Observatoire Géostratégique

numéro 222 / 18 mars 2019

ORIENT-ATIONS 210

LA DERNIÈRE GAFFE DE NATHALIE LOISEAU – Ali Baba. Décidément, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la machine gouvernementale jupitérienne. Les improvisations succèdent aux âneries. Les couacs succèdent aux bourdes. La dernière en date – elle ne sera malheureusement pas la dernière d’ici la fin de l’année 2018 -intervient à propos d’une affaire concernant la Syrie. Elle nous vaut une passe d’armes entre deux membres (femmes) du gouvernement. Ceci en dit long sur le fonctionnement du système vertical macronien sans parler du cirque médiatique qui fait appel à de tels marchands de nouvelles1.

L’ANNONCE FAITE PAR ONCLE DONALD

Les djihadistes de l’EIIL ayant été défaits, les forces américaines présentes en Syrie seront retirées le plus rapidement possible de ce pays (entre 60 et 100 jours), a-t-on appris le 19 décembre 2018 du côté de la Maison Blanche. Selon des sources dignes de foi, le secrétaire d’État à la Défense et d’autres hauts responsables militaires n’ont pu dissuader le président américain de procéder à un retrait total qu’ils jugent prématuré et contre-productif. Dans la foulée, James Mattis annonce sa démission qui deviendra effective en février 2019. Une telle décision revient à abandonner les Kurdes, alliés de la coalition au bon vouloir de la Turquie2. Il n’est nul besoin de préciser que cette annonce s’est faite sans la moindre concertation préalable ni avec les membres de la coalition internationale, ni avec les idiots utiles de l’OTAN, au premier rang desquels se place la France atlantiste3. Par ailleurs, vieux classique du Washington, on se débarrasse de ses supplétifs locaux (comme en Afghanistan) sans le moindre état d’âme, les abandonnant à leur funeste sort. Pas de sentiment sur les bords du Potomac…

L’ANNONCE FAITE PAR SŒUR NATHALIE

La ministre en charge des Affaires européennes, l’opulente Nathalie Loiseau ajoute, peu avant les fêtes de Noël une nouvelle bêtise à son sottisier déjà bien fourni au cours des derniers mois. Avec l’assurance qui la caractérise, et cela le moindre recul, la ministre des Affaires européennes, elle réagit sur CNEWS (FAKE NEWS), le 20 décembre 2018, à la décision de Donald Trump de retirer les troupes américaines de Syrie. « Bien sûr que nous restons en Syrie », a-t-elle affirmé. « La lutte contre le terrorisme n’est pas terminée », a-t-elle par ailleurs ajouté. Dès le lendemain, la ministre des Armées, Florence Parly, plus compétente et plus sobre, désavoue, diplomatiquement mais fermement, sur RTL, sa très incompétente collègue du Quai des Brumes sur un sujet relevant à l’évidence de son champ d’attribution (« c’est un abus de langage » !). Elle rappelle, fort justement, au passage qu’elle est en charge de nos Armées et qu’elle ne commente pas les déclarations de ses collègues. Retour à l’envoyeur, en termes moins élégants, pourrait-on dire. Cela ressemble, à s’y méprendre à une querelle de cour d’école.

LA MORALE DE L’HISTOIRE

Ce nouveau couac, venant s’additionner à tous les autres du gouvernement au cours des jours précédents, ne fait que décrédibiliser un peu plus l’action de la « dream team » dirigée par le Conseiller d’État, des phares et des balises, Édouard Philippe. L’homme qui avale couleuvres et boas à tous ses repas. Il tendrait à démontrer que la concertation interministérielle est, au mieux défaillante, au pire inexistante alors qu’elle est du ressort de Matignon. Ce nouveau couac décrédibilise également notre incompétente ministre en charge des Affaires européennes dont la suffisance n’a d’égal que l’insuffisance. Alors que son incompétence sur les affaires européennes est notoire, comment peut-elle se permettre de s’ingérer dans les affaires de sa collègue des Armées ? Comment peut-elle raconter n’importe quoi avec une telle assurance ? Il est vrai qu’elle est coutumière des bobards à tel point que lors d’un récent diner-débat limité à une centaine de « happy fews », elle s’est fait remettre à sa place par Jean-Pierre Chevènement. Quand sera-t-elle remerciée de ses méfaits à répétition, elle qui contribue à ternir l’image de la France à l’étranger ? Ce nouveau couac est l’une des conséquences de la diplomatie « genrée », la nomination de ministres, non pas sur un critère objectif de compétence mais par le seul fait qu’ils sont opportunistes et, de surcroit, femmes. Voilà où conduit la pratique du gouvernement casting de mauvais films.

Entre improvisation et fébrilité, Jupiter serait bien inspiré de rappeler à toutes ces péronnelles, et surtout à l’experte patentée en bourde qui a pour nom Nathalie Loiseau de mauvais augure, un adage frappé au coin du bon sens, chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. Il s’éviterait ce genre de piteux spectacle, la dernière gaffe de celle qui discrédite encore plus la diplomatie française dans les chancelleries qui comptent sur l’échiquier international.

