Observatoire Géostratégique

numéro 291 / 13 juillet 2020

DIPLOMATIE : DU BON USAGE DE L’AMBIGUÏTE…

« L’ambiguïté est une richesse » (Fictions, Jorge Luis Borges). Mais, qu’est-ce que l’ambiguïté ? Ce dont le sens est équivoque, interprétable de différentes façons, selon la définition du petit Larousse. Ambiguïté, équivoque, deux termes qui s’apparentent souvent à l’une des facettes de la pratique de la diplomatie, et cela depuis la nuit des temps. Elle trouve son point d’application tant dans la diplomatie bilatérale que dans la diplomatie multilatérale. N’entend-on pas quelques commentateurs de la vie internationale s’étonner, à la lecture d’un communiqué de presse officiel, d’une déclaration politique, d’un accord…, de la présence de formules insolites et cocasses, d’une ambiguïté toute diplomatique pour le commun des mortels ! Et cela alors même que la richesse, la subtilité du langage, feutré tout en nuances, est consubstantielle à la pratique diplomatique. Écrivain et dramaturge français, Abel Hermant s’extasiait ainsi au début du XXe siècle : « Ah ! Que le français est bien la langue diplomatique ! Quelles nuances ! Quelles subtilités ! ». Aujourd’hui, la langue de Molière est supplantée par le « pidgin english » dans la vie internationale en général et dans la pratique diplomatique en particulier (Cf. plus de 80% des documents produits par l’Union européenne le sont dans la langue de Shakespeare). Un sabir universel qui masque bien des mystères.

Mais, en dépit de toutes ces péripéties, l’ambiguïté a encore de beaux jours devant elle dans le monde diplomatique du XXIe siècle en perpétuel bouleversement (Cf. crise sanitaire mondiale consécutive à la pandémie de coronavirus1). Pourtant, rares sont les nombreux experts des relations internationales qui traitent, qui tentent de comprendre la signification d’une théorie – qui est en fait une pratique vieille comme le monde – désignée sous le vocable de « théorie de l’ambiguïté constructive ». Après avoir appréhendé son essence, il importe d’en mesurer les avantages mais aussi les inconvénients intrinsèques à cette manière de concevoir la diplomatie. Les exemples de ses limites, de ses dérives ne manquent pourtant pas au cours des années, des mois écoulés si l’on veut prendre la peine d’aller au-delà de l’écume des jours.

SIGNIFICATION DE LA THÉORIE : TENTER DE RÉSOUDRE LA QUADRATURE DU CERCLE

Avant d’aborder la pratique à travers quelques exemples concrets de mise en œuvre de l’ambiguïté dite constructive, il importe d’en passer par une approche plus conceptuelle pour tenter d’appréhender les mots, les termes consacrés.

Approche conceptuelle : une théorie peu théorisée

La fonction principale du diplomate est d’être celui qui contribue à régler par des moyens pacifiques, en particulier par la négociation, la médiation, la conciliation, l’arbitrage… des problèmes ardus qui, autrement, pourraient donner lieu à des conflits de basse, voire de haute intensité, pour ne pas parler de guerre. En un mot, il s’agit de prévenir l’usage de la force. « Le problème est qu’utiliser la force n’est pas toujours payant, loin de là, et que la diplomatie est souvent le meilleur moyen de résoudre un conflit. La diplomatie est justement faite pour permettre aux rivaux ou ennemis potentiels de se parler » comme le souligne si justement le directeur de l’IRIS, Pascal Boniface2. Dialoguer pour parvenir, le cas échéant à s’entendre en parvenant à coucher sur le papier les termes d’un accord qui n’humilie aucune des parties tout en mettant l’accent sur les points de consensus, voire de dissensus. La tâche n’est pas toujours très aisée. En effet, pour parvenir à réconcilier l’inconciliable (des points de vue de départ des parties diamétralement opposés sur une question bien précise), il est indispensable de faire preuve d’imagination. Se borner, tel un notaire, à enregistrer le dissensus ne conduit pas très loin.

C’est à ce moment crucial pour l’avenir d’une négociation – qu’elle soit bilatérale ou multilatérale – que les dirigeants se souviennent qu’ils disposent dans leur boîte à outils administrative d’un corps diplomatique dont l’essence même du travail consiste à faire preuve de la plus grande créativité. Faute de pouvoir changer les faits objectifs, ils en sont réduits à travailler sur les termes. Et de faire preuve de la plus grande imagination pour trouver le mot, l’expression – parfois déjà utilisée dans le passé – qui soit suffisamment vague, malléable à souhait pour être comprise mais, surtout, acceptable par tous. Parfois, ils n’hésitent pas à faire dire aux mots ce qu’ils ne disent pas ou le contraire de ce qu’ils disent, de ce qu’ils signifient dans le langage courant. Une sorte de tour de prestidigitation diplomatique. Nous sommes au cœur même des faux-semblants et de l’ambiguïté dite constructive. Après la théorie d’une pratique, passons à la pratique de cette théorie.

