Observatoire Géostratégique

numéro 248 / 16 septembre 2019

ORIENT-ATIONS 245

HOMMAGE A PIERRE PEAN – JEAN-PIERRE CHEVENEMENT :

Avec Pierre Péan nous perdons l’un des grands éclaireurs de notre temps. Il était l’un des plus remarquables journaliste d’investigation et un essayiste d’un immense talent dont chaque ouvrage, fruit de ses recherches exigeantes, était attendu avec impatience. Chacune de ses œuvres a marqué un moment de la conscience de la vie politique française suscitant des débats passionnés. C’était un homme de gauche assurément mais avant tout, pour lui, il y avait l’exigence de la vérité.

Noires fureurs, blancs menteurs a éclairé d’une vive lueur le drame du Rwanda, ébranlant les vérités toutes faites.

Une jeunesse française, qu’il a complétée et partiellement corrigée par un second ouvrage, reste une pièce majeure pour comprendre le parcours de François Mitterrand.

La face cachée du Monde, véritable bible co-écrite avec le regretté Philippe Cohen, autre plume rebelle à toutes les formes de la bien-pensance, n’a pas peu contribué à remodeler le visage de la presse française.

Partout Pierre Péan a jeté un regard décapant sur les forteresses de l’ordre établi, jetant bas les nouveaux conformismes, il a été sur ce point de vue un grand républicain. Nous devons beaucoup à l’acuité de son esprit et à la puissance de son travail. Nous devons beaucoup à son courage, il a été une conscience civique qui a balisé notre route. À titre personnel, je perds un ami très cher qui me manquera toujours.

J’adresse à sa femme Odile, à son fils Grégory, à sa fille Raphaëlle, à ses six petits-enfants et à tous ses amis, l’expression de mon grand chagrin et de ma profonde sympathie. Il manquera à tous, il manquera à la République.
 
 
QUE RESTERA-T-IL DU SOMMET FRANCO-RUSSE DE BRÉGANÇON ? Guillaume Berlat. « Ce qui est beaucoup plus important, c’est d’exceller dans les métaphores1 » (Aristote). Ce qui valait en 332 avant J.-C. vaut autant si ce n’est encore plus en 2019 après J.-C.. Litotes, Lapalissades, redondances, coups de menton sans lendemain… constituent l’ossature de la novlangue du e-monde. Nos dirigeants y sacrifient volontiers sous la pression de leurs « spin doctors », les penseurs du XXIe siècle. Nous en avons un excellent exemple avec la mise en scène de la rencontre entre le président Emmanuel Macron et son homologue russe, le 19 août 2019 au Fort de Brégançon (présenté urbi et orbi comme un symbole de la puissance de la France) à compter de 16h002. De belles images, de bonnes paroles mais pour le concret, nous sommes dans le brouillard diplomatique le plus complet alors que le ciel était d’un bleu azur dans la commune de Bormes-Les-Mimosas. Après avoir rapidement évoqué l’environnement international de la rencontre de Brégançon, nous essaierons de comprendre ce qui s’est passé, ou plus vraisemblablement, ce qui ne s’est pas passé lors de cette réunion estivale.

L’ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL DE LA RENCONTRE DE BRÉGANÇON

Alors que les deux grands hommes se rencontraient dans une atmosphère particulièrement détendue, le monde du chacun pour soi sans vergogne progressait de crise en crise. Tant à Hongkong3 qu’à Moscou4, les manifestants choisissaient la voie de la non-violence pour ne pas prêter le flanc à la critique. À Kaboul ville martyre5, un énième attentat fait 63 morts et 200 blessés lors d’un mariage6 au moment où Washington négocie avec les Talibans son retrait d’Afghanistan7. Cela interpelle quelques frondeurs de la LREM8. Le ton ne cesse monter entre Japon et Corée du sud sur les questions mémorielles9. Dans un Mali de plus en plus déstabilisé, les civils ne trouvent d’autres responsables que les forces de l’ONU10. En Algérie, la mobilisation contre l’élite dirigeante ne faiblit pas11. Les Américains testent leur premier missile nucléaire de portée intermédiaire depuis leur récent retrait du traité FNI. Ils font part de leur volonté d’acheter le Groënland12, provoquant l’ire des autorités danoises13. Pour faire bonne mesure, Donald Trump fait savoir que, pour punir le garnement Macron d’avoir décidé d’imposer les activités des GAFA en France, il inventerait de nouveaux droits de douanes à l’importation de vins et champagnes sur son territoire (il évoque un taux de 100%). À Bruxelles, la seule préoccupation de la commission européenne est la crainte d’une nouvelle victoire de l’extrême droite en Italie (après la démission du gouvernement Conte, dédaignant une fois de plus la voix du peuple tout en faisant la morale sur le thème éculé des valeurs qu’elle défendrait14). Elle semble moins inquiète des foucades à répétition du bad boy, Boris Johnson sur le thème retenez-moi ou je fais un malheur à propos du « Brexit ». Elle n’a aucune stratégie claire à opposer à ce malotru qui n’hésite pas à mettre les pieds sur la table lors de son entretien avec Jupiter. Pas plus qu’Emmanuel Macron, qui après avoir essuyé un refus cinglant à son invitation à le recevoir à Paris après son élection, le reçoit avec tous les honneurs le 22 août 2019 lors d’un déjeuner. En dernière analyse, il se montre plus accommodant qu’annoncé au préalable. Les Britanniques ont bien raison de s’essuyer les pieds sur le paillasson européen et français. Encore un exemple de la diplomatie du froc baissé devant la Perfide Albion…

