Observatoire Géostratégique

numéro 294 / 3 août 2020

ORIENT-ATIONS 288

UNE NOUVELLE CONSEILLERE D’EMMANUEL MACRON VEUT SUPPRIMER LES INSTITUTS FRANÇAIS ET LES ALLIANCES FRANCAISES – Richard Labévière. Sa nomination est parue au JO du 13 décembre 2019. La franco-libanaise Rima Abdul-Malak est la nouvelle « conseillère culture et médias » du président de la République. Cette jeune femme, qui se présente comme « consultante en stratégie culturelle et internationale » fut précédemment attachée culturelle à l’ambassade de France à New York et conseillère de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris. Cette ancienne de Clowns sans frontières vient d’avoir une « idée géniale » : supprimer les Instituts français à l’étranger et les Alliances françaises – que la terre entière nous envie – pour les remplacer par des « Instituts… européens ». Oui, vous avez bien lu : des « Instituts européens ». C’est tellement plus chic !!! Cette conseillère – qui, semble-t-il ne croule pas sous l’expérience de terrain – considère que les Instituts français sont trop « ringards » pour « résister à la montée en puissance de l’Inde et de la Chine ». On ne saurait que trop conseiller à cette drôle de conseillère de faire la tournée de quelques-uns de nos Instituts et Alliances françaises pour se rendre compte qu’ils font des merveilles avec des bouts de ficelle et, surtout que tout le monde cherche à les copier. Mais quelle est donc cette malédiction typiquement française qui consiste à démolir tout ce que notre pays fait de bien ? A l’heure où Edouard Philippe, Bruno Lemaire et Emmanuel Macron annoncent vouloir restaurer la souveraineté de la France en invoquant avec moults trémolos le Conseil national de la résistance (CNR), l’idée foireuse de cette « conseillère » arrive à point nommé ! Encore bravo à Madame Rima Abdul-Malak !!! Il sera peut-être grand temps de transformer le Louvre en… musée européen, ça aurait beaucoup plus d’allure !
 
 
BDS : COUP DE PIED AU CUL DE LA FRANCE – Jacques-Marie Bourget, 18 juin. Dans un rendu à l’unanimité de ses juges le 11 juin 2020, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) met un formidable coup de pied au cul d’une France qui, entre la liberté Républicaine ou la soumission aux désirs de Netanyahou, avait fait de choix du petit monstre. La Cour déclare que les condamnations de la justice française, celles qui ont frappé des militants de la campagne « BDS » (pour Boycott, Désinvestissement, Sanctions), constituent une « violation de leur liberté d’expression ». La lutte a été longue, le chemin douloureux et couteux, mais l’injustice est renvoyée à un enfer qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Ceux qui ont mis en œuvre cette politique contre la Palestine sont non seulement les complices de criminels, mais encore des salauds en trahissant le principe de liberté de la République.

Dans le passé, on nous a justement fait sonner le violoncelle des Droits de l’Homme pour nous dire combien il était vital de boycotter l’Afrique du Sud, celui de l’apartheid. Le combat était juste, et ce fût Mandela sans ses chaînes et un pays libéré. Au XVIIIe siècle, treize colonies britanniques d’Amérique obtiennent leur autonomie par le boycott. L’histoire de l’Irlande libre passe aussi par ce refus collectif d’un système. Le boycott est l’arme de ceux qui n’ont rien. Puisque chaque nef à ses fous, en 2011 c’est Martine Aubry qui appelle au « boycott du Mexique » au prétexte qu’une de ses administrées y est retenue en prison. Ces protestations de masse n’ont jamais heurté de conscience. Boycotter était juste. Juste jusqu’en 2005 où un groupe de militants planétaires décide d’appeler au boycott d’Israël. Pour son refus d’appliquer les résolutions de l’ONU et la conduite de sa politique criminelle d’occupation. En France, pays d’Europe où le personnel politique est le plus réceptif aux sanglots de Netanyahou, MAM, fille d’arbitre, va siffler le pénalty imaginaire. Appeler au boycott c’est être convoqué à la barre, licencié, ruiné.

Le problème avec Michèle Alliot-Marie, c’est que, pour décrire ses turpitudes, on n’a jamais assez de noir dans le stylo. Pas assez de cartouches, il faut la bouteille à l’encre. Dossiers immobiliers, dossiers financiers : cette diplômée n’a jamais manqué de mises en examen. On a vu son menton s’allonger sous les jugulaires de ministre de l’Intérieur, de la Défense et s’enkyster à la Justice où elle fût un fléau. Elle se rêvait Présidente, et pourquoi pas puisque, plus tard, Macron l’a fait. Lui c’est Jupiter, elle n’a fait qu’entrevoir son zénith. Puis elle est tombée de son rêve. Le 11 janvier 2011 à l’Assemblée nationale, trois jours avant la chute du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, alors que la révolution tunisienne prend de l’ampleur, MAM réagit en proposant que « le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type ». Mieux : ministre des Affaires étrangères, elle propose grenades et matraques au bon général de Carthage. Fin janvier, Le Canard enchaîné révèle qu’en plein chaos Michèle Alliot-Marie a passé ses vacances de Noël 2010, avec vol dans l’avion privé d’un oligarque local, Aziz Miled. D’ailleurs les avisés parents de MAM ont conclu avec lui l’achat d’une résidence. Le 27 février 2011, la dame à tout faire remet sa lettre de démission à Sarkozy président. C’est le retour à la vide rude où le chauffeur n’est pas toujours sous la main, une vie de députée puis de députée européenne. Le bagne de la déchéance. Et l’injustice continue. Le 21 février 2019 elle est mise en examen pour « prise illégale d’intérêt », une histoire de mouvements de fonds « suspects ». Micmac financier entre des associations locales et un hôtel de Chantaco dirigé par le papa de la ministre, elle-même détenant des parts. La bagatelle ne portant que sur 200 000 euros, rien dans ce monde-là, on se demande bien pourquoi le Parquet National Financier a déclenché un tel massacre ?

Voilà donc, chers amis du « BDS » et autres outils de lutte contre le crime fait aux Palestiniens, le visage obscur d’une ministre intègre. Qui n’allait pas supporter que l’on ne puisse digérer des oranges produites par des arbres arrachés par Israël aux mains de « Philistins ».

Grimace de l’histoire il semble que, pour un garde des Sceaux, combattre le « BDS » porte malheur. Le 2 août 2017, Le Canard enchaîné , encore lui, révèle que Michel Mercier, le successeur de MAM place Vendôme, a embauché ses deux filles comme assistantes parlementaires, dont une à temps partiel de 2012 à 2014, pour un salaire de 2 000 euros par mois, alors qu’elle vivait à Londres. Excuse du télétravail ?

Non puisque le Parquet National Financier ouvre, une enquête préliminaire pour « détournement de fonds publics », et obtient une ordonnance pour perquisitionner au palais du Luxembourg ancienne cantine de Mercier. Mais le colossal Gérard Larcher barre la route des flics. Ce qui mériterait une clé d’étranglement. Dans ce jeu de famille, les enquêteurs étudient également le cas de la femme de Michel Mercier, qui fut sa collaboratrice entre 1995 et 200925. Le Parisien nous informe : "Il s’agit de vérifier si, outre deux de ses enfants, le sénateur du Rhône a recruté son épouse Joëlle comme collaboratrice, sur une période encore plus longue, allant de 1995 à 2009". Du Pénélope tout craché. Au bout du bout notre Michel renonce à son siège, programmé tout chaud, au Conseil constitutionnel. Ce « BDS » est bien un chat noir. Dommage, Michel Mercier est un nom qui me plait, il évoque la douce vision d’une marquise des anges.

