Observatoire Géostratégique

numéro 259 / 2 décembre 2019

ORIENT-ATIONS 256

HOMMAGE NATIONAL RENDU AU SOLDAT MONTPELLIERAN RONAN POINTEAU – Le Midi-Libre, 7 novembre. C’est un hommage national extrêmement poignant qui a été rendu à Ronan Pointeau par la ministre des Armées, Florence Parly, ce mercredi après-midi à la caserne Baquet de Valence (Drôme). Comme un retour à la maison pour ce brigadier, tué dans l’exercice de ses fonctions samedi dernier au Mali, après le déclenchement d’un engin explosif improvisé au passage de son véhicule blindé. Une attaque, revendiquée par le groupe « État islamique », qui lui aura été fatale alors qu’il n’avait que 24 ans.

Huit de ses amis ont porté le cercueil

C’est en effet ici, au sein de ce 1er régiment des Spahis, le 7 juin 2016, que le jeune Montpelliérain a souscrit un contrat d’engagé volontaire de l’armée de Terre. Dans cette garnison qu’il a reçu sa formation initiale durant laquelle il s’est distingué parmi les meilleurs. Et, comme une fatalité, c’est dans cette cour d’honneur, emplie d’émotion, que son cercueil, accompagné de la sonnerie aux morts, est arrivé, sur les épaules de huit de ses amis qu’il avait désignés avant de partir en mission. Outre ses parents et ses frères d’arme du Spahi, la cérémonie a en effet été marquée par la présence de trois cents de ses amis qui avaient fait le déplacement pour lui adresser un dernier adieu. « C’est une très grande fierté pour nous de voir qu’il a su créer une aussi grande famille autour de lui. C’était un être exceptionnel qui rayonnait et qui était fédérateur, reconnaît Axel Chow, l’un de ses meilleurs amis. On a eu la possibilité d’aller visiter sa chambre et, après la cérémonie, on est allés se recueillir dans une chapelle où l’artiste peintre montpelliérain Gaëtan Vaguelsy a dévoilé une toile en son honneur. C’était d’une émotion extrême ».
 
 
UN(E) MORT DE TROP, UN(E) MORT POUR RIEN ! Guillaume Berlat.

« Seule la mort est inutile » (Le crépuscule des Elfes, Jean-Louis Fetjaine).

Mais, y-a-t-il des morts plus inutiles que d’autres ? Nous avons la faiblesse de le penser surtout lorsque la mort enlève à la vie des jeunes citoyens morts pour rien – y compris lorsqu’il s’agit de militaires professionnels -, si ce n’est pour le simple caprice d’un prince, d’un gamin que les Français ont eu la faiblesse d’installer à l’Élysée pour cinq ans. Un président de la République qui peine à comprendre la nouvelle grammaire des relations internationales, les linéaments de la géopolitique, de la diplomatie, de la guerre et de la paix si ce n’est sous le prisme de son ego et de son narcissisme. Le 2 novembre 2019 nous apporte une information troublante.

Un jeune français est mort inutilement et bêtement dans le nord du Mali. Pour quoi ? Pour qui ? La cérémonie organisée, le mardi 5 novembre 2019 vers 17 heures, aux Invalides a été expédiée en une dizaine de minutes. Durée à mettre en rapport avec la pompe ayant présidé à l’hommage en l’honneur de Jacques Chirac. Un délinquant (il a été condamné et n’a jamais fait appel de sa condamnation) et peut-être plus à en croire ce qui se murmure quarante ans après la mort troublante de Robert Boulin.

Après le traditionnel exposé des faits (la vérité des faits dans ce qu’ils ont de plus objectif), il importe de les commenter sans le moindre tabou (le commentaire dans ce qu’il a de plus subjectif mais aussi d’éclairant d’une réalité peu engageante).

DE LA RÉALITÉ DES FAITS : UN MORT SUPPLÉMENTAIRE AU MALI

Triste nouvelle en ce pont de la Toussaint. Un militaire français, le brigadier Ronan Pointeau a été tué lors d’une opération le 2 novembre 2019 au Mali, après « le déclenchement d’un engin explosif improvisé au passage de son véhicule blindé », a annoncé le soir-même l’Elysée dans un communiqué1. C’est le 31e soldat français à avoir trouvé la mort au Sahel depuis janvier 2013 et le début de l’opération Serval, déclenchée pour permettre de ramener la paix au Mali. Les réactions habituelles de nos plus hautes autorités de l’État ne se sont pas faites attendre. Le traditionnel concert de lamentations sur la mode de la compassion hypocrite.

Le président de la République. Emmanuel Macron a aussitôt salué « le sacrifice » du militaire, et exprimé « ses pensées vers ses camarades engagés dans les opérations au Sahel », « ainsi que vers leurs frères d’armes des armées sahéliennes, qui paient un lourd tribut dans la lutte contre le terrorisme ». Plus tard dans la soirée, l’Etat islamique a revendiqué l’attaque à la bombe qui a tué le brigadier Ronan Pointeau. Quelques minutes plus tôt, un communiqué de Daech revendiquait également avoir organisé l’attaque d’une base militaire malienne, dans laquelle 49 soldats sont morts vendredi.

La ministre des Armées. Florence Parly va se rendre « très prochainement au Mali » afin de s’entretenir avec les autorités maliennes. Ronan Pointeau faisait partie du 1er régiment de Spahis de Valence. Selon Florence Parly, le brigadier français a succombé à ses blessures « après l’explosion d’un engin explosif improvisé près de Ménaka au Mali », près de la frontière avec le Niger.

« Dans un contexte sécuritaire dégradé, la mort du brigadier Ronan Pointeau nous montre que le combat contre les groupes terroristes qui sévissent au Sahel n’est pas terminé et notre détermination à le poursuivre est entière », a expliqué la ministre dans un communiqué. Elle effectue dans la foulée une tournée dans la région2. Et pour faire bonne mesure, elle annonce la mort d’un chef djihadiste influent, il y a un mois, au Mali par l’armée française.

Pour sa part, le Chef d’état-major de l’armée de Terre a publié un tweet ainsi libellé : « Profonde émotion à l’annonce du décès en opérations du brigadier Ronan POINTEAU. Pensées émues à sa famille et ses proches, ainsi qu’à ses camarades du @1erSpahis. Toute l’@armeedeterre salue l’engagement de notre frère d’armes. #FiersDeNosSoldats »3.

Après le temps de l’émotion, du recueillement, doit venir celui de la réflexion, du commentaire des faits bruts ! Et, le moins que l’on soit autorisé à dire est que cette affaire pose de très graves questions sur les règles d’engagement de nos forces armées sur des théâtres d’opération extérieures sur le long terme.

DU COMMENTAIRE DES FAITS : UNE PRÉSENCE IRRESPONSABLE AU MALI

Plusieurs angles d’attaque sont nécessaires pour mieux appréhender le contexte géopolitique prévalant dans le Sahel et la situation intérieure au Mali qui ne cesse de se dégrader depuis le début de l’opération « Serval » au Mali déclenchée en 2013 par François Hollande pour prévenir le déferlement de colonnes d’islamistes vers la capitale Bamako. Toutes questions qu’il est de bon ton de ne pas se poser pour éviter d’avoir à y répondre. Un grand classique de la politique française qui a pour nom politique du chien crevé au fil de l’eau.

Une présence militaire française aussi inutile et coûteuse (humainement et financièrement) qu’inefficace. Alors que ce jeune militaire perdait la vie en plein désert, Emmanuel Macron passait un agréable week-end en amoureux avec Brigitte en Normandie dans un relais et châteaux de grand luxe – à ses frais, nous dit-on – pour se remettre des fatigues de son déplacement dans l’Océan indien et prendre des forces avant son voyage en Chine. Pouvait-il imaginer que des militaires français faisaient une sale guerre dans le Sahel. Pour qui ? Pour quoi ? Avec quels résultats objectifs pour la sécurité de la région et pour celle de l’Europe, France en particulier depuis la transformation de l’opération Serval – limitée au Mali – en opération Barkhane4 – couvrant une zone plus grande que l’hexagone – au fil du temps ?5 Les réponses à ces questions se trouvent dans les questions. Nombreux sont les experts – civils et militaires – qui estiment que la plaisanterie a assez duré6. En effet, nous ne pouvons gagner la guerre contre le terrorisme. A-t-on déjà vu une victoire militaire contre une idéologie ? Combien de morts français faudra-t-il pour que nous comprenions que le Sahel est devenu notre « Afghanistan de proximité » (Jean-Claude Cousseran) ? Combien de morts maliens faudra-t-il pour que nous comprenions que le Mali est en passe de se transformer en État failli tant la corruption, le népotisme, la misère, l’incurie… l’emportent sur la nécessité de reconstruire un État fort ?7 Quand tirerons-nous les conséquences qui s’imposent de la chronique de cet échec annoncé ?8 Quand ne poserons-nous pas la question d’un troisième front comme le fait Florence Parly ?9