Du côté de Biarritz où se prépare activement le G7 sous présidence française, les esprits s’échauffent. Les riverains sont excédés par les restrictions qui leur sont imposés pour permettre aux délégations de circuler durant la réunion. Les altermondialistes se réunissent pour dénoncer le manque de transparence dans les négociations des accords commerciaux et les violations répétées des normes environnementales. Ils n’ont pas entièrement tort, renvoyant les dirigeants des pays les plus puissants de la planète à leur déni permanent de démocratie (ce que leur concéderait en privé Emmanuel Macron). L’on ne sait toujours pas si la liste impressionnante des sujets mis à l’ordre du jour du G7 (les serpents de mer de l’évasion fiscale et de l’aide aux pays toujours en voie de développement sans parler de la chimérique taxation des GAFA, la lutte contre les inégalités…) sera traitée15 tant d’autres plus brûlants risquent de leur voler la vedette : inquiétudes pour l’économie mondiale, risque de récession engendrée par les tensions commerciales sino-américaines, tensions irano-américaines sur le dossier nucléaire…16 Ce sommet se présente comme celui de la division entre ses membres : sur la question du libéralisme (celui d’Emmanuel Macron) ou du protectionnisme (celui de Donald Trump), du retour de la Russie au G8 (Donald Trump la souhaiterait alors que Justin Trudeau ne veut pas en entendre parler), de la taxation des GAFA, de la réforme du multilatéralisme économique (OMC) et financier (FMI)17, voire des feux en Amazonie (souhait de Jupiter). Et, en dernière analyse, sur son utilité même. À quoi sert-il ? Ne doit-il pas être réformé ou supprimé ? Toutes questions sur lesquelles nous n’aurons pas le début du commencement d’une réponse tant les questions stratégiques sont persona non grata dans ces barnums. On préfère se quereller durant des nuits sur quelques mots d’un communiqué insipide dont les termes seront aussitôt oubliés après le retour au pays des délégations. Quelques chercheurs pourraient tenir la chronique de tous les reniements successifs des engagements – plus moraux que juridiques – souscrits lors de ces grandes messes païennes.

LE CONTENU INTERNATIONAL DE LA RENCONTRE DE BRÉGANÇON

Au-delà de son aspect purement protocolaire (un superbe bouquet de fleurs offert par le nouveau tsar à Brigitte Macron, tout juste remise de son intervention de chirurgie esthétique et de sa luxation d’épaule, une conférence de presse, un entretien en tête-à-tête entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine suivi d’un déjeuner élargi aux deux délégations), nous ne savons de cette rencontre du 19 août 2019 que ce que l’on (indiscrétions du marquis de source sûre, fuites organisées par les communicants du prince, élucubrations du clergé médiatique) veut bien nous dire. En un mot, très peu de choses. Cela nous ramène au fameux sketch de Coluche sur les journalistes qui n’a pas pris la moindre ride : ce n’est pas parce que l’on n’a rien à dire qu’il faut se taire. Mais, la mise en scène du chef du protocole, introducteur des ambassadeurs était parfaite. Si problème il y aurait eu, ce serait de la faute de l’interprète qui aurait altéré les propos de Vladimir Poutine sur les « gilets jaunes ». De manière très courageuse, une source à l’Élysée indique « qu’en règle générale, les interprètes sont les interprètes officiels du ministère des Affaires étrangères ». La fameuse théorie du bouc émissaire pour faire diversion sur l’indigence de la substance. Nous avons été très impressionnés d’apprendre que Jupiter venait de découvrir que la Russie était en Europe à laquelle il veut l’arrimer et pense à une « architecture de sécurité » (?). Manifestement, il a de très sérieuses lacunes en géographie. Il aurait demandé, avec une certaine insistance que cessent les bombardements des aviations russe et syrienne sur la province d’Idleb. Si nous avions bien saisi le silence de son homologue qui en disait long, cela signifiait, cause toujours tu m’intéresses. Pour ce qui est de l’Ukraine, il aurait accepté une réunion en format Normandie mais sans prendre le moindre engagement concret, de ce que nous pouvons comprendre. On lui parle désormais du Donbass mais de la Crimée, il n’en est plus question. Un bel exemple de théorie du fait accompli. En dernière analyse, et nous ne pouvons que nous en réjouir, Emmanuel Macron aurait désormais intégré dans son logiciel d’inspecteur des Finances qu’avec la Russie, il était essentiel de se placer sur le temps long, celui de la stratégie et non sur celui du temps court caractéristique de la médiacratie18.