1 Ingrid Riocreux, Les marchands de nouvelles, L’artilleur, 2018.
2 Philippe Gélie, Trump décide de retirer tous ses soldats de Syrie, Le Figaro, 20 décembre 2018, p. 8.
3 Marie Jégo, Pour la France, les djihadistes restent une menace réelle, Le Monde, 21 décembre 2018, p. 2.
 
 
DE L’EUROPE DE LA SANCTION À LA SANCTION DE L’EUROPE – Guillaume Berlat. « Je me sens plus européen que les idéologues qui veulent construire une Europe dans les nuées au lieu de partir des réalités qui sont d’abord nationales ». Que Jean-Pierre Chevènement n’a-t-il raison lorsqu’il procède à ce constat dans Le Figaro du 31 janvier 2015 ! Au fil des ans, sa démarche peut être élargie et (r)affinée. L’Union européenne apparaît plus soucieuse d’idéologie que de réalisme. Plus soucieuse de procédure que de substance. Plus soucieuse de court que de long terme. Plus soucieuse de tactique que de stratégie. Plus soucieuse de réaction que d’anticipation. Plus soucieuse de conservatisme que de réformisme. Plus soucieuse de l’accessoire que du principal. Plus soucieuse de coercition que de coopération. Arrêtons-nous sur ce dernier travers d’une machine folle qui a perdu son cap (la sécurité de tous), sa raison d’être (le bonheur des peuples) ! Faute de pouvoir s’entendre sur l’essentiel, les 28/27 bandent leurs muscles pour montrer leur force. Quoi de mieux dans ce contexte que de pratiquer, avec maestria, politique de l’anathème (contre les déviants) et diplomatie de la sanction (contre les faibles, de préférence). Mais, toute médaille a son revers. À trop punir (sanctionner) les États, l’Union est rattrapée par les peuples qui la méprisent (la sanctionnent).

L’EUROPE DU COUP DE BÂTON

Le spectateur attentif du théâtre européen est frappé – à tous les sens du terme – par l’affirmation d’une pratique bruxelloise – au sens européen et non belge du terme -, celle de la guerre punitive. Au lieu de faire la paix, on s’acharne à faire la guerre. L’Union a ses boucs émissaires favoris, ses têtes de turc que ce soit à l’extérieur comme à l’intérieur de l’Europe.

Hors de ses frontières extérieures, la Russie de Vladimir Poutine est une valeur sûre au hit-parade de la communication européenne. Les sanctions, orchestrées par une commission apatride et inconséquente, pleuvent comme à Gravelotte sur Moscou. Après l’annexion de la Crimée, c’est la curée. Après l’incident maritime en mer d’Azov, cela repart de plus belle. Il est vrai que l’autocrate du KGB pratique l’intimidation guerrière. Il voudrait s’en prendre à la sécurité des États membres du NATO, rien de moins. Le gros méchant ours tente de nous extraire du monde des bisounours en usant de la machine à propagande, à « fake news ». Après la défaite d’Hillary Clinton, le succès du « Brexit », la victoire de Matteo Salvini, la montée des indépendantistes catalans, la campagne anti-Merkel ou le retour en grâce diplomatique de Kim Jong-un, il y a mieux. Les « gilets jaunes » seraient manipulés par les ex-rouges du Kremlin. Selon le Monde, « les experts du renseignement ont des doutes »4. Fait notable, quand l’Oncle Sam met en œuvre l’extraterritorialité de son droit, personne ne pipe mot5. Quand la Chine viole les règles de l’OMC, c’est silence dans les rangs.

Intra-muros, ce n’est guère mieux. Le monstre bruxellois a ses cancres qu’il faut punir régulièrement. Ils ont tous un point commun. Ils n’adhérent pas aux évangiles du libéralisme et du fédéralisme. Ils penchent pour les vertus d’une certaine forme de protectionnisme et pour le retour des peuples et des nations dans la construction européenne. Ils puent le beauf, la clope et le diesel. Pire encore, ils n’ont que faire des « valeurs » à géométrie variable de l’Union européenne. Ces mécréants, sorte de nouvelle « peste brune » ont une fâcheuse tendance à proliférer aux quatre coins de l’Union : Pologne, Hongrie6, Italie. Et bien, ils vont voir de quel bois l’Union se chauffe. Et, la commission européenne en accord avec la piétaille des autres États membres et du Parlement européen, qui ne représente que lui-même, de sortir le gros bâton : mise en demeure sur l’état de droit pour les uns (Hongrie, Pologne), avertissement sur le déficit budgétaire qui passe la barre fatidique des 3% (Italie). Si vous faites ostensiblement profession de foi européenne, vous ne passez pas sous les fourches caudines bruxelloises. Quelques petites tapes sur l’épaule feront l’affaire (France sur ses dépassements budgétaires). Tout ceci est oublié. Ainsi va le petit monde de l’eurocratie, des eurôlatres, des « prolophobes ».

Mais, à trop manier le bâton, on court toujours le risque de le voir se retourner contre soi. Et, c’est bien ce qui est en train de se passer. Un grand classique de l’Histoire que nos bonnes âmes feignent d’ignorer.