Approche concrète : une pratique relativement courante

D’une manière générale, certains experts n’évoquent-ils pas « des formules insolites et cocasses, d’une ambiguïté toute diplomatique » (Jean-Luc Barré, 1988) pour qualifier le contenu d’un document diplomatique négocié ou imposé ? À tel point que nous pouvons même nous interroger sur le point de savoir si les termes d’ambiguïté et de diplomatie ne sont pas consubstantiels en dernière analyse comme nous l’avons souligné en exergue de cette réflexion. Nous disposons d’une multitude d’exemples de cette pratique de l’ambiguïté dans la sphère diplomatique qu’il serait trop long de présenter de manière exhaustive. Pour la commodité de la présentation, nous nous limiterons à trois exemples (puisés dans l’actualité internationale la plus récente) suffisamment significatifs du phénomène dans ce qu’il a de positif mais, parfois, aussi, de négatif.

L’éditorial du Monde publié en 2015 souligne que : « Le ‘sommet oriental’ de l’Union européenne (UE) réuni jeudi 21 et vendredi 22 à Riga, en Lettonie, a mis fin à une pratique qui, en diplomatie, peut avoir ses mérites mais aussi ses limites : l’ambiguïté constructive ». Le journaliste relève les deux faces de la médaille de cette pratique bien connue de tous les experts, même si certains ne peuvent ou ne veulent la qualifier de « théorie ».

Guillaume Berlat

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LIBAN : NOUVEAU PAYS SOUS BLOCUS AMERICAIN !

Frigidaires vides, supermarchés déserts et visages fermés. Le Liban s’enfonce dans la crise la plus profonde depuis la fin de la guerre civile (1975 – 1990), rappelant même la famine de 1917/1918, qui fit près de 500 000 morts. L’écrivaine libanaise Régina Sneifer (dont nous publions cette semaine la lettre au père Elias Zahlaoui) en rappelle toute l’ampleur régionale dans son dernier ouvrage1 : « L’ensemble du littoral syro-palestinien, Acre et Haïfa compris, est touché. Mais les régions les plus sévèrement atteintes sont celles du Mont-Liban, Jbeil, Batroun et le Kesrouane qui sont alors les plus densément peuplées. Le caractère accidenté de leur relief, l’éloignement des grands axes, tout ce qui avait fait leur force durant des siècles, devient leur faiblesse. La famine n’épargne nullement les villes de l’intérieur, à commencer par Damas, pourtant proche des riches terres agricoles du Hourân ».

Si l’autosuffisance alimentaire est, désormais possible en Syrie en dépit de la Loi américaine « Cesar » et des champs de blé incendiés de manière criminelle, la situation au Liban reste différente. A-t-il les moyens nécessaires à son approvisionnement ?

En juin dernier, le ministre des Affaires étrangères Walid Mouallem a estimé, non sans défiance, qu’il fallait voir en la loi César « une opportunité pour relancer l’économie nationale et atteindre l’autosuffisance ». Un discours que reprend également le directeur de la planification agricole au sein du gouvernement – Haytham Haydar. « Nous espérons retrouver les importants niveaux de production d’avant-guerre, qui étaient plus que suffisants », affirme-t-il à l’AFP. Le responsable admet toutefois une « augmentation des coûts de production à cause du blocus économique », en référence aux sanctions occidentales (américaines et européennes). La Syrie est selon lui confrontée à une « guerre alimentaire ». Ses priorités sont claires : « dépendre de nous-mêmes pour la production et réduire autant que possible la dépendance aux importations ».

L’historien – ancien ministre – Georges Corm ajoute le 8 janvier 2020 dans son article « Relancer les capacités productives du Liban » : « nous vivons le résultat de trente années de politique économique basée sur un »capitalisme de rente” doublée d’une politique de libre-échange sans considération pour les industries nationales. Sous le gouvernement de Rafic Hariri des accords de libre-échange ont, certes été signés avec de nombreux pays. Ministre des Finances de ce gouvernement, j’avais encouragé l’industrie libanaise, lançant le slogan »exporter ou mourir” maintenant des droits de douane protecteurs pour la production nationale. Mais, du fait de la politique de libre-échange du gouvernement de Rafic Hariri, le déficit de la balance commerciale ne pouvait qu’augmenter considérablement et le secteur industriel souffrir de l’ouverture de nos frontières, non seulement avec l’UE, mais avec d’autres partenaires commerciaux tels que la Turquie ou l’Arabie saoudite qui, elle, avait mis en place un secteur industriel et même agroalimentaire très fortement subventionné.

Bref, aujourd’hui, il convient de redresser la barre. Notre politique économique doit tendre à relancer nos capacités productives, car c’est la seule façon de sortir le pays de l’ornière dans laquelle il est tombé. Mais ceci exige à son tour que tous les cadeaux faits par la Banque du Liban aux banques sous le titre pompeux de »financial engineering” soient revus, et qu’une enquête approfondie soit menée sur la façon dont la plus grande partie des avoirs des banques ont été déposés auprès de la Banque centrale. …. Par ailleurs, alors qu’environ 50% des Libanais pourraient tomber sous le seuil de la pauvreté, il convient d’instituer un mécanisme pour les en préserver, d’autant que les prix intérieurs flambent ».

Résultat de cette politique : près de 40% de la population (4,5 millions) vivant sous le seuil de pauvreté (indice des Nations unies) ; plus de 30% de la population active au chômage et un effondrement de la Livre libanaise (en quelques mois on est passé de la parité un dollar pour 1 500 livres à près de 10 000 livres). Les discussions d’ajustement de la dette extérieure avec le FMI sont suspendues depuis mars dernier sans qu’aucun calendrier de reprise ne se précise… même si les contacts ne sont pas interrompus, malgré de multiples incohérences (de chiffres et de méthode) des négociateurs eux-mêmes.

