Observatoire Géostratégique

numéro 256 / 11 novembre 2019

ORIENT-ATIONS 254

ROGER AKL NOUS DIT : « LIBAN DE NOUVEAU DANS L’ŒIL DU CYCLONE » – 22 octobre. Tout a commencé par le Liban, avec la visite de Henri Kissinger au Levant en 1973, tout recommence par le Liban, maintenant que les créateurs, protecteurs et alliés d’Israël, pays de l’OTAN et Arabes, n’ont plus que l’implosion de ce pauvre pays pour essayer de sauver leur mise, après la perte de leur dernière carte en Syrie. Car la carte libanaise, après son échec, à partir de 1983, par l’apparition de la résistance populaire, contre les envahisseurs, avait été transformée en problèmes économiques, par la nomination d’un Premier Ministre libano-saoudien, chargé d’endetter tellement le gouvernement libanais, pour le forcer à obéir aux directives de ce qu’on nomme aujourd’hui, la ‘coalition internationale’.[1] Bien sûr, cette résistance fut qualifiée de terroriste, mais se renforça par la venue au pouvoir du général puis Président Lahoud et défit plusieurs fois l’armée ‘invincible’ israélienne qui avait battu plusieurs fois les armées arabes réunies. C’est que les armées arabes étaient dirigées et trahies par des hommes politiques à la solde de certains Etats de la ‘coalition’, arabes, occidentaux, et/ou israélien, tandis que la défense du Liban était et est toujours dirigée par la ‘coalition du peuple, de l’armée et de la résistance’. Il a fallu donc se tourner de nouveau vers ce qui a si bien réussi à créer les guerres confessionnelles, à partir du Liban, vers tout le Moyen-Orient, jusqu’à la disparition de l’Union soviétique, et sa poursuite dans ce qu’on appelle ‘le printemps arabe’, lequel, non seulement, fut finalement défait en Syrie, mais eut une influence si néfaste sur les pays de la ‘coalition’, qu’ils furent eux-mêmes divisés, entre eux et intérieurement. Quant a l’Arabie saoudite et au Yémen, je n’ai qu’à citer le nom de l’Aramco et vous comprendrez. Non seulement sont-ils divisés politiquement, mais encore confessionnellement et ont une peur angoissante des fuyards, nommés migrants, créés par leurs politiques inqualifiables, contre les pays d’Asie et d’Afrique. Le Président du Liban fut élu par une coalition dont la politique est une ouverture sur la Syrie, sa seule porte terrestre vers le monde, lui assurant le retour des réfugiés syriens dans leurs foyers (interdit par la ‘coalition internationale’) et de lui permettre d’ouvrir ses communications commerciales, économiques et financières avec le monde entier. Quant au ‘deal of the century’ du Président Trump sur la Palestine, c’est un refus total. Il fallait donc abattre de nouveau le Liban, comme dernière chance pour eux de ne pas tout perdre. Le Premier Ministre Hariri fut kidnappé en Arabie saoudite et ne put en sortir qu’après une intervention du Président Macron, mais sa famille est toujours en Arabie saoudite et peut être utilisée comme moyen de pression. Puis commencèrent un tas de problèmes sécuritaires, financiers, politiques qui culminèrent par des incendies des forêts libanaises sur tout le territoire libanais, incendies dont on accusa tout le monde même des drones israéliens. Enfin, ce fut la faim et les attaques contre tous les dirigeants du Liban par des manifestations qui ne s’arrêtent plus, appelant, non seulement à la démission du gouvernement, mais aussi à celle du Président de la République et du Président du Parlement. Que cherche-t-on ? Voudrait-on que le pays soit sans chef, sans armée pour que les guerres confessionnelles reprennent ? Mais ne réalise-t-on pas que ce ne sera plus une simple implosion mais une explosion générale qui emportera tout le Moyen-Orient et le monde car la résistance libanaise est liée à ce qu’on appelle l’axe de la résistance, qui va du Liban jusqu’à l’Iran, mais aussi se trouve dans tous les pays arabes, à l’intérieur de leurs peuples et est lié avec la Russie et la Chine[2] ?

[1] Lire Roger Akl, Le Mensonge Global, 2007, éditions Sigest, Alfortville, France http://editions.sigest.net/

[2] La Chine qui pourrait sûrement remplacer les Etats occidentaux pour aider le Liban financièrement.
 
 
KAMEL DAOUD BAT SA FEMME – Les amis nous informent. Le site algérien d’information « Algérie Toute heure » nous en révèle de fortes et de bien belles sur les agissements d’un poulain de BHL, le dénommé Kamel Daoud, défenseur en chef de la cause des femmes, martyrisées dans la civilisation arabo-musulmane : « Kamel Daoud condamné par le tribunal d’Oran : il devient » l’auteur » de la violence conjugale » – 20 octobre 2019. « L’auteur et chroniqueur algérien Kamel Daoud a été condamné le 13 octobre dernier par le tribunal de d’Oran à trois mois de prison avec sursis et une amende de 20 000 DA, pour coups et blessures volontaires et usage d’arme prohibée à l’égard de la dénommée L.H.N, son épouse. L’auteur de la violence conjugale avait été condamnée par contumace à une année de prison ferme et 20 000 DA, avant qu’il fasse opposition. Cette affaire aurait même été « occultée » pour ne pas faire du bruit sur Kamel Daoud, qui s’est absenté lors de l’annonce du verdict de cette affaire. Un Kamel Daoud qui puisera dans ses frustrations sexuelles et les bas-fonds de son subconscient d’islamiste avéré pour violenter l’autre sexe qu’il ne cessait de défendre sur les plateaux de télévisions occidentales. Kamel Daoud, « l’émancipé », le donneur de leçons sur la « libido » gratifia à chaque fois son lectorat d’articles sur les frustrations sexuelles, et le mépris de l’homme à l’égard de la femme dans les pays arabes et musulmans, en particulier en Algérie, pour plaire à ses employeurs néocolons. À titre d’exemple, lire Kamel Daoud : « La fin de la « femmophobie? », Kamel Daoud: «Tant que la femme sera emprisonnée, nous ne serons pas libres», Kamel Daoud : « Martin Luther est une femme ». Voir aussi : « Enfermer la femme, c’est s’emprisonner soi-même », ainsi que « Kamel Daoud dénonce la condition des femmes dans le monde arabe ». M.Mehdi
 
 
MICHEL ANNEQUIN NOUS DIT : REPRISE DES POURPARLERS INTER-SYRIEN A GENEVE, L’ONU CANTONNEE AU RÔLE DE GREFFIER – 28 octobre. Quid des pourparlers inter-syriens qui vont reprendre à Genève le 30 octobre après deux ans d’interruption? A ce stade, il est encore difficile de dire ce qui peut ressortir de ce nouveau cycle de consultations. L’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie,  Staffan de Mistura n’est plus là. C’est son successeur, le norvégien Geir Pedersen qui est désormais à la manoeuvre. La donne, elle, a totalement changé. L’ONU revient dans le jeu la tête basse. Si le travaux reprennent à Genève, c’est parce qu’il y a eu le processus d’Astana initié par la Russie, l’Iran et la Turquie. Lequel a débouché, au terme de longues et âpres discussions, sur la création d’un comité constitutionnel. Ce sont les représentants de cette nouvelle entité désormais auréolée d’une légitimité incontestée qui vont se mettre autour d’une table pour mettre en œuvre la résolution 2254 du Conseil de sécurité qui prévoit la mise en place “d’une gouvernance crédible, inclusive et non sectaire». L’élaboration d’une nouvelle constitution approuvée par toutes les composantes de la société syrienne, pouvoir compris, s’annonce laborieuse. Les enjeux politiques pourraient très vite tourner au casse-têtes technique et s’enliser de long mois. Les Etats qui soutiennent ce processus ont déjà prévu de suivre cela de très loin. Quant aux 50 délégués, sélectionnés parmi les 150 membres du Comité constitutionnel pour travailler le texte de la Constitution, des chambres leur ont été réservées pour tout l’hiver à Genève. La reprise des pourparlers inter-syriens est loin de signer le grand retour de la diplomatie multilatérale. Dans les semaines qui viennent l’ONU va se voir cantonner à un rôle humiliant de greffier et Genève d’hôtelier.
 
