Observatoire Géostratégique

numéro 256 / 11 novembre 2019

UN NOUVEAU MACHIN : L’« ALLIANCE POUR LE MULTILATÉRALISME »

« Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots » (Jean Jaurès). Exercice ô combien maitrisé par nos politiciens à la petite semaine à qui fait défaut, bon sens, clairvoyance, courage ! Faute de réfléchir aux symptômes du changement de grammaire des relations internationales, ils se focalisent sur le maniement du vocabulaire de la diplomatie. Le multilatéralisme est moribond. Que font-ils après avoir sauté sur leur chaise comme un cabri en répétant multilatéralisme, multilatéralisme, multilatéralisme… ? Ils inventent un nouveau concept, un nouveau paradigme, celui d’« Alliance pour le multilatéralisme ». Au départ, il revient au ministre fédéral des Affaires étrangères, Heiko Mas de porter sur les fonts baptismaux l’enfant terrible du nouveau monde diplomatique. Il enrôle son collègue français Daladier-Le Chouchen, celui qui a créé son centre des recherches, le Breizh Lab pour apporter sa pierre à l’édifice de la construction européenne.

Et, voilà notre duo de choc qui publie hier (février 2019) une tribune conjointe sur le sujet avant de le présenter en marge de la 74ème session de l’Assemblée générale de l’ONU (septembre 2019) comme remède au mal qui frappe le multilatéralisme universel. Le moins que l’on puisse dire est que ce ne fut pas un immense succès médiatique. Après la présentation officielle de la proposition franco-allemande, nous aborderons une approche critique pour mieux en appréhender sa réalité. Nous le conclurons par quelques considérations générales pour élargir la focale de notre appareil photographique afin de disposer d’une vision globale de l’initiative portée par les deux chefs de la diplomatie (allemande et française).

LA PRÉSENTATION OFFICIELLE DE LA PROPOSITION FRANCO-ALLEMANDE : LE NEC PLUS ULTRA DE LA DIPLOMATIE DE DALADIER-LE CHOUCHEN

Que trouve-t-on sur le site officiel du Quai d’Orsay à propos de cette proposition « d’Alliance pour le Multilatéralisme » ? Nous y découvrons les grands axes de la proposition franco-allemande, ses objectifs ainsi qu’une brève présentation de l’évènement organisé par les deux pays en marge de la 74ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, présentée par nos médias moutonniers, notre clergé médiatique tel le Saint-Chrême, comme un immense succès.

Début de citation

Les grands axes de la proposition franco-allemande

« Montrer l’importance du multilatéralisme

Alors que l’ordre multilatéral fondé sur le respect du droit international est fragilisé, nous considérons que les dirigeants doivent exprimer leur soutien et s’unir pour montrer l’importance du multilatéralisme. L’« Alliance pour le multilatéralisme », lancée le 2 avril 2019 par les ministres des Affaires étrangères français et allemand, est une alliance informelle de pays convaincus qu’un ordre multilatéral fondé sur le respect du droit international est la seule garantie fiable pour la stabilité internationale et la paix et que les défis auxquels nous faisons face ne peuvent être résolus que grâce à la coopération. Elle vise à rassembler des partenaires de bonne volonté capables de s’exprimer et d’agir.

L’initiative est organisée autour de trois ambitions : compenser l’engagement insuffisant des États et défendre les normes fondamentales ; réformer et moderniser les institutions internationales contre le statu quo ; impulser des initiatives fortes, notamment là où la gouvernance est absente ou insuffisante.

Les objectifs de l’Alliance

L’Alliance, créée il y a six mois, attire un nombre croissant de participants, en rassemblant des partenaires du monde entier qui partagent un intérêt commun pour l’ordre multilatéral respectant le droit international. Cette Alliance est orientée vers l’action et vise à maximiser les soutiens aux initiatives thématiques concrètes :

Appel à l’action pour renforcer le respect du droit international humanitaire.

Appel de Paris pour la sécurité et la confiance dans le cyberespace.

Partenariat information et démocratie.

Initiative priorité à l’égalité.

Initiative climat et sécurité.

11 principes sur les systèmes d’armes létaux autonomes (SALA – LAWS) ».