« AIDEZ-NOUS A VOUS AIDER… »

Jeudi dernier, devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a eu des mots plutôt curieux : « la prise de conscience, par les acteurs politiques libanais, du risque d’effondrement est très insuffisante (…). Plus vite les autorités libanaises prendront les premières mesures de réforme, mieux ce sera. Aidez-nous à vous aider… » a-t-il conclu, annonçant un prochain déplacement au Liban.

Sans même rappeler que l’Etat libanais est une création de la France éternelle, qui lui a légué un système de représentation confessionnelle – le pire qui soit – et sans se laisser aller à sa tendance moralisatrice et compassionnelle, Jean-Yves Le Drian n’a fait aucune – aucune – allusion à la situation régionale, comme si le Pays du Cèdre était un îlot isolé au milieu de nulle part… Nous y reviendrons. Mais, dans tous les cas de figures, le président de la République libanaise Michel Aoun aurait pu lui renvoyer le compliment en précisant qu’on n’en serait pas là si l’indépendance et la souveraineté du pays avaient été mieux respectées depuis 1943 !

Le fait est, qu’à part la présidence de l’ancien commandant de l’armée Fouad Chehab (1958 – 1964), le pouvoir libanais est toujours resté aux mains d’une classe politique corrompue, ploutocratie conjuguant communautarisme et clientélisme dans une absence entretenue d’un véritable Etat régalien. Cette donnée historique – répétée par les analystes habituels comme la seule cause de la crise actuelle – n’est pas une découverte. Il faut rajouter que les accords de Taëf (22 octobre 1989) – qui mirent fin à quinze années de guerre civile – n’ont guère amélioré les choses, aggravant même la dimension communautariste du pouvoir politique !

Cela dit, lorsque Jean-Yves Le Drian proclame « aidez-nous à vous aider… », on peut se demander à quoi et pour quoi faire… Le fait est que Paris ne peut pas ne rien dire sur la crise actuelle – notamment pour des questions internes liées à l’importance de la communauté libanaise en France -, mais n’ose pas se dissocier clairement et officiellement des sanctions américaines et des ingérences répétées de Washington dans les affaires internes du Liban. On pourrait tout aussi bien s’interroger sur le brusque retrait de la société française Total des forages et mises en exploitation des gisements pétroliers et gaziers off-shore des eaux territoriales libanaises (le bloc 9 ayant été annexé illégalement par Israël…

L’AMBASSADRICE AMERICAINE CONVOQUEE

Le 29 juin dernier, Dorothy Shea – ambassadrice des Etats-Unis au Liban – a été convoquée par le ministre des Affaires étrangères Nassif Hitti pour qu’elle s’explique sur ses propos antérieurement tenus sur la chaîne de télévision saoudienne Al-Hadath : « j’ai de graves inquiétudes sur le rôle du Hezbollah, une organisation terroriste qui a siphonné des milliards de dollars qui auraient dû aller dans les coffres du gouvernement (…) et entravé certaines réformes économiques dont le Liban a désespérément besoin ». Le juge des référés à Tyr, Mohammad Mazeh, a aussitôt interdit aux médias libanais d’interviewer durant un an la diplomate américaine après ces propos sur le Hezbollah. Bravo à lui ! L’ambassade américaine a, immédiatement répondu qu’elle ne serait pas réduite au silence.

Le député Hassan Fadlallah a demandé aux autorités de « prendre des mesures immédiates pour contraindre cette diplomate à respecter le droit international ». Pour sa part, l’ambassadeur russe à Beyrouth Alexandre Zasypkine s’est, lui-aussi, étonné publiquement d’une telle ingérence américaine en condamnant les nouvelles sanctions des Etats-Unis à l’encontre de la Syrie, étendues – en partie – au Liban.

M. Zasypkine a affirmé que les Etats-Unis cherchaient à réaliser leurs propres objectifs en lançant des « guerres économiques » et en « exerçant une pression » sur les autres puissances régionales. Depuis mercredi dernier, les Etats-Unis ont imposé de nouvelles sanctions économiques, financières et commerciales contre la Syrie, connues sous le nom de « loi Cesar »2. Celle-ci vise le gouvernement de Damas dans les secteurs du pétrole, de la construction, de l’ingénierie et de l’armement, tout en menaçant de pénaliser aussi des alliés de la Syrie tels que l’Iran et la Russie.

Ce qui est nouveau avec la loi Cesar, c’est que tout ce qui sera identifié comme « aidant » le « régime de Damas » sera visé. La nouvelle loi élargit l’étendue des sanctions. Pour faire simple, disons que tout soutien significatif d’ordre financier, matériel ou technologique sera pénalisé par Washington, peu importe la nationalité de la personne ou de l’entité en cause. Les Américains devraient publier prochainement de nouvelles listes d’individus ou d’entités tombant sous le coup de cette nouvelle législation.