 
LES COMBATTANTES KURDES NE SE RECONNAISSENT PAS DANS LE CLIP DE CAROLINE FOUREST – Collectif des combattants et combattantes du Rojava, 22 octobre. Les combattantes du Rojava ne se reconnaissent pas dans le film "Soeur d’arme" de Caroline Fourest : "La réalisatrice n’est manifestement pas intéressée par la réalité de notre expérience. Ce qui lui tient à cœur c’est de défendre sa propre vision de cette lutte pour lui faire dire ce qui sert son propre combat politique et sa propre vision du féminisme, quitte à gravement caricaturer la cause qu’elle prétend défendre." Malgré l’actualité brûlante au Rojava ces derniers jours, il nous fallait mettre au clair les utilisations médiatiques du Rojava par les médias occidentaux, en particulier avec la sortie de Sœurs d’armes cette semaine. Le film de Caroline Fourest et Patrice Franceschi sort aujourd’hui au cinéma. La réalisatrice, dont c’est le premier film, traite par la fiction du génocide des Yézidis commis par Daech en 2014. Il n’est pas difficile de reconnaître que le scénario souligne bien le rôle des femmes dans cette guerre et illustre efficacement la barbarie des djihadistes. Ce sont bien là ses deux seules qualités. Caroline Fourest présente les forces kurdes comme une entité unique, aux contours politiques flous. Peshmergas et combattants du PKK sont présentés comme luttant côte à côte contre les djihadistes. Pourtant, ce sont bien les combattants du YPG et du PKK qui ont ouvert un corridor humanitaire permettant de sauver les Yézidis, alors que les Peshmergas s’enfuyaient face à l’avancée des djihadistes. Fourest, ayant réalisé son film au Kurdistan irakien, a choisi de faire plaisir à ses hôtes, quitte à travestir la réalité historique dans son film. De discrètes allusions, que seuls les fins connaisseurs de la cause kurde peuvent comprendre, viennent nuancer cette grossière tentative de réécriture de l’Histoire. La fiction n’est pas un passe-droit permettant de s’affranchir de la réalité d’un conflit en cours. Les scènes de combat, qui font la fierté de la réalisatrice et de son consultant militaire Patrice Franceschi, n’ont absolument aucune crédibilité. Elles sont médiocrement inspirées d’une vision hollywoodienne de la guerre (le budget en moins) à laquelle même un enfant ne pourrait croire. La réalisatrice et son actrice Camélia Jordana, ont répété sur le plateau de Quotidien cette semaine combien elles s’étaient "éclatées" à faire un film de guerre. La guerre n’est pas un divertissement. La montrer sous son vrai visage, même dans une fiction, a toujours une fonction éducative. Cette guerre, nous l’avons faite et nous ne nous sommes pas "éclatés". Les deux héroïnes du film sont des volontaires françaises rejoignant les rangs des kurdes, pourtant Caroline Fourest n’a pas interrogé un seul d’entre nous. La réalisatrice n’est manifestement pas intéressée par la réalité de notre expérience. Ce qui lui tient à cœur c’est de défendre sa propre vision de cette lutte pour lui faire dire ce qui sert son propre combat politique et sa propre vision du féminisme, quitte à gravement caricaturer la cause qu’elle prétend défendre. Pour preuve, des combattantes kurdes sont représentées en train de consommer de l’alcool, ou de flirter avec leurs homologues masculins. La consommation d’alcool ou les rapports intimes sont deux tabous absolus au sein YPG-J. L’organisation met un point d’honneur à être irréprochable sur ces points, afin de garantir sa moralité aux yeux des sociétés kurdes et arabes extrêmement conservatrices. Dans son film, Caroline Fourest fait dire à une combattante kurde embrassant un camarade : "On ne s’est pas battu contre les soldats de Daech pour vivre comme eux". Comme nous venons de l’expliquer, cette tirade n’illustre en rien la mentalité des combattantes kurdes, bien au contraire. En tentant de faire rentrer ces combattantes dans le moule de son féminisme occidental et institutionnel, Caroline Fourest commet une faute grave, qui va compromettre la réputation du YPJ à l’étranger, notamment dans le monde arabe où son film est diffusé. Nous appelons d’une façon générale une méfiance face aux représentants autoproclamés du Rojava et garder un esprit critique sur la vision impérialiste que peut avoir l’Occident à l’égard d’une révolution du Moyen-Orient. Pour les raisons que nous venons d’énoncer, le CCFR prend clairement position contre ce film, qui ne représente ni les combattantes et combattants français du YPG-J, ni la cause kurde qu’il prétend pourtant défendre, et appelons à ne pas aller le voir.
 
 
« COURAGE » POUR LA VERITE EN SYRIE – 23 octobre ? Un groupe d’experts épingle les ‘pratiques inacceptables’ employées dans le rapport final de l’OIAC/OPCW sur l’attaque présumée à l’arme chimique à Douma, en Syrie le 7 avril 2018 ‘Courage Foundation’ a convenu à Bruxelles le 15 octobre un groupe d’experts composé d’individus concernés provenant des domaines suivants: désarmement, loi internationale, journalisme, opérations militaires, médecine et services des renseignements. Le groupe d’experts a rencontré un lanceur d’alerte, membre de l’équipe d’enquête de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques/Organisation for the Prohibition of Chemical Weapons (OIAC/OPCW), organisation qui joue un rôle de veille, pour la communauté internationale, sur l’utilisation des armes chimiques. Sur la base de cette rencontre, le groupe d’experts a émis la déclaration suivante: En nous basant sur la présentation exhaustive du lanceur d’alerte, incluant des courriels internes, des échanges de messages texte, et de versions cachées du rapport, nous sommes unanimes à exprimer notre alarme concernant les pratiques inacceptables dans l’investigation de la présumée attaque à l’arme chimique à Douma, près de la capitale syrienne, Damas, le 7 avril 2018. Le témoignage nous a convaincus que des informations clés concernant l’analyse chimique, la toxicologie et les études balistiques, ainsi que les témoignages directs, ont été occultées, ostensiblement pour favoriser une conclusion préétablie. Nous sommes troublés d’apprendre que des efforts ont eu lieu pour exclure certains investigateurs de l’enquête tout en contrecarrant leurs tentatives pour soulever des préoccupations légitimes, pour mettre en lumière des pratiques irrégulières, ou même pour exprimer des divergences concernant leurs observations et évaluations. Ceci va à l’encontre du droit explicitement conféré aux inspecteurs par la convention sur les armes chimiques, droit ayant pour but évident d’assurer l’indépendance des inspecteurs et l’autorité des rapports d’inspection. Pour ces raisons, et bien que tardivement, nous demandons à l’OIAC de permettre à tous les inspecteurs qui ont pris part à l’enquête de Douma de se manifester et de rapporter leurs observations divergentes dans un forum approprié organisé par les États Membres de la Convention sur les Armes Chimiques, en accord avec l’esprit de la Convention. On devrait permettre aux inspecteurs de pouvoir faire cette démarche sans peur de représailles ou même de censure. Le groupe d’experts met de l’avant ces critiques dans l’espoir que le OPCW revienne sur son enquête sur l’incident de Douma, avec le but de clarifier ce qui s’est réellement passé. Ceci aiderait à restaurer la crédibilité du OPCW et contribuerait à démontrer son attachement à son obligation légale à la transparence, à l’impartialité, et à l’indépendance. Il est de la plus haute importance de rétablir la confiance dans les procédures de vérification invoquées dans l’implémentation des interdictions de la Convention sur les Armes Chimiques (CAC/CWC). 2 Membres du groupe: José Bustani, ambassadeur du Brésil, Premier directeur général de l’OIAC (OPCW) et ancien ambassadeur au Royaume Uni et en France Richard Falk, professeur émérite de loi internationale, université Princeton; professeur invité, université Istinye, Istanbul Kristinn Hrafnsson, éditeur en chef de Wikileaks John Holmes, Maj Gen (retd) DSO OBE MC Dr. Helmut Lohrer, MD, Membre de direction, International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW) et conseiller international de sa filiale allemande Prof. Dr. Guenter Meyer, directeur, Centre for Research on the Arab World (CERAW) à l’université de Mainz Elizabeth Murray, ancien sous-officier pour le proche-orient, National Intelligence (retd); membre, Veteran Intelligence Professionals for Sanity et S.
 