Je n’imagine pas Christine Taubira en marquise. C’est pourtant elle, dans le cycle, qui succède au Mercier. Le » BDS » est pour elle une patate pas vraiment douce. Certains affirment que Taubira est « une femme de gauche », donc, sauf incohérence elle n’aime pas l’injustice, comme celle faite au peuple palestinien. Mais comment faire, quand on veut garder son boulot, pour annuler la circulaire MAM. Alors que Valls, qui voue « une amitié éternelle à Israël », et que Pépère tout aussi sioniste tendance Goldnadel, sont aux manettes ? Alors Taubira bredouille, balbutie, anone, fait la sourde : “objectivement, dans l’histoire des luttes, aussi bien en France qu’ailleurs, le boycott est un acte militant” »… mais qu’il “ne faut pas idéaliser non plus la lutte contre l’apartheid… ». D’ailleurs, le « BDS » c’est quoi ? Une marque de vélo ? Gloire à Christine, dans la litanie des Gardes des Sceaux, elle au moins échappe à une mise en examen pour des affaires de tirelire.

Taubira retirée, un certain Jean-Jacques Urvoas tombe du fléau de Thémis. Comme le dirait l’expert qui ne s’est jamais regardé, Gilles Le Gendre, Urvoas ne regorge pas de charisme. Pas grave, pour nous autres épris de justice (et non repris), et donc ayant la Palestine en douleur, nous savons que le député Urvoas a écrit à Taubira, encore ministre de la Justice, pour lui demander l’abrogation de la circulaire MAM… La place Vendôme est bien connue des experts médicaux, sorte de Raoult, pour savoir que le lieu provoque l’oubli, voire de grave amnésie. Le syndrome n’épargne pas le député du Finistère, devenu Garde à son tour. Vous avez dit « BDS » ? « BTS » ? C’est une marque de chaussures ? Non ?

Chat noir jamais blanc, Urvoas est lui aussi pris dans une clé type Castaner. Jean-Jacques Urvoas, entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2017, a transmis des informations confidentielles au député de droite Thierry Solère. Un Solère visé par une enquête pour « fraude fiscale, blanchiment et trafic d’influence ». Le 19 juin 2018, Jean-Jacques Urvoas est mis en examen par la Cour de justice de la République pour « violation du secret professionnel ». Le 30 septembre 2019 la CJR juge que Jean-Jacques Urvoas, « juriste expérimenté, maître de conférences en droit public, ne pouvait ignorer qu’il commettait un délit en transmettant la Fiche d’Action Publique (FAP) à une personne visée par une enquête en cours ». Elle le condamne à un mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende.

Il est réconfortant de constater, qu’outre Taubira qui est une sainte, tous ces Gardes des Sceaux anti Palestiniens sont aussi des délinquants. A croire qu’ils ont été choisis pour leur aptitude à tordre le droit ? La diaphane Nicole Belloubet, outre un oubli fâcheux dans sa « déclaration d’intérêts », est réputée honnête. Mais pas assez, instruite en droit, pas assez forte et humaniste pour stopper cette folie honteuse de Circulaire MAM. Elle est donc elle aussi pendue au clou de la CEDH, et rêvons qu’elle ne pense jamais à présenter des excuses aux victimes de la politique anti palestinienne de Paris. Que je ne confonds pas avec la France. Alors qu’on l’annonce bientôt hors du gouvernement, pour Nicole Belloubet la malédiction est en marche. Nous lui conseillons de vivre désormais dans la hantise du chat.
 
 
SAHEL : TOUJOURS DES MOTS POUR SOIGNER DES MAUX ! Ali baba.

« Médite donc plus avant d’écrire et attache-toi au mot » (Gustave Flaubert).

Au Sahel, les semaines se suivent, et la situation sécuritaire ne s’améliore guère, pour ne pas dire qu’elle se détériore lentement mais sûrement en dépit de quelques succès éphémères1. Quoi de mieux lorsque l’on ne veut porter le diagnostic idoine sur les multiples maux (sécuritaires, économiques, financiers, sociaux culturels, ethniques religieux, défaillance de la gouvernance, corruption, népotisme…) qui frappent les États de la région que d’y apporter une réponse uniquement militaire réhaussée de quelques réunions sous l’arbre à palabre, modèle monde numérique (visio-conférence pour cause de Covid-19). C’est ce que nous découvrons en prenant connaissance des conclusions informelles de la première réunion de la Coalition pour le Sahel (12 juin 2020) mises en lignes sur le site du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Comme toujours, rien de mieux que de reprendre tel que le texte dans son intégralité.

Début de citation

À l’invitation conjointe du ministre des Affaires étrangères mauritanien, Ismail Ould Cheikh Ahmed, au titre de la présidence en exercice du G5 Sahel, du Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, vice-président de la Commission européenne, Josep Borrell Fontelles, et du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, une réunion ministérielle de la Coalition pour le Sahel en format plénier s’est tenue en visioconférence, ce vendredi 12 juin 2020.

Cette première réunion de la Coalition, en réponse à l’appel des pays du G5 Sahel, a permis de rassembler une soixantaine de représentants d’États et d’institutions internationales. Les premiers travaux de la Coalition ont ainsi pu se tenir dans un format élargi, comme l’avaient appelé de leurs vœux l’Union européenne et les chefs d’État du G5 Sahel lors de la visio-conférence du 28 avril 2020 qui a consacré l’établissement conjoint de la Coalition pour le Sahel et du Partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel (P3S).

Les participants ont marqué leur engagement à appuyer la mise en œuvre de l’action du G5 Sahel. Leur intervention s’effectuera selon les quatre piliers de la Coalition pour le Sahel : lutte contre le terrorisme, renforcement des capacités militaires des États du G5 Sahel, appui au retour de l’État et des administrations sur le territoire, aide au développement.

Ils ont pris note des progrès accomplis et des initiatives en cours. Il s’agit notamment de la mise en œuvre du Programme d’investissements prioritaires, de la montée en puissance de la Force conjointe du G5 Sahel, du lancement de la Task-Force Takuba, de la contribution militaire de l’Union africaine en cours de finalisation, des avancées dans le cadre du processus de paix au Mali, du renforcement du mandat et de l’élargissement du champ géographique de la mission européenne de formation EUTM Mali, de l’engagement de l’Union européenne en faveur du redéploiement de l’État au titre du P3S, ainsi que des échanges au sein de l’Alliance Sahel en faveur d’une approche territoriale plus intégrée.

Les participants ont souligné leur détermination commune à appuyer les efforts du G5 Sahel pour faire face aux défis qui subsistent et s’attaquer aux causes structurelles de l’instabilité : pauvreté, croissance et développement fragiles, choc climatique, dans le respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire, et la protection des plus démunis.

Les principes généraux de la Coalition ont été rappelés : mobilisation et solidarité avec le Sahel, redevabilité mutuelle, représentativité de chaque participant, approche intégrée commune et équilibrée entre les quatre piliers, subsidiarité et complémentarité : pas de duplication ni d’autorité sur les structures existantes.

À cet effet, les partenaires ont convenu de la tenue d’une rencontre en format restreint en juillet pour préparer une prochaine réunion ministérielle après l’été. Selon l’évolution des travaux, le G5 Sahel accueillera, en accord avec les partenaires de la Coalition, courant 2021, un Sommet extraordinaire des chefs d’État.2

Fin de citation

Pour être complet, reprenons le communiqué publié par ce même Quai d’Orsay, deux jours après, à la suite des attaques perpétrées contre les forces armées maliennes et la MINUSMA (13 et 14 juin 2020).

Début de citation

La France condamne avec la plus grande fermeté l’attaque contre les forces armées maliennes, au sud-est de Diabaly, dans le centre du Mali, le 14 juin 2020, qui a coûté la vie à de nombreux personnels et l’attaque contre la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) entre Tessalit et Gao, dans le nord-est du Mali, le 13 juin 2020, qui a coûté la vie à deux casques bleus égyptiens. La France adresse ses condoléances aux proches des soldats décédés et aux autorités maliennes et égyptiennes. La France réitère son soutien aux autorités des pays du Sahel dans leur combat contre le terrorisme, ainsi qu’à la MINUSMA, dont le rôle est essentiel pour la stabilisation du Mali. Les responsables de ces attaques devront être identifiés et répondre de leurs actes3.

