Observatoire Géostratégique

numéro 294 / 3 août 2020

PETITION : RENDRE LA BASILIQUE DE LA SAINTE SAGESSE AU PATRIMOINE DE l’HUMANITE !

Un groupe d’intellectuels, d’écrivains, d’universitaires et de personnalités de la société civile de tout bord, et de tous pays dont le poète Adonis, vient de lancer cet appel à la sagesse et à rejeter toute instrumentalisation de la religion à des fins politiques.

Collectif

La décision de Recep Tayyip Erdogan de remettre en cause le statut de la Basilique Sainte-Sophie (Aya Sofia) adopté en 1934 est l’expression d’une nouvelle fuite en avant du président turc engagé dans un processus revivaliste très dangereux car porteur de postures idéologiques falsificatrices, et de provocations successives qui exacerbent les tensions émotionnelles au lieu de les apaiser.

Cette décision intervient dans un contexte extrêmement tendu tant régional qu’international.

Elle s’inscrit dans le sillage d’une politique aventuriste dont les liaisons dangereuses avec les mouvements et groupes terroristes, notamment ceux désignés nommément par l’ONU, n’est plus à démontrer. Faut-il rappeler qu’au moment même où ces organisations criminelles et barbares, Daech en tête, profanaient les sépultures sacrées et détruisaient les lieux de culte musulmans et chrétiens en Syrie et en Irak, elles protégeaient le mausolée de Suleyman Shah en territoire syrien, dont le président turc avait fait l’un des symboles d’un nouvel expansionnisme mystificateur.

Nous observons par ailleurs que cette tentative d’instrumentalisation et de corruption de l’Histoire fait écho à une démarche similaire à Jérusalem et en Palestine.

Dans cette région du monde les blessures de l’Histoire sont à peine apaisées. La manipulation des mémoires collectives est une arme de destruction massive. Elle réveillera de nouveaux démons destructeurs, tant au sein de la société turque, que dans l’ensemble des pays du Proche-Orient, et bien au-delà. Elle porte atteinte à la diversité même de cette société dont la richesse vient de ses multiples héritages, et dont elle aggravera les fractures.

Elle alimentera l’imposture du choc des religions, des civilisations et des cultures et dénaturera plus encore l’image de l’Islam qui a tant souffert des amalgames depuis l’invention de Daech et l’exploitation de ses crimes. Elle risquera également de libérer des sentiments chauvins, sectaires et violents un peu partout dans le monde et notamment dans les sociétés composites. De la diversité comme facteur de richesse elle fera un outil de fragmentation, d’appauvrissement et de repliement xénophobe et morbide.

Par son acte inacceptable Recep Tayyip Erdogan porte une responsabilité énorme dans un processus déjà enclenché qui viendra alimenter les passions et les haines.

L’argument selon lequel cette décision relève d’une liberté interne souveraine est irrecevable, venant de la part d’un personnage et de ses gouvernements qui, de la Syrie à l’Irak en passant par la Libye et Chypre viole sans aucun scrupule la souveraineté des États voisins ainsi que les principes les plus élémentaires du droit international.

Par une politique de fait accompli, dont on a vu les effets ailleurs, il fait outrage aux conventions internationales et notamment aux principes de l’Unesco.

De symbole civilisationnel appartenant au patrimoine de l’Humanité il fait d’Aya Sofia, Basilique de la Sainte-Sagesse, un instrument généralisé de discorde qui viole la Tradition musulmane.

L’Union Européenne, ses États et ses peuples doivent reconnaître que la complaisance coupable, qui perdure, à l’égard du chantage permanent pratiqué par le président turc a ouvert les vannes à tous ses débordements.

Nous appelons l’Union et ses États à se ressaisir. Il n’est nullement dans l’intérêt de l’UE et de ses peuples, engagés dans un projet d’association inédit et difficile, de cautionner une démarche dont les effets risquent de se répercuter avec brutalité dans les sociétés de l’Union.