 
AMBASSADEURS : ENTRE TRANSPARENCE ET OPACITÉ ! Jean Daspry. « La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici nous avons réuni théorie et pratique : rien ne fonctionne… et personne ne sait pourquoi ! » (Albert Einstein). Et, c’est bien l’un des vices du mal français. La théorie est parfaite, la pratique est lamentable. Et, les exemples ne manquent pas sous tous régimes tant l’Hexagone est le pays rêvé pour l’abstraction. Les crânes d’œuf, qui peuplent les cabinets ministériels et la haute administration française, en fournissent un parfait exemple. Assez de théorie, passons à la pratique ! Penchons-nous sur les conditions qui président à la désignation des ambassadeurs chargés de représenter la France tant auprès d’un État que d’une organisation internationale ! Comme toujours, il y a loin de la coupe aux lèvres, de la théorie à la pratique, de la transparence affichée à l’opacité assumée. Chaque jour nous apporte son lot de révélations peu orthodoxes en termes de morale et d’éthique républicaine.

LA THÉORIE : LA TRANSPARENCE AFFICHÉE

La réponse théorique à cette question se trouve aux articles 13 et 14 de la Constitution française du 4 octobre 1958 :

« ARTICLE 13.

Le Président de la République signe les ordonnances et les décrets délibérés en conseil des ministres.

Il nomme aux emplois civils et militaires de l’État.

Les conseillers d’État, le grand chancelier de la Légion d’honneur, les ambassadeurs et envoyés extraordinaires, les conseillers maîtres à la Cour des comptes, les préfets, les représentants de l’État dans les collectivités d’outre-mer régies par l’article 74 et en Nouvelle-Calédonie, les officiers généraux, les recteurs des académies, les directeurs des administrations centrales sont nommés en conseil des ministres.

ARTICLE 14.

Le Président de la République accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères ; les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui ».

C’est ce que l’on qualifie de pouvoir discrétionnaire du président de la République, de fait du Prince. Il peut nommer qui bon lui semble à la fonction d’ambassadeur. Si l’on sait qu’il peut faire ce que son bon vouloir lui commande pour les personnalités qui ne sont pas issus de la « Carrière », il l’est un peu moins pour les diplomates. À plusieurs reprises, dans le passé, le Conseil d’État a annulé quelques nominations d’ambassadeurs qui ne respectaient pas les normes édictées en la matière. Afin de donner le maximum de publicité à al vacances des postes d’ambassadeurs, le ministère des Affaires étrangères a mis au point une procédure qui porte pour nom « Transparence ». Cela ne s’invente pas ! Chaque année, la direction des ressources humaines fait paraître la liste des postes appelés à se libérer, appelle les candidats à se faire connaître et les fait auditionner par des comités de sélection. La suite est plus opaque. Aucune raison n’est donnée aux candidats malheureux. C’est que la transparence – à tous les sens du terme – a ses limites à l’heure de l’Open Data. Le président est libre de son choix même si, en pratique, il essaie de suivre les recommandations du Quai d’Orsay.

LA PRATIQUE : L’OPACITÉ ASSUMÉE

C’est que les choses sont moins claires dès qu’il s’agit des postes d’ambassadeurs dans les grands postes du circuit diplomatique. Même s’il est libre à tout un chacun, toute une chacune de se porter candidat, tout le monde sait bien qu’il s’agit d’une pure clause de style. Le président de la République fait comme bon lui semble, soumis parfois à quelques ingérences extérieures dont personne ne parle. Nous disposons aujourd’hui d’un superbe exemple de dévoiement de la procédure de « Transparence » intervenue sous le quinquennat du mis en examen, Nicolas Sarkozy.

Mais que dire de ces procédés dignes de République bananière lorsqu’il s’agit de collègues du Quai d’Orsay qui utilisent des procédés déloyaux pour parvenir à leurs fins ? Nous en avons un exemple intéressant qui se situe à l’époque où Nicolas Sarkozy était président de la République et Claude Guéant, son secrétaire général. Elle concerne Maurice Gourdault-Montagne, proche de Jacques Chirac, dont il a été le conseiller diplomatique et de Dominique de Villepin, dont il a été le directeur de cabinet à Matignon. Ce haut fonctionnaire a fini sa brillante « Carrière » comme Secrétaire général du Quai d’Orsay après avoir été élevé à la dignité d’ambassadeur de France. Notons que l’homme a été ambassadeur à Tokyo, Berlin et Londres. Sa nomination à Londres est relatée dans l’ouvrage consacré au sulfureux à Alexandre Djouhri dont il est proche par deux journalistes du quotidien Le Monde1. Ce dernier en livre quelques bonnes feuilles. Retenons celles qui concernent la nomination de MGM comme ambassadeur à Londres

Début de citation

« C’est ainsi que, à l’automne 2007, dans une France désormais sarkozyste, il n’a cessé de vanter les mérites de son ami « MGM » auprès du nouveau secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, qu’il commence à voir très régulièrement. Maurice Gourdault-Montagne se verrait bien ambassadeur en Grande-Bretagne. Djouhri appuie l’impétrant auprès du nouvel homme fort de l’Élysée. En décembre 2007, l’impétrant part pour Londres, satisfait de s’éloigner de ce pouvoir central si compliqué et de reprendre le chemin de la diplomatie »2.

Fin de citation

On comprend mieux les raisons pour lesquels MGM, secrétaire général fera pression sur l’ambassadeur de France en Algérie pour que ce dernier inclut Alexandre Djouhri3 dans la liste des invités au cocktail offert par Emmanuel Macron à la résidence de France à Alger lors de sa visite officielle dans ce pays en 2018. Jupiter fut fort mécontent de cette mauvaise farce mais n’en tira pas les conséquences pour ce qui est de son auteur. Cette anecdote piquante est également relatée par les deux journalistes du Monde.

Début de citation

« Maurice Gourdault-Montagne n’ignore rien du bras de fer en cours entre la justice française et Monsieur Alexandre. Mais à son retour à Paris, alors qu’il prépare la visite officielle du président Macron en Algérie prévue deux mois plus tard, il demande à son ambassadeur : « Tiens, ça ferat plaisir à mon ami Alexandre Djouhri s’il était invité à la réception ». Son Excellence Driencourt s’exécute, d’autant qu’on lui a dit que Djouhri avait été convié à Dubaï à l’occasion d’un Forum de l’investissement lors du passage d’Emmanuel Macron.

« Alexandre Djouhri m’avait fait savoir que quand le président Macron viendrait, il souhaiterait faire part des invités franco-algériens influents. J’ai donc demandé à l’ambassadeur de le mettre sur la liste pour être invité. Je vous rappelle qu’à l’époque, début décembre, il n’y avait pas de mandat d’arrêt contre lui et qu’il n’y avait pas d’action de justice particulière à ma connaissance. C’est la raison pour laquelle j’ai pensé que l’invitation était neutre », se justifiera plus tard, Maurice Gourdault-Montagne devant les juges.

Le 6 décembre, Djouhri débarque donc, avec son carton d’invitation à la Villa des Oliviers, résidence de l’ambassadeur de France à Alger, située sur les hauteurs de la ville. Après son discours devant la communauté française, Emmanuel Macron s’apprête à quitter la propriété quand sur le chemin du parking, Alexandre Djouhri tente de le saluer. Le président l’ignore et monte dans sa voiture. Irrité, il lance à l’ambassadeur français qui se trouve à ses côtés : « Ce type-là, il cherche à se prendre en photo avec moi ». Direction l’hôtel Aurassi, où un dîner officiel doit se tenir avec le premier ministre algérien. Sorti de table, Emmanuel Macron rejoint la suite qu’il occupe dans ce même hôtel. Là encore, Djouhri rôde devant l’ascenseur, mais il ne parvient pas non plus à l’interpeller. Il n’aura pas sa photo avec le nouveau chef de l’État. Il devra se contenter du compte-rendu d’Ali Haddad, qui en tant que patron du Medef local, s’est entretenu avec le président français. La révélation, par Le Canard enchaîné, de son invitation permet à l’Élysée de se désolidariser de l’initiative de Maurice Gourdault-Montagne. Il apparaît au grand jour que Djouhri bénéficie certes d’un soutien de poids au Quai d’Orsay, mais à l’Élysée, la messe est dite : il est persona non grata. En erreur, il a fait l’erreur de se rapprocher des généraux autrefois puissants, mais désormais tombés en disgrâce. De ce côté de la Méditerranée aussi, Djouhri dérange plus qu’il ne sert… ».

