Observatoire Géostratégique

numéro 276 / 30 mars 2020

ORIENT-ATIONS 260

JACQUES-MARIE BOURGET : « QUAND LA JUSTICE SERT A ELIMINER LES OPPOSANTS POLITIQUES » – 8 décembre. Evoquer le sort que la justice française réserve depuis deux ans à Alexandre Djouhri est un piège. Comme le dirai Ségolène Royal, si habile en sottise dans son langage impérial, « là, vous êtes perdant-perdant ». D’un côté, convaincus par les centaines d’articles de presse, et la force de frappe des « investigateurs » à la mode, Djouhri, même poursuivi sur la base d’un dossier vide, est « forcément coupable », comme le disait Marguerite Duras à propos du meurtre du petit Grégory. De l’autre vous avez vos amis, et des plus fidèles, eux « forcément » heureux de voir dégringoler Sarkozy avec la kyrielle de ses compères, qui vous tournent le dos au prétexte que vous trouvez à redire sur le sort de Djouhri, un homme assigné à résidence à Londres depuis bientôt 24 mois dans une totale indifférence.

Pourtant l’étude de son dossier est nécessaire et salutaire. Nous avons alors sous les yeux la description de magistrats utilisés comme arme pour flinguer les adversaires politiques les plus dangereux. Quand la chose se passe au Brésil, pour pendre le cas de l’innocent Lula, gens qui pensent bien hurlent au « fascisme ». En France on a pu dézinguer Fillon, un avare catho promis pourtant à la Présidence de la République, sans que l’on s’interroge sur les origines de son incrimination. Et la vitesse de son exécution. Cette disparition du cul béni de Solesmes n’aurait-elle pas ouvert les portes du pouvoir à un dénommé Macron ? Alors que le saint Bayrou, pourtant coincé par la patrouille au même moment que Fillon, n’a été mis en examen que dix-huit mois plus tard, c’était hier. Tandis qu’Alain Bauer, franc mac en chef, et gâte sauce de toutes les intrigues majeures, placé sous la menace d’une information judiciaire (avec son complice Augustin de Romanet, président d’Aéroport de Paris), n’a pas de nouvelles des juges qui examinent son cas depuis décembre 2014. Cinq années de dur labeur, et les magistrats du Parquet National Financier (PNF), n’ont toujours pas trouvé une minute pour nous dire que notre grand « criminologue », Bauer, est innocent. Pour les lecteurs non convaincus, j’ajoute que le sort réservé à Jean-Luc Mélenchon participe de ce mortifère outil politico-judiciaire : les perquisitions en escouades, dont lui, ses amis et son mouvement ont été les victimes, est indigne d’une juste justice. De l’action de magistrats sereins et apaisés. Alors que le bazooka de certains juges peut être redoutable, on peut laisser en vie un paquet d’individus soumis à des « enquêtes préliminaires » (ah, le délice des préliminaires), tandis qu’on coupe en quelques heures la tête de certains autres « pose question » comme le dirait BHL. Le PNF est l’exemple type des mystères de cette arme politico judiciaire. Pourquoi Fillon est-il descendu dans l’urgence alors que Bayrou peut, en même temps, tenir meetings de campagne aux côtés de son frère Macron ? Pourquoi Augustin de Romanet -donc président d’ADP- et son supposé complice Alain Bauer, continuent-ils de vaquer comme à l’ordinaire ? Mystérieux.

Ce PNF pâtit des maux de toutes les justices d’exception. En France, nous avons la justice « antiterroriste » qui, à sa tête, a un magistrat qui s’est fait naguère coincer par Wikileaks alors que, fonctionnaire français, il informait benoîtement des diplomates américains. Et nous avons donc ce PNF. Chargé en théorie de traquer les délinquants fiscaux. Pour faire comparaison en matière de justice d’exception, Einstein disait, « la justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique »…Nous n’en sommes pas là, mais parfois la fanfare déraille. Dans l’urgence le PNF a été créé par Hollande et Valls, avec Alain Bauer comme maître côché. Tout cet empressement pour faire oublier Cahuzac, ce ministre si chic et si loyal qu’il nous regardait dans les yeux en nous jurant qu’il « n’avait pas de compte en banque à l’étranger ». C’est alors qu’est né ce Parquet financier chargé de traquer les délinquants fiscaux. Mais, puisque politique et argent sont un vieux et solide ménage, en pistant les comptes en banque, on peut aussi mettre sur le gril n’importe quel élu. Quitte à l’innocenter, quelques mois plus tard, quand son élection est perdue.

Vous en déduisez qu’il existe un téléphone rouge entre l’Elysée et des magistrats. Bien sûr que non. Et ces derniers gardent, pour ceux du siège, leur « libre arbitre ». Ils n’agissent pas sans raison puisqu’il leur suffit de lire un article de presse, mettant en cause un citoyen, un élu par exemple, pour que la machine s’ébranle. Citons au hasard, si Plenel et Médiapart, si le magnifique Arfi désignent un gibier, le PNF se lance à toute blinde. Sauf pour les exactions supposées du Mollah Homard, plus connu sous le nom de François de Rugy.

Revenons au cas d’école, celui d’un Alexandre Djouhri pris dans la mâchoire du PNF. L’homme d’affaires kabyle n’est pas un politicien, mais un ami des « politiques », de Chirac à Sarkozy. Et pour cela on peut le soupçonner. C’est ce compagnonnage avec Sarko qui est à l’origine des déboires du flamboyant berbère. Même si le dossier Djouhri est vide -et il l’est- coincer ce petit beur du 9-3, qui a passé trop de temps dans les bureaux de Sarko et Guéant, dans ceux aussi d’as du CAC 40, c’est en même temps éclabousser la Sarkozy, la « tenir » comme on dit dans le milieu.

En réalité, outre le fait qu’il n’aurait jamais dû être fait prisonnier à Londres, à la demande de la France, il y a longtemps que le cas Djouhri devrait être dissocié de l’affaire du « financement supposé de la campagne de Sarkozy par la Libye ». Temporalité, au moment où le mari de Carla affutait ses lames et remplissait sa bourse pour conquérir le pouvoir, Djouhri, auprès de son fidèle Villepin (pire ennemi de Sarko) était un joueur qui portait le maillot de l’équipe Chirac. On le voit mal s’occuper des euros du futur président ? Mais pour les journalistes « investigateurs », qui sont aux magistrats ce que le tender était à la locomotive au charbon, un Djouhri dans l’affaire Sarko, ça fait banlieue, et forcément délinquant. Depuis le premier jour il a manqué à Alexandre un nom de famille plus convenable. Comparable à celui d’Augustin de Romanet, par exemple. Dans l’affaire Djouhri le racisme, pas celui des magistrats -forcément exemplaires-, mais dans le ressort de l’accusation ordinaire, dans les bouches de barbouzes, hommes de l’ombre qui suivent pas à pas le dossier du kabyle, le « Bougnoule » est toujours présent en tant que pas de souche. Pour eux « Le Bougnoule », donc, est un nom code, j’allais dire un nom propre. On trouve dans cette fraternité de reitres un néo-nazi et quelques fondateurs d’un vieux parti fasciste français. Eux sont là pour « informer » les journalistes, parfois à l’aide de faux procès-verbaux. Voilà pourquoi, proie médiatique idéale, la présence du « Bougnoule » est devenue indispensable dans le casting destiné à dégommer Sarkozy.

En passant, je vous livre mon point de vue, qui ne fait pas loi, sur le « présumé financement de la campagne Sarkozy par Kadhafi ». Le dossier finira (quand ?) dans le mur. Et ne sera jamais jugé faute de preuves ayant une matérialité assez épaisse. En 2014, un site Internet a publié une information passée inaperçue : « Selon un grand militant de la cause Arabe, à la fois intime de Kadhafi et proche de la France, de l’argent pour la campagne de la présidentielle française a bien quitté les caisses du Tripoli, mais pour atterrir sur des comptes en Allemagne. Et Sarkozy n’en n’était pas l’unique bénéficiaire ». La crédibilité de la source, que je connais, est si forte qu’on ne peut pas esquiver cette hypothèse sans y croire.

Le reste ? Les documents réputés implacables, les valises de Takieddine livrées dans les palais de la République, les troublants voyages entre Paris et Tripoli, ont trait à de l’argent volé et rien d’autre. Nous sommes ici en face d’une petite meute de politiciens aigrefins, et d’aigrefins politiciens, qui veulent gagner des millions en laissant croire qu’ils sont capables de faire tomber le mandat d’arrêt français lancé contre Senoussi, beau-frère du Guide et chef des services secrets. Alors que cette brute est impliquée dans le sabotage du DC 10 d’UTA, avec 170 morts envoyés au cimetière. Les autres dollars vagabonds sont liés à des supposés « contrats du siècle », à des rétro-commissions pour des marchés plus ou moins exécutés. En fait une activité corruptrice et mafieuse. Et le nom de Djouhri n’apparait jamais dans ces trafics. Lui, on lui reproche la vente à un prix très largement surévalué d’une villa sise à Mougins, l’acheteur étant un fonctionnaire libyen, Bachir Saleh… Parfait. Mais, aujourd’hui même, dix ans après cette transaction, le PNF n’a pas démontré que cette bâtisse était la propriété de Djouhri. Ni retrouvé les millions du trop versé.

