Observatoire Géostratégique

numéro 235 / 17 juin 2019

ORIENT-ATIONS 209

BOYCOTTONS FORD, STARBUCKS CORPORATION ET SES CAFES DE M… – La rédaction de prochetmoyen-orient.ch. La direction américaine de Ford a donc annoncé, jeudi dernier au Comité d’entreprise de l’usine de Blanquefort (Gironde) qu’elle refusait la proposition du groupe belge Punch Powerglide pour la reprise du site. Et voilà que Bruno Le Maire, faisant semblant de tomber de l’armoire, surjoue sa drôle de colère : « je veux dénoncer la lâcheté de Ford à qui je demande à parler depuis trois jours et qui n’a même pas eu le courage de prendre le ministre de l’Économie et des Finances au téléphone ». Dans la mondialisation actuelle, on peut mesurer ainsi ce que pèse aujourd’hui un ministre de la République face à des sociétés transnationales toutes puissantes. Et le même ajoute : « je veux dénoncer le mensonge de Ford qui dit que l’offre de reprise n’est pas crédible alors que nous y travaillons depuis des mois ». Le plus scandaleux est que Ford a touché quelques cinquante millions d’euros de fonds public. L’usage de cet argent public est-il lié à une quelconque convention d’usage permettant aujourd’hui quelque action judiciaire ? A voir… Dans son communiqué de jeudi, le comité d’entreprise de Ford Aquitaine Industries (FAI) indique qu’outre le rejet de l’offre de Punch Powerglide, l’entreprise a « présenté un plan social complet » qui prévoit l’arrêt total de la production du site de Blanquefort à la fin du mois d’août 2019. Afin d’appeler Ford solennellement à réviser sa décision et à accepter la reprise de Punch qui garantit l’avenir du site industriel de Blanquefort, permettant de sauvegarder 400 des 850 emplois menacés sur le site de Gironde, appelons à boycotter les véhicules Ford en France et en Europe !!! Comme il s’agirait d’appeler à boycotter aussi les sociétés américaines ne payant pas d’impôts en France ; par exemple Starbucks Coffee qui a détruit les plus belles brasseries de nos centres ville. « Les Français sont des veaux », déplorait le général de Gaulle. Faisons un rêve : que ces mêmes citoyens sortent aujourd’hui de leur condition bovine pour boycotter les produits qui détruisent l’économie française, qu’ils affirment leur citoyenneté responsable par une consommation ciblée privilégiant la défense de la nation et de l’environnement !
 
 
BERNARD SQUARCINI : HALTE AU HARCELEMENT MEDIATICO-JUDICIAIRE/J’ACCUSE ! – Dracon. Et, c’est reparti de plus belle avec quelques titres à sensation qui instruisent le procès médiatique de Bernard Squarcini, ancien directeur central du renseignement intérieur (DCRI) sous Nicolas Sarkozy. Hier, il était traîné dans la boue dans l’affaire dite des fadettes alors que sa hiérarchie est passée à travers les gouttes1. Aujourd’hui, cela recommence comme si les médias n’avaient pas d’autres chats à fouetter (« gilets jaunes », attentat terroriste de Strasbourg…). C’est d’abord au site de délation en ligne mediapart de reprendre le flambeau2. C’est ensuite au chroniqueur du Point de continuer dans la lancée3. En un mot, le tribunal médiatique fonctionne à plein régime.

J’accuse certains magistrats de violer le sacro-saint principe de la présomption d’innocence (article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du Conseil de l’Europe ratifiée par la France en 1974) et bien d’autres de ces principes.

J’accuse certains folliculaires de jeter aux chiens l’honneur d’un homme, d’un fonctionnaire sans la moindre pudeur, sans la moindre retenue comme aux heures les plus sombres de notre Histoire la plus récente. Et par là-même de condamner sans appel avant toute forme de jugement.

J’accuse certains dirigeants, qui proclament urbi et orbi le mantra de la France « Patrie des droits de l’Homme », de se comporter comme les dirigeants des « démocratures » qu’ils stigmatisent à longueur d’année en transformant notre pays en Patrie des violations des droits de l’Homme.

J’accuse certains droits de l’hommistes de pacotille de ne pas se lever afin de crier pour dénoncer ce simulacre de Justice au moment où l’on célèbre le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée à Paris le 10 décembre 19484.

J’accuse certains très hauts fonctionnaires de prendre moultes libertés avec la loi et la déontologie dans leur pratique communément acceptée de pantouflage et « rétropantouflage » qui se drapent dans les oripeaux de la vertu outragée. Mais, eux ne sont et ne seront jamais poursuivis.

J’accuse tous ces délateurs qui nous rejouent le grand air de la calomnie en véhiculant de manière indigne ragots et calomnies comme au temps béni où la République avait pris ses quartiers dans une ville de cure du centre de la France, célèbre par ses eaux (Vichy et Châteldon).

« Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justiceJe n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! J’attends5. ».

Il faut que l’on cesse d’accabler celui qui ne mérite ni excès d’honneur, ni excès d’indignité !

1 Dracon, Lynchage médiatique de Bernard Squarcini : ça suffit !, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 décembre 2016.
2 Fabrice Arfi/Antton, Au service secret de Bernard Arnault : Squarcini de nouveau mis en examen, www.mediapart.fr , 4 décembre 2018.
3 Marc Leplongeon, Monaco : l’oligarque, le « Squale » et la principauté, www.lepoint.fr , 12 décembre 2018.
4 Roseline Letteron, La Déclaration universelle des droits de l’Homme a 70 ans, www.libertescheries.blogspot.com , 10 décembre 2018.
5 Conclusion de l’article d’Émile Zola intitulé « J’accuse » et publié le 13 janvier 1898 en première page du quotidien parisien L’Aurore sous la forme d’une lettre ouverte au président de la République. Le texte accuse le gouvernement d’antisémitisme dans l’affaire Dreyfus, www.nouvelobs.com , 12 juillet 2006.
 