Fin de citation

Ceci en dit long sur les pratiques administratives françaises ! Si nous comprenons bien, pour être nommé ambassadeur de France à Londres, inutile de remplir la « Transparence ». Mieux vaut avoir dans sa manche un « affairiste », pour employer une expression pudique, qui va faire votre pub auprès du principal collaborateur du président de la République que se plier aux règles normales présidant au choix des ambassadeurs comme cela devrait être la règle pour tous. C’est à la fois plus rapide et plus efficace… De plus, MGM n’a jamais été sanctionné pour ses frasques algéroises pas plus qu’un Gérard Araud pour d’autres turpitudes du même acabit.

Quand cessera-t-on de nous faire prendre des vessies pour des lanternes en se dissimulant sous le masque d’une pseudo-transparence de bon aloi alors que la règle est le népotisme, le copinage, l’esprit de corps, la prééminence des copains, des cousins et des coquins ? Quand comprendra-t-on que l’on ne peut en même temps proclamer la République exemplaire et pratiquer la République scandaleuse qui tolère les situations les plus scandaleuses pour la Caste des intouchables ? Quand comprendra-t-on que le discrédit de la classe politique chez les citoyens provient en grande partie de ce genre de pratiques inacceptables pour un pays qui se présente en conscience morale universelle du monde ? Tant qu’il n’y sera pas mis un terme définitif, la confiance des citoyens s’érodera. La micro-question de la désignation des ambassadeurs, qui évolue entre transparence théorique et opacité pratique, pour choquante qu’elle soit, n’est que l’arbre qui cache la forêt.

1 Simon Piel/Joan Tilouine, L’affairiste, Seuil, 2019.
2 Simon Piel/Joan Tilouine, À Genève, il est « Monsieur Alexandre, homme d’affaires international », Le Monde, Bonnes feuilles, 15 octobre 2019, pp. 20-21.
3 Fabrice Arfi, Djouhri, un Rastignac des temps modernes cerné par un livre et la justice, www.mediapart.fr , 16 octobre 2019.
 
 
BORIS BOILLON TRINQUE – Guillaume Berlat. Quand le char de l’État se met en branle, rien ne peut le stopper dans sa course folle. Ses excès le font basculer dans l’insignifiance, pour plagier la formule célèbre ! Rien n’est plus odieux que la déraison d’État lorsqu’elle se dissimule sous les traits de la raison d’État. Pour compenser sa mansuétude avec les intouchables de la Caste, elle excelle dans la sévérité à l’endroit des autres. Et, les exemples ne manquent pas. Un délit vaut absolution par le clergé de la bien-pensance pour les premiers. Une peccadille vaut excommunication après jugement sommaire du tribunal médiatique pour les seconds. À titre d’exemple illustratif, Bruno Lasserre (vice-président du Conseil d’État) et Richard Ferrand (président de l’Assemblée nationale) peuvent être mis en examen sans qu’ils n’en subissent la moindre conséquence pour leur Carrière. A contrario, Boris Boillon, le « Sarkoboy » subit tour à tour les foudres de la justice pénale et de l’administration pour les mêmes faits. Et, le moins que l’on puisse dire est que l’une et l’autre ont la main lourde, très lourde en dehors de tout jugement subjectif que l’on peut porter sur les méthodes contestables de ce diplomate. Un retour en arrière s’impose pour mieux comprendre les vicissitudes de ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Boillon.

2016 : RETOUR AU QUAI D’ORSAY PAR LA PETITE PORTE

Nous apprenons en novembre 2016 que le diplomate Boris Boillon (arabisant reconnu) avait réintégré le Quai d’Orsay, son administration d’origine par la petite porte après une assez longue période de disponibilité durant laquelle il s’était lancé dans le monde interlope des affaires en Irak, pays en guerre. Il fait désormais partie de l’équipe des renforts que le ministère des Affaires étrangères dépêche chaque année à l’automne, pendant les travaux de l’Assemblée générale, pour prêter main forte à notre mission permanente à l’ONU4. On l’aura compris, il ne s’agit que d’une mission temporaire. Même s’il n’y a pas de sot métier, la chute est vertigineuse. L’ancien conseiller Afrique du nord/Moyen-Orient de Nicolas Sarkozy qui le qualifiait affectueusement de « mon petit arabe et qui n’hésitait pas à tancer les journalistes coupables d’articles « dérangeants » pour son mentor, ex-ambassadeur en Irak puis en Tunisie se retrouve sur un poste que l’on attribue traditionnellement à un diplomate débutant5. Grandeur et décadence des grands serviteurs de l’État.

2017 : ENTRÉE AU PALAIS DE JUSTICE PAR LA GRANDE PORTE

Durant son passage par le monde des affaires dans l’Orient compliqué, Boris Boillon aurait pris quelques libertés avec quelques règles fiscales et s’était fait prendre la main dans le sac – au propre et au figuré – avant de monter dans un Thalys pour Bruxelles. Ce qui lui vaut un passage par la case tribunal correctionnel de Paris (22-23 mai 2017) pour répondre de faits de « blanchiment de fraude fiscale », de « faux et usage de faux », de « manquement à l’obligation déclarative de transfert de capitaux » et « d’abus de biens sociaux ». Quatre délits, pas moins ! Il est vrai, à la décharge du Sarkoboy, que les magistrats français ont parfois la main lourde en termes de qualification pénale et ont une fâcheuse tendance à ratisser large pour faire bonne mesure. À l’issue des débats, le réquisitoire de Nicolas Baïetto, le procureur de la République (celui qui avait obtenu le renvoi de Boris Boillon devant le tribunal correctionnel), est sévère : demande de suspension de son poste au ministère des Affaires étrangères (est-ce de la compétence de la juridiction judiciaire d’édicter une mesure s’apparentant à une sanction disciplinaire relevant du Quai d’Orsay ?), 18 mois de prison avec sursis, confiscation des sommes saisies, interdiction pour cinq ans d’exercer toute fonction publique ainsi que toute gestion de société commerciale. Il demande également de faire droit aux demandes de l’administration qui réclame une amende d’un quart de la somme saisie, soit 95 036 euros ainsi que 50.000 euros au titre de l’impôt sur le revenu6. L’addition est pour le moins salée7.

La sanction lourde tombe le 7 juillet 2017. Un an de prison avec sursis mais surtout interdiction d’exercer une fonction publique et de gérer une entreprise pendant cinq ans sans parler de la confiscation de 350 000 euros et de 40 000 dollars et du paiement d’une amende douanière de 95 036 euros et de 30 000 euros de dommages et intérêts à l’État français, partie civile. Manifestement, les magistrats n’ont pas été trop curieux sur les missions non officielles confiées par Nicolas Sarkozy, président de la République et par Claude Guéant, secrétaire général de l’Élysée à leur conseiller en charge des affaires du Proche et du Moyen-Orient, Boris Boillon. Ils ne semblent pas, non plus, avoir été tentés par la recherche de la manifestation de la vérité dans tout ce qu’elle a de plus désagréable pour le sommet de l’État mais aussi par les hautes autorités du Quai d’Orsay qui ont avalisés certaines décisions de l’Élysée sans la moindre réserve. Le cœur a ses raisons que la raison d’état ne connait pas. Une sorte d’étrange procès. C’est l’arbre qui délits et des peines. Quelle vaste farce ?8 L’intéressé interjette appel de cette décision. Mais, sans succès !

2019 : SORTIE DU QUAI D’ORSAY PAR LA PETITE PORTE

Il revient aujourd’hui au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de tirer les conclusions de la sauterie pénale. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a eu la main lourde. Voici ce que nous apprend la lecture du Journal officiel de la République française du 19 octobre 2019 !

« Par décret du Président de la République en date du 17 octobre 2019, M. Boris BOILLON, conseiller des affaires étrangères (cadre d’Orient), 11e échelon, est radié des cadres à compter de la date du prononcé du jugement de la cour d’appel de Paris le 4 avril 2019 ».

