Observatoire Géostratégique

numéro 260 / 9 décembre 2019

ORIENT-ATIONS 251

 
 
LIBAN : TROIS SYMBOLES D’UN MARIAGE INTERCONFESSIONNEL, POPULAIRE ET JOYEUX – Richard Labévière. Le village de Ehden, une grande partie du nord du Liban et quelques 7 à 10 000 invités venus de tout le pays et de l’étranger ont fêté – samedi 28 septembre dernier – le mariage du jeune député Tony Frangié avec Lyn Zeidan de Saïda (ville du Liban sud), fille du Sidonien Mohammad Zeidan, président de la zone franche de l’aéroport Rafic Hariri de Beyrouth.

Premier symbole fort : Tony Frangié est Chrétien maronite, la jeune Lyn Zeidan musulmane sunnite. Les deux époux et leur famille ont décidé de se marier – civilement – à Chypre, le mariage civil n’étant toujours pas autorisé au Pays du Cèdre. Cette absence de cérémonie religieuse a voulu, doublement marquer l’aspect interconfessionnel et laïc de l’union, un message fort pour un Liban toujours enclin à raviver ses querelles religieuses et communautaires. Dans un dîner mondain précédant l’événement, l’auteur de ces lignes a entendu – de ses oreilles entendu – un proche de Samy Gemayel – député des Kataëb (parti bien nommé des « Phalangistes ») pérorer en affirmant : « la nôtre au moins, on l’a baptisée ! ». En effet, la future épouse du député phalangiste était d’origine musulmane. Mais pour se marier à un Gemayel, elle avait dû se convertir et rejoindre l’église maronite. Ce baptême forcé, jugée comme une performance, sinon une prise de guerre qui fait songer à L’enlèvement des Sabines – le célèbre tableau de Nicolas Poussin – correspond à la conception ghetto de la chrétienté telle qu’elle a été théorisée par Walid Pharès et d’autres fascistes du parti des Phalangistes qui voulaient à tout prix regrouper les seuls Chrétiens afin de fonder au Liban un « christianistan » ethniquement et religieusement pur ! On reconnaît l’inspiration et les désastres de cette idéologie meurtrière qui fit des ravages durant la guerre civile du Liban (1975 – 1990) et après, notamment entre Maronites eux-mêmes ! En s’unissant – civilement – les mariés de Ehden ont d’abord voulu se démarquer d’une conception étriquée et meurtrière de la chrétienté libanaise, fidèle en cela à la contre-vision qu’a toujours exprimée le père du marié – l’ancien ministre et député Sleiman Frangié -, c’est-à-dire « une chrétienté ouverte et passerelle entre les différentes communautés qui composent le Liban », vision conforme au message le plus essentiel de l’Evangile !

Le deuxième symbole de ce mariage, et même le quotidien de la droite libanaise (14 mars) L’Orient-la-Nuit l’a qualifié comme tel : ce fut un « grand mariage populaire ». En effet, même si de nombreuses personnalités se sont déplacées – Fouad Siniora, Bahia Hariri, Raya el-Hassan, Élie Ferzli, Jamil Sayed et un grand nombre de députés -, la fête a, surtout rassemblé la population de Ehden et des villages avoisinants. L’Orient-le-Jour encore : « des écrans géants permettaient à tous les convives de suivre le déroulement des festivités qui se sont étalées sur la place reliant l’ancien palais présidentiel à la villa du marié. Le lieu a été aménagé et décoré par le Wedding planner Ziad Raphaël Nassar. Tous les restaurants de Ehden, de Zghorta et des villages voisins ont mis la main à la pâte pour assurer aux convives des buffets à volonté et une variété de plats et de desserts. La fête a duré jusqu’aux aurores ». Même si quelques esprits chagrins n’ont pas manqué de critiquer une telle dépense dans un Liban actuellement – il est vrai – confronté à de grandes et réelles difficultés économiques, ils n’ont pas relevé le travail que la manifestation a procuré à nombre de corps de métiers et d’employés libanais. Souvent les mêmes rabats joie d’ébaubissent du mariage des People, des stars du cinéma, de la politique ou de la mode à Las Vegas, Monte-Carlo ou Saint-Jean-Cap-Ferrat en se précipitant sur Paris-Match, Gala, Closer ou Point-de-Vue-Images-du-Monde… alors on se calme… parce que le mariage de Ehden a rassemblé, mélangé et comblé des personnes de tous âges et toutes conditions.

Troisième symbole : la joie, jeunesse et l’avenir du Liban. Ce mariage a, d’abord été festif. L’auteur de ces lignes, qui a parcouru le rassemblement dans tous les sens, a été frappé par une joie réelle, authentique et communicative. Lui qui se rend chaque année à Ehden pour la messe commémorant l’assassinat de Tony Frangié (le père de Sleiman) – tué dans la nuit du 12 au 13 juin 1978 par une « horde sauvage chrétienne » -, a, pour une fois, partagé la joie – oui la joie – des villageois de Ehden, Zghorta et des localités alentours. Et comme dit Spinoza, en définitive il faut mieux cultiver les passions joyeuses que les passions tristes ! En seconde perception dominante : la jeunesse ! Non pas un conglomérat de crétins tatoués ou percés, des écouteurs sur les oreilles, mais une jeunesse des montagnes, bien dans sa peau et ses pompes au coude-à-coude avec ses aînés dans ce que Jean-Paul Sartre appelait un « groupe en fusion », rassemblement d’où émane un message d’avenir pour notre cher Liban dont l’histoire a tellement été tourmentée. Oui, en dernière instance le mariage de Tony Frangié et de Lyn Zeidan adresse le plus beau message d’espoir et d’avenir pour un Liban Laïc, populaire et démocratique.

Message de la rédaction de prochetmoyen-orient.ch : Tony et Lyn, nous vous aimons, nous aimons votre joie et celle que vous avez offert à tous vos invités. Nous vous souhaitons le plus grand bonheur, le plus longtemps possible.
 
 
ARABIE SAOUDITE, IRAN : DE L’INDIGNATION À GÉOMÉTRIE VARIABLE… – Jean Daspry.« Il y a parfois de très mauvaises raisons d’énoncer des vérités. Doit-on pour autant s’interdire d’affirmer qu’elles sont des vérités ? Certainement pas »(1).

Article 2

L’Organisation des Nations Unies et ses Membres, dans la poursuite des buts énoncés à l’Article 1, doivent agir conformément aux principes suivants :

1. L’Organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses Membres(2).

C’est ainsi qu’est libellé la Charte de l’Organisation des Nations unies (ONU) (signée à San Francisco le 26 juin 1945) dans son chapitre I intitulé « Buts et principes ». Le concept « d’égalité souveraine » constitue le principe cardinal sous-tendant l’action des États membres de l’organisation universelle. Égalité entre les grands et les petits, égalité de traitement des premiers et des seconds sont la cheville ouvrière de l’action conduite en vue de la régulation harmonieuse des relations internationales. Fait paradoxal, cette sorte de code de la route des conducteurs de la diplomatie est souvent ignorée, voire foulée aux pieds dans la pratique par les défenseurs d’un « multilatéralisme fort » (terme utilisé par Emmanuel Macron lors de son allocution devant l’Assemblée générale de l’ONU, New-York, 24 septembre 2019). Et ce qui ne manque pas de sel, par ceux qui devraient, en théorie, en être les principaux avocats. Nous en avons un exemple avec le traitement différend réservé par Américains, Britanniques, Français, et dans une moindre mesure, Allemands aux Saoudiens et aux Iraniens qui interpelle les exégètes du droit international et des relations internationales. Nous consacrerons quelques développements à un exemple récent de discrimination intolérable touchant à notre « souveraineté numérique ». Le moins que l’on puisse dire est que nous sommes cohérents dans notre incohérence.