Depuis quelques jours, la loi Cesar a été étendue à plusieurs sociétés et personnalités libanaises accusées de soutenir la Syrie et l’Iran. Le secrétaire général du Hezbollah – Hassan Nasrallah – a aussitôt mis en garde contre les répercussions négatives de cette loi sur le Liban, qui dépend principalement de la Syrie pour ses exportations vers les autres pays arabes. Lors de son dernier discours, le chef du Hezbollah a expliqué que « la loi Cesar est la dernière arme des Etats-Unis pour assiéger la Syrie et imposer un blocus contre le Liban ». Il a appelé la population à la « résistance alimentaire » pour lutter contre la faim, engageant les Libanais à planter des potagers partout où ils le peuvent, tout en soulignant la nécessité d’une nouvelle politique comerciale en direction de l’Irak, de l’Iran, de la Russie et de la Chine !

Depuis 2011, les Etats-Unis cherchent à faire de la Syrie ce qu’ils ont fait de l’Irak avec la complicité de la Grande Bretagne : démanteler le pays, ses autorités, ses administrations et son tissu social afin de le livrer à des groupes armés nécessitant de nouvelles interventions militaires au nom de la « lutte contre le terrorisme ». Malheureusement pour Washington, la Syrie a tenu bon, depuis septembre 2015 grâce à une aide militaire massive de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais. En Syrie, les Etats-Unis, leur armée et leurs services spéciaux ont même subi de cinglants revers. Ainsi aujourd’hui, les Américains cherchent à atteindre – par des sanctions économiques – les mêmes objectifs qu’ils n’ont pu remplir par voie militaire.

Comme ils le font contre la Russie, l’Iran, le Venezuela, Cuba et tout autre pays qui refuse de se plier à leurs injonctions, les Etats-Unis n’hésitent pas à mettre le Liban et sa population sous blocus ! En suscitant et soutenant les manifestations et la violence sociale, les services spéciaux américains et leurs ONGs droits-de-l’hommistes cherchent à déstabiliser, sinon à renverser le gouvernement actuel, qui comporte des ministres « techniciens » entretenant des relations avec Hezbollah qui n’est pas qu’une organisation militaire et qui compte, pas moins d’une vingtaine de députés au Parlement3

LA « REVOLUTION », QUELLE REVOLUTION ?

Dans ce contexte d’agression économique et politique, les « commentateurs mainstream », sinon aux ordres – Jean-Pierre Filiu, Frédéric Encel, Agnès Levallois, les frères Basbous ou Joseph Bahout (ancien conseiller des services secrets syriens travaillant désormais pour un centre américain de recherche et entretenant les meilleures relations avec plusieurs responsables sécuritaires israéliens) – rejettent toute la responsabilité de la crise libanaise sur… le seul Hezbollah bien-sûr et l’actuel gouvernement de Hassane Diab, allié au… Hezbollah !

L’actuel gouvernement libanais – sans doute la meilleure équipe dirigeante que le pays ait connu depuis Fouad Chehab – tente, non sans courage, de faire face à la situation en gagnant du temps afin de relancer les négociations avec le FMI, de diversifier les échanges commerciaux et d’apaiser tensions et manifestations de rues.

Parler, dans ce contexte, de « Révolution » n’est pas très pertinent et même inapproprié, dans la mesure où ce mouvement, extrêmement composite, n’a pas débouché sur des ruptures politiques et institutionnelles significatives.

Richard Labévière
13 juillet 2020
1 Une Femme dans la tourmente de la Grande Syrie – D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé. Préface de Georges Corm. Editions Riveneuve, août 2019.

2 Cesar est un ancien photographe de la police syrienne, qui serait en possession de 55 000 clichés consacrés à la situation des prisons syriennes. En 2014, il a témoigné devant le Congrès américain avant d’être considéré par la presse américaine comme un opposant héroïque au « régime de Bachar al-Assad ».

3 Pour avoir les idées plus claires sur l’histoire du Hezbollah, son organisation et son idéologie, on peut consulter l’un des meilleurs ouvrages en français sur le sujet, écrit par les des grands politologues Frédéric Domont et Walid Charara : Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste. Editions Fayard, octobre 2004.

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BIENVENUE A LA MALOUINE ANNICK GIRARDIN – Richard Labévière. L’ancienne ministre des Outre-mer (2017 – 2020) et députée de Saint-Pierre-et-Miquelon (depuis 2007) est donc notre nouvelle « ministre de la Mer ». Bonne, très bonne nouvelle et bienvenue ! Evidemment, le nez sur le guidon Dupond-Moretti/Roselyne Bachelot, les journalistes ont peu commenté l’importance de cette décision, confirmant une fois de plus l’adage d’Eric Tabarly : « la mer pour les Français, c’est ce qu’ils ont dans le dos lorsqu’ils regardent la plage… ». Sans doute, l’amiral Bernard Rogel – qui a si bien servi notre pays comme chef d’état-major de la Marine nationale et chef d’état-major particulier du président de la République entre autres – n’est certainement pas étranger à cette résurrection d’un ministère de la Mer

Le 14 juin dernier, Emmanuel Macron indiquait que la « première priorité » est de « reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire ». Cela passera aussi « par l’accélération de notre stratégie maritime, nous qui sommes la deuxième puissance océanique mondiale ». Il ajoutait, enfin que la « stratégie maritime est un outil de résilience ». 