Nous comprenons qu’Emmanuel Macron a accepté de se rendre, à l’invitation de Vladimir Poutine, à Moscou en mai 2020 pour les célébrations du 75ème anniversaire de la Seconde Guerre mondiale. Le même Emmanuel Macron qui préfère inviter Angela Merkel (qu’elle le veuille ou non, héritière du IIIe Reich) aux cérémonies du débarquement en Normandie, plutôt que d’inviter son homologue russe, dont le pays a largement contribué à la défaite de l’Allemagne. Quelle méconnaissance coupable de l’Histoire ! Et le reste est à l’avenant. Des mots, toujours des mots mais peu si ce n’est très peu d’actes concrets significatifs d’u authentique dialogue stratégique fondé sur la confiance. « Or, non seulement Poutine n’a rien lâché, mais il s’est payé la tête de son hôte en évoquant, à propos des libertés démocratiques, les gilets jaunes français… ‘nous ne voudrions pas que de pareils évènements se passent dans la capitale russe »19. La diplomatie balnéaire prend parfois des allures de farce surtout lorsqu’elle est parfois appréhendée par certains de nos plus hauts dirigeants comme un vulgaire jeu d’enfants.

Il est trop tôt pour porter un quelconque jugement objectif et définitif sur ce sommet impromptu de Brégançon. Pour ce faire, il faudrait avoir un accès libre aux verbatim de tous les entretiens rédigés du côté français et du côté russe. Nous n’en sommes pas encore là tant les délais d’ouverture au public des archives françaises sont longs. Nous ne pouvons que nous perdre en conjectures tout en faisant appel à l’expérience diplomatique en la matière. Un dialogue semble s’être noué avec un État que nous traitions, il y a peu encore, en pestiféré, en paria. Cela ne semble plus être le cas. Désormais, Jupiter découvre les vertus du dialogue avec tous (sauf avec Bachar Al-Assad, il va sans dire). Mais un dialogue bien tempéré comme le clavier du même nom. Par la même occasion, il découvre que, même affaibli sur la scène intérieure, Vladimir Poutine est incontournable sur la scène internationale. Traiter avec lui est une question de simple bon sens. L’ignorer relève d’un aveuglement coupable. Il lui aura fallu plus de deux ans pour en prendre conscience. Mieux vaut tard que jamais. Nous découvrons que l’Europe n’existe pas diplomatiquement en dépit de l’existence d’un pléthorique Service européen d’action extérieure (SEAE), une sorte d’armée mexicaine. Emmanuel Macron l’Européen – dans les mots plus que dans les faits – nous en administre la preuve la plus éclatante. À ce stade, la seule question qui vaille est de savoir que restera-t-il de ce sommet franco-russe de Brégançon ? La réponse est vraisemblablement dans la question20.

1 Métaphore : procédé par lequel on transporte la signification propre d’un mot à une autre signification qui ne lui convient qu’en vertu d’une analogie, d’une comparaison sous-entendue.
2 Guillaume Berlat, Russie : l’atterrissage inespéré de Jupiter, www.prochetmoyen-orient.ch , 19 août 2019.
3 Frédéric Lemaître, Hongkong : la rue défie Pékin par la non-violence, Le Monde, 20 août 2019, p. 3.
4 Nicolas Ruisseau, Communistes et libéraux défilent dans le calme à Moscou, Le Monde, 20 août 2019, p. 3.
5 D.S., Voir Kaboul et mourir, Le Canard enchainé, 21 août 2019, p. 8.
6 Ghazal Golshiri, Dans Kaboul désemparée la litanie des morts, Le Monde, 21 août 2019, p. 2.
7 Gilles Paris, La stratégie hésitante de Donald Trump en Afghanistan, Le Monde, 21 août 2019, p. 2.
8 D.F., Chinoiseries françaises sur Hongkong, Le Canard enchaîné, 21 août 2019, p. 8.
9 Philippe Mesmer, Entre Séoul et Tokyo, une guerre de la mémoire, Le Monde, 21 août 2019, p. 4.
10 Morgane Le Cam, Au Mali, la défiance des civiles envers l’ONU, Le Monde, 21 août 2019, p. 2.
11 Ali Eshar, En Algérie, la mobilisation contre l’élite dirigeante ne faiblit pas, Le Monde, 23 août 2019, p. 24.
12 Éditorial, Le Groenland, dernier caprice de Donald Trump, Le Monde, 23 août 2019, p. 24.
13 Gilles Paris, Anne-François Hivert, Trump annule son voyage au Danemark, Le Monde, 22 août 2019, p. 3.
14 Sophie Petitjean, Bruxelles s’inquiète d’une victoire de l’extrême droite en Italie, Le Monde, 20 août 2019, p. 4.
15 Marie Charrel, Ces dossiers fiscaux qui s’invitent au G7, Le Monde, 20 août 2019, p. 11.
16 Marie Charrel, Une réunion sur fond d’inquiétudes pour l’économie mondiale, Le Monde, 20 août 2019, p. 11.
17 Secoué par Poutine, coincé entre Trump et Johnson. Biarritz, Macron pas très à l’aise dans des Basques, Le Canard enchaîné, 21 août 2019, p. 1.
18 Éditorial, Russie, « le temps long » de Macron, Le Monde, 21 août 2019, p. 28.
19 Frédéric Pagès, Surfe qui peut !, Le Canard enchaîné, 21 août 2019, p. 1.
20 Olivier Faye/Marc Semo, Macron-Poutine à Brégançon : un rapprochement sans vrai résultat. Les désaccords restent nombreux malgré un possible engagement du président russe sur l’Ukraine, Le Monde, 21 août 2019, pp. 1 et 3.
 