L’EUROPE DU RETOUR DE BÂTON

L’Europe n’est pas un long fleuve tranquille. Hier, elle a connu des hauts. Aujourd’hui, elle connait des bas. Mais, elle ne veut pas en tirer les conséquences qui s’imposent. Le retour de guignol symbolise le retour des peuples sur la scène européenne. Ils ont l’outrecuidance de vouloir mettre leur grain de sel dans le traitement des affaires qui les concernent. Inacceptable.

Le retour de guignol. Avec sa naïveté confondante, ses jugements à l’emporte-pièce, ses manières un peu frustres, l’Union – aujourd’hui, ce serait plutôt la désunion pour ne pas dire la débandade – européenne est en train de recueillir les fruits de ce qu’elle a méthodiquement semés au fil des décennies passées. Cela ressemble à s’y méprendre au théâtre de guignols, dans la plus pure tradition lyonnaise. On pourrait même aller plus loin en parlant de grand guignol. Ce serait également dans le genre guignols de l’info. Il arrive parfois que le gendarme se fasse rosser, gendarmophobie aidant. Or, c’est bien ce qui semble être le cas. Les technocrates n’ont plus le vent en poupe. Ils rasent les murs. Les dirigeants européens sont de moins en moins crédibles lorsqu’ils prétendent que l’Europe protège les citoyens, lorsqu’ils pratiquent une diplomatie stupide de la sanction indiscriminée (Russie, Iran…) voire des yeux fermés (Cf. au sujet de l’Arabie saoudite après l’assassinat de l’opposant Jamal Khashoggi à Istanbul). Le roman d’amour sur l’Europe ne prend plus. Pire encore, il est rejeté par ses principaux destinataires que sont les citoyens, pris individuellement et les peuples, pris collectivement. Mais, nos élites n’en ont cure. Par révélation divine, elles savent ce qui est bon pour le menu fretin et ce qui ne l’est pas. La religion européenne, c’est comme le dogme, ça ne se discute pas7. Cela se psalmodie lors des rencontres (prétendues) citoyennes organisée par Sœur Nathalie Loiseau né Ducoulombier (la groupie de Manu) pour un public d’initiés, de croyants. Le doute cartésien n’a pas place dans ce barnum mediatico-diplomatico-guignolesque. Et, s’il venait à l’idée de la populace de se rebeller contre la vulgate germanopratine.

Le retour du peuple. On le croyait perdu avec la fin de l’Histoire. Or, il n’en est rien. Il redonne de la voix surtout lors des élections en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Italie, en Pologne, en Slovénie… Et, plus récemment encore en Espagne avec le parti d’extrême-droite VOX, récusant la politique migratoire libérale du gouvernement. Il redonne de la voix dans les rues des principales villes de France à travers le mouvement des « gilets jaunes », qui signe une crise profonde de la représentativité, de la démocratie. Comme à l’époque précédant 1789, ils réclament leur mot à dire dans la conduite des affaires publiques, ne faisant confiance ni à l’échelon national jupitérien, ni à l’échelon européen junckérien. Ne voilà-t-il pas qu’ils crient, tels des soudards, RIC pour référendum d’initiative citoyenne8 ! Il y a fort à parier que les prochaines élections au parlement européen du 26 mai 2018 risquent de tourner à la Bérézina pour les partis traditionnels et au succès pour les partis populistes, souverainistes, nationalistes à en croire les derniers sondages publiés en France. C’est que les Gaulois ont conservé en travers de la gorge la carabistouille du petit Nicolas. Celui qui avait cru bon de contourner le suffrage populaire par le parlement pour faire adopter le projet de traité constitutionnel. Cela ne serait plus possible aujourd’hui. Les Français descendraient dans la rue dans l’Hexagone. Ils pourraient leur venir l’idée saugrenue d’aller casser du côté des institutions européennes à Bruxelles pour montrer leur insatisfaction face à cette cohorte de technocrates qui ne nourrissent que mépris à l’endroit des citoyens incultes et immatures. Ils pourraient leur rappeler à l’occasion que l’Europe a été imaginée pour le peuple, par le peuple et avec le peuple.

« L’échec est le fondement de la réussite » (Lao Tseu). Mais pour cela, il faut avoir l’humilité de s’interroger sur les causes de l’échec pour éviter de reproduire les échecs à l’identique dans le futur. Nous en sommes malheureusement encore loin. Aujourd’hui, ce serait plutôt tel est pris qui croyait prendre ! L’Europe est bien mal en point. Et le cancer progresse à vitesse V tant les oncologues qui sont censés veiller sur elle sont désemparés. Il est vrai qu’ils n’ont jamais pris le temps de se pencher sur le patient Europe pour tenter de diagnostiquer les causes du mal, se contentant d’en soigner les conséquences apparentes … avec le succès que l’on sait. Le temps de l’anathème et des punitions est passé. Le temps de la mise en accusation du thermomètre est révolu. Peut-être serait-il grand temps de penser la construction européenne en termes de nations9, de peuples, de démocratisation10, en moralisant la mondialisation11. Il n’est plus possible de continuer comme avant pour sortir l’Europe de l’ornière technocratique. Il faut agir vite. Faute d’un tel aggiornamento, l’Union européenne risque de subir le même sort funeste que la Société des Nations (SDN) en passant de l’Europe des sanctions à la sanction de l’Europe.