A ce point, le PNF croit savoir que, sous le camouflage d’une vente de tableaux, 500 000 euros sont alors revenus dans les poches de Guéant, le Flambeau de Sarko. Pas de chance là aussi. En dépit d’un déplacement en Malaisie, où un avocat dit avoir acheté les toiles de Guéant, le juge d’instruction n’a trouvé aucune preuve. Au point qu’il n’a pas mis en examen ce trop généreux acheteur. Toujours aucune trace de Djouhri dans ce micmac. Sous la réprobation de la Ligue des Droits de l’Homme, le juge Tournaire, qui a longtemps dirigé le dossier « libyen », s’en est allé investiguer à Djibouti, où les portes se sont ouvertes devant lui au prétexte qu’à Paris, il a consenti à mettre en examen, pour « terrorisme », un opposant djiboutien réfugier politique à Paris.

Pour faire la lumière sur les supposées turpitudes de Djouhri, la loi aurait voulu qu’il lui soit expédié, à son domicile en Suisse, une convocation tamponnée par les autorités helvètes… Et bien non. Le PNF, sans tambours ou cornemuses, lance un Mandat d’Arrêt Européen (MAE) contre Djouhri. Et les Suisses, sans rien dire, le cachent dans un tiroir et refusent de l’exécuter.

C’est en prenant l’avion pour aller voir sa fille à Londres, que le kabyle est prévenu par la police de l’aéroport de Genève : « vous êtes recherché ». Et les policiers le laissent partir pout l’Angleterre où un traitement spécial l’attend. Il est emprisonné, dans la section de « camés », dans la pire prison de la Reine. Et promené, souvent nu, au bout d’une chaine de trois mètres. Menacé par une maladie cardiaque congénitale, celle-ci se déclenche et nécessite une opération de sept heures. Lors d’un premier soin, même couché sur un « billard », il est toujours ficelé à sa chaine et à un gardien. Plus tard c’est encore contenu par des maillons et des cadenas qu’il repose sur son lit d’hôpital. Les experts vont alors décrire un « traitement inhumain ».

Le M AE, le mandat qui l’accable et le déclare « en fuite », alors qu’il n’a jamais imaginé de cavale, est nourri d’un article de Médiapart, d’un extrait d’un livre d’Anne Lauvergeon (ancienne patronne d’Areva aujourd’hui mise en examen) et de « notes blanches » de la DGSE. Autant de « documents » qui n’ont aucune valeur juridique. Sur ce MAE, les conseils de Djouhri évoquent même un « faux en écriture… » C’est dire !

Finalement, libéré pour raison de santé, le kabyle doit vivre chez sa fille et pointer chaque jour au commissariat. Contrairement aux usages, Jean-Pierre Jouyet, ancien ministre de gauche de droite et d’ailleurs, père putatif de l’existence politique de Macron, qui est alors ambassadeur à Londres, n’a envoyé aucune « assistance consulaire » au prisonnier français. Une première fois, dans le but d’une extradition, Djouhri passe devant une inflexible magistrate de la Couronne. C’est elle qui vient de déclarer qu’Assange doit être expédié aux USA. Pour le français, la sentence est comparable. Ce n’est que plus tard que l’on va découvrir que cette juge parfaite est l’épouse d’un ancien ministre de la Défense, un homme qui assiste un cabinet d’influence ayant Uber comme client. Un Uber interdit d’activité à Londres par le maire de la ville. Et que croyez-vous qu’il arriva ? L’épouse juge va, de nouveau, autoriser Uber à exercer.

En mauvaise santé, Djouhri, qui relève d’une greffe du cœur, attend. Aux dernières nouvelles le PNF laisse entendre aux anglais qu’avec sa « surface financière », le kabyle peut très bien convoquer ses médecins suisses à Londres. Et pourquoi pas ouvrir une clinique ?… Un acharnement qu’on ne comprend que si l’on revient à notre point de départ : une mise en examen, ce qui est le cas de Sarko, est un outil politique. Si Djouhri n’est pas « sorti » du dossier « libyen » c’est que cette décision viendrait fragiliser l’ensemble du dossier, celui du « financement supposé de la campagne présidentielle». Sarkozy doit rester un empêché judiciaire, un relégué. Une menace de condamnation doit continuer de peser sur lui et lui interdire d’être à nouveau candidat à l’Elysée. Hypothèse plausible, Balkany a bien annoncé, depuis sa cellule, qu’il veut être réélu maire de Levallois. La volonté de contenir Sarkozy fait de Djouhri, coincé dans un dossier dans lequel il n’a rien à faire, un dégât collatéral, celui d’une stratégie politicienne de l’Elysée.

Pourtant, le 12 décembre prochain, le film risque de se terminer sans plus de suspense. Sauf miracle de dernière heure, la Cour Européenne va décider que tout Mandat Arrêt Européen émis par un procureur français est invalide. En effet, pour les magistrats de l’Union, les procureurs tricolores sont soumis aux ordres et aux pressions de la politique et ne sont pas des magistrats agissants librement. Ils ne sont plus en situation juridique d’émettre des mandats légaux et de traquer le kabyle ou tout autre.
 
 
ROGER AKL SE PENCHE SUR UNE EVENTUELLE « RESURRECTION LIBANAISE » – 4 décembre. Depuis plus d’un mois le Liban est sujet à une attaque économique, sans précédent, de la part des Américains, à tel point que les Libanais sont au bord de la faillite financière. Que voulaient-ils ? Que les Libanais se révoltent contre le Hezbollah et le désarment et, s’il le fallait, provoquer un coup d’état militaire et même une guerre civile et confessionnelle contre le Hezbollah. Non seulement les USA ont échoué dans cette entreprise, mais encore, ils sont en train de payer cher le prix de leurs bêtises. Ils ont voulu acheter l’armée libanaise au rabais. Et cela se retourne contre eux et leurs alliés israéliens ! Lisez les deux articles dans les sites suivants et vous comprendrez :

Les alliés d’Israël, occidentaux et arabes, ont cru tromper les Libanais en leur faisant croire qu’ils les aimaient et ont tellement affaibli le Liban militairement, que le peuple a créé sa résistance, contre l’agresseur, qui fut principalement chiite, car la majorité de la population du Sud-Liban est chiite; et ce fut le Hezbollah, mais avec ses alliés chrétiens, sunnites, druzes, gauchistes, libéraux et autres. On a traité le Hezbollah de "terroriste", mais les Libanais savaient où se trouve leur intérêt (il ne faut pas oublier leur origine phénicienne qui a appris au monde à lire et à écrire). Ils ont donc fait le principe principal de leur défense dans l’alliance entre le peuple, l’armée et la résistance. Et les Américains, se croyant intelligents, ont voulu exciter le peuple et l’armée contre la seule force qui possède des armes efficaces contre Israël, dont des missiles. Cette force, le Hezbollah a démontré par ses victoires sur Israël, les seules depuis la création de ce pays agresseur, sa capacite à sauver le Liban. Et les Américains croyaient les Libanais assez imbéciles pour se faire payer leur trahison avec des miettes. Vous comprendrez mieux en lisant les deux sites ci-dessous. Ce qui m’étonne, c’est que les Européens leur obéissent encore.

