Observatoire Géostratégique

numéro 340 / 19 juillet 2021

TSAHAL PEUT EN CACHER UNE AUTRE…

Le vendredi 27 mai dernier, le New-York Times a publié – sur toute la largeur de sa une – les photos des enfants morts à Gaza sous les coups de « Tsahal », la fameuse « armée de défense » !!! Quelle imposture !

« Tsahal » est l’acronyme de l’expression « armée de défense d’Israël » (en hébreu Tsva Haganah Leisrael). En fait de « défense », les peuples de la région savent à quoi s’en tenir : occupation, torture, déportation, etc. Toujours est-il que cette publication est une première !

Le quotidien américain écrit : « au moins 67 personnes de moins de 18 ans à Gaza et 2 en Israël ont été tuées durant le conflit de ce mois, selon les premiers rapports. Ils voulaient être médecins, artistes, dirigeants… ». On apprend grâce au New-York Times que quelques minutes seulement après le déclenchement de l’offensive israélienne, un garçon de 5 ans nommé Baraa al-Gharabli a été tué à Jabaliya, dans la bande de Gaza.

Un jeune de 16 ans, Mustafa Obaid, a été également tué lors de la même frappe, dans la soirée du 10 mai, écrivent encore les journalistes qui ajoutent à chaque fois une photo de la victime. À peu près au même moment, quatre cousins – Yazan al-Masri, 2 ans, Marwan al-Masri, 6 ans, Rahaf al-Masri, 10 ans, et Ibrahim al-Masri, 11 ans – ont été tués à Beit Hanoun, à Gaza. 256 Palestiniens ont été tués par des frappes israéliennes dans la bande de Gaza durant l’offensive du mois de mai, dont la moitié sont des civils selon l’ONU.

La Une du New-York Time a fait réagir la romancière Saphia Azzedine : « ils étaient Palestiniens. Ils avaient une histoire. Le New-York Times la raconte. Eh non, le Hamas ne les a pas utilisés comme bouclier humain, ils sont morts sous les raids de l’armée comme des centaines avant eux ». « Cette propagande est indigne et ne fonctionne plus. Arrêtons de prier pour la paix, réclamons la justice », ajoute l’écrivaine qui attire aussi l’attention sur le Liban…

Le Liban est en chute libre, à l’approche d’une nouvelle conférence d’aide. Le retrait du Premier ministre désigné Saad Hariri, neuf mois après sa désignation, intervient en pleine crise économique, qualifiée par la Banque mondiale comme l’une des pires de l’histoire depuis 1850. En proie à une flambée vertigineuse des prix, une dégringolade historique de sa monnaie et une paupérisation inédite de sa population, le Liban vivait déjà ces dernières semaines au rythme de graves pénuries, notamment de médicaments et de carburant, ayant catalysé de nouvelles manifestations.

"Liban, vers plus de danger", pouvait-on lire vendredi en une du quotidien Annahar. "Avec la récusation de Hariri, une aggravation de la crise est inéluctable", titrait de son côté le quotidien francophone L’Orient-Le Jour. La France, qui chapeaute les efforts internationaux pour une sortie de crise, a encore fustigé vendredi la classe politique, annonçant la tenue d’une nouvelle conférence d’aide internationale le 4 août. Cette conférence, qui se tiendra avec l’appui de l’ONU un an exactement après l’explosion meurtrière au port de Beyrouth – imputée à la négligence des autorités – est "destinée à répondre aux besoins des Libanais dont la situation se détériore chaque jour", a indiqué le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué.

Malgré la pression internationale et la menace de sanctions de l’UE contre les dirigeants libanais, les tractations politiciennes ont entravé à plusieurs reprises l’accouchement d’un nouveau gouvernement censé lancer des réformes pour débloquer les aides internationales cruciales. "Ce dernier développement confirme le blocage politique dans lequel les dirigeants libanais maintiennent délibérément le pays depuis des mois, alors même qu’il s’enfonce dans une crise économique et sociale sans précédent", a déploré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. "Il y a une urgence absolue à sortir de cette obstruction organisée et inacceptable", a-t-elle ajouté.

