de retour pour nous expliquer qu’elle n’a aucun regret. Pire encore, elle est fière de tout ce qu’elle a fait au cours des mois écoulées. La péronnelle ne manque pas d’air, c’est le moins que l’on puisse dire à découvrir son torrent d’inepties.

LE RETOUR DE MADAME SANS-GÊNE

Choisie par « Jupiter », Nathalie Loiseau a dû décevoir jusqu’aux têtes pensantes de la macronie. Nommée tête de la liste de la majorité pour les élections européennes de fin mai, la nouvelle eurodéputée était en lice pour prendre la présidence, au Parlement européen, du groupe ALDE, qui rassemblent plusieurs partis politiques européens libéraux et démocrates. L’ancienne ministre s’était ensuite disqualifiée après des propos tenus en off auprès de journalistes. Une erreur dont elle s’est justifiée à l’antenne de BFM TV, sans toutefois s’excuser. « J’ai dit que le patron allemand de la droite du parlement européen ne serait jamais président de la commission parce qu’il n’aurait pas l’expérience pour. J’ai dit qu’Angela Merkel avait du mal à se décider parce que la situation politique allemande était de plus en plus compliquée et que ça ralentissait le processus. Et c’est exactement ce qu’on a vu », a fait valoir l’élue. « Les noms d’oiseau ça consistait à dire que l’une de mes concurrentes se présentait comme elle l’avait déjà fait précédemment et qu’elle avait déjà perdu. Ce n’est pas un nom d’oiseau c’est un fait, elle l’a très bien compris. Je ne suis pas sûre qu’en off ma concurrente disait de moi que monts et merveilles. C’est la vie », a poursuivi Nathalie Loiseau. « Je n’allais pas m’inventer un personnage au motif que ça allait plaire à deux ou trois communicants. Des communicants j’en ai croisés, je les ai entendus me débiter les mêmes recettes qu’ils sortiraient pour un séminaire de pâte dentifrice. Objectivement ça ne m’intéresse pas », a encore expliqué la députée européenne. Pour mémoire, l’ex-ministre du gouvernement Philippe avait notamment qualifié Guy Verhofstadt, alors président de l’ALDE, de « vieux de la vieille qui a des frustrations rentrées depuis quinze ans ». Elle s’en était aussi prise à Fredrick Federley, son rival pour la présidence du parti européen : « L’élire serait donner les clés du groupe à la droite allemande ». « Ça fait quinze ans qu’elle perd toutes les batailles qu’elle mène », avait également déclaré Nathalie Loiseau à propos de la libérale hollandaise Sophie in’t Veld. « J’ai le souvenir d’un coup de fil du président de la République, et j’ai vu Édouard Philippe qui était présent, l’un comme l’autre m’ont dit ‘pour un résultat pareil, on aurait signé tout de suite, des deux mains’ », explique-t-elle à BFMTV. La folle du régiment assume toutes ses sottises sans le moindre regret.

LE RETOUR DE LA FOLIE ORDINAIRE

Toutes ces déclarations à l’emporte-pièce ont écorné l’image de Nathalie Loiseau qui n’en a cure tellement elle est sûre de son fait. Des déclarations entièrement assumées, mais qui lui ont très certainement coûté sa place de tête de file du groupe centriste, poste auquel elle renonce finalement. Madame Nathalie Loiseau, née Ducoulombier manque de tout sens commun. À ce niveau, cela frise l’irresponsabilité qui interpelle lorsque l’on sait toutes les hautes fonctions qui lui ont été confiées au cours de la dernière décennie : directrice adjointe à la direction ANMO, directrice des ressources humaines puis directrice générale de l’administration et de la modernisation au ministère des Affaires étrangères et du développement international (MAEDI ou Quai d’Orsay) où elle a laissé une souvenir impérissable tant elle n’avait aucun sens des relations humaines ; de 2012 à 2017, directrice de l’ENA qu’elle a quittée avec une sacrée ardoise épongée par le contribuable, de 2017 à 2019, ministre en charge des Affaires européennes au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), poste sur lequel elle a amplement démontré l’ampleur de son incompétence et de sa morgue (son homologue allemand refusait de la prendre au téléphone tant elle ne savait pas se montrer autrement qu’insultante), puis tête de liste La Renaissance, élue députée au parlement européen, le 26 mai 2019. On connait la suite de ses foucades incompréhensibles de la part d’une personne censée être diplomate à tous les sens du terme. Et, la nouvelle loi réformant la fonction publique consacre de longs développements à l’évaluation des hauts fonctionnaires. Nathalie Loiseau mérite un zéro pointé pour sa médiocrité.