Une attitude jupitérienne indécente et inapproprié dans le contexte social français actuel. Alors que ce jeune militaire perdait la vie en plein désert, Emmanuel Macron passait un coup de téléphone de plus d’un quart d’heure – nous précise notre vénéré clergé médiatique – pour féliciter Jérôme Garcès, notre compatriote et lui exprimer sa fierté pour le rugby français après sa prestation au Japon où il a arbitré la finale de la coupe du monde de rugby entre Anglais et sud-africains (2 novembre 2019). Est-ce bien pour cela que les Français ont mis à la tête de l’État ce fringuant quadragénaire ? N’a-t-il pas mieux à faire tant sur la scène intérieure que sur la scène internationale que de perdre son si précieux temps à de telles âneries ? N’était-ce pas le rôle de la ministre des Sports, Roxana Maracinenau, ex-championne de natation qui aurait parfaitement fait le « job » ? C’est à se demander si le chef de l’État n’est pas tombé sur la tête et s’il ne mériterait pas d’effectuer un petit séjour salvateur dans un service spécialisé du Centre hospitalier Saint-Anne sis 1 rue Cabanis dans le XIVe arrondissement de Paris ? Emmanuel Macron, épuisé par ses très/trop courtes nuits de repos, n’était-il pas en train de ne plus savoir ce que signifie raison garder ? Qui, dans son entourage le plus proche composé de courtisans serviles et de pleutres de la pire espèce, serait en mesure de l’inciter à la modération dans son propos, dans son action tout en établissant des priorités indispensables à ce niveau de responsabilité ? Et, bien d’autres questions légitimes se posent au moment où Jupiter aborde l’acte II de son quinquennat. Mais, heureusement, nous apprenons que le chef de l’État espère profiter de la mi-mandat pour reprendre la main et ne plus subir l’actualité10. Surtout, lorsque l’on pense au traitement indigne réservé à ceux qui nous avaient aidés en Afghanistan11.

« Aucune victoire ne vaut un mort ».

En dernière analyse, toute cette tragédie sahélienne, qui se déroule à plusieurs milliers de kilomètres de l’hexagone est-elle raisonnable ? A-t-elle encore une raison d’être dans un contexte géopolitique et sécuritaire totalement différent en 2019 de celui qui a justifié l’intervention décidée par François Hollande en 2013 ? Pourquoi l’opération Barkhane n’est-elle pas une opération de l’OTAN ou de l’Union européenne, signifiant par là-même l’existence d’une réelle solidarité entre alliés, entre partenaires ? Pourquoi continuons-nous à jouer les fiers-à-bras en pure perte alors que nos militaires auraient mieux à faire que de servir de cibles à des terroristes ? Le moins que l’on puisse dire aujourd’hui est que la mort stupide le brigadier Ronan Pointeau, intervenue en ce jour des morts, est un(e) mort de trop, un(e) mort pour rien. Nous adressons toutes nos plus vives et sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

1 Ronan Pointeau, jeune brigadier tué au Mali, La Croix, 4 novembre 2019, p. 9.
2 Sophie Douce, Burkina Faso : l’assistance à double tranchant de Paris, Le Monde, 6 novembre 2019, p .4.
3 Gaël Vaillant, Un militaire française tué au Mali par un engin explosif, www.lejdd.fr , 3 novembre 2019.
4 Nicolas Barotte, Dans l’impasse au Sahel, « Barkhane » cherche une autre stratégie, Le Figaro, 10 octobre 2019, p. 7.
5 Christophe Châtelot/Nathalie Guibert, Au Sahel, les limites de l’action militaire, Le Monde, 5 novembre 2019, pp. 1-2.
6 Le vague à l’âme des généraux, Le Canard enchaîné, 6 novembre 2019, p. 3.
7 Jean-Baptiste François, Les funestes affronts de Daech au Mali, La Croix, 4 novembre 2019, p. 9.
8 Bruno Clément-Bollée, La France doit repenser sa stratégie au Sahel, Le Monde, 5 novembre 2019, p .26.
9 Claude Angeli, Un troisième front pour l’armée française ?, Le Canard enchaîné, 6 novembre 2019, p. 3.
10 Olivier Faye/Cédric Pietralunga, Macron souhaite en finir avec les polémiques, Le Monde, 5 novembre 2019, p. 9.
11 Jérôme Canard, Engagé par l’armée, dégagé par la France, Le Canard enchaîné, 6 novembre 2019, p. 4.
 
 
GÉRARD ARAUD OU LA VRAIE VIE (SUITE) – Ali baba. « La pauvreté n’a pas de limite : on trouve toujours quelqu’un de plus pauvre que les pauvres » (Érik Orsenna). Alors que les Français veulent savoir, pour reprendre la formule célèbre du chroniqueur de choc, Jean-Jacques Bourdin, on nous cache tout, on nous dit rien, pour reprendre les paroles de la chanson de Jacques Dutronc. Alors qu’ils nous assomment avec le sort peu enviable des sans domicile fixe (SDF), des migrants, des chômeurs, des laissés- pour-compte de la mondialisation « heureuse », des pauvres du « grand âge » – qui ne sont en fait que des privilégiés -, les médias sont silencieux sur le sort de certains de nos concitoyens en très grande précarité. Il s’agit de nos très hauts fonctionnaires, pour la très grande majorité d’entre eux, issus de l’école nationale de l’arrogance (ENA) obligés de tirer le diable par la queue pour boucler leurs fins de mois difficiles et d’aller quémander quelques découverts auprès de leurs amis banquiers. Cela vaut pour les actifs comme pour les retraités. Nous sommes les témoins d’un authentique scandale, d’une véritable injustice qui devrait mettre des millions de Français dans les rues pour crier leur rejet de pareille infamie. Comment la France, patrie autoproclamée des droits de l’homme traite-t-elle ses meilleurs serviteurs ? Nous en avons un excellent exemple avec un ambassadeur de France dignitaire, Gérard Araud, le préféré d’Emmanuel Macron.

Que dire, en effet, de notre ex-ambassadeur de France à Washington, après avoir représenté la France à New York auprès de l’ONU et à Tel Aviv ! Le malheureux est obligé de faire quelques « ménages » (expression consacrée dans la haute fonction publique) pour arrondir sa modeste retraite d’ambassadeur dignitaire de France (l’équivalent du maréchalat pour les militaires) ! Son sort est peu enviable pour un fonctionnaire qui a fait don de 45 années de sa vie à la patrie après être passé par les brillants enseignements de l’X et de l’ENA. Vous rendez vous compte, honnêtes gens, de l’ampleur des sacrifices auxquels doit consentir Gérard Araud pour acquitter le loyer mensuel de son très modeste 90 m² dans les beaux quartiers de Manhattan qu’il occupe avec son compagnon ! La coqueluche des médias en est contraint de travailler dur au-delà de l’âge légal de la retraite. Ce marcheur macronien de la première heure doit se démultiplier pour faire bouillir la marmite du couple. À peine croyable.

Un journaliste de haute lignée. D’abord, Gérard Araud doit faire quelques piges diplomatiques pour l’hebdomadaire Le Point, voire pour le quotidien de référence qu’est Le Monde. Pas très glorieux pour l’un des meilleurs diplomates et stratège de sa génération. S’abaisser au niveau des perroquets à carte de presse lorsque l’on est perçu comme l’un des meilleurs stratèges du XXIe siècle ! Est-ce bien digne ?

Un mémorialiste hors-pair. Ensuite, Gérard Araud doit publier ses Mémoires12 pour faire bouillir la même marmite en touchant quelques maigres royalties de la très célèbre maison d’édition Grasset qui n’est pas très regardante sur ce qu’elle publie. Son ouvrage s’arrache comme des petits pains après la publicité élogieuse que lui ont nos folliculaires incultes et ignares en matière de relations internationales13.

Un communicant en conseil. Par ailleurs, Gérard Araud doit se vendre tel un vulgaire joueur de football à l’époque du mercato en se faisant recruter comme numéro deux de l’agence de com Richard Attias & Associates située à New York (le mari de Cecilia ex-Sarkozy). Il s’abaisse à jouer le rôle d’un vulgaire agent du service du protocole pour organiser quelques colloques aux quatre coins de la planète pour quelques pétromonarchies du Golfe peu regardantes sur le respect de la démocratie et de l’état de droit.