Fin de citation

C’est à se demander si l’attaque contre les forces maliennes et celles de la MINUSMA n’est pas la réponse du berger à la bergère, démontrant ainsi l’inefficacité du mécano institutionnel mis en place par la France, l’Union européenne, l’Union africaine et l’ONU pour répondre au défi de l’insécurité croissante dans le Sahel due à l’action d’une galaxie de groupes djihadistes qui agissent comme des poissons dans l’eau du désert. C’est aussi à se demander si nous prenons la juste mesure de la situation en lisant ce morceau d’anthologie de la diplomatie du vide et du creux que reflètent les conclusions informelles de la première réunion de la Coalition pour le Sahel4. Il faut toujours lire en creux ces communiqués lénifiants pour en apprécier tout le sel. Les deux premiers paragraphes sont là pro forma. La suite n’est pas très glorieuse : on s’engage à mettre en œuvre l’action du G5 Sahel (excellente nouvelle) ; on prend note des progrès accomplis et des initiatives en cours (c’est peu dire qu’il ne se passe pas grand-chose et que Takuba n’est qu’un gadget de plus qui n’est pas encore très opérationnel faute de combattants européens) ; on va faire face aux défis qui subsistent et s’attaquer aux causes structurelles de l’instabilité (alléluia !, on commence à se rendre compte de la véritable dimension des problèmes structurels de la zone) ; on rappelle les principes généraux de la Coalition (on ne pouvait pas faire mieux) : on annonce enfin les prochaines réunions d’experts, des ministres et des chefs d’État et de gouvernement (on allèche le chaland). En un mot comme en cent, rien de neuf sous le soleil. On ressasse des vieilles lunes pour se donner l’impression que la réunion a été utile alors qu’il n’en est rien sorti de concret, de tangible qui contribue à inverser le cours de l’Histoire tragique de cette région. De qui se moque-t-on ?

Cerise sur le gâteau, nous découvrons grâce à la dernière étude du SIPRI que l’Afrique est un marché de choix pour les marchands d’armes (statistiques sur la période 2014-2019) : armes russes (49%), américaines (14%), chinoises (13%) et françaises5 (6,1%)6. On comprend mieux pourquoi les groupes mal intentionnés disposent de pléthore de quincaillerie – de la plus archaïque à la plus sophistiquée – pour y commettre leurs forfaits les plus atroces dans l’indifférence occidentale la plus totale (Cf. le dernier coup de main de Boko Haram au Nigéria qui a fait une cinquantaine de morts). On peine à mesurer les effets positifs du Traité international sur le commerce des armes de l’ONU (TCA signé en 2013, entré en vigueur le 24 décembre 2014) que l’on nous vante comme le must de la diplomatie sécuritaire7.

« En France, il faut toujours prendre l’envers des mots pour en trouver la vraie signification » (Honoré de Balzac).

Que dire de plus à ce stade ? Méthode du bon docteur Coué ? Politique du chien crevé au fin de l’eau du bon André Tardieu ? « Des généralités parsemées de charmantes anecdotes » de Stefan Zweig ? Avec les brillantissimes conclusions informelles de cette première réunion de la Coalition pour le Sahel, le grand public peut agréablement découvrir comment sont traités les grandes crises en Afrique – cela vaut pour bien d’autres crises aux quatre coins de la planète – par l’introuvable communauté internationale : toujours des mots (creux) pour soigner des maux (graves) ! »>

1 Ali Baba, Sahel : des gaités de l’escadron à l’hydre de Lerne, www.prochetmoyen-orient.ch , 15 juin 2020.
2 Conclusions informelles de la première réunion de la Coalition pour le Sahel, 12 juin 2020, www.diplomatie.gouv.fr
3 Réaction du Quai d’Orsay aux attaques contre les forces armées maliennes et la Minusma au Mali, (13-14 juin 2020.), www.diplomatie.gouv.fr , 14 juin 2020.
4 Claude Angeli, Le virus djihadiste au Sahel « traité » en visioconférence, Le Canard enchaîné, 17 juin 2020, p. 3.
5 La France marchande de canons, Le Canard enchaîné, 17 juin 2020, p. 2.
6 Débauche d’armes en Afrique, Le Canard enchaîné, 17 juin 2020, p. 3.
7 https://handicap-international.fr/fr/actualites/le-traite-sur-le-commerce-des-armes-est-une-realite
 
 
PETITE MUSIQUE EUROPÉNNE. AVEU D’UN FIASCO – Guillaume Berlat « Tout est vain en nous, excepté le sincère aveu que nous faisons devant Dieu de nos vanités » (Bossuet). Encore faut-il ne pas douter de la sincérité de l’aveu ! Ce qui n’est pas chose aisée tant l’âme humaine est complexe et ses ressorts mystérieux. Les authentiques confessions sont rares tant l’homme du XXIe siècle est souvent mu par le tout à l’ego. Ce qui vaut pour nos dirigeants français vaut a fortiori pour les plus hauts responsables de l’Union européenne, en particulier les têtes pensantes de la Commission. Alors que cette transformation radicale de la pensée bruxelloise se précise au fil des semaines, trois questions centrales – le plus importantes à nos yeux – méritent d’être posées aujourd’hui. Assiste-t-on nous à la fin de l’idéologie européiste mortifère qui a servi de mantra à la joyeuse troupe européenne depuis plusieurs décennies ? Assiste-t-on nous au début d’une prise de conscience salutaire ? Assiste-t-on nous à la concrétisation d’une conversion à la Realpolitik ?

VERS LA FIN DE L’IDÉOLOGIE EUROPÉISTE MORTIFÈRE ?

Jusqu’à la dernière pandémie, ces femmes et ces hommes étaient guidés, non par la réalité objective du monde, mais par une idéologie. Celle de la mondialisation, de la globalisation, du libre-échangisme, de la libre concurrence, du sans-frontièrisme, du village planétaire, du rejet des Nations, de la souveraineté… En un mot, une idéologie mortifère, d’une candeur rafraîchissante mise à nue par la gestion catastrophique de la pandémie par les États8. Ces derniers découvrent actuellement, sidérés, les multiples inconvénients d’une perte de leur indépendance, de leur souveraineté, de leur autonomie stratégique dans le domaine crucial de la santé9 sans parler des secteurs dits stratégiques. Ils constatent également les ravages du repli sur soi, du chacun pour soi généré par une crise aussi grave. Les citoyens se sont retournés vers leur État10 et non vers l’Europe qui ne les a jamais protégés contre les appétits d’États prédateurs comme la Chine – dont ils ne voyaient que les exotiques « nouvelles routes de la soie »11 – et comme les États-Unis – dont ils subissaient les méfaits de leur loi extra-territoriale et de leurs politiques de sanction implacables y compris avec leurs alliés (nous sommes parvenus au temps du découplage12) -, rien de moins.

Mais, aujourd’hui, les yeux de ces Candide se dessillent devant pareil cauchemar. Désormais, les critiques raisonnables et justifiées des souverainistes13 et autres nationalistes deviennent subitement crédibles, audibles14. Certaines sont même reprises, sous un vernis différent, par les idéologues de Bruxelles dans un temps de conversion inespérée face à une réalité incontournable. C’est que les faits sont têtus et que l’on ne peut faire de politique qui vaille en dehors des réalités, en reprenant les propos du général de Gaulle au siècle dernier. C’était dans le monde d’hier. « L’Europe n’est-elle pas devenue le nouveau tiers-monde » qui encaisse les coups sans réagir15 dans un monde où « le multilatéralisme est dans le coma » ?16

VERS LE DÉBUT D’UNE PRISE DE CONSCIENCE SALUTAIRE ?