La rédaction

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JOE BIDEN ENCHAÎNE LES SOMMETS EN EUROPE

Cinq mois après son entrée à la Maison-Blanche, le 46ème président des États-Unis, attendu à bras ouverts par ses alliés – sorte d’idiots utiles chantant les louanges du maître américain -, effectue son premier déplacement à l’étranger qu’il réserve à la vieille Europe. L’Amérique est de retour tourne en boucle1. Tête-à-tête avec Boris Johnson, G7 en Cornouaille, visite à Bruxelles (OTAN, Union européenne), sommet avec Vladimir Poutine à Genève… Le président américain multiplie les entrevues lors de ce long déplacement de huit jours, débuté à Londres le 10 juin 2021. Joe Biden met « l’empathie stratégique » au cœur de sa diplomatie et veut enrôler l’Europe, unir les démocraties dans sa lutte contre la Chine2, et plus largement, contre les démocratures, les démocraties il-libérales3.

Ces visites se situent dans un contexte intérieur où Joe Biden se heurte à ses premières difficultés intérieures : échec des discussions avec les Républicains du Sénat portant sur un ambitieux programme de rénovation des infrastructures, retour au réel et à une posture trumpienne sur la politique migratoire avec le Mexique marquée par la visite de Kamala Harris à Mexico, première pomme de discorde avec son homologue canadien sur le projet controversé d’oléoduc Keystone XL…. Il est toujours bon de prendre l’air du grand large pour redorer son blason intérieur à peu de frais en fréquentant le beau linge du monde occidental mais aussi celui qu’il qualifiait, il y a peu encore de « tueur », Vladimir Poutine en terrain neutre (Genève). Au passage, Joe Biden fait de généreuses annonces sur la question de la diffusion des vaccins aux pays en développement.

Histoire de redorer le blason terni d’une Amérique impériale qui regarde plus vers l’Asie que vers l’Europe. Superbe séquence médiatique pour le président des États-Unis volant du G7 (Royaume-Uni), vers l’OTAN et l’Union européenne (Belgique) pour se retrouver avec l’affreux Vladimir Poutine en tête-à-tête (Suisse).

LONDRES ET CARBIS BAY : DU BILATÉRAL AU G7

Arrivé le 10 juin 2021 en Royaume-Uni, le président américain veut réparer la relation transatlantique face à la Chine. En dehors de traditionnels entretiens bilatéraux avec les Britanniques, mais aussi avec certains membres du G7, il participe à ce cénacle qui perd de sa pertinence au fil du temps.

Bilatéral : « Global Britain » fait un bras d’honneur à ses anciens partenaires européens

Boris Johnson saisit l’occasion de sa présidence du G7 pour tenter de démontrer les avantages que retire le Royaume-Uni de sa liberté retrouvée en développant son projet de « Global Britain »4, pour louer sa « relation indestructible » avec les États-Unis. Il signe son premier accord commercial post-Brexit avec l’Australie5. Le Premier ministre britannique déclare avoir eu d’« excellentes » discussions avec le président américain Joe Biden, le 11 juin 2021, quelques heures avant le sommet du G76. Le premier déplacement à l’étranger du président américain devait marquer le « retour » des États-Unis après le mandat de Donald Trump. Pour leur part, les Britanniques n’ont que faire des rodomontades de Jupiter.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab affirme, le 11 juin 2021, que l’unité du Royaume-Uni n’est « pas négociable », en réponse à la fermeté affichée par le président français Emmanuel Macron concernant les dispositions post-Brexit pour l’Irlande du Nord. Circulez, il n’y a rien à voir ! Mais, ceci ne lui suffit pas. Emmanuel Macron demande, le 12 juin 2021, à Boris Johnson de respecter « la parole donnée aux Européens » dans le cadre du Brexit, sur fond de tensions en Irlande du Nord. Il est sèchement renvoyé dans ses buts. Une sorte de gifle diplomatique7.

Il se console comme il peut surtout lorsque le voyou de Londres lance une « guerre de la saucisse ». La France et les Etats-Unis sont « sur la même ligne » sur la nécessité de coopérer sur les grands dossiers internationaux, assure le 12 juin 2021, Joe Biden lors de sa première rencontre avec son homologue français Emmanuel Macron8.