 
GILETS JAUNES ET PÂLE DIPLOMATIE – Jean Daspry. « En politique, ce qu’il y a souvent de plus difficile à apprécier et à comprendre, c’est ce qui se passe sous nos yeux » (Alexis-Henri-Charles Clérel comte de Tocqueville). Manifestement, Jupiter, l’homme du nouveau monde, ne semble toujours rien avoir compris aux causes profondes de la colère des « gilets jaunes ». Sidéré, il découvre qu’il joue au pyromane6 et que chacune de ses interventions, ses bons mots pourraient mettre de l’huile sur le feu (Richard Ferrand). La coqueluche des médias et des bobos d’hier est devenue la bête noire des défavorisés, des damnés de la Macronie. Jupiter vit désormais reclus en son château, n’osant plus affronter les lazzis et quolibets de la populace. Il serait fort mari de ce subit désamour avec les citoyens, admettant en petit comité quelques erreurs (baisse de 5 euros des APL, limitation de la vitesse à 80 km/h et mettant en cause ceux qui l’auraient fort mal conseillé. Une réforme jupitérienne invendable débouche immanquablement sur une diplomatie jupitérienne inaudible.

UNE RÉFORME JUPITÉRIENNE INVENDABLE

Les communicants nous vendaient ad nauseam la fable à l’eau de rose de Macron le réformateur. Le peuple découvre Macron l’aveugle et le somnambule.

Macron le réformateur. Manifestement, Emmanuel Macron n’a rien vu venir de la crise des « gilets jaunes » alors que quelques vieux routiers de la politique (Cf. Jean-Pierre Chevènement et bien d’autres) lui avaient recommandé de renoncer, dès les premiers frémissements de la rue, à la taxation des carburants. Une mesure mal comprise est une mesure mal expliquée. Il est vrai que ses fidèles cireurs de pompe (« On connait dans les grandes cours, un autre moyen de se grandir : c’est de se courber » nous rappelle Talleyrand), l’encourageaient à garder le cap. Il est aussi vrai que tous ses grands experts de la prévision (surtout de la clairvoyance rétrospective)7, ses « toutologues » (Régis Debray) et autres « touvamieutistes » (Olivier Rey) n’écrivent que ce qu’il plait au Prince d’entendre. La disputatio8 est particulièrement mal vue au pays des Lumières et de la liberté d’expression. On préfère reprendre les fameux éléments de langage (EDL) de la doxa labélisée par les communicants de l’Élysée9. C’est le règne du circulez, il n’y a rien à voir.

Macron l’aveugle. Mais, certains commencent à s’émouvoir de l’aveuglement de notre plus jeune président de la Ve République, celui qui devait guider le peuple vers le monde nouveau sous la férule de la République en marche à coup de pied dans le postérieur10. Bruno Le Félon/Le Maire ose évoquer des conséquences catastrophiques de la crise sur l’économie française qui n’en avait pourtant pas besoin11. Jusqu’à Frère Jean-Yves Le Drian alias Jean-Yves Le Chouchen de déclarer le 10 décembre 2018 qu’il est particulièrement inquiet pour la démocratie et les institutions, propose un « nouveau contrat social »12. Mais, Jupiter n’en a cure, lui qui est un concentré d’intelligence. Mais après plusieurs semaines de révolte, nous pouvons tirer une profonde leçon : l’intelligence, lorsqu’elle n’est pas guidée par le sentiment, est un aveugle qui marche en confiance dans les ténèbres. À méditer par tout l’entourage d’énarques puants qui entourent, conseillent le Prince (bientôt) déchu, y compris après sa dernière prestation télévisée.

Un échec aussi patent (de l’affaire Alexandre Benalla à celle des « gilets jaunes ») sur le plan intérieur (en moins de six mois) conduit indubitablement à un fiasco durable sur la scène internationale

UNE DIPLOMATIE JUPITÉRIENNE INAUDIBLE

C’est bien connu du monde des médias, la règle des trois « L » : lécher, lâcher et lyncher. Après la rengaine de Macron le winner, c’est au tour de la fable de Macron le looser.

Macron le winner. Que n’a-t-on entendu comme flatteries, comme louanges depuis le sacre napoléonien de Jupiter 1er en mai 2017 ? Jupiter était l’homme de l’année : celui qui allait réveiller la belle au bois européen (discours de la Sorbonne), qui sortirait de l’ornière la défense européenne (sa proposition d’armée européenne), qui allait verdir la planète (« Make our plane great again »), qui en finirait avec la Françafrique (discours de Ouagadougou), qui renforcerait la Francophonie (sommet d’Erevan), qui ferait triompher le multilatéralisme (ses deux interventions devant l’assemblée générale de l’ONU) … Par sa jeunesse et sa fougue légendaire, Jupiter parviendrait à remettre un monde sans maître sur les bons rails. À chaque semaine, un nouveau lapin qui sortait du chapeau du magicien, du prestidigitateur ! Les commentateurs parvenaient à bout de leurs superlatifs tant le nouveau Talleyrand étonnait le monde par sa science, son agilité.

Macron le looser. Que ne commence-t-on à entendre comme petite musique désagréable, comme insinuations malveillantes depuis la débâcle des « gilets jaunes » ? C’est qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Une proposition déclamée n’est pas nécessairement une proposition acceptée. Avec Jupiter, ce serait plutôt une proposition récusée. C’est que la roche tarpéienne est proche du Capitole. Après l’avoir encensé durant des mois, Le Monde titre : « L’image ternie d’Emmanuel Macron à l’étranger »13. Ceux à qui ils faisaient hier la leçon de morale (Trump, Erdogan, Poutine, Salvini…) se font un malin plaisir à le sermonner aujourd’hui sur sa gestion de la crise des « gilets jaunes » et sur son abandon de ses promesses écologiques14. Sa popularité sur la scène internationale se transforme en peur sur la scène européenne. Le scrutin au parlement européen de mai 2018 se présente sous les pires auspices (le RN es crédité de 24%). Il ne s’est pas propulsé à la COP24. Tout va mal pour notre Kennedy du XXIe siècle en dépit de sa prestation solennelle du 10 décembre 2018 sur le petit écran qui a le don d’inquiéter Berlin et Bruxelles15.