Dans la plus grande précipitation, tous nos ayatollahs se font les chantres d’une approche moins naïve de la relation des Vingt-Sept avec la Chine. Celle qu’ils critiquaient lorsqu’elle était le fait de Donald Trump, ce président inculte qui ne croit qu’à la force. Après Josep Borrell, l’Ersatz de ministre européen des Affaires étrangères17 et son improbable corps diplomatique18, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne19, c’est au tour de Madame Foldingue (rescapée de la Commission Juncker), la ridicule danoise, commissaire à la concurrence et vice-présidente de la Commission, Margrethe Vestager de montrer patte blanche et faire, mezzo voce, son acte de contrition20. Bonjour, la clairvoyance des toutes ces éminences qui évoluent à la tête d’une Europe qui était censée protéger ses citoyens alors qu’elle la livrait sans la moindre défense aux vautours chinois… qui ne faisaient que défendre leurs intérêts bien compris.

Tous ces imbéciles découvrent que les relations internationales sont gouvernées par des rapports de force, de puissance et cela depuis la nuit des temps. Qu’on le veuille ou non ! La Chine, que la Commission caressait il y a peu encore dans le sens du poil lors des plus récents dialogues stratégiques, qui n’ont rien de stratégiques, n’échappe pas à la règle. Nous en sommes pour l’instant au stade des bonnes intentions, des mots forts, des « échanges francs et directs » (nous dit-on !) mais pas encore à celui de la traduction dans les faits et dans les actes de ce tsunami idéologique.

VERS LA CONCRÉTISATION D’UNE CONVERSION À LA REALPOLITIK ?

Si l’exercice de retour sur expérience (« retex ») est conduit jusqu’à son terme (peut-il l’être ?), il devrait conduire à repenser tout le logiciel de pensée de l’Union européenne. Logiciel d’inspiration britannique alors que le Royaume-Uni le jette par-dessus bord avant d’entrer dans la phase post-Brexit. La technostructure européenne a un train de retard. Pire encore, elle regarde les trains passer comme les vaches dans les prés. Une telle réorientation drastique de la démarche européenne ne peut être décidée par deux ou trois commissaires dans la plus grande opacité, leur mode de fonctionnement préféré au temps de la transparence affichée. Elle devrait faire l’objet d’une sérieuse discussion entre les chefs d’État et de gouvernement – les seuls à avoir la légitimité nécessaire pour ce faire -, puis être entérinée dans un bref document d’orientation diffusé à tous nos technocrates à tête d’œuf. Parallèlement, à titre de mesure conservatoire, la Commission européenne devrait surseoir à la signature de tous les accords de libre-échange en chantier et à la poursuite de la négociation de ceux qui sont en cours. Il ne faut pas insulter l’avenir. Confrontation avec la Chine ne signifie pas guerre mais diplomatie musclée qui allie la carotte au bâton et non diplomatie munichoise dont on connait les résultats hier, aujourd’hui et demain.

Si nous étions à l’époque de la révolution culturelle chinoise sous l’ère de Mao, on devrait procéder à une vaste opération de rééducation idéologique de toute cette cohorte qui n’a de compte à rendre à personne. Soyons conscient que les résistances de l’État profond bruxellois seront nombreuses pour faire échec à ce nouveau socle idéologique tournant le dos au précédent ! Souvenons-nous qu’il y a loin de la coupe aux lèvres surtout dans la sphère européenne qui dispose d’une force d’inertie insoupçonnée et insoupçonnable !21

« CEST LE MOMENT DE L’EUROPE »22

« J’avais toujours un extrême désir d’apprendre à distinguer le vrai d’avec le faux, pour voir clair en mes actions et marcher avec assurance en cette vie » (Discours de la méthode, René Descartes). Nous tombons à la renverse en découvrant que Sylvie Kauffmann, brillante tête pensante du Monde commence à peine à comprendre que la crise de la Covid-19 a eu l’effet d’un révélateur, d’un accélérateur des fissures dans l’ordre international, en général23, et dans l’ordre européen, en particulier24 sans parler de la France25. Comment aurait-il pu en être autrement ? C’est bien connu, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Aujourd’hui, la petite musique européenne, qui nous vient de Bruxelles, a changé de partition. De l’hymne à la joie de Beethoven, nous sommes passés au Requiem de Mozart. Ce nouveau morceau de bravoure ressemble à s’y méprendre à l’aveu d’un fiasco avec la célébration de mots hier considérés comme grossiers : « Autonomie stratégique », « Europe puissance » et même « Souveraineté ». À quand un petit passage devant la Cour pénale internationale (CPI), sise à La Haye, pour tous ceux qui ont venu l’Europe à la découpe et à l’encan, sans vergogne, au cours des décennies écoulées, dans le plus grand mépris des citoyens qui n’en pouvaient mais.

8 Nicolas Bastuck/Jérôme Cordellier, L’ombre du grand procès, Le Point, 23 avril 2020, pp. 52 à 55.
9 Étienne Gernelle/Guillaume Grallet/Olivier Ubertalli, Paul Hudson : « La santé est un sujet crucial de souveraineté comme la défense », Le Point, 30 avril 2020, pp. 52 à 55.
10 Nicolas Baverez, La nouvelle expansion de l’État, Le Point, 7 mai 2020, pp. 11-12.
11 Christophe Ono-Dit-Biot (propos recueillis par), Peter Frankopan : « Les Chinois vont réécrire l’Histoire », Le Point, 2 avril 2020, pp. 91-92-93.
12 Piotr Smolar, Les États-Unis et l’Europe à l’heure du découplage, Le Monde, 16 juin 2020, p. 6.
13 Jean-Thomas Lesueur, Pour une souveraineté partagée…, Marianne, 19-25 juin 2020, p. 59.
14 Guillaume Berlat, Du retour en grâce du concept de souveraineté !, www.prochetmoyen-orient.ch , 8 juin 2020.
15 Michel Onfray, « L’Europe est devenue le nouveau tiers-monde », Le Point, 26 mars 2020, pp. 44-45-46.
16 Luc de Barochez, Le multilatéralisme est dans le coma, Le Point, 23 avril 2020, p. 11.
17 Jean Daspry, Josep Borrell lit dans sa boule de cristal, www.prochetmoyen-orient.ch , 18 mai 2020.
18 Guillaume Berlat, SEAE ou le musée de l’illusion, www.prochetmoyen-orient.ch , 18 mai 2020.
19 Virginie Malingre, Un plan pour une autre Europe, Le Monde, 16 juin 2020, pp. 18-19.
20 Virginie Malingre, Concurrence : l’Europe se veut moins « naïve ». Bruxelles projette de mieux s’armer contre les entreprises étrangères dopées aux subventions publiques, Le Monde, 18 juin 2020, p. 16.
21 Éric Albert (propos recueillis par), Fabio Panetta : « Plus on attend, plus il sera cher d’intervenir », Le Monde, 17 juin 2020, p. 17.
22 Ursula von der Leyen.
23 Franz-Olivier Giesbert, Déclin de l’Occident : dernier arrêt avant le terminus ?, Le Point, 16 avril 2020, p. 7.
24 Sylvie Kauffmann, La Chine, l’Europe et la doctrine Sinatra, Le Monde, 18 juin 2020, p. 30.
25 Sébastien Le Fol, Le Covid-19, une « étrange défaite » pour la France, Le Point, 30 avril 2020, p. 91.
 
 
LES BALIVERNES D’UN MONDE QUI S’AMUSE ET QUI S’ABUSE – Ali Baba. « C’est un mal-vivant, répondit l’abbé, qui gagne sa vie à dire du mal de toutes les pièces et de tous les livres ; il hait quiconque réussit, comme les eunuques haïssent les jouissants ; c’est un de ces serpents de la littérature qui se nourrissent de fange et de venin ; c’est un folliculaire. – Qu’appelez-vous un folliculaire ? dit Candide. – C’est, dit l’abbé, un faiseur de feuilles, un Fréron », (Voltaire, Candide, 21).

« Ces messieurs les folliculaires ressemblent assez aux chiffonniers, qui vont ramassant des ordures pour faire du papier », (Voltaire, Dictionnaire philosophique. Ana, anecdotes).

