Observatoire Géostratégique

numéro 294 / 3 août 2020

ORIENT-ATIONS 291

BIENVENUE A LA MALOUINE ANNICK GIRARDIN – Richard Labévière. L’ancienne ministre des Outre-mer (2017 – 2020) et députée de Saint-Pierre-et-Miquelon (depuis 2007) est donc notre nouvelle « ministre de la Mer ». Bonne, très bonne nouvelle et bienvenue ! Evidemment, le nez sur le guidon Dupond-Moretti/Roselyne Bachelot, les journalistes ont peu commenté l’importance de cette décision, confirmant une fois de plus l’adage d’Eric Tabarly : « la mer pour les Français, c’est ce qu’ils ont dans le dos lorsqu’ils regardent la plage… ». Sans doute, l’amiral Bernard Rogel – qui a si bien servi notre pays comme chef d’état-major de la Marine nationale et chef d’état-major particulier du président de la République entre autres – n’est certainement pas étranger à cette résurrection d’un ministère de la Mer

Le 14 juin dernier, Emmanuel Macron indiquait que la « première priorité » est de « reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire ». Cela passera aussi « par l’accélération de notre stratégie maritime, nous qui sommes la deuxième puissance océanique mondiale ». Il ajoutait, enfin que la « stratégie maritime est un outil de résilience ». 

Cela dit, le décret d’attribution n’est pas encore sorti au Journal officiel, ce qui signifie que les choses ne doivent pas être simples concernant le budget, les pouvoirs et le poids politique réel de ce « nouveau » ministère. Son histoire raconte une saga typiquement française, celle d’un serpent de mer administratif et institutionnel. Le Journal Officiel nous rappelle que le premier Ministre de la mer de l’histoire de la Vème République fut Louis Le Pensec (PS) du 22 mai 1981 au 22 mars 1983. La fonction s’est transformée avec Guy Lengagne (PS), devenu Secrétaire d’État auprès du Ministre des transports, chargé de la mer (1983-1984), puis Secrétaire d’État auprès du Ministre de l’urbanisme, du logement et des transports, chargé de la mer (1984-1986). Ambroise Guellec (UDF-CDS) a été ensuite Secrétaire d’Etat à la mer du 20 mars 1986 au 10 mai 1988. Louis Le Pensec a retrouvé son ministère de la mer du 10 mai 1988 au 23 juin 1988, Jacques Mellick (PS) lui ayant succédé dans les mêmes fonctions du 23 juin 1988 au 15 mai 1991.

On revient au format secrétariat d’Etat à la Mer avec Jean-Yves Le Drian (PS) du 15 mai 1991 au 31 mars 1992. Charles Josselin (PS) lui succède du 2 avril 1992 au 28 mars 1993. Après une vacance de presque dix ans, Nicole Ameline reprend le flambeau du 7 mai 2002 au 17 juin 2002. Le secrétariat d’Etat cumule les Transports et la Mer avec Dominique Bussereau (UMP) du 17 juin 2002 au 30 mars 2004, remplacé par François Goulard (UMP), du 30 mars 2004 au 31 mai 2005.

Nouvelle formule avec un ministère de l’Equipement, des Transports, du Tourisme et de la Mer dirigé par Dominique Perben (UMP), du 31 mai 2005 au 17 mai 2007. Apparaît un ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer avec Jean-Louis Borloo (PR-UMP), du 23 juin 2009 au 13 mai 2010. Frédéric Cuvillier (PS) sera successivement Ministre délégué aux transports et à l’économie maritime (du 16 mai 2012 au 21 juin 2012), Ministre délégué aux transports, à la mer et à la pêche (du 21 juin 2012 au 2 avril 2014), Secrétaire d’État chargé des transports, de la mer et de la pêche du 9 avril 2014 au 25 août 2014.

Du 26 août 2014 au 10 mai 2017, on retrouve un secrétariat d’Etat chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche avec Alain Vidalies (PS). Depuis le 16 mai 2017, Nicolas Hulot (société civile) occupait les fonctions de Ministre d’Etat, Ministre de la Transition écologique et solidaire, faisant fonction de ‘Ministre de la mer’. En dehors du ministère chargé de l’Environnement, de l’Equipement ou encore des Transports, d’autres ministères s’occupent aussi s’occupent de la Mer : ceux de la Défense, de l’Intérieur, des Finances, de l’Agriculture, de la Justice… soit une quinzaine d’administrations, la pêche continuant à dépendre du ministère de l’Agriculture et la construction navale de celui de l’Industrie qui se retrouve sans ministre depuis 2017. Cet éclatement ne révèle pas que des difficultés d’organigramme gouvernemental mais exprime d’abord la spécificité des enjeux maritimes et la difficulté technique de pilotage d’une administration transversale compte tenu des compétences très diverses que mers et océans sollicitent.

Les auteurs de l’ouvrage collectif Les Français, la terre et la mer – XIIIème-XXème siècle1 concluent : « Un ministère de la Mer qui serait un véritable ministère de plein droit est très difficile à mettre sur pied dans la mesure où il se trouverait, quasiment dans chaque secteur, en concurrence avec d’autres ministères : l’industrie, l’environnement, le tourisme, la recherche… Or, entre deux ministères de plein exercice, il n’y a pas d’arbitrage possible. L’absence de ministère de la Mer est perçue aussi comme un symbole qui révèle la faible considération dans laquelle sont tenus globalement, en France, le milieu maritime, les économies et les cultures qui en découlent. Cet état de fait induit une incapacité à considérer les problèmes dans leur ensemble et dans leurs interactions ». A suivre. Bonne mer donc à Annick Girardin !

1 Sous la direction de Alain Cabantous, André Lespagnol et Françoise Péron : Les Français, la terre et la mer – XIIIème – XXème siècle. Editions Fayard, avril 2005.
 
 
THIERRY DE MONTBRIAL NOUS DIT : « LA RAISON L’EMPORTERA SUR LES PULSION ».

Chers Amis,

Les Européens s’apprêtent à prendre leurs vacances à un moment où la pandémie de Covid-19 semble s’éloigner d’eux, malgré les clusters qui apparaissent ici ou là. Pour autant, nous ne sommes pas à l’abri d’une prochaine vague. Après tant de discours imprudents, plus personne n’ose d’ailleurs émettre des prévisions trop précises. En tous cas, toute accalmie confirmée se prête à des réflexions plus larges tant sur les conséquences de la catastrophe que sur les dysfonctionnements qui l’ont permise.

D’une façon générale, la plupart des commentateurs s’accordent pour dire que, dans tous les domaines, la crise a agi comme un catalyseur, voire comme un révélateur de tendances préexistantes. Ainsi, dans l’économie, certaines entreprises déjà menacées comme dans la grande distribution vont-elles disparaître plus rapidement. Partout, les chaines de production seront à la fois raccourcies et diversifiées pour réduire les risques, politiques ou autres, de ruptures d’approvisionnement. Beaucoup d’activités seront relocalisées. Dans le même ordre d’idées, les échanges se feront moins à flux tendus. On peut également prévoir, au-delà des précautions sanitaires, un ralentissement du trafic aérien international ou même national au profit des échanges par visioconférences que d’innombrables entreprises ont appris à pratiquer à l’occasion du confinement. D’un autre point de vue, on doit s’attendre au renforcement de la politisation de l’économie internationale, c’est-à-dire à une accentuation de la corrélation entre géopolitique, géostratégie et géo-économie. Le tout formant une sorte de « géo » à la puissance trois. Les Etats s’attacheront de plus en plus ouvertement à protéger celles de leurs entreprises qu’ils considéreront comme « stratégiques », ou tout au moins des points jugés critiques de leurs activités. Le droit à la concurrence s’en trouvera bouleversé. Je pense par exemple à la probable course pour les subventions entre Boeing et Airbus, avec en arrière-plan la montée d’un avionneur chinois. Les investissements directs et les mouvements de population seront de plus en plus contrôlés.

Ces quelques remarques ne prétendent évidemment pas à l’exhaustivité. Elles ne font qu’illustrer un retour partiel vers la forme prémoderne de l’économie internationale, selon laquelle on échange essentiellement les biens, alors que les facteurs de production (le capital et le travail dans la typologie classique) sont peu mobiles. Ainsi l’OMC est-elle l’Organisation Mondiale du Commerce, et non pas des échanges économiques en général. Toutes ces transformations se traduiront dans bien des pays par une augmentation du chômage de transition plus rapide que ce à quoi on pouvait s’attendre avant la pandémie.

Certes, l’ouverture sans précédent des vannes de la monnaie partout dans le monde, a permis d’éviter le pire c’est-à-dire les faillites en chaine d’entreprises structurellement viables et à la limite le cauchemar de l’effondrement comme un château de cartes de toute l’économie mondiale. Un peu comme ce qu’a vécu la Russie dans les années 1990, mais à l’échelle planétaire. On n’ose penser à ce qui s’en serait suivi. Une fois de plus, la communauté des Banques centrales a remarquablement réagi. Mais les meilleures actions ont leur face négative : en l’occurrence, l’explosion des dettes publiques. Ce qui est véritablement inédit dans cette affaire est la simultanéité du phénomène partout dans le monde, mais aussi et peut-être surtout le fait que cela se soit produit après une période de stabilité des prix d’une durée exceptionnelle. Cette stabilité me semble due à l’accroissement de la pression concurrentielle, notamment sur les salaires dans les pays développés en conséquence de l’ouverture de l’immense réservoir de main d’œuvre des pays émergents. Avec une démondialisation même partielle, la vraie inflation ou la stagflation, celle dont les Européens au moins de l’Ouest ont oublié les conséquences néfastes, pourrait revenir dans les pays occidentaux. En même temps, dans le reste du monde privé en partie de ses débouchés, les difficultés sociales augmenteraient également. Rien n’est plus facile que de construire sur le papier un modèle mathématique produisant l’illusion de la viabilité d’une dette perpétuelle et mes amis macroéconomistes ne s’en privent pas. Encore faut-il ne pas avoir la naïveté d’y croire. La conclusion est qu’il faudra un surcroît de coopération économie internationale innovante.