Notons que ce texte fait l’objet d’une lecture protégée :

« En application de l’article L. 221-14, et des articles R. 221-15 et R. 221-16 pris après avis de la CNIL, du code des relations entre le public et l’administration, les actes individuels relatifs à l’état et à la nationalité des personnes ne peuvent être publiés au Journal officiel de la République française, que dans des conditions garantissant qu’ils ne font pas l’objet d’une indexation par des moteurs de recherche. Les actes concernés sont accessibles sur le site Légifrance en cliquant sur le lien ci-dessous »9.

Soulignons que nous ne connaissons aucune des étapes ayant conduit à la décision que nous découvrons dans le JORF. Sanction de radiation du corps des conseillers des Affaires étrangères (semble-t-il à vie !) prononcée par le président de la République en raison d’une compétence liée ou après avis d’une commission de discipline ! Ce qui s’appelle une sanction disciplinaire à perpétuité qui ne nous semble pas conforme au principe de légalité des peines et délits. Ce qui s’appelle une sanction disciplinaire violant le principe « non bis in idem » qui interdit la double peine pour les mêmes faits. Une peccadille pour la France, patrie autoproclamée des droits de l’homme et des carabistouilles…

Si nous ne plaçons sur le terrain d’une République exemplaire qui vaudrait pour tous les citoyens sans la moindre exception, ces deux sanctions pourraient paraître justifiée, à la limite. Si nous nous plaçons sur le terrain des entorses régulières à cette République exemplaire Potemkine, le traitement dont bénéficie Boris Boillon nous parait tout à fait hors de propos et disproportionné. Que dire des Gérard Araud10, des Maurice Gourdault-Montagne, tous deux ambassadeurs dignitaires de France, et tant d’autres, qui auraient dû subir un traitement équivalent à celui de Boris Boillon mais qui mènent une vie tranquille, encensés par les médias moutonniers. Tout ceci est-il acceptable ? Mais, où sont donc passés nos « hémiplégiques de l’indignation » ? (Natacha Polony). Tous ces pleutres et ces courtisans de notre « tanche » (Michel Sardou à propos de Jupiter) se grandissent pour la postérité mais abaissent la République par ces traitements discriminatoires. Telle est la morale de la fable de Boris Boillon qui trinque.

4 Georges Malbrunot, L’ex-ambassadeur Boris Boillon a été réintégré au Quai d’Orsay, www.lefigaro.fr , 10 novembre 2016.
5 Jean Daspry, Le retour discret du Sarkoboy au Quai d’Orsay, www.prochetmoyen-orient.ch , 21 novembre 2016.
6 Anne Jouan, Prison requise contre Boris Boillon, l’ex- Sarkoboy, www.Lefigaro.fr , 23 mai 2017.
7 Guillaume Berlat, Boris Boillon : l’étrange procès, www.prochetmoyen-orient.ch , 29 mai 2017.
8 Guillaume Berlat, Condamnation de Boris Boillon : Justice est faite !, www.prochetmoyen-orient.ch , 17 juillet 2017.
9 Décret du 17 octobre 2019 portant radiation (conseiller des Affaires étrangères) (accès protégé), JORF n° 0244 du 19 octobre 2019, texte n° 59.
10 Gérard Araud, Passeport diplomatique, Grasset, 2019.
 
 
AMÉLIE DE MONTCHALIN : UNE INUTILE AU QUAI D’ORSAY ! Ali Baba. « Ce n’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule »11. Manifestement, il y a un membre du gouvernement d’Edouard Philippe qui fait son miel de cette maxime. Il s’agit de la très charmante Amélie de Montchalin (née Bommier le 19 juin 1985 à Lyon, diplômée de la Sorbonne, d’HEC d’Harvard), secrétaire d’État aux affaires européennes auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Il est vrai que, celle que ses collègues de la République en godillots à l’Assemblée nationale l’avaient surnommé Homélie de Montchalin, a fort à faire pour être à la hauteur de son prédécesseur au Quai d’Orsay, Madame Sans-Gêne ou Nathalie Loiseau de mauvais augure12. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle peine à exister diplomatiquement et médiatiquement tant les questions européennes tiennent du domaine très réservé du Château, plus spécifiquement du président de la République, Emmanuel Macron et de son conseiller très spécial sur ces questions, le très opportuniste Clément Beaune. Faute de grives, on mange des merles. Ce qu’a parfaitement compris, la sémillante secrétaire d’État aux affaires européennes dans son superbe bureau d’angle du deuxième étage du Quai d’Orsay.

UN FLORILÈGE MÉDIATIQUE EUROPÉEN

Quoi de mieux que de présenter son joli petit minois de première de la classe sur les radios et les chaînes d’abrutissement en continu pour y faire concurrence au regretté Jacques II de Chabannes de la Palice. C’est que notre péronnelle, bon chic, bon genre possède un art consommé de la lapalissade. En un mot, elle enfonce les portes ouvertes avec autant de maestria qu’élégance. Avec une régularité de métronome et avec un débit de mitraillette, Amélie de Montchalin délivre, urbi et orbi, sa pensée stratégique sur les questions européennes. Sa spécialité reconnue est le « Brexit ». Depuis leur dernière demeure, les Talleyrand et Bismarck en sont jaloux tant elle excelle dans la pratique de la litote diplomatique. Pour éclairer notre propos, reprenons quelques-uns de ses bons mots qui resteront gravés à jamais dans les tables de la loi du Quai d’Orsay. C’est du lourd. Accrochez-vous car cela va décoiffer ! En avril 2019, elle assure ne « pas être la ministre du Brexit », rappelant que c’était aux Britanniques de « faire leur choix ». Après la pause estivale, la secrétaire d’État en charge des Affaires européennes reprend son bâton de pèlerin médiatique en septembre 2019. Elle juge ce qui se joue outre-Manche comme une bataille institutionnelle entre le gouvernement et le Parlement britanniques. Il s’agit d’un « choix souverain » et qu’il serait dangereux que la France et l’Europe interviennent dans cette décision. Et, notre perroquet embraye quelques jours plus tard avec un tonitruant : « On se remobilise pour préparer le Brexit », alertant les PME sur la nécessité de s’adapter rapidement à une sortie brutale du Royaume-Uni de l’Union européenne. À l’approche de la date fatidique du 31 octobre 2019 (date théorique du choix des Britanniques entre une sortie de l’Union avec ou sans accord), Amélie de Montchalin met les bouchées doubles. Dès le 3 octobre 2019, sur l’antenne de CNews, elle fait part de sa crainte de voir « un paradis fiscal aux portes de l’Europe ». Horresco referens ! Pour mieux être entendue, elle s’époumone : « Boris Johnson fait aujourd’hui des propositions. Il faut qu’on regarde si les normes sont respectées. Je ne veux pas qu’on ait un paradis fiscal aux portes de l’Europe. On demande à nos entreprises de respecter les enjeux environnementaux, sociaux, fiscaux. Il faut qu’on puisse travailler de manière loyale ». Le téléspectateur n’en croit ni ses yeux, ni ses oreilles. Comment a-t-il pu vivre, serein et contemplatif alors qu’on lui cachait ce qui se tramait Outre-Manche dans l’arrière-boutique de la plus que perfide Albion. Tenant le citoyen en haleine, le 11 octobre 2019, elle nous rassure : « Un chemin étroit est encore possible » pour trouver un accord. Et d’ajouter avec un aplomb certain : « Nous travaillons à un accord » alors que les négociateurs se retrouvaient vendredi à Bruxelles. Et voilà, Dame Amélie de Montchalin de retour sur le JDD, le 19 octobre 2019, pour nous surprendre avec une parole forte sur le Brexit : « Il nous faut un oui ou un non de la part des Britanniques ». Pour la commodité de l’exposé, nous passerons sur les autres tautologies qu’elle sert à longueur de colonnes. Une experte mondialement reconnue du parler pour ne rien dire. Mais, elle le fait avec élégance, assurance et compétence.