Un espion de haut vol. Enfin, et surtout – comme le sait si bien madame Michu, les temps sont durs -, nous découvrons que Gérard Araud, l’ambassadeur pas toujours très diplomate, a une nouvelle corde à son arc. En septembre 2019, l’entreprise israélienne NSO Group, poursuivie pour piratage et cyberespionnage par WhatsApp, a recruté notre ambassadeur de France indignitaire pour lutter contre les violations des droits humains. NSO est, en effet, accusée d’avoir permis l’espionnage d’activistes, de journalistes et même des diplomates14. Information d’un journaliste de Télérama relayant un article du très sérieux Financial Times. Notre nouveau James Bond confirme la merveilleuse nouvelle. En effet, interrogé publiquement sur Twitter par le journaliste sur cette nouvelle fonction, l’ancien diplomate explique avoir « récemment rejoint NSO en tant que conseiller principal après son acquisition par de nouveaux actionnaires qui se sont engagés à aligner l’entreprise sur les principes directeurs de l’ONU sur les entreprises et les droits humains. Je conseille l’entreprise sur la façon de protéger les droits de l’homme et la vie privée »15.

Alléluia ! Le bon peuple de France peut se réjouir de toutes ces excellentes nouvelles. Ce n’est pas encore demain que Gérard Araud dormira sous une tente Quechua deux places avec double toit vendue 33 euros sur decathlon.fr, sous les ponts de Manhattan, de Williamsburg, de Queensboro ou Robert F. Kennedy ! Vous rendez vous compte de la déchéance sociale à laquelle Gérard Araud a échappé après avoir vécu gratuitement dans les immenses Palais de la République ?

Encore un nouvel épisode consternant, peu glorieux de la dérive complète d’un symbole de La Caste au pouvoir, qui se vend au plus offrant sans aucun principe ni aucun contrôle ! Et, l’on vient nous bassiner, à longueur de journée, avec les commissions de déontologie, les déontologues de tout poil et autres comités Théodule inutiles… Et dire, en dépit de toutes ses multiples turpitudes, que ce très haut fonctionnaire est le préféré de Jupiter et de la classe médiatique qui bée d’admiration devant l’ambassadeur à la grande gueule, à la pensée fausse, à la déontologie fluctuante… et c’est bien le moins que l’on soit autorisé à dire dans une République prétendument exemplaire.

LES SCANDALES DE LA RÉPUBLIQUE16

« Ce qu’il y a de scandaleux dans le scandale, c’est qu’on s’y habitue » (Simone de Beauvoir). Décidément, il y a quelque chose qui ne tourne pas/plus rond dans notre Douce France ! Chaque semaine qui passe nous amène un nouveau scandale de cet acabit sans que cela ne suscite la moindre réaction de condamnation, de rejet de telles pratiques indignes de la République Française ! Nous avons l’impression qu’existe une sorte d’accoutumance à l’inacceptable et que plus c’est gros, plus ça passe. Mais, au lieu de féliciter ceux qui ont le courage de dire la Vérité, la « Vérité des faits », chère à Hannah Arendt, on préfère les accuser de propager le scandale, de les clouer au pilori médiatique. Comme le chantait, il y a bien longtemps déjà (en 1968), Guy Béart :

Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié

D’abord on le tue

Puis on s’habitue

On lui coupe la langue on le dit fou à lier

Après sans problèmes

Parle le deuxième

Le premier qui dit la vérité

Il doit être exécuté.

Un demi-siècle plus tard, les choses ont peu évolué avec cette fable de Gérard Araud ou la vraie vie, celle de celles et de ceux qui sont censé(e)s (parité oblige) donner le bon exemple à la haute Fonction publique.

12 Gérard Araud, Passeport diplomatique, Grasset, 2019.
13 Guillaume Berlat, Quand Gérard Araud réécrit l’histoire !, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 novembre 2019.
14 Clara Galtier/Lucie Ronfaut, WhatsApp attaque en justice une société israélienne, Le Figaro, Économie, 31 octobre 2019, p. 25.
15 Jacques Pezet, L’ancien ambassadeur Gérard Araud est-il employé par une entreprise israélienne accusée d’espionnage sur WhatsApp ? , www.liberation.fr , 31 octobre 2019.
16 Jean Garrigues, Les scandales de la République. De Panama à l’affaire Cahuzac, Nouveau Monde, 2004 (première édition).
 
 
JUPITER : DES FAUSSES VALEURS AUX VALEURS ACTUELLES – Jean Daspry. « Le voyage est le meilleur moyen de se perdre et de se retrouver en même temps » (Brenna Smith). Voyage et en en même temps, tout ce qui sied à merveille à Jupiter. Le récent voyage du président de la République, Emmanuel Macron dans l’Océan indien fut un énorme succès : visite à Mayotte (problème migratoire), à la Réunion (problèmes sociaux), sur les Iles éparses (problème avec Madagascar) tout en n’oubliant pas un survol de la Fournaise. Une sorte de pétaudière qui n’a rien à envier à la chienlit dans l’Hexagone (grèves à la SNCF, pollution à Rouen, retraites…). Mais, notre clergé médiatique se concentre sur un seul unique sujet, l’entretien qu’il a généreusement accordé aux journalistes de l’hebdomadaire « sulfureux », Valeurs Actuelles, dans l’avion de retour. Entretien d’autant plus décrié que le chef de l’État est interrogé sur les sujets qui intéressent les Français (immigration, voile, communautarisme, « islamophobie » après la tuerie de la préfecture de Police17) mais pas la bien-pensance germanopratine (GPA, PMA, météo, prochains prix littéraires, dernière tenue de Brigitte…). Comment le président de la République a-t-il pu se vautrer dans pareille promiscuité médiatique ?18 Une explication vient à l’esprit de nos bonnes âmes : siphonner les voies de droite pour affaiblir le vivier de Marine Le Pen lors de la présidentielle de 1922. Paris vaut bien une messe.

TEMPÊTE MÉDIATIQUE DANS UN DÉ À COUDRE

S’il est parfaitement normal que les médias s’emparent d’un entretien important du président de la République sur un sujet sensible dans l’opinion publique, il l’est moins quand la passion l’emporte sur la raison chez des sujets dont la seule raison d’être devrait être la fourniture d’une information objective. Mais, comme souvent chez nos perroquets à carte de presse, la forme importe plus que la substance.

Sus à Valeurs actuelles. Dès l’entretien publié dans Valeurs Actuelles, c’est la curée de la bien-pensance médiatique érigée en conscience morale universelle contre le chef de l’État. Tous s’étonnent qu’Emmanuel Macron ait pu livrer sa pensée jupitérienne à un hebdomadaire cataloguée à la droite de la droite, un torchon lepéniste et nauséabond en vente dans les kiosques. Dès lors, on en tire la conclusion hâtive que ce choix ne doit rien au hasard. Il constitue à l’évidence un clin d’œil à la droite de son électorat19 comme si un entretien accordé au Monde, à Libération devrait être compris comme un clin d’œil à la gauche de son électorat. Dans la perspective d’un nouveau duel avec la présidente du Rassemblement national (les derniers sondages ne sont pas à l’avantage d’Emmanuel Macron), le président de la République n’entend pas laisser à la droite et à l’extrême droite l’apanage des questions régaliennes (sécurité, immigration…). Le quotidien Le Monde exprime sa conviction qu’Emmanuel Macron ne fait que soigner depuis 2019 ce « magazine ultraconservateur » avec son entretien accordé dans la salle à manger de l’Airbus A330 présidentiel. Dès le début de son mandat, il aurait à cœur d’entretenir des liens inadmissibles avec cet hebdomadaire qui sentirait le soufre20. Mais, il revient à mediapart de mener la charge la plus offensive contre le crime de lèse-démocratie d’Emmanuel Macron. Voici le résumé de sa saillie qui en dit long sur la teneur de sa pseudo-démonstration : « En accordant un entretien au journal d’extrême droite Valeurs actuelles, Emmanuel Macron alimente à son tour un débat qui sature l’espace public depuis des semaines. Et occulte les sujets qui préoccupent vraiment le gouvernement, à commencer par le mouvement social contre le projet de réforme des retraites »21. Étonnant de la part d’un media qui s’érige en porte-parole de la liberté d’expression dans notre pays… à la seule condition que l’on pense comme lui ! Encore un mauvais procès22.

Sus à la liberté d’expression. Tout ceci peut être qualifié de procès d’intention, de construction intellectuelle artificielle. Et cela d’autant plus qu’une chatte ne retrouverait pas ses petits dans la logorrhée jupitérienne. Tout cela relève d’un maccarthysme ambiant qui consiste à disqualifier ab initio son interlocuteur pour éviter tout débat démocratique (Cf. la chasse à courre menée contre Éric Zemmour depuis qu’il intervient sur CNews). Un remake de 1984 de George Orwell qui redevient à la mode pour d’évidentes raisons23. Pour n’avoir rappelé que des banalités, Emmanuel Macron est qualifié, outre de président des riches, de « président des racistes »24. Ni plus ni moins. Ce qui en dit long sur les atteintes intolérables à la liberté d’expression dans la patrie autoproclamée des droits de l’homme transformée en démocrature

TEMPÊTE POLITIQUE DANS UN MARIGOT JARGONESQUE

La confusion de la présentation. De façon liminaire, le moins que l’on puisse dire est que la présentation de l’entretien – le terme est-il approprié alors que l’on peine à découvrir le libellé exact de la question et celui de la réponse – laisse à désirer25. Des considérations d’ambiance s’entremêlent avec des problèmes de substance. Des remarques personnelles du journaliste de Valeurs actuelles, Geoffroy Lejeune admis dans le Saint des Saints de l’aéronef jupitérien se fondent dans ce que nous pensons être des questions. Le subjectif (la conviction du folliculaire) est noyé dans l’objectif (la vérité des faits). Après être parvenu au terme de cette lecture, le lecteur reste sur sa faim tant il n’est pas certain d’avoir parfaitement compris la logique de la conduite de cet entretien. Cette impression de brouillard londonien est entretenue par la confusion conceptuelle du président de la République, expert patenté et reconnu de la politique du en même temps. En voulant contenter tout le monde, on mécontente tout le monde.

