Observatoire Géostratégique

numéro 208 / 10 décembre 2018

GILETS-JAUNES, LUTTES DE CLASSES ET IMPLOSION DU POLITIQUE !

Les émeutes urbaines – qui viennent d’enflammer Paris, Lyon, Marseille, Toulouse et d’autres préfectures et sous-préfectures de France – rappellent que la revendication d’« égalité » n’est pas morte au pays de la Révolution de 1789. Contrairement à celles de Grande Bretagne, d’Allemagne, d’Espagne et d’Italie – où les structures familiales, façonnées par la reproduction des codes aristocratiques, demeurent très hiérarchisées et inégalitaires – la mémoire française continue à cultiver l’utopie du triptyque inscrit au frontispice de ses bâtiments publics : « liberté, égalité, fraternité », avec une insistance particulière pour l’égalité…

La première des conséquences du mouvement des Gilets jaunes est, d’une certaine manière, de nous redonner une part d’Histoire – du sens de l’histoire -, dont Francis Fukuyama et d’autre idéologues affirmaient la fin. Oui, les Gilets jaunes nous font revivre, un peu, la France historique que l’on aime, celle de l’exception politique, sociale et culturelle, celle de la Convention nationale de Robespierre, des soldats de l’An II, des Misérables, des révolutions de 1830 et 1848, de la Commune et du Conseil national de la résistance (CNR).

Les mouvements, qui redonnent à la France ce « certain sens de l’Histoire » depuis deux mois, viennent de profondeurs liées à la lente édification nationale amorcée à partir du XIème siècle par les grands ordres monastiques. Ces révoltes ne peuvent être réduites à de simples réactions antifiscales et anti-taxes passagères, mais expriment aussi une défiance récurrente des « territoires » régionaux et périphériques face à l’urbanité centralisée des métropoles régionales et de la capitale. On revient au constat de l’opposition Paris et le désert français, dressé par le géographe Jean-François Gravier, dès… 1947. Ces dix dernières années, postes, écoles, chemins de fer, hôpitaux et, plus largement, l’ensemble des services publics ont déserté les campagnes françaises pour se replier au cœur des centres urbains.

Par conséquent, le deuxième message des Gilets jaunes se traduit bien par une révolte des vieilles provinces, des régions, des territoires contre Paris, en ciblant des lieux symboliques comme la place de l’Etoile et l’avenue des Champs-Elysées. Configuré pour sortir de la Guerre d’Algérie, le régime présidentiel de la Vème République n’est plus adapté aux évolutions actuelles, d’autant qu’il a échoué- y compris sous François Mitterrand – dans ses tentatives de décentralisation du pouvoir et des administrations. La révolution numérique a conforté cette apoplexie face à laquelle tous les remèdes connus font défaut.

Enfin, la troisième grande leçon de cette révolte sociale, sans chef ni directoire, sciemment non-organisée de manière pyramidale, indépendante de tous partis politiques et syndicats, impose une réactualisation de la lutte de classes – telle qu’elle est théorisée par Le Manifeste du Parti communiste de Marx et d’Engels (1848). Quelques slogans des banderoles des manifestations et barrages sont parfaitement explicites : « Avant la fin du monde, les fins de mois ! » ou « Macron arrête de faire ton jus avec l’essence, l’eau, le gaz et l’électricité ». Sur ce thème, il faut lire ou relire le grand classique de l’historien soviétique Boris Porchnev, spécialiste des révoltes qui précédèrent la révolution de 1789 : Les Soulèvements populaires en France de 1623 à 1648. Ces luttes de classes rurales aboutirent à la convocation des Etats généraux qui mirent fin brutalement à la monarchie.

Plus généralement, cette nouvelle « lutte de classes »( ciel! Est ce possible! Ce terme était pourtant passé aux oubliettes) peut être rattachée à différentes formes de résistance à la mondialisation contemporaine. Fruit de la fin de la Guerre froide, de la révolution numérique et de la financiarisation des économies, cette globalisation sauvage et mortifère casse sans doute les Etats-nations, les services publics et les politiques de redistribution sociale. Et surtout ce « nouveau monde de progrès et d’innovation » s’obstine à exclure la grande masse des êtres humains des modes de faire et de vie, des codes de gouvernance, des moyens d’information aux mains d’une toute petite minorité d’experts en management , sociétés de conseil et autres grands patrons ou banquiers, seuls bénéficiaires d’une évolution rendant les plus riches, toujours plus riches et les plus pauvres, toujours plus pauvres.