 
BORIS JOHNSON, LE FAUTEUR DE TROUBLES – Guillaume Berlat. « Les Britanniques nous ont fait c… pour rentrer dans l’Union européenne. Ils nous font c… pour en sortir ». Cette formule légèrement triviale (nous avons dissimulé le terme principal) résume en quelques mots le psychodrame du « Brexit ». Rien ne se passe comme prévu. Durant toute la mandature de Theresa May, l’Union européenne a vécu au rythme des Oukases du Parlement de Westminster. Aujourd’hui, elle tremble sous ceux du bad boy, Boris Johnson. Par derrière, elle bande ses muscles (Cf. les déclarations tonitruantes de Donald Tusk, le partant dont la parole est décrédibilisée). Par devant, elle tremble à l’idée que la pantalonnade se termine par l’absence d’un non-accord (le fameux « no deal »21). Boris Johnson surfe sur cette hypothèse, sachant qu’elle est plus la hantise des 27 que des Britanniques. L’homme est un voyou qui n’a ni foi, ni loi. À ses yeux tous les procédés de négociation, y compris les plus sordides, sont permis. Et, le moins que l’on puisse dire est qu’il ne s’en prive pas depuis qu’il a remplacé Theresa May. Invité par Angela Merkel et par Emmanuel Macron pour une prise de contact, il refuse sans le moindre ménagement, prétextant qu’il n’est pas question d’aller à Canossa. La Perfide Albion ne saurait se plier aux exigences incongrues des négociateurs de la commission européenne, Michel Barnier en tête. Il estime que la dernière version de l’accord de divorce négocié par son prédécesseur est inacceptable. C’est circulez, il n’y a rien à voir. À quelques jours du G7 de Biarritz, il se fait plus accommodant – toutes choses égales par ailleurs -, acceptant de faire un détour par Berlin, d’abord et par Paris, ensuite. Ce qui n’a rien d’anodin. Il sait qui est le patron de l’Europe. Il sait qui est le bouffon de l’Europe. Il sait que la chancelière est disposée à lui accorder quelques délais supplémentaires pour éviter de s’enfermer dans un cadre temporel de négociation trop contraint22. C’est ce qu’il obtient après son passage par la chancellerie fédérale. Il laisse s’agiter, Emmanuel Macron, comme une mouche dans un bocal qui hurle depuis Brégançon qu’on lui passera sur le corps avant qu’il ne bouge d’un iota sur le texte négocié précédemment. Après le déjeuner qu’il offre au mécréant, Emmanuel Macron, le loup, se fait agneau. Il estime désormais possible de faire droit à quelques requêtes sur la frontière entre les deux Irlande, à savoir entre l’Irlande du nord et la République d’Irlande (« backstop »23) avant la date fatidique du 30 octobre 2019. Mais, en même temps, il enfonce une porte ouverte en déclarant qu’un nouvel accord est impossible à atteindre en un mois Il est vrai qu’il lui était difficile de se monter aussi inflexible que ses premières déclarations ne le laissaient entendre dans la mesure où la Chancelière allemande l’avait implicitement désavoué, d’une part et il ne pouvait se mettre à dos Boris Johnson à quelques jours du G7 de Biarritz qu’il présidera et qui ne se présente pas sous les meilleurs auspices, d’autre part. Une fois encore, Jupiter découvre, à ses dépens, que la diplomatie s’exerce sur des réalités et non sur des rêves. Il lui aura fallu plus de deux ans pour apprendre les bienfaits de la Realpolitik et les graves inconvénients de l’Irealpolitik, celle des Inspecteurs des Finances arrogants qui ne comprennent rien à la connaissance de l’autre. Leçon d’humilité, une de plus pour le gamin que les Français ont mis à l’Élysée (Luc Ferry) dans la sphère diplomatique, en général et dans la sphère européenne, en particulier. Les faits sont têtus, plus que notre plus jeune président de la République. Ce qu’il a encore beaucoup de mal à saisir. Surtout, lorsque l’on a à faire à la Perfide Albion. Nous signalons, il y a peu encore, à nos fidèles lecteurs que Boris Johnson menait le branle24. Nous n’étions pas très loin de la Vérité alors que certains bons apôtres nous expliquaient doctement qu’il allait passer sous les fourches caudines européennes. Il a plus d’un tour dans son sac pour semer la zizanie entre les Vingt-Sept qui sont loin d’être unis et prévenir un front commun. Nous n’en sommes pas encore à ce stade. Ces évolutions pittoresques – un délai de trente jours lui est accordé pour agir – ne doivent pas masquer l’essentiel : le spectacle gagne en ridicule pour l’Union européenne et sa Commission aveugle au « comique pédant » (Schoppenhauer). Entre le vouloir et le pouvoir, il y a une marge, ou plutôt un fossé. Il est évident que Boris Johnson continuera encore de jouer les fauteurs de trouble dans les semaines, les mois, voire les années à venir. Qu’on se le dise !