Cette remarque me conduit à revenir sur la question de la gouvernance mondiale. Celle-ci était déjà mise à mal bien avant la pandémie, en raison d’une perte de confiance généralisée exacerbée par le laisser-aller dans le comportement de nombre de dirigeants politiques. A commencer par le chef de l’Etat le plus puissant du monde, dont on attendrait au contraire qu’il donne l’exemple. Sans doute le recours systématique à l’insulte ou à la désignation de boucs émissaires fait-il partie de l’arsenal des leaders populistes. Il est également vrai que l’émergence des réseaux sociaux a banalisé les invectives, les fake-news et le retour à la loi de la jungle, où le bon sauvage cher à Rousseau n’a guère sa place. Mais si le champ international devenait une foire d’empoigne où l’émotion écraserait la raison, alors qu’objectivement la coopération internationale paraît plus nécessaire que jamais, le risque d’une sorte de troisième conflit mondial deviendrait sérieux.

La pandémie a indirectement donné un coup d’accélérateur à la dégradation des relations sino-américaines et à l’affaiblissement du multilatéralisme, alors qu’elle aurait dû conduire les principaux Etats de la planète à affronter leurs responsabilités conjointes. Le surgissement d’un phénomène susceptible de provoquer une pandémie illustre parfaitement la notion d’effet papillon, lorsqu’une cause minuscule provoque des conséquences immenses. La détection précoce d’un tel phénomène, la collecte et l’interprétation des données correspondantes, l’accès à ces données et leur partage, l’organisation nationale et internationale de la prévention face à ces types de risques (sanitaires en l’occurrence, mais aussi financiers ou autres), la répartition des responsabilités qui en découlent, la détermination de qui finance quoi et de qui a un droit au regard sur quoi : telles sont quelques-unes des questions inévitables face à un monde de plus en plus interdépendant et complexe, dans lequel par conséquent les effets papillon sont voués à proliférer. Il est facile d’accuser la Chine et l’on a effectivement de bonnes raisons de s’interroger à son sujet, ou encore de fustiger l’OMS. Cette dernière a les défauts de bien des organisations internationales dont la parole confine à la langue de bois dès qu’on s’écarte des balises. L’OMS a une action normative, mais elle n’exerce aucun pouvoir direct sur ses pays membres (en particulier, aucun droit d’accès direct à ses données) et ne dispose d’aucune structure préventive lui permettant d’agir en cas d’urgence. Son directeur général n’a pas plus de troupes que le Secrétaire général de l’ONU. Les organisations sont indispensables pour donner consistance à la coopération internationale. Encore faut-il que leurs missions soient définies sans ambiguïtés et qu’elles jouissent de délégations de pouvoir adaptées à l’exercice de ces missions. A cet égard, l’institution la plus exemplaire est le FMI. Mais force est de constater qu’actuellement les principales puissances de la planète manifestent la conception la plus étroite de la souveraineté. C’est de mauvais augure face à la multiplication des risques qui se profilent à l’horizon.

Malgré tout, je souhaite terminer sur une note optimiste. Plongé depuis longtemps dans la vie internationale, je suis moins frappé par l’ampleur des drames de l’histoire que par leur limitation. Puisque l’actualité favorise les métaphores médicales, je dirai que malgré les apparences le système immunitaire de la société internationale ne fonctionne pas si mal. Globalement, au cours des trois derniers mois, après un démarrage inquiétant, la qualité de la réponse européenne m’a paru au-dessus de toutes les espérances. Et dans l’affrontement entre les Etats-Unis et la Chine, je suis prêt à parier que les forces de la raison l’emporteront sur les pulsions. Le plus difficile, pour ces deux puissances, sera d’admettre l’absolue nécessité, dans les prochaines décennies, d’un minimum de partage de la souveraineté, sans lequel le multilatéralisme sera de plus en plus lettre morte. C’est alors que les grandes guerres redeviendraient possibles.

Il me reste à vous souhaiter le meilleur été possible et à vous donner rendez-vous fin août pour ma prochaine lettre.
 
 
PHILIPPE DE SAINT-ROBERT NOUS DIT : « DE LA SOUVERAINETE ». Le concept juridique de souveraineté subit aujourd’hui d’innombrables assauts de la part des partisans du mondialisme et du « supranationalisme ». En attribuant la souveraineté à tout et à n’importe quoi – souveraineté numérique, souveraineté sanitaire, souveraineté industrielle, souveraineté alimentaire … – ils tendent à déstructurer et casser un concept qui devrait être respecté juridiquement en son entier. Il est permis de se redire souvent la souffrance d’Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Lorsque les gouvernants organisent la pagaille dans les concepts afin de nous perdre dans un brouillard délétère, la chose publique va à vau-l’eau. Mais, soyons objectifs, cela ne date pas d’aujourd’hui. Deux quinquennats précédents ont amorcé la dérive où l’on voit la France se déclasser, selon une formule soudainement à la mode.

L’austérité imposée à l’Union européenne par l’Allemagne n’a pas déclassé l’Allemagne, qui est sans doute la plus « souverainiste » des États de l’Union. À Paris, on a du mal à en prendre conscience tant le pouvoir actuel a voulu s’identifier à une « relance » de l’Union dans le sens incontrôlable où elle est engagée depuis le regrettable traité de Maëstricht. Ce traité tourne en fait le dos au traité de Rome qui stipulait, en son article 2, la création d’une « Europe des États ».

Si le général de Gaulle s’est rallié en 1958 à la mise en œuvre du Marché commun, c’est parce qu’il en faisait cette lecture. Lorsqu’il proposa en 1961 ce qu’on a appelé le Plan Fouchet, qui était une initiative d’ordre politique, nos partenaires le rejetèrent parce qu’à leurs yeux, elle n’était pas suffisamment « supranationale ». Allez comprendre.

En 1983, François Mitterrand substitua l’ « européisme » à tout-va à son vieux rêve socialiste, qui ne marchait pas. Mais cette Europe, qui a du mal à masquer son projet fédéraliste, ne fonctionne pas non plus. Et nos dirigeants actuels se prennent les pieds dans l’élaboration pénible d’une nouvelle idée de la souveraineté. Le président de la République nous parle à la fois de souveraineté nationale et de « souveraineté européenne », sans s’aviser qu’elles sont incompatibles. J’ai assisté une première fois, le 12 décembre 2012, dans le salon d’honneur des Invalides, à un exposé de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, cette parfaite représentante des théories de la « droite de gouvernement », dans lequel elle expliqua que la souveraineté nationale n’existait plus, attendu qu’il ne pouvait plus y avoir de souveraineté qu’européenne. Je n’avais pas prêté trop attention à ces élucubrations qui me paraissaient sans importance.

Confronté à ce paradoxe, Emmanuel Macron, plus malin, a voulu brouiller les pistes en mettant en parallèle la souveraineté nationale et la souveraineté européenne de ses rêves. C’est peu de dire que c’est mal nommer les choses. En effet, pour qu’il y ait une souveraineté, il faut qu’il y ait un peuple, une nation et un État. Or, en Europe, et plus particulièrement dans l’Union européenne, il y a des peuples, des nations et des États, dont la réunion ne peut en aucun cas constituer une souveraineté, ce que la France et les Pays-Bas ont rejeté en 2005.

Le concept de souveraineté nationale a été parfaitement défini dès le XVIIe siècle par le légiste Cardin Le Bret, dans son Traité de la souveraineté (1632) en ces termes : « La souveraineté n’est non plus divisible que le point en géométrie ». C’est également l’opinion de Hobbes au sujet de qui mon vieux maître Daniel Villey rappelle : « Une souveraineté limitée, ce serait aux regards de Hobbes, un concept contradictoire. S’il fallait que le souverain fût limité par quelqu’un d’autre, ce serait ce quelqu’un d’autre qui serait souverain. »1 Les porte-drapeaux de la conception européenne d’Emmanuel Macron sont tous plus confus les uns que les autres à ce sujet : ainsi de la malheureuse Nathalie Loiseau qui proteste qu’elle n’est pas « fédéraliste » mais que l’Union européenne serait faite de « souverainetés qui s’additionnent », ce qui ne veut strictement rien dire – ainsi également d’Amélie de Montchalin, intarrisable bavarde dans le rôle de la voix de son maître. On souhaiterait qu’Emmanuel Macron et les siens s’inspirent davantage d’Albert Camus.

Lorsqu’ils avaient évoqué naguère l’éventualité d’une Confédération européenne, tant le général de Gaulle que François Mitterrand, qui s’y rallia en fin de compte, exprimaient la seule façon réaliste et constructive de bâtir une Europe respectueuse de ses innombrables racines, historiques aussi bien que culturelles. Nous pourrons retrouver cette voie lorsqu’Emmanuel Macron aura réglé ses problèmes de vocabulaire, qui sont d’abord d’ordre juridique.