Cela dit, le décret d’attribution n’est pas encore sorti au Journal officiel, ce qui signifie que les choses ne doivent pas être simples concernant le budget, les pouvoirs et le poids politique réel de ce « nouveau » ministère. Son histoire raconte une saga typiquement française, celle d’un serpent de mer administratif et institutionnel. Le Journal Officiel nous rappelle que le premier Ministre de la mer de l’histoire de la Vème République fut Louis Le Pensec (PS) du 22 mai 1981 au 22 mars 1983. La fonction s’est transformée avec Guy Lengagne (PS), devenu Secrétaire d’État auprès du Ministre des transports, chargé de la mer (1983-1984), puis Secrétaire d’État auprès du Ministre de l’urbanisme, du logement et des transports, chargé de la mer (1984-1986). Ambroise Guellec (UDF-CDS) a été ensuite Secrétaire d’Etat à la mer du 20 mars 1986 au 10 mai 1988. Louis Le Pensec a retrouvé son ministère de la mer du 10 mai 1988 au 23 juin 1988, Jacques Mellick (PS) lui ayant succédé dans les mêmes fonctions du 23 juin 1988 au 15 mai 1991.

On revient au format secrétariat d’Etat à la Mer avec Jean-Yves Le Drian (PS) du 15 mai 1991 au 31 mars 1992. Charles Josselin (PS) lui succède du 2 avril 1992 au 28 mars 1993. Après une vacance de presque dix ans, Nicole Ameline reprend le flambeau du 7 mai 2002 au 17 juin 2002. Le secrétariat d’Etat cumule les Transports et la Mer avec Dominique Bussereau (UMP) du 17 juin 2002 au 30 mars 2004, remplacé par François Goulard (UMP), du 30 mars 2004 au 31 mai 2005.

Nouvelle formule avec un ministère de l’Equipement, des Transports, du Tourisme et de la Mer dirigé par Dominique Perben (UMP), du 31 mai 2005 au 17 mai 2007. Apparaît un ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer avec Jean-Louis Borloo (PR-UMP), du 23 juin 2009 au 13 mai 2010. Frédéric Cuvillier (PS) sera successivement Ministre délégué aux transports et à l’économie maritime (du 16 mai 2012 au 21 juin 2012), Ministre délégué aux transports, à la mer et à la pêche (du 21 juin 2012 au 2 avril 2014), Secrétaire d’État chargé des transports, de la mer et de la pêche du 9 avril 2014 au 25 août 2014.

Du 26 août 2014 au 10 mai 2017, on retrouve un secrétariat d’Etat chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche avec Alain Vidalies (PS). Depuis le 16 mai 2017, Nicolas Hulot (société civile) occupait les fonctions de Ministre d’Etat, Ministre de la Transition écologique et solidaire, faisant fonction de ‘Ministre de la mer’. En dehors du ministère chargé de l’Environnement, de l’Equipement ou encore des Transports, d’autres ministères s’occupent aussi s’occupent de la Mer : ceux de la Défense, de l’Intérieur, des Finances, de l’Agriculture, de la Justice… soit une quinzaine d’administrations, la pêche continuant à dépendre du ministère de l’Agriculture et la construction navale de celui de l’Industrie qui se retrouve sans ministre depuis 2017. Cet éclatement ne révèle pas que des difficultés d’organigramme gouvernemental mais exprime d’abord la spécificité des enjeux maritimes et la difficulté technique de pilotage d’une administration transversale compte tenu des compétences très diverses que mers et océans sollicitent.

Les auteurs de l’ouvrage collectif Les Français, la terre et la mer – XIIIème-XXème siècle1 concluent : « Un ministère de la Mer qui serait un véritable ministère de plein droit est très difficile à mettre sur pied dans la mesure où il se trouverait, quasiment dans chaque secteur, en concurrence avec d’autres ministères : l’industrie, l’environnement, le tourisme, la recherche… Or, entre deux ministères de plein exercice, il n’y a pas d’arbitrage possible. L’absence de ministère de la Mer est perçue aussi comme un symbole qui révèle la faible considération dans laquelle sont tenus globalement, en France, le milieu maritime, les économies et les cultures qui en découlent. Cet état de fait induit une incapacité à considérer les problèmes dans leur ensemble et dans leurs interactions ». A suivre. Bonne mer donc à Annick Girardin !

1 Sous la direction de Alain Cabantous, André Lespagnol et Françoise Péron : Les Français, la terre et la mer – XIIIème – XXème siècle. Editions Fayard, avril 2005.

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RELATION FRANCO-ALGERIENNE TOUJOURS AUSSI COMPLEXE – AFP, 9 juillet.

Le chef de l’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune a reçu jeudi un appel téléphonique d’Emmanuel Macron, a annoncé la présidence algérienne, au moment où se dessine un rapprochement entre l’Algérie et la France, l’ex-puissance coloniale. L’entretien – le troisième en moins de six semaines – a porté sur la question mémorielle ainsi que sur la situation en Libye et au Sahel, selon un communiqué de la présidence. Il survient quelques jours après la remise par la France des restes de 24 combattants algériens tués au début de la colonisation française au XIXe siècle. « L’entretien (…) a permis aux deux présidents de passer en revue un certain nombre de questions (…), notamment celles liées à la mémoire et au centre desquelles s’est retrouvée celle de la restitution, le 3 juillet dernier, des restes de vingt-quatre combattants de la résistance algérienne comme de ceux qui demeurent encore à rapatrier et du besoin de travailler à la réconciliation des mémoires des peuples des deux pays », a expliqué la présidence algérienne.