4 Jack Dion, La main de Poutine dans la culotte du « gilet jaune », Marianne, 14-19 décembre 2018, p. 62.
5 Chloé Aeberhardt/Marthe-Béatrice Baudet/Vincent Nouvet/Stéphane Pierre, Airbus sous le coup d’une enquête américaine. La Justice américaine enquête sur Airbus, Le Monde, Économie & Entreprise, 21 décembre 2018, pp. 1-2-3.
6 Péter Szijjarto, « La procédure de sanction est une revanche contre la Hongrie », Le Monde, 14 décembre 2018, p. 4.
7 Michel Onfray, « L’impossibilité de l’Europe libérale, sans autorisation de cette même Europe libérale est le fer de lance des technologies idéologiques », cité dans « Techniques du coup d’État », Marianne, 20 décembre 2018-3 janvier 2019, pp. 15-16-17.
8 Roseline Letteron, Le référendum d’initiative citoyenne, www.libertescheries.blogspot.com , 14 décembre 2018
9 Mateusz Morawiecki, « La seule solution réaliste est de bâtir une Europe des nations », Le Figaro, 12 décembre 2018, p. 12.
10 Collectif, Manifeste pour une démocratisation de l’Europe, Le Monde, 11 décembre 2018, p. 24.
11 Klaus Schwab : « Il faut moraliser la mondialisation », Le Figaro, 13 décembre 2018, p. 21.
 
 
JEAN-MICHEL GAUSSOT : DIPLOMATE PROFESSIONNEL/PROFESSIONNEL DE LA DIPLOMATIE – Guillaume Berlat. « Le diplomate est formé par la vie plus que par les livres ; la diplomatie n’est ni une science, ni hélas, une branche de la morale, mais un art, et pour devenir un artiste, il faut avant tout posséder la technique de cet art » nous enseigne le prince von Bülow. À maints égards, Jean-Michel Gaussot répond parfaitement à cette définition pratique du diplomate, à cent lieues des descriptions lyriques de certains chercheurs vivant dans une autre planète. Ses trente-neuf années de pérégrinations diplomatiques sont là pour le démontrer au travers un ouvrage qu’il vient de publier, dix ans après son départ à la retraite12. Il y a deux ans, il nous livrait un témoignage poignant sur son père mort en déportation13. C’est dire que l’homme a de la profondeur, de l’épaisseur, qualité rare chez les diplomates.

UN LONG PÉRIPLE DIPLOMATIQUE

Dans un récit de 180 pages d’une lecture aisée, Jean-Michel Gaussot se livre à un survol de sa carrière diplomatique, de son premier poste de rédacteur à la direction générale des relations culturelles, scientifiques et techniques (DGRCST) à son dernier poste, celui d’ambassadeur de France au Pays-Bas avant d’atterrir, avec le titre pompeux de conseiller diplomatique du gouvernement (ce qui ne signifie rien en termes fonctionnels mais permet au titulaire de bénéficier de quelques primes venant s’ajouter à son traitement de base), dans ce qu’il qualifie (terme usité au Quai d’Orsay) de « cimetière des éléphants » (celui où l’on parque quelques diplomates chenus parvenus au terme de leur grand voyage aux quatre coins de la planète). Nous le suivons comme secrétaire d’ambassade à Bonn, comme conseiller à La Haye, comme conseiller de presse à Londres, comme sous-directeur de l’information à Paris, comme numéro deux à Belgrade, comme conseiller politique à la mission permanente de la France auprès de l’ONU à New-York, comme ambassadeur à Quito, à Lomé (il consacre un long développement fort intéressant au rôle délicat d’un ambassadeur en Afrique francophone tout particulièrement en période de trouble), avec deux parenthèses comme secrétaire général de la délégation française à la 50ème assemblée générale de l’ONU à New-York puis comme représentant de la France au groupe de surveillance mis en place à Nicosie et à Naqoura après l’opération « Raisons de la colère » d’Israël au Liban, comme ambassadeur à Santiago du Chili et, enfin, à La Haye.

LE CONTRE-PIED DES MÉMOIRES DE DIPLOMATE

L’intérêt de cette présentation est qu’elle fait figure d’exception par rapport aux nombreuses mémoires de diplomates qui sont régulièrement publiées et dont le principal mérite est qu’elle ne présente pas le moindre intérêt. En effet, la corporation excelle dans les récits Norpois, sorte d’exercice d’autosatisfaction, de narcissisme, de règlements de compte mesquins avec quelques anciens collègues. Jean-Michel Gaussot est discret, pudique, humble. Cet énarque (très discret sur le sujet), qui n’a jamais fait de cabinet ministériel, fait dans la sobriété. Il ne se met jamais en avant, préférant mettre en avant les qualités de ses supérieurs hiérarchiques et de ses collaborateurs/trices. Preuve de son humanisme et de ses nombreuses autres qualités humaines. Qualités si rares dans la Maison du bal des vanités et des égos !