Nous appelons tous les États membres de la « communauté internationale » représentée par l’ONU, à rappeler fermement Monsieur Recep Tayyip Erdogan à ses obligations, au respect de la Charte de l’Onu, et en premier lieu au respect de la souveraineté des États, des frontières et des peuples et de leurs mémoires communes. Nous appelons l’ensemble des peuples ayant le souci de protéger leur mémoire historique afin d’ajouter un chapitre au grand livre de la mémoire humaine à agir afin d’empêcher une altération grave de ce dernier.

Dans cet esprit rendre la Basilique de la Sagesse au Patrimoine de l’Humanité est un acte essentiel.

Premières signatures

Adonis, Poète

Pr. Rudolf el-Kareh, Sociologue et politologue

Père Elias Zahlaoui, Prêtre de l’Église Notre-Dame de Damas 

Patricia Lalonde, Vice-présidente de GEOPRAGMA, ancienne députée européenne

Dr. Ziad Hafez, Ancien Secrétaire Général de la Conférence Nationale Arabe 

Richard Labévière, Géopolitologue, rédacteur en chef du journal en ligne http://prochetmoyen-orient.ch

Jacques-Marie Bourget, Journaliste et écrivain

Pr. Michel Abs, Membre du Comité National Islamo-Chrétien pour le Dialogue (Liban) et du CE du Conseil des Églises du M-O. 

Éric Denécé, Géopolitologue, directeur du Centre français de Recherche sur le renseignement

Majed Nehmé, Journaliste, Directeur d’Afrique-Asie

Regina Sneifer, Ecrivaine

Ali Rasbeen, Président de l’Académie de Géopolitique de Paris

Fayçal Jalloul, Chercheur à l’Académie de Geopolitique de Paris 

René Naba, Journaliste-écrivain, directeur du site  https://www.madaniya.info/

Pr Hayat Howayek, Chercheuse, écrivaine, spécialiste en communication

Houria Abdelouahed, Psychanalyste

Tarif Masri Zadah, Neurologue

Ahmad Moualla, Artiste peintre

Ziad Dalloul, Artiste peintre

Tarek Mami, Journaliste 

Khaled Saad Zaghloul, Journaliste

Tigran Yégavian, Journaliste, écrivain

Rim Belkhdiri, PDG

Azmi Manour, Académicien, Président de l’Association jordanienne de Lutte contre le Racisme,

Kafa al-Zou’bi, Romancière jordanienne

Mouwaffaq Mahadeen, Ancien Président de la Ligue des écrivains jordaniens

Dr. Ahmad Al-Durzi, Médecin et chroniqueur politique syrien

Dr. Du’aa Salah, Académicienne palestinienne

Amer al-Tall, Rédacteur en chef du réseau jordanien d’information

Rula Abdalla al-Ahmad, Journaliste syrienne

Nawaf al-Zurro, Chercheur et historien palestinien

Amina Lakri, Chargée de communication

Dr. Jamal Khalil, Dramaturge, Houston, États-Unis

Dr Haifa Haidar, Sociologue et académicienne syrienne

Bassam Munir Al-Badr, Photographe cinématographique

Hayat Safar, Artiste peintre plasticienne

Nidhal Siwar, Musicologue

Nidhal Aymar, Artiste peintre plasticienne

Amer Fuad Amer, Journaliste

Nidhal Hamidi, Architecte

Fakher Da’as, Médecin

Pour signer la pétition : ayasofyapetition@yahoo.fr

ISRAËL TRANSFORME UNE MOSQUEE VIEILLE DE 7 SIECLES

EN BOÎTE DE NUIT…

La mosquée rouge de la ville de Safed, occupée en 1948, est l’une des plus belles et des plus anciennes mosquées de Palestine, et son état actuel raconte l’histoire des mosquées expropriées du pays, reflétant la Nakba palestinienne dans toutes ses significations, du nettoyage ethnique à l’usurpation d’identité.

Cette mosquée mamelouke au sommet des montagnes de Safed a déjà vu plusieurs violations de son caractère sacré depuis la Nakba de 1948 : elle a d’abord été convertie en école religieuse juive avant d’être transformée en centre pour les partis Likoud et Kadima puis en un magasin de vêtements.