La confusion de la pensée. Nous devons humblement confesser que nous ne sommes pas certains d’avoir saisi les linéaments de la pensée jupitérienne sur les sujets abordés tant l’homme marche sur des œufs, voulant ménager la chèvre et le chou. Nous sommes loin du plan en deux parties que l’on enseignait à Sciences Po ou en faculté de droit. Afin de ne pas dénaturer la pensée profonde d’Emmanuel Macron, nous nous contenterons de livrer à nos lecteurs quelques morceaux choisis de notre nouveau Machiavel pour leur information et pour leur édification. Peut-être auront-ils la chance d’en saisir tous les méandres de la pensée présidentielle !

« Ces fractures justifient que je change, je dois reprendre en mains ces sujets ».

« Je rappelle que nous nous focalisons souvent sur les phénomènes migratoires subis par les pays européens, mais l’essentiel de l’immigration est intra-africain, sud-sud. À Mayotte, avec l’immigration venue des Comores, on est en plein dedans ».

« Il ne faut pas avoir des fantasmes. La France a toujours eu des gens qui venaient pour des raisons, familiales, politiques ou économiques. On a toujours eu 10 à 14% de la population qui était d’origine étrangère. Elles ont toujours existé et ont toujours crée des difficultés ».

« L’équilibre français n’a pas été bouleversé par l’immigration. En revanche quelque chose s’est cassé : la fabrication de l’intégration par le modèle économique ».

« Quand j’arrive, en 2017, les chiffres sont épouvantables sur l’efficacité des politiques de retour. Il faut aussi regarder en face : au fait migratoire s’additionne le fait religieux ».

« La France a des racines judéo-chrétiennes. Elle a. depuis, évolué, s’est construit une histoire d’émancipation. De la même manière qu’elle a accueilli les juifs et qu’elle a su les intégrer dans la République, elle a aussi su le faire avec des Français musulmans d’origine étrangère. La peur de l’autre, de l’étranger dont les pratiques sont différentes, s’est cumulée à la peur du fait religieux. C’est ça qui peut faire système aujourd’hui. Voilà l’amalgame sur lequel joue Marine Le Pen, et auquel je n’adhère pas du tout. C’est un amalgame qui ne va rien régler des problèmes qu’on a depuis trente ans ».

« Vous savez, quand on parle du voile, beaucoup de jeunes femmes qui le portent sont filles ou petites filles d’immigrés. Elles ne viennent pas d’arriver. C’est l’échec de notre modèle qui se conjugue avec la crise que vit l’islam… Cette crise conduit à des formes très dures d’islam politique » …

Voici donc ces quelques extraits philosophiques de l’élève Macron. Le reste est à l’avenant. Comprenne qui voudra comme disait le poète Paul Éluard !

La confusion diplomatique. Cet entretien a fait au moins un mécontent, le gouvernement bulgare, créant au passage un inutile incident diplomatique entre les deux pays. La gauche n’est pas la seule à être outrée par l’entretien accordé par Emmanuel Macron à Valeurs actuelles. Le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov (PPE), n’en revient pas lui non plus. Un passage de l’entretien a provoqué son émoi et fait la une de la presse à Sofia. Emmanuel Macron plaide pour une immigration économique légale, canalisée, et livre le fond de sa pensée sans filtre : « Il y a des emplois que vous ne ferez plus occuper à des Français, comme le métier de plongeur. Je suis lucide : c’était déjà impossible il y a 40 ans  ! Je préfère avoir de la migration légale, enregistrée, sous quotas, pendant x années plutôt que du travail détaché dissimulé. Je préfère avoir des gens qui viennent de Guinée ou de Côte d’Ivoire légaux, qui sont là et qui font ce travail, que des filières bulgares ou ukrainiennes clandestines ». Choquées, les autorités bulgares ont vivement réagi. Florence Robine, l’ambassadrice de France à Sofia, est convoquée lundi par le ministre des Affaires étrangères à Sofia. L’ambassadeur bulgare à Paris, Anguel Tcholakov, va émettre une protestation solennelle auprès des autorités françaises. Les relations sont montées en température au point qu’Emmanuel Macron a préféré appeler directement au téléphone Boïko Borissov afin de lever le « malentendu », a-t-on appris, samedi soir, de source élyséenne26.

Notre gamin, notre pompier pyromane, que les Français ont installé à l’Élysée, devraient conserver à l’esprit un adage ancien un adage qui n’a pas pris la moindre ride : la parole est d’argent, le silence est d’or !

« Dans la presse, seules les publicités disent la vérité » (Thomas Jefferson). Quelle superbe formule bien troussée mais ô combien pertinente et actuelle ! Comment accorder le moindre crédit à des médias qui excellent dans l’art de la diffusion à jet continu de bobards de la pire espèce ? Bobards baptisés « fake news » Outre-Atlantique. Comment accorder le moindre crédit à des journalistes qui ne pratiquent plus le véritable journalisme d’investigation ? Pseudo-journalistes d’investigation qui, plus de douze heures durant, nous ont fait gober l’arrestation en Écosse d’un certain Xavier Dupont de Ligonnès alors qu’il ne s’agissait en réalité que d’un modeste et honnête quidam avec lequel quelques policiers de haut vol l’avaient confondu. Ceux qui avaient confondu urgence et précipitation. Cela valait le détour comme on peut le lire dans le Guide Michelin à propos d’un restaurant gastronomique. Soyons sérieux un court instant. Qu’est-ce qui est le plus important en matière d’information ? Le support ou la substance ? L’emballage ou le contenant ? La communication ou la pensée ? Où est passée la patrie des Lumières et de Descartes ? Elle semble relever d’un passé révolu. En dernière analyse, l’on peut, sans la moindre hésitation, affirmer que Jupiter évolue avec une cohérence et une constance qui méritent louange entre fausses valeurs et valeurs actuelles.

17 Erik Emptaz, Débat sur le voile, communautarisme, islamophobie. Macron marche sur la pointe des pieux !, Le Canard enchaîné, 30 octobre 2019, p. 1.
18 Fred Sochard, Les Valeurs actuelles de Macron, Blog : Fred Sochard, www.mediapart.fr , 31 octobre 2019.
19 Pauline Thévenaud, Le clin d’œil de Macron à la droite, Le Parisien, 31 octobre 2019, p. 4.
20 Ariane Chemin/Françoise Krug, Macron et « Valeurs actuelles », une attraction durable, Le Monde, 1er – 2 novembre 2019, p. 11.
21 Ellen Salvi, Avec le voile, Macron occulte l’urgence sociale, www.mediapart.fr , 31 octobre 2019.
22 Dominique Reynié, Macron dans Valeurs, le mauvais procès, Valeurs Actuelles, 7 novembre 2019, pp. 15-16.
23 Christopher Hitchens, Dans la tête d’Orwell, Saint-Simon, 2019.
24 Fred Sochard, Ressemblement national, Blog : Fred Sochard, www.mediapart.fr , 1er novembre 2019.
25 Louis de Raguenel/Tugdual Denis/Geoffroy Lejeune (propos recueillis par), Macron et Valeurs actuelles sont dans un avion. « L’échec de notre modèle se conjugue avec la crise que vit l’islam », Valeurs actuelles, 31 octobre 2019, pp. 16 à 29.
26 Emmanuel Berretta, Macron provoque un incident diplomatique avec la Bulgarie, www.lepoint.fr , 2 novembre 2019.
 