UN RÉEL TALENT DE PORTRAITISTE

À titre d’exemple, nous citerons in extenso le portrait particulièrement bien vu qu’il dresse d’un des grands noms du Quai d’Orsay, l’ambassadeur de France dignitaire, Alain Dejammet :

« Les trois mois passés à la mission française auprès des Nations unies m’a offert la chance de travailler à nouveau aux côtés d’un homme qui avait déjà été mon supérieur hiérarchique plus de dix ans auparavant, lorsqu’il dirigeait les services d’information et presse du Quai d’Orsay, et, dont j’ai apprécié non seulement la capacité d’analyse, l’intelligence subtile et l’humour décapant, mais aussi les grandes qualités humaines : dans un univers où les ambitions et les rivalités personnelles se donnent libre cours. Alain Dejammet m’est toujours apparu comme une exception brillante et un antidote à mes doutes occasionnels quant à l’utilité du métier de diplomate. Peu nombreux sont, parmi les collègues que j’ai côtoyés, ceux qui, tout au long de leur carrière, ont autant fait honneur à notre "maison" » (page 105).

C’est que Jean-Michel Gaussot possède des noms innés de portraitiste. Il décrit à la perfection Jacques Chirac (qui l’agréablement surpris en dépit du fait qu’il l’ait écarté de son poste de Lomé) et Dominique de Villepin (qui l’a déçu après l’avoir conquis). C’est que la diplomatie est avant tout un métier d’hommes et de femmes avec lesquels (les) il faut composer. C’est que la diplomatie est avant tout un métier de l’écrit, de la bonne plume et du penser juste.

LES ARCANES DE LA DIPLOMATIE

Grâce à lui, nous découvrons les arcanes de la diplomatie multilatérale (au sein du groupe de Bonn, à l’ONU, à La Haye au travers de l’organisation internationale des armes chimiques ou OIAC) et de la diplomatie bilatérale (en Afrique, en Amérique latine ou en Europe). Tel est le cœur du métier diplomatique. Avec beaucoup d’élégance, Jean-Michel Gaussot nous épargne les longs développements des diplomates superficiels sur la dimension sociale du métier. Il ne fait pas partie des ambassadeurs Ferrero Rocher. Et c’est aussi bien ainsi. Il privilégie une présentation opérationnelle à une approche institutionnelle. Après cette lecture, nous en avons l’impression d’en savoir un peu plus sur le métier de diplomate dans tout ce qu’il a de spécifique. Un peu plus qu’en lisant les ouvrages soporifiques sur le sujet concoctés rue Saint-Guillaume à Sciences-Po par des personnes n’ayant qu’une approche théorique du sujet.

DE QUELQUES TRAITS DU MONDE DIPLOMATIQUE ET DU DIPLOMATE

Jean-Michel Gaussot préfère, au détour d’une description sur tel ou tel aspect d’une situation à laquelle il a été partie prenante, nous livrer quelques traits spécifiques de caractère des diplomates. Nous en retiendrons seulement quelques-unes pour illustrer notre propos.

Le monde diplomatique : « À en croire Erasme et Shakespeare, le monde est une scène de théâtre. C’est spécialement vrai du monde diplomatique » (p. 55).

Le caractère du diplomate : « Bruno Delaye, qui avait vécu à Lomé des heures éprouvantes et fait preuve en certaines circonstances d’un courage qui n’est pas la vertu la plus répandue chez les diplomates » (p. 55).

Les contraintes du diplomate : « Je lui fus très reconnaissant (il s’agit du président togolais, le général Eyadéma) de m’avoir épargné une séance d’embrassades à laquelle je me serai prêté contraint et forcé, au titre de ces « couleuvres » plus ou moins grosses que les diplomates de tous pays sont obligés d’avaler épisodiquement au cours de leur carrière » (p. 96).

La raison d’être du diplomate : « Quand on me demande à quoi servent les diplomates, je suis enclin à répondre, un peu pompeusement sans doute, qu’ils contribuent à maintenir la paix dans le monde » (p. 177).

La sempiternelle question des valeurs : « Quitte à être taxé de « doits-de-l’hommiste » ingénu par les tenants du relativisme culturel, concept dont usent et abusent les dictateurs de tout poil, pour justifier leurs méfaits, j’estime qu’un représentant de la France a le devoir, chaque fois qu’il le peut et dans la mesure de ses moyens de peser en faveur du respect des valeurs universelles que son pays a la prétention d’incarner » (p. 97).

On l’aura compris, Jean-Michel Gaussot a des convictions qu’il tente de défendre autant que faire se peut dans un monde frappé au sceau du conformisme et du prêt-à-penser. C’est tout à son honneur. Surtout, lorsque l’on paie sa liberté de penser, par quelques peu élégantes mises au placard nullement méritées après avoir heurté les barons de la Françafrique, Jacques Chirac en tête.