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LES PROFANATEURS DU DROIT : UNE GRANDE MANSUÉTUDE

Pour l’observateur assidu de la situation intérieure en Arabie saoudite (un État peu regardant en termes de droits de l’homme et de la femme) et de la relation extérieure de ce même État (un État qui exécute à la scie l’opposant Jamal Kashoggi dans les locaux de son consulat général à Istanbul il y a un an déjà et qui commet des crimes de guerre, voire contre l’humanité dans sa guerre illégale au Yémen(3)), le jeune et fringuant prince MBS n’est pas un parangon de vertu internationale. Son comportement autocratique et peu respectueux, de ce que l’on qualifie de légalité internationale, devrait, à tout le moins, lui valoir quelques problèmes avec le Conseil de sécurité de l’ONU et la Cour pénale internationale (CPI). Que constatons-nous dans la réalité la plus triviale ? Cet amateur de femmes et d’alcool est courtisé par les grands occidentaux qui ont une tendance naturelle à lui passer tous ses caprices comme à un enfant gâté. Il est vrai que l’Arabie saoudite fournit pétrole contre sécurité aux Américains (Pacte du Quincy). Il est vrai que l’Arabie saoudite achète la diplomatie des yeux fermés de la France, du Royaume-Uni, et dans une certaine mesure, de l’Allemagne contre de juteux contrats d’armements. C’est du donnant-donnant. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Et lorsque quelques missiles venus d’on ne sait où atteignent l’une de ses installations pétrolières dans le désert, le chœur des pleureuses fait entendre sa voix, y compris à New-York en clouant au pilori les méchants iraniens supposés être les commanditaires ou les exécuteurs des basses œuvres. Boris Johnson, Emmanuel Macron et Angela Merkel accusent l’Iran d’être responsables des attaques contre l’Arabie saoudite(4). Donald Trump annonce les « sanctions les plus sévères imposées à un pays » : Banque centrale iranienne et Fond souverain de la République islamique. Il décide d’envoyer des renforts militaires dans le Golfe et en Arabie saoudite ainsi que quelques défenses anti-missiles du type Patriot. Quant à la France, elle fait mieux, beaucoup mieux dans le genre. Elle fait convoquer par la DGSI le représentant d’une ONG qui dénonce l’emploi d’armes françaises au Yémen(5).

LES DÉVOTS DU DROIT : UNE GRANDE SÉVÉRITÉ

Pour ce qui est de l’Iran, c’est une toute autre chanson que nos Pieds Nickelés, Johnson, Macron, Merkel et Trump distillent dans nos très chastes oreilles. Que reproche-t-on aujourd’hui à Téhéran ? De s’estimer délié des contraintes de l’accord sur le nucléaire signé à Vienne le 14 juillet 2015 par les Cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Union européenne depuis que Donald Trump a décidé de le déchirer le 8 mai 2018. De ne pas respecter des conditions qui n’ont jamais figuré dans l’accord de Vienne : restrictions sur ses programmes de missiles (qu’aucun accord international ne prévoit) et arrêt de ses ingérences au Moyen-Orient (Irak, Liban, Syrie, Palestine, Yémen). D’être puni pour avoir respecté à la lettre l’adage Pacta sunt servanta que les États-Unis ont violé, ce qui ne leur pas valu la moindre réprimande, sanction des autres signataires de l’accord de Vienne. Tout juste, l’Union européenne a mis en place un mécanisme (Instex) destiné à contourner, en théorie du moins, les sanctions unilatérales des États-Unis contre tous ceux qui commercent avec l’Iran. Mécanisme qui est inopérant dans la pratique compte tenu de l’extraterritorialité du droit américain qui ne trouble guère dans les dîners en ville ou dans les cabinets ministériels débordant de néocons virulents. C’est que l’argent n’a pas d’odeur, y compris dans la diplomatie humanitaire de nos chers dirigeants occidentaux, Emmanuel Macron en tête(6). Il est bon pour la balance commerciale française déficitaire et pour lutter contre le chômage chronique en France comparé à l’Allemagne. Cette situation devrait nous conduire à nous poser quelques questions simples ? Pensons-nous sérieusement que toutes ces carabistouilles diplomatiques passent inaperçues et qu’elles ne contribuent pas, pour une part, au déclin de l’Occident dans le monde au XXIe siècle ? Pensons-nous que la crédibilité de la France sur la scène internationale ne s’en trouve pas affectée en cette période de transition entre deux mondes ? Tout ceci n’est pas très sérieux et risque de mal finir pour tous ceux qui pratiquent avec brio l’art du déni du réel, nouvelle forme de totalitarisme, pour reprendre la formule du philosophe, Michel Onfray. L’affaire Zemmour démontre, s’il en était encore besoin, que le principe sacré de la liberté d’expression est foulé aux pieds par ses avocats les plus zélés.

CODICILLE FRANCO-AMÉRICANO-RUSSE

Nous vivons dans une période de manichéisme exacerbé dans laquelle nos dirigeants établissent une distinction entre bons et méchants, entre le bien et le mal sur la base de critères particulièrement obscurs et peu objectifs. Nous en avons un exemple avec les récentes déclarations du Chef d’état-major des armées (CEMA), le général François Lecointre devant la commission du Sénat sur la « souveraineté numérique ». Nous apprenons que la France a été la cible, en 2018, de 813 attaques informatiques. La commission d’enquête examinera le rapport d’enquête en vue de son éventuelle publication édulcorée ou pas. Qui sont les agresseurs cités par le général Lecointre ? Tout d’abord, le groupe Turla, affilié aux services de renseignement russes (FSB civil et GRU militaire). Le second sur la liste est plus inattendu (sauf pour les réalistes). Il s’agit du « plus grand allié de la France, avec lequel nous entretenons des relations anciennes qui a été pris la main dans le sac à plusieurs reprises par tous ses bons alliés de l’OTAN, pour sa capacité à s’intéresser à ce qui n’est pas sur la place publique(7)». Quel État se cache derrière ce propos frappé au sceau de la prudence Norpois ? Bien évidemment, les États-Unis qui sont loin d’être des enfants de chœur en la matière. Les Russes sont régulièrement cloués au pilori alors que les Américains sont soit épargnés, soit loués pour leur bienveillance à l’égard de leurs alliés préférés, de leurs « idiots utiles ». Mais, quelles sont les bonnes âmes qui se soucient de ce traitement discriminatoire injustifié ? Elles ne sont malheureusement pas légions.