Pour sa part, le président américain Joe Biden indique qu’il recevra la chancelière allemande Angela Merkel le 15 juillet 2021 à la Maison Blanche9. Manifestement au sein de l’Union européenne (« à la force de laquelle il croit ») et de l’OTAN (qu’il mobilise contre la Chine), Joe Biden joue ostensiblement la carte allemande (Merkel et post-Merkel) [Emmanuel Macron devra se contenter d’une visite à Paris du secrétaire d’État, Antony Blinken]. Geste américain le plus significatif : il lève les sanctions contre les entreprises impliquées dans la construction du gazoduc NordStream2 et ne réclame plus de manière explicite le partage du fardeau au sein de l’Alliance atlantique (les 2% du PIB consacrés au budget de la défense).

La question est désormais de savoir les contreparties attendues du côté allemand tant vis-à-vis de la Russie que, surtout, du côté de la Chine où les entreprises allemandes sont très présentes. À Washington, le président français agace par ses interrogations déplacées sur le fonctionnement de l’Alliance atlantique et par son idée « d’autonomie stratégique européenne ». Il ne sera donc pas l’interlocuteur privilégié sur les questions européennes, preuve supplémentaire du déclassement de la France à Bruxelles !

Tout va pour le mieux pour la famille occidentale

G7 de Carbis Bay : vaccination, climat, multilatéralisme et bonnes paroles10

Carbis Bay. 11 juin 2021 : le G7 commence. L’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon se retrouvent sous présidence du Royaume-Uni, septième membre du Groupe. Pour cette année, Londres choisit un thème général : « Reconstruire en mieux ». Reconstruire en mieux – l’économie, les systèmes sanitaires, notre approche de l’environnement, l’éducation aussi – après la pandémie. Reconstruire en mieux, le monde ébranlé en 2020. Reconstruire quelque chose qui avait disparu : le G7 lui-même, aux abonnés absents sous présidence américaine en 2020.  Ce sommet est l’occasion, pour les dirigeants, de prouver que le multilatéralisme a de l’avenir. Qu’il est notre porte de sortie. Que nous devons reconstruire en mieux, ensemble. Réunis du 11 au 13 juin 2021 en présentiel dans le sud-ouest de l’Angleterre, les dirigeants de grandes puissances veulent tourner la page de la pandémie11. Ils « annoncent qu’ils fourniront au moins un milliard de doses de vaccins contre le coronavirus en partageant des doses et en les finançant ». Par ailleurs, ils « présentent un plan pour étendre la production de vaccins afin d’atteindre cet objectif ».

« En vaccinant plus de personnes dans le monde, non seulement nous aiderons à mettre fin à la pandémie de coronavirus, mais nous réduirons aussi le risque pour la population au Royaume-Uni » en « diminuant la menace posée par des variants résistants aux vaccins apparaissant dans des zones ayant d’importants foyers épidémiques », a-t-il ajouté. Dans ce cadre, Londres indique donner 100 millions de doses excédentaires provenant de différents laboratoires grâce à l’avancée de son programme de vaccination, qui a déjà permis d’administrer près de 70 millions d’injections au Royaume-Uni. Cinq millions de doses seront fournies d’ici septembre, et le reste jusqu’en 2022, principalement via le dispositif Covax12. Les Etats-Unis se sont de leur côté engagés à fournir 500 millions de vaccins de Pfizer/BioNTech, dont 200 millions cette année. Au-delà des effets d’annonce, les décisions adoptées ont amplement démontré le manque d’ambition collective tant sur le plan de la vaccination (dénoncée par le directeur général de l’OMS et l’ex-premier ministre travailliste, Gordon Brown)13 que sur celui du climat (création d’un fonds « Blue Planet » de 583 millions d’euros pour la préservation des océans).