Événement à l’occasion de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies à New York

La France et l’Allemagne, à l’occasion de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale, ont organisé le 26 septembre 2019 un événement « Alliance pour le multilatéralisme », aux côtés notamment du Canada, du Mexique, du Chili, de Singapour et du Ghana. Cet événement a été l’occasion de montrer que l’Alliance attire de plus en plus d’États (48 réponses, soit quatre fois plus que lors de la réunion du 2 avril 2019 à New York en marge de la présidence allemande du Conseil de sécurité des Nations Unies) et produit des résultats concrets dans des domaines variés qui seront mis en lumière. Il a permis également d’établir un programme de travail pour les mois à venir1.

Fin de citation

Le ton est donné, les mots choisis à dessein. Mis, au-delà de la mousse diplomatico-médiatique, de la pravda du Quai d’Orsay qui frise souvent le bobard, la « fake news », que peut-on/doit-on penser de cette initiative avec un minimum d’objectivité ? En grossissant le trait, l’on peut dire qu’elle ajoute la confusion à l’ineptie si l’on veut bien y regarder de plus près. Ne parlons pas du franglais utilisé par le service de communication du Quai d’Orsay – lieu où l’on se piquait autrefois de bien parler et de bien écrire – comme avec le terme « impulser » qui aurait pu être utilement remplacé par l’expression « donner une impulsion » ou le verbe « contribuer ».

UNE APPROCHE CRITIQUE DE LA PROPOSITION FRANCO-ALLEMANDE : UN AUTHENTIQUE PÉTARD DIPLOMATIQUE

Du côté de l’Hexagone, nous n’avons pas trouvé la moindre étude scientifique analysant cette démarche tant dans l’absolu que dans le relatif. Curieux, n’est-ce pas ? Mais, comme toujours, il se trouve un chercheur américain sérieux pour étudier de près le poulet franco-allemand et nous livrer le résultat de ses cogitations qui ne manquent pas de pertinence2. Examinons les grands axes de sa démonstration !

Une coalition de volontaires

En introduction, l’auteur, Jakub Grygiel (professeur associé à l’université catholique d’Amérique et chercheur associé à l’institut d’écologie humaine), rappelle la genèse de ce projet – au départ allemand auquel est venu s’agréger le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères : faire face aux nombreux défis auxquels l’ordre international est confronté et auquel il ne semble pas en mesure de répondre (du climat à la cybersécurité). L’Alliance n’est dirigée contre aucun État et tout un chacun peut la rejoindre à la condition d’en partager les règles internationales de conduite. Son objectif est »to form intelligent networks of committed states in order to achieve maximum effectiveness through variable geometry and fluid membership”. Du pur charabia technocratique qui ne présage rien de bon pour la suite !

Un adversaire non désigné

L’auteur croit deviner que la cible choisie serait – bien que non désignée explicitement – les États-Unis en raison de leur politique de puissance. Il s’étonne que Berlin et Paris ne semblent pas particulièrement soucieux des politiques expansionnistes et peu respectueuses du droit international de la Chine et de la Russie. Est-ce normal ? Cet oubli est-il volontaire ? Au-delà de cet antiaméricanisme de bon aloi, que se cache-t-il derrière ce projet légèrement fumeux dans ses objectifs ? Rappelons à la manière de Nicolas Boileau que « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément ». Toutes choses que le Quai d’Orsay, adepte de la e-diplomatie et de la communication à tout crin, semble ignorer. Nous en mesurons les effets négatifs sur la crédibilité de la France sur la scène internationale. La diplomatie, « c’est un métier dans lequel il faut s’exprimer avec prudence et écrire avec clarté »3 et non céder à une certaine forme de tyrannie de la modernité.

Une Alliance, pour quoi faire ?

L’auteur croit deviner dans l’Alliance pour le multilatéralisme une proposition sans contenu concret, l’archétype d’une diplomatie de l’esbrouffe qui impressionne par sa vacuité. Les deux termes choisis sont presque des synonymes, étant des instruments de traitement des relations internationales. L’Alliance n’a que peu d’intérêt si son seul but est de disposer d’une Alliance. Il en va de soi pour le Multilatéralisme pour le Multilatéralisme. Cela revient à faire l’acquisition d’un marteau pour taper sur un clou ou d’une voiture pour conduire. Cela ramène à la question de départ : une Alliance, pour quoi faire ? Contrebalancer la puissance chinoise montante, aider à l’évacuation de la Crimée par la Russie, dissuader les activités des mollahs iraniens… ? Aucun de ces sujets ne figure explicitement dans l’ordre du jour de l’Alliance. Alors que ceux qui y sont énumérés (changement climatique, digitalisation, armes nucléaires), qui constituent des problématiques globales, relèvent de solutions globales. Nous serions pris à notre propre piège en faisant une grave entorse à notre attachement indéfectible au principe du multilatéralisme comme instrument privilégié, si ce n’est de gouvernance internationale.