http://french.presstv.com/Detail/2019/12/03/612724/Liban-les-USA-font-souffler-la-flamme#

http://french.presstv.com/Detail/2019/11/24/612005/Liban–manifestation-a
 
 
L’ABEILLE (un ancien de l’ALAT) NOUS DIT : « APRES LE TEMPS DU DEUIL, CELUI DES VRAIES QUESTIONS » – 3 décembre. Maintenant qu’a eue lieu la cérémonie pour nos 13 frères d’armes, permettez-moi de vous livrer le point de vue d’un ancien de l’ALAT ayant commandé une escadrille de combat. Au-delà de la recherche nécessaire du pourquoi du comment, l’élément qu’il me semble important de souligner est celui de l’entrainement au combat. Le Lt Bockel était jeune pilote, le Cne Frison-Roche était jeu chef de patrouille, tous deux à leur 1ère OPEX, jeunes « becs jaunes » entre 500 et 1000 heures de vol, l’âge de tous les dangers, début de confiance en soi… on devient « bec noir » à 1000h de vol, et encore… J’aimerais connaître le nombre d’heures de vol mensuel depuis 3 à 5 ans de chaque pilote et en particulier d’entrainement tactique de nuit. Les flottes de Tigre ont en métropole des taux de disponibilité indigents car toutes les ressources sont concentrées sur les théâtres. Rien de nouveau, sauf qu’être engagé en mission réelle, en vol tactique de nuit sous jumelles de vision nocturne, cela exige un entraînement important et régulier pour « ancrer » les réflexes, pour « sentir » qu’un truc cloche, pour simplement éviter l’erreur et ne jamais oublier qu’avant chaque changement de trajectoire, on doit annoncer la sécurité vers le haut, sécurité vers le bas, sécurité à gauche, sécurité à droite. C’est une discipline de fer quand on n’a que 40° de vision et qu’il faut sans cesse tourner la tête pour toujours maîtriser au moins 240° de vision. Tout cela à 10 ou 20 mètres-sol et à 200 km/h. Dans les années 1990, les chefs de bord faisaient 250h/an et les pilotes 200h/an. Désormais, c’est la misère toute l’année et le rush avant l’OPEX et pendant l’OPEX.  Et encore convient-il de ne pas faire trop de remplissage de carnet de vol avec des séances d’entrainement à la noix ou en place arrière par facilité, pour « piloter les indicateurs ». Tel doit être le leitmotiv de tout commandant d’unité : tactique, tactique, tactique… rares sont ceux qui ont les moyens de se plier à cette ascèse dans un milieu où beaucoup se veulent plus pilotes que militaires. Dans l’absolu, à moins de 150/180h par an à un rythme de 20H par mois sur 10 mois en moyenne, il est difficile d’être au « top » dans une discipline qui l’exige. Encore une fois, pas de procès d’intention quand on ne dispose pas des éléments d’analyse mais c’est cette analyse des chiffres actuels qui permet de dire si les équipages étaient réellement bien préparés. Le sujet est vaste et réservé aux seuls connaisseurs. Surtout pas de procès, pas maintenant… Le Luc il y a 2 ans, Mali aujourd’hui…la question doit être posée, ne serait-ce que par rigueur et honnêteté. On paye sans doute d’avoir privilégié « la maquette » au détriment du système de maintenance. Dépenser presque autant en budget de maintenance aéronautique qu’en budget de maintenance, c’est une équation qui a toujours eu du mal à passer, surtout quand le chef d’état-major des armées se fait « éjecter » pour avoir osé rappeler certaines évidences.
 
 
CINQ LEÇONS SUR UNE VISITE EN CHINE : UN MUNICH DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE ! – Guillaume Berlat. « Jamais (…) une génération n’est tombée comme la nôtre d’une telle élévation spirituelle dans une telle décadence morale » (Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen, Stefan Zweig). Comme nous l’avions fait un mois après le sommet du G7 de Biarritz, nous avons jugé bon de rééditer l’exercice avec la dernière visite effectuée par le président de la République française, Emmanuel Macron en Chine (4-6 novembre 2019). Visite présentée à chaud comme un miracle de la diplomatie jupitérienne par notre vénéré clergé médiatique dopé aux fameux éléments de langage (EDL) administrés par les communicants du château de l’Élysée1. Visite jugée au fil des semaines comme une étrange défaite par quelques éminents esprits attachés à la vérité des faits chère à Hannah Arendt, en particulier venant d’Outre-Rhin ! Qu’en est-il au juste en essayant de faire preuve du maximum d’objectivité ? Pour la commodité de la présentation, nous avons pris la liberté de nous inspirer des Cinq leçons sur la psychanalyse de Sigmund Freud (1909) pour tenter de tirer les Cinq leçons sur une visite en Chine.

PREMIÈRE LEÇON : UNE FRANCE COUCHÉE DEVANT LA CHINE

Au prix de l’attribution de quelques malheureux contrats (nous sommes en réalité loin des chiffres astronomiques servis par le chef de l’État, un classique de la diplomatie chinoise), Emmanuel Macron a fait fi de la diplomatie des valeurs dont il se rengorge en permanence. Contrairement à ce qui avait été annoncé avant son déplacement, il s’est bien gardé d’aborder le sujet sensible de la situation à Hongkong laissant les paroles à l’eau de rose à la partante Federica Mogherini et les admonestations viriles à Donald Trump. Si tant est même que le sujet ait été abordé lors des entretiens en tête-à-tête avec le président Xi Jinping, il l’a été dans des termes tellement édulcorés que cette démarche a été totalement inutile. Cerise sur le gâteau, nous apprenons que la patrie auto-proclaméee des droits de l’homme a refusé de recevoir la délégation de manifestants hongkongais en tournée en Europe… pour ne pas fâcher Pékin ! Pitoyable. Le programme de la visite avec ses différentes étapes (commerciales et politiques) traduit la faiblesse de la position de la France en Chine quoi qu’en dise notre humoriste franco-chinois, surnommé « le mandarin »2, qui fut un temps premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, dans les médias à tour de bras3. En d’autres termes, ce déplacement essentiellement médiatique, démontre, s’il en était encore besoin, le déséquilibre de la relation franco-chinoise, l’asymétrie diplomatique criante. Il n’est que le strict reflet des différences d’échelle des deux États dans le concert des nations. Si les mots ont encore un sens dans notre belle langue française, Emmanuel Macron est allé à Canossa quoi qu’il en dise lors de sa visite en Chine. Il n’est pas parvenu à impressionner les plus hauts dirigeants de l’Empire du Milieu du haut de ses quatre décennies d’enfant gâté. Il les a fait rire sous cape. Ils l’ont traité tel un vilain garnement que l’on réprimande.

DEUXIÈME LEÇON : UNE FRANCE VIOLANT L’ALLEMAGNE

La présence d’une secrétaire d’état allemande – ne pesant rien sur l’échiquier allemand – incorporée en dernière minute dans la délégation française, pour donner l’apparence, trompeuse au demeurant, d’une symbiose parfaite entre Paris et Berlin ne trompe aujourd’hui personne à en croire la très sérieuse presse allemande alimentée à bonne source. La chancelière allemande était opposée à ce mélange des genres, une visite bilatérale est avant tout une visite bilatérale et non un caravansérail où une chatte ne retrouverait pas ses petits. Pour faire bonne figure, elle a cédé à un caprice du gamin que les Français ont mis à l’Élysée en mai 2017. Ni plus, ni moins, les Allemands n’ont pas exactement les mêmes intérêts que les Français en Chine. Ils estiment être les mieux placés pour les défendre quoi qu’en pense le président de la République. Et cela est d’autant plus vrai que nous vivons actuellement une période de crise franco-allemande sans précédent depuis 19634. Berlin n’a toujours pas digéré la sortie contre l’OTAN d’Emmanuel Macron dans The Economist (7 novembre 2019), sachant que le sujet de l’Alliance atlantique est sensible à Berlin5. Tout ceci relève d’une maladresse coupable dont les Chinois tireront le plus grand bénéfice, diviser les 27/28 pour mieux régner. Voici les termes par lesquels Angela Merkel aurait tancé Jupiter après sa sortie sur « la mort cérébrale de l’OTAN » : « J’en ai marre de ramasser les morceaux. Encore et encore, je dois sans cesse recoller les tasses que vous avez cassées pour que nous puissions ensuite nous asseoir et prendre une tasse de thé ensemble ». On ne saurait être plus clair. Elle n’apprécie pas du tout d’être pris au dépourvu alors qu’elle rencontre régulièrement le président français. La coopération franco-allemande suppose un minimum d’information préalable avant de se livrer à ses saillies médiatiques mettant en cause les dogmes des uns et des autres.

TROISIÈME LEÇON : UNE FRANCE EFFAÇANT L’EUROPE

La présence d’un commissaire européen – dont on ne se sait toujours pas qui il représentait et le mandat dont il disposait – relève de la farce diplomatique jupitérienne. Emmanuel Macron n’a toujours pas compris que les questions commerciales internationales constituent une compétence communautaire à l’inverse de la politique étrangère, de sécurité et de défense. Vouloir traiter comme un grand ces questions avec les Européens constitue une double faute. Une faute juridique, d’abord dans la mesure où nous nous mêlons de ce qui n’est pas de notre ressort. Ceci est impardonnable de la part d’un président qui voulait refonder l’Europe dans son fameux discours de la Sorbonne de l’automne 2017. Une faute politique ensuite en raison de notre poids ridicule face au géant chinois (comme américain du reste). Dans ce contexte, il serait préférable de laisser les 27/28 peser de tout leur poids pour négocier à armes égales avec Pékin et non de manière dispersée et confuse comme le fait Emmanuel Macron. Ce faisant, le président de la République fait les délices des Chinois qui n’en demandaient pas tant. Disposer d’un idiot utile au sein de la machine européenne allait au-delà de leurs espérances ! Comment peut-on se prétendre un européen stigmatisant nationalistes, souverainistes, populistes et en même temps jouer perso uniquement pour flatter son ego de porte-parole d’un Occident en voie d’effacement de la scène internationale. Une fois de plus, la diplomatie française telle que portée par Emmanuel Macron frise le ridicule tant elle fait de plus en plus figure de bateau ivre sans cap ni boussole6.