Ne parlons pas du projet d’aide aux infrastructures destiné aux pays en développement (« Build Back Better World ») censé damé le pion aux « nouvelles routes de la soie » chinoises ! Tout ceci est vague, flou et ne comporte aucun engagement contraignant susceptible d’être sanctionné en cas de non- respect. La photo avec la reine d’Angleterre était parfaite même si Joe Biden le madré aurait commis quelques impairs protocolaires avec Sa Gracieuse Majesté. Tout le monde en est d’accord !14

Heureusement, le messie est revenu sur terre. L’arrivée au pouvoir de Joe Biden aux Etats-Unis a apporté « un nouvel » élan aux travaux du G7, s’est félicitée Angela Merkel en conclusion du G7. Pour ne pas être en reste, Emmanuel Macron salue un « multilatéralisme efficace » lors du G7 et des décisions « utiles » pour « nos concitoyens », permettant de les éloigner du vote « nationaliste ». Diantre ! Le G7 se serait transformé en meilleur rempart contre la peste brune… De qui se moque-t-on ? Pour sa part, la Chine lutte pour éviter sa mise à l’écart15.

Guillaume Berlat
19 juillet 2021

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EMMANUEL MACRON REPENSE SEUL LE MONDE – Jean Daspry. Doté une intelligence abstraite de haut niveau, Emmanuel Macron l’est assurément. Doté d’un minimum de sens commun, Emmanuel Macron ne l’est assurément pas. Il dispose d’un art consommé, incontestable et incontesté, de ne tirer aucune leçon de ses échecs passés. L’adage latin « Errare humanum est, perseverare diabolicum », résume parfaitement son dilemme !

Il ne souvient pas que ses discours de la Sorbonne (sur la réforme de l’Union européenne) de Ouagadougou (sur la réforme de la relation entre la France et l’Afrique), son entretien à The Economist (sur l’OTAN en « état de mort cérébrale ») … figurent au mieux dans le recueil des bons mots de son quinquennat, finissent au pire dans les poubelles de l’Histoire.

À la veille du G7 en Cornouaille (11-13 juin 2021) et d’un sommet de l’OTAN (14 février 2021 en la présence du maitre de cérémonie, Joe Biden), le chef de l’État se livre à l’un de ses travers de narcissique, à savoir la pratique de la diplomatie du coucou lors d’une conférence de presse (10 juin 2021) au cours de laquelle il dresse un panorama du monde contemporain, saisissant l’occasion pour distribuer bons et mauvais points1.

Une sorte de diplomatie de l’inventaire à la Prévert qui n’impressionne que le clergé médiatique, fait sourire dans les chancelleries étrangères. Jupiter n’a toujours pas compris que changer le monde ne peut se faire seul. Il faut savoir rallier quelques partenaires à ses idées en pratiquant l’exigeant exercice de diplomatie de la conviction. L’union fait la force. Ainsi, l’on peut espérer créer des coalitions de volontaires – une sorte de masse critique – capables de porter des projets de réforme avec un minimum de chance de succès. Autrement, c’est l’échec assuré. On se paie de mots, on se donne bonne conscience mais l’on ne parvient pas à faire bouger les lignes dans le sens que l’on souhaite. Pire, on va droit le mur, pied sur l’accélérateur et main sur le klaxon. Emmanuel Macron se berce d’une illusion paradigmatique, celle de destin de réformateur du monde d’hier. Faire la leçon du maître de la « Grande Nation » à ses élèves du reste du monde n’est plus d’actualité surtout lorsque l’on a reçu une magistrale claque dans la Drôme (8 juin 2021) deux jours avant sa péroraison médiatico-diplomatique à vocation planétaire. Un minimum de retenue s’imposerait mais notre gamin ne connaît toujours pas la signification de ce terme. Il ne fait toujours pas partie de son domaine lexical.

Sans aucune hiérarchisation, Emmanuel Macron enfile les sujets comme il enfilerait des perles.

Relation des Européens avec les États-Unis : selon notre grand oracle, les Européens auraient assez grandi et auraient pris conscience de leur vulnérabilité et de leurs propres intérêts pour ne plus croire aux saines vertus d’un simple retour dans le giron de l’Oncle Sam même si ce dernier se montre avenant, prévoyant sous les traits de Joe Biden [Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant qu’il n’a pas consulté ses partenaires européens avant son oraison]. Mais, conformément à sa diplomatie du en même temps, il se félicite des retrouvailles avec les États-Unis et la réhabilitation du travail multilatéral tout en notant quelques nuances sur la méthode et le fond avec Joe l’endormi. Nouvel exemple de diplomatie du en même temps, du tout et du n’importe quoi.