Le casse-tête nucléaire franco-allemand

Jakub Grygiel relève un point important de divergence fondamental entre Allemands et Français, la question de l’arme nucléaire. Alors que Berlin prône un monde sans armes nucléaires, Paris vante les mérites de la dissuasion nucléaire. Cela pose la crédibilité globale de cette initiative au regard de tous les États dotés au sens de l’article VI du Traité de non-prolifération (TNP) mais aussi des autres comme la Corée du Nord lorsque Heiko Maas déclarait il y a peu au sein du Conseil de sécurité de l’ONU : « world peace is threatened by nuclear weapons ». Quid des armes classiques ? Quid des armes nucléaires développées par Moscou que Berlin semble ménager pour des raisons commerciales ? Quid du concept stratégique de l’OTAN qui fait de la dissuasion nucléaire le pilier de la défense et de la sécurité des alliés ? La question mérite d’être posée si nous ne voulons pas que cette initiative débouche sur une impasse, au mieux, ou se retourne contre nous comme un boomerang, au pire. Même si elle n’est pas suffisante, la cohérence est nécessaire dans la conduite de toute diplomatie qui se veut crédible. Nous en sommes encore loin sur ce sujet sensible, pomme de discorde entre la France et l’Allemagne, comme l’est celui du nucléaire civil. Surtout si nous ne parvenons pas à nous accorder sur nos désaccords comme cela est le cas dans un couple de vieux mariés.

Un contrepoids à l’OTAN ?

Jakub Grygiel croit déceler dans cette initiative une posture déclaratoire tournée contre les États-Unis ignorant l’existence de l’OTAN, alliance qui a contribué dans le passé, par sa nature, à fonder et à stabiliser l’ordre européen. Pour conclure, l’auteur s’adresse à l’Allemagne en ces termes : »The question for Berlin, then, is this : Why not invest more effort and resources into NATO, built to protect Europe from clear and present threats, instead of spending time pursuing global, purposeless talking shops? ». Vaste programme aurait dit le général de Gaulle ! La question s’adresse indirectement à la France. Car aujourd’hui que reste-t-il du couple franco-allemand si ce n’est qu’une communauté réduite aux acquêts ?4 Un lien de plus en plus distendu au fil des ans. Un cache misère sans grand contenu réel au-delà de quelques rencontres creuses immortalisées par quelques photos en papier glacé. Décidemment, les faits sont têtus. Si l’on veut se livrer à quelque exercice salutaire de jésuitisme diplomatique, une question importante vient aussitôt à l’esprit de toute personne dotée d’un minimum de bon sens ? Comment cette « Alliance pour le Multilatéralisme » portée par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, l’homme qui reconnaît avoir été initié5 et qui s’intéresse au rayonnement français ( ?)6, s’articule-t-elle avec le concept défendu par le président de la République, Emmanuel Macron dans son dernier discours devant l’AGNU, celui de « multilatéralisme fort » qui, au passage, a remplacé celui de « multilatéralisme efficace » ? En constitue-t-il une application concrète ou une exception qui confirme la règle ? À suivre au prochain numéro…

Comment apprécier la proposition franco-allemande à l’aune de la gouvernance mondiale en voie de fissuration et en attente d’un nouveau paradigme ?

DE QUELQUES CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES : LES LINÉAMENTS D’UNE DIPLOMATIE DE GRIBOUILLE SANS CAP, NI VISION.

À ce stade de la réflexion, il est toujours utile, opportun de prendre un minimum de recul pour replacer cette initiative isolée dans son contexte plus global d’un désordre croissant du monde et de mise à mal de l’ordre libéral mis en place après la Seconde Guerre mondiale avec comme cheval de bataille, l’ONU. Et, alors, quelques réflexions frappées au coin du bon sens – matière encore non enseignée à l’école nationale de l’arrogance ou ENA – s’imposent à l’observateur assidu des relations internationales.