QUATRIÈME LEÇON : UNE FRANCE LÂCHANT LES ÉTATS-UNIS

En dépit des multiples divergences existant entre les États-Unis et la France, il est inadmissible qu’Emmanuel Macron ait pris fait et cause pour la Chine à propos du différend commercial opposant Pékin et Washington. D’une part, Donald Trump est le premier président américain à mener ce juste combat contre la Chine, combat que la France et l’Union européenne devraient partager et auraient dû mener depuis belle lurette. D’autre part, il est grotesque de prétendre que le marché chinois est ouvert alors que toutes les études sérieuses démontrent le contraire. Demandez à nos entreprises françaises travaillant sur ce marché de vous dire ce qu’elles pensent de tout cela. En prime, la courtoisie élémentaire veut que l’on s’abstienne d’enfoncer un allié devant un autre État qui n’est qu’un partenaire et qui nous traite avec peu d’égards. Par ailleurs, Donald Trump, contrairement à la patrie autoproclamée des droits de l’homme qu’est la France, met ses actes en harmonie avec ses paroles. L’adoption d’une loi prodémocratie sur la situation à Hongkong en est la preuve alors qu’Emmanuel Macron est resté bien silencieux sur le sujet lors de sa visite à Pékin, illustration de sa faiblesse sur la scène internationale. Nous devons traiter avec un minimum d’égard le peuple américain sans pour cela tomber dans la servitude volontaire. À tout le moins éviter les revirements incessants qui nuisent à notre crédibilité.

CINQUIÈME LEÇON : UNE FRANCE IGNORANT LA DIPLOMATIE

Qu’est-ce au juste que la diplomatie ? Tournons-nous vers une grande figure de la littérature française, Honoré de Balzac pour en savoir un peu plus que ce que nous débitent les perroquets à carte de presse sur les chaines d’abrutissement en continu ! Voici ce qu’il écrit et qui devrait être médité par nos dirigeants : « La diplomatie, c’est la science de ceux qui n’en ont aucune et qui sont profonds par leur vide, science d’ailleurs fort commode, en ce sens qu’elle se démontre par l’exercice même de ses hauts emplois ; que, voulant des hommes discrets, elle permet aux ignorants de ne rien dire, de se retrancher dans des hochements de tête mystérieux ; et qu’enfin l’homme le plus fort en cette science est celui qui nage en tenant sa tête au-dessus des évènements qu’il semble alors conduire, ce qui devient une question de légèreté spécifique. Là, comme dans les arts, il se rencontre mille médiocrités pour un homme de génie ». Et ce portrait sans langue de bois va comme un gant à notre brillant chef de l’État. Car comme le soulignait si justement ce maître de la diplomatie que fut Talleyrand : « Il y a deux classes de qualité qui entrent dans la composition de l’esprit et de l’honneur de la profession de diplomate : les qualités de l’âme et les qualités de l’esprit ». Deux qualités qui font cruellement défaut à notre pétillant président de la République comme l’a amplement démontré sa catastrophique visite en Chine. Et, nous pesons bien nos mots. La diplomatie, c’est avant tout connaître les faits et connaître les hommes. S’il connaît a priori les premiers (même si parfois nous avons quelques doutes sur sa connaissance concrètes des dossiers), il ignore à l’évidence les seconds (comme nous le montre sa méconnaissance abyssale de l’âme française). Avec Emmanuel Macron, on peut dire que l’histoire de la diplomatie française se résume en deux mots : infatuation et défaillance.

« Les diplomates ne sont utiles que par beau temps fixe. Dès qu’il pleut, ils se noient dans chaque goutte » (Charles de Gaulle).

La connaissance de l’Histoire nous apprend à nous méfier comme de la peste des pétards diplomatiques, des rencontres internationales présentées par l’une des parties – la France tout particulièrement – avec des qualificatifs excessifs, dithyrambiques. Et, les exemples de ces « bobards » (« fake news ») à jet continu de l’Élysée et du Quai d’Orsay ne manquent pas. Il y a quelques mois encore, nous apprenions que le combat contre Daech en Irak et en Syrie s’était conclu par l’élimination définitive de ce cancer. Aujourd’hui, le ton est plus nuancé. Nous avions libéré la Libye du joug du dictateur sanguinaire, ouvrant une ère de démocratie et de stabilité pour le pays et la région. Nous encaissons un chaos généralisé. Accueillies en libératrices au Mali sous François Hollande, elles sont considérées comme force d’occupation sous Emmanuel Macron avec 13 militaires français à la clé. Bachar Al-Assad était promis à une mort subite à l’été 2012 par Laurent Fabius. Il est toujours là et accorde un entretien à Paris Match. Cela s’appelle de gros « bobards » ou des erreurs stratégiques impardonnables. Toutes choses égales par ailleurs, nous pourrions dire que les cinq leçons sur la visite en Chine d’Emmanuel Macron nous conduisent à la conclusion d’un Munich de la diplomatie française ! »>

1 Guillaume Berlat, L’Europe « en même temps » l’empire du milieu !, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 novembre 2019
2 Brice Pedroletti/Harold Thibault, Raffarin le mandarin, Le Monde, 7 décembre 2019, p. 23.
3 Jean-Pierre Raffarin, Chine. Le grand paradoxe, Miche Lafon, 2019.
4 Isabelle Lasserre, Le tandem Merkel-Macron, incarnation d’une brouille franco-allemande, Le Figaro, 26 novembre 2019, p. 6.
5 Guillaume Berlat, Pour The Economist, Jupiter dynamite l’Europe et l’OTAN, www.prochetmoyn-orient.ch , 11 novembre 2019.
6 Anne Rovan, Tusk règle ses comptes avec Macron, Le Figaro, 6 décembre 2019, p. 8.
 
 
LA COMMISSION V.D.L. OUVRE LE BAL DES FAUX-CULS – Jean Daspry. « Le présent accouche, dit-on, de l’avenir » (Voltaire). Le moins que l’on puisse dire est que l’accouchement du nouvel exécutif européen s’est fait au forceps7. Du jamais vu dans l’histoire récente du « Volapük intégré », pour reprendre la formule rendue célèbre par le général de Gaulle lors d’une conférence de presse en 1962. Tout le monde s’extasie devant le Divin Enfant qui va porter haut la démagogie au pouvoir. Mais, Dieu soit loué, l’on nous promet urbi et orbi une Europe qui va désormais nous protéger. C’est que la France en a bien besoin tant elle est affaiblie à Bruxelles.

IL EST NÉ LE DIVIN ENFANT

La nouvelle commission européenne a dépassé d’un mois le terme réglementaire de la délivrance. En effet, par malchance, la mauvaise troupe des 28/27 (avec une incertitude sur le sort du Britannique en raison des avatars du « Brexit ») commissaires comportait trois garnements (deux femmes et un homme) qu’il a fallu évacuer du groupe avec perte et fracas, pour satisfaire aux exigences de compétence et de probité du au nouveau parlement. Comme par hasard, l’une d’entre elles, était française (Sylvie Goulard). Elle a dû laisser place nette à un homme (Thierry Breton) en dépit de quelques casseroles qu’il traîne à ses basques. Mais, ne boudons-pas notre plaisir, depuis le 1er décembre 2019, premier jour de l’avent, les citoyens européens respirent ! Ils disposent d’une structure censée représentée l’intérêt général européen. Concept dont même les plus grands experts de la chose européenne sont incapables de fournir une définition précise ! Mais, ne nous arrêtons-pas à pareil détail. Il est né le Divin Enfant. Il a pour nom Ursula von der Leyen (V.D.L.). Il est allemand et se porte bien. Il a de qui tenir, sa mère spirituelle, Angela Merkel ou Mutti est solide. Il est porteur de promesses insoupçonnables pour le moloch européen. La blonde présidente de la Commission européenne sera assistée d’un président du Conseil aguerri, le belge Charles Michel (« homme du bon sens européen », nous dit-on !8 en se gardant bien de définir ce concept) et d’un Ersatz de ministre européen des Affaires étrangères, de la Défense et autres carabistouilles technocratiques, l’espagnol Josep Borrell9. Une Sainte Trinité pour sauver « une Europe au bord du précipice » (Emmanuel Macron, The Economist, 7 novembre 2019).