21 Cécile Ducourtieux, Boris Johnson prépare l’UE et le RoyaumeUni à un « no deal », Le Monde, 22 août 2019, p. 3.
22 Jean-Baptiste Chastand/Thomas Wieder, Divergences franco-allemandes sur le Brexit , Le Monde, 23 août 2019, p. 3.
23 « Backstop », Le Monde, 23 août 2019, p. 3.
24 Guillaume Berlat, Boris Johnson mène le branle, www.prochetmoyen-orient.ch , 12 août 2019.
 
 
SYRIE : ET APRÈS ? Jean Daspry. Gouverner, c’est prévoir, a-t-on coutume de dire. Aujourd’hui, cette maxime semble largement perdue de vue. Court-termisme et présentisme constituent l’alpha et l’oméga de nos dirigeants incapables d’anticiper le futur pour mieux le préparer. Cela vaut autant pour la politique intérieure que pour la politique internationale. Dans ce dernier domaine, leur aveuglement est patent, invraisemblable. Prenons un exemple concret et particulièrement actuel, le conflit syrien dans ses différents volets, militaire et diplomatique, sujet évoqué entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine à Brégançon le 19 août 2019. La question concerne la France qui a fait un tout faux -stratégique et diplomatique – depuis la fin de l’année 2010 avec une constance qui mérite louange. Une sorte d’insouciance diplomatique nouvelle vague dont nous ne cessons et cesserons de payer l’addition le moment venu.

LA VICTOIRE MILITAIRE DU RÉGIME SYRIEN : UNE RÉALITÉ INCONTOURNABLE

Le conflit syrien pourrait prochainement trouver son épilogue militaire plus de huit ans après avoir débuté dans la foulée des « printemps arabes ». Son issue dépend de la conclusion de la bataille d’Idlib qui aura coûté de nombreuses victimes aux troupes du régime25. Mais, il y a toutes raisons de penser que Bachar Al-Assad pourrait reprendre le contrôle de la Syrie après avoir été menacé, dans les années 2015, d’une sévère défaite par une coalition de forces djihadistes et rebelles soutenues par le Qatar l’Arabie saoudite et la Turquie. Avec l’aide massive de la Russie et de l’Iran, il est parvenu à inverser le cours des choses au grand dam d’Occidentaux incrédules et pris de court. Si tel était le cas, nous reviendrions ainsi à la case départ26. Les différentes batailles ont été dévastatrices, y compris et surtout pour les populations civiles qui n’ont pas fui le pays vers les États voisins ou vers l’Europe. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Souvenons-nous des « dommages collatéraux » causés par les bombardements alliés sur les villes de Bretagne et de Normandie en juin-juillet 1944. Pendant que la diplomatie française s’époumone vainement à réclamer un impossible arrêt des combats à Idlib, Américains et Turcs mettent en place un centre d’opérations conjointes dans le but de créer une zone de sécurité dans le nord-est de la Syrie et se sont mis d’accord sur le contrôle aérien dans la région. Mesures concrètes et opérationnelles destinées à faire baisser la tension (les combattants de la milice kurde syrienne des YPG quitteront la région et leurs armes lourdes leur seront retirées), évitant de se complaire dans la diplomatie déclaratoire, moralisatrice et inefficace à la française. En dépit de la présence de forces spéciales venues en appui des forces américaines (qui les retirent), la France joue les utilités sans disposer du moindre levier d’action sur le terrain. Elle se contente de voir passer les trains sur le bord de la route. L’approche française depuis le début des soulèvements en Syrie est incompréhensible d’un point de vue géopolitique et diplomatique en dépit de la nomination par Emmanuel Macron, il y a un an, d’un représentant personnel sur la Syrie en la personne de François Sénémaud dont on se demande bien à quoi il peut être payé par le contribuable français. À donner l’illusion d’une diplomatie active.

Ceci étant dit, les faits sont têtus. Il faudra en tenir compte pour la suite sauf à déployer un improbable cordon sanitaire infranchissable autour de la Syrie pour mettre en quarantaine le régime de Bachar Al-Assad. De proche en proche, nous en arrivons à la dimension diplomatique du conflit syrien.