Décidément, Madame Cui-Cui est indécrottable. Mais, à ce stade d’irresponsabilité, le cas de Loiseau, qui a raté son envol, relève purement et simplement de la psychiatrie lourde : psychorigidité hors-normes, paranoïa exacerbée, déni du réel caractérisé, narcissisme démesuré, stratégie d’évitement, complexe de supériorité aveuglant, incapacité totale de remise en cause de soi-même, refus criant de l’altérité, absence de pitié, inaccessibilité à l’empathie (tous les défauts des dictateurs selon l’écrivain Olivier Guez)… C’est pourquoi, elle aurait toute sa place dans quelques services spécialisés du centre hospitalier Sainte Anne à Paris. Encore une personne à classer dans la catégorie de ces fous/folles qui nous gouvernent ! « Tels sont les liens immémoriaux de la foi et de la mauvaise foi »8. C’est bien connu, depuis Michel Audiard, les cons, çà ose tout, c’est même à cela qu’on les reconnaît ! Surtout après l’invraisemblable plaidoyer pro domo de Nathalie Loiseau du 13 août 2019 sur BFM-TV. À marquer d’une pierre blanche dans le grand livre de la bêtise…

8 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 13.
 
 
PARIS PRIS LA MAIN DANS LE POT DE CONFITURE PAR LE MACHIN – Ali Baba. Les emmerdes, ça vole en escadrille ! Les temps sont durs pour la Macronie triomphante et arrogante. L’été est chaud. Les affaires gênantes auraient tendance à se multiplier en cet été caniculaire : « Homardgate » mettant en cause un ministre, ex-président de l’Assemblée nationale ; noyade de Steve Maia Caniço mettant en cause la précipitation de l’IGPN dans la remise de ses conclusions ; gestion catastrophique de la dimension sanitaire des suites de l’incendie de Notre-Dame ; débordements de l’affaire Epstein en France (mise en cause de Jean-Luc Brunel) ; multiplication des dégradations des permanences des députés de la LREM démontrant le désamour croissant entre les citoyens et leurs parlementaires ; et plus récemment encore mise en cause de la secrétaire d’état auprès du ministre de l’économie dans l’affaire de corruption et d’endettement du groupe Bourbon9 ; creusement de la dette ; chiffres du commerce extérieur en berne… De quoi pourrir les vacances studieuses du couple glamour Manu-Bijou au Fort de Brégançon. Mais, aujourd’hui, c’est au tour de l’ONU de nous rappeler à l’ordre avec vigueur et sans ambages. Du statut glorieux de donneuse de leçons de droit et de morale, la France passe aujourd’hui à celui peu enviable de receveuse de ces mêmes leçons. Tout ceci fait sourire dans les chancelleries et dans les médias étrangers.