« Le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer » (Alexis de Tocqueville), surtout après avoir raillé, méprisé, discrédité les Cassandre. Souvenons-nous que Cassandre annonçait des malheurs qui se sont produits précisément parce que ses concitoyens refusaient de l’écouter. Vous entendez au château un théorème qui dira l’inverse de que vous voyez. Au fil des jours, Jupiter est nu. « Comme si l’enfant prodigue, auprès de qui tous les leaders de la planète voulaient s’afficher, portait désormais la poisse » ! Il y a pénurie de tout sauf de ridicule. La stratégie de com’ est aussi chimérique qu’hasardeuse. Le concours Lépine des idées folles fonctionne à plein régime tant pour la France que pour le monde. Le défaut de vision à long terme est préjudiciable. Le buzz empêche la pensée. La situation est d’une extrême gravité. En France, les Français crient « Dégage » comme au début des « révolutions arabes »16. À l’étranger, la France est condamnée à un rôle de figurant dans le monde. Un nouveau chapitre du quinquennat s’ouvre qui alterne gilets jaunes et pâle diplomatie.

6 Tugdual Denis/Louis de Raguenel/Charlotte d’Ornelas, L’incendiaire, Valeurs actuelles, 29 novembre 2018, pp. 22-23-24.
7 Nicole Gnesotto (propos recueillis par Isabelle Lasserre), « En Europe, le besoin d’autorité l’emporte sur celui de liberté », Le Figaro, 8-9 décembre 2018, p. 20.
8 Dans la scolastique médiévale, la disputatio était, avec la lectio, une des méthodes essentielles et omniprésentes d’enseignement et de recherche, ainsi qu’une technique d’examen dans les universités à partir du début du XIIIe siècle. Le terme désignera progressivement ensuite les débats sur les sujets de théologie, d’abord entre juifs et chrétiens, puis à l’époque de la Réforme, www.dictionnaire.sansagent.leparisien.fr
9 Jack Dion, Les dix commandements du parfait macroniste, Marianne, 7-13 décembre 2018, p. 62.
10 Natacha Polony/Soizig Quéméneur/Hervé Nathan, L’insurrection démocratique et la sidération du pouvoir, Marianne, 7-13 décembre 2018, pp. 8-
11 Anne de Guigné/Angélique Vallez-D’Erceville, Des conséquences économiques graves, Le Figaro, 8-9 décembre 2018, p. 6.
12 Arthur Berdah, Le Drian veut un « nouveau contrat social », Le Figaro, 10 décembre 2018, p. 2.
13 Jean-Baptiste Chastand, L’image ternie d’Emmanuel Macron à l’étranger, Le Monde, 9-10 décembre 2018, p. 9.
14 Georges Malbrunot, Les surréalistes leçons de maintien de l’ordre de Trump, Poutine ou Erdogan, Le Figaro, 10 décembre 2018, p. 4.
15 Cécile Ducourtieux/Thomas Wieder, Les choix de Macron inquiètent Berlin et Bruxelles, Le Monde, 12 décembre 2018, p. 11.
16 Richard Labévière, Gilets-Jaunes, lutte des classes et implosion du politique, www.prochetmoyen-orient.ch , 10 décembre 2018.
 
 
MIKE POMPEO : REQUIEM POUR LE MUTILATÉRALISME – Guillaume Berlat. « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaitre et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »17. Le monde de l’après-guerre froide se meurt et les États-Unis entendent bien lui asséner le coup fatal en dépit de quelques protestations sans conséquences de l’Union européenne. Dans cette période de transition, l’administration américaine entend imposer à la planète entière (« The Rest of the World » ou ROW sous son acronyme) sa nouvelle vision des relations internationales au XXIe siècle, et cela, sans la moindre concertation préalable ni avec ses opposants, ni avec ses alliés les plus proches. Comment se caractérise-t-elle ? À la coopération et au compromis, Washington préfère la coercition et à la sanction. À l’apaisement, Donald Trump substitue l’anathème. Au multilatéralisme, l’Amérique substitue le bilatéralisme à l’ancienne mais surtout l’unilatéralisme le plus dur. Passons de la pratique unilatérale du président des États-Unis, Donald Trump à sa théorie explicitée par son secrétaire d’État, Mike Pompeo (ex-directeur de la CIA).