1 Notes de philosophie économique, Les cours de droit, éd., 1958-1959.
 
 
LE DIPLOMATE LE CHOUCHEN EMPRUNTE UN NOUVEAU CHEMIN – Ali Baba. Au moment où nous entrons dans l’acte III de son quinquennat, Emmanuel Macron, le caméléon2 a frappé un grand coup3. Il aurait même renversé la table selon certains en procédant à un changement de premier ministre et à un ravalement de façade de son gouvernement4. Les médias – en particulier les chaînes d’abrutissement en continu sevrées à la crise de la Covid-19 depuis le début de l’année 2020 -raffolent de ce genre de happening5. Cela fait le buzz et fait couler autant d’encre que de salive sur les plateaux de télévision et dans les dîners en ville. Mais, de quoi s’agit-il en réalité si l’on veut bien aller au-delà de l’écume des jours ?6 D’un point de vue de politique globale, nous sommes en présence d’un gouvernement de mission (expression qui nous laisse songeur tant elle ne signifie rien) mais surtout de mission impossible. Du point de vue de l’action extérieure de la France, nous sommes confrontés à une diplomatie de gribouille… admirable.

UN GOUVERNEMENT DE MISSION… IMPOSSIBLE

Alléluia ! Après avoir appelé ses ex, Jupiter 1er a enfin tranché dans le vif7. Nous en avons fini une fois pour toute avec le félon8, Édouard Philippe (issu de la Caste du Conseil d’État)9, remercié tel un laquais par Jupiter 1er 10. Le nouveau Messie est arrivé. Il a pour nom Jean Castex (issu de la Caste de la Cour des comptes)11. Tel Moïse (ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée sous Nicolas Sarkozy), il arrive avec ses nouvelles Tables de la Loi et ses dix commandements : opérationnalité, efficacité, dialogue, concertation, union, gouvernement de combat12 et de mission, territoires, retraites, cap, nouveau chemin, … Le nouvel élu est flanqué d’une joyeuse troupe recrutée comme pour le casting d’une comédie de boulevard13. La politique réduite à un divertissement. Deux ministres régaliens prennent la porte après la multiplication des gaffes et des bourdes qu’il et elle, ont commises : celui de l’Intérieur (Christophe Castaner) et celle de la Justice (Nicole Belloubet). Le premier est remplacé par Gérald Darmanin, aussitôt pris à parti par les associations féministes14. Le second, Éric Dupond-Moretti est contesté par les magistrats15. N’épiloguons pas sur cette mauvaise farce ! Passons au cœur de notre sujet, à savoir le point de savoir si ce remaniement est une bonne ou une mauvaise chose pour la diplomatie française.

UNE DIPLOMATIE DE GRIBOUILLE …ADMIRABLE

Qu’en est-il de la diplomatie de l’acte III du quinquennat ? Selon des sources autorisés, l’actuel ministre de l’Europe et des Affaires étrangères aurait refusé la proposition du chef de l’État de prendre le ministère de l’Intérieur16. La France a la chance de conserver le Breton madré, Jean-Yves le Drian à la tête du Quai d’Orsay. Sa secrétaire d’État aux Affaires européennes, la très arrogante Amélie de Montchalin est promue ministre de la transformation et de la fonction publiques (ministre de plein exercice)17. On souhaite bien du plaisir à ses interlocuteurs et ses interlocutrices. Le transparent ministre de la Culture, Franck Riester est rétrogradé au rang de ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et de l’attractivité18. À ce jour, nous ne connaissons pas qui sont les secrétaires d’État : ceux qui remplaceront Amélie de Montchalin aux Affaires européennes et ceux qui prendront ou pas la suite de Jean-Baptiste Lemoyne. L’on nous explique qu’elle n’interviendra pas avant le discours de politique générale du Premier ministre, de crainte que les recalés ne votent pas la confiance au nouveau gouvernement19. Drôle de nouveau chemin, drôle de réinvention que de garder à la barre du bateau France sur les mers agitées de la planète un homme du passé (vieil apparatchik du parti socialiste qui n’existe plus) et du passif (ses trois ans passés à la tête de la diplomatie française n’ont laissé qu’un champ de ruines). De plus, ses dernières facéties ont conduit à la défaite de son dauphin à Lorient lors des dernières élections municipales20. Pas très glorieux pour un homme que la rumeur avait déjà expédié à Matignon pour remplacer le barbu bicolore. À la tête de son cabinet, on retrouve le même néo-con, Nicolas Roche21.

Comment imaginer une diplomatie renouvelée avec un homme de 72 ans en bout de course dont on ne se souviendra pas de l’action dans les livres d’Histoire ? Est-ce cela l’efficacité et l’opérationnalité dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée ? Pense-t-on un seul instant que c’est avec pareil attelage fait de bric et de broc que la diplomatie française va gagner en crédibilité sur les scènes internationale (face aux États-Unis, à la Russie et à la Chine22) et européenne23 (face à l’Allemagne24) ? La voix de la France va-t-elle être plus audible au Proche et au Moyen-Orient ? Va-t-elle faire le poids face à une Chine submergeante en France25, mettant au pas Hongkong26 et face à laquelle l’Union européenne semble impuissante ?27 Quid avec l’OTAN ?28 Une fois perdue, la confiance est l’une des choses les plus difficiles à regagner sur la scène mondiale. Ce sont toutes ces questions de la plus haute importante que notre clergé médiatique ne se pose pas, se contentant d’affirmer de manière péremptoire que Jean-Yves Le Drian est désormais un poids lourd du gouvernement (premier dans l’ordre protocolaire). En fait de poids lourd, il s’agirait plutôt d’un poids mort en dépit de son « Breizh Lab » qui était censé alimenter la pensée présidentielle en idées géniales pour le plus grand bien de la politique étrangère et de la diplomatie française. De qui se moque-t-on avec cette vaste blague ?

L’art de la diplomatie, comme l’aquarelle, a beaucoup souffert de la fascination qu’elle exerce sur l’amateur (Harold Nicolson, 1947). Il est des moments où la diplomatie n’est autre chose que du spectacle. Or, la diplomatie doit être exercée par des professionnels. Et, c’est loin d’être le cas en juillet 2020. Aujourd’hui, la diplomatie raisonnée du temps long cède progressivement le pas à la diplomatie émotionnelle de l’instant. Notre ami, Le Chouchen n’est qu’un vulgaire marin d’eau douce à la barre d’un bateau ivre, à l’instar de son capitaine. « En diplomatie, les conneries ne s’ajoutent pas, elles se multiplient » (Nicolas Canteloup, 2018). Tout change pour que rien ne change. Une impasse, telle semble être le nouveau chemin qu’emprunte le diplomate Le Chouchen pour la dernière ligne droite du mandat d’Emmanuel Macon. Une sorte de chemin de Damas au sens propre et figuré. Dans quel piteux état risque de se trouver notre diplomatie en mai 2022 au moment de solder les comptes du quinquennat international du diplomate Le Chouchen ?29
2 Claude Gisselbrecht, Macron le caméléon, Courrier, Marianne, 10-16 juillet 2020, p. 62.
3 Françoise Fressoz, À rebours des canons traditionnels, Le Monde, 8 juillet 2020, p. 35.
4 Anne-Sophie Mercier, Jean Castex. A fond de terroir, Le Canard enchaîné, 8 juillet 2020, p. 7.
5 Alexandre Lemarié/Cédric Pietralunga, Deux « stars » et un coup de barre à droite, Le Monde, 8 juillet 2020, p. 8.
6 Éditorial, Le message régalien de Macron, Le Monde, 8 juillet 2020, p. 35.
7 Macron rappelle ses ex, Le Canard enchaîné, 8 juillet 2020, p. 2.
8 L’offense faite à Philippe, Le Canard enchaîné, 8 juillet 2020, p. 2.
9 Laurent Valdiguié, Macron-Philippe. Histoire d’un rendez-vous raté, Marianne, 10-16 juillet 2020, p. 22-23-24.
10 Alexandre Lemarié/Cédric Pietralunga, Macron se sépare de Philippe, Le Monde, 4 juillet 2020, p. 8.
11 Alexandre Lemarié/Cédric Pietralunga, Castex, un « anti-Philippe » pour la majorité, Le Monde, 7 juillet 2020, p. 10.
12 Soazig Quéméner, Face à la crise du siècle, c’est ça un gouvernement de combat ?, Marianne, 10-16 juillet 2020, pp. 10 à 13.
13 Vincent Tremolet de Villers, Le casting et le scénario, Le Figaro, 7 juillet 2020, p. 1.
14 France : Bronca des féministes pour le premier jour du ministre de l’Intérieur, accusé de viol, AFP, 7 juillet 2020.
15 Hélène Romano, Nomination d’un garde des sceaux showman des prétoires, Le Blog de Romano.Helène, www.mediapart.fr , 7 juillet 2020.
16 Insomnie, Le Canard enchaîné, 8 juillet 2020, p. 2.
17 Romaric Godin, Amélie de Montchalin, fer de lance de la transformation du service public, www.mediapart.fr , 7 juillet 2020.
18 Baptiste Petitjean, Commerce extérieur. Ça balance très mal à Paris, Marianne, 10-16 juillet 2020, pp. 30-31.
19 Alexandre Lemarié, Remaniement : tensions au sein de la majorité, Le Monde, 10 juillet 2020, p. 11.
20 Le Drian à l’Ouest, Le Canard enchaîné, 2 juillet 2020.
21 Arrêté du 7 juillet 2020 portant nomination au cabinet du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, JORF n° 0170 du 11 juillet 2020, texte n° 29.
22 François Heisbourg, Le temps des prédateurs. La Chine, les États-Unis, la Russie et nous, Odile Jacob, 2020.
23 Virginie Malingre/Thomas Wieder, Merkel et von der Leyen affichent leur connivence, Le Monde, 4 juillet 2020, p. 3.
24 Thomas Vallières, Angelâtrie généralisée, Marianne, 10-16 juillet 2020, p. 21.
25 Jacques Follorou, Le traitement de faveur « des amis français de la Chine » face au coronavirus, Le Monde, 8 juillet 2020, p. 14.
26 Alain Frachon, La puissance chinoise et la force, Le Monde, 10 juillet 2020, p. 27.
27 Jean-Pierre Stroobants, Face à Pékin, l’Europe à la recherche d’une riposte, Le Monde, 7 juillet 2020, p. 3.
28 Jean-Sylvestre Montgrenier, L’erreur serait de penser que la France peut négliger l’OTAN, Le Monde, 10 juillet 2020, p. 26.
29 Piotr Smolar (propos recueillis par), Michel Duclos : « La France souffre d’une relative solitude sur la scène internationale », www.lemonde.fr , 10 juillet 2020.
 
