Observatoire Géostratégique

numéro 256 / 11 novembre 2019

ORIENT-ATIONS 247

EUROPE DE LA DÉFENSE : DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE – Guillaume Berlat. « L’européen a des velléités mai, à la fin, il fait ou Washington lui dit de faire, et s’interdit de faire là ou et quand il n’a pas la permission »1. Et, c’est bien le cœur du débat lorsque l’on aborde la question générale de la défense européenne. Nous ne parlons pas du prétendu pilier européen de l’Alliance Atlantique (un vieux serpent de mer) mais de la capacité des membres de l’Union européenne à organiser leur défense de manière autonome et indépendante sans solliciter l’aval préalable du grand frère américain (un autre vieux serpent de mer). Ce que les experts de la chose bruxelloise qualifient pompeusement d’Europe de la défense. À intervalles réguliers, nous avons tenté d’informer nos fidèles lecteurs des avatars de cette aventure, aujourd’hui sans lendemain, si ce n’est des lendemains qui chantent autant qu’ils déchantent. L’occasion de revenir sur ce sujet nous est fournie par la diffusion récente par le ministère des Armées d’une plaquette d’une dizaine de pages à vocation pédagogique intitulée tout naturellement : « Europe de la défense, un état des lieux ». Son principal objet consiste à nous fournir une photographie de l’existant en mettant en lumière les avancées du projet européen au cours des dernières années, essentiellement un maquis de procédures tatillonnes. Un grand classique bruxellois. L’objectif est atteint. Mais, en passant de la théorie à la pratique, force est de constater que cette brochure passe sur l’essentiel, un défaut de volonté politique des Européens qui explique que le projet relève de la chimère. Faute d’accord sur l’essentiel, on se querelle sur l’accessoire pour faire illusion. Cela occupe à plein temps diplomates et fonctionnaires européens. Ce qui est une excellente chose en soi mais qui ne fait pas avancer le schmilblick.

EUROPE DE LA DÉFENSE : UN MAQUIS DE PROCÉDURES TATILLONNES

D’entrée de jeu, reconnaissons aux initiateurs de cette plaquette un souci pédagogique certain ! Et par les temps qui courent, cette initiative est louable. La présentation s’organise autour de quelques grands axes afin de fournir aux lecteurs une vision précise de ce qu’est concrètement l’Europe de la défense au milieu de l’année 2019. De manière logique, la démarche passe du général au particulier. Ainsi, nous est présentée en exergue « L’Union européenne en quelques chiffres » : population (512,6 millions d’habitants) ; démographie (augmentation d’1,5 millions d’habitants par an) ; PIB (15 300 milliards d’euros qui place l’UE au 2ème rang mondial) ; croissance (2,5% en 2017) ; étudiants (19,5 millions dans l’enseignement supérieur) ; superficie (4,49 millions de km², 7ème rang mondial) ; langues (24 officielles) ; commerce (64% du volume total des échanges mondiaux sont réalisés entre États membres). Suit une question existentielle qui s’impose : « Pourquoi une Europe de la défense ? Les menaces et les risques » avec une réponse sous forme de carte du monde peu éloquente. Nous est alors présentée la manière dont elle y répond « Comment l’Europe intervient-elle ? ». Suit une liste impressionnante de sigles représentant les différentes opérations civilo-miltaires passées ou en cours : SOPHIA (opération navale de lutte contre les trafics de migrants), EUAM, EUBAM, AUROFOR ATLTHÉA, EULEX, EU NAVFOR MED, EUBAM, EUCAP Sahel, BARKHANE, EUTM Mali, EUTM RCA, INHERENT RESOLVE, EUAM, EU NAVFOR ATALANTE, EUTM Somalie, EUCAP Somalie. La liste de ces missions donne le tournis. Viennent ensuite l’effort de défense des Européens (France+Allemagne+Royaume-Uni) comparé à celui des Américains, des Chinois et des Russes ; la participation des Européens à Barkhane. Nous avons ensuite droit à ce qui se construit : Initiative européenne de défense (IEI), la Coopération structurée permanente (CSP), Fonds européen de Défense (FED) mais aussi à des exemples réussis de capacités militaires (hélicoptère Tigre, A400M Atlas, MUSIS-CSO comme moyens d’observation spatiale communs, Athena-Fidus, satellite franco-italien de télécommunications). Sont également évoqués deux projets futurs : le char du futur (MGS) et le système de combat aérien du futur (SCAF). La présentation se conclut par les dates de la construction de l’Europe de la défense : 1954 (projet de CED) ; 1992 (création de la PESC par le traité de Maastricht) ; 2001 (création d’organes permanents que sont le conseil militaire de l’UE ou CMUE et l’état-major de l’UE ou EMUE), 2003 (première stratégie européenne de sécurité – « Une Europe sûre dans un monde meilleur » – et première opération de l’UE – EUFOR Concordia en Macédoine) ; 2004 (création de l’agence européenne de défense ou AED), 2007 (traité de Lisbonne qui transforme la PESD en PSDC, création du poste de haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité). Elle y ajoute « un nouvel élan » : 2016 (deuxième stratégie globale de l’Union européenne « Shared vision, common action – a stronger Europe », renforcement de la coopération OTAN-UE) ; 2017 (début de la mise en place du FED, lancement de la CSP à 25, discours du président de la République, Emmanuel Macron à la Sorbonne)2 ; 2018 (lancement de l’IEI).

On l’aura compris, il s’agit d’une présentation exhaustive orientée plus orientée sur la dimension organisationnelle et procédurale que sur sa vision politique et stratégique.

EUROPE DE LA DÉFENSE : UN DÉFAUT DE VOLONTÉ POLITIQUE

Pour donner de la chair à la chimère l’exercice est parfait. Sauf que fait défaut le carburant essentiel à la mise sur pied d’une authentique Europe de la défense, à savoir la volonté politique, l’animus societatis ! Comme le souligne si justement, Régis Debray, à Bruxelles : « les chiffres ont pris les commandes, Le Livre des Comptes devient le Livre Saint, et l’expert-comptable un haut dignitaire »3. La construction européenne est basée sur un mantra : l’organe crée la fonction. Et, dans le domaine de la sécurité et de la défense, cela ne fonctionne pas ainsi et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, au nom du principe de la non duplication avec les activités de l’OTAN pour éviter les redondances, l’Alliance atlantique dispose d’un droit de tirage en premier. Le dur, c’est pour l’OTAN, le mou, c’est pour l’UE4. Ensuite, tous ces mécanismes évoqués ci-dessus fonctionnent à la carte, n’y participe que celui qui le veut bien. Par ailleurs, les Américains veillent, comme le lait sur le feu, à ce que les Européens achètent du matériel militaire américain au nom du principe sacré de l’interopérabilité. Cela évite tout débat incongru sur le choix des armes. Enfin, et c’est là que le bât blesse – question bien évidemment pas traitée dans la plaquette du ministère des Armées -, seule la France possède une vision d’une Europe puissance, les autres se situant délibérément dans une optique de vassalisation par rapport au grand frère américain (« Les Européens se sont accommodés de la vassalisation », Jean-Pierre Chevènement). Et, ceci n’est pas près de changer. « L’UE est une aimable feuille de vigne, un stop over pour rejoindre l’OTAN »5, s’agissant des nouveaux élus. Comme toujours, et plus encore dans la construction européenne de la défense, il y a les paroles grandiloquentes et les actions mesquines. Tout change pour que rien ne change, en définitive, inventaire à la Prévert ou non du ministère des Armées.