Il y a quelques jours, elle a été transformée d’un commerce affilié à la municipalité de Safed à une discothèque, un bar et une salle de mariage, comme cela a été révélé lors de la visite sur les lieux d’Al-Quds Al-Arabi. Son nom a été changé de « La mosquée rouge » (« Al Masjid al-Ahmar ») à « Le bar rouge » (« Al-Khan Al-Ahmar ») dans le but de détourner l’attention du fait qu’il s’agissait d’un lieu d’adoration, en l’occurrence une mosquée. Cela se produit alors que des procédures légales engagées par l’activiste Khair Tabari, secrétaire des biens islamiques (Waqf) de Tibériade et Safed, visant à sauver la mosquée, sont toujours en cours, et ce depuis des années. La Cour centrale de Nazareth examine un procès intenté par Khair Tabari pour l’évacuation de la mosquée et la restauration des biens. Tabri a joint à sa procédure légale des documents prouvant que le Waqf était propriétaire de la mosquée, et des brochures commerciales qui contiennent le prix des fêtes, repas et vins qui y sont aujourd’hui proposés. Tabari appelle les acteurs politiques et civils à accroître leur intérêt et leur coopération avec lui afin de sauver la mosquée historique de la profanation et des violations.

LE SULTAN BAIBARS

Il est clair que la plaque de marbre installée à l’avant de la mosquée, qui a été témoin d’un massacre commis par les gangs de la Haganah durant la Nakba, et qui comportait les détails de sa construction, a été volée dans la série d’attaques contre elle.

Exprimant son écœurement, le militant Khair Tabari a déclaré à Al-Quds Al-Arabi que la scène la plus douloureuse à Safed était la mosquée rouge, construite par le sultan Al-Zahir Baibars (1223-1277) pendant l’ère mamelouke, et transformée en tanière de transsexuels, de hooligans et d’ivrognes. Il a souligné que cette mosquée, qui tire son nom de ses pierres rouges, est utilisée à de nombreuses fins, mais qu’elle est fermée aux musulmans, soumis aux attaques des colons dès qu’ils s’en approchent. Et il se souvient que la mosquée se distingue non seulement par son esthétique et les œuvres d’art raffinées dont son entrée est décorée, mais aussi en tant qu’école importante de jurisprudence, de hadith et de sciences islamiques à l’époque mamelouke. Il a poursuivi : « J’ai été pris de vertige quand j’ai remarqué à l’intérieur de la mosquée les effets du vandalisme, comme en témoignent les restes de passages du verset du Trône qui ont été retirés de la chaire et remplacés par les dix commandements en hébreu. »

L’historien et fils de la ville de Safed en exil, le Dr Mustafa Abbasi, confirme ces propos, expliquant que la mosquée est rare dans sa valeur historique et architecturale. Elle a été construite par le sultan al-Zahir Baybars après son occupation de Safed en 1266, et une plaque de marbre apposée à son entrée indiquait qu’elle a été construite en 1276.

LA MOSQUEE YUNISI

Le sort de cette mosquée n’est pas très différent du cas des autres mosquées de Safed, car la mosquée Yunisi a été convertie par la municipalité de Safed, exclusivement juive, en galerie d’art, et il y est interdit de prier. Cette mosquée a été construite en 1901, et toutes les inscriptions arabes ont été retirées de ses murs, à l’exception d’une plaque de marbre sur laquelle ces vers avaient été gravés :

C’est une mosquée où Dieu est adoré, et dont la lumière resplendit comme des astres dans le firmament de gloire

Quand les cœurs des fidèles s’y sont prosternés, elle s’est élevée, et les rites de notre religion s’y sont manifestés

C’est également le cas de la mosquée de la Grotte, nommée ainsi d’après la grotte adjacente du Prophète Jacob (la « maison de la tristesse » dans laquelle il s’est retiré après la perte de son fils Joseph), dont on entendrait presque les pierres se lamenter d’avoir été transformée en synagogue. C’est encore le cas de la mosquée des Filles de Hamid, qui sert de centre aux Juifs de Hongrie. Mais la situation est encore pire pour la mosquée Al-Sawawin, à l’abandon, la mosquée Jawqandari qui a été démolie il y a dix ans, ou la mosquée Al-Joura qui a été détruite et dont le seul vestige visible est le minaret, dont le croissant de bronze installé à son sommet a été volé il y a des années de cela. Elle était également connue sous le nom de mosquée « Sheikh Issa » ou « Al-Swiqa » : c’était la mosquée de la famille du Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, et elle a été soumise à de dangereuses fouilles à la base de son minaret.