Donald Trump : le praticien de l’unilatéralisme

La voix traditionnelle des diplomates pèse de moins en moins face à la diplomatie compulsive du Tweet du 45ème président des États-Unis. Depuis sa prise de fonctions à la Maison Blanche, Donald Trump met en pratique son slogan de campagne « America First ». Son corollaire est connu. Il se place délibérément dans une logique de distanciation marquée vis-à-vis de l’actuel système multilatéral de gouvernance des relations internationales. Au fil des mois, il déchire systématiquement les accords internationaux conclus par ses prédécesseurs pour marquer sa volonté de rupture avec le monde d’hier. Et la liste des textes, qu’il considère comme de vulgaires chiffons de papier destinés au classement vertical de l’Histoire, ne cesse de s’allonger : accord de Paris sur le climat, accord de Vienne sur le nucléaire iranien, traité FNI, ALENA (renégocié et signé) … Les institutions internationales mises en place depuis 1945 ne trouvent pas grâce à ses yeux : ONU dont il réduit sa contribution, OTAN qu’il juge « obsolète », UNESCO dont il se sépare, OMC qui dessert les intérêts américains au profit de ceux de la Chine, APEC aux réunions desquelles il se fait représenter par Mike Pence, Union européenne18 qu’il voudrait voir disparaître, G7/G20 qui s’accroche à une mondialisation désuète dont le grand bénéficiaire est la Chine (Cf. retrait de son accord au communiqué commun lors du G7 de La Malbaie au Québec des 7 et 8 juin 2018) … S’il s’associe au consensus lors du dernier G20 de Buenos Aires, c’est à la condition expresse de rayer de la déclaration finale le terme de « protectionnisme », d’obtenir une référence à « la réforme nécessaire de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ». La dentelle diplomatique traduit l’impossibilité de faire émerger un accord sur la substance. Récusant un droit international qui lui serait applicable (Cf. les menaces du conseiller à la sécurité nationale, John Bolton contre les juges de la Cour pénale internationale qui poursuivraient des citoyens américains), l’Amérique exporte, applique depuis longtemps déjà son droit en dehors de son territoire (Cf. extraterritorialité du droit américain appliquée au dossier iranien).

Mais, jusque dans un passé récent, nous ne disposions pas d’un socle conceptuel de cette pratique unilatérale. C’est désormais le cas avec la récente intervention du secrétaire d’État américain, le très rond – dans les apparences et non dans l’expression de sa pensée – Mike Pompeo.

Mike Pompeo : le théoricien de l’unilatéralisme

Après un détour par le temple de l’atlantisme d’Evere (le siège de l’OTAN dans la banlieue de Bruxelles)19, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo s’est exprimé, le 4 décembre 2018, devant le German Marshall Fund (GMF) sur le thème suivant : « Restoring the Role of Nation-State in the Liberal International Order »20. Le moins que l’on soit autorisé à dire est que son discours, intervenant quelques jours après le G20, combine rupture avec l’ancien monde, sur le fond et rupture avec la tradition diplomatique, sur la forme. Comme le relève un diplomate, « c’est la première fois qu’un haut responsable américain formule en termes intelligibles ce qui pourrait être une doctrine Trump »21. Une charge en règle contre le multilatéralisme. Autour de quelles principales idées s’articule-t-elle ? La première est que le système international présente deux défauts rédhibitoires à ses yeux : il n’est plus adapté aux contraintes du nouveau monde et il ne sert plus les intérêts américains bien compris. Pire encore, il fait le jeu de « mauvais acteurs » (Cf. les « États voyous » de « l’axe du mal » présentés par George W. Bush) comme la Chine, l’Iran et la Russie. La seconde, conséquence de la première, est que les organisations internationales ne trouvent plus grâce aux yeux des États-Unis. Et cela vaut pour l’Union européenne qui fait passer les intérêts des bureaucrates avant ceux des États et de leurs citoyens, l’ONU dont les missions de paix n’apportent jamais la paix, le FMI qui continue à financer la Chine. Pour leur part, l’OMC et la Cour pénale internationale sont clouées au pilori. Seule l’OTAN conserve les faveurs de Washington. La troisième est que l’Amérique souhaite reformer le multilatéralisme pour autant qu’il serve les intérêts américains (accessoirement ses alliés), qu’il se « mette au service de valeurs partagées » et qu’il mette un coup d’arrêt aux agissements des « mauvais acteurs ». Ce faisant, les États-Unis estiment agir au nom du monde et de leurs alliés européens ! La quatrième est la gouvernance « new-look » doit être mise au service de l’affirmation des souverainetés nationales avant celle de l’ordre international. À cet égard, Mike Pompeo rend hommage aux Britanniques et aux pays du groupe de Visegrad. En conclusion, le secrétaire d’État affirme la volonté américaine de diriger le monde encore et toujours (une sorte de liberté guidant les peuples à la manière du tableau d’Eugène Delacroix !

La synthèse de ce « nouvel ordre libéral » présentée à Bruxelles par Mike Pompeo ne manque pas d’une certaine cohérence. Peu ou prou, elle préfigure les paramètres du nouvel ordre mondial voulu par le président du peuple « à la destinée manifeste ». Une fois passé l’effet de sidération, les Européens gagneraient, s’ils le veulent et s’ils le peuvent, à méditer cette profession de foi américaine. Aujourd’hui, ils se trouvent à la croisée des chemins. Soit, ils continuent à sauter sur leur chaise comme des cabris en disant multilatéralisme ! multilatéralisme ! mais cela n’aboutit à rien et cela signifie rien, pour paraphraser le général de Gaulle. Soit, ils acceptent de réfléchir aux paramètres du nouveau monde pour prendre en mains leur destinée. Telle est la première leçon que l’on peut tirer de ce requiem pour le multilatéralisme de Mike Pompeo !

17 Antonio Gramsci, Les Cahiers de Prison, Cahiers 3, Gallimard, 1983
18 Isabelle Lasserre, La diplomatie d’Emmanuel Macron peine à s’imposer en Europe, Le Figaro, 30 novembre 2018, p. 8.
19 Jean-Pierre Stroobants, L’OTAN serre les rangs contre la Russie, Le Monde, 6 décembre 2018, p. 3.
20 http://www.gmfus.org/events/keynote-speech-us-secretary-state-michael-r-pompeo
21 Isabelle Lasserre, Pompeo théorise la fin du multilatéralisme, Le Figaro, 7 décembre 2011, p. 12.
 