LA FRANCE, DONNEUSE DE LEÇONS DE DROIT ET DE MORALE

Il ne se passe pas une semaine sans que la France, mère des armes, des arts et des lois, patrie autoproclamée des droits de l’homme, n’épingle tous ces États qui se soucient comme de l’an quarante du droit international et de la morale universelle. Elle dispose d’une clientèle attitrée de démocraties illibérales, de démocratures, de dictatures qui font l’objet de ses sarcasmes. Reviennent en boucles quelques noms célèbres de pourfendeurs de la norme et de l’éthique. Ils ont pour nom : Trump, Bolsonaro, Poutine, Orban, Maduro, Salvini, à l’occasion Johnson… Curieusement, nos principaux acheteurs d’armes passent au travers des gouttes qu’il s’agisse du prince scieur, MBS ou du maréchal Al Sissi (rien à voir avec Sissi impératrice). Il est vrai aussi que nous sommes toujours très prudents à l’endroit de la Chine (Cf. les évènements d’Hongkong et les déclarations à l’eau de rose de Jean-Yves Le Drian). Comment la France, parangon de vertu, « l’emmerdeuse du monde » (L’impromptu de Paris, Jean Giraudoux) pourrait-elle rester silencieuse face à de telles ignominies intolérables et insupportables ? La France des Lumières est tout à fait dans son rôle lorsqu’elle secoue les puces de tous ces pouilleux et autres gueux qui font litière du droit. Elle est la conscience universelle qui montre le droit chemin à toutes ces brebis égarées. Elle lutte jour et nuit contre l’obscurantisme. Elle est le phare de la civilisation, celle qui n’entend que la voix de la raison et du cœur.

Mais, en France rien n’est simple, rien n’est aussi logique qu’il n’y paraît en apparence. En plagiant une vieille chanson de Guy Béart, on pourrait ainsi résumer la situation ; aujourd’hui, la France s’émancipe et nous parle de ses grands principes mais agit n’importe comment en vertu des grands sentiments.

LA FRANCE, RECEVEUSE DE LEÇONS DE DROIT ET DE MORALE

C’est vers l’éternel « Orient compliqué » que les regards se tournent pour souligner, une fois encore, la duplicité de la diplomatie française dans cette région. Il ne s’agit pas d’entrer dans une foule de détails mais de résumer une affaire complexe dans son déroulement mais simple dans ses ressorts10. Les choses doivent être claires. Il ne s’agit bien évidemment pas de porter de jugement de valeur sur la qualification des faits commis par ces ressortissants « français » pour lesquels nous n’éprouvons pas la moindre once de compassion tant ils ont commis des crimes abominables, atroces pour lesquels ils doivent être punis le plus sévèrement possible. Mais, de nous en tenir aux principes fondamentaux des droits de la défense édictées par les principales conventions internationales et européennes auxquelles la France sa souscrit volontairement. Et, c’est là que le bât blesse. En effet, dans une lettre en date du 12 août 2019, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, notre compatriote, Agnès Callamard (elle avait mis en avant, en octobre 2018, des éléments de preuve crédible impliquant des preuves crédibles accablant le prince MBS dans l’assassinat du dissident saoudien, Jamal Kashoggi) critique l’attitude de la France dans le traitement de nos compatriotes ayant rejoint l’EI et ayant été condamnés par la justice hors de notre pays. Elle donne deux mois au gouvernement français pour répondre à ces questions embarrassantes, en particulier les raisons qui auraient conduit la France à faciliter le transfert de sept de ses ressortissants vers l’Irak où ils encourent la peine de mort. Or, ceci est contraire à notre tradition et à note droit (la garantie du droit à un procès équitable) qui s’oppose à l’extradition de personnes vers des pays qui pratiquent encore la peine capitale. Agnès Callamard administre une magistrale leçon de droit et de morale internationales à Jupiter et à tous les brillants juristes aplaventristes du Quai d’Orsay (dont on connait les « errements » dans la traduction de Laurent Gbagbo devant la CPI qui a été contrainte de le libérer après plusieurs années d’emprisonnement) lorsqu’elle écrit, déliée de toutes les prudences Norpois :

« La France doit prendre toutes ses responsabilités afin que les victimes obtiennent justice. Je ne fais pas tout çà dans l’optique de libérer qui que ce soit. C’est un pan entier de notre histoire dont on est en train d’être privé, la logique ne peut plus être militaire, il s’agit maintenant de construire une paix durable en organisant le retour des ressortissants et des procès équitables pour les juger. Si la France a organisé ou participé à ce transfert, il faut qu’elle cherche à réparer le tort commis et qu’elle s’engage à ne pas répéter de tels transferts. Si les transferts de ses ressortissants de la Syrie vers l’Irak étaient avérés, cela constituerait une défaite politique pour la France. Cela signifierait que Paris n’est pas dans une logique démocratique mais revancharde. Cela constituerait un aveu de faiblesse, semblant suggérer que Paris ne fait pas confiance à la capacité des institutions judiciaires mais aussi sociales de la France à répondre à ce défi ».