« Un diplomate est toujours fin et pénétrant » (Gustave Flaubert). Une fois encore, l’auteur correspond parfaitement à cette définition du diplomate. Bravo monsieur l’ambassadeur pour cette modeste contribution en volume mais ô combien appréciable en qualité. Par son témoignage vivant, l’ambassadeur s’attaque à raison à déconstruire les mythes littéraires et médiatiques sur la diplomatie qui ont la vie dure. Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant, que nous conseillons à tous nos lecteurs, qui veulent en savoir un peu plus sur le métier de diplomate, de lire l’ouvrage de Jean-Michel Gaussot, diplomate professionnel, professionnel de la diplomatie.

12 Jean-Michel Gaussot, Escales. Pérégrinations diplomatiques, L’Harmattan, 2018.
13 Jean-Michel Gaussot, Ode au grand absent qui ne m’a jamais quitté, L’Harmattan, 2016.
 
 
PETIT GUIDE DU BIEN-PENSER – Jean Daspry. Sous la plume de l’un de ses journalistes, Jack Dion, l’hebdomadaire Marianne publie une page savoureuse reprenant un condensé du vocabulaire du Monde nouveau cher à Jupiter, sous forme lexique14. Nous en avons retenu les termes – et surtout leur signification réelle – ayant un rapport avec les relations internationales pour le plus grand bonheur de nos lecteurs. Du moins, nous l’espérons !

Chine. Ennemi économique n° 1 à Paris. Ami économique n°1 des entreprises françaises qui délocalisent à Pékin.

Communauté internationale. Groupe de pays n’hésitant pas à sanctionner la Russie pour la tentative d’empoisonnement d’un ancien agent double à Londres. Ces mêmes pays refusent d’appliquer la même règle à l’Arabie saoudite tant qu’on n’aura pas trouvé la preuve formelle que le journaliste Jamal Khashoggi, assassiné au consulat saoudien à Istanbul, ne s’est pas suicidé pour nuire au prince héritier Mohammed ben Salmane.

Djihadiste. Terroriste quant il est sur le territoire européen, rebelle (modéré ou pas) quand il est sur le territoire syrien.

État. Doit être géré comme une entreprise.

Ingérence. Spécialité russe. Elle explique la victoire de Trump, le Brexit, la défaite des conservateurs en Espagne, le succès de la gauche au Portugal et au Mexique, l’arrivée de la coalition au pouvoir à Rome. Elle risque de peser sur les futures élections européennes, voire sur la présidentielle de 2022, et ne serait pas pour rien dans l’arrivée prématurée de l’hiver.

Impérialisme. À dénoncer quand les capitaux chinois débarquent. À oublier quand les États-Unis interdisent aux entreprises européennes de commercer avec l’Iran sous peine de sanctions.

OTAN. Nom d’un nouveau pays qui s’étend jusqu’aux frontières de la Russie pour y installer les armes les lus sophistiquées afin de se protéger d’une éventuelle invasion. C’est un peu comme si la Russie installait des bases militaires à la frontière séparant le Mexique et les États-Unis.

Protectionnisme. Offensive commerciale autorisée aux États-Unis ou en Chine, mais interdit en Europe.

Populisme. L’équivalent de la bête du Gévaudan en politique. La grande peur du siècle. Dans « populisme », il y a « peuple ». Attention, danger. À fustiger absolument, ou à utiliser comme repoussoir pour jeter dans le même sac l’extrême droites et les critiques du néolibéralisme, Orban et Podemos, Le Pen et Mélenchon, afin de blanchir Juncker et Macron. À la veille des élections européennes, la formule vaut son pesant de bulletins.

Souveraineté. Notion à manier avec précaution quand elle permet l’expression de la volonté d’un peuple historiquement constitué dans un cadre national hérité des lumières et de la Révolution française. Dans ce cas, on dénoncera, le « souverainisme » honni, repli nationaliste pouvant conduire à la guerre. À conjuguer avec le populisme.

Petit guide du bien-penser dans cette époque de la bienpensance, du prêt-à-penser15 à déguster sans modération pour tous ceux qui veulent comprendre le monde nouveau cher à Jupiter dans lequel nous vivons ainsi que la signification fallacieuse des concepts que nos dirigeants emploient (approximations, mensonges, contre-vérités, « fake news » …) pour mieux nous leurrer, nous berner. Car « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » comme nous le rappelle Albert Camus !

14 Jack Dion, Petit guide du bien-penser, Marianne, 2-8 novembre 2018, p. 62.
15 Jack Dion, Le prêt-à-penser, Marianne, 30 novembre-6décembre 2018, p. 46.
 
 
MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE : CACHEZ CETTE INFORMATION JUDICIAIRE QUE JE NE SAURAIS VOIR – Jean Daspry. Décidément dans notre Douce France, tout change pour que rien ne change. Plus ça change et plus c’est la même chose. On comprend en partie certaines des demandes des « gilets jaunes » qui mettent en évidence l’épuisement de notre démocratie, la crise de la représentativité, le système de caste dans lequel nous vivons16. En un mot, cette différence de traitement entre la France d’en haut (qui se permet tout) et la France d’en bas (à qui on ne laisse rien passer) n’est pas anodine. Nous en avons aujourd’hui un nouvel exemple en prenant connaissance des pages économiques du très sérieux et très conformiste quotidien de référence Le Monde17 mais aussi en prenant connaissance du Journal officiel.