Les Gilets jaunes protestent contre un monde qui travaille à les exclure – eux, leurs enfants et petits-enfants – du travail salarié au profit de caisses automatiques et autres plate-formes numeriques , de toute espèce de citoyenneté et d’existence sociale en les enfermant dans l’unique rôle de consommateurs de grandes surfaces affreusement laides. Devenus en quelque sorte invisibles, les « gueux » d’aujourd’hui revêtent ces gilets phosphorescents comme s’ils voulaient défier la nuit du nouveau monde qui les rejette aux marges des autoroutes numériques, de la course au pouvoir et, en définitive, de toute espèce d’humanité. Au bout de la route, les gueux d’aujourd’hui sont devenus les « animaux » des Start-ups, des nanotechnologies, des robots actionnés par la finance : « l’argent, c’est le sang des autres », affirmait Cecil Rhodes, l’inventeur de l’Apartheid…

Richard Labévière

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G-20 : DERNIER TANGO À BUENOS AIRES…

« S’il fallait dire la messe que pour des anges, le prêtre la dirait devant des bancs » (Julien Green). Ce qui vaut pour la religion vaut également pour la diplomatie. Les grands-messes internationales traditionnelles de cette fin d’année 2018 n’échappent pas à la règle. Les 30 novembre et 1er décembre 2018, vingt grands de la planète se retrouvent pendant deux jours à l’occasion d’un G20 dans la capitale argentine pour tenter de résoudre quelques-uns des grands problèmes de la planète (commerce international, réchauffement climatique…) dans un contexte particulièrement tendu (guerre froide commerciale sino-américaine, tensions russo-ukrainiennes, rôle de l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen1 et dans l’assassinat de Jamal Khashoggi…). Sans parler du désintérêt croissant du 45ème président des États-Unis, Donald Trump pour tout ce qui respire de près ou de loin le multilatéralisme et la diplomatie. Enceinte de concertation économique et financière créée à la faveur des crises des années 1990, le G20 (à l’instar du G7) se transforme petit à petit en enceinte de confrontation, parfois de pugilat.

Le temps n’est plus à la coopération et au compromis, il est à la coercition et à la sanction. Le temps n’est plus au multilatéralisme, il est au bilatéralisme. Le temps n’est plus à l’apaisement, il est à l’anathème. Que pouvait-on attendre de concret d’une réunion se déroulant dans une atmosphère particulièrement lourde si ce n’est une rencontre chaotique en dépit de l’adoption d’une déclaration commune au forceps ? En dernière analyse, le moins que l’on puisse dire est qu’elle fut particulièrement improductive.

UNE ATMOSPHÈRE PARTICULIÈREMENT LOURDE

Force est de constater est que cette réunion du G20 de Buenos Aires au niveau des chefs d’État et de gouvernement ne se déroule pas sous les meilleurs auspices tant au niveau de la situation dans le pays hôte, l’Argentine qu’au niveau de la crispation des relations entre les principaux acteurs de ce grand « happening ».