« L’Europe n’aura pas eu la politique de sa pensée » (Paul Valéry). On ne saurait si bien dire lorsque l’on évoque la question de l’Europe de la défense avec hauteur et sans le moindre a priori idéologique. « L’Europe européenne tourne au mantra 6». Comment ranimer la flamme des Pères fondateurs, uniquement avec de beaux discours et d’inutiles et inefficaces traités ? La politique se fait sur la base des réalités, soulignons-le à l’intention de tous ceux qui auraient tendance à l’oublier. Entre l’impuissance et la résignation, entre la surenchère et la démagogie, entre les postures sans les actes, entre les compromis mous et le concours Lépine des mesures miracles, une voie médiane existe. Méditer l’aphorisme du général Vincent Desportes, celle d’une Europe sans défense à tous les sens du terme7. On mesure ainsi tout le chemin qui reste à parcourir avant que les Européens ne prennent leur destin militaire en mains et que la défense et l’armée européennes ne se transforment de rêve en réalité. Une fois encore, on perçoit l’irréalisme des propositions de réforme de l’Union européenne d’Emmanuel Macron (Cf. son discours de la Sorbonne de l’automne 2017 qui aurait été inspiré par Sylvie Goulard8) qui n’ont pas eu le moindre écho chez ses partenaires. Toujours ce penchant européen à se vautrer dans la servitude volontaire en lieu et place de prendre son destin en mains pour être pleinement autonome, indépendant et respecté sur la scène internationale. La chimère de l’autonomie stratégique est encore loin de se transformer en réalité tant le plus dur combat est celui de l’évolution des mentalités. Nous mettons ainsi le doigt sur le problème fondamental de l’avenir de la construction européenne. Les 27 veulent-ils être les acteurs d’un monde en recomposition prenant en compte leurs intérêts bien compris ou bien veulent-ils se contenter d’en être les spectateurs incrédules qui se voient imposer un modèle de gouvernance qui les affaiblit durablement ? La réponse est dans la question à constater le fossé abyssal qui sépare la théorie de la pratique dans le domaine de l’Europe de la défense.

1 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 24.
2 Guillaume Berlat, Défendre l’Europe ou défendre l’OTAN ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 11 décembre 2017.
3 Régis Debray, précité, p. 12.
4 Guillaume Berlat, Europe de la défense ou Europe de l’indécence, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 juin 2018.
5 Régis Debray, précité, p. 25
6 Régis Debray, précité, p. 33.
7 Guillaume Berlat, L’Europe sans défense : l’aphorisme du général Desportes, www.prochetmoyen-orient.ch , 17 juin 2019.
8 Etienne Girard, Sylvie Goulard. La Française qui plaît tant aux Allemands, Marianne, 6-12 septembre 2019, pp. 22-23-24.
 
 
ÉLECTIONS PARTIELLES AU BRANDEBOURG ET EN SAXE : NOUVEL AVERTISSEMENT. Jean Daspry. « Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut entendre. Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir » nous rappelle l’adage. Et, c’est bien ce qui se produit aujourd’hui avec la montée des « populismes » (terme impropre pour décrire la réalité du phénomène) en Europe et ailleurs. Le clergé médiatique se félicitait que les dernières élections au Parlement européen n’aient pas vu de raz-de-marée de l’extrême droite. C’est la parabole du verre à moitié vide et du verre à moitié plein. Nos folliculaires, fortement influencés par nos dirigeants somnambules, passaient sous silence la percée des partis « souverainistes » à Bruxelles/Strasbourg. Ils ne se souviennent déjà plus qu’en France, la liste du Rassemblement national dirigée par l’inconnu Jordan Bardella l’avait emporté – devant celle de Nathalie Loiseau – en frôlant les 25% des suffrages et qu’en Allemagne, l’AfD faisait un score fort honorable. Comme si de rien n’était, la vie reprenait son cours puisque la peste « populiste » avait été terrassée grâce à l’action bienfaisante de Jupiter 1er, celui qui déconnecte à plein tube. Le bon peuple de France et de l’Europe pouvait dormir du sommeil du juste. Et, le mois de septembre n’est pas encore entamé que deux coups de tonnerre nous viennent d’Allemagne. Les élections du Brandebourg et de Saxe conduisent à mettre le parti AfD en deuxième position dans les deux Länder avec un triplement des suffrages depuis les dernières consultations dans l’un et un doublement dans l’autre. Elles marquent un recul constant des partis traditionnels – sauf Les Verts – qui inquiète Berlin. Mais, nos adeptes de la méthode du bon docteur Coué soulignent que l’AfD ne parviendra pas à diriger une coalition dans ces deux régions9.

Les partis populistes ne constituent donc pas une menace pour la démocratie surtout comme ils n’ont pas atteint les scores que laissaient présager les sondages d’opinion avant les élections. Tout va très bien madame la marquise. La rengaine est bien connue… mais on passe sous silence le tout petit rien. Cessons de nous donner des frissons inutiles ! Que peut-on déduire de ces élections législatives dans ces Länder de l’ex-RDA tant au niveau allemand que chez ses voisins proches mais aussi à celui de la relation franco-allemande et la (dé)construction européenne ?

LA POUSSÉE CONSTANTE DE L’AfD EN ALLEMAGNE

En Allemagne, qu’on le veuille ou non, la coalition paie sa politique des bras ouverts à l’égard d’un million de migrants extra-européens. La coalition dirigée par Angela Merkel est de plus en plus déstabilisée à l’échelon fédéral. La constitution de coalitions à l’échelon régional sera plus compliquée10 d’autant que les partis traditionnels (les deux Volksparteien » pour partis populaires) CDU et SPD sont en recul constant. Rien ne sera possible avant le départ d’Angela Merkel et l’arrivée de son successeur, AKK (Annegret Kramp-Karrenbauer). Manifestement, l’AfD (sa principale revendication de départ était de prôner la fin de l’euro et le retour du deutschemark11) s’impose lentement mais sûrement dans le paysage politique allemand sur un programme radical antimigrants. Que pourra-t-il se produire dans les prochaines années ? Doit-on écarter, ab initio, l’hypothèse d’une nouvelle poussée qui pourrait en faire le premier parti au niveau fédéral après les succès passés (Saxe-Anhalt et Mecklembourg-Poméranie-Occidentale) et éventuellement à venir (Thuringe en octobre) ?12 Ne dit-on pas que gouverner, c’est prévoir ! Prévoir l’impossible, l’impensable pour s’y préparer, le cas échéant13.

L’EXTENSION DU « POPULISME » EN EUROPE

Si l’on passe les frontières de la RFA, force est de constater qu’un axe identitaire affirmé et assumé, sur lequel il faudra de plus en plus compter à l’avenir, se développe depuis les Länder de l’ex-RDA (ses citoyens s’estiment discriminés par rapport à ceux de l’ex-RFA) et la Bavière vers la Pologne, les pays du Groupe de Visegrad trente ans après la chute du mur de Berlin et pourrait atteindre d’autre États de l’Union européenne. Nous en avons eu un exemple en Italie. Doit-on considérer leurs revendications comme nulles et non avenues et faire comme si de rien n’était ? Ou bien tenter de comprendre les ressorts du « populisme » pour essayer de répondre à certains d’entre eux ?