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » (Antonio Gramsci). Alors que le monde peine à sortir de la pandémie et qu’il s’engage à tâtons dans un avenir incertain, le clergé médiatique nous distrait ad nauseam avec quelques informations qui écrasent tout le reste. Comme si le reste du monde n’existait plus. Preuve que la recherche des priorités dans une période d’infobésité n’est plus l’objectif principal de nos perroquets à carte de presse. Revenons d’abord sur les conséquences planétaires des affaires Floyd et Traoré avant de nous interroger sur les révolutions que connaît notre monde aussi complexe qu’imprévisible, porteur de tous les dangers.

« BLACK LIVES MATTER »

Depuis l’odieux assassinat de George Floyd (noir) par un policier Derek Chauvin (blanc) le 25 mai 2020, la médiasphère et la blogosphère s’enflamment, ne laissant pas le soin et le temps à la justice de faire son œuvre. Plus de trois semaines après le début des violences, nous apprenons que ce meurtre ne serait pas d’origine raciste mais dû à une querelle entre deux personnes qui se connaissaient. Dans la foulée, une autre affaire refait surface en France, portée par la vague de la première, celle d’Adama Traoré dont la mort, le 29 juillet 2019 dans les locaux de la gendarmerie de Persan (Val d’Oise), demeure toujours aussi mystérieuse. Est-elle la conséquence de son arrestation ou est-elle sans lien avec elle ? À ce jour, les experts ne s’accordent toujours pas sur les conclusions de leurs investigations. Une chose est certaine est que la famille Traoré n’est pas exempte de tout reproche, pour faire dans la litote diplomatique. En violation du fameux « principe du pas d’amalgame », les communautés noires des États-Unis et de France décrètent que tous les policiers blancs sont des racistes, des suprématistes et autres qualificatifs peu flatteurs. Par ailleurs, la planète est prise d’une frénésie de déboulonnage de toutes les statues de ceux qui représenteraient, de près ou de loin, les symboles du racisme et du colonialisme26. Aux dernières nouvelles, Winston Churchill et Charles de Gaulle sont mis dans le même sac de l’infamie. Plus grave encore, une frange active de citoyens réclame une réécriture de l’Histoire, motif pris qu’il est indispensable de faire disparaître toutes les traces de l’esclavage, de l’apartheid, du racisme et d’autres discriminations de nos livres d’histoire, de nos villes… En un mot, une sorte de vidange de notre mémoire individuelle et collective27. On se croirait replongé dans la lecture de 1984 de George Orwell28. Si noble soit le combat contre toutes les formes de discrimination, il ne peut tout se permettre. Rappelons-nous que tout ce qui est excessif est insignifiant ! Le risque est grand que cette flambée de contestation ne conduise, par effet boomerang, à une véritable flambée de racisme et de xénophobie29. Méfions-nous des pyromanes ! Il est très souvent difficile de jouer les pompiers lorsque se développe le feu des passions incontrôlables. Et souvent, le remède s’avère pire que le mal. Mais, il est trop tard pour contrôler la situation.

« PRÉVOIR LE MONDE DE DEMAIN »30

Ceci étant posé, et sans minorer la symbolique et la portée planétaire de ces deux affaires, le monde continue de tourner, plus mal que bien. Et cela sans que nos folliculaires ne prennent la juste mesure des révolutions dans la grammaire des relations internationales dont nous sommes plus les spectateurs que les acteurs. Retenons-en quelques-unes qui pourraient éclairer notre lanterne et dont ils font peu cas ! Le Conseil de sécurité de l’ONU est bloqué faute d’un minimum d’accord entre ses cinq membres permanents. Mais, nous sommes pleinement rassurés en apprenant que le Conseil des droits de l’homme, basé à Genève, vient de donner son feu vert pour lancer un débat sur le racisme et la violence policière. Où ces palabres conduiront-ils ? La Cour pénale internationale continue de se ridiculiser (après les dernières décisions prises dans l’affaire Gbagbo31) et d’être ridiculisée par Donald Trump (il menace de sanctions les magistrats de la CPI). Le président américain a signé un décret en riposte à la décision de la juridiction d’autoriser l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en Afghanistan). Par ailleurs, il retire sa contribution financière à l’OMS accusée de partialité prochinoise. Son émissaire ne fait aucune propositions concrètes lors du dernier dialogue stratégique avec l’Union (15 juin 2020)32. Pendant ce temps, la cour suprême américaine inflige un nouveau revers sur la question des sans-papiers33. Pour ce qui est de la taxe GAFA, l’Union européenne et l’OCDE semblent tenir bon face à Washington34. Pour sa part, la Russie est accusée par le parquet allemand d’un meurtre à Berlin35. Incapable de s’accorder sur une date coordonnée de réouverture de ses frontières, l’Union européenne a largement démontré l’étendue de ses limites dans la crise de la Covid-19 même si la santé ne fait pas partie de ses attributions au sens juridique du terme. Elle se contente d’aligner des chiffres (des milliards d’euros) pour remettre l’économie en route alors que l’unanimité ne s’est pas encore dégagée entre cigales et fourmis36. Mais, nous avons droit à un énième conseil européen le 19 juin 2020 qui ne posera pas les vraies questions qui fâchent pour sortir l’Europe de l’ornière dans laquelle elle ne cesse de s’enfoncer37. Ce n’est pas la fameuse conférence sur l’avenir de l’Europe qui lui fournira la boussole et le cap qui lui font sérieusement défaut. Elle sait surtout jouer la montre tant avec l’Iran pour sauver l’accord nucléaire38 qu’avec elle-même pour approuver le fond de relance39.

Après le Covid, la Chine s’en prend à l’Australie qui a demandé une enquête sur sa gestion de la crise40. Elle continue à malmener les droits de l’homme41. Après s’être laissée délibérément déplumée par la Chine et enivrée par ses « nouvelles routes de la soie », l’Union est confrontée aux multiples caprices de l’Oncle Sam qui voudrait l’entraîner dans ses querelles multiples avec Pékin42. Si découplage il y a sur les questions commerciales, il existe aussi sur les questions de sécurité. Donald Trump exige un partage financier équitable au prix de la défense de ses alliés européens, incapables de s’entendre à Vingt-Sept sur un projet de défense européenne autonome à la française. Il ne cesse de le répéter et commence à sortir les dents. En effet, il veut réduire de moitié la présence militaire américaine en Allemagne43. Le président américain accuse l’Allemagne d’avoir « des impayés » dans ses contributions à l’OTAN. Il est vrai que le 45ème président américain n’aime pas voir ses boys guerroyer là où ils n’ont plus rien à faire qu’il s’agisse de l’Afghanistan (Cf. l’accord de paix conclu avec les Talibans à Doha) ou de l’Irak (les Etats-Unis vont « continuer à réduire » leur présence militaire en Irak contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) « au cours des prochains mois », ont annoncé les gouvernements américain et irakien dans une déclaration conjointe à l’issue de leur « dialogue stratégique » le 11 juin 2020). Dans ce domaine comme dans bien d’autres on doit reconnaître une grande constance à l’homme à la mèche blonde. Alors qu’ils pensaient avoir pacifié et démocratisé une Libye débarrassée de son Guide suprême avec leur guerre de 2011, les Occidentaux constatent impuissants qu’ils n’ont plus la main et que Russes et Turcs (Cf. incident naval du Courbet) mènent le branle comme en Syrie44. L’activisme militaire turc empoisonne l’OTAN45. Le Liban ne cesse de plonger dans un chaos indescriptible en raison d’un multicrise. Le Sahel ne parvient toujours pas à se défaire du péril djihadiste, opération « Barkane » ou pas46. On assiste à un premier affrontement meurtrier entre la Chine et l’Inde depuis 45 ans47. Assiste-t-on, au-delà de l’accusation de l’Inde, qui dénonce, une action préméditée de la Chine48, à un choc des nationalismes ?49

Et, l’on pourrait dresser un tableau encore plus exhaustif des périls qui nous guettent. En un mot comme en cent, c’est toute la gouvernance mondiale mise en place après la Seconde Guerre mondiale qui est en train de voler en éclats. Mais, nos élites n’ont ni plan A, ni plan B pour remettre de l’ordre dans le grand désordre mondial. Si ce n’est à disserter à perte de vue sur des sujets si importants soient-ils comme la mort tragique de deux hommes, oubliant par là-même que le monde de demain n’attend pas. Veulent-elles ou non prendre le problème à bras-le-corps comme l’ont fait leurs prédécesseurs après le cataclysme de 1939-1945 ? Elles n’en prennent toujours pas le chemin, agrippées qu’elles sont toujours aux paradigmes périmés du monde d’hier. Nous sommes entrés dans un monde néo-bismarckien, où les traités ne sont pas signés pour durer très longtemps, où les puissances négocient des alliances temporaires, selon des objectifs qu’elles poursuivent en commun, à un moment donné. La crise autour de la pandémie du coronavirus donne objectivement le « la » d’une nouvelle phase dans la grammaire de la sécurité internationale. Elle le fait d’abord en confirmant une tendance émergente : l’imprévisibilité est désormais la donne principale de cette architecture évolutive de la sécurité globale. 