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« L’égalité peut être un droit, mais aucune puissance humaine ne saurait la convertir en fait » (Honoré de Balzac). Telle est la réalité du monde d’hier comme du nouveau monde cher à Jupiter ! Mais, il appartient aux véritables hommes d’État de tenter de corriger cette contrainte structurelle par la recherche d’une approche modératrice et tendant à un minimum d’égalité de traitement des acteurs d’une crise qui pourrait enflammer toute une région et se propager jusque chez nous. Comme le rappelle justement le duc de Richelieu : « la politique consiste à rendre possible ce qui est nécessaire ». C’est également l’un des objectifs de la diplomatie. Il est regrettable que les donneurs de leçons omettent que, comme la vertu, le vice a ses degrés. Cette affaire, touchant aux relations de l’Occident avec l’Arabie saoudite et avec l’Iran, démontre s’il en était encore besoin, que « la France a fait le deuil de certaines illusions sur la capacité de l’Europe à s’émanciper »(8). Et nous pourrions ajouter de la tutelle pesante des États-Unis. Ce qui débouche sur une pratique de l’indignation à géométrie variable dans le traitement de l’Arabie saoudite et de l’Iran…

1) Natacha Polony, Immigration : la lucidité… en attendant les actes, Marianne, 27 septembre-3 octobre 2019, p. 3.
2) https://www.un.org/fr/sections/un-charter/chapter-i/index.html
3) Eric David/Benoît Murraciole/Daniel Turp, Vendre des armes à l’Arabie saoudite pour bombarder le Yémen est contraire au droit international, Le Monde, 26 septembre 2019, p. 30.
4) Jack Dion, Iran Etats-Unis. Le grand écart de Macron, Marianne, 27 septembre-3 octobre 2019, p. 21.
5) Agence Reuters, Armes françaises au Yémen : des ONG dénoncent une intimidation, www.mediapart.fr , 27 septembre 2019.
6) Jean Daspry, L’adieu aux armes ou la diplomatie du en même temps, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 septembre 2019.
7) Claude Angeli, Cyberattaques russes et américaines en France, Le Canard enchaîné, 2 octobre 2019, p. 3.
8) Maxime Lefebvre, La politique étrangère de la France, PUF, Que sais-je ?, 2019, p .113.

 
 
LES DÉLIRES DE PAPPY JEAN-MARC SAUVÉ – Ali Baba. Décidément, notre Douce France vit sous la tyrannie d’une minorité agissante, celle de la Caste si bien décrite par Laurent Mauduit dans son ouvrage éponyme, celle des anciens élèves de l’ENA et, plus particulièrement, celle des grands corps de l’État : Conseil d’État, Cour des comptes et Inspection des Finances. Ce sont très souvent les conseillers du Prince par le biais des postes de conseillers dans les cabinets ministériels ou bien les ministres du gouvernement du Prince (Edouard Philippe issu du Conseil d’État, Florence Parly est issue de Bercy, Emmanuel Wargon issue de la Cour des Comptes, Bruno Le Maire vient du Quai d’Orsay…). Les ministres passent, les hauts fonctionnaires sortis dans la botte (secrétaire général de l’Élysée, directeur de cabinet du Premier ministres, secrétaire général du gouvernement) tiennent fermement la barre du navire France avec poigne, faisant tout pour que le souverain théorique, le peuple soit mis à l’écart de leurs carambouilles en raison de leur conception peu orthodoxe de la démocratie. À quelques mois de la publication du rapport Thiriez sur la réforme de l’ENA9, les grands corps montent au créneau afin que tout change pour que rien ne change.

Nous en avons aujourd’hui un exemple éloquent avec l’entretien accordé au site acteurs publics, par l’ex-vice-président du Conseil d’État, le sinistre et pleutre Jean-Marc Sauvé, surnommé la tour de contrôle lorsqu’il officiait au Palais-Royal10. Que faut-il retenir de son plaidoyer pour les grands corps ?

Jean-Marc Sauvé nous explique, avec une candeur qui mérite louange, que tout va pour le mieux dans le monde de la haute fonction publique, y compris et surtout, dans le monde des grands corps (terme qu’il refuse), à savoir les corps d’inspection. « Si l’on veut se donner les moyens de recruter les meilleurs pour les emplois de l’encadrement supérieur de l’État, point n’est besoin de modifier les conditions d’accès, à la sortie de l’ENA, aux corps de contrôle. Il faut savoir faire la part des choses entre la réalité et le mythe. On ne peut pas établir de corrélation entre l’appartenance à un corps déterminé et le droit à occuper les emplois supérieurs de l’État ». Toutes ces subtilités jésuitiques (l’homme a hésité un an avant de choisir l’ENA au détriment du sacerdoce religieux) ne servent qu’à dissimuler une réalité peu reluisante.

Jean-Marc Sauvé nous explique que sortir dans un grand corps vous ouvre la voie, alors que l’on est très jeune et sans expérience, vers l’extérieur (cabinet ministériel, grands entreprises publiques, banques…) : « Le seul véritable avantage de l’appartenance à ces corps réside sans doute dans l’accès au premier poste en dehors de l’institution d’origine. Cela vous ouvre des portes, mais ne vous donne même pas le job. Je suis ainsi entré au cabinet du garde des Sceaux en 1981 sur la base de ma carte de visite d’auditeur au Conseil d’État. Mais bien sûr, si vous ne faites pas l’affaire, vous ne tenez pas six mois ». Le roué, ex-SGG, ex-vice-président du Conseil d’État feint de ne pas comprendre que tout ceci pose problème en termes de séparation des pouvoirs. Comment être indépendant et impartial, pour un membre d’un corps de contrôle, si l’on fait des allers et retours constants – comme ce fut son cas – entre le contrôleur et le contrôlé. C’est tout simplement infaisable. Mais, notre grand homme courbé n’en a que faire.

Jean-Marc Sauvé récuse toute forme d’esprit de corps du Conseil d’État et d’une forme de réseau d’out-placement pour les membres des grands corps en poussant des cris d’orfraie (« L’idée d’un out-placement organisé par un réseau occulte est un mythe »). Or, bien évidemment, la réalité est tout autre si l’on s’en tient à la vérité des faits. Un tiers des effectifs du Conseil d’État vit bien sa vie sans contentieux et sans strapontin au Palais-Royal qui comme premier ministre, comme SGG, comme directeur de cabinet de tel ou tel ministre, comme secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, comme PDG de la SNCF, responsable du CSA, de la CNIL, de Radio France, de telle ou telle autorité administrative indépendante… et nous pourrions multiplier à l’infini les exemples qui démontrent. En quadrillant l’État, on le tient bien en mains. On fait la loi au sens propre et figuré, confisquant ainsi la démocratie. On s’étonnera ensuite de la pérennité du mouvement des « gilets jaunes ».

Jean-Marc Sauvé, qui préfère l’entre-soi, s’insurge à l’idée « de transformer tous les corps de contrôle, juridictionnels ou non, en corps de débouchés pour fonctionnaires méritants à partir de 45 ou 50 ans ». Il la qualifie de « très mauvais service à l’État ». Qui sait, on pourrait tomber sur quelques juges moins serviles que les actuels purs produits du Conseil d’État. Ce serait un crime de lèse-énarchie. Serait-ce un mauvais service à l’État ou bien, plus prosaïquement, un mauvais service au Conseil d’État ? Il est vrai que le Conseil d’État se prend pour l’État. L’État, c’est moi, telle pourrait être sa religion.