 
SAHEL-LIBYE : RIEN NE VA PLUS POUR JUPITER ! Ali Baba. « Les défaites nous ramènent aux choses essentielles, tandis que les succès ne font que nous en éloigner » (Ronald Lavallée). Il va falloir s’y faire. Le feuilleton intitulé chronique d’une défaite annoncé au Sahel et en Libye se nourrit chaque semaine d’épisodes préoccupants du point de vue des intérêts bien compris de la France. Il y a peu nous revenions sur cette aventure qui risque de nous coûter cher tant nous ne savons comment nous sortir du piège que nous avons-nous-même armé30. Trois semaines après, nous sommes dans l’obligation de mettre à jour nos dossiers pour tenir compte des dernières évolutions de notre « Afghanistan de proximité » (Jean-Claude Cousseran, il y a déjà plusieurs années). Plus nos autorités étalent des communiqués de victoire grandiloquents, plus nous courrons sûrement vers une défaite inéluctable. Une fois encore, répétons-le avec la plus grande fermeté, il ne s’agit pas de mettre en cause le travail exceptionnel que font nos militaires dans cette région de l’Afrique. Et cela, le plus souvent avec des moyens humains et matériels ridicules par rapport à l’ampleur de la tâche qui leur a été confiée par nos présidents successifs qu’il s’agisse de Nicolas Sarkozy (Libye) ou de François Hollande (Mali puis Sahel) et, aujourd’hui, par Emmanuel Macron ! Nos chefs de l’État persévèrent dans l’erreur avec une constance qui mérite louange sur le dossier sahélien. Ce n’est guère mieux sur les suites de notre brillante intervention en Libye.

SAHEL OU LE DÉPIT DE L’ÉLÈVE MACRON

Les présidents passent, les métastases djihadistes ne cessent de se répandre dans le Sahel à une vitesse V31. Et ce ne sont pas les superbes photographies de nos soldats diffusées par l’État-major qui y changeront quelque chose (Cf. « Barkhane en images », juin 2020 ou les reportages sur Antenne 2 réalisés par des journalistes « embedded »). Quelle dégradation objective de la situation dans la région (le Mali et le Burkina Faso rejoignent la catégorie des États faillis) en un semestre entre la réunion de Pau (13 janvier 2020)32 et celle de Nouakchott (30 juin 2020, pour l’Élysée, il s’agissait plus d’ouvrir une « période de consolidation » que « d’annoncer une nouvelle donne »)33 ! À titre d’exemple récent, nous pouvons citer celui du Tchad. Au moins huit soldats tchadiens ont été tués mercredi et une dizaine, blessés, dans l’explosion d’une mine au passage de leur véhicule à Kalam, dans la région du lac Tchad en proie au conflit contre Boko Haram, selon des sources sécuritaires et une autorité locale. Les raisons de cette situation dégradée sont parfaitement documentées : misère, illettrisme, rivalités entre ethnies, faiblesse du système éducatif, corruption généralisée, absence d’États capables d’assurer la sécurité… Elles renvoient au remède uniquement sécuritaire pour les traiter, remède immanquablement voué à l’échec.

Est-ce véritablement une surprise pour ceux qui suivent les avatars successifs des opérations « Serval » puis « Barkhane » ? Certainement pas ! Tant les expériences récentes (Afghanistan, Libye, Irak/Syrie…) ont amplement démontré les limites d’une réponse essentiellement militaire à une question politique, économique, sociale, religieuse, ethnique…Cessons de nous payer de mots en pensant que les populations – nous ne parlons pas des dirigeants africains affaiblis qui n’ont pas consulté leur parlement – voient d’un bon œil la pérennisation d’une présence française dans le Sahel ! Aujourd’hui, le Sahel, c’est avant tout l’échec de la France, la chronique de son enlisement contesté par les pays concernés. Depuis l’intervention au Mali, décidée par François Hollande en 2013, la France est très implantée militairement au Sahel. Mais le bilan est calamiteux : la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader et la présence des militaires français est décriée. La France a perdu la confiance de ses alliés Touaregs. « Tout le problème que pose Emmanuel Macron est là, dans la confusion de son lyrisme et la réalité de ses actes »34.

Aujourd’hui, sous couvert d’anonymat, personne tant à l’Élysée qu’au Quai d’Orsay et à Balard, ne veut se risquer au moindre pronostic sur la durée de notre engagement (vingt ans pour le CEMA, François Lecointre) ou sur son coût (environ deux millions d’euros par jour). Selon certains experts, le seul effet positif (mais pour combien de temps encore) du renforcement de notre engagement aura été d’empêcher la création d’un État islamique au Burkina Faso. Lors de la réunion de Nouakchott, Emmanuel Macron aura fait part à ses interlocuteurs africains de la condamnation des exactions commises par les armées africaines contre leurs populations civiles. Il a par ailleurs fixé un objectif aux troupes françaises et à leurs homologues africaines de réduire la menace des deux plus grands mouvements liés à Daech : l’État islamique au Grand Sahara et Boko Haram (État islamique dans la province de l’Ouest). Il est également mari du manque de soutien de l’Union européenne (on peut mesurer sa couardise face à la violation des droits par la Chine à Hongkong35) et de son peu d’enthousiasme à appuyer les demandes de la France à l’OTAN de faire condamner la Turquie dans l’incident naval avec la Frégate Courbet. Drôle de « succès au Sahel » pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron !

LIBYE OU LE DÉSARROI DE L’ÉLÈVE LE DRIAN

La situation est aussi, si ce n’est plus, catastrophique en Libye depuis notre brillante intervention du printemps 2011. Nous y avons installé le chaos. Aujourd’hui, Russes et Turcs se partagent les dépouilles36 alors que nous sommes impuissants, pris au piège de notre diplomatie contradictoire. Beau succès diplomatique et sécuritaire ! Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a démenti le 8 juillet 2020 à Paris tout parti pris de la France dans le conflit libyen, assurant parler avec « l’ensemble des acteurs » et déplorant les « parties de poker menteur » de certains37. « J’entends beaucoup de choses sur le fait que la France aurait choisi le camp du maréchal (Khalifa) Haftar. Il importe de bien recadrer tout cela », a-t-il lancé devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat. L’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar a combattu le groupe jihadiste Etat islamique (EI), qui prenait pied en Libye, avant de se lancer en avril 2019 dans la conquête de Tripoli, a-t-il expliqué. « Nous appuyions l’Armée nationale libyenne reconnue internationalement pour son combat contre Daech (acronyme de l’EI), non pas par des soutiens militaires très actifs mais par des conseils et par un soutien politique », a-t-il dit, évoquant ensuite un « changement de posture » avec l’offensive – ratée – sur Tripoli. Le président français Emmanuel Macron et son chef de la diplomatie se voient régulièrement reprocher d’avoir donné une légitimité internationale au maréchal Haftar, aujourd’hui très contesté, en le recevant notamment en 2017 et 2018 à Paris au côté du Premier ministre libyen Fayez-al Sarraj, dont le Gouvernement d’union nationale (GNA) à Tripoli, auquel s’oppose le maréchal, est reconnu par l’ONU.

« Je m’entretiens très régulièrement avec l’ensemble des acteurs », a insisté Jean-Yves Le Drian. « On se parle, on essaie de faire avancer les choses mais c’est parfois, si je peux me permettre l’expression, des parties de poker menteur ». Paris, Rome et Berlin sont sur la même longueur d’onde, a-t-il affirmé, concédant des tensions dans le passé entre la France et l’Italie, ex-puissance coloniale, sur ce dossier. « Nous parlons le même langage tous les trois aux uns et aux autres pour leur dire qu’il est urgent de se mettre d’accord pour stabiliser le front Syrte-Joufra, de valider la trêve et de commencer à travailler sur les éléments d’un cessez-le-feu », a-t-il dit. « Les hostilités sont à peu près stabilisées dans la zone de Syrte et Joufra », s’est-il félicité, alors que les forces du GNA menaçaient encore récemment de pousser vers l’est jusqu’à cette ligne, au risque de provoquer une intervention militaire de l’Egypte. « Il faudrait pouvoir utiliser cette situation de statu quo de fait pour le transformer en processus de trêve puis de cessez-le-feu », a esquissé le ministre38.