Le bon sens existe-t-il toujours alors que les signes annonciateurs d’une crise globale se multiplient ?50 Où sont aussi passés nos intellectuels d’antan, passeurs d’idées ? Les voix d’Edgar Morin51 et de Marcel Gauchet52, pour ne citer qu’eux, sont encore présentes mais malheureusement de moins en moins audibles dans le brouhaha médiatique, dans le hourvari mondial. Cette situation nous entraîne dans « un tourbillon où la confusion, l’amalgame l’emportent sur la clarté »53.

« L’ÉTRANGE DÉFAITE »

Les limites de l’absurde sont atteintes. Progressistes en paroles mais conservateurs dans leur comportement quotidien tiennent aujourd’hui le haut du pavé. Ce qui est difficilement acceptable, c’est le mélange des genres. Les bras vous tombent en assistant à ce triste spectacle d’un monde qui peine à s’accepter tel qu’il est. Aujourd’hui, l’impression prévaut qu’il faut « avoir des yeux pour ne pas voir et des certitudes afin de ne pas douter »54. Où sont passés les authentiques hommes d’État qui se tournaient vers le passé pour éclairer le présent et se projeter vers l’avenir ? Ils ont été habilement remplacés par de vulgaires hommes politiques le regard vissé sur l’instant, ignorants de l’Histoire et incapables d’anticiper pour mieux se préparer (Cf. le constat objectif de la gestion catastrophique de la crise sanitaire). Nous en avons la preuve éclatante avec les balivernes d’un monde qui s’amuse et qui s’abuse alors que le monde d’hier s’efface sous leurs pas.

26 Nicolas Chaudun, Déboulonnage de statues : le règne de l’anachronisme et de l’ignorance, Le Figaro, 19 juin 2020, p. 19.
27 Jacques Julliard, Pas les fesses, Marianne, 19-25 juin 2020, p. 4.
28 Alain Chouet, Il faut abattre la statue de Sully…, www.prochetmoyen-orient.ch , 15 juin 2020.
29 Jean-François Kahn, Le véritable antiracisme a-t-il encore un espace d’expression ?, Marianne, 19-25 juin 2020, p. 6.
30 Paul Dahan (sous la direction de/Thierry de Montbrial (avant-propos de), Prévoir le monde de demain, Collection Biblis, éditions du CNRS, juin 2020.
31 Guillaume Berlat, Affaire Gbagbo : la CPI avale son chapeau, www.prochetmoyen-orient.ch , 1er juin 2020.
32 Jean-Pierre Stroobants, États-Unis-UE : pas de propositions concrètes à l’issue d’un « dialogue stratégique », Le Monde, 17 juin 2020, p. 4.
33 Gilles Paris, La Cour suprême inflige un nouveau revers à Donald Trump, Le Monde, 20 juin 2020, p. 5.
34 Anne Michel/Alexandre PIquard, Taxe GAFA mondiale : l’OCDE et l’UE font front commun face aux États-Unis, Le Monde, 20 juin 2020, p. 21.
35 Nicolas Ruisseau/Thomas Wieder, Le parquet allemand accuse la Russie d’un meurtre à Berlin, Le Monde, 20 juin 2020, p. 5.
36 Virginie Malingre, Un plan pour une autre Europe, Le Monde, 16 juin 2020, pp. 18-19.
37 Virginie Malingre, Les Vingt-Sept se jaugent sur le plan de relance, Le Monde, 19 juin 2020, p. 6.
38 Carrie Nooten/Allan Kaval/Piotr Smolar, Les Européens jouent le sablier pour sauver l’accord avec l’Iran, Le Monde, 17 juin 2020, p. 4.
39 Éric Albert (propos recueillis par), Fabio Panetta : Europe : « Plus on attend, plus il sera cher d’intervenir », Le Monde, 17 juin 2020, p. 17.
40 Isabelle Dellerba/Frédéric Lemaître, Après le Covid, la Chine s’en prend à l’Australie, Le Monde, 19 juin 2020, p. 4.
41 Frédéric Lemaître, L’avocat des droits de l’homme Yu Wensheng condamné à quatre ans de prison en Chine, Le Monde, 20 juin 2020, p. 5.
42 Piotr Smolar, Les États-Unis et l’Europe à l’heure du « découplage », Le Monde, 16 juin 2020, p. 6.
43 Jean-Pierre Stroobants/Thomas Wieder, Trump agite la menace d’un redéploiement en Europe. La Maison Blanche veut réduire le nombre de soldats présents en Allemagne et suscite de nouvelles tensions dans l’OTAN, Le Monde, 19 juin 2020, p. 3.
44 Guillaume Berlat, Libye : déclin de l’Occident, essor russo-turc, www.prochetmoyen-orient.ch , 8 juin 2020.
45 Nathalie Guibert/Jean-Pierre Stroobants, L’activisme militaire turc empoisonne l’OTAN, Le Monde, 19 juin 2020, pp. 1-2-3.
46 Ali Baba, Sahel : des gaités de l’escadron à l’hydre de Lerne, www.prochetmoyen-orient.ch , 15 juin 2020.
47 Guillaume Delacroix/Frédéric Lemaître/Brice Pedroletti, Tensions meurtrières entre la Chine et l’Inde, Le Monde, 18 juin 2020, p. 2.
48 Guillaume Delacroix, L’Inde dénonce une action préméditée de la Chine, Le Monde, 19 juin 2020, p. 4.
49 Éditorial, Chine-Inde : le choc des nationalismes, Le Monde, 19 juin 2020, p. 26.
50 Alain Frachon, La double peine des pays pauvres, Le Monde, 19 juin 2020, p. 26.
51 Guillaume Berlat, Edgar Morin toujours en grande forme, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 mai 2020.
52 Guillaume Berlat, Radioscopie d’une France grippée : le diagnostic du docteur Marcel Gauchet, www.prochetmoyen-orient.ch , 15 juin 2020.
53 Jean Bothorel, La République mondaine, Grasset, 1979, pp. 104-105.
54 Georges Suffert, Les intellectuels en chaise longue, Plon, 1974, p. 14.
 
 
MONTESQUIEU DOIT SE RETOURNER DANS SA TOMBE – Jean Daspry. « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée n’a pas de constitution. » (Déclaration des Droits de 1789).

« Les hommes politiques, on devrait les faire souffler dans le ballon pour savoir s’ils ont le droit de conduire la France au désastre » (Coluche). Non contents de conduire la France au désastre, ils malmènent passablement les grands principes du droit dont ils sont par ailleurs les grands thuriféraires. Nous sommes au cœur de la politique du en même temps, de l’injonction contradictoire55. Cela est particulièrement vrai en cette période d’état d’urgence sanitaire où tous les coups – les mauvais, de préférence – sont permis56. De préférence, les violations flagrantes des normes supérieures, sorte d’évangiles de la démocratie, de l’état de droit. Plus c’est gros, plus ça passe. Pourquoi se gêner lorsque les grands protecteurs des libertés que sont le Conseil constitutionnel57 et le Conseil d’État58 (Le Canard enchainé s’en fait même l’écho59) pratiquent l’aplaventrisme devant le pouvoir en place ? Cela vous confère une sorte d’onction juridique qui absout tous vos pêchés de lèse-démocratie.