Jean-Marc Sauvé nous sert ensuite son petit couplet sur la réforme de l’ENA. Voici le brouet qu’il nous sert : « Il faut revoir les épreuves d’admissibilité et d’admission afin de prendre davantage en compte les qualités personnelles des candidats. Des progrès ont été faits pour rompre avec un excès d’académisme ; il faut aller plus loin. Mais il ne faut pas renoncer à exiger un niveau général de compétences dans les domaines de l’économie, du droit, des politiques publiques, car c’est un atout remarquable de la fonction publique française. Ne renonçons pas à ce qui fait notre force et que nos grands partenaires admirent. Essayons simplement de compenser nos infirmités. Je pense être crédible quand j’affirme cela, même si cela peut paraître un peu simpliste, pour ne pas dire simplet… » On peut s’étonner que, ce grand défenseur de Nathalie Loiseau, ne se soit pas battu bec et ongles pour l’imposer lorsqu’il était membre du Conseil d’administration de cette école nationale de l’arrogance dont il est un des meilleurs ambassadeurs.

Le reste est à l’avenant, y compris pour la question du choix des nominations des directeurs d’administration centrale. Ne parlons pas de ce qu’il nous raconte sur les politiques avec un aplomb sans faille : « Depuis trois ou quatre décennies, on ne cesse de parler de lendemains qui chantent, on tient un discours euphémisant, toujours lisse et optimiste. Or ce que trop de gens découvrent et vivent, ce sont les lendemains qui déchantent : le discours politique ne s’ancre pas dans le réel ; les mots et les choses divergent inexorablement. Je ne suis pas loin de penser que les responsables publics – à la fois politiques et administratifs – de ma génération n’ont pas été à la hauteur de ceux de la génération qui les a précédés et qui avaient, eux, reconstruit le pays après la guerre et engagé la construction européenne ». Pourquoi ce grand courageux n’a-t-il jamais proposé sa démission pour montrer son désaccord avec les dirigeants politiques ? Il a comme disait Pierre Dac, à propos de certains de nos compatriotes durant la période de Vichy, résisté à l’envie de résister.

Tout ceci frise l’hypocrisie, le ridicule, le comique sur un sujet des plus sérieux sur lequel Jean-Marc Sauvé nous raconte n’importe quoi. Une version monde des bisounours de la Haute Fonction publique française. À aligner de telles contre-vérités et en se situant dans le déni de réalité, Jean-Marc Sauvé apparait pour ce qu’il est, grotesque. Pourquoi ne pas nous parler de la récente réforme de la déontologie de la Haute Fonction publique passée totalement inaperçue alors qu’elle recèle des risques évidents de corruption tant elle facilite la porosité entre grands corps et extérieur dans des conditions inacceptables ? 11 Ce catholique croyant et pratiquant devrait aller plus souvent à confesse dans sa belle ville de Sceaux pour s’y faire pardonner de ses pêchés d’arrogance et de mensonge. Un peu d’humilité s’il vous plait !

La résistance au changement, la force d’inertie sont les deux plus grands obstacles à la réforme, à la remise en question du statu quo dans la Haute Fonction publique, surtout lorsqu’elle est le fait des principaux intéressés (les énarques juges et parties à la même cause). Elle se manifeste à intervalles réguliers dans les médias telle une salutaire piqûre de rappel de La Caste adressée au pouvoir politique12. On pourrait la résumer ainsi : touche pas au grisbi. Ces gens parlent alors qu’ils devraient se taire au titre de leur devoir de réserve, y compris pour ceux qui sont à la retraite comme c’est le cas de Jean-Marc Sauvé13. Vous avez déjà fort à faire avec toutes vos activités de retraité actif, Monsieur Propre aux mains sales : apprentis d’Auteuil, Cité internationale, commission sur les abus sexuels dans l’Eglise14… Un conseil, cessez vos délires de Pappy sur la Fonction publique. Nous vous avons déjà vu à l’œuvre…

9 Guillaume Berlat, Réforme de l’ENA : une vaste blague, www.prochetmoyen-orient.ch , 10 juin 2019.
10 Jean-Marc Sauvé (propos recueillis par Bruno Botella et Pierre Laberrondo), « Il faut savoir résister à une forme de « gilet-jaunisation des esprits », www.acteurspublics.fr , 27 septembre 2019.
11 Laurent Mauduit, Fonction publique : c’en est fini de la déontologie !, www.mediapart.fr , 27 septembre 2019.
12 Guillaume Berlat, Réforme de l’ENA : les caves se rebiffent, www.prochetmoyen-orient.ch , 17 juin 2019.
13 Ali Baba, L’art de savoir se taire, www.prochetmoyen-orient.ch , 22 juillet 2019.
14 Cécile Chambraud, Abus sexuel : l’Eglise catholique face à ses silences. Pédophilie dans l’Eglise ; l’appel à témoigner relancé, Le Monde, 29-30 septembre 2019, pp. 1 et 11.
 
 
LE QUAI D’ORSAY À LA DIÈTE – Jean Daspry. L’histoire ne serait-elle qu’un perpétuel recommencement, pour reprendre la célèbre formule de Thucydide ? Au Quai d’Orsay, cette assertion relève de l’évidence, du truisme dès qu’il s’agit du budget qui lui est gracieusement alloué chaque année par les crânes d’œuf de Bercy, les célèbres « cost killers ». De façon mécanique, chaque année, le budget des diplomates est raboté grâce à une mécanique implacable. Bien qu’il ne représente pas plus d’un pour cent du budget global, il fait l’objet de tous les coups de varlope de nos éminences des bords de Seine, rive droite, il va sans dire. L’exercice est bien rôdé. Les budgétaires du ministère des étranges affaires préparent pendant de nombreux mois, leur copie qu’ils remettent avant l’été à Bercy15. Tout est justifié, chiffré, tenant compte de la volonté jupitérienne affichée de disposer d’un réseau universel (ambassades, consulats, services commerciaux, culturels, de coopération…) au service d’une diplomatie planétaire… mais surtout de ses ambitions personnelles de « Leader » de l’Europe et du monde civilisé. Mais, l’argent est le nerf de la guerre. De plus, on ne peut faire la paix et la guerre en même temps. Dans cette période de conflictualisation des relations internationales, il faut prendre des décisions hardies : demander à Jean-Yves Le Chouchen de se serrer la ceinture avant de se saborder sur les bords du Quai comme un marin à Mers-el-Kebir.