UN BRILLANT EXPLOIT SÉMANTICO-HISTORIQUE

Au titre de ses brillants exploits médiatiques, nous nous devons d’en mentionner un autre survenu en plein psychodrame Goulard alors que la situation était suffisamment désespérée pour qu’elle comprenne que le mieux était qu’elle se taise. Sa maladresse a contribué à ajouter de la confusion à la confusion, à coaguler les oppositions à la malheureuse candidate française au poste de commissaire européen. Une maladresse, passée relativement inaperçue, achève de radicaliser les eurodéputés de droite français. Avec le sens aigu de la mesure qui sied en principe à tout diplomate digne de ce nom, la secrétaire d’État aux affaires européennes les accuse publiquement de « rapprochement avec l’extrême droite » 13. Ni plus, ni moins ! Le ton est donné, les mots choisis à dessein. De quoi rendre furieux le chef de la délégation française du PPE (parti conservateur européen), François-Xavier Bellamy, qui redouble d’ardeur contre Sylvie Goulard. On connait la suite…

« Médite donc plus avant d’écrire et attache-toi au mot » (Gustave Flaubert). À méditer dans les murs de la Maison des bords de Seine ! Le Quai d’Orsay est devenu le lieu des hauts faits d’armes des ignorants et des irresponsables. Après Nathalie Loiseau, c’est au tour de notre bonne samaritaine trentenaire qui porte beau. La suite du feuilleton médiatique de la sémillante Amélie de Montchalin au prochain numéro. Le moins que l’on puisse dire est que notre excellente commentatrice de la vie européenne, notre enfonceuse de portes ouvertes, ne manque pas de souffle, de ressource, de toupet. Le moins que l’on puisse dire est que notre excellente commentatrice de la vie européenne peut, à l’occasion, s’avérer être nuisible aux intérêts bien compris de la France en Europe. Le moins que l’on puisse dire est que notre excellente commentatrice de la vie européenne est une inutile au Quai d’Orsay surtout au moment où les « Cost Killers » de Bercy font la chasse aux gaspillages !

11 Titre du film français réalisé par Jacques Besnard sorti en 1975.
12 Ali Baba, L’Europe de Nathalie à Amélie, www.prochetmoyen-orient.ch , 8 avril 2019.
13 Etienne Girard/Louis Hausalter, Les dessous du crash européen de Macron, Marianne, 18-24 octobre 2019, p. 26.
 
 
LA COUR DES COMPTES OU LA POUBELLE DE LA RÉPUBLIQUE – Ali Baba. « La destinée de la France est d’être l’embêteuse du monde » (L’impromptu de Paris, Jean Giraudoux). Mais que se passe-t-il au juste dans la patrie autoproclamée des droits de l’homme, donneuse de leçons de morale à la terre entière à longueur d’année, surtout depuis l’arrivée à l’Élysée du plus jeune président de la Ve République ? Comme nous cessons de le répéter, la lecture du Journal Officiel de la République Française (JORF) est l’une des plus instructives qui soit si l’on prend la peine de se crever les yeux à y chercher quelques pépites. Et chaque jour que Dieu fait est une promesse. Prenons par exemple, à la rubrique « Mesures nominatives », le cas du premier ministre à la date du 22 octobre 2019 !

Après l’exégèse du texte sacré, nous nous interrogerons sur cette pratique aussi française que peu orthodoxe à tous points de vue.

Début de citation :

JORF n°0246 du 22 octobre 2019

Texte n° 25

Décret du 21 octobre 2019 portant nomination d’un conseiller maître en service extraordinaire à la Cour des comptes – M. RICHIER (François)

Le Président de la République,

Sur le rapport du Premier ministre,

Vu la Constitution, notamment son article 13 ;

Vu le code des juridictions financières, notamment ses articles L. 112-4 et L. 112-6 ;

Vu l’avis du premier président de la Cour des comptes en date du 7 octobre 2019 ; le conseil des ministres entendu, décrète :

Article 1

M. François RICHIER, ministre plénipotentiaire de 2e classe, est nommé conseiller maître en service extraordinaire à la Cour des comptes.

Article 2

Le Premier ministre est responsable de l’application du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait le 21 octobre 2019.

Emmanuel Macron

Par le Président de la République :

Le Premier ministre Edouard Philippe

Fin de citation

UN DIPLOMATE EXTRAORDINAIRE CHEZ LES COMPTABLES ORDINAIRES

Mais que peut donc bien faire un ministre plénipotentiaire de 2ème classe de 56 ans qui vient d’assumer successivement les fonctions d’Ambassadeur en Inde et en Afghanistan après être passé par le cabinet d’un président de la République qui a pour nom, Nicolas Sarkozy ? Mais quelle peut-être l’expertise qu’il a pu accumuler, au cours des vingt-huit années de Carrière dans la diplomatie française en matière budgétaire et financière, pour apporter une contribution efficace au fonctionnement de la Cour des comptes ? La réponse est dans la question. Ne s’agirait-il pas de donner un poste de débouché à un haut fonctionnaire dont la Carrière connaît un trou d’air comme à bien d’autres ? Pourquoi ne pas lui confier d’autres fonctions au sein du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui prétend manquer d’effectifs pour faire face à ses défis ? Ne marche-t-on pas sur la tête avec ces hauts fonctionnaires en service dit extraordinaire dans d’autres administrations que celles dont ils sont originaires ? Ceci frise le plus grand comique digne d’Ubu Roi.

UN SERVICE EXTRAORDINAIRE POUR AMÉLIORER L’ORDINAIRE

Rappelons qu’est la fonction de la structure de contrôle de la rue Cambon. La Cour des comptes a pour mission principale de s’assurer du bon emploi de l’argent public et d’en informer les citoyens. Juridiction indépendante, elle se situe à équidistance du Parlement et du Gouvernement, qu’elle assiste l’un et l’autre, conformément à l’article 47-2 de la Constitution. Quels sont les acteurs du contrôle de la Cour.

Les contrôles sont réalisés par les personnels de la Cour, au premier rang desquels figurent les magistrats. Ils sont nommés par décret du Président de la République en conseil des ministres pour le Premier président, le Procureur général, les présidents de chambre et les conseillers maîtres, et par décret simple pour les conseillers référendaires et les auditeurs, ainsi que pour les secrétaires généraux et les avocats généraux. Les auditeurs forment le premier grade du corps des magistrats. Ils peuvent être promus, au choix, dans le grade de conseiller référendaire trois ans après leur arrivée et, au choix également, dans le grade de conseiller maître après douze années passées dans le grade de conseiller référendaire. Les autres personnels de contrôle se composent de : conseillers maîtres en service extraordinaire, nommés pour cinq ans sans possibilité de renouvellement et conseillers référendaires en service extraordinaire, nommés pour trois ans renouvelable une fois ; rapporteurs extérieurs, appartenant à des corps d’encadrement supérieurs, de niveau de recrutement « ENA » ou équivalent ; experts, souvent issus des grands cabinets d’audit. Ils apportent une expertise pointue sur certaines missions comme la certification ; vérificateurs, appartenant à des corps de catégorie A issus en majorité des administrations financières (finances publiques, douanes). Ils participent aux contrôles sous l’autorité d’un magistrat ou d’un rapporteur14.

UNE ABBERATION QU’IL CONVIENDRAIT DE CORRIGER

Est-ce que ce que l’on nous présente comme extraordinaire n’est-il pas tout simplement extravagant ? Une survivance du passé qui n’a plus de raison d’être dans le nouveau monde ? Une aberration qu’il conviendrait de corriger dans les meilleurs délais. Il ne faut rien attendre du rapport Thiriez sur la réforme de l’ENA pour mettre fin à ce système de prébende que les citoyens ne supportent plus. Il va nous expliquer que le système de l’ENA est parfait – cela tombe bien, il sort de l’ENA et du Conseil d’État – et que la terre entière nous l’envie. Quand va-t-on cesser de nous raconter des carabistouilles et de nous promener en bateau au lieu de remettre la République d’équerre et ses grands serviteurs au pas ? Faute de quoi, nous nous promettons de belles manifestations, de grandes révolutions qui mettront au bas l’édifice si bien construit par la Caste des intouchables depuis la création de l’école nationale de l’arrogance (ENA) en 1945. Et alors, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas, que tout ceci était totalement imprévisible. À bon entendeur salut !