Souveraineté européenne (dont aucun de nos partenaires ne veut en raison du bienveillant parapluie américain et de sa succursale belge qui a pour nom OTAN) : pour Emmanuel Macron, elle signifie un refus d’alignement automatique sur Washington, en particulier dans la confrontation avec Pékin à l’heure de la guerre des sanctions2. Il traduit ainsi son idée : « nos partenaires doivent reconnaître cette nouvelle donne européenne et nous devons nous montrer capables de bâtir un nouveau partenariat avec les États-Unis… il faut que nous puissions avoir aussi notre voie, communauté de valeurs mais indépendance quand il s’agit de notre stratégie à l’égard de la Chine ». Il poursuit ainsi : « notre ligne n’est ni d’être vassalisés par la Chine ni d’être alignés sur ce sujet avec les États-Unis d’Amérique ».

Positionnement au sein de l’OTAN : pour Emmanuel Macron, il n’est pas question que le sommet de l’Alliance atlantique décide d’une réorientation contre la Chine au bénéfice de Washington. « Pour ma part, la Chine ne fait pas partie de la géographie atlantique ou alors ma carte a un problème ». Il prévoit (il n’a pas beaucoup de mérite en cela, Joe Biden l’ayant claironné dans les médias depuis plusieurs semaines) l’annonce américaine brutale d’un retrait complet d’Afghanistan d’ici le mois de septembre. D’un point de vue plus général, le président de la République a appelé de ses vœux – cela ne mange pas de pain – à une « très grande clarification stratégique de l’OTAN ainsi que l’établissement d’une règle de conduite entre États membres » (visant ainsi la Turquie).

Maîtrise des armements : Emmanuel Macron met en garde Joe Biden (avant sa rencontre de Genève avec son homologue russe) contre la tentation d’en revenir aux formules anciennes, excluant les Européens de la table de négociation. Comment pourrait-il en être autrement sur des questions bilatérales comme sur le traité New Start ? « Nous ne pouvons pas accepter de revenir à une grammaire qui serait celle de la guerre froide. L’Europe n’est pas simplement un objet ou un territoire de la répartition des influences. Nous devons être des interlocuteurs, des décideurs, des cosignataires » a-t-il ajouté. Manque de chance, il n’a pas son mot à dire.

Lutte contre la pandémie : tout en saluant la promesse de Joe Biden de céder 500 millions de dose à destination des pays les plus nécessiteux (qualifiée de « formidable », terme qui ne fait pas partie du registre diplomatique classique), il reproche à l’administration américaine d’avancer plus « par slogans que par actes »). Emmanuel Macron sait parfaitement de quoi il parle. Il souligne que la France vertueuse tient ses engagements. Il souhaite que les États-Unis lèvent leurs obstacles aux exportations dans le domaine vaccinal.

Soutien aux économies africaines : Emmanuel Macron reprend son antienne favorite, légèrement éculée, sur le besoin d’apporter un soutien historique aux économies africaines dont les besoins s’élèveraient à 240 milliards d’euros, en particulier en leur accordant des facilités de droits de tirage spéciaux (DTS) au FMI. Où sont donc passés les milliards déversés en pure perte au titre de l’aide publique au développement depuis six décennies ? Question que ne soulève pas Emmanuel Macron, vraisemblablement par pudeur de gazelle.

Opération « Barkhane » au Sahel : le président de la République a fait sa grande sortie en annonçant la fin – du moins sa transformation – de l’opération « Barkhane »3 après huit années de guerre dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a pas apporté les résultats escomptés en termes de stabilisation de la région4. Cette décision signe la fin des illusions de la France dans l’Ouest de l’Afrique5.