Une Argentine fortement secouée par une crise intérieure

À Buenos Aires, l’atmosphère n’est pas à la fête bien que ce soit la première fois que l’Amérique du sud accueille un G20. La tension est palpable dans la capitale argentine. Des organisations sociales manifestent dans les rues, brandissant des pancartes sur lesquelles on peut lire : « Dehors le G20 ! Dehors le FMI ! ». L’atmosphère est à la grogne. Les manifestants dénoncent le chômage, la pauvreté, les conséquences des plans du FMI… À tel point que le président Mauricio Macri, qui espère redorer son blason grâce à ce grand raout, en appelle à la médiation du prix Nobel de la paix, Adolfo Pérez Esquivel pour instaurer un dialogue avec les opposants2. Il est vrai que, pendant ce temps-là et à plusieurs dizaines de milliers de kilomètres de l’Argentine, d’autres vêtus de « gilets jaunes » scandent près des Champs-Élysées : « Macron démission » lors d’un « Black Saturday » qui restera inscrit dans la mémoire collective. Mais, notre « président des riches », sourd et de plus en plus isolé – celui qui dit ne jamais commenter l’actualité intérieure française à l’étranger mais fait le contraire – encense dans le quotidien La Nacion le président argentin qui « a décidé de ne pas céder à la facilité, et veut transformer en profondeur l’économie argentine… Mais de telles transformations sont impopulaires, en particulier au début, lorsque les coûts sont visibles sans que les résultats soient encore tangibles. Il faut savoir maintenir le cap »3.

Comme dirait l’autre, suivez mon regard ! Et, miracle, l’Assemblée nationale française vote l’interdiction de la fessée, marquant ainsi son total décalage avec les préoccupations des citoyens. Brigitte Macron entreprend des travaux pharaoniques à l’Élysée en dépoussiérant les 365 pièces de l’hôtel d’Evreux4. C’est le contribuable qui n’en peut mais qui paiera. Sur la scène internationale, les choses ne sont guère réjouissantes en cette fin d’année chaotique et pleine de dangers de toutes sortes.

Une gouvernance internationale chahutée par les États-Unis

Alors que le monde a besoin de calme, de sérénité, de coopération pour essayer de surmonter les dissensus et les crises auxquels il est confronté, c’est l’emballement, la nervosité, la confrontation qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé dans le concert des nations. De toutes parts, les invectives et les menaces fusent. La voix traditionnelle des diplomates pèse de moins en moins face à la diplomatie compulsive du Tweet. Depuis, et même avant, sa prise de fonctions à la Maison Blanche, Donald Trump met en pratique son slogan de campagne « America First ». Au fil des mois, il déchire systématiquement les accords internationaux conclus par ses prédécesseurs pour marquer sa volonté de rupture avec le monde d’hier dont il n’a cure. Et la liste des textes, qu’il considère comme de vulgaires chiffons de papier destinés au classement vertical de l’Histoire, ne cesse de s’allonger : accord de Paris sur le climat, accord de Vienne sur le nucléaire iranien, traité FNI, ALENA (renégocié et signé) … Les institutions internationales ne trouvent pas grâce à ses yeux : ONU dont il réduit sa contribution, OTAN qu’il juge « obsolète », OMC qui dessert les intérêts américains au profit de ceux de la Chine, APEC aux réunions desquelles il se fait représenter par Mike Pence, Union européenne5 qu’il voudrait voir disparaître, G7/G20 qui s’accroche à une mondialisation désuète dont le grand bénéficiaire est la Chine (Cf. le retrait de son accord au communiqué commun lors du G7 de La Malbaie au Québec des 7 et 8 juin 2018) …

Donald Trump estime qu’il perd inutilement son temps avec de telles pantalonnades. Il participe épisodiquement aux séances de ce G20. Tout juste, ces grandes messes présentent-elles un intérêt, celui de rencontrer ses homologues sur le même lieu (Cf. son dîner de travail avec le président Xi Jinping). Le temps est désormais au rapport de force, au « deal » de maquignon, au bilatéralisme à l’ancienne. En dépit de leurs généreuses pétitions de principe, force est de constater que nombre de partenaires (Allemagne, Russie, voire France jupitérienne) se prêtent volontiers au jeu du bilatéralisme et de l’égoïsme national. Chacun pour soi et les vaches seront bien gardées, nous rappelle l’adage populaire. Mais, cela plus chic de clamer à la face du monde son attachement indéfectible à un multilatéralisme moribond.

C’est dans cet environnement dégradé que se déroule l’action. Dans ces conditions que pouvait-on raisonnablement attendre de tangible, de concret de ce G20 de Buenos Aires ? Rien ou presque rien pour baisser la tension et reconstruire un minimum de confiance entre les principaux acteurs de la planète. Si ce n’est un vulgaire bout de papier qui a pour nom communiqué ou déclaration commune.