LA DÉMAGOGIE AU POUVOIR

Pendant que les partants soignent leur sortie10 et peinent à sécher quelques larmes de regret comme l’alcoolique invétéré luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, peinant à marcher11), les arrivants font assaut d’imagination, pour ne pas dire de démagogie. Cela ressemble au catalogue de la Redoute (pour les anciens) ou aux bonnes affaires du « Black Friday » d’Amazon (pour les modernes) que l’on consulte goulument avant les fêtes de Noël. Ursula nous promet des miracles à la tonne : « Il faut une réforme complète de l’immigration eu Europe » (mazette !) ; « L’Europe doit s’affirmer et se réformer » ; « elle doit se muer en force géopolitique face aux défis posés par la Chine, les États-Unis et la Russie12. Le nouveau président du Conseil souligne que « L’Europe doit défendre ses intérêts avec plus d’audace »13. C’est tout à la fois du style, demain on rase gratis et « yes we can ». On n’en croit pas ses yeux et ses oreilles tant c’est du lourd, comme diraient les « spin doctors ». Et de nous asséner que l’Union européenne doit être le fer de lance du combat pour la protection de la planète14. Et, les idiots utiles n’ont de cesse de tresser des couronnes de lauriers aux nouveaux/nouvelles venu(e)s pour les encourager à relever les immenses défis qui sont devant eux15 et l’ampleur des chantiers16. Comme par un heureux hasard, Nathalie Loiseau de mauvais augure, y va de sa platitude habituelle : « Ursula von der Leyen est une vraie Européenne. C’est aussi quelqu’un qui avance prudemment et qui ne se laisse pas impressionner par le tumulte médiatique »17. Il est vrai qu’elle en connait un rayon en matière de tumulte médiatique. L’espace de quelques instants, l’Union européenne semble sortie de sa torpeur dans laquelle l’a plongée la mauvaise fée Albion avec son perfide « Brexit ». Les « vents mauvais » semblent derrière nous. Comme on le dit aujourd’hui, c’est que du bonheur aux quatre coins du continent.

L’EUROPE QUI PROTÈGE… ENFIN !

Telle Lazare, l’Europe va renaître de ses cendres et nous allons voir ce que nous allons voir. Ces méchants mécréants, qui ont pour nom Poutine, Trump et Xi Jinping n’ont qu’à bien se tenir. La nouvelle « dream team » européenne va leur montrer de quel bois l’Europe se chauffe. Finies compromissions, soumissions, dépendance, servitude, couleuvres avalées sans coup férir… ! Le temps est à « l’autonomie stratégique », pour reprendre le vocabulaire remis au goût du jour par le Leader incontesté de l’Europe au XXIe siècle, Jupiter l’homme qui n’ambitionne pas moins de tordre le cou à une OTAN « en état de mort cérébrale » et à faire le bouche-à-bouche à une Europe mal en point. Le temps est désormais à « L’Europe qui protège »18, preuve qu’elle ne nous protégeait pas tant que cela, contrairement à ce que scandaient les « fédérastes » ! L’Union européenne ne sera plus cantonnée au rôle peu enviable de ventre mou du continent. Elle en sera le cœur et le poumon, la vigie intraitable sur la défense des intérêts des citoyens, si maltraités par une mondialisation que certains illusionnistes leur avaient vendue comme « heureuse ». Demain, avec V.D.L., à la barre du paquebot Europe, tout sera possible, y compris l’impossible19. L’Union fera la force des 27 et apportera la bonne réponse à tous les problèmes des citoyens. Or, ils en sont aujourd’hui revenus et doutent fortement des promesses qui n’engagent que ceux qui les reçoivent.

UNE FRANCE AFFAIBLIE

Le moins que l’on puisse dire est que la France est peu représentée dans cette nouvelle constellation européenne : Thierry Breton est affaibli, Christine Lagarde présente parfaitement mais ne fera pas plus d’étincelles à la tête de la BCE que du FMI, Nathalie Loiseau est grillée en dépit de ses fréquentes apparitions médiatiques… Elle ne pèsera guère dans le processus de décision interne tant elle pêche par son dépassement de la sacro-sainte règle des 3%, qu’elle agace par les saillies permanentes d’Emmanuel Macron, tant elle indispose la chancelière allemande qui lui fera payer toutes ses avanies les plus récentes. V.D.L., sur laquelle mise Jupiter faute de pouvoir compter sur ses propres forces, n’aura pas oublié qu’il l’avait accusée d’avoir torpillé la candidature de Sylvie Goulard au poste de commissaire européen20. C’est que les Allemands ont la mémoire longue et la rancœur tenace, ne l’oublions pas ! Pour ce qui est du pouvoir d’influence de la France (« soft power ») à Bruxelles, vous repasserez.

« Notre civilisation accouche d’un monde nouveau, sur une longue durée et dans la douleur » (Jacques Le Goff, 2000). Ce qui valait pour la civilisation, il y a vingt ans, vaut aujourd’hui pour la construction européenne, passablement moribonde, en quête d’un sursaut salutaire. Faute de quoi, elle pourrait mourir de sa belle mort dans un avenir prochain. Comment pourra-t-elle « transformer un tas en tout » ?21 Là est la question alors qu’elle ne parvient toujours pas à répondre surtout après l’élargissement aux ex-pays satellites de l’ex-URSS. La seule chose dont nous sommes certains aujourd’hui est que la Commission V.D.L. ouvre le bal des faux-culs ! Souhaitons-lui tout de même bonne chance22.

7 Virginie Malingre, Une majorité sans passion pour von der Leyen, Le Monde, 29 novembre 2019, pp. 1-2.
8 Jean-Pierre Stroobants, Charles Michel, homme du « bon sens européen », Le Monde, 1er-2 décembre 2019, p. 5.
9 Guillaume Berlat, Josep Borrell sur le divan du monde, www.prochetmoyen-orient.ch , 18 novembre 2019.
10 Anne Rovan, Jean-Claude Juncker soigne sa sortie, Le Figaro, 30 novembre -1er décembre 2019, p. 5.
11 Virginie Malingre, Les larmes et les piques de Juncker pour ses adieux, Le Monde, 1er– 2 décembre 2019, p. 5.
12 Anne Rovan (propos recueillis par Anne Rovan), Ursula von der Leyen : « Il faut une réforme complète de l’immigration… L’Europe doit s’affirmer et se réformer », Le Figaro, 30 novembre-1er décembre 2019, pp. 1-2.
13 Anne Rovan (propos recueillis par), « L’Europe doit défendre ses intérêts avec plus d’audace », Le Figaro, 29 novembre 2019, p. 7.
14 Christophe Gueugneau/Amélie Poinssot, Climat : L’Europe encore loin du leadership sur l’ambition, www.mediapart.fr , 29 novembre 2019.
15 Éditorial, Défis majeurs pour la Commission européenne, Le Monde, 29 novembre 2019, p. 29.
16 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Le nouvel exécutif est confronté à des chantiers ardus, Le Monde, 29 novembre 2019, p. 2.
17 Nicolas Barotte, Une Européenne de cœur, fidèle absolue d’Angela Merkel, Le Figaro, 30 novembre-1er décembre 2019, pp. 4-5.
18 Philippe Gélie, Une Europe qui protège, Le Figaro, 30 novembre-1er décembre 2019, p. 1.
19 Emmanuel Combe/Paul-Adrien Hyppolyte/Antoine Michon, Renforçons enfin la défense commerciale de l’Europe face aux États-Unis et à la Chine, Le Figaro, 6 décembre 2019, p. 16.
20 Isabelle Lasserre, Macron mise sur de solides convergences avec V.D.L., Le Figaro, 30 novembre-1er décembre 2019, pp. 3-5.
21 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, Collections « Tracts », p. 16.
22 Virginie Malingre, Le Long chemin européen de « V.D.L. », Le Monde, 29 novembre 2019, p. 20.
 
 
RUSSIE : LES HÉMIPLÉGIQUES DE L’INDIGNATION ! (SUITE) – Jean Daspry. Tout change pour que rien ne change. Avec le quotidien Le Monde, nous allons de Charybde en Scylla en termes d’indignation sélective outrancière. Alors que sa réputation s’est bâtie dans le passé sur le sérieux de son information, de ses analyses, sur son sens de la mesure, il en va aujourd’hui tout autrement. En dépit de l’existence de son « Decodex »23, ce serait plutôt le « Deconex » à plein tube. Plus c’est gros, plus ça passe ! Et, si nous n’avions pas compris que la Russie s’était lancée dans une grande entreprise de déstabilisation de la planète passant par la Syrie, la Libye, l’Ukraine, le Venezuela…24, Le Monde enfonce le clou. Aujourd’hui, les barbouzes russes opéreraient dans l’Hexagone au nez et à la barbe de notre service de contre-espionnage dans notre province profonde. Aujourd’hui, on parlerait des territoires. Cela fait moins plouc. Une bonne fois pour toutes, il faudrait que Le Monde en finisse avec ses errements coupables s’il ne veut pas que ses fidèles lecteurs l’abandonnent pour cause de diffusion de bobards.