Aujourd’hui, Jupiter et sa mauvaise troupe s’acharnent sur le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs à la faveur de « l’affaire » Adama Traoré. Ils se mêlent des affaires de l’autorité judiciaire alors que cette dernière est censée être indépendante des pouvoir exécutif et législatif. Les juristes un tant soit peu sérieux en restent cois tant la ficelle est grosse et la mauvaise foi patente. Que nous dit l’un d’entre eux qui n’a pas les pudeurs traditionnelles de gazelle de la majorité de ses collègues peu portés à la critique du régime en place ?60

Dans « l’affaire » Adama Traoré, Macron a bafoué le principe de séparation des pouvoirs. Mais est-il autre chose qu’un mythe en France ? Ce qui est nouveau, c’est que non seulement on le transgresse continuellement, mais que l’on n’essaie même plus de s’en cacher. On affirme même ouvertement que ce principe est contraire à la souveraineté61. Souveraineté de qui ? De l’Etat bien sûr ! Ni plus, ni moins. Et, il poursuit ainsi. La question de la séparation des pouvoirs est par bien des aspects le monstre du Loch Ness de la politique moderne : tout le monde en parle, personne ne l’a vue et chacun en donne une description différente. Elle surgit donc de façon tout aussi surprenante que lui, et toujours pour des raisons de convenance, parfois très inattendues. La transgression est fort concevable si l’on se place du point de vue du Pouvoir, pour lequel il y a Lui, encore Lui et toujours Lui, et surtout personne d’autre, ni même trois personnes en une ! On le comprend fort bien. La théorie des trois pouvoirs distingue d’abord celui de faire les lois, ensuite celui de mettre en œuvre la puissance publique, enfin le pouvoir de protéger les citoyens contre la puissance publique et d’arbitrer leurs différends. La thèse de la « Séparation des pouvoirs » est simple et dit : mettez ces trois pouvoirs aux mains d’un seul homme ou d’un seul groupe d’hommes, et la Liberté est morte. Comme l’apprennent tous les étudiants en croit, c’est Montesquieu qui, en France, a mis au premier plan de la réflexion politique cette question de la séparation des pouvoirs. Ses motivations étaient claires : face à la montée en puissance du Pouvoir d’État qui caractérise les XVIème et XVIIème siècles, il fallait trouver des méthodes politiques pour le limiter. Ce que les anglo-saxons qualifient de « checks an balance », de contre-pouvoirs62. Pour la commodité de l’exposé, nous n’entrerons pas dans des explications d’experts sur les avatars du concept de « séparation des pouvoirs ». Nous ne retiendrons qu’une seule chose. C’est le moins mauvais des systèmes que l’on ait imaginé pour prévenir l’absolutisme, la dictature. En France, sous le règne empli de magnificence et de munificence de Jupiter 1er, nous baignons dans la confusion permanente et généralisée des genres. C’est peut-être cela que l’on qualifie de monarque disruptif ! Et, de proche en proche, on ne sait où toutes ces dérives accumulées, assumées par les majorités successives peuvent conduire la France dans un avenir indéterminé.

Montesquieu a dit avec netteté : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » ainsi que « Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Enfin, il déclare que « Lorsque dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté […] Il n’y a point encore de liberté, si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice […] Tout serait perdu si le même homme ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs : celui de faire les lois, celui d’exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers ». S’il assiste au triste spectacle auquel nous assistons aujourd’hui, Montesquieu doit se retourner dans sa tombe.

55 Les injonctions contradictoires, dites aussi paradoxales, sont celles auxquelles on ne peut obéir sans désobéir. C’est la fameuse « double contrainte » ou double noeud, théorisé par Gregory Bateson. L’exemple classique, selon l’école de Palo Alto, est l’injonction « Soyez spontané(e) ! », https://www.lesechos.fr/2014/01/comment-faire-face-a-des-injonctions-contradictoires-
56 Jérôme Hourdeaux, Vers une sortie en trompe-l’oeil de l’état d’urgence sanitaire, www.mediapart.fr , 11 juin 2020.
57 Roseline Letteron, Quand le Conseil constitutionnel réécrit l’article 38, www.libertescheries.blogspot.com , 6 juin 2020.
58 Roseline Letteron, Covid-19 : Le Conseil d’État arrive en retard, www.libertescheries.blogspot.com , 19 mai 2020.
59 Au haut Conseil des tas, Le Canard enchainé, 17 juin 2020, p. 1.
60 JacquesDecock, La séparation des pouvoirs à la française, Le Blog de JacquesDecock , www.mediapart.fr , 10 juin 2020.
61 Guillaume Berlat, Du retour en grâce du concept de souveraineté, www.prochetmoyen-orient.ch , 8 juin 2020.

62 Élaborée par Locke (1632-1704) et Montesquieu (1689-1755), la théorie de la séparation des pouvoirs vise à séparer les différentes fonctions de l’État, afin de limiter l’arbitraire et d’empêcher les abus liés à l’exercice de missions souveraines , https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/270289-la-separation-des-pouvoirs
 
 
COVID-19 : ENTRE PROPHÉTIE AUTORÉALISATRICE ET CLAIRVOYANCE RÉTROSPECTIVE – Guillaume Berlat. « Le meilleur prophète est celui qui devine juste » (Euripide). Alors que la pandémie perd de sa vigueur au fil des mois et de jours, une nouvelle race de commentateurs, d’analystes fait florès sur nos chaînes d’abrutissement en continu, dans les colonnes de nos quotidiens et de nos hebdomadaires. Absents du débat sanitaire au début de la crise de la Covid-19 en raison de leur état de sidération avancée, ils renaissent de leurs cendres, tels Lazare. Il ne se passe plus une seule journée sans que ces brillants esprits, aussi clairvoyants que perspicaces, viennent nous déclamer doctement qu’ils avaient tout envisagé, tout vu dans leur boule de cristal, dans le marc de café. Et cela depuis des mois, des années. À quoi peuvent bien ressembler tous ces prévisionnistes au petit pied qui veulent jouer dans la Cour des grands ? Nous sommes les témoins de la ballade des imposteurs qui nous jouent le couplet du populisme médiatique.

LA BALLADE DES IMPOSTEURS

Dans cette catégorie d’escrocs intellectuels, nous pouvons distinguer deux types de rhéteurs de foires : les experts toutes catégories la prophétie autoréalisatrice63 et ceux de la clairvoyance rétrospective, as de la « prédictions reconstruite à posteriori »64. À leurs yeux, nos dirigeants incultes – Jupiter et toute sa joyeuse troupe de bras cassés – n’avaient prêté la moindre attention à leurs prophéties, à leurs avertissements. Tel l’oracle d’Appolon, qui parlait à travers sa prophète, la Pythie de Delphes au pied du mont Parnasse, ils pérorent doctement sur les causes de la pandémie, sur la manière dont il aurait fallu l’anticiper, la préparer, la traiter efficacement. Le seul petit problème est que l’on est bien en peine de retrouver trace d’une quelconque prévision envisageant, de près ou de loin, la probabilité d’une pandémie que celle de la Covid-19 après celles du Sras, de la grippe H1N1, d’Ebola. Même en cherchant dans les revues spécialisées ou en faisant appel à ce cher monsieur Google, nous restons bredouilles. Au contraire, les prévisionnistes sérieux – y compris nos services de renseignement qui travaillent sur des centaines de scénarios, y compris les plus baroques – avaient, eux, envisagé, depuis plus d’une décennie, cette possibilité mais ne s’en étaient jamais vanté. L’humilité est la vertu cardinale des personnes intelligentes. L’arrogance est celle des imbéciles.