LE CHOUCHEN DOIT SERRER CEINTURE

À la rentrée de septembre, vient le moment fatidique, l’heure de vérité, la distribution des prix après les arbitrages du premier sinistre en cas de besoin16. Les bons élèves sont récompensés pour leur rigueur : Armées, Intérieur, Justice… Services du Premier ministre (à tout seigneur, tout honneur). En 2019, ce sont les vrais ministères régaliens qui empochent la mise. Les mauvais élèves sont sanctionnés pour leur insincérité : Europe et Affaires étrangères, Outre-Mer, Actions et comptes publics… Le Quai des Brumes comporte deux volets d’action : action extérieure de l’État (2,7 milliards d’euros, soit un budget étal) et Aide publique au développement (3,3 milliards d’euros, soit un budget en augmentation de 6,5%). En termes d’ETP (emplois, en équivalent temps plein), la Maison des bords de Seine, rive gauche perd 187 postes. Dans les couloirs de la grande Maison, on maugrée contre cette énième mauvaise manière de Bercy à l’encontre du ministère représentant la France sur le grand échiquier. Mais, cela ne va pas plus loin tant la diplomatie du froc baissée est inscrite dans l’ADN de nos diplomuches à la sauce vichyssoise. À quelques jours, de la publication de ces résultats, le magazine Challenges lance la flèche du Parthe en stigmatisant tous ces diplomates rémunérés comme des nababs pour ne rien faire à l’étranger, dispensés de l’impôt sur leur indemnité de résidence et dont certains (l’ambassadeur à Kaboul) ont l’outrecuidance de percevoir un traitement supérieur à celui du président de la République. Il faut donc sanctionner ces dilapidateurs d’argent public patenté. Ainsi dit, ainsi fait. Le Quai d’Orsay doit se serrer la ceinture pour ne pas aggraver le déficit de nos finances publiques. Finis les pince-fesses et autres sauteries diplomatiques inutiles et coûteuses pour permettre à Jupiter d’organiser quelques évènements utiles à Biarritz, comme le G7. De toute manière, à quoi servent donc les diplomates alors que l’action extérieure est de la compétence exclusive du château ? Tout le monde sait pertinemment que les ambassadeurs n’ont qu’un seul rôle, l’accueil des ministres, des délégations en goguette à l’étranger et leur procurer quelques menus plaisirs au frais du contribuable. Un vulgaire rôle d’hôtelier (« Un diplomate, de nos jours, n’est qu’un maître d’hôtel, qui a le droit de s’asseoir de temps à autre », Peter Utinov), restaurateur, d’amuseur public digne du sobriquet de « Gay d’Orsay ». Accessoirement les embrassadeurs se doivent de communiquer sur on ne sait quoi pour on ne sait qui mais certainement pas de penser sur le long terme. Cela donne la migraine et mine la santé de nombre d’entre eux déjà attaquée par un alcoolisme mondain.

LE CHOUCHEN DOIT SE SABORDER

Viendra bien jour le temps du questionnement. À quoi donc peuvent bien servir les diplomates à l’heure du numérique et de l’intelligence artificielle ? La diplomatie Ferrero Rocher est une fantaisie, une danseuse dont il faudra bientôt se passer un jour tant notre déficit budgétaire inquiète la Commission européenne, attachée à la rigueur germanique en la matière. Une solution vient immédiatement à l’esprit pour résoudre la quadrature du cercle. Le sésame porte un nom : externaliser vers l’intérieur et vers l’extérieur afin de supprimer, à terme, une profession venue du passé et qui n’a plus d’avenir. Cela correspondrait tout à fait à l’air du temps, celui de la « start -up nation » chère à Jupiter 1er.

Pour ce qui est du premier, pourquoi ne pas rétribuer quelques sérieux instituts de recherche pour rédiger des notes à un tarif plus compétitif qu’un fonctionnaire indéboulonnable ? Cela serait tout à fait rentable et efficace. Finis les rédacteurs, sous-directeurs, chefs de service, directeurs d’administration centrale, chargés de mission et autres cabinards de mauvaise réputation… Place à la dématérialisation de la e-diplomatie. Une bonne cure diététique ferait le plus grand bien à tous ceux qui se gobergent aux frais de la princesse sans la moindre retenue et qui portent ostensiblement une indécente brioche diplomatique sous le frac et le smoking.

S’agissant du second, la réponse est toute trouvée, à lire le même Jupiter. Celui-ci ne cesse de nous rebattre les oreilles avec son concept de « souveraineté européenne ». Il faut en finir, une bonne fois pour toutes, avec ce concept rance de « souveraineté nationale », d’indépendance qui sent la clope, le diesel et le populisme à plein nez. Que diable, un peu de courage, remplaçons le Quai d’Orsay et ses ambassades pléthoriques et inutiles par le brillantissime SEAE pour Service européen d’action extérieure, sorte de diplomatie à grandes guides qui sévit sur toute la planète et à Bruxelles. Ce SEAE, ruche à Machiavel et à Talleyrand, jusqu’à présent dirigée d’une main de velours par la délicieuse Federica Mogherini, est tout à fait performant. De plus, il ne nous coûte rien si ce n’est notre contribution obligatoire au budget européen. Pourquoi ne pas en finir avec cette intolérable duplication surtout lorsque l’on se livre régulièrement à l’apolologie du fédéralisme européen, nouvelle bible des temps modernes ? Une fois au moins, Jupiter mettrait en accord ses paroles et ses actes surtout lorsqu’il nous explique que l’Europe n’est pas le problème mais qu’elle est la solution à tous nos maux.

À quand la création d’un comité de salut diplomatique européen chargé d’exiger la suppression du Quai d’Orsay qui serai transformé en restaurant, hôtel de luxe et salle de bals (très rémunérateur pour le budget de l’État) et la remise très officielle de la responsabilité de la conduite de la diplomatie française au ministre européen des Affaires étrangères. Cela serait mis au crédit européen de notre plus jeune président de la Cinquième République au moment où sera venu le temps de faire son bilan.

« Les vagues du grand déferlement se sont retirées et, sur la mer calmée, se forment des cercles sur lesquels voguent les diplomates qui s’imaginent être les auteurs de l’accalmie » (Léon Tolstoï). Même si le temps de l’accalmie n’est pas encore venu, sachons qu’à toute chose, malheur est bon. La politique du rabot présente l’immense mérite de rappeler le Quai des Brumes à la réalité du XXIe siècle. La diplomatie française vit ses derniers instants. Plutôt que de terminer sa longue Carrière dans un vulgaire mouroir, un EHPAD, la diplomatie française doit faire œuvre de salubrité et de salut public en trouvant des solutions innovantes pour être aussi efficace sur le plan géopolitique qu’indolore sur le plan budgétaire. C’est pourquoi, un régime de cheval s’impose. À monde nouveau, diplomatie nouvelle rompant avec les errements de l’ancien monde des Chirac, Sarkozy, Hollande. Finie la diplomatie de papa, bonjour à la diplomatie inclusive de parent 1 et de parent 2. Telle est la dure réalité à laquelle est confrontée la diplomatie. Se réformer ou mourir de sa belle mort dans l’anonymat et la déchéance. Pour aujourd’hui et demain, un seul mot d’ordre : le Quai d’Orsay à la diète et que ça saute !

15 Jean Daspry, Le Quai d’Orsay à la diète, www.prochetmoyen-orient.ch , 29 juillet 2019.
16 Crédits par ministère et par missions en milliards d’euros, Le Monde, 28 septembre 2019, p. 19.
 