On ne saurait être plus clair. Nous ne sommes pas dans la langue de bois épaisse qui prévaut habituellement au sein des Nations unies. Les piteux démentis du Quai d’Orsay et de sa brillante porte-parole n’ont qu’un seul effet, donner encore plus de crédit à la thèse d’Agnès Callamard11.

Ce n’est malheureusement ni la première, ni la dernière fois que la duplicité de la France apparaît au grand jour. Elle relève de l’évidence pour celui qui veut étudier de très près l’actualité internationale et ne pas se fier aux allégations mensongères de notre presse aux ordres du pouvoir, notre clergé médiatique et ses cireurs (ses) de pompes.

LA FABLE DE L’ARROSEUR ARROSÉ

Tel est pris qui croyait prendre. Il faut reconnaître à notre maître à tous, Jupiter-Pinocchio une qualité rare : mettre la culture à la portée de toutes les bourses. Nul besoin de faire l’acquisition d’un ticket d’entrée onéreux pour assister à une représentation de Madame Sans-Gêne à la Comédie française. Les comiques et les Tartuffe se donnent en spectacle gratuit quotidiennement sous les ors de la République aussi bien au Palais de l’Élysée (siège de la Présidence de la République) qu’au Palais d’Orsay (à ne pas confondre avec le musée du même nom, il abrite l’hôtel du ministre auquel les affaires sont toujours aussi étrangères). Sans parler du Palais-Royal qui abrite le Conseil d’état et sa cohorte de pleutres et de rigollots qui ne manquent pas d’air tant ils n’ont rien à cirer du droit et de la déontologie des fonctionnaires dont ils sont censés être les gardiens. C’est qu’à trop voir la paille dans l’œil du voisin, on oublie très/trop souvent de voir la poutre dans le sien. Et, l’affaire de sept français de l’EI condamnés en Irak en fournit un exemple éclairant, frappant de la manière dont la France (exécutif et judiciaire confondus) foule régulièrement aux pieds les grands principes du droit sans que cela n’émeuve qui que ce soit. Mais, pour une fois, la France est prise la main dans le pot de confiture par le machin, plus spécialement par une ressortissante française dont la probité est au-dessus de tout soupçon.

9 Antton Rouget, Corruption en endettement : l’armateur Bourbon dans la tempête, une secrétaire d’état dans le brouillard, www.mediapart.fr , 13 août 2019.
10 Allan Kaval/Hélène Sallon, Transfert de djihadistes : l’ONU interpelle Paris. La rapporteuse de l’ONU interroge la France sur le transfert de sept Français de l’EI, condamnés à mort en Irak, Le Monde, 13 août 2019, p. 2.
11 Hélène Sallon, Paris et Bagdad démentent le versement de contreparties, Le Monde, 13 août 2019, p. 2.
 
 
L’ÉTÉ RESTE CHAUD (SUITE) : LE GRAND CHAMBARDEMENT – Guillaume Beralt. À l’évidence, l’été 2019 restera dans les annales comme un été chaud à tous les sens du terme tant l’actualité internationale ne porte guère à l’optimisme. Les mauvaises nouvelles succèdent aux mauvaises nouvelles. Que vont faire les chefs d’état et de gouvernement du G7 prochainement réunis à Biarritz sous la férule d’Emmanuel Macron pour tenter de calmer le jeu ? Ne nous faisons pas trop d’illusions même si la photo de famille fera vraisemblablement le buzz sur les réseaux asociaux. Le monde tourne de moins en moins rond en dépit des promesses alléchantes de l’intelligence artificielle (ia).

En Asie, les sujets d’inquiétude ne manquent pas.