 
DE LA CHUTE DU MUR À LA MONTÉE DU POPULISME – Jean Daspry. « Et si l’histoire plaisantait » (La plaisanterie, Milan Kundera). Surtout pour ceux qui n’en comprennent pas les leçons et qui pensent l’histoire linéaire comme une autoroute rectiligne. De ce point de vue, la célébration, la commémoration des grands évènements qui ont fait l’histoire est instructive. En ce mois de novembre 2019, nous sommes assaillis de reportages, de témoignages, d’articles… sur la chute du mur de Berlin le 8 novembre 198927. Chute qui voit pêle-mêle les retrouvailles entre la RFA et la RDA suivie de la réunification ; l’effondrement du communisme, de l’URSS, du Pacte de Varsovie et du Comecon ; la victoire par KO de l’Occident contre l’Orient (au sens européen du terme), de la liberté sur l’oppression, de la démocratie sur la dictature, de la libre-entreprise sur l’entreprise d’État, de l’individualisme sur le collectivisme ; la fin de la Guerre froide… et, selon certains manichéistes, du Bien sur le Mal. Avec en prime l’avènement du meilleur des mondes, version Bisounours mâtiné de la fable de la récolte des « dividendes de la paix ». Trente ans après, qu’en est-il de toutes ces promesses lénifiantes ? Le monde est-il meilleur ? Le monde évolue-t-il de manière irréversible ? Rien n’est moins sûr à la lumière des caprices de l’histoire la plus récente. En filant la métaphore littéraire, nous pouvons affirmer sans grand risque d’erreur que nous sommes passés de la promesse de l’aube (Romain Gary) au mythe de Sisyphe (Albert Camus).

LA PROMESSE DE L’AUBE : LA FIN DE L’HISTOIRE

L’empreinte de Francis Fukuyama

Souvenons-nous de tout ce qui se disait, s’écrivait après la chute du mur de Berlin ? Surtout sur le thème de la fin de l’histoire vulgarisé par un politologue américain28. S’inspirant des thèses d’Alexandre Kojève sur la « fin de l’histoire », Francis Fukuyama affirme que la fin de la guerre froide marque la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme (concept de démocratie libérale) sur les autres idéologies politiques. Fukuyama est, par ailleurs, conscient que la chute du Mur, la dislocation du bloc de l’Est vont entraîner d’importants troubles : la fin de l’Histoire ne signifie pas, selon lui, l’absence de conflits, mais plutôt la suprématie absolue et définitive de l’idéal de la démocratie libérale, lequel ne constituerait pas seulement l’horizon indépassable de notre temps mais se réaliserait effectivement29. Terminé l’ancien monde frappé au sceau de deux confits mondiaux. Bienvenue dans le nouveau monde frappé au sceau de la paix, de la prospérité et de la fraternité.

Le village planétaire

Cette thèse de Francis Fukuyama va fortement influencer les penseurs de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle. La démocratie et le libéralisme l’emporteraient aux quatre coins de la planète garantissant une sorte de Paix perpétuelle et de droit sacré au bonheur pour tous. Une sorte de théorie des dominos à l’envers qui verrait les régimes autoritaires, les dictatures tombaient un à un comme des fruits murs de l’arbre secoué par le vent de l’histoire. C’est sur ce terreau conceptuel favorable que prospèrent des théories telles que la « mondialisation heureuse », le triomphe du multilatéralisme, la fin de la géographie, la fin des nations, la fin des frontières puisque notre planète se transformerait en un village planétaire, modèle tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Une sorte de paradis terrestre pour tous les citoyens du monde priés de se donner la main pour faire la ronde de la fraternité, de la fraternelle (sorte de rêve maçonnique). Gare aux Cassandre qui se risquaient, jusque dans un passé récent, à émettre le moindre doute sur la pertinence de ces analyses ! Impossible de les contester tant elles avaient valeur religieuse au sein de l’église libérale. Ses bons apôtres venus tout naturellement d’Outre-Atlantique (du « peuple à la destinée manifeste ») déversaient manu larga les nouveaux évangiles aux croyants du Dogme nouveau pour un nouveau monde porteur d’espérance. Un remake de La Promesse de l’aube chère à Romain Gary. Or, ces braves gens avaient tout simplement oublié que l’histoire pouvait se montrer capricieuse, rétive au changement, conservatrice adepte du retour de bâton.

LE MYTHE DE SISYPHE : LE RETOUR DU PEUPLE

L’empreinte d’Albert Camus

Pour nos lecteurs qui auraient la mémoire qui flanche, rappelons que Le Mythe de Sisyphe est un essai d’Albert Camus, publié en 1942. Il fait partie du « cycle de l’absurde », avec Caligula (pièce de théâtre, 1938), L’Étranger (roman, 1942) et Le Malentendu (pièce de théâtre, 1944). Dans cet essai, Camus introduit sa philosophie de l’absurde : la recherche en vain de sens de l’homme, d’unité et de clarté, dans un monde inintelligible, dépourvu de Dieu et dépourvu de vérités ou valeurs éternelles. Voilà pour le passé. Un présent qui ressemble étrangement à un passé révolu. Une sorte de rocher de Sisyphe qu’il convient de faire remonter à sa place avec les plus grandes difficultés, sans la moindre assurance qu’il ne redescende pas aussitôt vers les ténèbres d’un monde porteur de tous les maux.

Vox populi, vox dei

Qu’en est-il du présent ? Avec le passage au nouveau siècle marqué par les attentats du 11 septembre 2001, la guerre illégale conduite par les Américains en Irak en 2003, la crise financière de 2008, les mal nommés « printemps arabes » de 2011, la montée des populismes depuis le début des années 201530 en parallèle à une poussée de l’immigration clandestine vers l’Europe, la parité entre le PIB américain et chinois… ; il semble que la mécanique si bien huilée pendant plus d’une décennie ait commencé à avoir quelques légers ratés qui se transforment au fil du temps en embardées magistrales. Au désordre des idées succède le chaos des faits ! Trente ans après la chute du mur de Berlin, la terre semble perdre la boule31. Nous sommes aujourd’hui les témoins d’un retournement idéologique et politique sans précédent. « La démocratie libérale n’apparaît plus comme le modèle légitime. Elle est menacée de l’extérieur comme de l’intérieur. Elle doit être défendue d’abord en repensant le libéralisme, aussi bien politique qu’économique, car c’est la condition pour retrouver cette légitimité de la démocratie qui n’est plus évidente aujourd’hui comme elle l’était en 1989 »32.

À l’utopie de la mondialisation heureuse succède le retour des peuples et des nations33. Cette recomposition ne touche pas seulement les pays de l’ex-bloc soviétique mais tous les autres (Royaume-Uni avec le « Brexit », États-Unis avec l’élection de Donald Trump). Certains experts évoquent Le moment illibéral34 alors que d’autres parlent de Peuplecratie35. Une chose est certaine, le clivage gauche/droite qui prévalait durant la Guerre froide n’existe plus. S’affrontent aujourd’hui deux conceptions de la démocratie : l’une fondée sur les droits individuels et le respect des institutions ; l’autre faisant primer la souveraineté populaire et la volonté générale sur l’état de droit36

De Hongkong à Santiago, nous assistons à une contestation mondialisée37. Peuples38 et classes moyennes39 entendent manifester leur rejet d’un monde qui n’est ni le leur ni se préoccupe de leur bien-être. Ils le font aux quatre coins de la planète (Algérie, Bolivie, Chili, Egypte, France avec les « gilets jaunes »40, Guinée, Irak, Liban, Soudan…). Les mouvements qualifiés improprement de « populistes » progressent à chaque élection sans que cela n’inquiète outre mesure les dirigeants politiques qui ne semblent pas vouloir s’attaquer aux causes de ce phénomène aujourd’hui bien documenté. Tous partagent à des degrés divers un dénominateur commun, un antilibéralisme viscéral qui se nourrit du discrédit des élites déconnectées de leurs peuples. Peuples à qui l’on avait promis la démocratie et qui n’ont eu que le néolibéralisme41. Aujourd’hui, pour le politiste, Bertrand Badie42, « l’acte II de la mondialisation a commencé »43.

Les conséquences de cette lame de fond sont multiples : « tous les mécanismes qui ont été créées antérieurement pour garantir la paix sont assouplis ou menacés »44 ; en Europe, les organisations multilatérales peinent à remplir leur rôle (Union européenne, OSCE, Conseil de l’Europe, OTAN…) et cela d’autant plus que l’Alliance atlantique a été maintenue en vie en dépit des promesses occidentales de ne pas l’élargir vers l’est au-delà de la frontière entre les deux Allemagne (« l’otanisation » précipitée de l’Europe de l’est) ; « la construction de la Maison Européenne, dont l’élargissement a été rendu possible grâce à la disparition du mur de Berlin, s’est poursuivi sans la Russie » qui regarde désormais vers l’Asie… Alors que dans la ‘maison commune ‘ avec la Russie rêvée par Gorbatchev, l’Europe aurait pu avancer jusqu’au Pacifique, elle risque bientôt de voir s’ériger à sa frontière orientale une extension de la Grande Muraille de Chine qui prendrait la place du mur de Berlin disparu » 45. Sans parler du reste !