 
JUPITER PYROMANE – Jean Daspry. Ankara a dénoncé le 1er octobre 2019 « une attaque qui dépasse les bornes » de la part du président français Emmanuel Macron, qui a critiqué le « recul » de l’Etat de droit en Turquie et évoqué la façon dont elle utilisait les migrants pour « faire pression sur l’UE ». « L’attaque de Macron contre la Turquie dépasse les bornes », a déclaré le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu à l’agence de presse officielle Anadolu. « Je le compare à un coq qui chante alors que ses pieds sont enfouis dans la boue », a-t-il ajouté. Emmanuel Macron a déclaré mercredi devant le Conseil de l’Europe à Strasbourg17 que, trente ans après la chute du Mur de Berlin, des droits fondamentaux étaient remis en cause dans certains pays. Il a alors cité la Turquie, « où l’Etat de droit recule, où les procédures judiciaires ouvertes contre les défenseurs des droits de l’Homme, des journalistes, des universitaires doivent faire l’objet de toute notre vigilance ». Mevlut Cavusoglu a également dénoncé les déclarations de M. Macron sur la question migratoire. « Combien de réfugiés Macron a-t-il laissé entrer dans son pays ? », a réagi le chef de la diplomatie turque, fustigeant également le président français pour son accueil à Paris de miliciens kurdes des « Forces démocratiques syriennes » (FDS), qualifiés de « terroristes » par Ankara. La Turquie accueille plus de quatre millions de réfugiés, dont une grande majorité de Syriens, et le président Recep Tayyip Erdogan a menacé début septembre d’en laisser affluer une nouvelle vague vers l’UE s’il n’obtenait pas davantage d’aide internationale. Ankara souhaite la création en Syrie d’une « zone de sécurité » où ils pourraient retourner. A Strasbourg, à une députée grecque qui faisait état d’une « nouvelle très grande crise » avec l’arrivée de 20.000 migrants durant les trois mois d’été, Emmanuel Macron a répondu être « pleinement conscient de ce que la Grèce vit aujourd’hui ». « Vous avez parfaitement raison de dire que ceci est un moyen de pression de la Turquie », lui a répondu le président français, ajoutant ne pas penser que « la bonne réponse soit de céder à la pression » et appelant à une coopération avec Ankara. Mais, « en aucun cas, notre agenda en Syrie ne doit être dicté par cette pression turque », a-t-il déclaré18.

Manifestement, Emmanuel Macron, brillant inspecteur des Finances de formation, éprouve encore quelques difficultés à adopter les codes et le langage de la diplomatie. Pire encore, il s’avère être un piètre diplomate. À la mesure et à la discrétion qui s’attachent à la pratique traditionnelle de la diplomatie qui a fait ses preuves au cours des siècles, il préfère l’outrance et l’ostentation qui sont souvent la marque de la faiblesse et de l’égarement. Alors que les incendies qu’il a lui-même provoquées avec l’Italie de Matteo Salvini et avec le Brésil de Jair Bolsonaro sont à peine circonscrits qu’il décide – volontairement ou involontairement – d’en allumer un nouveau avec la Turquie. Dans quel but et pour quel bénéfice ? Pense-t-il que c’est avec ce genre de procédés de cour d’école qu’il va rehausser le statut de la France dans le monde et qu’il va parvenir à se réintroduire dans le jeu syrien au moment où la perspective d’une paix apparait possible à échéance raisonnable ? N’eut-il pas été préférable de laisser le soin aux représentants de l’Union européenne d’adresser à Ankara les reproches qu’il formule seul ? Est-ce cohérent avec son mantra d’une « souveraineté européenne » ? N’eut-il pas été préférable de laisser le soin aux instances compétentes du Conseil de l’Europe de faire passer le message idoine aux autorités turques alors que la France n’est pas entièrement irréprochable en termes de respect des dispositions de la Convention européenne des droits de l’homme de 1950 qu’elle n’a ratifiée qu’en 1974 ? De quel droit, le président de la République s’érige-t-il en conscience universelle alors même que la situation des libertés publiques est loin d’être parfaite à lire l’avocat François Sureau ?19 Tout ceci est-il cohérent avec ses récentes déclarations devant la 74ème session de l’Assemblée générale de l’ONU (New-York, 24 août 2019) dans laquelle il invitait ses homologues à « avoir le courage de savoir bâtir la paix » et « avoir le courage de la responsabilité » ? Or, ses récentes déclarations sur la Turquie sont pour le moins irresponsables dans la mesure où elles prennent un tour humiliant qui n’a pas lieu d’être en dépit des dérives du régime Erdogan ? Est-ce à la France de s’ériger en redresseur de torts alors que notre pays traverse une crise politique et sociétale de grande ampleur ?

Rendant hommage à Jacques Chirac, l’ambassadeur, Claude Martin20 énonçait quelques-uns des axes qui ont fait la force du message français sous la Ve République : « respect de la souveraineté des États, de l’identité des nations, de la dignité des peuples ». Il poursuivait en précisant que « une bonne diplomatie, c’est un pays fort, une vision claire et, à long terme, un homme enfin, écouté et respecté pour la mettre en œuvre »21. L’inverse de ce qu’est et de ce que fait Emmanuel Macron sur la scène européenne et internationale.

Aujourd’hui à la lumière de cette marche turque pas très glorieuse, Jupiter apparait sous une nouvelle facette de son personnage, celui d’un vulgaire pyromane.

17 Discours du président de la République, Emmanuel Macron devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) à l’occasion du 70ème anniversaire du Conseil de l’Europe, Strasbourg, 1er octobre 2019, www.elysee.fr .
18 Ankara dénonce « une attaque qui dépasse les bornes » de la part de Macron, www.lefigaro.fr , 2 octobre 2019.
19 François Sureau, Sans la liberté, Gallimard, collection « Tracts », septembre 2019.
20 Claude Martin, La diplomatie n’est pas un dîner de gala, éditions de l’aube, 2018.
21 Claude Martin, Jacques Chirac a été en politique étrangère un président gaulliste, sans doute le dernier, Le Monde, 1er octobre 2019, p. 30.
 
 
JUPITER PHILOSOPHE – Guillaume Berlat. Passée presqu’inaperçue dans les médias, l’intervention du président de la République à Strasbourg le 1er octobre 2019 mérite attention22, intervenant une semaine après celle prononcée lors de la 74ème session de l’Assemblée générale de l’ONU à New-York23. Emmanuel Macron intervenait en ce premier jour d’octobre devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), à ne pas confondre avec le Parlement de l’Union européenne même si leurs locaux sont proches géographiquement. Rappelons que le Conseil de l’Europe, qui comporte aujourd’hui 47 États membres représentant 830 millions d’habitants), a été créé en 1949. Traditionnellement, ses activités s’organisent autour de trois axes : norme, coopération, sanction. Très grossièrement, on peut dire que le pouvoir d’édicter la norme revient aux délégués des ministres (ambassadeurs). Le pouvoir de contrôle et de nomination revient à l’APCE (les parlementaires se réunissent pendant une semaine par trimestre). Le pouvoir de sanction revient à la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), juridiction devant laquelle Emmanuel Macron s’était déjà exprimé le 31 octobre 2017 avec des trémolos dans la voix24.

UN DÉPLACEMENT OPPORTUN

Le président de la République saisit opportunément plusieurs occasions pour faire le déplacement à Strasbourg : 70ème anniversaire de la création du Conseil de l’Europe, passage de témoins entre secrétaires généraux de l’Organisation (le norvégien, Thornbjorn Jagland y achève son second mandat de cinq ans et passe la main à la croate, Marija Pejcinovic Buric), présidence semestrielle française du Conseil des ministres, France pays hôte de l’organisation… Son initiative est tout à fait louable sur un plan diplomatique pour démontrer l’attachement de Strasbourg à l’accueil du Conseil de l’Europe au moment où les pressions se font plus insistantes pour que le Parlement européen en finisse avec ses coûteux déplacements entre Bruxelles et Strasbourg. D’autres initiatives devraient régulièrement être prises pour aller dans ce sens car dans la diplomatie, comme dans bien d’autres disciplines relevant des sciences humaines, rien n’est définitivement acquis.