Le peuple n’est-il pas roi dans une authentique démocratie ? La question n’est pas anodine. Elle est au cœur de l’avenir de la relation entre dirigeants et citoyens qui s’est fortement détériorée au cours de la dernière décennie, les seconds reprochant aux premiers de n’en faire qu’à leur tête sans les écouter, les entendre14. Elle doit être traitée autrement que par le mépris de nos dirigeants incultes et arrogants qui se félicitent que l’AfD ne soit pas arrivée en première position. Maigre consolation ! En toute hypothèse, il faut à tout le moins dialoguer avec les « populistes » au lieu de les ostraciser. Ce qui a pour effet direct de les conforter dans les urnes au fur et à mesure des élections en Allemagne, avec une forte tendance dans l’ex-RDA.

LA DÉTÉRIORATION DE LA RELATION FRANCO-ALLEMANDE ET LA FIN DE L’EUROPE ?

Une coalition affaiblie à Berlin signifie une relation franco-allemande faible et cela d’autant plus que le successeur d’Angela Merkel, AKK ne passe pas pour une personne disposée à passer tous ses caprices à Emmanuel Macron comme l’a amplement démontrée sa réponse aux propositions françaises de défense européenne dans une tribune d’un quotidien français15. Le ton était martial et peu porté au compromis (en particulier sur la question du siège de membre permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU). Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant, qu’un couple franco-allemand, qui n’est pas sur la même longueur d’ondes, ne peut pas jouer le rôle de moteur d’une construction européenne déjà bien mal en point en raison des interminables péripéties du « Brexit » et des divisions croissantes entre les 28/27 sur les principaux défis auxquels l’Union est confrontée.

Aujourd’hui, l’Europe a besoin de tout sauf d’une crise de la relation franco-allemande. Si l’on ajoute que nous ne savons pas encore quelles vont être les conséquences, sur le long terme, de la guerre commerciale sino-américaine sur l’économie allemande, la marge d’incertitude est encore plus grande ? Si elles étaient durablement négatives, il y a fort à parier que l’Allemagne emprunterait un « sonderweg », une voie spécifique privilégiant ses intérêts nationaux aux intérêts d’une Union européenne n’ayant plus la moindre consistance. Elle pourrait traiter directement avec la Chine pour amortir le choc économique (Cf. sa récente visite à Pékin), avec la Russie pour assurer son approvisionnement en gaz… et avec tous les États dont elle estime que le développement des relations bilatérales est profitable pour son économie. Si tel était le cas, tout ceci n’annoncerait rien de bon pour la suite… si ce n’est la fin annoncée de l’Europe.

Petites causes, grands effets, dit-on. Ces dernières élections en Allemagne jouent, qu’on le veuille ou non, le rôle de révélateur de signaux faibles inquiétants que nos dirigeants s’évertuent à ignorer pour éviter d’en traiter les conséquences graves. La montée des « populismes » n’est pas prête de s’inverser, bien au contraire. On ne peut faire l’impasse sur les « quatre angoisses qui dessinent l’horizon politique de notre temps : peurs du grand déclassement, du grand remplacement, du grand réchauffement, du grands renversement »16. Comme le soulignait en son temps le général de Gaulle : « Si doux que soient les rêves, les réalités sont là, et suivant qu’on en tient compte ou non, la politique peut être un art fécond ou une vaine utopie ». Il faudrait enfin cesser de conduire la fameuse politique du chien crevé au fil de l’eau à l’égard du retour des passions et des nations, politique dont elle sait où elle avait conduit l’Europe en 1939-1940. À maints égards, le résultat des dernières élections en Allemagne constitue un nouvel avertissement, un ultime avertissement comme le disent les spécialistes des doctrines nucléaires militaires, qu’il convient de prendre très au sérieux.

9 Thomas Schnee, L’AFD renforce son ancrage dans l’est de l’Allemagne, www.mediapart.fr , 1er septembre 2019.
10 Pierre Avril, La montée de l’AfD en ex-RDA rebat le jeu des alliances, Le Figaro, 3 septembre 2019, p. 4.
11 Éditorial, Allemagne : éviter un nouveau mur, Le Monde, 3 septembre 2019, p. 29.
12 Allemagne, année facho, Le Canard enchaîné, 4 septembre 2019, p. 8.
13 Thomas Wieder, Les nouveaux clivages du modèle politique allemand, Le Monde, 7 septembre 2019, p. 30.
14 Natacha Polony, Les institutions contre les peuples, Marianne, 6-12 septembre 2019, p. 3.
15 Guillaume Berlat, Paris-Berlin : la mésentente cordiale, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 mai 2019.
16 Simon Olivennes, Les quatre angoisses qui dessinent l’horizon politique de notre temps, Le Figaro, 4 septembre 2019, p. 16.
 
 
HONGKONG OU LA DIPLOMATIE MUNICHOISE – Ali Baba. Il fallait oser mais ils l’ont fait. Alors que la répression s’abat depuis des semaines, en allant crescendo, sur la population de Hongkong attachée à la démocratie, l’Union européenne a fait fort, très fort. Une fois encore, pourrait-on dire ! L’Ersatz de ministre européen des Affaires étrangères, l’éthérée Federica Mogherini est apparue bronzée en robe décolletée sur le perron de l’un des multiples bâtiments du Volapuk pour déclarer que l’Union européenne était « extrêmement préoccupée par la situation à Hongkong ». Il y a quelques jours déjà, le Quai d’Orsay avait publié un communiqué aussi insipide que le précédent. C’est à tomber de sa chaise à découvrir l’inconsistance des réactions de l’organisation des valeurs (fausses) et de la patrie (autoproclamée) des droits de l’homme. Nous n’avons pas entendu une seule fois le mot de condamnation et de sanction compte tenu de la gravité des faits alors que l’on se prétend le défenseur de la veuve et de l’orphelin aux quatre coins de la planète et que l’on administre des leçons de morale humanitaire à tous les régimes « populistes »17, aux démocraties illibérales et aux démocratures de tout poil de la terre entière. En réalité, derrière notre silence assourdissant, c’est notre lâcheté confondante qui apparaît au grand jour.

UN SILENCE ASSOURDISSANT

Alors que la machine à répression du bon président Xi Jinping se déploie avec une rare violence (elle utiliserait même des canons à eaux de technologie française, elle tabasse gratuitement dans les stations de métro)18 et que la machine à contrôler les entreprises locales comme Cathay Paific fonctionne à plein régime19, y compris les étrangères20 (va-t-on saisir l’OMC et son organisme de règlement des différends pour tirer cette affaire au clair) ?), ni l’Union européenne, ni la France ne semblent avoir de stratégie cohérente pour mettre en adéquation leurs principes et leurs actes. Internet est utilisé à plein comme arme de désinformation massive par les autorités de Pékin. Une fois encore, nous découvrons que la vulgate sur les droits de l’homme est à géométrie très variable. C’est la mise en œuvre du selon que vous soyez puissants ou misérables… On ne cogne que sur les faibles pour mieux épargner les forts tout en se donnant bonne conscience. Rien n’est dit sur la nouvelle frappe saoudienne qui aurait fait plus de cent morts au Yémen21. Quelques crimes contre l’humanité chez son voisin yéménite ne sont que peccadilles au regard des achats de matériels militaires français les plus sophistiqués. Que disent les BHL et autres Bernard Kouchner, eux qui sont habituellement si prompts à dénoncer les atteintes aux droits de l’homme en Russie ou en Pologne ? Ils ne sont peut-être pas encore rentrés de Saint-Tropez, de Marrakech ou de Saint-Barth ou sont trop affairés par les remous de l’affaire Yann Moix. La Chine ne peut être attaquée en raison de tout le bien qu’elle prodigue aux populations des États concernés par ses « nouvelles routes de la soie ». Pékin vaut bien une messe tant sa remise en ordre de la pagaille qui sévit à Hongkong est uniquement motivée par la lutte indispensable contre le terrorisme des jeunes gens bloquant leurs lycées ou leurs universités… même si la loi sur l’extradition est finalement retirée Et, notre clergé médiatique de rester assez impassible face à ces violences inacceptables. Encore, un repaire de courageux, de résistants du 6 juin 1944.