LA VICTOIRE DIPLOMATIQUE DU RÉGIME SYRIEN : UNE NOUVELLE DONNE AVEUGLANTE

Dans la foulée du début des mal nommés « printemps arabes » et jusqu’à ce jour, la diplomatie française s’est fourvoyée dans une impasse dont elle a toutes les peines du monde à sortir. Gloire à Alain Juppé pour avoir fermé notre ambassade à Damas ! Gloire également à l’autre crâne d’œuf qui a pour nom Laurent Fabius récompensé de ses multiples méfaits comme ministre des Affaires étrangères et du développement international (MAEDI). La liste de ses erreurs inadmissibles pour un individu aussi hautain et certain de sa valeur (Cf. ses exploits jamais sanctionnés de premier ministre dans le scandale du sang contaminé) est impressionnante. Elle donne le tournis : annonce en août 2012 de la chute du régime de Bachar Al-Assad dans les trois mois ; déclaration selon laquelle le président syrien n’avait pas droit de vivre ; affirmation folle selon laquelle les petits gars d’Al Nostra (d’horribles terroristes du même tabac que ceux qui commettaient des attentats en France) faisaient du bon boulot ; déversement d’un torrent d’insultes principalement sur le régime syrien et accessoirement sur ses appuis russe et iranien au mépris des usages diplomatiques ; duplicité complète dans l’affaire Lafarge en Syrie, interdiction faite à tous les services du Quai d’Orsay (y compris le centre d’analyse et de prospective stratégique censé être un lieu de liberté complète de pensée) d’écrire la moindre ligne envisageant le maintien du régime de Bachar Al-Assad dans les années à venir ; diplomatie stupide d’obstruction à l’égard de toutes les initiatives diplomatiques russo-irano-turques à Sotchi alors que nous n’avions aucune carte crédible dans notre jeu ; aide financière et militaire octroyée à l’introuvable opposition démocratique syrienne… Laurent Fabius, l’éternel responsable mais pas coupable devrait être sanctionnée d’une manière ou d’une autre pour toutes ses bévues impardonnables. A minima, en étant écarté du Conseil constitutionnel et de la vie politique française, sans parler de ses fonctions de représentant du secrétaire général de l’ONU sur le Pacte pour l’environnement. Ce serait la moindre des choses pour ce nuisible prédateur de haut vol qui est toujours très assuré, surtout pour mettre en avant son incompétence incommensurable. En vérité, la France a subi une « étrange défaite » sur les plans militaire et diplomatique en Syrie dont elle aura beaucoup de mal à se remettre alors qu’elle bénéficiait d’une position privilégiée dans ce pays (en particulier nos services de renseignement si essentiels dans ce genre de pays).

Or, nous payons aujourd’hui, intérêt et principal, cette stratégie moralisatrice à courte vue en nous trouvant entièrement isolés sur la scène proche et moyen-orientale. Emmanuel Macron, en dépit des espoirs mis en lui après son élection en mai 2017, a poursuivi dans cette impasse. Il commence tout juste à en prendre conscience en recevant Vladimir Poutine au Fort de Brégançon pour parler, entre autres sujets, de l’Iran et de la Syrie27. Il quémande un strapontin pour la suite du processus car la paix finira bien par venir, la reconstruction également (dont nous serons écartés), la diplomatie retrouvera toute son utilité pour apaiser les tensions, (re)créer la confiance et travailler à un avenir de paix et de stabilité pour la région, en général et la Syrie en particulier. Cela ne sera pas chose aisée tant la confiance minimale fait défaut et le nouveau tsar a encore en travers de la gorge les multiples avanies qu’il a subies de la part de son homologue français. La confiance ne se bâtit pas en un jour. Le temps n’est plus aux regrets28, aux exigences29. Le temps est à la diplomatie. « Les bonnes méthodes, en diplomatie, ont ceci de commun avec celles de la Banque, qu’elles sont toutes deux fondées sur le crédit » (François de Callières, 1716). Le temps est à la réconciliation. Il n’est jamais trop tôt pour penser à la réconciliation. « La recherche de réconciliations est souvent passée par l’instauration de commissions dites ‘vérité et réconciliation’ »30. Rien n’est plus absurde, du moins à ce stade délicat, d’évoquer la piste de la justice pénale internationale dont a pu mesurer les limites, les inconvénients dans de précédents conflits.

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Vladimir Poutine est un excellent stratège, quoi qu’en disent nos perroquets à carte de presse qui sait où il va depuis le début du conflit syrien. Il est bien l’un des seuls. Il a presque atteint tous ses objectifs militaires et diplomatiques, parvenant même à enfoncer un coin entre la Turquie et l’Alliance atlantique (vente de missiles S400 à Ankara). C’est pourquoi, il n’est pas disposé à faire la moindre concession à la diplomatie française qui ne soit payée de retour. Plusieurs pistes sont envisageables pour renouer le fil d’une relation confiante. Pourquoi la France ne milite-t-elle pas pour le retour de la Russie au sein du G7 (comme semble le faire Donald Trump), non pour tout lui passer mais simplement pour maintenir un canal de dialogue ouvert ? Pourquoi la France n’envisagerait-elle pas de proposer à tous ses partenaires de l’Union européenne une réouverture coordonnée de leurs ambassades à Damas au niveau d’un chargé d’affaires, du moins dans un premier temps, pour prix de sa participation à la reconstruction du pays ? Pourquoi la France n’entamerait-elle pas un authentique dialogue stratégique avec la Russie, y compris et surtout sur les sujets qui fâchent ? Pourquoi ne pas proposer, avec l’Allemagne, une conférence sur la sécurité en Europe comme l’ont imaginé Dominique de Villepin ou Hubert Védrine, il y a déjà plusieurs années ? La diplomatie se fait sur des réalités et non en chevauchant quelques chimères. Aujourd’hui, il est plus que temps que nos dirigeants se posent la question : la Syrie ; et après ?