Le bon exemple vient d’Outre-Atlantique

Comme nous l’avons signalé plus haut, il faut qu’un chercheur américain s’empare du sujet pour que nous disposions d’une approche critique salutaire si l’on veut en mesurer toutes les dimensions, positives mais surtout négatives. Aux États-Unis, il existe encore quelques analystes indépendants qui n’hésitent pas à appeler un chat et non à filer la métaphore. Mais, où sont donc passés nos chercheurs indépendants et nos perroquets à carte de presse nourris aux fameux éléments de langage ou EDL dont ils font leur miel. C’est plus rapide et vous fait bien voir des ministres et de leurs cabinets. La servitude à la française a encore de beaux jours devant elle, y compris dans le nouveau monde cher à Emmanuel Macron. Car en France, « il faut toujours prendre l’envers des mots pour en comprendre la vraie signification » comme nous le rappelle Honoré de Balzac. Ce que les diplomates appellent lire entre les lignes.

La contradiction à la française

Comme souvent dans la posture diplomatique française, « la rhétorique l’emporte sur le fond »7. Mais, méfions-nous de la communication qui peut facilement se retourner contre soi surtout si l’on tient des langages différents dans des enceintes internationales différentes et dans des temps différents. Cela ne passe pas très longtemps inaperçu tant nos adversaires se font un malin plaisir à nous mettre face à nos contradictions d’autant plus insupportables que nous nous présentons comme le pays de la logique, le pays qui a vu naître René Descartes. Aujourd’hui, sur quasiment tous les grands dossiers internationaux, tout est contradictions tant nous vivons sous le règne du court-termisme et du présentisme, de la politique de l’essuie-glaces, un sujet chassant l’autre à la vitesse de l’éclair.

Le défaut d’approche stratégique

L’horizon se mesure en décennies. Injecter de la confiance – en soi et dans les autres- est un art de long terme. Il s’agit d’une exigence de vérité qui devrait être la vertu cardinale de la diplomatie française. Comme le souligne justement Régis Debray « les communicants, le storytelling et les éléments de langage ont tué le verbe dans la sphère gouvernementale et parlementaire »8, mais aussi la recherche de la profondeur historique au service de la profondeur stratégique et de l’anticipation. Ne dit-on pas que gouverner, c’est prévoir et non subir ! Nous en sommes encore malheureusement très loin alors que débute l’acte II du quinquennat de Jupiter. Quel boulet diplomatique que « le besoin d’avoir raison qui est la marque de l’esprit vulgaire » (Albert Camus). En définitive, cette initiative franco-allemande constitue le meilleur signe de notre désarroi stratégique face à un monde en pleine effervescence que nous ne parvenons pas à bien comprendre dans toutes ses dimensions.

Un cas d’application particulièrement actuel

« La seule garantie fiable pour la stabilité internationale et la paix et que les défis auxquels nous faisons face ne peuvent être résolus que grâce à la coopération. Elle vise à rassembler des partenaires de bonne volonté capables de s’exprimer et d’agir ». Telle est la citation évoquée plus haut qui précise le contour (flou) de « Alliance pour le Multilatéralisme ».

Pourquoi ne pas la tester avec une coalition de volontaires décidés à en découdre avec la Turquie après son opération contre les Kurdes dans le nord de l’Irak9 dans l’hypothèse où le Conseil de sécurité de l’ONU, saisi par Paris le 10 octobre 2019 pour action, serait bloqué par l’un de ses cinq membres permanents ? Pareille initiative présenterait au moins deux principaux avantages, mérites pour la crédibilité de notre pays sur la scène mondiale au moment où la diplomatie américaine est engluée dans ses contradictions10. Ceci aurait au moins le mérite de la cohérence et de la continuité qui fait tant défaut à notre diplomatie du canon sans poudre. Ceci aurait également le mérite de faire passer la France d’une diplomatie en miettes à une diplomatie globale. Que fait Jean-Yves Le Drian ? Il réclame, le 10 octobre 2019, l’organisation « de toute urgence » d’une réunion des pays membres de la coalition internationale formée pour combattre le groupe Etat islamique alors que le CSNU est saisi du dossier11.