UNE LÂCHETÉ CONFONDANTE

Il faudra bien un jour que nous sortions de l’ambiguïté à notre détriment, pour reprendre la célèbre formule de Talleyrand. Il faudra bien que nos diplomates au petit pied, mais surtout leurs maîtres, nous expliquent une bois fois pour toutes si notre politique étrangère de l’incohérence mais aussi celle de l’Union européenne de l’impuissance est basée sur la primauté des impératifs de respect des droits de l’homme sur tous autres (en particulier sur celui du commerce sans entrave) ou bien sur la prépondérance du principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États afin de respecter leur souveraineté. Dans la première branche de l’alternative, nous devrions exiger que le président chinois soit traduit devant la Cour pénale internationale comme un vulgaire Laurent Gbagbo. Dans la seconde, la logique cartésienne devrait s’imposer, à savoir qu’il faudrait cesser nos philippiques contre tous ceux qui maltraitent leurs ressortissants, fermer la CPI. Chacun de ces choix aurait l’immense mérite de la clarté et nous éviterait de nous livrer à d’impossibles exercices d’équilibrisme. Le président de la République ne peut pas déclarer le 27 août 2019 devant tous les ambassadeurs et toutes les ambassadrices réunis à l’Élysée que nous portons les valeurs des droits de l’homme en étendard et le 1er septembre 2019 rester coi devant les atteintes à ces mêmes droits à Hongkong. C’est à ni rien comprendre de la part de Jupiter ou bien serait-ce une variante de la politique, de la diplomatie du en même temps ? J’interdis tout en autorisant. À trop tirer sur la corde de la contradiction permanente, elle finit un jour par rompre. Dans ces conditions, comment ne pas comprendre les raisons de la défiance croissante des citoyens à l’encontre de leurs dirigeants qui leur racontent tout et n’importe quoi sans trembler sur tous les sujets ? Comment ne pas comprendre qu’ils sont renvoyés à leurs chères études à l’occasion de chacune des dernières élections présidentielles (Nicolas Sarkozy, François Hollande et, peut-être qui sait, Emmanuel Macron en 2022) ? Il est toujours difficile de s’ériger soi-même en instrument de la conscience universelle lorsque l’on n’est pas irréprochable. C’est là le dilemme auquel les donneurs de leçons sont confrontés depuis la nuit des temps.

DE LA NOUVELLE DIPLOMATIE DU FROC BAISSÉ

Se complaire dans la veulerie et la pleutrerie, tel est le triste sort qui attend nos « polichiens ou dans les jours de grande fureur : les polis-petits-chiens » (général de Gaulle) ! Si critiquable soit-il dans bien des domaines, Donald Trump est le seul chef d’État occidental à s’être attaqué à l’Empire du milieu sous l’angle commercial et avec de très bonnes raisons. Idée qui n’avait jamais effleuré nos crânes d’œuf de Paris et de Bruxelles en dépit de la dissymétrie de traitement entre produits chinois arrivant sur le territoire européen et produits européens parvenant sur le sol chinois. Connaissent-ils seulement le grand principe de la réciprocité qui est le seul qui vaille ? L’Europe brille de tous les feux de son impuissance dans tous les domaines – les 27/28 ne sont d’accord sur rien de sérieux – alors que les fédérastes nous expliquent depuis des années qu’elle est la solution et non le problème comme le prétendent les affreux « souverainistes ». Les Chamberlain et Daladier newlook ont encore de beaux jours devant eux. Bravo à la diplomatie munichoise de nouveau à l’œuvre à propos des agissements inadmissibles de la Chine de Pékin à Hongkong.

17 Frédéric Bobin, En Tunisie, la percée des candidats populistes, Le Monde, 3 septembre 2019, p. 7.
18 Lu Shaye, La Chine ne dialogue pas avec l’émeute, Le Figaro, 3 septembre 2019, p. 18.
19 Florence de Changy, À Hongkong, l’étau de Pékin sur les entreprises, Le Monde, 3 septembre 2019, p. 2.
20 Frédéric Lemaître, La Chine met en place un dispositif pour mieux contrôler les sociétés étrangères, Le Monde, 3 septembre 2019, p. 2.
21 Allan Kaval, Une nouvelle frappe saoudienne aurait fait plus de 100 morts au Yémen, Le Monde, 3 septembre 2019, p. 6.
 
 
LE PRIX DU SUPERFICIEL ET LA DIPLOMATIE DU GADGET – Ali Baba. On nous cache tout, on nous dit rien, comme nous dit la chanson du siècle dernier. Alors qu’il se passe des évènements importants en marge de la Conférence des ambassadeurs et des ambassadrices, nous sommes laissés dans l’ignorance la plus totale. Heureusement, une brève du Figaro comble heureusement cette lacune. Elle nous apprend que le député LREM, Sylvain Maillard fait partie de la 1ère session du Collège des Hautes Études de l’Institut diplomatique nouvellement créé par le MEAE. Cette formation s’adresse à des cadres dirigeants, parlementaires ou hauts fonctionnaires. Elle leur donne accès aux coulisses de la diplomatie. Les auditeurs contribuent ainsi à la réflexion sur la politique étrangère22. Vaste programme, comme aurait dit en son temps le général de Gaulle

Qu’est-ce que ce CHEID ? Reportons-nous sur le site du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères sur le sujet !

Début de citation :

Le Collège des Hautes Études de l’Institut diplomatique

Pour mieux comprendre le monde, la diplomatie et l’action internationale de la France, rejoignez le cercle de ceux qui la mettent en œuvre au quotidien.

La mondialisation, la complexité des problématiques internationales et leur impact grandissant sur notre société, créent un besoin pour les décideurs dans tous les domaines de mieux appréhender ces questions, et de mieux comprendre les rouages de l’action diplomatique. Elles invitent aussi les acteurs traditionnels de l’action extérieure, à commencer par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères à s’ouvrir, à partager et à échanger davantage. C’est de la rencontre de ces deux impératifs et sous l’impulsion de Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, qu’est né le Collège des Hautes Études de l’Institut diplomatique en 2019.

Cette formation de haut niveau propose un accès sans précédent aux acteurs et aux coulisses de la diplomatie. Elle est sanctionnée par un certificat remis par le Ministre et permet d’accéder au Cercle des Hautes Études de l’Institut diplomatique.