 
LE DERNIER BIDULE DE JUPITER – Ali Baba. « L’avenir, c’est du passé en préparation », Pierre Dac. La lecture des feuilles confidentielles est toujours très instructive pour celui qui y accès, qui prend la peine de les lire et, plus important encore, de les déchiffrer. Car dans notre société de l’information, de l’hyperinformation (infobésité) et des informations « bidon », il n’est pas toujours aisé de séparer le bon grain de l’ivraie. Nous en avons un exemple récent avec l’information que nous fournit le site, toujours bien informé, qui se nomme www.intelligenceonline.fr . Comme toujours, pour y voir un peu plus clair, il faut en permanence aller de l’information brute – non expurgée, c’est-à-dire envisagée dans son intégralité – à sa glose – par nature subjective, relevant du commentaire et du jugement de valeur contestable et critiquable- sans relâche.

L’INFORMATION BRUTE

Qu’apprend-on à la lecture du site précité sur les aménagements apportés au dispositif diplomatico-militaro-renseignement par le chef de l’État ? « LE « D214 », botte secrète diplomatico-militaire de Macron. L’Elysée s’est doté d’une task force alliant diplomatie, armée et renseignement afin de traiter les dossiers internationaux brûlants. Le mini-sommet qui s’est tenu fin octobre à Istanbul entre les leaders Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan, Angela Merkel et Emmanuel Macron a marqué le retour de Paris dans le dossier syrien. Cette offensive diplomatique est en réalité la dernière concrétisation du travail coordonné entre les différents leviers de l’Elysée sur les dossiers internationaux, symbolisé par le surnom informel "D214". Désormais, sur les sujets les plus brûlants, les notes stratégiques transmises au président sont signées par le trio constitué de Bernard Emié, patron de la DGSE – le D -, Philippe Etienne, patron de la cellule diplomatique de l’Elysée, et Bernard Rogel, chef d’état-major particulier (CEMP) d’Emmanuel Macron. Cela assure une position diplomatico-militaire unique pour traiter des dossiers avec les interlocuteurs de puissances (ré-)émergentes comme la Russie, la Chine, la Turquie ou l’Iran, adeptes des rapports de force.

La centralité nouvelle du D214 dans la conduite des dossiers internationaux vise à éviter les querelles de chapelle et les dissonances entre les services, les diplomates et les militaires, qui avaient été particulièrement prégnantes sous le quinquennat de François Hollande sur la Syrie, au Sahel, dans le Golfe, etc. La puissance et la proximité du D214 avec le président ne vont pas sans créer quelques tensions au Quai d’Orsay, qui se méfie de la marge de manœuvre accordée aux hommes du ministère de la défense, malgré un environnement international sécuritaire en forte dégradation.

L’un des enjeux du D214 sera de perdurer malgré le départ prévu de plusieurs de ses membres. Philippe Etienne est attendu à l’été 2019 à l’ambassade de France à Washington (IOL nº 816). L’amiral Bernard Rogel devrait lui aussi céder son siège l’année prochaine »22.

LA GLOSE DE CETTE INFORMATION

C’est que dans ces quelques lignes en apparence tout à fait anodines, nous pouvons découvrir toute une série d’informations intéressantes qu’il convient de replacer dans leur contexte. La première est que jusqu’à présent, semble-t-il, le dispositif de concertation interministérielle destiné à définir la politique étrangère de la France ne fonctionnait pas de manière tout à fait satisfaisante. Le bouc émissaire est tout trouvé. Il s’agit du capitaine de pédalo, François Hollande. C’est bien connu, en particulier dans l’administration, le prédécesseur est un incompétent et le successeur un intriguant ! Mais, tel Zorro, Jupiter est arrivé avec son cheval et son grand chapeau. Et par un coup de baguette magique, il remédie aux incohérences de la diplomatie à la sauce hollandaise. Il crée le D214. Cela fait James Bond, dans le vent. Par-dessus tout, cela amuse le bon peuple et nos folliculaires préférés.

La deuxième est que la France de Descartes, plus particulièrement sous le règne de Jupiter 1er, dispose toujours dans sa boite à outil de la réponse idoine à chacun des problèmes qui se pose à elle. Elle est composite, sorte de cocktail de com’, de prurit législatif (à chaque problème correspond une loi de circonstance) et d’inflation de comités Théodule (pour répondre à la colère des « gilets jaunes », Emmanuel Macron propose la création d’un « Haut conseil pour le climat »). On ne compte pas moins de 387 commissions rattachées au gouvernement. Force est de constater que notre fringuant et br(a)illant président de la République ne se pose pas la première question qui vient à l’esprit de toute personne de bon sens : quelles sont les raisons de fond qui expliquent les échecs de notre politique étrangère et les dérives de notre diplomatie ? Absence de diagnostic précédant la recherche du remède.

La troisième est que la France jupitérienne possède une forte propension à contourner les circuits normaux de fonctionnement de l’administration en faisant appel à des pseudo-experts (visiteurs du soir, « toutologues », chers à Régis Debray, philosophes et autres hommes et femmes de culture…) pour définir une politique étrangère cohérente. Et cela alors même qu’il suffit de faire appel aux réservoirs de compétence, d’expertise que l’on trouve au Quai d’Orsay (nous ne parlons pas des ministres, sous-ministres, secrétaires d’État incompétents mais vaniteux), au ministère des Armées et dans la communauté du renseignement en France. Le rôle d’un authentique d’un chef est de savoir les faire travailler en harmonie et non de les ignorer23. Manifestement, Jupiter ne possède pas encore cette qualité de « manager » ! En un mot, faire avec les outils et les ouvriers dont on dispose pour une gestion optimale de l’argent public avant de le dilapider avec de coûteux gadgets.