UNE RÉUNION PARTICULIÈREMENT CHAOTIQUE

Si jusque dans un passé encore récent, le G20 a pu jouer son rôle d’instance de concertation sur les grands problèmes économiques du monde, il est clair qu’il est aujourd’hui paralysé par les dissensions, les oppositions entre ses membres et par le cavalier seul américain dans ses diverses croisades contre le commerce international et contre la protection de l’environnement.

Une structure de réaction aux crises économique et financière

Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l’Union européenne dont les ministres, les chefs des banques centrales et les chefs d’État se réunissent annuellement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d’un dialogue élargi tenant compte du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Le G20 représente 85 % du commerce mondial, les deux tiers de la population mondiale et plus de 90 % du produit mondial brut (somme des PIB de tous les pays du monde). Le 15 novembre 2008, pour la première fois de son histoire, les chefs d’État ou de gouvernement se sont réunis. Le G20 se décline sous trois formes : les G20 regroupant des chefs d’État et de gouvernement, les G20 finance regroupant les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales et, depuis les 20-21 avril 2010, des G20 sociaux, réunissant les ministres de l’emploi6.

Le G20 est avant tout une enceinte de dialogue dont les décisions ne sont pas juridiquement contraignantes. Ses dirigeants se sont réunis pour la première fois pour trouver une solution face à la crise financière de 2008. Il s’agissait de faire dialoguer de manière informelle les principales économies de la planète (85% du PIB de la planète) et de tenter de rechercher des compromis sur les grands défis économiques mondiaux. Et, l’exercice se poursuit au fil des ans comme aujourd’hui en Argentine au niveau des chefs d’État et de gouvernement. Mais, le soufflet est retombé tant l’Amérique ne veut plus jouer au jeu de l’amour et du hasard.

Une structure d’inertie face à la grave crise de gouvernance actuelle

À l’heure de Donald Trump, l’exercice le plus périlleux d’une réunion comme celle du G20 des grands-messes internationales relève de la mission impossible : la rédaction d’un communiqué commun, sorte de profession de foi censée engager tous les États participants. On mesure la difficulté de l’exercice si l’on sait que ce texte, comme les déclarations sur certains sujets spécifiques fait l’objet de longues et d’interminables négociations entre experts (dans le jargon, les « sherpas », conseillers diplomatiques des chefs d’État et de gouvernement). Difficulté multipliée par l’intransigeance américaine sur des sujets tels que le commerce et le climat, pour ne prendre que les plus emblématiques7. À l’heure d’un bras de fer entre Donald Trump et Xi Jinping sur les questions commerciales8, la tâche relève du rocher de Sisyphe. Il suffit de garder en mémoire les blocages américains sur les communiqués communs du G7 de la Malbaie et de l’OCDE, tout comme le sommet de l’APEC. L’Amérique de Donald Trump ne participe pas à ces sommets animée d’un esprit de compromis. Elle vient pour y défendre ses intérêts bien compris. Un point, c’est tout ! Qu’on se le dise dans les chancelleries occidentales…

Guillaume Berlat
10 décembre 2018

1 Georges Malbrunot, Les victimes oubliées de la guerre du Yémen. Dans le Yémen en guerre, l’interminable calvaire de la population civile, Le Figaro, 30 novembre 2018, pp. 1-2-3.
2 Louise Michel, L’Argentine en crise accueille le G20, Le Figaro, Économie, 30 novembre 2018, p. 25.
3 Christine Legrand/Marie de Vergès, Macron loue les réformes « impopulaires » de Macri en Argentine, Le Monde, 1er décembre 2018, p. 3.
4 Cédric Pietralunga, À l’Élysée, coup de jeune sur les ors de la République. Brigitte Macron veut dépoussiérer les 365 pièces de l’hôtel d’Evreux, Le Monde, 1er décembre 2018, pp. 14-15.
5 Isabelle Lasserre, La diplomatie d’Emmanuel Macron peine à s’imposer en Europe, Le Figaro, 30 novembre 2018, p. 8.
6 https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_des_vingt
7 Marie de Vergès, Un périlleux communiqué commun, Le Monde, Économie & Entreprise, 30 novembre 2018, p. 4.
8 Marie de Vergès/Gilles Paris, Au G20, l’heure de vérité entre Pékin et Washington, Le Monde, Économie & Entreprise, 30 novembre 2018, p. 4.