La restitution des ossements – des crânes – par la France est un signe fort de dégel dans les relations entre Alger et Paris, marquées depuis l’indépendance en 1962 par des polémiques et des crispations. Dans un entretien avec la chaîne de télévision France 24, samedi, M. Tebboune a déclaré attendre des excuses de la France pour la colonisation de l’Algérie afin « d’apaiser le climat et le rendre plus serein ». Le président algérien avait également couvert de louanges son homologue français, « quelqu’un de très honnête » susceptible de contribuer à ce climat d’apaisement. En décembre 2017 à Alger, M. Macron s’était engagé à restituer les crânes d’Algériens entreposés depuis le XIXe siècle dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.

La même année, mais avant son élection, il avait qualifié, également dans la capitale algérienne, la colonisation de l’Algérie de « crime contre l’humanité », s’attirant des critiques de responsables français de droite. Des dirigeants politiques algériens ont par ailleurs critiqué jeudi Marine Le Pen, sans la nommer, et le « lobby colonialiste », après que la dirigeante du Rassemblement national (RN, extrême droite) a rejeté les demandes d’excuses d’Alger pour le passé colonial.

« Les dirigeants algériens demandent des excuses pour le passé, afin de masquer le présent : une économie en ruine, une jeunesse délaissée, un pays en voie de déclassement. Il est temps qu’ils regardent en face le résultat de 60 ans d’indépendance », a récemment tweeté Mme Le Pen. La question de la mémoire reste au coeur des relations conflictuelles entre la France et l’Algérie, où la perception est que Paris ne fait pas assez pour se repentir de son passé colonial. Dans leur entretien téléphonique, MM. Tebboune et Macron ont également échangé « sur la situation prévalant dans la région, notamment en Libye et au Sahel », ajoute le communiqué.

Les deux chefs d’Etat « sont convenus de maintenir la coordination et la concertation entre les deux pays, en tant qu’acteurs incontournables dans la région, et de lancer un certain nombre d’initiatives visant à promouvoir des solutions politiques aux crises qui y prévalent ». Paris comme Alger s’inquiètent de la situation en Libye, avec l’implication croissante de la Turquie et de la Russie. L’Algérie qui partage près de 1.000 km de frontières avec la Libye s’active depuis plusieurs mois pour tenter d’oeuvrer au règlement politique du conflit dans ce pays qui menace la stabilité régionale. Le président Tebboune a proposé d’héberger à Alger un « dialogue » interlibyen. Au Sahel, l’Algérie, qui craint les risques d’instabilité sur son flanc sud, a servi de médiateur en 2014-2015 entre le gouvernement de Bamako et des groupes rebelles armés du nord du Mali.

 

L’OIAC EPINGLE LA SYRIE POUR DES ATTAQUES AU SARIN – AFP, 9 juillet.

Les Etats membres de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ont averti jeudi Damas qu’ils pourraient prendre des mesures à son encontre suite à un rapport désignant pour la première fois le régime syrien comme responsable d’attaques chimiques sur son propre sol. Une majorité des pays du conseil exécutif de l’OIAC – qui comprend 41 de ses 193 Etats membres – a voté en faveur d’une proposition visant à enjoindre la Syrie à partager tous les détails disponibles sur les installations où le sarin et le chlore utilisés lors d’attaques en 2017 ont été « produits et stockés ». La décision intervient après que l’équipe d’identification et d’enquête (IIT) de l’organisation basée à La Haye a établi en avril que l’armée de l’air de Bachar al-Assad avait lâché des bombes contenant ces deux substances à Latamné, dans le nord de la Syrie, violant ainsi la Convention sur les armes chimiques. Selon des diplomates, la motion proposée par la France a été adoptée à la majorité avec 29 voix, la Russie, la Chine et l’Iran ayant été les seuls pays à voter contre. « C’est un bon résultat pour la sécurité internationale et la lutte contre l’impunité », a réagi l’ambassadeur de la France aux Pays-Bas, Luis Vassy. « C’est un succès pour l’organisation qui se met en mesure de remplir son mandat », a-t-il ajouté auprès de l’AFP. Damas dispose désormais de 90 jours pour « redresser la situation » en déclarant notamment toutes les armes chimiques restantes dont il dispose, y compris le sarin et le chlore. Si elle ne se conforme pas, la Syrie devra faire face à un vote recommandant une « action appropriée » à son encontre lors de la réunion annuelle réunissant tous les Etats membres de l’OIAC, prévue en novembre. La Syrie pourrait également voir son droit de vote suspendu, soit la plus haute sanction permise par l’OIAC, si elle ne prend pas de mesures, selon des sources diplomatiques. Malgré de fortes objections de la part de la Syrie et de ses alliés, dont Moscou, une majorité des Etats membres avaient autorisé en 2018 l’OIAC à désigner l’auteur d’une attaque chimique et non plus seulement à documenter l’utilisation d’une telle arme. Le directeur général de l’organisation, Fernando Arias, a affirmé plus tôt cette semaine que l’IIT enquêtait sur de nouveaux incidents en Syrie. Le gouvernement syrien nie constamment toute implication dans des attaques chimiques, affirmant avoir remis tous ses stocks d’armes chimiques sous supervision internationale aux termes d’un accord conclu en 2013.