25 Marie Jégo/Laure Stephan, À Idlib, tournant majeur de la bataille de Khan Cheikhoun, Le Monde, 21 août 2019, p. 3.
26 Laure Stephan, Bataille d’idlib : « Les alaouites ont payé un lourd tribut », Le Monde, 17 août 2019, p. 6.
27 Marc Semo, Macron-Poutine : dialoguer malgré les tensions. Entre Macron et Poutine, l’amorce d’un réchauffement, Le Monde, 18-19 août 2019, pp. 1-2-3.
28 Tatiana Koustouéva-Jean, La position de la France à l’égard de la Russie est inconfortable, Le Monde, 18-19 août 2019, p. 26.
29 Andrei Kortunov, « Pas de réconciliation entre Paris et Moscou sans progrès en Ukraine », Le Monde, 18-19 août 2019, p. 26.
30 Milena Dieckhoff, La difficile réconciliation des sociétés postconflictuelles, Le Monde, 22 août 2019, p. 20.
 
 
DONALD FAIT LA BOMBE AVEC MBS – Jean Daspry. « Les journalistes ont du mal à faire la différence entre l’importance d’un accident de bicyclette et l’effondrement d’une civilisation » disait avec beaucoup d’humour il y a bien longtemps, le critique et prix Nobel de littérature (1925), Georges Bernard Shaw. Aujourd’hui, le moins que l’on soit autorisé à dire est qu’ils excellent dans l’art de se noyer dans un dé à coudre. Obnubilés par le traitement immédiat de l’accessoire, ils en oublient le traitement de long terme du principal ! Désordre politique, désordre financier, désordre sécuritaire, désordres religieux, désordre environnemental…, ils n’en ont cure. Cela ne fait pas le buzz. Et, c’est ainsi que la plupart d’entre eux passent à côté des signaux faibles porteurs de gros nuages pour le futur qui émaillent l’actualité internationale. Prenons un exemple qui ne fait pas la une des gazettes si ce n’est quelques lignes dans l’hebdomadaire satirique, Le Canard enchaîné31.

Comme notre site l’avait déjà signalé, il y a plusieurs mois, les États-Unis jouent un jeu plus que malsain, plus que dangereux avec l’Arabie saoudite. Alliés historiques de l’Arabie saoudite depuis le Pacte du Quincy (j’assure ta sécurité si tu me livres du pétrole à vil prix), les États-Unis ont aujourd’hui les yeux de Chimène pour le jeune prince MBS. L’homme à la tronçonneuse qui acquiert, manu larga matériels militaires sophistiqués pour commettre crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Yémen, mettre au pas ses opposants et surtout se présenter comme le dernier rempart contre le diable iranien. Que ne ferait-on pas pour lutter contre l’axe du mal, les États voyous que sont l’Iran chiite, la Syrie alaouite, la Russie orthodoxe, parfois la Turquie arrogante ? La réponse est simple : armer l’Arabie saoudite sunnite et ses affidés ainsi que son allié de circonstance, Israël honni. Mais avec quelle quincaillerie ? Des armes classiques. Insuffisant dans la mesure où les fourbes ayatollahs sont suspectés de se doter de l’arme nucléaire et de quelques missiles balistiques susceptibles de les transporter jusque chez ses voisins. Et, nous apprenons au fil des mois que les Américains aident les Saoudiens à se doter de l’arme nucléaire en leur fournissant par petits morceaux les éléments indispensables à la construction d’une bombinette, et cela en violation des règlementations d’Outre-Atlantique mais aussi internationales, à savoir le TNP. Ce qui a attiré l’attention de quelques sénateurs américains démocrates et Républicains chargés par leurs collègues de trouver un moyen d’empêcher un éventuel transfert de technologie nucléaire, à finalité militaire, vers l’Arabie saoudite. L’année dernière, l’Exim Bank a été autorisée par la Maison Blanche à financer l’exportation en Arabie saoudite d’une centrale et de deux réacteurs à caractère civil. Ce qui est tout à fait légal. Mais en assortissant cette acquisition d’un refus de toute inspection de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA sise à Vienne) destinée à prévenir tout détournement de ces activités à des fins militaires pour être agréable à MBS ((l’amateur de jolies femmes). Ce qui est tout à fait illégal. L’argent n’a pas d’odeur ! Sept contrats d’un montant de plusieurs milliards de dollars auraient été signés. En réponse aux demandes d’éclaircissement des élus, le ministre américain de l’énergie aurait répondu que : « si les États-Unis ne donnent pas satisfaction au prince héritier Salmann (MBS pour les intimes), il irait se fournir ailleurs ».