UN DISCOURS TRAVAILLÉ

Comment s’organise la présentation du chef de l’État, aux accents parfois lyriques (« La liberté est un système de courage », Charles Péguy), qui s’apparente plus à une dissertation philosophique qu’à un exercice de relations internationales ?25 Après les remerciements d’usage (décès de Jacques Chirac, salut à toutes les autorités et attachement de la France à l’organisation située dans la ville symbole de la réconciliation, Strasbourg), le chef de l’État articule sa démonstration autour de quelques axes forts que nous allons tenter de reprendre en les synthétisant.

Un constat inquiétant. Trente ans après la chute du mur de Berlin, l’édifice, qui a pour nom Maison Commune, se fissure à travers, en particulier, une remise en cause des droits fondamentaux par certains de ses États membres (Turquie dont le ministre des Affaires étrangères ne tarde pas à donner la réplique, Russie) et par une fascination croissante pour les régimes autoritaires. Le retour de l’Histoire a mis fin à l’espérance d’une Europe définitivement unie, celle des Hugo et des Gorbatchev. Toutefois, cela ne doit pas empêcher de constater que le Conseil de l’Europe a fait progresser les droits fondamentaux au cours des décennies écoulées.

Le respect de deux exigences. Pour combattre ces tendances préoccupantes, Emmanuel Macron propose au Conseil de l’Europe, via son Assemblée parlementaire, de se fixer deux exigences. La première est de « veiller, voire reconstruire ici, l’unité de notre continent sur le socle de nos valeurs communes ». Et cela dans la complémentarité et dans la concurrence entre le Conseil de l’Europe et l’Union européenne (Cf. adhésion de l’Union à la CEDH). À cette occasion, Emmanuel Macron félicite l’APCE (au passage lui-même) d’avoir « le choix qui a été fait de maintenir la Russie dans le Conseil de l’Europe, parce que je crois que le peuple russe se reconnaît fondamentalement dans l’humanisme européen, parce qu’il a participé à sa construction, parce que la géographie, l’histoire et la culture de la Russie sont fondamentalement européennes, et parce que quand l’un de nos membres s’éloigne du socle de nos valeurs communes, la division, l’exclusion serait un échec de plus qui au fond nous condamnerait à l’impuissance, qui ne serait que la victoire de ceux qui ne croient pas dans ce socle et nos valeurs ». Dans la suite de sa politique du en même temps, il s’empresse de souligner qu’il avait rencontré l’opposant russe, Oleg Sentsov. La deuxième exigence que « nous devons nous donner est de construire ici la pensée des droits de l’Homme, de la liberté et de la démocratie face aux grands défis contemporains ».

Le rejet des deux voies proposées. Entre la voie du délitement et celle de l’illusion, Emmanuel Macron en propose une troisième. Elle repose sur la conviction et par-dessus toute la démonstration dans les faits que notre force face aux transformations du monde réside non pas dans l’affaiblissement mais dans la défense de nos droits et libertés. Face à un « nouvel âge de l’impunité », il importe de lutter contre la remise en cause des droits fondamentaux à l’extérieur et à l’intérieur de l’Europe. Cela exige de la clarté de l’esprit (plaidoyer pro domo pour la manière dont la France réagit aux défis qui sont les siens) ; d’affronter en face les grands défis en en parlant au sein du Conseil de l’Europe. Le président de la République évoque successivement la lutte contre le terrorisme en démocratie, le maintien de l’ordre dans nos démocraties, la lutte contre la désinformation en période électorale, la maîtrise des flux migratoires et la protection du droit d’asile (à laquelle il consacre un long développement)

L’approche politique des problèmes. Emmanuel Macron souligne – précision fort utile dans une époque de juridisme exacerbé que « cette assemblée n’est pas une assemblée de juriste, avec le plus grand respect que je dois aux juristes et aux juges, qui ont leur rôle à jouer, nous avons un travail politique à conduire au sens le plus noble du terme qui est au fond l’accomplissement dans l’espace public de ce que la pensée éthique peut être. Et donc nous avons à penser ces situations limites. Ce cadre nouveau, sans aucune facilité, en n’oubliant jamais, d’où nous parlons. Et ce qui se passe tout autour de nous ».

L’Europe des trois piliers. Emmanuel Macron conclut de manière lyrique en évoquant les trois piliers de l’Europe : la traduction, l’échange des mémoires et un modèle de pardon, citant Koslowski et Ricoeur, son maître à penser.

Après le moralisateur devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) en octobre 2017, c’est au tour de Jupiter philosophe de s’exprimer devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), deux ans après, en octobre 2019. Il est vrai que le moralisateur, donneur de leçons, n’est jamais bien loin même s’il tente de le travestir sous la tunique du réaliste. En effet, il reçoit en marge de la réunion des parlementaires, à grands renforts de publicité, l’opposant russe, Oleg Stentov26 alors même qu’il refusait, il y a quelques jours, de donner une suite favorable à la demande d’asile d’Edward Snowden, bel exemple d’indignation à géométrie variable27. Il est vrai que depuis son élection, de l’eau a coulé sous les ponts tant en France qu’à l’extérieur de l’Hexagone. Face à la réalité dans ce qu’elle a de plus dure, Jupiter est contraint de mettre un peu d’eau dans son vin. Le philosophe prête moins facilement le flanc à la critique que le moralisateur. »>

22 Arthur Berdah, Immigration : Macron veut réveiller l’Europe, Le Figaro, 2 octobre 2019, p. 5.
23 Guillaume Berlat, 74ème Assemblée générale de l’ONU : minilatéralisme !, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 septembre 2019.
24 Guillaume Berlat, Jupiter fait la Cour à Strasbourg, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 novembre 2017.
25 Discours du Président de la République, Emmanuel Macron devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) à l’occasion du 70ème anniversaire de la création de l’Europe, Strasbourg, 1er octobre 2019, www.elysee.fr .
26 Claire Gatinois, Sentsov : « Rien ne bougera avec Poutine », Le Monde, 3 octobre 2019, p. 2.
27 Jean Daspry, Asile en France pour Egard Snowden : chiche !, www.prochetmoyen-orient.ch , 23 septembre 2019.
 
 
MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE. LES COPAINS D’AVANT – Ali Baba Nous ne cesserons de le répéter. Pour celui qui prend le temps d’en prendre connaissance, la lecture quotidienne du Journal Officiel de la République Française (JORF) est une mine d’information inépuisable. À croiser quelques informations disponibles sur les sites les plus officiels, on finit toujours par découvrir quelques pépites qui ne manquent pas de sel. La société de connivence fonctionne à plein régime dans la République exemplaire voulue par Emmanuel Macron depuis son entrée au château. Mais, en France, l’exception (au singulier, et surtout au pluriel) confirme toujours la règle. En voici une nouvelle preuve.