Un retour en arrière s’impose pour mieux comprendre l’étendue du problème.

Relisons ce que nous écrivions en au moment où les ministres MODEM du premier gouvernement Philippe étaient dans la tourmente !

« Était-il sain de confier le portage de cet ensemble normatif à un ministre de la Justice, Garde des Sceaux pris dans la tourmente comme l’est aujourd’hui François Bayrou au titre de la tambouille des assistants parlementaires du MoDem ?18 Il a été contraint de démissionner Quelles instructions pourrait-il donner au parquet en charge de cette affaire, parquet dont il est l’autorité hiérarchique ? Quelle pourrait être l’impartialité objective du ministre qui, à l’occasion, abandonne sa casquette pour reprendre celle du simple citoyen Bayrou pour faire quelques remontrances à quelques journalistes trop intrusifs ? Comment porter la voix de la moralité lorsque l’on n’est soi-même pas exempt de reproches dans ce domaine ? Comment traiter dans la sérénité son propre cas en plus de ceux de deux autres ministres importants du gouvernement : Marielle de Sarnez aux affaires européennes et Sylvie Goulard aux armées ? Le problème relève, à l’évidence, de la quadrature du cercle ou de l’usine à gaz dont la France est experte. D’autant plus compliqué encore que François Bayrou, rescapé du « dégagisme »19, dont le « sens de l’État » qu’il brandit à longueur de discours paraît s’être réduit à un sens de ses emportements20. Tout ceci se termine par une démission collective des intéressés et par un retour en effet boomerang de la moralisation21. C’est la fable de l’arroseur arrosé ! »22

Après quelques mois de « purgatoire », Sylvie Goulard est nommée (janvier 2018) sous-gouverneur à la Banque de France23. Juste le temps de se refaire une virginité politique et administrative. On prend les mêmes et on recommence. Il est vrai que, cette diplomate de formation, s’y connait en matière de détournement de fonds européens à des fins politiciennes.

Un coup de projecteur sur le présent s’impose pour mieux comprendre l’iniquité du système

Aujourd’hui, cette intelligente et très élégante Dame brille de tous ses feux dans la presse spécialisée. Elle fréquente à nouveau les allées du monstre européen, siégeant avantageusement, à titre d’exemple, le 7 septembre 2018 à une réunion des ministres de l’Eurogroupe à Vienne. Mais, cela ne lui suffit pas. Elle livre un entretien au Monde au cours duquel elle balaie toute une série de sujets aussi importants que le Brexit (scénario d’un non accord), les tensions commerciales, la hausse des impôts, l’épreuve de force entre Bruxelles et Rome à propos du projet de budget italien, la montée du populisme, du protectionnisme (« l’environnement international est devenu beaucoup plus incertain… »), les conséquences financières de la crise des « gilets jaunes », risques liés au réchauffement climatique. Cette prise de position fait suite à la suite de la publication, le 17 septembre 2018, du rapport de la Banque de France sur les risques pesant sur le système financier français. Avec beaucoup de clarté et de suffisance, Sylvie Goulard joue au Docteur Finances, livrant son avis sur une demie page tel la nouvelle égérie de la planète finance. À notre nouveau Pic de la Mirandole, qui a réponse à tout, fait défaut une seule qualité, l’humilité ! Il est vrai que cette matière n’était pas enseignée lorsqu’elle était sur les bancs de l’école nationale de l’arrogance (ENA). Lorsque l’on a dû démissionner aussi rapidement de son poste de ministre des Armées (juin 2017) et que l’on est sous le coup d’une enquête judiciaire (avec François Bayrou et Marielle de Sarnez), on la joue plus modeste. On ne fait pas la leçon à tous ces prolos et autres incultes. Ne pensez-vous pas ?

Et d’apprendre dans la foulée que l’ex-ministre de la Culture de François Hollande, Fleur Pellerin (ancienne élève de l’ENA sortie dans la « botte » à la Cour des comptes où elle a le grade de conseiller référendaire) est soupçonnée de « prise illégale d’intérêts » pour ses liens avec un géant du web sud-coréen qui fut l’un de ses interlocuteurs quand elle était au gouvernement. Dans un rapport publié le 19 décembre 2018 au Journal officiel, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) estime que Fleur Pellerin a « méconnu [ses] réserves en prenant pour client une entreprise privée avec laquelle elle avait conclu un contrat ou formulé un avis sur un contrat » dans le cadre de ses fonctions gouvernementales24

Mais, nous sommes soulagés en apprenant, le mot est passé à toutes les rédactions25, que quelques élus de la République en godillot jugent la haute administration responsable de tous les maux de l’exécutif. Le seul problème est que Jupiter en est le pur produit et qu’il s’en est entouré.26 Cherchez l’erreur !