LES RACINES DE MAHMOUD ABBAS

Ceci est confirmé par Khayriya Hassan Sharif, surnommée Umm Faris (mère de Faris), âgée de 84 ans et originaire de Safed, qui réside dans la ville de Nazareth depuis la Nakba. Elle note que Sheikh Ahmed Al-Asadi a supervisé la mosquée Sheikh Issa et en a été l’Imam jusqu’en 1948. Elle indique également que son cousin Abu Khair Sharif, réfugié dans le camp de Yarmouk, était le muezzin de la mosquée, et montait parfois au sommet du minaret pour informer les familles d’une affaire urgente comme la perte d’un enfant. « Lorsque venait le moment de l’appel à la prière, on pouvait entendre clairement la voix des muezzins, sans haut-parleur, grâce à la hauteur des minarets », a-t-elle ajouté. Umm Faris note également que la maison de la famille du Président Mahmoud Abbas était en face de la maison de son oncle Mahmoud Sharif, et se souvient que le Président travaillait dans le commerce du lait et des produits laitiers.

MOSQUEE AL-JOURA

L’historien Mustafa Abbasi, né dans la ville de Safed, et vivant aujourd’hui dans le village voisin d’Al-Jish, confirme que la mosquée Al-Joura a été l’objet d’attaques successives depuis la Nakba. Il explique qu’il s’agissait de la mosquée du quartier central de la localité d’Al -Joura, le quartier où le Président palestinien Mahmoud Abbas est né et a grandi. Des photographies historiques révèlent que certaines salles de la mosquée ont été démolies après l’occupation de la ville de Safed en 1948, lorsque sa population comptait environ 12 000 personnes ; en 1988, elle a été complètement démolie, ne laissant qu’un minaret orphelin, une route ayant été construite sur son emplacement, tandis que ses pierres ont été utilisées pour construire des murs.

Le Dr Abbasi, qui a écrit un livre sur l’histoire de la ville de Safed pendant la période mandataire, indique que les habitants des quartiers d’Al-Joura et d’Al-Sawaween, y compris la famille du Président Abu Mazen (surnom de Mahmoud Abbas), entretenaient la mosquée et y priaient, y compris le père du Président Abu Mazen, Reza Al-Hajj Shehadeh Abbas. « Il a supervisé la mosquée, et le dernier Imam (avant la Nakba) en était le cheikh Ahmed Al-Asadi. » Quant à la maison de la famille de Mahmoud Abbas, elle était à une courte distance, et son rez-de-chaussée est actuellement occupé par des commerces et l’étage supérieur est un appartement. C’est une belle maison en pierre avec un toit recouvert de tuiles brunes.

Immédiatement en entrant dans la ville de Safed, le visiteur remarque ces maisons arabes abandonnées ou habitées par des colons juifs, et ses mosquées, qui ont été converties en granges, en bars ou en synagogues, tandis que les cimetières musulmans sont une zone où paissent les vaches.

LA MOSQUEE DE LA SOURCE

A l’entrée ouest de la ville de Safed, dont les sionistes ont chassé les 12 000 habitants en 1948 se sont appropriés leurs maisons, la mosquée Aïn Zaytoun domine, et elle laisse présager les scènes tragiques qui attendent le visiteur. Cette mosquée était l’une des plus belles de Safed et se caractérise par la présence d’une source à l’intérieur ; ses eaux étaient utilisées pour les ablutions, et elle coule toujours à ce jour. Son rez-de-chaussée est devenu une grange pour animaux, tandis que son étage supérieur est devenu un entrepôt. Le cimetière de Safed adjacent est devenu un pâturage pour les chevaux et les vaches.

Source : Al-Quds al-Arabi/Traduction : lecridespeuples.fr

Texte transmis par Jean-Michel Vernochet

20 juillet 2020

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