EXIGENCE PLANÉTAIRE : RECONQUÉRIR LA DÉMOCRATIE46

« L’histoire, comme une idiote, se répète mécaniquement » (Fermé la nuit, Paul Morand). Peut-être que oui, peut-être que non ! Mais, une chose est certaine : elle ne dit jamais son dernier mot et prend un malin plaisir à se rappeler au bon souvenir de celui qui l’ignore, pire encore de celui qui la foule aux pieds. Trente ans après la chute du mur de Berlin et ses conséquences immédiates, nous en avons aujourd’hui une illustration éloquente. La grammaire des relations internationales est en pleine réécriture, qu’on le veuille ou non. Il faut cesser de penser que nous résoudrons les crises du XXIe siècle avec des instruments, des mécanismes, des procédures imaginées au XXe siècle après la Seconde Guerre mondiale. Le monde ne sera plus comme avant. Certainement pas comme celui qui avait été pensé et mis en œuvre imprudemment, humiliant une grande nation (la Russie) tout en marquant le plus grand dédain pour les peuples, à partir de la décennie 1990. Entre Moscou et l’Occident, nous notons des lectures divergentes sur la fin de la Guerre froide47 qui ne sont pas de bon augure pour la suite. Se quereller sur la compréhension du passé n’est jamais porteur d’excellentes nouvelles pour le présent et le futur. Une chose est certaine comme l’écrivait en son temps Antonio Gramsci : « Un monde se meurt et un autre tarde à naître ». Le moins que l’on puisse dire est, qu’en trente ans, nous sommes passés de la chute du mur de Berlin à la montée inexorable du populisme.

27 Jean-François Kahn, La chute du mur qui protégeait les démocraties libérales, Marianne, 8-14 novembre 2019, pp. 42 à 45.
28 Article intitulé « La Fin de l’Histoire » paru dans le numéro de l’été 1989 de la revue National Interest, développé dans un ouvrage paru en 1992 intitulé « La Fin de l’Histoire et le dernier homme ».
29 https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fin_de_l%27histoire_et_le_Dernier_Homme
30 Dani Rodrik, Le populisme économique, seul moyen de contrer le populisme politique, Le Monde, Idées, 3-4 novembre 2019, p. 26.
31 Jean Daspry, Quand la terre perd la boule, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 novembre 2019.
32 Michel Duclos, Aujourd’hui, la démocratie libérale n’apparait plus comme le modèle légitime, Le Monde, 7 novembre 2019, p. 29.
33 Guillaume Berlat, Du retour des peuples à la revanche des peuples !, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 novembre 2019.
34 Ivan Krastev/Stephen Holmes, Le moment illibéral. Trump, Poutine, Xi Jinping : pourquoi l’Occident a perdu la paix, Fayard, 2019.
35 Ilvo Diamanti/Marc Lazar, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties, Gallimard, 2019.
36 Alexandre Devecchio, De la chute du mur de Berlin au grand désordre démocratique, Le Figaro, 31 octobre 2019, p. 14.
37 Nicolas Bourcier, De Hongkong à Santiago, une contestation mondialisée, Le Monde, 9 novembre 2019, pp. 24-25.
38 Tour du monde des révoltes, Marianne, 1er-7 novembre 2019, pp. 14-15.
39 Franck Dedieu/Soizig Quéméner, Le réveil des classes moyennes, Marianne, 1er-7 novembre 2019, pp. 10 à 13.
40 Natacha Polony/Soazig Quéméner, Les raisons de la colère sont toujours là, Marianne, 7-14 novembre 2019, pp. 7 à 13.
41 Jack Dion, On leur avait promis la démocratie. Ils n’ont eu que le néolibéralisme, Marianne, 7-14 novembre 2019, pp. 38 à 41.
42 Bertrand Badie, L’hégémonie contestée. Les nouvelles formes de domination internationale, Odile Jacob.
43 Bertrand Badie, « L’acte II de la mondialisation a commencé », Le Monde, 9 novembre 2019, pp. 28-29.
44 Mikhaïl Gorbatchev, Le futur du monde global, Le Monde, 7 novembre 2019, p. 29.
45 Andrei Gratchev, En 1989, personne n’était préparé à ce bouleversement historique, Le Monde, 7 novembre 2019, p. 28.
46 Éditorial, Une exigence planétaire : reconquérir la démocratie, Le Monde, 9 novembre 2019, p. 32.
47 Benoît Vitkine, Entre Moscou et l’Occident, divergences sur la fin de la guerre froide, Le Monde, 8 novembre 2019, p. 26.
 
 
CRÉTINERIES DE LOISEAU (SUITE) – Ali Baba. Cela faisait très longtemps que l’ex-ministre en charge des Affaires européennes, Nathalie Loiseau ne nous avait pas accablé de ses sornettes, de ses âneries, de ses inepties qui font tout son « charme discret ». Et voilà que notre sotte péronnelle livre aujourd’hui le tréfonds de sa pensée – plutôt son absence de sa pensée – sur le « Brexit » et d’autres sujets connexes à l’hebdomadaire Le Point48. Un monument d’inanité sonore comme à l’accoutumée avec madame Cui-Cui. Pour le plus grand bonheur de nos lecteurs, nous leur livrons l’intégralité de son entretien.

Début de citation

En pointe sur le Brexit, l’ancienne ministre des Affaires européennes d’Emmanuel Macron se tient aux côtés de ses alliés britanniques, les Libéraux-démocrates (Liberal Democrats, ou Lib Dems), au sein du groupe Renew Europe, à l’occasion de la campagne législative qui s’ouvre au Royaume-Uni. Au Parlement européen, Nathalie Loiseau préside la sous-commission Défense.

Le Point : Les Britanniques sont appelés aux urnes le 12 décembre. Boris Johnson apparaît comme le favori des sondages. Selon vous, vos alliés des Lib Dems, qui siègent avec vous au sein du groupe Renew, ont-ils une chance de renverser la table et de mettre un coup d’arrêt au Brexit ?

Nathalie Loiseau : Il était urgent qu’une clarification démocratique intervienne dans la crise britannique : la situation dans laquelle le Premier ministre ne disposait pas d’une majorité était devenue intenable. La campagne électorale a commencé et j’émets un souhait : qu’elle repose sur un vrai débat démocratique, loin des mensonges et de la propagande qui ont émaillé le référendum de 2016. Les Lib Dems sont les seuls à faire clairement campagne pour rester dans l’Union européenne. Ils ont raison, car le Brexit est un jeu de dupes et d’abord pour les Britanniques. Seront-ils entendus ? Je le souhaite.

Au cours de cette négociation, Boris Johnson a peaufiné une posture de « grand méchant inflexible ». Avec le recul, quel jugement portez-vous sur sa stratégie de négociation ?

La fermeté affirmée par Boris Johnson a été mise à rude épreuve : il avait juré « plutôt mourir » que de quitter l’Union européenne après le 31 octobre. Dieu merci, il est bien vivant, mais le Brexit n’a pas eu lieu. L’accord de retrait qu’il a conclu avec les 27 ressemble fortement au premier accord que nous avions présenté à Theresa May et qu’il avait vertement critiqué. Le Premier ministre avait affirmé ne pas craindre un « no deal », mais fait maintenant campagne en promettant d’éviter une absence d’accord. Je n’irai pas plus loin dans les commentaires et préfère saluer le talent du négociateur des 27, Michel Barnier, qui a abouti à un nouvel accord sans renier nos principes ni prendre personne de haut.

Boris Jonhson a adouci son discours à la Chambre des communes en expliquant que le Royaume-Uni était européen, que l’Europe était son avenir et son continent, mais qu’il ne croyait pas en une « union sans cesse plus étroite ». Il soutient qu’il est loin d’être le seul leader en Europe à soutenir cette position. Si le Brexit se passe finalement bien, d’autres États membres ne seront-ils pas tentés par une relation plus lâche avec l’Europe ?

Le Royaume-Uni vient de passer trois ans que personne n’envie et il est loin d’être sorti d’affaire. Négocier la relation future entre Londres et Bruxelles, ce que nous n’avons pas encore commencé à faire, prendra des années. Honnêtement, je ne vois pas quel dirigeant sensé aurait envie de se lancer dans une aventure pareille, au moment où les grands défis qui nous concernent réclament plus d’unité et moins de divisions.

La frontière irlandaise serait en mer du Nord, mais les contrôles douaniers seront le fait des Britanniques. N’y a-t-il pas ici un risque de s’en remettre à un État tiers pour contrôler l’entrée des marchandises dans le marché unique ?

Il a fallu respecter à la fois l’intégrité du marché unique européen, qui n’est pas négociable, et la souveraineté britannique sur son territoire, qui ne l’est pas davantage, tout en évitant de mettre en place une frontière physique qui aurait coupé en deux l’île d’Irlande. L’accord de retrait est un compromis qui permet ce double respect. L’Union européenne doit s’assurer qu’elle pourra inspecter la manière dont sont effectués les contrôles douaniers en mer d’Irlande.

