Observatoire Géostratégique

numéro 213 / 14 janvier 2019

RUSSIA TODAY : QUAND LE CANARD SE DECHAÎNE AVEC LES CHIENS DE GARDE !

Voilà déjà plusieurs mois que le journal satirique du mercredi nous a quittés pour suivre une ligne éditoriale bobo-poujadiste macro-compatible. Pour preuve, les derniers éditoriaux consacrés au gilets jaunes qui ont dû faire la joie de Benjamin Grivaux, la tête à claques qui porte la parole du gouvernement. Cet été, le gallinacé nous a infligé, trois mois durant, le même papier consacré au non-respect des procédures de permis de construire commis il y a quinze ans par le mari de Françoise Nyssen, ex-ministre de la culture. Comme s’il n’y avait pas mieux à faire, par exemple du côté des inspecteurs des finances qui continuent leurs allers-retours entre public et privé, démantelant allègrement la filière industrielle française en s’en mettant plein les poches… Non, il fallait absolument dézinguer Madame Nyssen, qui avait l’outrecuidance de préparer une loi sur l’audiovisuel public dont l’une des conséquences aurait été le démantèlement de centaines d’emplois fictifs aux mains des syndicats SNJ-CGT du même audiovisuel public… premiers informateurs du Canard.

Défense d’intérêts corporatistes et ouvertures d’investigations à géométrie variable : le Canard nous avait habitués à plus d’indépendance, mais sa « liberté de la presse » commence sérieusement à s’user parce qu’elle sert de moins en moins… C’est ainsi que le salutaire devoir d’irrespect rejoint les pratiques douteuses des campagnes de communication, des trafics d’influences et, paradoxalement, les habitudes propagandistes de la grande presse.

Autres exemples : les livres consciencieusement chroniqués des seuls copains, selon le système du renvoi d’ascenseur, ou les carabistouilles du Quai d’Orsay effleurées de respectueux petits coups de palme, alors que des informations de fond sur la guerre en Syrie sont systématiquement censurées, comme les quelques voix indépendantes qui n’ont pas l’honneur de trouver grâce aux yeux de Nicolas Brimo, de Michel Gaillard et quelques autres. Les petits censeurs aux ciseaux de bois, très actifs à la tête de notre Canard national, n’ont pas hésité dernièrement à qualifier d’« antisémite » Jeremy Corbyn – le patron du parti travailliste britannique !

Mais le pire était à venir. C’est chose faite dans l’édition du 26 décembre dernier avec un articulet non signé (c’est-à-dire engageant l’ensemble de la rédaction), titré : « ça Oural à Russia Today ! »

Pour fêter sa première année d’existence, la chaîne de télévision – qualifiée par le Canard de « télé du Kremlin », ce qui serait à prouver – avait organisé avant Noël une réception pour remercier ses soutiens, ses interlocuteurs et ses amis. Et le Canard de s’offusquer – sur la base des ragots d’un seul syndicaliste – de la différence de qualité des petits fours servis à la fête de fin d’année du personnel… Pas un mot sur la ligne éditoriale de Russia Today-France, sur la qualité de ses émissions et de ses interlocuteurs ! Quel journalisme !

Précisons que depuis son lancement, la chaîne est dans le collimateur du CSA qui, jusqu’à présent, n’a rien trouvé de décisif à reprocher à ses programmes. C’est ainsi que les autorités françaises, n’ayant pas eu le courage d’interdire, ont concocté une loi anti-Fake-News taillée sur mesure. Précisons aussi que le même CSA est loin d’être aussi regardant avec les journaux des chaînes publiques et ceux de TF1, souvent consternants de désinformation, voire de propagande grossière. Ne parlons pas des programmes de la chaîne Israël 24, créée par un transfuge de France 24 qui a pu voler en toute impunité tous les secrets de sa grille. Alors qu’Israël 24 s’est imposée comme l’organe de propagande de Benjamin Netanyahou et de sa bande de tueurs sans que cela dérange le moins du monde les scrutateurs du CSA, ceux-ci n’ont d’yeux que pour Russia-Today.

Evincé des chaînes publiques françaises, le journaliste Frédéric Taddeï, qui vient de rejoindre Russia Today, y travaille en toute liberté, invitant des interlocuteurs anti-Poutine quand il le souhaite! Mais ces basses considérations éditoriales n’intéressent pas le Canard, qui s’en tient aux différentes qualités des petits fours… En cette fin d’année, le palmipède atteint le fond et réussit à nous libérer de l’obligation du mercredi.

Jusqu’à présent, prochetmoyen-orient.ch boycottait les produits israéliens, la grande presse quotidienne et hebdomadaire, Ford et les cafés Starbuck. A ce triste cortège nous ajouterons désormais le Canard enchaîné qui, loin d’un satirisme critique et salutaire, se vautre désormais dans les eaux usées, stagnantes et malodorantes d’un poujadisme petit-bourgeois sans intérêt.

Quel dommage de voir ainsi ce titre historique hurler désormais avec les chiens de garde de l’establishment parisien et sombrer dans tous les travers qu’il s’efforçait de dénoncer. Nos temps troublés ont besoin de contenus rigoureusement sourcés, pluralistes et contradictoires plus que de ragots approximatifs, et bien-sûr d’humour et de dérision, mais fondés et éclairants, afin de forger des lectures libératrices.

Sans que cela intéresse ses anciens amis du Canard enchaîné, la rédaction de prochetmoyen-orient.ch essaie de produire quelques-uns de ces contenus en publiant sa lettre chaque lundi depuis décembre 2014. Cette édition est aujourd’hui sa 211ème. Nous finissons l’année en progression constante : après 110 000 visites mensuelles en 2017, 113 078 visites en septembre, 128 159 en octobre, 134 736 en novembre 2018.

 
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Cette aventure éditoriale continue avec détermination, et une liberté joyeuse qui entend persévérer dans son être. Ainsi, nous remercions nos lecteurs, contributeurs, amis et soutiens en souhaitant à toutes et à tous les meilleurs choses pour les temps qui viennent. Nous en aurons besoin…

Richard Labévière
31 décembre 2018

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