La quatrième est que la France jupitérienne possède une qualité rare en démocratie et en méritocratie, celle de récompenser les incompétents par de superbes promotions, non de les sanctionner. Nous en avons aujourd’hui une illustration parfaite avec le cas de son inculte (diplomatiquement parlant) de son conseiller diplomatique, le sinistre Philippe Etienne. L’homme ne manque pas de diplômes : ancien élève de l’école normale supérieure, agrégé de mathématiques, licence en sciences économiques, diplôme de l’institut national des langues et civilisations orientales (serbo-croate, ancien élève de l’école nationale d’administration. N’en jetez pas, la coupe est pleine. Mais, ce brillant sujet n’a toujours rien compris à ce qu’était l’essence d’une politique étrangère : un cocktail harmonieux de stratégie, de tactique, de volonté, de moyens humains et financiers. Pas plus que l’objectif d’une diplomatie sérieuse : mise en application au quotidien des grandes lignes de la politique étrangère en y apportant les correctifs nécessités par les évolutions du moment tout en ne modifiant pas le cap général du navire France. Un manque élémentaire de bon sens… fait défaut à notre Éliacin. Horresco referens ! Nous apprenons que Philippe Etienne va être nommé sur le plus beau poste du circuit diplomatique à savoir l’ambassade de France à Washington en remplacement, il est vrai, de l’ambassadeur-gaffeur, Gérard Araud. Au moment où le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin envisage des plans de départ à la retraite anticipés pour certains hauts fonctionnaires, il aurait pu donner le bon exemple avec le conseiller diplomatique du président qui aura 63 ans le 24 décembre 2018.

« Rien ne sert de penser, il faut réfléchir avant » nous rappelle fort justement l’humoriste Pierre Dac. Or, il semble que cette maxime soit souvent perdue dans les plus hautes sphères de la République. Malheureusement, la réalité est plus crue. C’est que « le volontarisme en diplomatie comme en d’autres domaines est efficace étant bien entendu que les objectifs sont clairement définis et que tous les moyens pour y parvenir sont mobilisés »24. Or, en France, tout finit par des chansons mais aussi par la mise en place de comités Théodule – leur liste est impressionnante – en grand apparat et à grands coupes de trompettes. À quand la création d’un super comité Théodule ayant en charge la rationalisation des comités Théodule, ne serait-ce que pour faire des économies dont ce pays a pourtant tant besoin ? Mais, tout ceci n’a pas la moindre importance si tel est le bon plaisir de notre bon roi Jupiter en cette période tourmentée de « gilets jaunes » et de décrédibilisation de son étrange politique étrangère25, avec la création de son dernier bidule, le cocktail D214.

22 France. Le « D214 », botte secrète diplomatico-militaire de Macron, www.intelligenceonline.fr , 21 novembre 2018, n°218, p. 2.
23 Général d’Armée Pierre de Villiers, Qu’est-ce qu’un chef ?, Fayard, 2018.
24 Hervé de Charrette (préface de Bertrand Badie), Opération Raisons de la colère. L’histoire secrète d’un succès diplomatique français, CNRS éditions, 2018.
25 Guillaume Tabard, La fin ou la parenthèse du rêve Macron, Le Figaro, 12 décembre 2018, p. 8.
 
 
IL Y A UN AN, CETTE LETTRE OUVERTE A LAURENT DE LAHOUSSE SUR SON EMISSION « LA SYRIE DE BACHAR AL-ASSAD » N’A TOUJOURS PAS EU DE REPONSE ! Jean-Claude Antakli.

Les attentats qui frappent notre pays depuis 2014 à ce jour, ont un lien étroit avec la politique désastreuse des Affaires Etrangères de Juppé, sous Sarkozy, Fabius sous Hollande, le Drian sous Macron, avec la guerre en Syrie privant la France d’une source intarissable de renseignements généraux que la Syrie lui communiquait pour lui épargner la mort de tant d’innocents sur son propre sol, pour s’en assurer il suffit d’écouter la voix de désolation de la plupart de nos anciens directeurs de renseignements généraux à commencer par Alain Chouet, et que dire de l’indignation de bon nombre de nos généraux français qui ne se reconnaissent plus dans cette politique étrangère, face à l’OTAN!

Monsieur,

Nous sommes rentrés le 10 Novembre dernier, mon épouse et moi, d’Alep ma ville natale. Alep, cette magnifique Métropole du Nord, aujourd’hui dévastée, que les sanctions, les embargos, les pillages, les incendies et les bombardements enfin, n’ont pas réussi à asphyxier.

Alep vit, Alep revit et revivra. C’est assez dire que votre émission sur la Syrie de Bachar El-Assad, pouvait nous intéresser !

De ces sept longues années terribles, qu’aviez-vous appris et retenu, vous journaliste ? D’autant que dans tous ces conflits orientaux dévastateurs nous avons été, nous la France , « ses élites » veux-je dire, le fer de lance de l’intrusion, au mépris de toutes les bases de la légalité internationale, bafouant la souveraineté d’un peuple, son droit à choisir et maintenir son régime politique hors de toute ingérence étrangère.

Rappeler la Charte de l’ONU eut clarifié votre émission. Ne pas la rappeler me direz-vous, a étayé vos foudres journalistiques. Avouez !…de Syrie, des Syriens, il en a été peu question ! Votre réquisitoire (on ne peut le nommer autrement) visait uniquement la personne du Président Bachar. A charge bien entendu.

De cet ami d’enfance qui ne lui voulait que du bien, auquel vous apportiez dans votre commentaire votre éclairage psychopédagogique, on retiendra « la main sur la bouche et le corps avachi » de cet adolescent, futur maître de la Syrie, et des analyses pertinentes de Monsieur Christian Malard journaliste patenté, transformé en Sherlock Holmes des Services Secrets, la paranoïa qui l’amène à débusquer les Moukhabarats, parce qu’ils sont justement invisibles ! Elémentaire…

Sur l’historique des événements de 2000 à 2017, je retiens le tri sélectif qui justifie le fil rouge de votre démonstration.