LE POPULISME MÉDIATIQUE

Peut-être que nos menteurs professionnels ont eu la crainte de faire part de leurs projections angoissantes au bon peuple de France et de Navarre pour ne pas l’effrayer. Les Cassandre ne sont jamais les bienvenues dans le monde des bisounours qui ignore que l’Histoire est tragique ? Peut-être ignorent-ils l’avertissement d’Héraclite pour qui « Rien n’est permanent sauf le changement » ? Au moins, tous ces sinistres personnages donnent-ils matière à franche rigolade dans un monde qui prête de moins en moins à sourire et où la bien-pensance fait la chasse aux humoristes de tout poil ! Vivre ensemble, c’est réfréner son ego comme nous le rappelle fort justement le philosophe, Pierre-Henri Tavoillot. Analyser le monde, c’est voir loin comme nous le conseille Alain, c’est travailler sur le temps long, stratégique et non sur le temps court, médiatique. Prévoir n’est pas se contenter d’être le greffier du présent. Assumer les fausses prédictions n’est pas suffisant. Il faut en livrer les raisons. Apprenons à ces prestidigitateurs à se méfier du « populisme médiatique » en leur infligeant une sévère correction qui leur servira, une bonne fois pour toutes, de leçon dont ils se souviendront avant de se livrer à leurs méfaits ! Pas sûr que leur exercice d’équilibrisme suffise à ramener la confiance des citoyens en tous ces joueurs de bonneteau, propagateurs d’un virus autrement plus dangereux que celui de la Covid-19, celui du bobard permanent. Bienvenue dans le monde de la « post-vérité » !

LE PRIX DE LA VÉRITÉ

« La prospective est un art difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » nous rappelle fort à propos l’humoriste Pierre Dac65. Pour le microcosme français, le temps de sérieuses remises en question est venu. Va-t-il saisir l’occasion pour revenir à sa vocation de pays des Lumières, de passeur d’idées qui s’interdit la pratique de la langue de bois épaisse et du bobard permanent et qui développe une vision stratégique, prospective d’un monde aussi instable que complexe et imprévisible ? En un mot comme en cent, le microcosme français est-il prêt à se libérer de ses mensonges qui le disqualifient tant sur la scène hexagonale que sur la scène mondiale ? Ou bien va-t-elle continuer à s’enivrer de posture et de communication, de clairvoyance rétrospective, voire de « prophéties autoréalisatrices » ?

63 Justin Vaïsse, Derrière le triomphe de l’État souverain, Le Monde, 28 mai 2020, p. 27.
64 Romain Guibert (propos recueillis par), Bernard Bajolet : « Ni en France, ni à la CIA, il n’y a de Mme Irma », Le Point, 21 mai 2020, pp. 122-123.
65 Paul Dahan (sous la direction de), Prévoir le monde de demain, Collection Biblis, éditions du CNRS, juin 2020.
 
 
LE RETOUR DU FILS PRODIGUE DE LA MACRONIE – Jan Daspry. « Les bavards sont les plus discrets des hommes : ils parlent pour ne rien dire » (Voltaire). Manifestement, ce n’est pas le cas du plus grivois de la Macronie morale, Benjamin Griveaux. Confiné à domicile – avant le confinement – depuis le mois de février 2020 pour cause de gauloiserie66, notre séducteur hors-pair et notre cinéaste de renom fait un « happy comeback » dans l’hémicycle à la veille de trêve estivale.

Un retour d’autant plus remarqué, d’autant plus cocasse que la mission qui lui est confiée pour l’occuper donne lieu à une franche rigolade. Laissons le soin à l’incontournable hebdomadaire Gala, le plus lu de tout ce qui compte dans Paris, le soin de nous narrer cette plaisante comptine pour notre plus grand émerveillement !

Début de citation

Près de quatre mois après avoir renoncé à sa candidature à la Mairie de Paris, Benjamin Griveaux a hérité d’une toute nouvelle mission. Mais l’acronyme de celle-ci ne risque pas de l’aider à faire oublier la publication de vidéos intimes. Sur le plateau des Grandes Gueules ce vendredi 12 juin d’ailleurs, l’équipe a eu du mal à réfréner un fou rire.

Benjamin Griveaux a décidément du mal à faire oublier la publication de vidéos intimes. Depuis le mois de février dernier et la mise en ligne d’images à caractère sexuel par Piotr Pavlenski, l’ex-porte- parole du gouvernement a pourtant tout fait pour disparaître des radars. Notamment en renonçant à sa candidature à la Mairie de Paris, laissant sa place à Agnès Buzyn. Mais alors qu’une toute nouvelle mission lui a été confiée, Benjamin Griveaux fait à nouveau l’objet de railleries. De retour dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale il y a quelques jours, le député a ainsi été accueilli par des blagues salaces dont il se serait bien passé. La raison ? Il va intégrer les rangs de la BITD, pour « base industrielle et technologique de défense », comme le rapportait l’Opinion. Et si sa mission – il se focalisera sur « la place des industries de défense dans le plan de relance post-Covid » – est on ne peut plus sérieuse, sa nomination prête à sourire.

Sur le plateau des Grandes Gueules ce vendredi 12 juin par exemple, l’équipe a eu beaucoup de mal à réfréner un fou rire à l’évocation de l’acronyme de la nouvelle mission de Benjamin Griveaux, même si nos confrères ont précisé qu’elle se prononçait « B-I-T-D » et non « BITDE ». Notamment Olivier Truchot, en revenant sur « l’intitulé quelque peu indélicat par rapport aux mésaventures de l’ancien candidat à la Mairie de Paris ». Comme lui, pris d’un fou rire incontrôlable, plusieurs personnes ont réalisé qu’il était peu opportun et ont donc décidé de le changer : la « base industrielle et technologique de défense » devrait devenir la « base industrielle de souveraineté de la défense », la « BISD ». « Bien conscient du ridicule de la situation, compte tenu du passé récent de l’ancien candidat à la mairie de Paris, la commission de la défense, dont il est membre, va modifier cette appellation », écrivaient d’ailleurs nos confrères de l’Opinion.

« Non, mais là il y a des génies », a réagi le journaliste, spécialement amusé par le changement de nom, en s’essuyant des pleurs de rire. Et si l’acronyme peut prêter à sourire, la mission de Benjamin Griveaux y sera pourtant plus que sérieuse. Selon l’Opinion en effet, l’ex-membre du gouvernement et le député LR Jean-Louis Thiériot devront se pencher sur la place des entreprises de l’armement dans le plan de relance post-crise sanitaire. Mais le retour de Benjamin Griveaux sur la scène politique n’est pas franchement celui dont il avait rêvé. A nouveau présent au Palais Bourbon pour la première fois suite à son renoncement le 14 février dernier, il a été chahuté par ses collègues. Et notamment par le député LR Fabien De Filippo, qui se demandait en plein discours si « Monsieur Griveaux n’avait rien à nous montrer… ». D’ici deux mois, et la fin de la mission de l’homme politique, ses vidéos intimes seront peut-être oubliées…67

Fin de citation

Ceci se passe de commentaire tant le comique l’emporte sur le ridicule. Après avoir été, hier, victime involontaire de ses talents de cinéaste amateur, Benjamin Griveaux est, aujourd’hui, victime tout aussi involontaire, d’un acronyme scabreux. L’époque actuelle est surprenante à maints égards. Les intellectuels ont abandonné leur rôle de serviteur de l’esprit. Avec Jupiter, il se passe toujours quelque chose, à l’instar de la publicité du siècle dernier pour les Galeries La Fayette. Comme me le disait, il y a peu, un homme de qualité et de culture : « Décidément, le plus grand mal de notre époque, c’est l’ignorance glorieuse, qui fait le lit de tout pouvoir ». Un sursaut est toujours possible. En attendant ce jour encore lointain, réjouissons-nous du retour de l’enfant prodigue de la Macronie !

66 Jean Daspry, 5-G : Griveaux, grivois, graveleux, greluchon, grand-grignolesque, www.prochetmoyen-orient.ch , 24 février 2020.
67 Carla Carlessimo, Benjamin Griveaux : son nouveau poste fait mourir de rire un célèbre journaliste, www.gala.fr , 15 juin 2020.

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