Que découvre-t-on à la lecture du JORF du 29 septembre 2019 à la rubrique « Mesures nominatives. Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères » ? La nomination d’une nouvelle cheffe de service à l’administration centrale du Quai d’Orsay « pour exercer les fonctions de directrice des immeubles et de la logistique, à compter du 30 septembre 2019, pour une durée d’un an ». Il s’agit de Mme Myriam ACHARI, contrôleuse générale des armées venue de la Grande Muette pour occuper un poste d’importance au Quai des Brumes. Mais qui est cette nouvelle venue dans le circuit diplomatique ? Il suffit de reporter au site officiel le Mammouth du 6 septembre 2015. Nous y lisons :

« Une femme à la tête la DMPA Myriam Achari vient d’entrer en fonctions dans son nouveau poste de directrice de la mémoire, du patrimoine et des archives (DMPA), une des entités du secrétariat général de l’administration (SGA) du ministère de la Défense (1). Elle sera également haut fonctionnaire au développement durable. La DMPA exerce la tutelle sur l’office national des anciens combattants (ONAC) et les musées d’armées. Diplômée d’un master en affaires publiques de Sciences-Po et de l’école militaire du corps technique et administratif, cette contrôleuse générale (depuis 2008) avait notamment été membre du cabinet de Jean-Yves Le Drian pour l’organisation et la modernisation, le patrimoine et le développement durable (2). Ce cabinet compte depuis l’été six femmes (3) sur un total de 17 membres. Depuis son arrivée à Brienne, Le Drian n’avait pas caché d’améliorer la condition féminine au ministère, ce qui passe notamment par leur meilleure visibilité dans les postes à responsabilités28.

Comme par un hasard tout à fait fortuit, Myriam Achari a été membre du cabinet de Jean-Yves Le Drian à l’époque où il sévissait à l’hôtel de Brienne. Certains mauvais esprits vont jusqu’à dire que Le Chouchen, homme de réseaux, aime bien s’entourer de vieilles connaissances. Des personnes qui lui doivent quelques prébendes et qui lui seront dévouées corps et âme. Cela permet de prévenir toute mauvaise surprise et de s’assurer de la loyauté de ses proches collaborateurs. Un excellent exemple de servitude volontaire, de renvoi d’ascenseur gagnant-gagnant. Que demande le peuple ? Ceci se passe en famille, ni vu, ni connu, je t’embrouille. Et, l’on passe à autre chose en pérorant urbi et orbi sur les bienfaits de la déontologie, de la moralisation de la vie publique dont Jupiter a fait don à la patrie comme un vieux maréchal en 1940. Un nouvel épisode de notre feuilleton sans fin de la moralisation de la vie publique que nous avons décidé de baptiser les copains d’avant.

(1) cette nomination avait été annoncée mi-juillet.

(2) elle a été remplacée dans cette fonction par une autre femme (et contrôleuse générale), Anne-Chantal Le Noan.

(3) depuis l’arrivée de Véronique Le Goff ».

28 https://lemamouth.blogspot.com/2015/09/une-femme-la-tete-la-dmpa.html
 
 
JACQUES-MARIE BOURGET NOUS DIT : QUAND LE « POLITIQUEMENT CORRECT » S’ATTAQUE A L’HISTOIRE. Tout bientôt, en tout cas le plus vite possible, le Palais du Luxembourg va changer de nom pour s’appeler « Espace Gérard Larcher ». Ca fait flèche. On ne m’a pas demandé mon opinion, mais j’approuve. La République Française ne peut continuer d’avoir une haute assemblée qui regroupe sa sagesse, certes sous les ors, mais dans un lieu qui évoque Rosa Luxembourg. Si la nouvelle vous étonne, pis encore que le feu place du Vieux Marché à Rouen, c’est que vous avez loupé une marche importante dans l’escalier de l’information, casse gueule puisque sans rampe. Vous ignorez donc que le 19 septembre dernier l’élégiaque Parlement Européen, qui nous guide si justement, a voté un texte afin d’établir dès maintenant, que le communisme et le nazisme c’est pareil. Puisque je sens un moment de flottement dans les serrements de mâchoires, et que la police est occupée à tirer des LBD sur des innocents, je me glisse dans un ultime espace de liberté pour lever le doigt et dire : « Etrange que le peuple qui a empilé vingt-cinq millions de cadavres pour défaire les nazis, et nous libérer par là-même, soit mis dans le même mausolée que le monstrueux caporal et ses amis exterminateurs »… Les temps sont étranges, surprenants et l’air sent le vert de gris. Donc, Stalingrad c’était pour rire. Juste un règlement de comptes entre fachos, comme à la fac d’Assas dans le temps. Et Yalta passe à la gomme à effacer l’histoire. Mais on va aisément reconstruire. Cette fois dans le bon ordre, et Eric Zemmour et ses amis ont un plan.

Avant d’avancer un peu plus, je m’absente le temps de vomir en vous livrant, comme un Deliveroo, les noms des glorieux députés européens qui ont voté ce texte indigne. Une offense à la vérité, une insulte au sang versé par les martyrs « Morts pour la France ». Le corps crevé afin que 75 ans plus tard, ces chou-choux de Bruxelles, aient le droit, leurs petites fesses au chaud, de voter pour leurs fantasmes.

Groupe des Verts/Alliance libre européenne :

Gwendoline DELBOS-CORFIELD, Benoît BITEAU, François ALFONSI.

Groupe de l’alliance progressiste des socialistes et démocrates (PS et Place publique) :

Pierre LARROUTUROU, Aurore LALUCQ, Sylvie GUILLAUME, Raphaël GLUCKSMANN.

Groupe Renouveler l’Europe (LREM et alliés) :

Stéphanie YON-COURTIN, Chrysoula ZACHAROPOULOU, Professor Véronique TRILLET-LENOIR, Stéphane SÉJOURNÉ, Dominique RIQUET, Fabienne KELLER, Valerie HAYER, Bernard GUETTA, Pascal DURAND, Jérémy DECERLE, Pascal CANFIN, Sylvie BRUNET, Stéphane BIJOUX, Marie, Pierre VEDRENNE, Irène TOLLERET, Nathalie LOISEAU, Pierre KARLESKIND, Christophe GRUDLER, Laurence FARRENG, Gilles BOYER.

Groupe du Parti populaire européen (LR) :

Nadine MORANO, Brice HORTEFEUX, Agnès EVREN, Geoffroy DIDIER, Arnaud DANJEAN, François-Xavier BELLAMY, Anne SANDER, Nathalie COLIN-OESTERLÉ.

Groupe Identité et démocratie (RN et alliés) :

André ROUGÉ, Maxette PIRBAKAS, Philippe OLIVIER, Thierry MARIANI, Julie LECHANTEUX, Gilles LEBRETON, Jean-François JALKH, France JAMET, Catherine GRISET, Gilbert COLLARD, Dominique BILDE, Aurelia BEIGNEUX, Nicolas BAY, Jordan BARDELLA, Mathilde ANDROUËT, Jérôme RIVIÈRE, Hélène LAPORTE, Virginie JORON, Annika BRUNA.

Et la poignée de salopards anti démocratie et Droits de l’Hommes qui a voté contre est…

Groupe de la GUE-NGL (France Insoumise) :

Manon AUBRY, Emmanuel MAUREL, Younous OMARJEE et Anne-Sophie PELLETIER.

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