Observatoire Géostratégique

numéro 270 / 17 février 2020

RECONQUÉRIR PAR LA MER : UN IMPÉRATIF CATÉGORIQUE !

Il n’est pas dans notre habitude de mélanger les genres et de faire de l’auto-promotion à l’avantage de nos collaborateurs. Cela dit, aujourd’hui, la critique littéraire et le compte-rendu des livres importants étant devenus – en France – une telle affaire de renvois d’ascenseurs et de copinages, relevant davantage de logiques mafieuses que de la diffusion d’un savoir critique, nous nous permettons de signaler la parution du dernier ouvrage de notre rédacteur en chef.

La Rédaction

RECONQUÉRIR PAR LA MER : UN IMPÉRATIF CATÉGORIQUE !

« – Vous aimez la mer, capitaine ?

– Oui ! je l’aime ! La mer est tout ! Elle couvre les sept dixièmes du globe terrestre. Son souffle est pur et sain. C’est l’immense désert où l’homme n’est jamais seul, car il sent frémir la vie à ses côtés. La mer n’est que le véhicule d’une surnaturelle et prodigieuse existence ; elle n’est que mouvement et amour ; c’est l’infini vivant, comme l’a dit un de vos poètes. La mer est le vaste réservoir de la nature. C’est par la mer que le globe a pour ainsi dire commencé, et qui sait s’il ne finira pas par elle ! Là est la suprême tranquillité. La mer n’appartient pas aux despotes. À sa surface, ils peuvent encore exercer des droits iniques, s’y battre, s’y dévorer, y transporter toutes les horreurs terrestres. Mais à trente pieds au-dessous de son niveau, leur pouvoir cesse, leur influence s’éteint, leur puissance disparaît ! Ah monsieur, vivez, vivez au sein des mers ! Là seulement est l’indépendance ! Là je ne reconnais pas de maîtres ! Là je suis libre ! »

Vingt mille lieues sous les mers, Jules Verne

La mer, sujet inépuisable pour les écrivains (Vingt mille lieues sous les mers, Le vieil homme et la mer, Les secrets de la mer rouge…), pour les chanteurs (La mer), pour les cinéastes (L’aigle des mers, Le silence de la mer, Les dents de la mer, La mer à boire) … La mer, sujet insuffisamment traitée dans toute sa diversité en France, alors qu’elle devient un enjeu de puissance au début du XXIème siècle.

Et cela comme le souligne l’un des trois chapitres de l’édition du Ramses 2020 publié par l’Institut français des relations internationales (IFRI) intitulé : « Les mers dangereuses » à côté des deux autres défis que sont « L’Amérique latine en fusion ? » et « Le multilatéralisme a-t-il un avenir ? »1. Parfois, les grands esprits se rencontrent.

Aujourd’hui, c’est au tour du rédacteur en chef de prochetmoyen-orient.ch de prendre le sujet à bras le corps dans toutes ses dimensions actuelles. Il invite la France – principalement ses dirigeants – à « Reconquérir par la mer. La France face à la nouvelle géopolitique des océans »2. Vaste programme, comme aurait dit le général de Gaulle, qui avait tôt fait de comprendre l’importance des espaces marins pour une puissance moyenne comme la France.

Tel est le défi que relève Richard Labévière au fil de 300 pages documentées, pensées, argumentées, fruit d’un travail de recherche méthodique de plus de trois années, sous-tendu par sa solide expérience de journaliste et d’expert des relations internationales. Il nous entraîne dans un périple en quatorze escales qui résument parfaitement son raisonnement : deuxième domaine maritime et premier espace sous-marin ; seconde marine militaire, deux porte-avions sinon rien ; l’arsenalisation des mers le grand jeu djiboutien ; une guerre des ports, nouvelles razzias dans l’Océan indien ; un rapport abandonné à la critique rongeuse des souris ; la Terre est bleu citron ; une gouvernance rhizomatique ; servitude et grandeur du préfet maritime ; quel est l’ennemi ; OTAN et « même temps » « Europe de la défense » ; Réponse en trois cercles ; changement de cap !

Nous nous garderons, pour d’évidentes raisons d’impartialité, de nous livrer à une quelconque critique de l’ouvrage dont nous nous limiterons à vivement recommander la lecture à nos fidèles abonnés. La présentation se passe de commentaires, tant les problématiques essentielles sont bien posées.

Remercions le préfacier, Jean-Pierre Chevènement qui nous apporte un éclairage utile sur la problématique développée dans cet ouvrage de référence !

Remercions également les éditions Temporis (créés à Paris en janvier 2014 à l’initiative de Dominique Dardel et de François d’Aubert) qui ont permis la concrétisation de ce projet intellectuellement ambitieux !

 
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Honte à toutes les grandes maisons d’édition de la place parisienne qui n’ont pas jugé opportun d’accepter le manuscrit de Richard Labévière, préférant la publication de littérature de gare, de torchons à sensation, de bouquins de délation, qui font le buzz et qui font vendre. Quantité au détriment de la qualité !3 Personne ne le dit. C’est pourquoi, nous le disons.

Guillaume Berlat
3 février 2020

1 Thierry de Montbrial/Dominique David (sous la direction de), Un monde sans boussole, Dunod/IFRI, septembre 2019.
2 Richard Labévière, Reconquérir par la mer. La France face à la nouvelle géopolitique des Océans, préface de Jean-Pierre Chevènement, Temporis éditions, janvier 2020.
3 Pierre Vermeren, Pourquoi la vie intellectuelle est si affaiblie en France, où elle a rayonné longtemps, Le Figaro, 21 janvier 2020, p. 14.

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