Lutte contre « l’ensauvagement des esprits en ligne : Emmanuel Macron plaide pour la mise en place d’un cadre international de régulation d’internet qui « permettrait de lutter contre un ensauvagement des esprits et de la communication et donc d’un ensauvagement de notre ordre public mondial ». Il a poursuivi en déclarant que « l’utilisation des réseaux asociaux menace, par leur fonctionnement, notre vie démocratique ». « Il ne faut pas s’étonner que des gens, lorsqu’ils sont dans la rue, se mettent à avoir le même comportement qu’ils ont des heures durant lorsqu’ils sont derrière ou sur leur téléphone. Nous sommes en train de rebâtir le pire ». Il aura fallu quatre années pour que notre très sagace président découvre que la société française est rongée par la violence, que les réseaux sociaux sont la pire des choses de la société numérique.

Il était grand temps de constater le grand délitement que relevaient quelques militaires qualifiés de « factieux » qui ont eu le seul tort de dire la vérité et qui vont devoir rendre des comptes.

Comme toujours, le président de la République conclut sur l’une de ses envolées lyriques dont il a le secret. Évoquant ses deux idées fixes (Europe qui serait plutôt en panne et « multilatéralisme efficace » qui serait plutôt inefficace), Emmanuel Macron a conclu par une formule creuse : « Ce sont des moments où l’histoire se fait ou se défait ».

La diplomatie du moulinet atteint vite ses limites surtout lorsqu’elle est pratiquée par une personnalité qui n’a aucune connaissance sérieuse de la réalité du monde, des relations internationales, de la diplomatie avec ses codes et ses règles traditionnelles. Emmanuel Macron devrait relire quelques ouvrages de référence sur la Realpolitik6.

Cela lui ferait le plus grand bien mais est-ce réaliste à moins d’un an de la fin de son premier mandat ? Quand Emmanuel Macron comprendra-t-il que l’on ne peut changer le monde seul surtout lorsque notre pays est aussi affaibli que fracturé ?

1 Piotr Smolar, OTAN, Chine, Covid : Macron se démarque de Biden, Le Monde, 12 juin 2021, p. 5.
2 Frédéric Lemaître, La Chine veut contrer les sanctions occidentales, Le Monde, 12 juin 2021, p. 7.
3 Élise Vincent, Macron annonce la « fin de Barkhane », Le Monde, 12 juin 2021, pp. 1-2.
4 Cyril Bensimon, Sahel : le bilan très incertain de huit ans de guerre, Le Monde, 12 juin 2021, p. 4.
5 Éditorial, « Barkhane » au Mali : la fin des illusions, Le Monde, 12 juin 2021, p. 30.
6 Marc Semo, Kissinger, la Realpolitik en action, Le Monde, 9 juin 2021, p. 34.


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LEGISLATIVES EN IRAK : MOQTADA SADR SE RETIRE DE LA COURSE – AFP.RFI

À moins de trois mois des élections législatives en Irak, Moqtada Sadr se retire de la course. Le puissant chef religieux chiite est pourtant à la tête du principal bloc parlementaire et était encore le favori pour ce scrutin. « Je ne prendrai pas part aux élections, car la nation vaut mieux que cela », a déclaré ce jeudi Moqtada Sadr. Sa décision, assure-t-il, vise à « préserver ce qu’il reste du pays et le sauver ». Et le toujours populaire chef religieux affirme qu’il retire son soutien à tout candidat et tout ministre alors que son bloc fait partie de l’actuelle majorité.

Avec ce retrait, Moqtada Sadr tente de prendre ses distances avec le gouvernement alors que les manifestations de mécontentement se sont succédé ces dernières semaines. Les protestataires dénoncent les coupures d’électricité et d’eau ou encore la corruption des dirigeants, responsable à leurs yeux de l’incendie d’un hôpital, cette semaine, qui a fait plus de 60 morts.

 

IRAN : HAMDAM, UNE APPLICATION GOUVERNEMENTALE POUR FAVORISER LE MARIAGE – AFP/, Siavosh Ghazi 16 juillet.

En Iran, les autorités ont lancé une application de rencontre pour favoriser le mariage des jeunes et lutter contre le vieillissement de la population. L’application s’appelle Hamdam. En persan, cela signifie « compagne » ou « compagnon ». La particularité de cette application est que, contrairement aux sites de rencontres en Occident, son objectif est de favoriser les mariages. Pour s’inscrire, il faut remplir un formulaire en indiquant notamment ses croyances religieuses. Ces informations sont vérifiées avant que les candidats voient figurer leur nom sur l’application. Autre différence par rapport aux sites de rencontres occidentaux, et non des moindres : sur Hamdam, seuls les hommes peuvent être actifs. Si un homme manifeste son intérêt pour une femme, les responsables de l’application contactent l’intéressée pour un mariage. 