Michel Barnier a décrit la relation future avec le Royaume-Uni ainsi : « Zéro taxe, zéro quota, zéro dumping. » Comment s’assurer du dernier terme ? Les Britanniques, souverains, pourront décider d’abaisser les standards sociaux et environnementaux à leur guise après signature de cet accord commercial…

L’Union européenne est le plus grand marché solvable du monde. En cela elle est attractive et c’est ce qui lui permet de fixer à quelles conditions on commerce avec elle. Plus le Royaume-Uni respectera nos normes et nos standards, plus la relation commerciale sera étroite. Si à l’inverse Londres voulait s’en éloigner, qu’il s’agisse du respect de l’environnement ou du droit du travail, les relations avec l’Union européenne en subiraient le contrecoup. Je m’interroge sur un point : les électeurs qui ont voté pour la sortie de l’Union européenne en 2016 ont-ils vraiment fait le choix de voir leur pays baisser fortement ses standards sociaux et environnementaux ? Il me semble que l’heure est venue pour que ce débat ait lieu au Royaume-Uni.

La Commission von der Leyen n’est pas encore entrée en fonction. Le Parlement ne semble pas très stable. Existe-t-il une majorité cohérente entre les Renew, les S & D et le PPE aujourd’hui pour soutenir la Commission von der Leyen ?

Lorsque la Roumanie, qui vient d’avoir un nouveau gouvernement, aura désigné son commissaire et que les derniers commissaires restants auront été auditionnés, le Parlement européen devra confirmer la Commission d’Ursula von der Leyen. Ce sera l’occasion pour les groupes politiques pro-européens de se positionner. Il est temps de sortir des postures politiciennes et que chacun se souvienne pourquoi il a été élu : les Européens nous demandent des résultats, rapidement, sur l’emploi, la transition écologique, le numérique, le commerce, les migrations, la défense… En ce qui concerne notre groupe, Renew Europe, nous sommes prêts.

Le premier candidat hongrois, M. Trocsanyi, un membre du PPE, a été éliminé en Commission JURI notamment par le vote négatif des élus Renew. Cette élimination a ensuite provoqué celle de Sylvie Goulard en réaction. N’était-ce pas une erreur après coup ? Et comment les Renew vont se comporter à l’égard du nouveau candidat hongrois, Oliver Varhelyi, qui est un proche de Viktor Orban ?

Le candidat hongrois a été rejeté par la commission des affaires juridiques à une large majorité, pour cause de soupçon de conflit d’intérêts. La candidate roumaine a également été rejetée et, comme le candidat hongrois, n’a pu se présenter à aucun poste de commissaire. Ce ne fut pas le cas de Sylvie Goulard, dont la candidature avait été validée par la commission des affaires juridiques. Par la suite, elle n’a pas réussi à convaincre. Je le regrette parce que le Parlement européen est passé à côté d’une Européenne très compétente49. Mais c’est déjà du passé. Je ne veux pas croire qu’il y ait dans l’esprit d’élus qui se disent sincèrement européens le type de calculs d’arrière-boutique auquel vous faites allusion. Si tel était le cas, ils devraient en rendre compte devant leurs électeurs. Encore une fois, souvenons-nous en permanence des attentes des citoyens européens : une Europe plus efficace, plus rapide et davantage à leur service.

Si l’Allemagne devait repartir vers de nouvelles législatives l’an prochain la suite du départ du SPD de la grande coalition, le projet européen serait-il de nouveau à l’arrêt faute d’un partenaire en position de décider ? Et que peut-on attendre d’une coalition inédite entre la CDU-CSU et les Verts allemands ?

Je ne fais pas de politique-fiction. Comparez ce qu’écrivaient les commentateurs politiques français en 2016 et ce qui s’est passé en 2017, cela pousse à l’humilité… Mais revenons à la relation franco-allemande : elle n’a jamais été facile et elle a toujours été stratégique. C’est encore le cas aujourd’hui. C’est parce que nos deux pays ont une culture politique, économique, budgétaire, bancaire, militaire très différente que les accords auxquels ils parviennent prennent certes du temps, mais sont solides et peuvent entraîner toute l’Europe. C’est ce qui se passe avec l’alliance des batteries électriques, avec les projets d’équipements de défense communs, avec demain, je l’espère, l’espace… Et la forte sensibilité de l’opinion allemande à la question de la transition écologique est une bonne nouvelle50.

Fin de citation

Comme dirait l’autre, ce n’est pas parce que l’on n’a rien à dire qu’il faut se taire. Il n’est nul besoin de nous livrer à une exégèse des propos de Nathalie Loiseau tant ils sont aussi insignifiants qu’inconséquents (Cf ceux concernant Boris Johnson ou Viktor Orban). Décidemment, Nathalie Loiseau ne peut s’empêcher de dire n’importe quoi, de se placer sur le seul terrain de l’anathème, de l’invective. Un grand classique chez elle. À l’évidence, comme nous l’écrivions dans nos dernières contributions, cette femme est malade et relève de la psychiatrie lourde que l’on soigne dans quelques établissements spécialisés de la capitale. Et dire que cette intrigante donne des leçons de morale à la terre entière alors qu’elle est la plus mal placée pour le faire après ses exploits du début de mandature européenne qu’elle a déjà oubliés ! Et dire qu’elle ne semble pas comprendre pourquoi on s’en prend toujours aux femmes… surtout à celles qui perdent la raison comme elle ! Et dire que Le Point ouvre ses colonnes à une telle effrontée ! On croit rêver. Cet hebdomadaire devrait troquer son titre actuel contre celui plus adapté de « torchon des délires ». Surtout lorsqu’il nous livre les dernières crétineries de Loiseau de mauvais augure. Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait (Michel Audiard) !

48 S. Ch., « Le Point » dans la gueule, Le Canard enchaîné, 6 novembre 2019, p. 8.
49 Nathalie Loiseau oublie que Sylvie Goulard trainait quelques affaires encombrantes dont l’une d’entre elle va lui valoir, au début décembre 2019, une mise en examen…
50 Emmanuel Berretta (propos recueillis par), Nathalie Loiseau : « Le Brexit est un jeu de dupes pour les Britanniques », www.lepoint.fr , 5 novembre 2019.
 
 
POUR THE ECONOMIST, JUPITER DYNAMITE L’EUROPE ET L’OTAN – Guillaume Berlat. « Les gens versatiles imitent tout, sauf l’honnêteté ; de même le caméléon prend, dit-on, toutes les couleurs excepté la blanche » (Les pensées d’un yogi, Paul Masson). Versatilité et caméléon, voici deux termes qui caractérisent à merveille la manière de gouverner, de régner de notre plus jeune président de la Cinquième République installé au 55 rue du Faubourg Saint-Honoré en mai 2017 ! Nous en avons des kyrielles d’exemples probants au cours des mois, des semaines, des jours précédents. Notre versatile inné et indécrottable joue aujourd’hui le procureur contre l’Union européenne et l’OTAN avec une vigueur peu diplomatique51 qui risque de poser problème à une majorité de ses alliés et partenaires. Et cela après en avoir été, durant tout l’acte I de son quinquennat, l’un des meilleurs et des plus zélés thuriféraires.

UN VERSATILE INNÉ INDÉCROTTABLE

Il est clair qu’Emmanuel Macron ne peut passer plus de quelques heures sans faire parler de lui. C’est plus fort que lui. Le chef de l’Etat est drogué aux médias à tel point qu’un sevrage médiatique s’impose au plus vite si nous ne voulons pas que l’acte II du quinquennat ne se transforme en vulgaire pièce de boulevard. Et, c’est malheureusement ce qui est en train d’advenir pour le plus grand mal du crédit de la France éternelle sur le grand échiquier européen et mondial. En effet, l’homme possède un défaut rédhibitoire pour un président de la République française, jeter aux orties aujourd’hui ce qu’il encensait hier. Une sorte de versatilité infantile gravissime à son niveau de responsabilité. Le président disruptif et jupitérien apparaît de plus en plus comme le gamin que les Français ont hébergé à l’Élysée. Un mauvais garnement incorrigible à la tête d’une « petite bande d’imbéciles et d’irresponsables » pour reprendre la désormais formule de son premier sinistre. Il est vrai que le chef de l’État est coutumier de ce changement de pied. Hier, il vilipendait Vladimir Poutine et Viktor Orban. Aujourd’hui, il reçoit le premier à Brégançon et le second à l’Élysée. Hier, il encensait son ami Donald Trump, reçu en grandes pompes pour le 14 juillet 2017 à Paris, qu’il avait personnellement convaincu de rester dans l’accord de Paris sur le climat dans celui de Vienne sur le nucléaire iranien. Aujourd’hui, depuis Pékin, il le critique vertement avec Xi Jinping pour s’être lancé dans une guerre commerciale contre son nouvel allié chinois. Et, le reste est à l’avenant comme toujours avec Emmanuel Macron. La vérité d’un jour n’est pas celle de toujours !