LA HAUTE-SAVOIE, CAMP DE BASE DE LA BARBOUZERIE RUSSE

Hier honteux dissimulé, le tropisme antirusse du quotidien de référence du microcosme est aujourd’hui assumé et affiché sur une pleine page. Nous avons l’impression de relire la célèbre bande dessinée d’Hergé, Tintin chez les Soviets. Nous n’en croyons pas nos yeux à découvrir l’article rédigé par l’expert des questions de renseignement, Jacques Follorou : « La Haute-Savoie, camp de base d’espions russe »25. Ce n’est donc pas l’œuvre d’un modeste stagiaire ou d’un vacataire. C’est du sérieux à tous les sens du terme. Le pays des crétins des Alpes servirait de tête de pont d’une vaste entreprise de déstabilisation bolchévique de la France mais aussi de tous ses voisins26. Un havre de paix pour le gratin des espions de Vladimir Poutine, l’homme venu du KGB. Et, dire que notre lucarne focalisée sur les inondations, les grèves, le NATO et la COP25, s’est bien gardée de nous parler de cette information capitale pour la sécurité de la France, de l’Europe et du monde libre. Qu’apprenons-nous à la lecture du Monstre ?

Grâce à une intense coopération des services de renseignement américains, britanniques, français et suisses (aidés en cela par les investigations d’un site d’investigation britannique et son partenaire russe) mobilisés après les attaques au Novitchok en mars 2018 dans le sud de l’Angleterre contre l’ex-agent Skripal, des découvertes intéressantes ont été faites. Une quinzaine d’agents du GRU impliqués dans cette tentative d’assassinat auraient transité et résidé en France dans cette période. Plus particulièrement dans des villes comme Annemasse, Evian, Chamonix ou dans des bourgades plus isolées comme Megève. Leur périple les aurait également conduits à Cannes mais aussi à Genève. En un mot, cette zone frontalière entre la France et la Suisse aurait servi à cette mauvaise troupe (ce service action du GRU, unité 29155 du 161e centre de formation du GRU) de base arrière et logistique pour des actions menées dans toute l’Europe. Aucune trace d’action en France n’aurait été détectée pour éviter d’éveiller les soupçons de la DGSI. Manifestement, nos as du contre-espionnage n’auraient découvert, à ce jour, ni cache de matériels, d’armes, ni compromissions de commerçants. Et, pour nous narrer cette affaire de Pieds Nickelés, Le Monde consacre une pleine page de détails sans peu d’importance complétée par une superbe carte couvrant une zone allant du Royaume-Uni à la Russie. En fait, beaucoup de bruit pour rien sauf à ce que l’on nous cache l’essentiel. Ce qui est toujours possible. Cette affaire révélée par Le Monde tombe diplomatiquement au plus mauvais moment pour la relation bilatérale franco-russe. À savoir au moment où Emmanuel Macron entend se rapprocher de Moscou pour bâtir une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe ! Qui aurait intérêt à saborder cette entreprise dans le contexte actuel ?27 En France, ils sont nombreux.

LES ÉGAREMENTS COUPABLES DU MONDE

Si nous n’avons jamais pensé que les Russes étaient des enfants de chœur en matière d’espionnage, le moins que l’on puisse est qu’ils ne sont pas les seuls. Une information objective du Monde aurait dû le conduire à une série d’articles documentés sur la question des menaces que font peser les grandes puissances étrangères sur notre sol. Ses experts auraient pu se pencher sur les services américains, chinois, voire israéliens à qui l’on prête beaucoup, russes et bien d’autres pour livrer un tableau exhaustif de la situation et non se focaliser uniquement sur les Russes. Cette approche globale aurait permis à chaque lecteur de disposer d’un panorama complet des activités des barbouzes étrangère en France. À quand, une grande enquête d’investigation sur les menées de la CIA en France ? Juste pour le fun… Il y aurait de quoi écrire un roman. Mais, cela n’est pas politiquement correct.

Sans jamais verser dans l’analogie facile et mensongère, il y a lieu de s’étonner de la sélectivité de la mémoire du Monde en particulier sur les pratiques humanistes de la Grande Amérique vertueuse et donneuse de leçons : camp de Guantanamo, vols secrets de la CIA pour externaliser la torture de « terroristes » vers des pays peu regardants en matière de droits de l’homme, dénoncés dans un rapport célèbre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe du sénateur suisse, Dick Marty, tortures opérés par quelques éminents de la CIA dans quelques ambassades américaines (en la présence de son actuelle directrice, Gina Haspel qui l’a confirmé) ; bombardements contre des civils en Afghanistan, en Irak et ailleurs : pratique courante des exécutions extra-judiciaires…. Pour ce qui est de la France, pourquoi l’ambassade des États-Unis, sise avenue Gabriel, a fait surélever son immeuble dans la plus grande discrétion sans solliciter la moindre autorisation ? Si ce n’est pour pouvoir écouter toutes les communications dans Paris, mais surtout celles venant de l’Élysée, de l’Intérieur et bien d’autres en toute illégalité comme ils l’ont fait depuis leur ambassade à Berlin (Angela Merkel avait déclaré à l’époque que cela ne se faisait pas entre alliés). Si menace il y a sur notre seul, un bon journaliste doit toutes les traiter ou n’en traiter aucune. Surtout, lorsque l’on sait ce que peuvent se permettre, en toute impunité, les services de renseignement américain dans tous les domaines. Quant aux chinois, ils disposent d’un important centre d’écoutes à Chevilly-Larue. Que dire de l’important immeuble acquis rue Monsieur en lieu et place de l’ex-ministère de la Coopération ? Un vrai sujet qui mérite mieux que cet article délirant de Jacques Follorou qui ne comporte aucune dimension historique, stratégique. Du pseudo-travail d’investigation de très médiocre qualité.

Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages. Cessons de jouer les vierges effarouchées dès qu’il s’agit de la Russie et de jouer les Ponce Pilate dès qu’il s’agit de notre grand allié américain. En matière d’espionnage, il n’y a pas d’ami qui tienne. Il n’y a que des adversaires disposés à tout pour parvenir à leurs fins. Ce manichéisme moral version début du XXIe siècle, version Le Monde est inadmissible. Deux poids, deux mesures, insupportable pour tout homme ou toute femme attachée à un traitement égalitaire des actes des uns et des autres tant sur la scène intérieure que sur la scène internationale. Une manière de se donner bonne conscience à vil prix avec la bénédiction de notre clergé médiatique, de nos faiseurs d’opinions et autres « spin doctors ». Après les révélations sur ce qui se passe en Haute-Savoie, le quotidien Le Monde s’égare et perd tout crédit auprès de ses lecteurs. Encore un nouvel épisode du feuilleton des hémiplégiques de l’indignation.

23 Le Décodex est un outil pour vous aider à vérifier les informations qui circulent sur Internet et dénicher les rumeurs, exagérations ou déformations, https://www.lemonde.fr/verification/ .
24 Jean Daspry, Russie : les hémiplégiques de l’indignation !, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 décembre 2019.
25 Jacques Follorou, La Haute-Savoie, camp de base d’espions russes, Le Monde, 5 décembre 2019, p. 6.
26 Jacques Follorou, L’enquête sur le meurtre d’un Géorgien s’oriente vers la Russie, Le Monde, 5 décembre 2019, p. 7.
27 Laure Mandeville, Macron face aux rêves et aux pièges de l’ouverture à la Russie, Le Figaro, 6 décembre 2019, p. 15.
 
 
LA GRENOUILLE QUI VEUT SE FAIRE AUSSI GROSSE QUE LE BŒUF – Ali Baba. À trop présumer de ses forces, on peut avoir quelques surprises des plus désagréables surtout si le combat auquel on se livre est trop déséquilibré. Telle est l’amère expérience que vient de faire notre fringuant ministre de l’économie et des finances, Bruno Lemaire, pourtant blanchi sous le harnais. Normalien, agrégé, énarque, un temps diplomate, homme de cabinet, plusieurs fois ministres, homme de lettres, l’homme ne manque ni d’expérience, ni de QI. Mais, à l’évidence, il lui manque une sacrée dose de bon sens. Bon sens qui vous évite les embardées auxquelles vous conduit une trop grande confiance dans votre intelligence pure ! Telle est la morale de la mésaventure qui vient de lui arriver dans son combat inégal avec les États-Unis sur la question de la taxation des GAFA28. La conclusion provisoire de cette farce typiquement française est double : une appréciation erronée du rapport de forces franco-américain et un reniement des grands principes jupitériens.

UNE APPRÉCIATION ERRONÉE DU RAPPORT DE FORCE FRANCO-AMÉRICAIN

Pour faire simple et court, la France a toujours estimé anormale – nul ne peut lui reprocher la justesse de son analyse – l’absence de taxation des revenus des activités des géants du numérique (GAFA pour Google, Apple, Facebook et Amazon) qui profitent à plein de l’optimisation fiscale. Il s’agit purement et simplement d’imposer des revenus réalisés à distance dont le circuit emprunte souvent la route des paradis fiscaux. La tâche est immense. Il s’agit de créer un premier impôt mondial contre la volonté de tous ceux qui n’en veulent à aucun prix, États-Unis en tête sans parler des États abritant des paradis fiscaux comme l’Irlande en Europe. Dans son combat digne de Don Quichotte n’a pu emporter l’adhésion de l’Union européenne en raison de l’opposition farouche de Dublin. Après de longues négociations multilatérales conduites au sein du G20 et bilatérales franco-américaines en marge du G7 de Biarritz, un accord s’est fait pour confier à l’OCDE la charge de la conclusion du projet de texte. On l’aura compris, rien ne peut et pourra se faire sans l’aval américain (Washington semble privilégier une taxation optionnelle).