Combattre la baisse du mariage et de la natalité

Objectif : favoriser le mariage des jeunes pour combattre la baisse du nombre de mariages et du taux de natalité. Le nombre de nouveaux mariages diminue tous les ans depuis une dizaine d’années, et le nombre des divorces est en nette progression. De même, le taux de natalité est en très forte baisse et selon les experts, la population iranienne est en train de vieillir à une très grande vitesse. En mars dernier, le Parlement a voté une loi pour accorder des aides aux jeunes qui se marient. Il y a quelques jours, le quotidien conservateur Kayhan a même affirmé la nécessité de prendre des mesures contraignantes contre les célibataires afin de favoriser le mariage. Un responsable de la télévision d’État a appelé à ce que les séries télévisées mettent en scène des familles de plus de quatre enfants pour encourager les naissances. Reste que la crise économique, notamment l’inflation de près de 50% et le chômage, dissuadent et empêchent de nombreux jeunes de se marier.

Les mentalités changent aussi. Selon une nouvelle étude, pour 120 jeunes hommes qui veulent se marier, seules 100 jeunes filles sont prêtes au mariage. Les statistiques rapportent ainsi que 10 millions de jeunes attendent actuellement de se marier, sur une population de plus de 80 millions d’habitants. Surtout, les relations entre jeunes filles et garçons se sont largement libéralisées, en particulier dans les grandes villes. Les rencontres se font via les réseaux sociaux, notamment Instagram ou Clubhouse. Difficile dans ces conditions d’imaginer que l’application Hamdam rencontrera un grand succès.

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Exit Donald Rumsfeld à 88 ans. Avec d’autres responsables encore vivants, il a échappé à la justice. Aux Etats-Unis, sur plainte d’une citoyenne iraqienne, l’avocat Inder Comar avait plaidé en 2013 devant la Cour du Nord de Californie pour conspiration en vue de crime d’agression et pour crime d’agression en mars 2003. Accusant G.W. Bush et ses comparses, Cheney, Rumsfeld, Powell, Wolfowitz et Mme Rice, l’avocat avait requis et reçu des documents sur l’action gouvernementale. Dès le 11 septembre 2001, Rumsfeld avait vu dans les attentats du World Trade Centre une opportunité pour attaquer massivement l’Iraq. Une note manuscrite d’un assistant de Rumsfeld résumait ses propos ainsi : « Frapper Saddam Hussein, pas seulement Ben Laden. Y aller très fort, tout aplatir, que ça soit lié ou non ». Restait à fabriquer des justifications. Rumsfeld ayant fait vendre en 1983 des armes chimiques à l’Iraq, tous ces néoconservateurs, fonctionnaires criminels protégés, diffusèrent des bobards invérifiables.

Bernard Cornut

 