Ce qui vaut pour la Cour des comptes vaut également pour le Conseil d’État. Un tiers de ses effectifs pantoufle en dehors du Palais-Royal (le premier ministre, le secrétaire général du gouvernement, la secrétaire générale de la défense et de la sécurité nationale, le directeur général de la SNCF…) et accueille gracieusement en son sein quelques fonctionnaires en délicatesse avec leur administration d’origine, quelques amis du Prince qu’il faut bien récompenser pour services rendus à la Patrie reconnaissante et autres gaités de l’escadron. On l’aura compris, tout ceci n’est pas très sérieux. Nous nous croirions dans une République bananière qui sent si bon la corruption, le népotisme et l’entre-soi. Dans ces conditions, l’on comprend mieux la surprise d’Emmanuel Macron lorsque les pouilleux du parlement européen retoquent vertement la candidature de Sylvie Goulard à un poste de commissaire pour probité, intégrité douteuse. Avant de donner des leçons de morale et d’éthique à la terre entière, la République jupitérienne serait bien inspirée de commencer à balayer devant sa porte. Elle aurait déjà fort à faire pour nettoyer les écuries d’Augias, les poubelles de la République que sont le Conseil d’État, la Cour des comptes… et bien d’autres bijoux de notre Douce France.

14 https://www.ccomptes.fr/fr/cour-des-comptes/role-et-activites
 
 
BREXIT : UN AIR DE DÉJÀ VU… Guillaume Berlat. « Ignorance et arrogance ne riment pas seulement, ils vont souvent de pair » (Jacques Sternberg). C’est le moins que l’on puisse dire à l’aune de ce que l’on nous disait il y a deux ans et la réalité la plus triviale des reports successifs de la mise en œuvre du « Brexit ». Le sujet parvient même à créer une pomme de discorde entre Berlin et Paris sur la durée des reports sur son entrée en vigueur.

L’EUROPE VA MENER LE BRANLE

L’expert des relations internationales doit toujours examiner la situation du monde tant à l’aune de la réalité des faits objectifs que des déclarations passées de nos dirigeants. L’objectif est évident : mesurer la coïncidence ou, le plus souvent, l’écart, la différence, voire la contradiction entre ces deux éléments. En cette époque d’un monde aussi complexe qu’imprévisible, nous nous trouvons régulièrement plus dans la seconde branche de l’alternative que dans la première. Et s’il existe bien un sujet sur lequel nous pouvons avoir confirmation de cette règle empirique, c’est bien celui du « Brexit ». Vous savez, celui qui empoisonne depuis plus de trois ans la vie des États membres de l’Union européenne à tel point que la machine est entièrement monopolisée par la résolution de ce casse-tête chinois. Souvenez-vous des déclarations viriles de la Nomenklatura bruxelloise et, plus spécifiquement, du négociateur en chef de cet exercice inédit de contractualisation du divorce entre le Continent et l’Ile ! Vous l’aurez reconnu, il s’agit du crétin des Alpes, Michel Barnier. Cette gravure de mode au QI en dessous de la moyenne. L’idiot utile nous expliquait, il y a peu encore, que la Perfide Albion allait passer sous les fourches caudines de son équipe de technocrates hors-pair. Un calendrier rigide allait être imposé aux Britanniques, dates butoirs à la clé. 2019 allait être l’année charnière entre le « in » et le « out ». Tels les Bourgeois de Calais immortalisés dans la célèbre sculpture d’Auguste Rodin, toute honte bue, les Anglais se rendraient à l’heure venue dans les bâtiments de la commission européenne pour y avaler leur chapeau haut de forme. Comme dans la sphère religieuse, le dogme barniérien ne se discutait pas. C’était comme cela et les Britanniques devraient se plier à la force des écritures saintes. C’était il y a déjà bien lointain à tel point que nos folliculaires amnésiques ne s’en souviennent déjà plus !

L’EUROPE NE CONTRÔLE RIEN

Mais, rien de ce qui nous avait été annoncé par ces brillants oracles de la pythie ne s’est passé et ne se passe comme prévu. Faute de disposer d’un accord en bonne et due forme au printemps 2019, la date butoir fut renvoyé à l’automne de cette même année, et cela en dépit des rodomontades d’Emmanuel Macron15. La date du 31 octobre nous était présentée, hier encore, tel le Saint-Chrême comme intransgressible. Au passage, les atermoiements du parlement britannique conduisaient au pitoyable départ de Theresa May du 10 Downing Street et à son remplacement par le bouillonnant Boris Johnson (BOJO)16. Le 19 octobre, il revenait à Londres avec un nouveau texte – assez proche de celui négocié par son prédécesseur, exception faite de l’épineuse question de la délimitation de la frontière entre les deux Irlande -, fier comme Artaban17. Mais, il subit un premier et un second revers à Westminster18. Les avanies succèdent aux avanies19. L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement ? Et, nos brillants négociateurs européens les vingt-sept ambassadeurs, représentants permanents) de commencer à évoquer l’hypothèse d’un nouveau report, qualifié de bref et de « technique » (l’Allemagne, qui donne toujours le la à Bruxelles, évoque un report plus long si cela est nécessaire pour de bonnes raisons politiques, évoquant la date de janvier 2020 au grand dam de Jupiter), pour ne pas perdre la face alors qu’il y a peu, ils excluaient l’hypothèse. Nos brillants folliculaires nous expliquent qu’il ne faut pas répondre trop vite à la demande de report du « Brexit » pour donner une chance à l’accord. On croit rêver à entendre de telles inepties diplomatiques. C’est qu’avant de donner leur imprimatur au texte négocié par BOJO, les parlementaires britanniques veulent éplucher soigneusement le contenu de l’accord, voire l’amender en cas de besoin. Une sorte de diplomatie parlementaire version « hard ». Toutes choses impensables du côté de notre Assemblée nationale, sorte de Douma tenue en mains par la République en godillots ! Heureusement, chaque jour nous apporte son lot de surprises anglaises (proposition de BOJO de tenir des élections législatives anticipées le 12 décembre 2019 pour sortir de la crise) qui commence même à lasser la population qui souhaite voir l’épilogue de cette mauvaise farce20. Il est vrai que notre crétin des Alpes n’a toujours rien compris à la pratique de la négociation (il est toujours hasardeux de s’enfermer dans des délais trop contraints, à titre d’exemple la négociation de l’accord sur le nucléaire iranien a duré treize ans) à la qualité de négociateurs hors-pair des diplomates britanniques (c’est une vérité d’évidence que connaissent tous les diplomates français). Et dire que l’on nous présente ce zigoto comme la crème de la crème de l’élite bruxelloise…. Il semble que le texte de l’accord permettrait la création d’une Singapour-sur-Tamise21. Si tel était le cas, le Royaume-Uni tirerait parfaitement son épingle du jeu. Comme souvent, il aurait le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière. En définitive, plus les jours passent, plus la farce du « Brexit » a comme un air de déjà vu… Il n’y a que notre brillante élite pour ne pas s’en apercevoir et pour continuer à nous servir quelques coquecigrues de son cru. « Nous avons aujourd’hui mieux à faire que de continuer à nous occuper jour et nuit des états d’âme de nos chers amis d’Outre-Manche »22. »>

15 Sylvie Kauffmann, Leadership et Europe, un oxymore, Le Monde, 24 octobre 2019, p. 30.
16 Guillaume Berlat, Boris Johnson, le fauteur de troubles, www.prochetmoyen-orient.ch , 26 août 2019.
17 Guillaume Berlat, Boris Johnson n’en fait qu’à sa tête, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 septembre 2019.
18 Cécile Ducourtieux/Virginie Malingre, Brexit : Johnson veut faire plier le Parlement. Johnson et le Brexit à l’épreuve du Parlement, Le Monde, 22 octobre 2019, pp. 1-2.
19 Cécile Ducourtieux, Brexit : une victoire en suspens pour Johnson, Le Monde, 24 octobre 2019, p.2.
20 Cécile Ducourtieux, Le chantage aux élections de Boris Johnson pour sortir de l’impasse, Le Monde, 26 octobre 2019, p. 3.
21 Eric Albert, Pour les libéraux, le rêve à portée de main d’une « Singapour-sur-Tamise », Le Monde, 24 octobre 2019, p. 3.
22 Jacques Julliard, Histoires de clowns, Marianne, 25-31 octobre 2019, p. 4.
 