Toujours plus intelligent et plus arrogant que ses homologues, Bruno Lemaire a décidé (en accord avec le président de la République et le premier ministre) d’instituer une taxe nationale à laquelle se substituerait, le moment venu, la taxe adoptée par l’OCDE. Au sein de cette instance, les négociations avancent petit à petit avec une inconnue, la position fluctuante américaine. Et voilà, patatras, au même moment où s’ouvre à Londres le sommet de l’OTAN dans un climat de tensions extrême créé par les déclarations d’Emmanuel Macron sur « l’état de mort cérébrale » de l’Alliance, le Département américain du commerce menace d’imposer de droits de douanes additionnels pouvant aller jusqu’à 100% sur l’équivalent de 2,3 milliards d’euros de produits français29. Un véritable coup dur pour l’agriculture française que n’avait pas vu venir Bruno Lemaire qui n’a d’autres options que de hurler dans les médias contre l’Oncle Sam et ses pratiques indignes d’un pays alliés. Encore, un énarque qui ne comprend rien ni aux relations internationales, ni aux rapports de force30. Il brille autant par son incompétence que par son inconséquence même s’il porte beau.

UN RENIEMENT DE GRANDS PRINCIPES JUPITÉRIENS

Au-delà de ce différend commercial, somme toute banal avec les États-Unis, coutumiers de la politique du gros bâton vis-à-vis de celui qui lui résiste, il ait d’autres questions plus conceptuelles et diplomatiques qui se posent. Elles mettent en évidence la duplicité permanente de la France sur la scène européenne et internationale.

Comment peut-on asséner en continu à ses partenaires l’importance de la solidarité européenne, de la souveraineté européenne, de l’autonomie stratégique, de l’alliance stratégique pour l’Europe31… en se conduisant ainsi ? Alors que les questions commerciales relèvent de la compétence communautaire, faire cavalier seul et s’étonner ensuite de se retrouver isolé dans un combat inégal avec l’Amérique de l’imprévisible Donald Trump relève de la plus grande irresponsabilité diplomatique. Tout ceci est au mieux incohérent, au pire irresponsable pour des dirigeants formés à l’école de l’élite de la République qui a pour nom ENA (école nationale de l’arrogance). Nous frisons, une fois de plus, le ridicule sans nous en apercevoir. Ce qui est gravissime. Une fois KO sur le ring, nous faisons appel à nos partenaires européens pour appeler à l’aide comme nous le faisons également pour nos opérations militaires dans le Sahel après la mort de treize de nos soldats. Nous ne comprenons toujours rien au fonctionnement de l’Union européenne. Que font le SGAE (secrétariat général pour les affaires européennes) et le MEAE (ministre de l’Europe et des Affaires étrangères) pour l’expliquer à nos ministres et à notre président de la République ?

Comment peut-on asséner en continu à ses partenaires l’importance du multilatéralisme dans le monde pour régler les conflits et différends de toutes natures dans le monde et faire le contraire en pratique ? Et cela comme le fait chaque année le président de la République à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU avec emphase ou devant ses ambassadeurs et ses ambassadrices. Comment peut-on instruire le procès permanent de l’unilatéralisme américain et se comporter de la sorte en copiant le délinquant ? La solution la plus raisonnable eut été d’attendre les résultats des négociations d’un projet d’accord sur une taxation des GAFA au sein de l’OCDE avant de décider d’une quelconque mesure française. Ceci relève de la logique et de la cohérence qui sont la marque d’une diplomatie crédible. Comment ne pas comprendre, dans ces conditions, la perte de crédit de la parole française sur l’échiquier international ? C’est que nos partenaires ont la mémoire longue sur les turpitudes de la « Grande Nation » et sur ses coups de canif aux grands principes dont elle se fait le thuriféraire ! Nous ne tarderons pas à connaître la forme de leur réaction à notre bravade inconséquente.

Comment être crédible, inspirer confiance à nos partenaires avec de telles contradictions entre nos principes et nos actes ?

TEL EST PRIS QUI CROYAIT PRENDRE

L’origine de cette expression française remonte à Jean de la Fontaine dans sa fable « Le Rat et l’Huitre » qui est passée en proverbe et signifie que celui qui pense tromper autrui est en fait victime de sa machination. Cette expression française reprend la morale de « l’arroseur arrosé ». De nos jours cette expression française reste un incontournable de la sagesse des nations pour venger les victimes. En effet, cette expression française veut montrer qu’un piège ou un stratagème se retournent contre leur investigateur qui s’étonne que son vis-à-vis connaîsse et utilise des ruses qu’il croyait « un bien acquis »32. À méditer par notre fin lettré de ministre de l’économie et des Finances, Bruno Lemaire !

28 Anne Michel, Les États-Unis bloquent la « taxe GAFA », Le Monde, 4 décembre 2019, pp. 1-11.
29 Pierre-Yves Dugua, En riposte à la « taxe GAFA », Trump prêt à frapper le champagne et le roquefort, Le Figaro économie, 4 décembre 2019, pp. 23 et 31.
30 Ingrid Feuerstein, Taxe GAFA : la réforme de la fiscalité du numérique menacée par les États-Unis, Les Échos, 4 décembre 2019, p. 6.
31 Hervé Morin, Il faut une nouvelle alliance stratégique pour l’Europe, Les Échos, Idées & débats, 4 décembre 2019, p. 11.
32 http://www.expressions-francaises.fr/expression-francaise/21-t/383-tel-est-pris-qui-croyait-prendre.html
 
 
RÉPUBLIQUE EXEMPLAIRE… DES MIS EN EXAMEN – Ali Baba. Curieux pays que la France dont « la destinée est d’être l’embêteuse du monde » (Jean Giraudoux) ! Toujours prête à faire la leçon à l’autre (amis et ennemis) mais jamais prête à balayer devant sa porte qui n’est pas toujours très propre. Il est vrai que les lois écran de fumée sur la République exemplaire, sur la moralisation de la vie publique, sur la restauration de la confiance, sur la transparence de la vie publique33… et autres plaisanteries se succèdent à un rythme effréné. Les commissions de déontologie, les déontologues font florès pour montrer au citoyen que nul n’est au-dessus de la loi, et encore moins les élites de la nation. La République exemplaire, c’est la République par l’exemple, le bon exemple, il va sans dire mais cela va mieux en le disant. Mais, comme souvent dans le pays de la logique et de Descartes, à y regarder de plus près, il existe un gouffre entre la théorie et la pratique. Mais, cela ne semble gêner ni nos donneurs de leçons, ni nos perroquets à carte de presse toujours prêts à défendre la veuve et l’orphelin. Une sorte d’indignation sélective insupportable dans ces temps de réforme (celle des retraites, à titre d’exemple) à tout prix dont personne ne comprend la finalité et la justice. Après le cas d’école de Sylvie Goulard, une sorte de beau pétard politique, élargissons la focale de notre appareil photographique pour appréhender la réalité française dans ce qu’elle a de globale, une sorte de splendide feu d’artifice de la Macronie triomphante.