 

RETOUR SUR L’INCIDENT NAVAL TURCO-FRANÇAIS : UNE CERTAINE VOLONTE DE PROVOQUER – B2/Nicolas Gros-Verheyde, 9 juillet.

Le rapport établi par l’OTAN, examiné par le comité militaire de l’Alliance, s’avère plus nuancé, selon un témoin digne de foi. Une nuance qui n’obéit pas seulement à la nécessité de ménager deux Alliés essentiels, la Turquie et la France, mais obéit aussi à une logique des faits implacable.

TROIS CONTRÔLES DANS LA MÊME JOURNEE

L’affaire commence en fait avec le contrôle par la marine grecque, le Spetsai dans le cadre de l’opération de l’UE (EUNAVFOR Med Irini) (lire : Un cargo sous escorte turque soupçonné de violer l’embargo sur les armes (v3)). Elle se poursuit avec un second contrôle, fait par la marine italienne, cette fois dans le cadre de l’opération de l’OTAN Sea Guardian. Officiellement, les deux opérations ne se parlent pas entre elles. Mais leurs officiers de différentes nationalités, oui. Deux contrôles dans la même journée, c’est peu banal. C’est alors qu’intervient une troisième volonté contrôle, de la frégate française Courbet (lire : Le Cirkin n’en était pas à son coup d’essai. Un navire français illuminé au radar).

VOLONTE FRANCAISE DE PROVOQUER ?

La frégate Courbet fonce sur l’objectif semble-t-il, en sachant très bien le résultat. Le résultat est, en effet, connu d’avance. Le navire marchand ayant été placé sous protection turque, il ne peut ainsi être interpelé et encore moins fouillé. C’est la règle intangible du droit de la mer (lire article à suivre) que ne peut briser un commandant de navire, fut-il sur ordre présidentiel, sauf à vouloir commettre un acte de guerre. La volonté « de provocation » française des Turcs n’est donc, semble-t-il, pas absente, selon les observateurs ‘neutres’ du dossier. Il s’agit de créer un précédent. Ce qui conforte d’une certaine façon la version turque de l’incident et explique, en partie, le silence plutôt gêné des autres Européens et Alliés.

PIEUX MENSONGE TURC

Ceci ne doit pas faire oublier un fait passé inaperçu dans ce brouhaha politique. La réponse officielle des Turcs était que ce navire Cirkin transportait « de l’aide humanitaire » destinée à la Libye pour faire face à la crise du Covid-19. Ce qui peut être vrai… en partie. Il suffit d’avoir une cargaison de masques et de produits désinfectants. Mais avec les preuves patentes du déchargement de véhicules et d’armes à Misrata, il s’avèrera que non seulement la Turquie a violé sciemment l’embargo sur les armes vers la Libye, mais a menti frontalement à ses alliés sur la motivation de protection de ce cargo.

SILENCE TROUBLANT

C’est là le point focal de l’histoire. Le silence des Européens, comme des autres Alliés, sur cet élément est pour le moins très troublant. Affirmer tous les matins vouloir contrôler l’embargo sur les armes vers la Libye et, au premier incident, rentrer la tête sous le sable n’est ni courageux ni lucide. Car la Turquie n’est pas seule à violer l’embargo. Des preuves existent, remontées aux Européens et aux alliés, de la violation de l’embargo par des appareils militaires et civils russes, comme émiratis.

FEU VERT TACITE

Ce silence avéré, le manque de soutien au navire grec confronté en premier lieu à la marine turque est un comportement suicidaire pour la crédibilité européenne, une sorte de feu vert tacite à toutes les violations de l’embargo.

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Lors de la fête nationale des Etats-Unis, de simples manifestants ont jeté à bas une statue de Christophe Colomb et l’ont précipitée dans les eaux. Sans grue telle qu’affrétée par l’armée américaine d’occupation pour déboulonner une statue du président irakien à Bagdad en 2003, avec caméras et figurants bien placés pour faire croire à une foule. Sans les hélicoptères de l’armée américaine utilisés pour balancer Ben Laden dans les flots de l’Océan Indien. Le 14 juillet 1958, des Irakiens en fureur avaient trainé dans les rues de Bagdad le cadavre de Nouri Saïd, un premier ministre renversé, honni, imposé par les Britanniques du mandat de la SDN arrangé pour les besoins pétroliers de l’Empire, explicités dès juin 1915 par le Comité De Bunsen à Londres. Verra-t-on un jour les « libérateurs » du pays du Code d’Hammourabi, G-W. Bush et Tony Blair, pendus haut et court ? A défaut de justice internationale !