Que le Président Bachar ait été, vu sa jeunesse, son inexpérience, adoubé par le Président Chirac puis par le Président Sarkozy, au même titre durant cette décennie, que Mohamed VI, ou Saïd Hariri, personne n’en doute. Mais vos silences sont plus explicites que vos preuves.

Quid de l’assassinat de Rafic Hariri (feu Premier Ministre Libanais) auquel vous faites allusion, du TSL (Tribunal Spécial des Nations Unies pour le Liban) dont le mandat a été de poursuivre les responsables et qui a désavoué le rapport Mehlis qui impliquait des Libanais et des Syriens. Pourquoi dans un souci d’objectivité, ne pas souligner cette ingérence internationale et qui plus est reconnaître que la « Syrie de Bachar » a été lavée de tout soupçon ?

Vous vous en gardez bien.

Pourquoi encore laisser croire que la réhabilitation du jeune Bachar sur « la scène internationale » passait par sa romance sur les quais de Seine et les restaurants de la Capitale. C’est inutilement méprisant Monsieur, d’autant que vous êtes très discret sur la pression, voire le forcing que Hamed ben Jassem Al-Thani l’Emir du Qatar, a exercé sur notre Président à nous…pour convoquer à Paris, le 14 Juillet 2008, celui qui pouvait tellement faciliter le passage des gazoducs qataris, en vendant son pays la Syrie, aux appétits des ogres de la péninsule arabique !

Deux ans plus tard les prémices des « Printemps arabes » soufflaient sur la Tunisie, et vous étiez sûrement dans les premiers à saluer ces alizées. Mais quelle discrétion dans votre émission, sur ceux de Libye et d’Egypte. Les tornades et leur désastre vous effraient-ils ?

En mars 2011 nous étions à Damas lors de la 1ère manifestation de soutien au Président Bachar. France2 et toutes les autres chaînes d’information ont pudiquement détourné les yeux, des 2 jours et une nuit de protestation populaire, contre l’ingérence étrangère à Deraa. Un, voire deux millions de gens dans la rue pour soutenir leur gouvernement. Même chose à Alep quelques semaines plus tard, oui Monsieur, nous y étions, pas vous, ni France2, ni « Le Monde », ni personne, ou ceux qui y étaient ont été priés de se taire comme notre Ambassadeur en Syrie Éric Chevalier. Honte sur l’information en France, ce merveilleux pays de liberté.

C’est le Président syrien selon vous, qui en ouvrant les portes des prisons syriennes, a libéré en hordes sauvages 80.000 aspirants jihadistes ? Des Tchéchènes, des Pakistanais, des Afghans, des Ouïghours, des Japonais, des Européens…et des Français.

Mais que faisaient-ils tous à Damas ? Dans les prisons d’Etat.

En reprenant mot à mot les communiqués et les comptes rendus du représentant de l’ODSH, cet organisme fumeux financé par les Frères musulmans qui a alimenté toute l’information, celle de l’agence Reuters comme celle de l’AFP et la vôtre donc, depuis le début du conflit, vous n’éclairez en rien le débat. Affirmer que « Bachar a tué 300.000 civils et qui plus est, a gazé son peuple », n’est pas digne du journaliste que vous êtes. C’est du matraquage médiatique.

Relayer à longueur de temps des mensonges, n’en fera jamais des vérités, même si les vérités se déplacent à la vitesse des escargots. L’expérience des petites fioles de Colin Powell Secrétaire d’Etat, agitées sous le nez des diplomates de l’ONU le 5 Février 2003, devrait vous inciter à la prudence. Prendre pour parole d’Evangile aujourd’hui, l’indignation de Nikki Haley l’Ambassadrice des E.U. à l’ONU, devant des photos d’enfants morts dans une attaque chimique à Khan Cheikhoun en 2017, me laisse rêveur et accablé.

On nous a déjà fait le coup de « la Ghouta » et de « Khan El-Assal » en 2013, mais comme je vous le disais, la vérité avance lentement mais sûrement. Depuis 4 ans, votre œil aigu de journaliste a dû parcourir les rapports sans ambiguïté du MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui confirmaient ceux de Mme Carla Del Ponte procureur du Tribunal pénal international, que nous ne pouvons ni l’un ni l’autre accuser d’intelligence avec « Le Régime », comme vous appelez sans nuance, le gouvernement et l’armée nationale syrienne.

Ces deux références internationales en rejoignent une troisième : « the Defence Science and Technology laboratory », l’un des établissements gouvernementaux les plus sensibles et secrets du Royaume-Uni pour la recherche militaire, situé à Porton Down. Tous les trois, ont curieusement été amenés aux mêmes conclusions : le gouvernement syrien est dégagé de toute responsabilité, dans les attaques au gaz. Mais la vérité n’est pas encore arrivée dans les sphères parisiennes que vous fréquentez et je vous invite impartialement à la vérifier et à la rétablir.

Pour ce qui est de Khan Cheikhoun, les gesticulations de Monsieur le Président Trump n’y changeront rien.

Vous avez sûrement entendu parler de Mr KT. Mc. Farland, vice- conseiller à la Sécurité nationale à Washington, champion paraît-il de la théorie de « l’homme fou et imprévisible » en politique ? J’avais tenté de la développer dans mes derniers livres (Syrie, une guerre sans nom ! et Syriapocalypse). J’observe qu’il a pu la mettre en pratique dès le début du mandat de Mr Trump : 59 missiles Tomahawks lancés de la Méditerranée sur l’aéroport syrien de Shayran, 39 disparus en vol… Et l’aéroport est intact !

La fameuse et fumeuse théorie de l’homme fou en politique, n’a pas atteint par contre, Damas…ni le « Régime ». Pensez-vous un instant que le Président Bachar qui était en phase de gagner militairement et diplomatiquement la guerre aussi bien en 2013, qu’en 2017, eut commis cette imprudence ?