LE BEAU PÉTARD POLITIQUE GOULARD

Et, voilà, ce qui était annoncé depuis plusieurs semaines est désormais chose faite. Sylvie Goulard, éphémère ministre et ex-candidate de la France à la Commission européenne, a été mise en examen vendredi dernier pour détournement de fonds publics dans l’affaire des emplois présumés fictifs du MoDem au Parlement européen, a-t-on appris le 2 décembre 2019 de source judiciaire34. Rappelons que ce dossier a déjà coûté cher, politiquement, à l’ancienne élue centriste, qui a démissionné du ministère des Armées au début du quinquennat d’Emmanuel Macron et a essuyé en novembre 2019 un cinglant veto des eurodéputés dans la procédure de nomination à la Commission, pour cette raison notamment. Alors pressentie au poste de commissaire au Marché intérieur, Sylvie Goulard a dû céder sa place à Thierry Breton. Mais, nous manquons de nous étouffer en apprenant que la vie continuera comme avant pour cette arrogante quinquagénaire dans la République exemplaire qu’on nous promettait, en signe d’entrée dans le Nouveau Monde d’Emmanuel Macron. Que nous dit-on ? « Rien » » dans les textes de loi ne l’empêche de conserver ses fonctions de deuxième sous-gouverneure de la Banque de France, dit-on au sein de l’institution. Mazette ! Même si la mise en examen ne remet, en principe pas, le principe de la présomption d’innocence – si mal menée par les magistrats et les médias -, elle met en évidence des indices graves ou concordants de culpabilité (un pré-supposé de culpabilité). Tout ceci n’est pas très sérieux, pouvoir conserver un poste important au sein de la Banque de France tout en étant accusé de détournement de fonds publics, cela se passe en France. Mais, pour nous rassurer, l’on nous précise que sa mise en examen assombrit toutefois son avenir judiciaire : en cas de procès, le détournement de fonds publics peut être puni de dix ans d’emprisonnement et d’un million d’euros d’amende. Par ailleurs, l’on nous dit que le président du MoDem, François Bayrou (l’intéressé assure qu’il ne démissionnerait pas de la mairie de Pau s’il était mis en examen alors qu’il avait de la moralisation de la vie publique le cheval de bataille de son bref passage place Vendôme !35), et la députée Marielle de Sarnez sont également convoqués dans les prochains jours en vue de leur mise en examen, rapportait Le Monde le mois dernier. Ce qui est désormais le cas. La formation centriste, aujourd’hui mal en point36, est soupçonnée d’avoir mis sur pied un système frauduleux lui permettant de rémunérer des collaborateurs avec des fonds normalement dévolus au travail parlementaire. Pour ce qui est de Sylvie Goulard, nous ne pouvons que féliciter le parlement européen qui a récusé sa candidature en dépit des pressions du président de la République qui évoquait à l’époque mesquineries et complots ! Imaginons un seul instant qu’elle ait dû démissionner le lendemain du jour de son entrée en fonction comme commissaire européen. En France, nous n’avons pas le sens du ridicule… Pays au sein duquel les hommes et femmes politiques que la légitimité politique les exempterait de toute responsabilité judiciaire !37 Surtout quand on fait la loi, c’est pour qu’elle ne s’applique pas à soi-même.

LE SPLENDIDE FEU D’ARTICFICE DE LA MACRONIE TRIOMPHANTE

Il faut se souvenir que le cas de Sylvie Goulard n’est pas unique dans la Macronie. Que dire du vice-président du Conseil d’État, Bruno Lasserre, macroniste de la première heure, mis en examen pour complicité de harcèlement moral (un agent est mort par suicide) lorsqu’il était à la tête de l’autorité de la concurrence, se maintient à la tête de la plus haute juridiction administrative ! Plus croustillant encore, il se drape dans la présomption d’innocence pour justifier sa position tout en en refusant le bénéfice de ce principe aux clients du Conseil d’État. Que dire du président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, autre macroniste de la première heure, qui se maintient lui aussi au perchoir alors qu’il est mis en examen pour prise illégale d’intérêts dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne ! Que dire de Muriel Pénicaud, ministre arrogante du travail mis sous statut de témoin assisté dans l’affaire Business France qui implique le président et qui n’a jamais envisagé de revenir dans le secteur privé dont elle vient. Et, une fois encore, nous pourrions multiplier les exemples de toutes ces entorses à la morale publique, à la déontologie38, à l’éthique dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée. Cerise sur le gâteau, nous apprenons à la lecture du JORF du 3 décembre 2019, sous la rubrique premier ministre, la promotion au grade de commandeur dans l’ordre national du mérite de M. Pepy (Guillaume, Laurent, Julien), ancien président du directoire d’un groupe de transport ferroviaire. Officier du 5 février 2007. Celui qui vient du Conseil d’État, qui fut le compagnon du sulfureux Richard Descoing et qui laisse la SNCF dans le calamiteux état que nous savons après plus d’une décennie passée à sa tête. Incroyable mais vrai !

« Un exemple n’est pas forcément un exemple à suivre » (Albert Camus). Pour conclure sur toutes ces carabistouilles à la française, la France est à l’évidence, sans conteste, la République exemplaire… des mis et des mises en examen, parité oblige ! Bon vent pour la suite…

33 Pierre Maurer, Jean-Louis Nadal dresse le bilan de la transparence en politique, Le Figaro, 3 décembre 2019, p. 6.
34 Service Politique, Assistants parlementaires : Goulard mise en examen, Le Figaro, 3 décembre 2019, p. 6.
35 Simon Piel, Affaire des assistants du MoDem : Sylvie Goulard mise en examen, Le Monde, 4 décembre 2019, p. 15.
36 Mathilde Siraud, François Bayrou dans la tourmente, Le Figaro, 4 décembre 2019, p. 7.
37 Guillaume Tabard, Procédure judiciaire versus légitimité politique, Le Figaro, 4 décembre 2019, p. 7.
38 Nicolas Brimo, Déontologie de guère, Le Canard enchaîné, 4 décembre 2019, p. 8.
 
 
REVISITER « GOUVERNER, C’EST PRÉVOIR » ! Guillaume Berlat. « L’expérience est une lanterne attachée dans notre dos, qui n’éclaire que le chemin parcouru » (Confucius). Malheureusement, nos « toutologues » (Régis Debray) n’ont que faire des leçons de l’expérience pour comprendre le passé, le présent mais, surtout, pour éclairer l’avenir ! En abordant le problème sous ce seul angle, nous nous trouvons au cœur d’une problématique essentielle à l’exercice d’une bonne gouvernance nationale et internationale. Citations, maximes, adages, aphorismes, sentences, proverbes, dictons, préceptes… fournissent souvent un éclairage utile, si ce n’est indispensable à la compréhension d’un monde en perpétuel mouvement comme est celui de ce début de XXIe siècle. Mais, pour tirer toute la substantifique moelle de ces leçons de l’Histoire, il importe de se reporter à ses expressions les plus abouties. Il n’y a rien de pire que de s’en tenir aux extraits choisis, aux commentaires, aux gloses subjectifs par leur nature même. Aujourd’hui, grâce à la coopération d’un doctorant en relations internationales qui possède pour principale qualité de ne pas s’en tenir à l’écume des jours, nous avons la chance de pouvoir aller au fond des choses à propos d’une expression qui revient souvent dans les conversations et autres dîners en ville : « gouverner, c’est prévoir ». Un retour en arrière s’impose pour mieux en appréhender la richesse. Reprenons le contenu in extenso d’une note en bas de page de sa thèse de doctorat consacré à cette maxime !

Début de citation 

« Le journaliste et homme politique français Emile de Girardin serait à l’origine de cette formule, attribuée également parfois au président de la république Adolphe Thiers. Voici un extrait de La politique universelle (1852) de Girardin dans lequel est énoncée cette phrase : « Le calcul des probabilités appliqué à la mortalité humaine, aux risques maritimes, aux cas d’incendie ou d’inondation a donné naissance à une science nouvelle, qui n’en est qu’à son berceau : celle des assurances. Le calcul des probabilités appliqué à la vie des nations, aux cas de guerre et de révolution, est le fondement de toute haute politique. Selon que ce calcul est rigoureux ou faux, approfondi ou dédaigné, la politique est glorieuse ou funeste, grande ou petite. Gouverner, c’est prévoir ; ne rien prévoir, ce n’est pas gouverner, c’est courir à sa perte (…). « J’ai toujours été gouverné par les circonstances ». Dans cet aveu de Napoléon est l’explication de sa chute. Il ne faut pas confondre les évènements et les incidents : les incidents sont des faits isolés, les évènements ont un lien entre eux qui les rend solidaires ; les incidents surgissent, les évènements se déroulent. Les évènements ne s’improvisent pas, ils n’éclatent jamais sans être précédés de loin par des nuages dont il soit possible à l’œil exercé de calculer la marche. La grande politique prévoit les évènements, écarte les incidents, les simplifie ; la petite politique, au contraire, s’attache aux incidents, les exagère et néglige les évènements (…). L’imprévoyance des hommes fait la part de l’imprévu dans le monde, beaucoup plus grande qu’elle ne devrait être » (de GIRARDIN Emile, La politique universelle, Décrets de l’avenir, Paris, Librairie Nouvelle, 2ème édition, septembre 1854, pp. 6-7) ». 

Fin de citation

On comprend immédiatement que la pensée de l’auteur de cette formule est plus riche, plus profonde que ne laisse envisager les trois seuls mots que l’on retient de sa longue démonstration. Ce qui nous conforte dans l’idée qu’il faut toujours revenir aux sources lorsque l’on veut faire du travail sérieux d’analyse, de recherche, de prospective ! En lisant et relisant les dernières phrases de l’extrait cité ci-dessus, on devine aisément les causes profondes des erreurs d’analyse et de prévision commises par nos dirigeants éclairés qui confondent court et long terme, raison et passion, signaux faibles et forts… L’actualité nous en fournit des exemples au quotidien. Encore un immense merci à ce doctorant qui nous a aidé à revisiter « Gouverner, c’est prévoir » de la manière la plus ludique et la plus efficace qui soit !

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