  1. Les professions de foi et listes de candidats aux régionales sont un remède à la morosité. Entre qui a ‘des envies d’île de France’, qui place l’épouse Spinzer à la 16è place (16è parce que 16è arrondissement, ah, ah !’), qui invite ‘à voter écologie, évidemment’ (le bonhomme ou le sujet ?) ou l’imbécile qui ne citerait pas ‘l‘amélioration-des-transports- de la sécurité-et-de-la santé’ quand tous le font, une question quand même à propos de la liste RN des Yvelines : le choix de Mme Führer-Moguerou. Ils l’ont fait exprès ?
  2. Dans un déni de démocratie, jetant aux orties ses engagements sur ‘le débat serein et consensuel’ et pour s’assurer quelques voix supplémentaires supposées ‘de gauche’, Macron méprise le Sénat et fait voter par ses godillots sa loi de bioéthique qui d’éthique, ne retient que le droit pour des enfants à naître de ne pas avoir de père. On se moque du parcours familial tourmenté de Macron mais un tel débat réduit à cela, c’est pitoyable.
  3. Le triste sire se livrant au jeu du ‘touche-zizi’ avec son beau-fils ne sera donc pas poursuivi, prescription oblige. Avis aux autres amateurs de l’élite pensante pratiquant ce sport en chambre : demandez à la famille d’attendre vingt ans avant d’écrire un livre. Seule façon, pour le dire vulgairement, de s’en tirer les fesses propres.
  4. Après les ‘Routes de la soie’ chinoises et ses pièges destinés à nous transformer en canards laqués, place au ‘Build Back Better World’ de Joe Biden et ses objectifs (créer des emplois américains), destinés à nous transformer en hamburgers. Mais la France veille et certains préparent déjà la rentrée. En proposant d’abaisser l’âge de la retraite ?
  5. Selon la DGT/Service Economique de Beyrouth, Israël a déduit $129 millions des ‘clearance revenues’ collectés pour le compte de l’Autorité Palestinienne au 1er trimestre 2021. Soit environ 15% du montant dû contre les 3% autorisés par le Protocole de Paris. Motif invoqué, ‘compensation pour l’usage du réseau hydraulique’. Mais Israël se rachète en livrant aux Palestiniens 1 million de doses de vaccins – périmés dans 8 jours.

Dinall’uill

 

INDO-PACIFIQUE : UN NOUVEL ESPACE DE CONFLICTUALITÉ

Le monde est de plus en plus fracturé, de plus en plus imprévisible et donc de plus en plus dangereux. Sur ce nouvel échiquier mondial, un nouveau pertubateur fait de plus en plus entendre sa voix sur tous les terrains, en particulier dans sa proximité géographique. Pékin entend maître chez lui au mépris des règles du droit international qu’il prétend respecter… à sa manière. Je monte la garde dans mon domaine maritime – largo sensu et gare à celui qui voudrait s’y approcher de trop près. Cette diplomatie prend une tournure agressive plus particulièrement dans la zone que l’on dénomme « Indo-Pacifique ».

Comment la définir géographiquement ? Le bassin Indo-Pacifique est une région biogéographique océanique qui comprend les zones tropicales et subtropicales de l’océan Indien et de la partie occidentale de l’océan Pacifique. Ces deux océans possèdent en effet en commun une même source principale originelle de biodiversité centrée sur l’archipel indonésien1. Comment la diplomatie française appréhende-t-elle cette zone en termes de priorités ? Comment le chef d’état-major de la marine française l’envisage-t-il en termes géopolitique et géostratégique ?

UNE PRIORITÉ POUR LA FRANCE SELON LE QUAI D’ORSAY

Que nous dit le Quai d’Orsay sur cette région ? Dans un contexte international marqué par les incertitudes et la montée de l’unilatéralisme, la priorité de la France est de proposer une alternative : un ordre multipolaire stable fondé sur le droit et la libre-circulation et un multilatéralisme juste, efficace et inclusif. La zone indopacifique est au cœur de cette stratégie. L’espace indopacifique est pour la France à une réalité géographique. Elle y est présente avec ses Départements ou Régions français d’outre-mer et Communautés d’outre-mer, qui représentent une population totale de 1,65 million d’habitants. 93% de la zone économique exclusive française est située dans les océans Indien et Pacifique. Par ailleurs, on compte dans les pays de la zone environ 150 000 Français résidents, plus de 7000 filiales d’entreprises implantées et 8 300 militaires en mission au sein de forces pré-positionnées. L’Indopacifique s’impose de plus en plus comme l’espace stratégique du XXIème siècle. La montée en puissance de la Chine a bouleversé les équilibres traditionnels. Alors qu’un certain nombre de menaces persistent (prolifération nucléaire, criminalité transnationale organisée, terrorisme djihadiste, piraterie, pêche illicite…), la compétition sino-américaine s’intensifie et génère de nouvelles tensions. Le centre de gravité de l’économie mondiale s’est déplacé vers l’Indopacifique. Six membres du G20 (Australie, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Japon) sont présents dans cette zone. Les voies commerciales maritimes qui la traversent sont devenues prépondérantes.

Jean Daspry

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