À Hongkong, la situation se dégrade et l’on entend de plus en plus des bruits de bottes chinoises. Pour le Parti communiste chinois, Hongkong est à la fois une manne financière et un contre-modèle dangereux qu’illustrent les jeunes manifestants nourris de l’héritage juridique britannique et qui se réfèrent au Victor Hugo des Misérables. L’inquiétude monte aux États-Unis et en Europe après que la Chine a déployé ses forces aux portes du territoire autonome. Embarrassé, Donald Trump aurait proposé sa médiation pour calmer le jeu12 tandis que Jean-Yves Le Drian fait part de son attachement au statut d’autonomie de la province. Mais, Xi Jinping n’en a cure. Certains députés de sa propre majorité (LREM) jugent « tardive » la réponse du Quai d’Orsay13.

Le Cachemire est, depuis la partition de l’Inde coloniale en 1947, une zone de tensions entre l’Inde et le Pakistan, sous le regard de la Chine. L’attentisme est de rigueur alors qu’une nouvelle étincelle pourrait mettre le feu aux poudres

Poursuivant sa stratégie d’irritation, la Corée du Nord a lancé le 16 août 2019 deux projectiles non identifiés depuis sa côte est en direction de la mer, a rapporté à Séoul l’armée sud-coréenne, alors que Pyongyang a déclaré plus tôt dans la journée qu’il était désormais inenvisageable pour lui de poursuivre les discussions intercoréennes.

Séoul et Tokyo s’écharpent sur leur passé.

Au Proche et au Moyen-Orient, tout change pour que rien ne change.

Daech n’a jamais été vraiment vaincu, estiment des experts de l’ONU et du Pentagone. Ce qui laisse songeur après les communiqués de victoire occidentaux en ces temps de bobards rois ? En Libye, des fonctionnaires de l’ONU ont été tués, une première depuis 2011. Les forces séparatistes du sud du Yémen ont déclaré le 15 août 2019 être disposées à prendre part à un sommet en Arabie saoudite destiné à mettre fin au conflit dans la ville portuaire d’Aden, dont ils se sont emparés et où siège temporairement le gouvernement reconnu par l’Arabie saoudite. Mais, la situation reste des plus confuses après cinq années de sale guerre. Signe positif : la Cour suprême de Gibraltar a autorisé jeudi le tanker Grace 1, arraisonné début juillet, à quitter les eaux de ce territoire britannique. Le navire est soupçonné par les américains de vouloir livrer sa cargaison à la Syrie.

Au Zimbabwe, la violence s’ajoute à une situation économique catastrophique14 tandis qu’en Tunisie 26 candidats sont en lice pour la présidentielle15.

En Europe, il n’y a pas que des bonnes nouvelles.

Alors que les principales bourses enregistrent une forte baisse16 (montée de la tension dans le détroit d’Ormuz, hausse du prix du baril de pétrole sur fonds de guerre commerciale sino-américaine et de montée des tensions dans le monde), le spectre de la récession ressurgit en Allemagne. La fin du miracle économique ? L’industrie européenne est pénalisée par la guerre commerciale17. Le gouvernement allemand juge « hautement probable » que le Royaume-Uni sorte sans accord de l’Union européenne le 31 octobre prochain, rapporte jeudi le quotidien Handelsblatt citant un document du ministère des Finances. Il est vrai que la situation au Royaume-Uni frise l’hystérie et la pagaille la plus totale depuis le vote sur le « Brexit ».

La Russie communique peu sur l’incident nucléaire survenu il y a peu à l’occasion de tests de missiles de nouvelle génération dont les États-Unis déclarent qu’ils ont mieux dans leur boîte à outils. Un signe évident qu’après les espoirs des dividendes de la paix, nous vivons le cauchemar d’une nouvelle course aux armements dans le monde.

Pour la petite histoire, et bien que cela se passe chez nos amis Canadiens, dans une vilaine affaire de conflit d’intérêt, le gaffeur Justin Trudeau « assume la responsabilité de ses erreurs »18. Faute avouée est à moitié pardonnée, dit-on !

Pour ce qui est de l’Hexagone, Jupiter n’en finit pas d’affronter l’adversité.

La rapporteuse de l’ONU, Agnès Callamard vient d’interroger les autorités françaises sur le transfert de sept Français de l’EI condamnés à mort par la justice irakienne. En juin, le site Mediapart avait fait état de la volonté de Paris de créer en urgence un tribunal pénal international et les errements de sa diplomatie après le refus d’Emmanuel Macron, contre l’avis de ses services, de rapatrier les ressortissants djihadistes. La France est-elle toujours la patrie des droits de l’Homme ?