 
MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE. LA SYMPHONIE ITALIENNE – Ali Baba Déontologie, voilà le mot magique d’Emmanuel Macron pour réformer la vie politique. De toute évidence, avec plus de deux ans de recul, s’il y a bien deux termes qui ne se conjuguent pas ensemble, ce sont ceux de Macronie et de déontologie en dépit de leur consonance. En dépit de l’objectif affiché par Jupiter d’une moralisation de la vie publique, dès sa prise de fonctions, les choses vont de mal en pis. Les pratiques « quasi-mafieuses » de l’ancien monde semblent avoir la vie dure, y compris dans le nouveau monde. Il ne se passe pas une semaine sans que nous apprenions les dérives coupables de tel ou tel ministre, de tel ou tel haut fonctionnaire…. Le cadre européen semble aujourd’hui particulièrement propice à la floraison de toutes ces embrouilles et carabistouilles. C’est aujourd’hui à Sandro Gozi d’attirer la lumière sur son auguste personne. Deux ministres (Nicole Belloubet et Annick Girardin) se font remarquer pour leurs entorses à la déontologie.

LE CAS GOZI

Nous ne sommes pas encore remis du feuilleton de ces deux femmes d’honneur que sont Nathalie Loiseau et Sylvie Goulard que l’on nous en redonne. Nul ne semble épargné par cette pandémie « d’embroullite » aigue. Nos regards se tournent désormais vers les services du premier ministre sis en l’hôtel de Matignon. L’ancien secrétaire d’état italien aux affaires étrangères, Sandro Gozi – embauché à la fin du mois de juillet 2019 par le premier ministre Édouard Philippe comme chargé de mission aux affaires européennes – a finalement décidé de démissionner de ses fonctions (23 octobre 2019) tant la polémique lancée par Le Monde et le quotidien Times of Malta prenait de l’ampleur, y compris à l’Assemblée nationale23. Il était reproché au fringuant Sandro Gozi de cumuler ses fonctions auprès du gouvernement et celle de conseiller du premier ministre maltais (un homme dont les pratiques courantes s’apparentes à de la corruption)24. En termes grossiers, cela s’appelle un conflit d’intérêts et un cumul de rémunérations. Au passage, Sandro Gozi, l’étourdi avait omis de déclarer son patrimoine auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Après avoir nié les faits, dans un premier temps, un grand classique du genre et avoir rétropédalé dans un second, l’homme s’est fendu d’une lettre publiée sur son compte Facebook. À défaut de friser le comique, cette affaire baigne dans le ridicule : « C’est un choix de responsabilité pour protéger l’intérêt du premier ministre et de la cause européenne ». Cette dernière a bon dos pour cet homme élu député européen sur la liste macronienne, mais dont le poste reste gelé en attendant que le « Brexit » soit effectif ! Le premier ministre en tire les conséquences qui s’imposent à lire le JORF du 25 octobre 2019 : « Il est mis fin aux fonctions de chargé de mission affaires européennes exercées par M. Sandro GOZI. »25. Ainsi soit-il.

Mais, ce n’est pas tout pour cette fin du mois d’octobre particulièrement agitée. D’autres personnages apparaissent sur notre écran radar de la moralisation de la vie publique.

LES CAS BELLOUBET, GIRARDIN ET BRETON

Deux ministres. Nul besoin d’épiloguer outre mesure sur ce énième coup de canif dans la déontologie implacable portée en étendard par Emmanuel Macron. Cela finirait par devenir une (mauvaise) habitude. Et, c’est bien le cas à découvrir la dernière livraison du volatil. Y sont épinglés la ministre de la Justice, Nicole Belloubet26 qui doit subir la vindicte des magistrats27 et le compagnon de sa collègue des Outre-mer, Annick Girardin28, pour quelques peccadilles, quelques vétilles sans la moindre importance. Ni plus, ni moins. Toutes ces personnalités de haut vol – avec une majorité de femmes, notons-le à l’attention de nos féministes enragées29 – n’ont, semble-t-il, ni morale, ni pudeur. C’est bien connu, où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. Tout ceci est digne d’un vaudeville de la Belle époque.

Un futur commissaire européen ? Dans la foulée du rejet de la candidature de Sylvie Goulard au poste de commissaire européen, Emmanuel Macron vient d’avoir un nouveau coup de génie dont il a le secret. Après de multiples hésitations, il propose celle de Thierry Breton, ex-ministre de l’Économie30. Fini le choix pour une femme ! Le prétendant possède toutes les qualités requises pour occuper le poste de commissaire européen (en charge de l’industrie, du marché intérieur, de la défense, du numérique, de l’espace et de la culture) en raison de la diversité de son parcours. Mais, un tout petit rien, l’homme qui a soutenu Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2017, président de la fondation de Bernard Arnault, patron d’Atos (spécialisée dans le numérique), pourrait rapidement se trouver dans une situation objective de conflit d’intérêts. Comme le relève justement Manon Aubry, eurodéputée de la France insoumise : « Choisir le PDG d’une boite qui reçoit des subventions européennes… pas sûr que Macron ait retenu la leçon Goulard ». Au moment où la décision est annoncée, nous apprenons que Thierry Breton est indirectement visé par une plainte d’Anticor dans l’affaire des marchés des radars automatiques (plainte avec constitution de partie civile contre X pour délit de favoritisme et prise légale d’intérêts).

L’homme, qui a notamment réalisé la privatisation des autoroutes, est le parfait exemple de ce capitalisme français, pratiquant sans gêne et sans remords l’endogamie, la connivence, le conflit d’intérêts31. Décidemment, fait défaut à Jupiter une qualité essentielle au poste qu’il occupe, le bon sens. Il semble en être tout à fait dénué. Supposons un seul instant que l’audition de Thierry Breton par la commission idoine du parlement européen reproduise à l’identique celle de Sylvie Goulard ! On n’ose imaginer la suite.

Décidemment, rien ne va plus dans la Macronie déclinante tant les m… continuent de voler en escadrilles. On ne compte plus trous dans la raquette jupitérienne32. C’est à se demander si une forme certaine de paranoïa jupitérienne n’expliquerait pas en partie tous ces couacs à répétition. Tout ceci est grave pour la capacité d’influence future de la France au sein de la galaxie européenne. Sans parler du titre de leader de l’Europe attribué de manière trop précoce au président français, adepte de la diplomatie de l’audace et du volontarisme, l’homme des promesses non tenues33. Tout ceci ne mène nulle part si ce n’est à l’écriture d’un nouvel épisode du feuilleton de la moralisation/de l’a-moralisation de la vie publique que l’on pourrait baptiser de symphonie italienne.

23 Jean-Baptiste Chastand/Olivier Faye, Gozi démissionne de Matignon, Le Monde, 25 octobre 2019, p. 12.
24 Antton Rouget/Ellen Salvi, Le silence du conseiller Sandro Gozi sur ses activités à Malte, www.mediapart.fr , 24 octobre 2019.
25 Arrêté du 23 octobre 2019 relatif à la composition du cabinet du premier ministre, JORF n° 0249 du 25 octobre 2019, texte n° 32.
26 Dominique Simonnot, Une réforme de la justice arbitrée par les résultats électoraux de LRM, Le Canard enchaîné, 23 octobre 2019, p. 3.
27 Ellen Salvi, Belloubet confond l’intérêt de l’Etat et celui de LREM, les magistrats s’insurgent, www.mediapart.fr , 23 octobre 2019.
28 Jérôme Canard, Un businessman fait de bonnes affaires à l’ombre de la ministre des Outre-mer, Le Canard enchaîné, 23 octobre 2019, p. 4.
29 Christine Lagarde, nouvelle patronne de la BCE affirme : « Les femmes apportent une diversité de points de vue, ce qui réduit le risque de pensée unique ». Margaret Thatcher n’aurait pas dit le contraire, Marianne, 25-31 octobre 2019, p. 36.
30 Olivier Faye/virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Macron choisi Breton pour la commission, Le Monde, 25 octobre 2019, p. 4.
31 Martine Orange, Thierry Breton, le dernier recours de la macronie, www.mediapart.fr , 24 octobre 2019.
32 Laurence Dequay, Chamboule-tout. Comment survivre en Macronie, Marianne, 25-31 octobre 2019, pp. 20 à 23.
33 Vincent Peillon, La promesse, PUF, 2019.

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