Non, Mr Delahousse, ce n’est pas sérieux ! Vous feignez d’y croire. Votre raisonnement est léger, et le choix des intervenants que vous avez invités pour le soutenir, soulève le doute. Pas une voix discordante, sur ce monstre perfide que vous vous plaisez à décrire. Il eut été pourtant intéressant d’inviter quelques responsables ou géopoliticiens crédibles que vous connaissez, j’en suis sûr.

Mr Roland Dumas ancien Ministre des Affaires Etrangères par exemple, qui vous aurait révélé comment il fut appelé à une consultation dès 2009 à Londres, pour donner son avis sur un projet de plan de déstabilisation de l’Etat Syrien ?

L’interview de Mr Fabius eut été plus percutante si vous lui aviez rappelé qu’entre Mai 2012 et Février 2016, alors Ministre des Affaires Etrangères, il est suspecté d’avoir donné l’aval des autorités françaises au groupe Lafarge, pour financer l’EI, en achetant leur pétrole et en monnayant des laisser-passer pour des camions et des salariés. Tout cela dans la Syrie de Bachar El Assad.

Un témoignage accablant du Directeur Général-adjoint de Lafarge, laisse penser que nous financions Daech que nous prétendions combattre, en vue de participer à la reconstruction de la Syrie que nous écrasions. Machiavélique.

Quel dommage aussi que vous n’ayez pas demandé à Mr Le Drian, pourquoi à Raqqa, sans aucun mandat de l’ONU, la Coalition dirigée par les U.S.A. a facilité l’exode des terroristes de Daech, avec armes et bagages ? Après 4 mois de combats acharnés, un accord secret des USA et des Britanniques acceptait la mise à l’abri des combattants de la Capitale autoproclamée du Califat, par mise à disposition d’autobus et de camions qui à la file indienne, en convois, évacuaient la zone dévastée. Pour aller où ? Il eut été intéressant de nous l’apprendre.

Ce plan à l’insu de notre diplomatie peut-être, a fait l’objet d’une étude détaillée dans un article de la BBC, « Raqqa Dirty Secret » en Novembre 2017. Vous appréciez le qualificatif.

La Syrie de Bachar s’en inquiétait alors, peut-être même la France de Macron, le soir de votre émission. Une sale histoire sans aucun doute. Nous étions à Alep à ce moment-là et…il se disait que le cadre de l’opération « Détermination absolue » de James Mattis le Secrétaire US à la Défense qui visait à soi-disant exterminer sur place ces combattants, avait volé en éclats. Pourquoi ? Tout simplement parce que Daech est une excroissance des Services Secrets Américains et que leur objectif tacite a été rempli, à savoir tuer le plus possible de Syriens et Irakiens et détruire toute l’infrastructure de ces deux pays.

La mission est accomplie vous en conviendrez : et la gratification suit… Il se disait aussi qu’à l’inverse des « Casques blancs » que toute la Presse officielle française aux ordres, a porté imprudemment aux nues, pour découvrir ensuite leur turpitude et les précipiter dans l’oubli, un jour, un jour prochain, Monsieur, celui que vous avez méthodiquement vilipendé et trainé dans l’opprobre, redeviendrait fréquentable. La perversion des faits et la manipulation de l’opinion ne résistent pas aux Puissances de l’argent. Vous le savez aussi bien que moi.

Je vous ai vu enfin, suspendu aux lèvres de notre Ministre des Affaires étrangères, dont les éléments de langage un peu éculés semblaient vous satisfaire. Il est toujours difficile d’admettre pour lui, que d’autres ont réussi ce qu’il s’obstinait à décrire comme impensable donc impossible. D’où l’ironie de Mr Le Drian, je suppose, sur les vainqueurs. Mais à qui veut-il faire croire que la Coalition internationale a gagné la guerre ?

Vous ne connaissez pas Monsieur, la Syrie, j’en jurerais. Ni même la Syrie dont les historiens disent que « tout homme civilisé devrait l’avoir, avec la sienne, pour patrie ». Dans le regard bouleversant de mes compatriotes épuisés, je n’ai vu ni rancune, ni haine. Comme le Président Macron le disait hier soir à l’Elysée devant vous… cette haine, ils nous la laissent.

Au-delà de nos ressentis et de vos analyses, ce peuple syrien dont vous avez si peu parlé est magnifique, son armée héroïque, et son Président fidèle aux alliances qui ne lui ont pas fait défaut.

Il y a en eux une foi inébranlable ; après tant et tant d’invasions, il leur reste une nouvelle fois à gagner La Paix, comme le dit si bien S.E. Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France dont je vous recommande les livres. Et si « on leur fiche la paix », ils La feront eux, je n’en doute pas un instant.

Vous avez annoncé avec d’autres qui ont hanté vos plateaux, et notamment les « Amis autoproclamés de la Syrie » réfugiés prudemment à Saint Germain des Près, des mantras, mois après mois, semestre après semestre, année après année. Peut-être même avez-vous fini par y croire. Avec la conviction que donne l’ignorance.

Votre dernière estocade politiquement si correcte, à une heure de grande écoute, n’était guère risquée. Le « false flag » se voulait efficace.  Mais la partie est finie, Monsieur Delahousse, et comme le disait Corneille que nous avons quelque peu fréquenté, vous et moi : « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » !

Merci de m’avoir suivi, Monsieur, peut-être jusqu’au bout.

PS : l’histoire de la guerre est celle du mensonge et des vilénies. J’ai écouté le cœur brisé « le cri étouffé » qui suivait votre émission. J’ai entendu cela à Alep où on dénonce haut et fort, les exactions d’une soldatesque dépravée. Rien ni personne ne doit les excuser.

Jean Claude Antakli, écrivain-biologiste (ex-correspondant de l’Est-Républicain).

Copie adressée à Mme Delphine Ernotte Présidente de France Télévision.

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