Objectifs de la formation

Le Collège des Hautes Études de l’Institut diplomatique (CHEID) vous donne les clefs pour comprendre les enjeux européens et internationaux tout en développant des liens privilégiés avec des décideurs de haut niveau, qui contribuent à l’élaboration et à la mise en œuvre de la politique étrangère. Il vous permet de comprendre leurs codes, de vous approprier leurs techniques et de découvrir leurs savoir-faire à leurs côtés. Le CHEID renforce vos compétences, votre réseau et votre profil à l’international. Enfin il vous permet de participer à la construction de la réflexion européenne et internationale de demain et d’être au cœur des problématiques actuelles.

Contenu de la formation

Le programme de cette formation est organisé de façon à être compatible avec l’exercice d’activités professionnelles de haut niveau. Elle comprend environ 25 jours de formation répartis sur 10 mois, de septembre à juin, avec :

10 modules d’enseignements théoriques et pratiques (de 1 à 2 jours chacun) dispensés par des cadres dirigeants du Ministère et ambassadeurs, ainsi que par des intervenants extérieurs de haut niveau, en présentiel sur les différents sites du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ;

Des exercices pratiques et de simulation (négociation, cellule de crise, stage de sécurité) ;

Des déplacements en petits groupes à l’étranger permettant une immersion dans l’activité de nos postes diplomatiques bilatéraux et multilatéraux et une meilleure compréhension de la pratique diplomatique de terrain ;

La réalisation d’une étude sur une problématique diplomatique d’actualité ou prospective en collaboration avec des diplomates et des chercheurs associés au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Cette étude fait l’objet d’une présentation au Ministre en fin de cycle ;

La participation à des évènements de l’année diplomatique et à leur préparation (Conférence des Ambassadeurs et des Ambassadrices, conférences internationales, visites officielles).

La formation couvre notamment les thèmes suivants, en insistant sur les évolutions intervenues dans la période récente :

L’analyse des enjeux géopolitiques et la capacité à agir sur la marche du monde en s’appuyant sur le réseau des ambassades bilatérales et multilatérales ;

Les stratégies d’influence et de rayonnement dans la diffusion de notre culture, de nos valeurs et dans la promotion de nos intérêts économiques ;

La fourniture de services aux usagers dans le monde entier et la protection des personnes face aux crises et aux risques sécuritaires ;

« L’ingénierie diplomatique », du protocole à la gestion des données, en passant par la communication.

La formation est sanctionnée par un certificat remis par le Ministre et permet d’accéder au Cercle des Hautes études de l’Institut diplomatique, réseau des anciens auditeurs du CHEID.

Profil et prérequis

Cadres dirigeants d’entreprises, hauts fonctionnaires, journalistes, parlementaires, responsables locaux, chercheurs. Des diplomates du Ministère participent à la formation en tant qu’auditeurs ;

Entre 35 et 50 ans ;

Maîtrise au moins élémentaire de la langue anglaise ;

Les candidats doivent soit détenir une habilitation, soit déposer au moment de l’inscription une demande d’habilitation « confidentiel défense ».

Frais d’inscription

Les frais d’inscription couvrent l’ensemble des frais pédagogiques. Ils incluent également, pour les voyages en groupe, les frais de déplacement au départ et au retour de Paris ainsi que les frais d’hébergement et une partie des frais de restauration sur place. Les éventuels frais de déplacement individuel ne sont pas compris dans les frais de formation.

Le paiement des frais d’inscription intervient une fois confirmée l’inscription au cycle de formation. Il doit être réalisé en un seul versement.

Pour la session 2019-2020, les droits d’inscription s’élevaient à :

3 000 € : journalistes de la presse écrite et indépendants ;

6 000 € : fonction publique, élus nationaux et locaux, représentants de chambres de commerce et d’industrie, journalistes de télévision et de radio, chercheurs et universitaires, entreprises de moins de 1 000 salariés ;

14 000 € : entreprises de plus de 1 000 salariés.

Les inscriptions à la session 2019 – 2020 sont closes. Les inscriptions à la session 2020 – 2021 seront ouvertes au printemps 2020.

Contacts/Informations utiles

Par courriel : secretariat-cheid.dga@diplomatie.gouv.fr

Par téléphone : 01.43.17.62.51 / 01.43.17.61.14

Téléchargez la plaquette du Collège des Hautes Études de l’Institut diplomatique »23

Fin de citation

Cette présentation soulève quelques légitimes interrogations. La première est que ce machin ressemble étrangement aux sessions de l’IHEDN sans en avoir la cohérence globale. La seconde est que les diplomates, qui sont déjà surchargés de travail (c’est ce que l’on nous dit !), auront désormais tout loisir de donner des enseignements sur le thème de la diplomatie et de la politique étrangère, concepts employés sans savoir ce qu’ils signifient véritablement. La troisième est qu’il parait difficile d’expliquer les enjeux européens et internationaux actuels auxquels nos diplomates ne comprennent pas grand-chose à assister au naufrage de la diplomatie française sur les principales questions d’actualité internationale (Syrie, Libye, Sahel, Union européenne…). La quatrième est que pour expliquer clairement ses objectifs stratégiques, il faut les connaître. Ce qui est loin d’être le cas, la diplomatie française n’ayant ni cap, ni vision. Ce qui est aussi la faute du président de la République qui fait de la politique étrangère spectacle sans réel contenu (Cf. le récent G7 de Biarritz). La cinquième est que nous sommes au cœur de la diplomatie de communication qualifiée « d’ ingénierie diplomatique ». On confond objectifs et moyens. Pour mettre en œuvre une diplomatie, encore faut-il savoir au service de qui et de quoi elle est pensée. Or, nous en sommes loin tant improvisation et émotion sont les moteurs d’une diplomatie du bateau ivre de la France éternelle. La sixième est qu’avant d’apprendre à autrui ce qu’est la diplomatie, encore faut-il savoir soi-même en quoi elle consiste au juste. Or, nous en sommes loin aujourd’hui sous la férule de Jean-Yves Le Chouchen.

« La seule chose qui ne change pas, c’est que tout, en politique intérieure comme en politique étrangère, continuera de dépendre d’Emmanuel Macron. Faudra-t-il une troisième étape pour lui apprendre à partager un peu ? »24. Faute de peser sur la scène internationale, il ne nous reste plus qu’à nous agiter sur la scène intérieure en créant de nouveaux gadgets inutiles et coûteux pour amuser le Prince et ses courtisans. La France est experte en la matière, confessons-le. En dernière analyse, on est toujours rattrapé par le réel surtout lorsque l’on ignore superbement les leçons de l’Histoire et de la littérature dans la sphère des relations internationales25. Tel est le prix du superficiel, de cette diplomatie du gadget, marque de fabrique de l’acte II – comme du reste de l’acte I – du quinquennat d’Emmanuel Macron.

22 Sylvain Maillard se forme à la diplomatie, Le Figaro, 4 septembre 2019, p. 26.
23 https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere-et-son-reseau/le-college-des-hautes-etudes-de-l-institut-diplomatique/
24 Jacques Julliard, Le Monde change… lui non plus, Marianne, 30 août-5 septembre 2019, p. 4.
25 Mathieu Laine, La littérature, cette route délaissée vers la vérité humaine, Le Figaro, 4 septembre 2019, p. 16.
 