C’est ce que l’on appelle vulgairement prendre ses désirs pour des réalités et se prendre les pieds dans le tapis. Des graves inconvénients de la diplomatie du en même temps qui navigue à vue sans cap, ni boussole ! Surtout au moment où le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres exprime son inquiétude sur le regroupement de forces militaires autour de la ville de Syrte, située à mi-chemin entre Tripoli à l’ouest et Benghazi à l’est.

« Il est moins grave de perdre que de se perdre » (Romain Gary). Il y a déjà plusieurs mois que nous écrivons régulièrement qu’il est grand temps que nous laissions à l’ONU et à l’Union africaine (UE) – voire à l’Algérie de jouer les médiatrices (Cf. entretiens téléphoniques Macron/Tebboune) -, la responsabilité de régler le problème libyen et que nous retirions la tête haute nos vaillantes troupes engagées au Sahel dans l’opération « Barkhane ». Ni l’Union européenne, ni l’OTAN ne viendront faire le job à notre place. Quand retiendrons-nous les leçons de nos échecs collectifs en Afghanistan et au Proche et au Moyen-Orient ? Cela porte un nom : la Realpolitik. Celle qui nous est étrangère tant nous ne connaissons que les principes. Ceux à propos desquels Oscar Wilde écrivait : « Appuyez-vous sur les principes, ils finiront bien par céder ». Il est encore temps de ne pas nous retrouver dans une impasse militaire et diplomatique. Un sursaut s’impose tant les informations qui nous viennent de Libye et du Sahel (deux questions liées) sont des plus en plus en plus inquiétantes. Comme le souligne Jacques Lacan : « le réel, c’est quand on se cogne ». Quelle devra être la grosseur de la bosse pour que nous sortions de notre léthargie ? Le moins que l’on soit autorisé à dire en ce curieux été 2020 est que rien ne va plus pour Jupiter tant sur la scène intérieure (remaniement gouvernemental ou pas39) que sur le grand échiquier international, en particulier au Sahel ou en Libye40.

30 Ali Baba, Sahel : toujours des mots pour soigner des maux !, www.prochetmoyen-orient.ch , 22 juin 2020.
31 Ali Baba, Au Sahel, rien de nouveau !, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 mai 2020.
32 Guillaume Berlat, Manque de Pau : Jupiter se plante !, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 janvier 2020.
33 Tanguy Berthemet, Macron salue des succès au Sahel », Le Figaro, 1er juillet 2020, p. 10.
34 Ivan Rioufol, Pourquoi la démocratie française suffoque ?, Le Figaro, 10 janvier 2020, p. 21.
35 Éditorial, L’Union européenne et le défi de Hongkong, Le Monde, 9 juillet 2020, p. 29.
36 Guillaume Berlat, Libye : déclin de l’Occident, essor russe et turc, www.prochetmoyen-orient.ch , 8 juin 2020.
37 Sylvie Kauffmann, Qui a perdu la Turquie ?, Le Monde, 9 juillet 2020, p. 29.
38 Libye : Paris parle à tout le monde et dément tout parti pris, AFP, 8 juillet 2020.
39 Nicolas Chapuis/Cédric Pietralunga, Remaniement : Macron place les siens dans les cabinets, Le Monde, 9 juillet 2020, p. 8.
40 Claude Angeli, Les malheurs de Macron au Sahel et en Libye, Le Canard enchaîné, 8 juillet 2020, p. 3.
 
 
GOUVERNANCE MONDIALE ET MULTILATÉRALISME – Guillaume Berlat. « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. La crise est le moment où l’ancien ordre du monde s’estompe et où le nouveau doit s’imposer en dépit de toutes les résistances et de toutes les contradictions. Cette phase de transition est justement marquée par de nombreuses erreurs et de nombreux tourments » (Antonio Gramsci).

Parmi ceux qui sont régulièrement employés dans les réflexions en cours sur le monde d’après – sans que l’on sache vraiment ce que recouvre précisément ce concept – un terme revient de manière récurrente. C’est celui de gouvernance mondiale. Une fois encore, le terme paraît peu approprié tant l’idée d’une sorte de gouvernement de la planète semble à cent lieues de la réalité. Comment définir concrètement et simplement ce concept ? Comment assurer la direction d’un monde fracturé, déchiré, marqué au sceau de l’égoïsme contre le démontre la réponse à la crise sanitaire. Conseil de sécurité paralysé par le différend sino-américain, Organisation mondiale de la santé soupçonnée de dépendance et de partialité, Organisation mondiale du commerce marginalisée, Union européenne au bord de l’implosion, OTAN an état de mort cérébrale, Union africaine dépassée… 41 Et, la liste n’est pas exhaustive. Un diagnostic sur le monde réel d’aujourd’hui s’impose avant d’imaginer le monde de demain.

DES FAILLES DU MULTILATÉRALISME ET DE LA GOUVERNANCE MONDIALE

De gouvernance, telle que celle imaginée en 1945, il y en a de moins en moins alors qu’il y a de plus en plus de conflits et de crises sans parler des signaux faibles annonciateurs de vents mauvais. Cette mise à mal du multilatéralisme se résume parfaitement dans l’affrontement sino-américain. Pékin est pour le multilatéralisme à la chinoise alors que Washington récuse l’idée même de contrainte extérieure (Cf. l’annonce récente de son retrait de l’Organisation mondiale de la santé accusée d’être à la solde de Pékin). Fort de ce diagnostic sombre, que peut-on faire ou ne pas faire pour tenter d’imaginer un minimum d’organisation dans un contexte de désorganisation croissante ? La réponse n’est pas aisée tant il est difficile de résoudre une équation à plusieurs inconnues. Une chose est certaine. L’ancien système est à bout de souffle. Il ne servirait à rien de le réparer avec quelques rustines inutiles. Plus rien ne sera plus comme avant. Qu’on se le dise au lieu de se rattacher au paradigme du monde d’hier pour encadrer le monde de demain !

DES AVANTAGES DU RÉALISME ET DU PRAGMATISME

Comme le souligne justement Hubert Védrine – toujours bien inspiré et dont le diagnostic est très souvent l’un des plus fiables dans le monde des experts et autres pseudo-experts en relations international – :

« À mon avis, nous ne devrions pas perdre de temps, ni gaspiller trop d’énergie à réclamer (à qui ?) l’instauration d’une nouvelle gouvernance mondiale. Ce serait vain, mais peut-être aussi imprudent pour les Européens : ce sont toujours les vainqueurs qui ont imposé un nouvel ‘ordre’ mondial… On peut toujours se bercer d’illusions, espérer que les rapports de force appartiennent au passé, cela fut la croyance des Européens modernes, gentils Bisounours perdus dans Jurassic Park. Mais, compte tenu des relations actuelles entre les puissances, on peine à imaginer quel accord pourrait être obtenu pour, par exemple, élargir le Conseil de sécurité – ce que la France préconise depuis plus de vingt ans -, introduire l’impératif d’écologisation dans la Charte des Nations unies, ou encore réformer ses multiples institutions ou celles issues des accords de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale). Et pourtant, elles en auraient bien besoin ! Ou alors faudrait-il se préparer à accepter l’universalisme à la chinoise, le Tianxia confucéen selon lequel nous vivons tous sous le même ciel. Un accord sur une nouvelle gouvernance mondiale fondée sur nos idées est très improbable. S’il était conclu malgré tout, ce serait probablement entre la Chine et les États-Unis. Est-ce cela que l’on souhaite ? Bien sûr, on peut encore redécouvrir la realpolitik, avancer nos propres propositions, espérer, pouvoir bloquer un tel scénario, s’allier aux États-Unis pour contenir la Chine, voire, dans certains domaines, s’allier à la Chine pour contenir les États-Unis, nous accorder avec l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil, voire la Russie. Mais ne rêvons pas. Ce n’est pas dans l’ADN de l’Union européenne de se comporter ainsi. En tout cas, pas globalement. C’est pourquoi invoquer le multilatéralisme contre l’unilatéralisme ambiant, dont Donald Trump est à al fois la caricature et le propagateur, est évidemment justifié, mais ne convaincra que si l’on en démontre, dans des domaines précis, la viabilité… »42.

EN ATTENDANT LE MONDE D’APRÈS ?

Qu’ajouter de plus à cette remarquable démonstration de diplomatie pratique ? Dans le monde en transition que nous traversons, nous aurions tout intérêt à adopter une approche réaliste, à savoir minimaliste en utilisant au mieux les instruments existants. Redynamiser la traditionnelle diplomatie bilatérale, la diplomatie des clubs (pour autant qu’ils fonctionnent et ne se transforment pas en tribune d’accusation), le minilatéralisme fort et efficace. Faute de quoi, nous risquons d’aller droit dans le mur sans nous en apercevoir. N’avions-nous rien retenu de la tragique leçon des chimères de la Société des nations (SDN) à la veille de la Seconde Guerre mondiale ? Avant de faire fausse route, un minimum de recul s’impose avant de se lancer dans de vaines entreprises de refondation autour et sur la problématique de la gouvernance mondiale et du multilatéralisme.
 