UN PROCUREUR CONTRE L’UE ET L’OTAN

Hier, il vantait les mérites incommensurables de l’Union européenne et de l’Alliance atlantique, solutions à tous nos problèmes du XXIe siècle. Aujourd’hui, il les accuse de tous les maux de la terre dans un entretien peu diplomatique accordé à l’hebdomadaire « The Economist »52. Que dit-il en substance ?

S’agissant de l’Union européenne, Emmanuel Macron s’alarme de la « fragilité extraordinaire de l’Europe », qui « disparaîtra » si elle « ne se pense pas comme puissance dans ce monde ». « Je ne crois pas dramatiser les choses, j’essaye d’être lucide », souligne le chef de l’État, qui pointe trois grands risques pour l’Europe : qu’elle ait « oublié qu’elle était une communauté », le « désalignement » de la politique américaine du projet européen et l’émergence de la puissance chinoise « qui marginalise clairement l’Europe ». Le président français, qui plaide pour une politique d’investissement active en Europe, a estimé jeudi que la règle sur le maintien du déficit public des pays de la zone sous la barre des 3 % du PIB relevait d’un « débat d’un autre siècle ». « Nous avons besoin de plus d’expansionnisme, de plus d’investissements. (…) Je pense que c’est pour ça que le débat autour du 3 % dans les budgets nationaux, et du 1 % du budget européen, est un débat d’un autre siècle »53.

Pour ce qui est de l’OTAN, Le chef de l’État a également dénoncé le fonctionnement actuel de l’OTAN à la lumière des récents actes et réactions de la Turquie et des États-Unis, notamment. « Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN », a déclaré Emmanuel Macron, l’expliquant par le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés de l’OTAN et le comportement de la Turquie, membre de l’alliance atlantique. Il faut « clarifier maintenant quelles sont les finalités stratégiques de l’OTAN », a affirmé le chef de l’État en plaidant de nouveau pour « muscler » l’Europe de la défense alors qu’un sommet de l’OTAN aura lieu à Londres début décembre. « Vous n’avez aucune coordination de la décision stratégique des États-Unis avec les partenaires de l’OTAN et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l’OTAN, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination. Ce qui s’est passé est un énorme problème pour l’OTAN ». Dans ces conditions, le chef de l’État s’interroge en particulier sur l’avenir de l’article 5 du traité atlantique, qui prévoit une solidarité militaire entre membres de l’alliance si l’un d’entre eux est attaqué. « C’est quoi, l’article 5, demain ? Si le régime de Bachar el-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager ? C’est une vraie question. Nous nous sommes engagés pour lutter contre Daech. Le paradoxe, c’est que la décision américaine et l’offensive turque, dans les deux cas, ont un même résultat : le sacrifice de nos partenaires sur le terrain qui se sont battus contre Daech, les Forces démocratiques syriennes », estime Emmanuel Macron.

La nécessité d’une défense européenne autonome54

Cela rend pour lui d’autant plus « essentiels, d’une part, l’Europe de la défense – une Europe qui doit se doter d’une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire – et, d’autre part, de rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie ». « Le président Trump, j’ai beaucoup de respect pour cela, pose la question de l’OTAN comme un projet commercial. Selon lui, c’est un projet où les États-Unis assurent une forme d’ombrelle géopolitique, mais, en contrepartie, il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. La France n’a pas signé pour ça », a-t-il averti55. Pour sa part, le futur haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité, l’espagnol Josep Borrell porte un jugement critique sur le fonctionnement de l’Europe : « La désunion nous paralyse » d’autant plus que Chine, États-Unis et Russie cherchent à diviser l’organisation56.

Au-delà d’un diagnostic bien senti, comment Emmanuel compte-t-il s’y prendre pour entraîner une masse critique derrière lui, la diplomatie étant avant tout un art d’exécution ? A-t-il les moyens et les alliés de sa politique ? Là est la question fondamentale qui mérite d’être posée à la veille d’échéances importantes pour l’avenir du multilatéralisme qui constituait, il y a peu encore, l’alpha et l’oméga de la philosophie du macronisme triomphant.

A Berlin, et comme cela était largement prévisible, la chancelière allemande Angela Merkel déclare ne pas partager la vision « radicale » d’Emmanuel Macron, soulignant que l’OTAN restait « la pierre angulaire de la défense européenne ». Elle enfonce le clou : « je ne pense pas qu’un tel jugement intempestif, soit nécessaire, même si nous avons des problèmes, même si nous devons nous ressaisir »57. Le message est on ne peut plus clair, on ne touche pas aux dogmes. En visite à Leipzig, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a jugé, lors d’une conférence de presse à Leipzig (Allemagne), que l’Alliance restait « historiquement un des partenariats stratégiques les plus importants ». Il en a profité pour rappeler l’exigence de Donald Trump (qui avait lui-même qualifié l’OTAN d’organisation « obsolète » en janvier 2017) aux pays membres de l’Alliance de mieux « partager le fardeau » de son financement. Le chien de garde de la mésalliance atlantique, le norvégien, Jens Stoltenberg a de son côté estimé que l’OTAN restait « forte » et que les États-Unis et l’Europe « travaillaient ensemble plus que nous ne l’avons fait depuis des décennies ». Interrogé par les journalistes, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a, pour sa part, souligné le « rôle extrêmement important » de l’organisation internationale sur la scène internationale, notamment en Irak et en Lettonie. « Des propos en or (…) Une parfaite définition de l’état actuel de l’OTAN », estime en revanche Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, sur Facebook.

Emmanuel Macron va découvrir, à ses dépens, que toute critique de l’Alliance atlantique n’est pas un long fleuve tranquille surtout si elle n’est pas accompagnée de propositions concrètes. Dans ce contexte de cavalier seul, on croit rêver lorsque l’on apprend qu’Emmanuel Macron rencontrera le 10 novembre 2019 Angela Merkel à Berlin, où le président français et la chancelière allemande participeront à un « moment de réflexion » sur le sens du projet européen à l’occasion du 30e anniversaire de la chute du Mur, a annoncé l’Elysée le 7 novembre 2019. Cela s’appelle une cacophonie diplomatique.

Le chef de l’État émet des critiques légitimes. Toutes choses qui ne sont pas fausses (tant pour l’Union européenne58 que pour l’OTAN59) qu’Emmanuel semble découvrir aujourd’hui et que nous cessons de répéter ad nauseam depuis des années dans notre magazine du lundi. Des choses qui mériteraient d’être débattues avec nos principaux partenaires de l’Union européenne et de l’OTAN avant d’être lancées dans la nature comme des grenailles dégoupillées. Souvenons-nous du brillant résultat du brillant discours de la Sorbonne sur la refondation de l’Europe qui a terminé sa brève existence dans les oubliettes de l’Histoire faute d’avoir obtenu un soutien de ses homologues. Ce énième coup de menton jupitérien risque rapidement de se transformer en coup d’épée dans l’eau et de se retourner contre son auteur tant lors du prochain conseil européen que lors du sommet du 70ème anniversaire de l’OTAN à Londres au début du mois de décembre. Une authentique politique étrangère consiste à avoir un objectif stratégique clair sur le long terme mis en œuvre avec volontarisme grâce à des moyens humains et financiers adéquates sur le court et le moyen terme qui sont l’essence de la diplomatie. Avec cet entretien iconoclaste tombé du ciel à l’hebdomadaire « The Economist » consistant à dynamiter l’Europe et l’OTAN, nous sommes à l’opposé de cela. C’est pourquoi cette énième saillie sera contreproductive même si elle pose, très maladroitement, de vraies questions de substance.

51 Luc de Barochez, L’OTAN en état de “mort cérébrale” : Macron renverse la table diplomatique, www.lepoint.fr , 7 novembre 2019.
52 “On the edge of a precipice”. Macron’s stark warning to Europe, The Economist, 7 novembre 2019.
53 Anne de Guigné, Le président s’attaque au dogme budgétaire des 3%, Le Figaro, 8 novembre 2019, p. 9.
54 Isabelle Lasserre, Macron veut réveiller « l’Europe puissance », Le Figaro, 8 novembre 2019, p. 9.
55 Macron : « L’Europe disparaîtra si elle ne pense pas comme une puissance dans ce monde », www.lepoint.fr , 7 novembre 2019.
56 Sylvie Kauffmann/Sandrine Morel/Jean-Pierre Stroobants (propos recueillis par), Josep Borrell : « La désunion nous paralyse », Le Monde, 9 novembre 2019, p. 2.
57 Nathalie Guibert/Jean-Pierre Stroobants, Pour Macron, l’OTAN en état de « mort cérébrale », Le Monde, 9 novembre 2019, pp. 1 et 3.
58 Guillaume Berlat, Jupiter l’européen : Leader maximo ou Looser maximo ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 novembre 2019.
59 Guillaume Berlat, Sale temps pour l’OTAN, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 novembre 2019.

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