 
ON N’INJURIE PAS IMPUNÉMENT LES PRINCES QUI NOUS GOUVERNENT ! Ali Baba. « Plus l’offenseur m’est proche, plus je ressens l’injure » (Jean Racine). La ritournelle est aussi vieille que le monde. De tout temps et sous toute latitude, les puissants ne goûtent guère caricatures, ironie, critiques, humours, railleries… les concernant. Leur seuil de tolérance est vite atteint. La sanction infligée au contrevenant, au déviant pour sa faute assimilée à un crime de lèse-majesté varie au cours des temps : excommunication, emprisonnement, mise à mort en place de grève, torture physique ou morale, censure, campagne de dénigrement… En ces temps de prétendue liberté d’expression, le Prince est très à cheval sur ce que l’on peut dire et médire de lui. Plus l’insultant occupe une position élevée dans la hiérarchie nationale ou internationale, plus le châtiment se veut aussi exemplaire que dissuasif. Attention à ne pas franchir la ligne rouge sinon il en coûtera au téméraire qui ose violer la règle de la servitude volontaire qui s’attache à la fonction de courtisan. Telle est la mésaventure qui vient d’arriver à une personnalité de haut vol aussi intelligente qu’arrogante. Son nom ne vous est pas inconnu. Il s’appelle Pierre Moscovici. Qui est-il ? Le moins que l’on puisse est qu’il n’est pas le premier venu. Né le 16 septembre 1957 dans le 15e arrondissement de Paris, est un homme politique français. Il est commissaire européen depuis le 1er novembre 2014. Membre du Parti socialiste, il est député européen entre 1994 et 1997 puis entre 2004 et 2007, période au cours de laquelle il est vice-président du Parlement européen. Il est ministre chargé des Affaires européennes entre 1997 et 2002 dans le gouvernement Jospin. Il est élu député du Doubs en 1997, en 2007 et en 2012. De 2008 à 2012, il préside la communauté d’agglomération du pays de Montbéliard (PMA). Directeur de campagne du candidat socialiste François Hollande lors de la campagne présidentielle de 2012, il est nommé ministre de l’Économie, des Finances et du Commerce extérieur en mai 2012 dans le gouvernement Ayrault I, puis ministre de l’Économie et des Finances en juin 2012 au sein du gouvernement Ayrault II. Il devient ensuite parlementaire en mission auprès du Premier ministre de mai à octobre 2014. Le 1er novembre 2014, il devient commissaire européen aux Affaires économiques et financières, à la Fiscalité et à l’Union douanière au sein de la Commission Juncker. Ancien élève du lycée Condorcet, Pierre Moscovici obtient le baccalauréat, après un oral de rattrapage, en 1974. Il est titulaire d’un DEA de sciences économiques et d’un DEA de philosophie. Diplômé de Sciences Po Paris en 1980 (section Service Public)8, il intègre l’ENA et se classe 6e de la promotion Louise Michel (1982-1984). À sa sortie de l’ENA, il choisit la Cour des comptes. Son père est le psychologue social Serge Moscovici (1925-2014) qui, adolescent pendant la Seconde Guerre mondiale, milita au Parti communiste roumain avant de fuir son pays en 1947 pour se réfugier en France. Il participa également à la fondation du mouvement des Verts. Sa mère, d’origine polonaise, est la psychanalyste Marie Moscovici, née Bromberg (1932-2015), proche du Parti communiste français et signataire en 1960 du Manifeste des 121 pour le droit à l’insoumission pendant la Guerre d’Algérie26. Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne manque pas de titre et de connaissance de la psychologie humaine grâce à ses parents. Manifestement, il semble avoir oublié les leçons élémentaires que lui ont vraisemblablement données son père et sa mère. En effet, avec la fin de la Commission Juncker, Pierre Moscovici est renvoyé à ses chères études, laissant peut-être la place à Sylvie Goulard27. Ayant opéré une mue salutaire et opportuniste vers le macronisme, il semblait tout désigné pour occuper les prestigieuses fonctions de Premier président de la Cour des comptes, poste actuellement occupé par Didier Migaud. Rappelons que la Cour des comptes a pour mission principale de s’assurer du bon emploi de l’argent public et d’en informer les citoyens. Juridiction indépendante, elle se situe à équidistance du Parlement et du Gouvernement, qu’elle assiste l’un et l’autre, conformément à l’article 47-2 de la Constitution. Un poste taillé sur mesure pour celui qui fut affecté à la Cour des comptes à la sortie de l’ENA. Manifestement, l’homme manque de bon sens. Alors que l’affaire était dans le sac et que sa nomination en Conseil des ministres était imminente, le quotidien Le Monde – vraisemblablement pour régler quelques querelles anciennes avec le commissaire européen – se rappelle à notre bon souvenir en publiant quelques morceaux choisis de la prose du fringant Pierre Moscovici. Et, nous découvrons qu’il en connait un rayon en matière de psychologie jupitérienne. Voici ce que notre psychanalyste déclare : « C’est quelqu’un dont les affects sont très tourmentés vers lui-même, c’est une personnalité extrêmement spéciale, et il fallait pour gagner des qualités hors du commun. Le problème, c’est que ces qualités pour gagner sont des défauts pour gouverner. C’est-à-dire que qui a trahi a peur d’être trahi, d’où l’extraordinaire médiocrité du personnel dont il s’entoure. Macron cherche à établir un lien direct entre lui et son peuple… le système politique n’existe pas au milieu, le parti est une vitrine, les députés sont des clones, le gouvernement, ce sont des figurantes, les intermédiaires sont négligés… ». Tout est loin d’être faux sur la personnalité du chef de l’État mise sur le divan. La réaction du Prince fut vigoureuse et instantanée. Le sang de notre faux prophète, Emmanuel Macron n’a fait qu’un tour. Il jura mais un peu tard qu’on ne l’y reprendrait plus. Il ne pourrait accepter une personnalité aussi peu au fait des usages de la Cour, du Roi et des courtisans : « Moscovici peut aller se faire voir pour la Cour des comptes »28. Le langage est direct et le propos d’une clarté lumineuse. Pour obtenir le poste tant convoité, le prétendant aurait dû chanter les louanges de Jupiter. Telle n’est pas la voie choisie par le commissaire européen. C’est que, Pierre Mosco n’avait pas suffisamment écouté les chansons de Guy Béart, plus particulièrement celle qui a pour titre La vérité dont le refrain est tout à fait explicite et d’une actualité criante si l’on veut bien en saisir toute la substantifique moëlle : « Le premier qui dit la vérité doit être exécuté ». C’est que toute vérité n’est pas bonne à dire, y compris au pays de la liberté d’expression et autres sornettes dont nous rebattent les oreilles nos folliculaires attitrés. Pierre Moscovici apprend à ses dépens que l’on n’injurie pas impunément les princes qui nous gouvernent !

26 https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Moscovici
27 Sylvie Goulard soumise à la question au Parlement européen, Le Canard enchaîné, 4 septembre 2019, p. 2.
28 Mosco : suicide, mode d’emploi, Le Canard enchaîné, 4 septembre 2019, p. 2.
 
 
AU REVOIR MADAME LA RECTRICE ! Jean Daspry. On le savait depuis le début de l’été mais c’est désormais chose faite, Florence Robine, directrice de l’enseignement scolaire sous Najat Vallaud-Belkacem, rectrice de l’académie Nacy-Metz est nommée ambassadrice de France en Bulgarie. Cette décision, qui est parue au JORF du 6 septembre 2019, se lit ainsi.