Bernard Cornut

 

  1. A peine apparue, la percée en trompe-l‘œil des verts amenait la madone des sleepings à s’autoproclamer ‘candidate naturelle de l’écologie et de la gauche’ aux prochaines présidentielles. ‘En même temps’, elle faisait croire qu’elle avait été pressentie pour le nouveau gouvernement. Elle ose tout et on la reconnaît à cela. Il ne lui reste plus qu’à justifier l’urgence de la loi PMA-GPA et les lobbys la prendront alors au sérieux.
  1. Changer de présentateur qu’un public semble apprécier n’est pas aisé. A fortiori si le producteur de l’émission recule dans les sondages. Ce dernier a donc repris la main, sachant que rien de bon ne l’attendait à gauche. Quelques stars font leur entrée, en attendant leur première démission qui se fera avec éclat. Mais le pire a été évité. Ruquier par exemple à la place de Dupont-Moretti ou Cyrille Hanouna à celle de Bachelot.
  1. Les débats font rage en Italie sur l’opportunité d’utiliser le MES, mécanisme européen offrant à ses membres un endettement à des conditions exceptionnelles. Le mouvement 5 Etoiles s’y oppose, comme la Ligue de Salvini. « Pourquoi utiliserions-nous un système que la France n’utilise pas ? » éructe-t-il. Parce que la France reçoit 0,12% sur ses emprunts à 10 ans quand l’Italie paye 1,22%. ‘Deficiente !’, dit-on en italien.
  1. La non-réponse de l’OTAN à la demande française de condamnation de la Turquie pour trafic d’armes en Libye devrait avoir d’autres conséquences qu’une bouderie consistant à se retirer temporairement d’un programme en cours. Si la France a besoin des Etats-Unis et l’OTAN, de la France, cela s’appelle une alliance. A moins qu’il ne s’agisse que d’un ‘traité d’assistance’, tel celui qui lie la France au Qatar, grand ami de la Turquie ?
  1. La ‘seule’ démocratie du Moyen-Orient impose à nouveau le confinement (cela ne changera évidemment rien à Gaza). Quant à Netanyahou, inculpé dans différents cas de corruption en cours de jugement, il vient de recevoir €250.000 du fisc israélien au titre d’un trop-perçu. Cela fait tâche et il le reconnaît : « Ce n’était pas le bon moment ».

Dinall’uill

 

QUAND LES RACINES PARLENT, ELLES ECLAIRENT LA CROIX SUR LE CHEMIN DE DAMAS…

L’écrivaine libanaise Régina Sneifer réagit à la lettre que le père Elias Zahlaoui vient d’adresser au pape. Le dernier ouvrage paru de Régina Sneifer : Une Femme dans la tourmente de la Grande Syrie – D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé. Préface de Georges Corm. Editions Riveneuve, août 2019.

La rédaction

QUAND LES RACINES PARLENT, ELLES ECLAIRENT LA CROIX SUR LE CHEMIN DE DAMAS…

Père Zahlaoui,

A une époque où l’on étouffe, quelle bouffée d’air apporte votre lettre adressée au Pape dans laquelle vous lui posez la question : « Croyez-vous toujours à la survie de Jésus-Christ dans le monde arabe ? » et l’invitez à venir en Syrie.

Votre vibrante invitation vient transpercer le noir le plus profond des misères et des injustices que traversent les hommes et les femmes dans notre région. Par sa grande audace, elle éclaire la voie des chrétiens et réveille leur foi qu’ils soient en Irak, Palestine, Liban, Syrie ou en Égypte, en leur rappelant le sens de leur sublime mission : rayonner sur une terre de diversité.

Je suis une femme de la génération de la guerre du Liban et mon message est puisé au fond de ce passé. Nous avons entendu, année après année, des discours à saveur aussi violente que superficielle, construits sur des récits historiques instrumentalisés et des mythologies du passé prononcés par des « faux chrétiens ».

Depuis que des ambitieux chefs de guerres, sans scrupule aucun, ont excité les passions identitaires pour nous convaincre que nous sommes avant tout des minoritaires sur cette terre, éternelles victimes, persécutés depuis des siècles ; depuis qu’on nous dit que pour exister, il faut dominer, s’isoler, voire éliminer l’autre ; depuis qu’on parle de nous en tant que chrétiens d’Orient, barrage contre l’Islam en avant-garde de l’Occident, la tentation d’un « foyer national chrétien » allié à Israël, gagne du terrain. Ces « faux chrétiens » veulent que l’on ressemble aux fils de Caïn, fanatiques, haineux et doctrinaires, afin de dupliquer leur modèle venu d’ailleurs, promoteur de suprématie, d’exclusion d’intolérance et d’injustice ! Un démon qui s’immisce dans l’obscurité de nos consciences.

Mais qu’est-ce donc le christianisme ? Consiste-t-il à exclure en transformant sa croix en glaive ? Consiste-t-il à s’abandonner à la peur et l’isolement ? Consiste-il à céder à l’appât de l’argent et du pouvoir ? Consiste-t-il à suivre aveuglement une institution ?

On ne peut imaginer l’étendue des dégâts d’une guerre provoquée par des idéologies basées sur les replis identitaires, si on n’a pas vécu soi-même cet enfer de douleurs que les hommes peuvent infliger aux hommes. Que reste-t-il de nous ? Que reste-t-il de nos racines ? Je mesure aujourd’hui ce que haines, violences et peurs, ont pu ôter de nous-mêmes. Elles nous ont dévoré de l’intérieur petit bout par petit bout, silencieusement. Et nous voilà étrangers à nous-mêmes sur nos terres. Nous ressemblons à des carcasses sans âmes dressées dans un désert – jadis croissant fertile – au gré des vents soufflant d’ailleurs. Des épouvantails que les corbeaux et les rapaces ne craignent plus.

Père Zahlaoui,

« La racine est une fleur qui dédaigne sa gloire » écrit Khalil Gibran.

Régina Sneifer

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