 
2020 OU RETOUR VERS LE PASSÉ – Jean Daspry.

GÉNÉRATION INSOUCIANTE

« Le besoin d’avoir raison est la marque de l’esprit vulgaire » (Albert Camus). Vulgarité, tel est le mot qui résume parfaitement l’esprit du moment, celui de la Macronie déclinante. Il n’est qu’à voir la vulgarité d’une ministricule nommée Brune Poirson le soir des élections municipales sur C News pour s’en convaincre. Et, ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de cette civilisation d’incompétents doublés d’arrogants qui tiennent le haut du pavé dans notre Douce France qui n’est plus si douce que cela. Il n’est qu’à voir l’insincérité de nos gouvernants, de notre clergé médiatique, de notre génération montante. Nous sommes confrontés à une génération qui manque de la résilience élémentaire et qui se réclame constamment de la fragilité (« République des capons, monde des froussards »43). Génération qui baigne dans la candeur rafraichissante à tel point que cela en devient parfois pathétique.

GÉNÉRATION FRAGILE

Génération des bobos ! Génération gadgets ! Génération trottinette et selfies ! Génération des droits qui oublie ses obligations et ses responsabilités ! Génération Greta Thunberg et autres farces et attrapes ! Génération qui ne se remet toujours pas du confinement ! Génération du festif (« on mérite bien de faire la fête ») et du bling-bling (l’apparence l’emporte sur la substance) ! Génération qui ne peut pas se passer de son téléphone intelligent (« smartphone »), de son ordinateur (portable), de sa tablette (en lieu et place des supports papiers) ! Génération qui ne croit qu’aux vertus de l’intelligence artificielle (ia) et des algorithmes qui ont réponse à tout grâce à notre ami Google ! Génération qui peine encore à saisir les leçons les plus élémentaires de la pandémie de la Covid-19 ! Génération qui gobe sans coup férir les bobards que lui servent les perroquets à carte de presse qui sévissent sur les chaînes d’abrutissement en continu ! Génération qui ne jure que par le harcèlement moral ou sexuel dont elle serait l’objet de tout un chacun ! Génération qui ne réagit que par hashtags ! Génération qui recherche en permanence l’empathie dans un monde de bisounours ! Génération qui est adepte de la « solastologie », concept proposé par le philosophe australien Glenn Albrecht pour désigner la douleur produite par la perte du sentiment de confort, de consolation et de protection que procure l’habitat naturel de la Terre aux êtres humains ! Génération qui récuse la violence du monde, la prééminence des rapports de force dans les relations internationales pour imaginer un monde irréel qui n’existera jamais ! Génération dont la candeur force le plus grand respect !

GÉNÉRATION CANDIDE

Génération fragile qui semble inapte à tirer les leçons du passé pour comprendre le présent et se projeter sur l’avenir ! Génération qui oublie que l’Histoire est tragique (« il n’y a pas de retour du tragique car il a toujours été là », Patrice Franceschi)44, que l’imprévu est la règle ! Génération sevrée au mythe de l’Europe qui protège (celle des « Fédérastes »), de la mondialisation heureuse (immortalisée par Alain Minc), du village planétaire ou du village global (expression de Marshall McLuhan, tirée de son ouvrage The Medium is the Massage paru en 1967, pour qualifier les effets de la mondialisation, des médias et des technologies de l’information et de la communication), du tourisme de masse religion du peuple de l’avant Covid-19) … ! Génération qui aime le « light » (les résumés en quelques pages de nos plus beaux morceaux de littérature) ! Génération qui ne pense plus, ne lit plus, laissant ce soin à de pseudo-sachants de le faire à leur place ! Génération qui va de surprise stratégique en sidération sans s’interroger sur les raisons de cette étrange défaite permanente ! Génération qui ne s’intéresse plus à l’Histoire des civilisations et qui découvre chaque jour les inconvénients d’une telle ignorance crasse ! Connaissance, même rudimentaire de l’Histoire, qui permet de mieux anticiper pour mieux se préparer à l’incertitude, l’imprévisibilité d’un monde aussi complexe et chaotique qu’est celui de cette deuxième décennie du XXIe siècle ! Génération qui pratique avec brio la clairvoyance rétrospective en se plaisant à prétendre que les évènements confirment ce qu’ils ont toujours pensé45 ! Génération d’intellectuels (pseudo) qui se montrent inapte à se laisser bousculer par l’évènement et qui sont ignares sur les politiques en matière de culture scientifique ! Génération de fringants individus qui ont oublié que la science ne fait pas culture ! Génération obsédée par la culture du management (la « start-up nation » que veut mettre en place le président de la République inspiré par son statut d’ex-membre de l’Inspection des Finances et par son passage par le secteur bancaire) qui réduit la pensée à sa plus simple expression et enferme les sujets dans des paramètres étroits étrangers au monde réel ! Génération du discours managérial de l’entreprise privée étendu à tous les secteurs de la vie en société (Cf. les ravages des politiques de santé ayant contribué à détruire le système hospitalier français46) ! En dernière analyse, drôle de génération qui sait tout mais ne comprend rien au monde du XXIe siècle, à sa complexité, à son imprévisibilité, à la « militarisation de l’interdépendance » (Henry Farrell et Abraham Newman, Weaponized Interdependance, 2019).

GÉNÉRATION RESPONSABLE ?

« Nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde, ce sera le même en un peu pire » (Michel Houellebecq). Il était impensable, pour notre génération, que cette fête soit interrompue par des craintes théoriques, des pandémies contre lesquels l’Occident était vacciné. Nous sommes au cœur du paradoxe français Pense-t-on un seul instant que c’est en passant d’Edouard Philippe (Conseil d’État) à Jean Castex47 (Cour des comptes)48 qu’Emmanuel Macron, obsédé par l’échéance de 2022, empruntera un « nouveau chemin » et fixera un nouveau cap pour les deux années à venir ?49 Pense-t-on un seul instant que ce tour de passe-passe médiatique redorera le blason de la France sur l’échiquier international mais aussi européen, dominé par la puissance de l’Allemagne ?50 Le mal français n’est-il pas plus profond que cela ? On n’efface pas le passé facilement qui s’écrit au présent, comme le futur lui aussi51. Si 2020 devait être un moment de rupture et le passage à une génération responsable, il serait indispensable que cette année de transition marque, à maints égards, un retour vers le passé.

41 Thierry de Montbrial, 4ème lettre : conséquences et leçons d’un virus, 30 juin 2020.
42 Hubert Védrine, Chapitre 11 « Gouvernance mondiale ? » dans Et après ?, Fayard, 2020, pp. 81 à 84.
43 Ivan Rioufol, En Finir avec la République des froussards, Le Figaro, 10 juillet 2020, p. 16.
44 Pauline Porro, Grand regain de tragique, Marianne, 3-9 juillet 2020, pp. 52-53-54.
45 Antoine Reverchon (propos recueillis par), Jean-Pierre Dupuy : « Si nous sommes la seule cause des maux qui nous frappent, notre responsabilité devient démesurée », Le Monde, 4 juillet 2020, p. 28.
46 Kévin Boucaud-Victoire (propos recueillis par), Olivier Rey : « Aucun gouvernement ne vous mettra jamais à l’abri de la survenue d’une calamité », Marianne, 3-9 juillet 2020, pp. 56-57.
47 Sarah Belouezzane/Grégoire Biseau/Julie Carriat, Jean Castex, de Prades à Matignon, Le Monde, 5-6 juillet 2020, p. 5.
48 Alexandre Lemarié/Cédric Pietralunga, Macron se sépare d’Edouard Philippe, Le Monde, 4 juillet 2020, p. 8.
49 Alexandre Lemarié/Cédric Pietralunga, Emmanuel Macron assume de vouloir gouverner seul, Le Monde, 5-6 juillet 2020, p. 6.
50 Virginie Malingre/Thomas Wieder, Merkel et von der Leyen affichent leur connivence, Le Monde, 4 juillet 2020, p. 3.
51 François Heisbourg, Le Temps des prédateurs. La Chine, les États-Unis, la Russie et nous, Odile Jacob, 2020, pp. 34 et 45.
 
 
EUROPE : AUTOPSIE D’UNE CHIMÈRE – Guillaume Berlat.

« Pierre Dubois

Il était une fois, un Normand, natif des environs de Coutances, qui avait le nom le plus simple et l’esprit le plus subtil. On l’appelait Dubois comme tous ceux qui habitent près d’un bois, et il se prénommait Pierre, comme ceux que tous leurs parents, vouent au fondateur de l’Église. Ce Pierre Dubois faisait des rêves.

En son honneur, nous sommes plus que jamais en droit de prendre le langage des contes de fées, car c’est bien de contes de fées qu’il s’agit maintenant, alors que nous devons passer en revue les bâtisseurs de plans et les fabricants d’utopies, qui n’ont pas craint d’imaginer une Europe unie dans un temps où l’Europe, sous leurs yeux, étalait le spectacle d’une désunion apparemment naturelle et sans remède »52.