Si nous comprenons bien, une personne qui est indigne d’occuper le poste prestigieux de ministre des Armées peut, sans le moindre problème, se voir confier, celui aussi prestigieux et encore mieux rémunéré, de sous-gouverneur de la Banque de France. Que dire du sympathique PDG d’Orange, Stéphane Richard, mis en examen dans l’affaire de l’arbitrage Tapie/Crédit Lyonnais alors qu’il était directeur de cabinet de Christine Lagarde, ministre de l’Économie ! Tous ces personnages sulfureux ont un point commun, ils sont tous anciens élèves de l’ENA. Nous avons la très nette impression que la Justice française indépendante ne semble pas trop pressée de faire passer le dossier des malversations du MODEM du bas de la pile où il est pieusement conservé vers le dessus de cette même pile. Pour la moralisation de la vie publique durant l’année 2018, vous repasserez. Ce serait plutôt du genre Tartuffe avec son cachez cette information judiciaire que je ne saurais voir.

16 Jean-François Colosimo (propos recueillis par Alexandre Devecchio), « Les gilets jaunes s’adressent à l’aristocratie étatique et au clergé médiatique », Le Figaro Magazine, 14 décembre 2018, pp. 41 à 44.
17 Sylvie Goulard (propos recueillis par Marie Charrel), « Les entreprises vulnérables à la hausse des taux », Le Monde, Économie & Entreprise, 18 décembre 2018, p. 3.
18 Odile Benyahia-Kouider/Christophe Nobili, Bayrou, garde des sauces béarnaises, Le Canard enchaîné, 14 juin 2017, p. 3.
19 Philippe Ridet, « Le melon de Bayrou rescapé du « dégagisme », Le Monde, 16 juin 2017, p. 3.
20 Hubert Huertas, Croquis. Bayrou frappé du syndrome Trump, www.mediapart.fr , 14 juin 2017.
21 Ellen Salvi, Emmanuel Macron face au boomerang de la moralisation, www.mediapart.fr , 20 juin 2017.
22 Guillaume Berlat, Moraliser la vie publique ou moraliser les acteurs publics ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 26 juin 2017.
23 Jean Daspry, Moralisation de la vie publique. Bilan de faillite, www.prochetmoyen-orient.ch , 10 septembre 2018.
24 Délibération 2018-178 du 21 novembre 2018 portant rapport spécial relatif à la situation de Madame Fleur Pellerin, JORF n° 0293 du 19 décembre 2018, texte n° 126.
25 Olivier Beaumont/Nathalie Schuck, Macron, président entravé par les « technos », vraiment ?, Le Parisien, 19 décembre 2018, p. 4.
26 Alexandre Lemarié/Virginie Malingre, Les « technos » dans le viseur de la Macronie, Le Monde, 20 décembre 2018, p. 8.
 
 
BOYCOTTONS FORD, STARBUCKS CORPORATION ET SES CAFES DE M… – La rédaction de prochetmoyen-orient.ch. La direction américaine de Ford a donc annoncé – il y a quinze jours – au Comité d’entreprise de l’usine de Blanquefort (Gironde) qu’elle refusait la proposition du groupe belge Punch Powerglide pour la reprise du site. Et voilà que Bruno Le Maire, faisant semblant de tomber de l’armoire, surjoue sa drôle de colère : « je veux dénoncer la lâcheté de Ford à qui je demande à parler depuis trois jours et qui n’a même pas eu le courage de prendre le ministre de l’Économie et des Finances au téléphone ». Dans la mondialisation actuelle, on peut mesurer ainsi ce que pèse aujourd’hui un ministre de la République face à des sociétés transnationales toutes puissantes. Et le même d’ajouter : « je veux dénoncer le mensonge de Ford qui dit que l’offre de reprise n’est pas crédible alors que nous y travaillons depuis des mois ». Le plus scandaleux est que Ford a touché quelques cinquante millions d’euros de fonds public. L’usage de cet argent public est-il lié à une quelconque convention d’usage permettant aujourd’hui quelque action judiciaire ? A voir… Dans son communiqué de jeudi, le comité d’entreprise de Ford Aquitaine Industries (FAI) indique qu’outre le rejet de l’offre de Punch Powerglide, l’entreprise a « présenté un plan social complet » qui prévoit l’arrêt total de la production du site de Blanquefort à la fin du mois d’août 2019. Afin d’appeler Ford solennellement à réviser sa décision et à accepter la reprise de Punch qui garantit l’avenir du site industriel de Blanquefort, permettant de sauvegarder 400 des 850 emplois menacés sur le site de Gironde, appelons à boycotter les véhicules Ford en France et en Europe !!! Comme il s’agirait d’appeler à boycotter aussi les sociétés américaines ne payant pas d’impôts en France ; par exemple Starbucks Coffee qui a détruit les plus belles brasseries de nos centres ville. « Les Français sont des veaux », déplorait le général de Gaulle. Faisons un rêve : que ces mêmes citoyens sortent aujourd’hui de leur condition bovine pour boycotter les produits qui détruisent l’économie française, qu’ils affirment leur citoyenneté responsable par une consommation ciblée privilégiant la défense de la nation et de l’environnement !

Print Friendly, PDF & Email