Nous avons ainsi la preuve par l’exemple que l’initiative franco-allemande relève à l’évidence du gadget. Un outil diplomatique n’a d’intérêt que s’il peut être utilisé dans la pratique pour répondre à des questions concrètes. S’il n’est qu’un vulgaire sujet de colloque académique ou de promotion médiatique de Frère Jean-Yves, il n’a pas la moindre raison d’être si ce n’est de flatter la vanité de nos dirigeants politiques. Est-cela l’objectif d’une politique étrangère (le cap) et d’une diplomatie (la route) ? La réponse est malheureusement dans la question. Surtout, lorsque le grand reporter du quotidien Le Monde, Marc Semo commence à peine à découvrir les limites de la médiation française sur l’Iran, les limites du volontarisme diplomatique macronien. Encore un esprit clairvoyant et aplaventriste auquel manque un minimum de bon sens populaire12.

 
Si cet article vous a plu, aidez-nous et faites un don de 5 euros !





« A la vérité, les diplomates préfèrent les évolutions aux révolutions… Rien ne les agace davantage que l’imprévu ; car l’imprévu, difficile à saisir, est le champ clos des dieux, où les fonctionnaires sont mal à l’aise » (Charles de Chambrun, 1944). Le moins que l’on puisse dire est que la proposition franco-allemande ressemble à s’y méprendre à une sorte d’auberge espagnole, une proposition fourre-tout dans laquelle une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Ceci démontre, une fois encore, l’indigence, pour ne pas dire la vacuité, de la pensée diplomatico-stratégique française venue du Quai d’Orsay et de sa boîte à idées qui a pour nom CAPS13. Et, cela alors que le monde d’hier laisse la place au monde de demain. Par ailleurs, il est vrai que la recherche française manque, à quelques exceptions près, d’indépendance intellectuelle tant elle ne peut cracher dans la main qui la nourrit. La servitude volontaire règne en maître sur le monde des « think tanks » qui n’est qu’une vulgaire caisse de résonnance de la pensée officielle. Sur les bords de Seine, on baigne dans la diplomatie de la com et dans son corollaire qui a pour nom diplomatie du gadget14. Comme le souligne justement Jakub Grygiel, l’initiative franco-allemande relève de la pure posture. Cela constitue une vérité d’évidence. Mais en dernière analyse, l’«Alliance pour le multilatéralisme » n’est-elle qu’une une vulgaire tautologie ou bien un oxymore significatif d’une Alliance des contraires ?

Guillaume Berlat
14 octobre 2019

1 https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/la-france-et-les-nations-unies/l-alliance-pour-le-multilateralisme/
2 Jakub Grygiel, Tautologies. A new Alliance to nowhere. France and Germany’s »Alliance for Multilatéralism” is pure posturing, https://www.the-american-interest.com/2019/10/04/a-new-alliance-to-nowhere/ , 4 octobre 2019.
3 Daniel Jouanneau, Dictionnaire amoureux de la diplomatie, Plon, 2019, p 17.
4 Guillaume Berlat, Que reste-t-il du couple franco-allemand ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 novembre 2018.
5 Raphaël Stainville, Le vrai pouvoir des francs-maçons, Valeurs actuelles, 3 octobre 2019, pp. 26 à 30.
6 Carole Bellemare, Le 10e grand prix du rayonnement français au Quai d’Orsay, Le Figaro, 7 octobre 2019, p. 11.
7 Gérard Araud, Passeport diplomatique, Grasset, 2019, p. 207.
8 Régis Debray, « Stendhal, c’est l’esprit français, mais Hugo, c’est l’âme », Le Figaro, 10 septembre 2019, p. 16.
9 Delphine Minoui, Ankara passe à l’attaque dans le nord de la Syrie, Le Figaro, 10 octobre 2019, p. 8.
10 Gilles Paris, Syrie : Trump abandonne les Kurdes à Erdogan. Les Républicains critiquent Trump et dénoncent l’abandon de l’allié kurde, Le Monde, 11 octobre 2019, pp. 1 et 3.
11 Carrie Nooten, Le Conseil de sécurité de l’ONU très timoré face à l’offensive de la Turquie, Le Monde, 12 octobre 2019, p. 3.
12 Marc Semo, Le volontarisme diplomatique macronien et ses limites, Le Monde, 11 octobre 2019, p. 27.
13 Ali Baba, Le CAPS du Quai : de Charybde en Scylla , www.prochetmoyen-orient.ch , 16 septembre 2019.
14 Ali Baba, Le prix du superficiel : la diplomatie du gadget, www.prochetmoyen-orient.ch , 9 septembre 2019.

Print Friendly, PDF & Email