Comment mieux résumer en quelques lignes le désenchantement suscité par une idée généreuse qui n’est jamais parvenue à trouver une traduction concrète au fil des siècles ! C’est à ce voyage au fil de l’histoire de ce projet utopique allant de la Grèce antique à la Communauté économique européenne (CEE), la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA) et Euratom que nous convie René Sédillot. De manière méthodique, pédagogique, exhaustive, l’auteur nous conte les avatars d’une illusion dans un ouvrage d’environ 300 pages. Pour la commodité de l’exposé, René Sédillot structure son raisonnement de manière chronologique et conceptuelle autour des huit chapitres suivants : (1) L’Europe des Grecs ; (2) L’Europe des Romains ; (3) L’Europe des Barbares ; (4) L’Europe des Papes ; (5) L’Europe des Princes ; (6) L’Europe des Rêves ; (7) L’Europe des Conquérants : (8) L’Europe des Bureaux. Autant de qualificatifs qui sonnent juste et actuel.

L’avant-propos de l’ouvrage est particulièrement lumineux tant il décrit la problématique de la construction européenne avec recul et objectivité. Nous la reprendrons dans son intégralité pour ne pas en trahir la pensée et pour éclairer notre démarche intellectuelle :

« Survoler l’histoire de l’Europe, ce n’est pas rappeler la carrière de chacune des nations qui la composent ; ce n’est pas davantage évoquer les innombrables conflits qui les ont opposées. C’est chercher l’Europe au-delà et au-dessus des nations.

Où la chercher ? Où la trouver ? Sur trois terrains :

1°/ Il s’agit d’abord de dégager l’idée que chaque siècle a pu se faire de l’Europe. Comment la conçoit-on, en droit ou en fait, dans les rêves ou dans la réalité ?

2°/ Il s’agit ensuite de considérer les efforts qui ont pu être tentés, par des hommes de doctrine ou par des hommes d’action, pour construire l’Europe. Comment a progressé, comment a reculé l’unité européenne ?

3°/Il s’agit enfin de confronter l’Europe, dans son ensemble, au reste du monde. De quel poids a-t-elle pesé dans le peuplement, dans la production, dans les échanges, dans la civilisation de la planète ?

Innombrables sont les auteurs qui ont hier écrit l’histoire politique des nations européennes, et nombreux aujourd’hui ceux qui écrivent l’histoire de la construction européenne. Nombreux encore ceux qui se sont attachés à suivre la notion d’Europe dans le temps. Mais la plupart, acquis par avance à une thèse ont obéi à leur sentiment propre plus qu’ils n’ont vraiment fait œuvre d’historiens : ils ont envisagé l’Europe comme l’héroïne destinée à leur récit, et, à l’exemple de trop de biographes, ils l’ont célébrée en oubliant qu’un historien se doit, non pas de servir une cause, mais d’exposer des faits.

Rares enfin sont les écrivains qui ont eu le souci de peser l’Europe, sinon pour affirmer à priori qu’elle a été d’un grand poids dans la destinée du monde. Ce n’a pas toujours été vrai. Dans l’histoire des hommes, l’hégémonie européenne peut n’apparaître que comme un épisode, entre le règne de l’Asie et celui de l’Amérique.

À l’écart des passions, et, s’il se peut des préjugés, on s’efforcera ici de présenter l’Europe à travers les siècles, sans la considérer comme une fin en soi ».

Au fil du récit, nous nous interrogeons sur le point de savoir si « l’Europe n’a jamais été autre chose qu’une fable » (p. 15) en dehors de quelques rares périodes d’euphorie. Si l’on doit aux Grecs la paternité de l’idée européenne – sans la savoir et sans le vouloir, ils ne l’ont construit ni en fait ni en rêve (p. 39). Au cours des siècles suivants, le projet a connu plus de bas que de hauts. Il se réveille pour tomber aussitôt en léthargie tant les nations ont la vie dure. « En fait d’Europe, il n’y a plus que des nations » (p. 119). À y réfléchir de plus près, l’on constate que « le drame de l’Europe, qu’elle ne soupçonne pas, c’est que son hégémonie prépare son déclin » (p. 149). L’approche de cette idée peut se résumer en deux écoles de pensée : « celle de l’Europe réelle à la Voltaire, celle de l’Europe idéale à la Rousseau » (p. 180). Les projets se succèdent, sous des formes variées mais que valent-ils ? « Illusions de déséquilibrés ? Anticipations de précurseurs ? L’avenir en décidera » (p. 197). Le moins que l’on puisse dire est que « les bons sentiments ne font pas défaut » (p. 211). Et l’Europe bute sur la même question, celle des « égoïsmes nationaux, qui lui tournent le dos » (p. 113) de manière récurrente. De plus « L’Europe des rêves n’est pas encore capable de se mesurer à l’Europe des conquérants » (p. 229) car elle n’est que « faiblesse » (p. 242). En dernière analyse, il n’y a jamais eu d’Europe car l’Europe est diverse. « Europe : pour les uns, ce mot reste une grande espérance, pour les autres, il n’échappe pas à la mythologie ». En découvrant les dernières pages de cet ouvrage particulièrement bien documenté et bien pensée, l’on se dit que tout a déjà été écrit : tout change pour que rien ne change en ce bas monde. Les débats qui vont alimenter la conférence sur l’avenir de l’Europe dont les travaux ont été lancée au début de l’année 2020 conforteront-ils ou non la thèse de René Sédillot ? L’avenir nous le dira…même si nous estimons, raisonnablement, que le résultat est couru d’avance au-delà de quelques formules creuses et discours amphigouriques dont Bruxelles a le secret pour masquer l’étendu des désaccords, des dissensus.

Nombreux sont les exemples actuels, à la faveur de la crise du coronavirus, qui démontrent amplement que cette Union tourne à la désunion permanente : l’euro ne s‘est pas imposé comme monnaie internationale (le dollar représente 60% des réserves financières de devises, trois fois plus que l’euro)53 ; pire il pourrait être en danger existentiel54 ; les Vingt-Sept ont démontré leur incapacité à trouver un accord sur le plan de relance européen55, à se concerter pour fermer puis rouvrir leurs frontières tant le clivage Est-Ouest complique la situation56 ; face à la défiance croissante des citoyens à l’égard du projet de construction du continent, l’Union européenne est incapable de développer un « modèle de prospérité nouveau »57… En un mot, les Européens apparaissent comme de véritables « somnambules » à la faveur de la déflagration géopolitique que nous enregistrons actuellement58.

Sans un degré minimum de confiance et de compréhension commune du projet, l’Europe risque de procrastiner sans avancer dans la bonne direction face aux deux grands que sont la Chine et les États-Unis.

Si certains de nos fidèles lecteurs ont la chance de tomber sur un exemplaire jauni de cet ouvrage à la couverture jaune dans les rayons d’un bouquiniste – comme ce fut notre cas-, nous leur recommandons vivement d’en faire l’acquisition pour se faire une idée précise, du passé d’une illusion à travers l’autopsie d’une chimère actuelle. La Crise de la Covid-19 n’a fait que jouer le rôle de révélateur, d’accélérateur de forces profondes déjà en mouvement continu depuis des siècles. Preuve que René Sédillot a fait preuve, dès 1967, d’une clairvoyance et d’une préscience qui mérite louange à l’heure où nos dirigeants incultes nous racontent tout et n’importe quoi avec componction.

52 René Sédillot, Survol de l’histoire de l’Europe, dans le chapitre 6 L’Europe des rêves, Les grandes études historiques, Fayard, 1967, p. 151
53 Éric Albert, L’euro ne s’est pas imposé comme monnaie internationale, Le Monde, 11 juin 2020, p. 20.
54 Benoît Floc’h (propos recueillis par), Moritz Schularick : « Cette crise est un test énorme pour l’union monétaire », Le Monde, 23 avril 2020, p. 15.
55 Virginie Malingre, Les Vingt-Sept exposent leurs divisions sur le plan de relance européen, Le Monde, 11 juin 2020, p. 20.
56 Jean-Pierre Stroobants, Le clivage Est-Ouest complique la réouverture des frontières au sein de l’UE, Le Monde, 7-8 juin 2020, p. 5.
57 Collectif de 180 personnalités politiques européennes, chefs d’entreprise, dirigeants d’ONG, L’Union européenne doit développer un modèle de prospérité nouveau, Le Monde, 15 avril 2020, p. 29.
58 Sylvie Kauffmann/Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Les « somnambules » de l’Europe, Le Monde, 2 mai 2020, pp. 22-23.
 
 
ÉRIC DUPOND-MORETTI : LA PAROLE EST À LA DÉFENSE – Jean Daspry. Jamais dans l’Histoire de la Ve République, la nomination d’un ministre de la Justice, Garde des Sceaux n’avait déclenché un tel tollé59, une telle halali60, de telles polémiques que celle du très médiatique avocat pénaliste, Éric Dupond-Moretti place Vendôme61. Sa nomination irrite les magistrats62. Et, cela avant même qu’il n’ait pris la moindre décision qui prête le flanc à la critique. Cela en dit long sur l’état de délabrement de notre société du jugement médiatique avant jugement de la Justice ! La bien-pensance en a décidé ainsi. Il faut impérativement disqualifier « Acquittator » car il entre dans la catégorie des « grandes gueules » et ne fait pas partie du sérail technocrato-politique. Comme toujours, il faut savoir raison garder et éviter tout emportement dans son jugement avant de se prononcer de manière définitive sur un sujet aussi complexe que la Justice, la démocratie et l’état de droit en France. Vaste programme, aurait dit le général de Gaulle. C’est que dans le flot d’anathèmes, d’invectives contre l’homme, il faut être capable de distinguer le bon grain de l’ivrée. C’est que dans le flot de critiques, qui partent dans tous les sens, il y en a qui sont recevables et d’autres qui le sont moins, voire qui ne le sont pas.

