Observatoire Géostratégique

numéro 248 / 16 septembre 2019

UN NOUVEL OFFICIANT POUR LE CLERGÉ MÉDIATIQUE…

« L’imaginaire gouverne le monde » avait coutume de dire Napoléon Bonaparte. Aujourd’hui, nous pourrions dire, sans grand risque d’erreur, que c’est la communication qui gouverne le monde. Faute de disposer d’une vision claire du monde, d’une stratégie de long terme pour anticiper aujourd’hui le monde de demain, nos dirigeants se rabattent sur un minable Erzatz qui a pour nom communication.

Hier, l’on parlait de propagande. Le moins que l’on puisse dire est que les deux termes sont synonymes dans le monde numérique des réseaux asociaux et autres intelligence artificielle. Le communicant tient le haut du pavé dans la société connectée, parfois déconnectée au sens second de l’acception du mot.

Plus on gravit les marches de la hiérarchie politique et plus l’homme (la femme comme la très lourde porte-parole du Quai d’Orsay) en charge de la com’ a d’importance dans le mécano politico-institutionnel de la présidence de la République. Surtout lorsque le chef de l’État inaugure l’acte II de son quinquennat par une conférence de presse réservée à la presse présidentielle (21 août 2019) sans micro, sans caméra mais dont les bons mots furent aussitôt relayés par les chaînes d’abrutissement en continu. Surtout lorsqu’il s’agit de faire du vrai avec du faux, du dur avec du vent. Grâce au ciel, Emmanuel Macron vient de trouver la perle rare pour être son porte-voix, son perroquet.

Un nouvel élu fait son apparition dans le nouveau paysage médiatique jupitérien. Il s’agit d’un historien de formation qui a pour nom Joseph Zimet, peu connu du grand public. « Au sein du cabinet du président de la République, il sera en charge de la presse et de la communication nationale du président », précise l’Élysée, confirmant une information du quotidien Le Monde1. L’intéressé prendra ses fonctions dès la semaine de rentrée du Conseil des ministres du 21 août 2019.

L’on nous précise que le chef de l’État n’avait plus de responsable de sa communication nationale depuis le départ de Sibeth Ndiaye en mars dernier, nommée porte-parole du gouvernement. Joseph Zimet travaillera en concertation avec Nathalie Baudon, l’actuelle conseillère en communication internationale de M. Macron. C’est que l’on appelle muscler sa communication pour compenser l’absence de cap clair et de vision d’avenir.

Qui est-il ? Agé de 46 ans, celui qui dirigea la mission chargée des cérémonies du centenaire de la Guerre 1914-18 succède à Sylvain Fort, qui a quitté fin janvier son poste de directeur de la communication de la présidence de la République. En mars, Sibeth N’Diaye avait quitté à son tour la cellule communication de l’Elysée pour entrer au gouvernement comme porte-parole. Ancien disciple de l’ex-élu socialiste Dominique Strauss-Kahn, comme nombre de proches d’Emmanuel Macron, Joseph Zimet a notamment travaillé auprès de Jean-Marie Bockel quand ce dernier était secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, puis aux Anciens combattants, sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Joseph Zimet s’est marié avec Rama Yade, secrétaire d’Etat chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’homme de 2007 à 2009, avec qui il a une fille. Joseph Zimet dirigeait depuis 2012 l’organisme chargé des commémorations de la guerre 14-18. Il avait été nommé par Nicolas Sarkozy mais François Hollande comme Emmanuel Macron l’avaient ensuite confirmé dans son rôle. L’historien de formation est notamment celui qui a organisé l’« itinérance mémorielle » du chef de l’Etat en novembre 2018, lors de laquelle M. Macron avait sillonné durant près d’une semaine l’est et le nord de la France pour rendre hommage aux poilus. Le nouvel élu a de la bouteille.

Ancien militant socialiste, de tendance strauss-kahnienne, M. Zimet a travaillé à l’Agence française du développement (AFD) avant de rejoindre le gouvernement de Nicolas Sarkozy comme conseiller de Jean-Marie Bockel au ministère de la coopération, puis à celui des anciens combattants. Ce diplômé de Sciences Po Paris est également l’ex-mari de Rama Yade, qui fut secrétaire d’Etat chargée des droits de l’homme puis des sports dans le gouvernement de François Fillon, entre 2007 et 2010. M. Zimet aura la lourde tâche d’incarner l’acte II du quinquennat d’Emmanuel Macron et notamment le changement de méthode voulu par le chef de l’Etat. 

« Sa nomination a un caractère éminemment macroniste, elle correspond à la volonté du président de s’entourer de personnes ayant eu des expériences diverses et qui peuvent apporter un regard neuf sur les sujets présidentiels », explique-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat. Les deux hommes se sont croisés sur les bancs de Sciences Po mais ont réellement appris à se connaître lors de la préparation du centenaire de la guerre 14-18. Il est censé pacifier les relations de l’Elysée avec les médias, tendues depuis son élection. Vaste programme, comme aurait dit le général de Gaulle. Il est vrai que tout change pour que rien ne change.

Décidément, le nouveau monde de Jupiter puise dans les ressources humaines de l’ancien monde des Sarkozy et Hollande sans parler des DSK. Cela promet de décoiffer dans les chaumières de France et de Navarre. « On tricote, cela se détricote, on retricote »2.

Le microcosme parisien est bien étroit. Un petit monde où l’on se repasse les plats comme dans les républiques bananières que nous n’avons de cesse de dénoncer pour leur népotisme et leur entre-soi. Mais, nous faisons mieux, nous sommes imbattables dans le genre monarchie républicaine des copains, des coquins et des cousins.

Cette fuite en avant médiatique provoque un retour en arrière stratégique. Nous sommes au cœur de la comédie du pouvoir au sein de laquelle nos dirigeants tentent de ranimer par des beaux discours (parfois par de beaux bobards) l’intérêt des derniers abonnés à cette farce médiatico-politique.

 
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On commence au PS et on finit à La République en godillots en passant par la Sarkozie via son ex-épouse. C’est ce que l’on qualifie d’œcuménisme politique. Bienvenue au nouvel officiant pour éclairer la lanterne de notre vénéré clergé médiatique avide d’EDL !

Ali Baba
26 août 2019

1 Joseph Zimet, « monsieur com » de l’Élysée, Le Monde, 22 août 2019, p. 8.
2 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 15.

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