Début de citation

« Décret du 5 septembre 2019 portant nomination d’une ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République de Bulgarie – Mme ROBINE (Florence).

Le Président de la République, Sur le rapport du Premier ministre et du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Vu la Constitution, notamment son article 13 ; Le conseil des ministres entendu, Décrète :

Article 1

Mme Florence Robine, ministre plénipotentiaire de première classe, est nommée ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République de Bulgarie en remplacement de M. Eric Lebedel appelé à d’autres fonctions.

Article 2

Le Premier ministre et le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sont responsables, chacun en ce qui le concerne, de l’application du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait le 5 septembre 2019.

Emmanuel Macron

Par le Président de la République :

Le Premier ministre, Edouard Philippe

Le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian »

Fin de citation

Une fois de plus, nous sommes au cœur de la stratégie de communication et de parité échevelée avec cette désignation des plus baroque. Il faut bien que Le Chouchen remplisse son quota de 40% de femmes aux postes d’encadrement. Comment expliquer, qu’alors que de nombreux diplomates méritants (nous pensons à Eric Fournier, notre ex-ambassadeur en Hongrie puni pour avoir dit la vérité) sont actuellement payés par le contribuable pour rester chez eux à ne rien faire, le président de la République va chercher au sein de l’éducation nationale une rectrice pour occuper le poste d’ambassadeur en Bulgarie. Quelles sont les qualités particulières de Françoise Robine qui expliquent cette nomination surprise ? Quels services a-t-elle rendu pour obtenir cette prébende ? Quelles sont les compétences particulières dans le domaine des relations internationales et de la diplomatie qui expliquent cette promotion, y compris au grade de ministre plénipotentiaire de 1ère classe (ministre plein de poussière) ? Quand c’est flou, il y a un loup. Si cette personne souhaitait entrer dans la diplomatie, pourquoi n’a-t-elle pas passé les concours particulièrement sélectifs du Quai d’Orsay au lieu de jouer la carte du piston contraire au principe de la méritocratie républicaines ? Toutes ces questions restent bien évidemment sans réponses pour les béotiens que nous sommes. Néanmoins, elles contribuent à alimenter la défiance entre dirigeants et citoyens, le tous pourris, la critique du règne des copains, des coquins et des cousins. Elles contribuent à alimenter le récit (qui ressemble à s’y méprendre à la réalité) selon lequel le Quai d’Orsay est un ministère poubelle où l’on peut recaser les amis du Prince sans que cela ne suscite la moindre réaction indignée des diplomates et de leurs syndicats Maison. Une authentique maison tolérante pour ne pas dire une maison de tolérance. Encore une entorse insupportable aux grands principes républicains pour lancer l’acte II du quinquennat ! De qui se moque-t-on, en vérité ? Au revoir, Madame la Rectrice… bienvenue dans le monde feutré de la diplomatie !
 
 
PETIT DE TRAITÉ DE DIPLOMATIE APPLIQUÉE – Jean Daspry. À la veille de la trêve estivale, les diplomates retraités livrent régulièrement leurs mémoires les uns après les autres. Une tradition bien établie des diplomates écrivains dans la Maison des bords de Seine. Mémoires qui prennent soit la forme de réflexions spécifiques sur tel ou tel sujet leur tenant à cœur soit de réflexions générales sur le métier de diplomate. C’est dans la seconde catégorie qu’il convient de ranger l’ouvrage publié au moins de juin 2019 par un brillant esprit du Quai d’Orsay, Stéphane Gompertz29.

L’homme (né en 1949) a fait une belle carrière au ministère des Affaires étrangères. Sa formation l’y prédestinait : agrégé de lettres classiques, ancien élève de l’école normale supérieure, ancien élève de l’ENA. Après une décennie dans l’enseignement, il intègre le Quai d’Orsay : direction des Nations-Unies ; chargé de mission au cabinet du premier ministre ; représentation de la France auprès de l’ONU à Genève, ambassade de France au Caire, sous-directeur à la Direction d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ; premier conseiller à Londres, ambassadeur à Addis-Abeba ; directeur de l’Afrique et de l’Océan indien ; ambassadeur à Vienne. Un parcours sans faute pour un diplomate compétent et ne rechignant pas à la besogne, y compris la plus ingrate.

L’homme est un habitué de la plume. En 2011, il livrait ses réflexions bien senties et bien tournées sur son séjour en Éthiopie30. Huit ans plus tard, il récidive en nous livrant quelques leçons pratiques de son expérience diplomatique. Un récit agréable à lire tant sur la forme que dans la substance (200 pages environ). La présentation est intelligente. Après quelques réflexions de bon sens sur les diplomates qui forment une « Caste de privilégiés ?», Stéphane Gompertz décline agréablement les principales missions du diplomate : information, négociation, communication. Il conclut sur quelques « Conseils à des jeunes attirés par la diplomatie ». Le principal intérêt de la démarche de l’auteur tient au va et vient constant entre la théorie et la pratique telle qu’elle ressort de son expérience vécue. Nous avons tout particulièrement apprécié la cinquantaine de pages consacrée au thème de la négociation. Stéphane Gompertz y relate des négociations concrètes de toutes natures auxquelles il a participé pour tirer sur chacune d’entre elles des considérations générales frappées au coin du bon sens.

Retenons quelques questions particulières traitées dans cet ouvrage.

Sur un ambassadeur tyrannique qui a officié à Londres en et qui a été élevé à la dignité d’ambassadeur de France (les bons connaisseurs du Département savent de qui il s’agit tant sa réputation ‘est plus à faire) :

« J’ai eu à servir sous un ambassadeur cruel. Suprêmement intelligent, efficace, travailleur, doté d’un grand sens politique, drôle à l’occasion, il était exigeant jusqu’à la manie, soupçonneux, vindicatif, prompt à sortir la kalachnikov et à arroser tout ce qui bougeait. Il ne m’aimait pas, me faisait une confiance limitée et me le faisait sentir. Tous les autres membres de l’équipe étaient des médiocres à ses yeux. Un jour, je vois débouler dans mon bureau le conseiller culturel, un brillant diplomate, fin, cultivé, bosseur, spirituel. Il sortait de chez l’ambassadeur qui lui avait passé une avoinée. Il était hagard : « Stéphane, qu’est-ce que tu penses, je démissionne tout de suite ?. Je luis offre un café, il se calma, je lui représentai que c’était le mode de fonctionnement habituel de celui qui, pour la punition de nos pêchés, était notre patron. Ledit patron fit particulièrement fort lors d’une réunion de service : quiconque prenait la parole se faisait immédiatement dessouder. Au bout de quatre ou cinq algarades, chacun resta coi. Après la réunion l’ambassadeur me demanda faussement ingénu : « Pourquoi personne n’intervient-il ? ». Je lui répondis qu’il faisait peur à tout le monde. Je suis persuadé qu’il en a éprouvé de la jouissance… » (pp. 61-62).

L’intéressé se reconnaîtra. Son fils brille aujourd’hui au firmament de la hiérarchie de ce même Quai d’Orsay.

Sur les erreurs stratégiques de la France – nous aurions souhaité un chapitre spécifique consacré à ce sujet -, Stéphane Gompertz décoche quelques flèches bien senties qui auraient pu être encore plus acérées :

Russie : « Même ceux qui connaissent, ou qui sont censés connaître peuvent errer lourdement. J’ai l’impression – je dis cela avec prudence, au nom précisément de mon ignorance – que nous avons accumulé les erreurs vis-à-vis de la Russie… » (pp. 70-71).