LE CHAPITRE DU RECEVABLE

Au titre des critiques recevables, la plus pertinente est celle de possibles conflits d’intérêts entre le nouveau Garde des Sceaux et Maître Dupond-Moretti. Comment ne pas être soupçonné de favoriser un cours de la Justice favorable à ses dossiers d’avocats, d’être juge et partie à la même cause ? En un mot comme en cent, le Garde des Sceaux doit faire oublier l’avocat63. Avec toute la meilleure volonté du monde, ce n’est pas tâche aisée dans le contexte actuel de suspicion permanente et de dénigrement de l’autorité64. Cela relève de la quadrature du cercle. Comment renier demain ses propositions fortes de réforme de la Justice, ses critiques d’hier de la dépendance du parquet ou de la violation des principaux droits de la défense (présomption d’innocence, administration de la charge de la preuve, secret de l’instruction, principe du contradictoire…) ? Surtout lorsque l’on se présente comme un homme de conviction et de principe. Maître Éric Dupond-Moretti ne va-t-il pas être contraint d’avaler son chapeau devant le ministre de la Justice du gouvernement de Jean Castex ? Sera-t-il comme Nicolas Hulot poussé à la démission en raison de l’action de l’État profond venant contrecarrer ses projets ambitieux de remise à jour de l’institution judiciaire particulièrement poussiéreuse ? Ou bien s’accrochera-t-il à son maroquin comme une bernique à son rocher ? L’homme pourrait ainsi perdre toutes ses illusions sur sa capacité à changer la Justice française qui en a bien besoin (Cf. les remous ayant suivi les récentes déclarations d’Éliane Houlette65).

Force est de constater, qu’à l’heure des réseaux asociaux et de l’infobésité, l’équilibre et le bon sens sont devenus presque impraticables dans les débats d’idées.

LE CHAPITRE DE L’IRRECEVABLE

S’agissant des critiques qui le sont moins, voire qui ne le sont pas, il faut faire preuve de mesure. Le choix d’Éric Dupond-Moretti au poste de ministre de la Justice – en remplacement de Nicole Belloubet qui a accumulé les bévues à la manière d’une débutante inexpérimentée – est celui du Premier ministre, en charge de la formation du gouvernement. Il se murmure que ce serait une idée du président de la République, lui-même. Si responsable d’une erreur de casting, il y aurait, elle serait imputable à Jean Castex ou à Emmanuel Macron. Rendons à César ce qui revient à César.

On croit rêver lorsque l’on entend les responsables des principaux syndicats de magistrats (USM et SM à l’origine du fameux « mur des cons » qui ne lui a pas valu de sanction proportionnée à sa faute66 et qui se permet de donner des leçons de morale et de vertu républicaine) s’élever contre cette nomination, allant jusqu’à évoquer une « déclaration de guerre » à la magistrature alors que ses premières déclarations vont dans le sens de l’apaisement (« je veux être le garde des sceaux du dialogue », je souhaite « garder le meilleur et changer le pire » et « porter la réforme du parquet tant attendue »)67. Ces magistrats, qui sont censés connaître les grands principes du droit français, disent des âneries plus grosses qu’eux. Il existe en France un principe sacro-saint qui a pour nom séparation des pouvoirs et qui interdit à l’autorité judiciaire de se prononcer en opportunité sur les choix de l’exécutif68.

Ces imbéciles devraient être lourdement sanctionnés pour ces fautes graves. Par ailleurs, si la Justice française était aussi exemplaire que ces bonnes âmes le prétendent, comment expliquer que la France est l’un des mauvais élèves de la classe européenne au palmarès des condamnations de notre pays par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) du Conseil de l’Europe, sise à Strasbourg ? Si nos magistrats donneurs de leçons respectaient les dispositions de la Convention européenne des droits de l’Homme, nous n’en serions pas là. C’est qu’il y aurait beaucoup à dire sur l’état de l’état de droit dans la patrie auto-proclamée des droits de l’homme comme nous en faisons régulièrement le constat dans notre magazine hebdomadaire69.

Dans ce contexte, est-il déraisonnable de nommer place Vendôme un avocat, qui a fait de la défense des principes sacrés des droits de la défense (présomption d’innocence, respect du contradictoire, secret professionnel des avocats, lutte contre les conditions de détention « inhumaines et dégradantes » des prisonniers…), le combat du pénaliste qu’il est ? Un ministre qui attend de la Direction des affaires criminelles et des grâces qu’elle lui fasse des propositions afin de « trouver un juste équilibre entre l’efficacité de l’enquête et le principe du contradictoire sans lequel la Justice n’est rien ». Un avocat, qui possède sans conteste, le sens de la formule : « On dit que je terrorise les juges. C’est faux, je terrorise les cons ». De notre point de vue, et sous bénéfice d’inventaire, cela nous semble être une excellente nouvelle pour tout citoyen qui est un client potentiel de la Justice de son pays. Pourquoi, dans ces conditions, un tel acharnement contre Éric Dupond-Moretti qui dépasse l’entendement au pays de Descartes ? Gênerait-il à ce point des magistrats qui refusent d’entendre parler d’une quelconque responsabilité de leur part alors qu’ils peuvent conduire en prison des innocents (Cf. fiasco de l’affaire d’Outreau) ? Quand accepteront-ils de procéder à leur examen de conscience au lieu de vociférer contre la nomination d’Éric Dupond-Moretti au portefeuille sensible de ministre de la Justice qui a fil du temps s’était transformé en ministre de l’Injustice ?

Qu’ils balaient d’abord devant leurs portes avant de se livrer à de telles pitreries qui les discréditent encore un peu plus ! Les auditions auxquelles procèdent la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’indépendance de la Justice sont particulièrement instructives du point de vue des dysfonctionnements gravissimes de cette dernière. Mais, les chaînes d’information ne nous en donnent guère de compte-rendu tant la matière est explosive ! Pourquoi ? Seraient-elles sous l’influence de la « cancel culture » – encore un gadget dangereux venu d’Outre-Atlantique – qui entend faire taire toutes les voix jugées dissonantes ou dangereuses70.

« Il faut changer le système judiciaire de A à Z ». Et, ce n’est pas un révolutionnaire qui le déclare dans un entretien récent accordé au JDD (27 juin 2020) mais simplement un jeune retraité qui a pour nom Renaud van Ruymbeke, ex-juge d’instruction. Le moins que l’on puisse dire est qu’il en connait un rayon sur le système judiciaire français, ses faiblesses, ses dérives, ses anachronismes que seuls les praticiens du droit et les habitués des prétoires connaissent parfaitement. N’est-ce pas à l’honneur d’Emmanuel Macron – pour une fois, ne boudons pas notre plaisir – d’avoir mis à la tête du ministère de la Justice un homme qui entend réformer l’institution, la faire sortir de ses archaïsmes, de ses conformismes pour renforcer l’état de droit dans notre pays ? Y parviendra-t-il ? Le pourra-t-il ?

C’est une autre question à laquelle nous ne pourrons apporter une réponse objective et documenté que dans quelques mois. L’important n’est pas d’atteindre son but mais d’essayer d’y parvenir (Cf. les déclarations pleines de bon sens de Jean-Luc Mélenchon). D’ici là, et à contre-courant de la vulgate insupportable du moment, nous pensons utile de prendre, aujourd’hui, la défense du nouveau Garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti … jusqu’à plus ample informé.

59 L’incendie Dupond-Moretti, Le Canard enchaîné, 8 juillet 2020, p. 1.
60 Le tonitruant de la Place Vendôme, Le Canard enchaîné, 8 juillet 2020, p. 1.
61 Stéphane Durand-Souffland/Paule Gonzalès, Éric Dupond-Moretti, des prétoires à la Chancellerie, Le Figaro, 7 juillet 2020, p. 4.
62 Pascale Robert-Diard, Dupond-Moretti, un « ogre » des assises à la justice. À 59 ans, le très médiatique avocat pénaliste devient garde des Sceaux. Sa nomination irrite les magistrats, Le Monde, 8 juillet 2020, p. 10.
63 Roseline Letteron, Le Garde des Sceaux v. Maître Dupond-Moretti, www.libertescheries.blogspot.com , 7 juillet 2020.
64 Éric Deschavanne/Pierre-Henri Tavoillot, « En France, l’autorité est dénigrée en bas et embourbée en haut », Le Figaro, 7 juillet 2020, p. 13.
65 Ali Baba, Houlettegate : entre droit et tordu !, www.prochetmoyen-orient.ch , 6 juillet 2020.
66 Katia Dubreuil, L’inquiétante nomination du nouveau garde de sceaux, Le Monde, 11 juillet 2020, p. 30.
67 Simon Piel, Dupond-Moretti veut être « le garde des sceaux du dialogue », Le Monde, 9 juillet 2020, p. 10.
68 Jean Daspry, Montesquieu doit se retourner dans sa tombe, www.prochetmoyen-orient.ch , 22 juin 2020.
69 Jean Daspry, La France est-elle encore un état de droit ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 15 juin 2020.
70 La querelle de la « cancel culture » oppose de nombreux intellectuels aux États-Unis, Le Monde, 9 juillet 2020, p. 27.

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