Cette péripétie ne serait qu’une vulgaire affaire de Clochemerle si nos perroquets à carte de presse en mesuraient toutes les conséquences sécuritaires et géopolitiques dans la région du Proche et Moyen-Orient. Décidément, les Américains peuvent tout se permettre, surtout ce qu’ils interdisent aux autres. Charité bien ordonnée commence par soi-même.

Tout d’abord, Washington viole effrontément le droit international, justement celui dont il se prévaut pour sanctionner Iraniens et Nord-Coréens. Que nous dit l’article premier du traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP de 1968 que la France n’a ratifié qu’en 1992) qui constitue la bible en la matière :

Article premier : Tout État doté d’armes nucléaires qui est Partie au Traité s’engage à ne transférer à qui que ce soit, ni directement ni indirectement, des armes nucléaires ou autres dispositifs nucléaires explosifs, ou le contrôle de telles armes ou de tels dispositifs explosifs ; et à n’aider, n’encourager ni inciter d’aucune façon un État non doté d’armes nucléaires, quel qu’il soit, à fabriquer ou acquérir de quelque autre manière des armes nucléaires ou autres dispositifs nucléaires explosifs, ou le contrôle de telles armes ou de tels dispositifs explosifs »32.

Si cette plaisanterie était avérée, elle devrait conduire les États parties au TNP (États dotés ou non dotés de l’arme nucléaire) à demander à l’AIEA de diligenter une enquête indépendante et impartiale. En cas de doutes ou de preuves, l’agence de Vienne devrait transmettre le dossier au Conseil de l’ONU afin qu’ils envisagent les éventuelles mesures à prendre : coopératives ou coercitives contre l’État voyou qui a pour nom Amérique du Nord. Nous en sommes loin.

Ensuite, est-ce un bon signal alors que les Occidentaux militent depuis des années pour l’instauration d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient (le seul État en possession de l’arme nucléaire dans la région est Israël qui n’a jamais adhéré au TNP) ? Est-ce un bon signal pour les proliférateurs potentiels qui souhaiteraient se doter de l’arme nucléaire si l’Arabie saoudite pouvait se soustraire à ses obligations avec l’appui de l’hyperpuissance américaine ? Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir.

Enfin, les Américains sont passés maîtres dans l’art de jouer avec le feu. Ont-ils si vite oublié que les armes (missiles stingers) qu’ils avaient livrées aux Talibans pour lutter contre l’occupation soviétique se sont retournées contre eux, une fois les troupes de Moscou retournées chez elles ? Quid si le prince héritier MBS était renversé et que ses successeurs étaient quelques islamistes rigoristes et illuminés utilisant l’arme nucléaire pour lutter contre tous les mécréants de la terre ? Tout ceci relève d’un amateurisme déroutant et dangereux. Un classique de la médiocrité intellectuelle et stratégique de la Grande Amérique qui gagne toutes les batailles comme elle perd toutes les guerres.

p.m. : quelques esprits curieux au sein de la Grande Muette ont calculé que l’aide militaire octroyée par les présidents américains successifs depuis la création de l’État d’Israël correspondrait à l’équivalent du total cumulé de cinq budgets français annuels de la Défense33. Même si comparaison n’est pas raison, l’axe anti-iranien est bien traité par les temps qui courent. Cela pourrait s’appeler mettre de l’huile sur le feu… avec le succès que l’on sait pour l’Arabie saoudite chez son voisin yéménite, surnommé depuis la nuit des temps « l’Arabie heureuse » !

« Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que la chouette de Minerve prend son envol » (Hegel). Du passé, on fait rarement table rase. L’histoire repasse toujours les mêmes plats. La liste des questions soulevées par ces transferts de technologie nucléaire américaine vers l’Arabie saoudite est sans fin. Elle relève à l’évidence d’un aveuglement et d’une irresponsabilité totale des dirigeants à Washington à la lumière de l’histoire des dernières décennies. Toutes choses qui précipitent le déclin de l’Occident. Certains signaux sont plus éclairants que les vives lumières. Tel est traditionnellement le rôle dévolu à l’espion et au diplomate que de le décrypter le plus en amont possible pour mieux anticiper l’avenir. Mais, cette approche stratégique n’est plus de mise. Elle appartient à l’ancien monde honni par Jupiter. À tous égards, il eut été préférable que les deux noceurs que sont Donald et MBS fassent la bombe, mais au sens festif du terme et non stratégique. Cela nous épargnerait quelques très sérieux problèmes consubstantiels à la problématique de la paix et la guerre entre les nations.

31 Trump parrain de la bombe saoudienne ?, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
32 Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) conclu en 1968, www.un.org.fr .
33 Trump enrichit l’arsenal israélien, Le Canard enchaîné, 21 août 2019, p. 3.

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