Libye : « … Elle a en revanche cédé à l’illusion lyrique lors de la crise libyenne ; honteuse d’avoir soutenu trop longtemps Ben Ali en Tunisie et de n’avoir pas vu venir les « printemps arabes », gênée d’une promiscuité avec Kadhafi, aiguillonnée par un philosophe activiste, elle a décidé, avec ses alliés, d’intervenir pour sauver la ville de Benghazi que le dictateur libyen menaçait de réduire en cendres… » (p. 71).

Turquie : « Ce qui vaut pour la Russie de Poutine vaut aussi pour la Turquie d’Erdogan. Les dérives du régime turc sont plus qu’inquiétantes. Elles se seraient produites en tout état de cause. Je pense néanmoins que nous les avons favorisées en claquant définitivement la porte de l’Union européenne au nez des Turcs… » (pp. 72-73).

Sur les qualités du diplomate, nous retiendrons quelques formules bien ciselées :

« Il en effet essentiel de prêter l’oreille aux voix discordantes, et même de les solliciter » (p. 78).

« Les diplomates sont trop souvent sur le guidon » (p. 161).

« Certains signaux ténus sont plus éclairants que les vives lumières » (p. 204).

« Le diplomate doit s’efforcer d’être maître du temps » (p. 206).

« Privilégier la substance » (p. 207).

« C’est dire que pour être bien pratiqué, le métier de diplomate doit l’être avec passion » (p. 209).

Nous laissons le soin au lecteur tenté par ce récit le soin de découvrir d’autres pépites dans ce récit sans prétention autre que divertissante. L’humour n’exclut pas la qualité d’analyse et de synthèse. Bien au contraire.

Même si l’on peut regretter que l’ouvrage ne prenne pas suffisamment partie sur des questions géopolitiques et stratégiques actuelles, nous recommandons vivement la lecture de l’ouvrage de Stéphane Gompertz à tous ceux qui veulent tout comprendre ou presque du fonctionnement concret de la machine diplomatique française et des missions des diplomates. Comparé au pseudo « Manuel de diplomatie » venu tout droit de quelques brillants esprits de la rue Saint-Guillaume qui n’ont rien compris à ce qu’est l’essence de la diplomatie31, nous sommes ici en présence d’un véritable traité de diplomatie appliquée au sens propre du terme. »>

29 Stéphane Gompertz, Un diplomate mange et boit pour son pays, Odile Jacob, 2019.
30 Stéphane Gompertz, Le sourire en chemin. Chroniques éthiopiennes, L’Archange Minautore, 2011.
31 Thierry Balzacq/Frédéric Charillon/Frédéric Ramel, Manuel de diplomatie, Presses de Sciences Po, 2018.
 
 
DE QUOI L’AFFAIRE YANN MOIX EST-ELLE LE NOM ? UJPF, 4 septembre. Après plus d’une semaine d’effervescence médiatique, la polémique autour des dessins et textes antisémites récemment exhumés de Yann Moix s’est conclue par un exercice de style bien rodé sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché », 31 août dernier. Le romancier à succès a souhaité profiter de la tribune que lui procurait la sortie de son nouveau livre pour s’expliquer et surtout, dit-il, demander pardon à la « communauté juive »  [1] ainsi qu’à « son ami Bernard-Henri Lévy ». Repentir si sincère qu’il a dû se faire par étapes, Moix ayant d’abord tenté de ne pas endosser ses textes négationnistes. Ce pardon, nous ne lui accorderons pas, tant sa trajectoire témoigne d’un racisme toujours constant, doublé depuis quelques temps d’un profond mépris pour les droits les plus élémentaires des Palestinien.ne.s. « Toute ma vie, j’ai essayé de m’arracher à ce trou noir, à cette espèce d’attraction maléfique » – c’est ainsi qu’il caractérise son antisémitisme. Et comment s’y est-il pris ? En se faisant, du haut de son fauteuil de chroniqueur à succès et des estrades des conférences organisées par le CRIF, l’ardent défenseur des politiques coloniales et racistes de l’État d’Israël. Son péché d’antisémitisme, il compte le racheter en assimilant les JuifVEs au destin de l’État d’Israël. En défendant Israël, c’est – dit-il – les JuifVEs qu’il défend, faisant porter le poids de sa mauvaise conscience aux Palestiniens. Est-ce la culpabilité qui fait de lui un traqueur impitoyable du soutien à la cause palestinienne, assimilée ainsi à de l’antisémitisme ? Cette ficelle, grossière, a un nom – le philosémitisme, cette forme réinventée de l’antisémitisme : « La philie comme la phobie conduit à mettre un groupe humain à part. Qu’on lui prête des qualités exceptionnelles ou qu’on le considère comme un ennemi du genre humain, il s’agit dans les deux cas d’enfermer un groupe humain dans une essence immuable, de le sortir de l’histoire et de le réduire à un mythe. »  [2]. Son repentir est un pas de côté, et le rapprochement qu’il revendique avec « le judaïsme et la pensée juive » est conditionnel. Il nous essentialise et confisque notre parole. Pour tenter de prouver que sa haine était une erreur de jeunesse, il est allé jusqu’à affirmer « qu’(il) avait essayé de (se) racheter toute (sa) vie » en « combattant la xénophobie ». Il faut croire que toutes les formes de racisme ne sont pas également condamnables à ses yeux, et in fine que toutes les victimes du racisme ne méritent pas des excuses publiques. Certainement pas les siennes. Brave soldat de l’air du temps, Yann Moix a pris sa part dans la reformulation du discours nationaliste et raciste autour de l’islamophobie. Il n’a pas hésité, nous ne l’oublions pas, à accuser à tort d’antisémitisme Mennel, la jeune chanteuse française d’origine syrienne, alors même qu’il était l’auteur de dessins négationnistes et qu’il se mettait en scène sur les réseaux sociaux avec des personnalités de l’extrême-droite française. L’urticaire que provoque chez Moix les marques de solidarité d’une jeune Arabe portant le hijab avec le peuple palestinien n’est rien d’autre que la preuve de son racisme et de son islamophobie. Nous n’en doutons pas, tout lui sera pardonné. Déjà pardonné par Bernard-Henri Lévy, couvert depuis 2007 par son éditeur Olivier Nora, soutenu par sa productrice Catherine Barma qui impose le maintien de la promotion de son livre sur ONPC… Sa carrière littéraire ne sera pas pulvérisée, et il continuera d’être invité sur les plateaux de télévision ! S’il s’était appelé Younès, nous n’en doutons pas non plus, il serait devenu infréquentable à la minute même où ses dessins auraient été exhumés. Moix participe de fait d’un privilège blanc qui absout les uns et exclut les autres. L’UJFP dénonce le traitement particulièrement complaisant dont fait l’objet Yann Moix depuis l’exhumation de ses actes antisémites. Le spectacle grossier de son repentir témoigne que ce qui est défendu à travers le cas Moix, ce ne sont pas les JuifVEs, mais l’air du temps, nationaliste, islamophobe, colonial.

NDLR : Couverte, sinon initiée par Jean-Paul Enthoven – le petit commissaire politique des éditions Grasset – cette affaire lamentable a, sans doute, pour seule finalité de faire scandale autour d’un livre des plus médiocres qui peine à se vendre !

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