Employeur de 8 000 personnes à travers le monde, le groupe Bourbon est au pied du mur. Plombée par le poids de sa dette, sa holding a été placée en redressement judiciaire le 7 août. Bourbon est aussi renvoyé en correctionnelle pour des faits de corruption présumés en Afrique. Administratrice et présidente de son comité d’audit jusqu’à son entrée au gouvernement en octobre 2018, la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher exclut toute responsabilité dans la crise actuelle. Encore une qui n’a rien vu et qui n’a rien entendu. Le mal de nos dirigeants irresponsables…

Notre compatriote, Philippe Delpal, qui était détenu dans le cadre d’une enquête pour fraude, est désormais assigné à domicile à Moscou19. Signe d’une bonne manière de Vladimir Poutine à Emmanuel Macron à la veille de leur rencontre de Brégançon ? À suivre.

CONCLUSION SOUS FORME DE CHANSONNETTE À LA MANIÈRE DE GUY BÉART

La terre perd la boule

Et fait sauter ses foules

Voici finalement

Le grand le grand

Voici finalement

Le grand chambardement

Un grain de sable explose

Un grain c’est peu de choses

Mais deux mais dix mais cent

Ça c’est intéressant

Voyez messieurs mesdames

Dans l’univers en flammes

Entre les hommes-troncs

La danse des neutrons

C’est l’atome en goguette

Le ping-pong des planètes

La lune fait joujou

Et met la terre en joue

C’est la grande escalade

Les monts en marmelade

Sous le rayonnement

Du grand du grand

Sous le rayonnement

Du grand chambardement

Place pour le quadrille

Des fusées des torpilles

Ce soir c’est le grand bal

La "der des der" globale

Oyez les belles phrases

La Chine table rase

Se crêpant le chignon

A coups de champignons

Sur les montagnes russes

Passées au bleu de Prusse

Les bons gars du Far-West

Ont bien tombé la veste

Regardez qui décide

Ce joyeux génocide

Qui dirige vraiment

Le grand chambardement

Ciel ! Ce sont les machines

Les machines divines

Qui nous crient en avant

En langue de savant

Que les calculatrices

Sur le feu d’artifice

Alignent leurs zéros

Comme des généraux

Elles ont fait merveille

Bravo pour ces abeilles !

Qu’on décore à cette heure

Le grand ordinateur !

Nous finirons la guerre

Avec des lance-pierres

Si nous vivons demain

Nous en viendrons aux mains

Si nous vivons demain

Nous en viendrons aux mains20

Décidément, rien n’a changé depuis la fin du siècle dernier en dépit de la promesse d’une fin de l’Histoire ! Les collapsologues ont fort à faire en ces temps d’incertitude et de pessimisme.

12 Frédéric Lemaître, Donald Trump embarrassé par la question de Hongkong, Le Monde, 16 août 2019, p. 3.
13 Minh Dréan, Des Députés LREM jugent « tardive » la réponse du Quai d’Orsay, Le Monde, 16 août 2019, p. 3.
14 Jean-Philippe Rémy, Craintes de violence dans un Zimbabwe exsangue, Le Monde, 16 août 2019, p. 5.
15 Lilia Blaise, Tunisie : 26 candidats en lice pour la présidentielle, Le Monde, 16 août 2019, p. 5.
16 Véronique Chocron/Marie Charrel, Les risques de turbulence provoquent des turbulences sur les marchés, Le Monde, 16 août 2019, p. 10.
17 Marie Charrel, L’industrie européenne pénalisée par la guerre commerciale, cumule les difficultés, Le Monde, 16 août 2019, p. 10.
18 Agnès Chapsal, Justin Trudeau accusé de conflit d’intérêts, Le Monde, 16 août 2019, p. 4.
19 Emmanuel Grynszpan, La justice russe élargit un banquier français, Le Figaro, 16 août 2019, p. 6.
20 Guy Béart, Le grand chambardement, 1999.

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