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A QUOI SERT KAMEL DAOUD ? Boualem Snaoui. Pour mes lectures estivales je me suis fait violence, en glissant dans mes bagages les 464 pages de chroniques (2010-2016) publiées par Kamel Daoud chez Actes Sud. Je dois avouer ne pas avoir dépensé le moindre kopeck pour accéder aux écrits de cet ancien islamiste qui, quand cela est devenu lucratif, a découvert que « Dieu est athée ». Pas question donc de donner un centime de droits d’auteur à cette nouvelle, icône heureuse de nourrir l’orientalisme des néoconservateurs « atlantistes ». Un orientalisme qui est l’une des misères de l’histoire du monde arabe, un travers si bien dénoncé par notre merveilleux Edward Saïd. J’ouvre ce livre, juste après avoir lu le dernier chef d’œuvre de Jean Ziegler : Le capitalisme expliqué à ma petite fille, publié aux éditions du Seuil. Le hasard, pour une fois, a bien fait les choses, lire le manuel de la générosité et de l’altruisme juste avant le grand traité de l’égoïsme, met les idées à leur vraie place. Entre les deux livres, il y a un fossé, une tranchée genre 14/18. Daoud dangereux, peu fiable et néo-prosélyte comme tous les repentis, fait la promotion du capital, et du libéralisme qui est son corolaire. Ziegler, lucide et généreux, dénonce ce monde de la finance sans lois et ses mortels ravages sur l’humanité. Deux mondes différents, et même opposés. Vieux baroudeur entre les destins de l’humanité, Jean Ziegler a vu trop d’hommes mourir, de faim et de guerre, pour un même effet, savoir que le libéralisme c’est la mort des pauvres, des peuples « en trop ». De ceux qui gênent. Kamel Daoud, à l’opposé, regrette l’absence d’un « capitalisme fort, de patronats puissants et créateurs de plus-values ».

Une drôle de sensation m’habite, celle d’un barreur dans la nuit qui sait qu’il va croiser un iceberg. Daoud se dit Algérien, un peu comme moi, mais je ne retrouve en lui rien de notre bien commun, cette homme est de glace, froid et transparent. Du coup, je me sens Algérien comme Jean Ziegler. Alors que Daoud, tenancier de sa petit boutique « d’algérianité » vante une camelote de qualité « made in China » pour séduire les colons jamais guéris de Saint Germain des prés. C’est l’histoire dans l’autre sens, jadis c’est le « blanc » séduisait l’indigène avec de la verroterie. Au risque de perdre ses lecteurs, qui le prennent pour ce qu’il n’est pas, Daoud doit continuer de se poser en « Algérien », c’est son filon en or. Pensez donc, un Algérie musulman et athée, Arabe qui déteste les Arabes et qui parle de tout cela « sans langue de bois », Netanyahou et Le Pen auraient rêvé de l’inventer. Pourtant, il est bel et bien là. Alors qu’il n’est qu’un ersatz de BHL, une tête de gondole pour vendre des livres que personne ne lisent, c’est-à-dire beaucoup de bruit pour rien, le vent de la barbe à papa. Lectures faites, je persiste et comprends mieux pourquoi Jean Ziegler n’est jamais promu par les médias qui se proclament « grands ».

Invité à la télévision, Kamel Daoud est traité comme un saint, le tenant de la nouvelle lumière et du savoir avancé. Aux yeux des gogos ce réactionnaire il est « moderne » et « révolutionnaire ». C’est donc sans contradicteurs qu’il déroule sa pelote de lieux communs, l’image du bon nègre Banania qu’attendent les « néocons ». Récemment je l’ai aperçu sur une chaîne de algérienne, avec toujours la même posture du penseur couché, criant : « je sais me défendre ». Cependant, on ne sait contre quoi il se défend.

Questionné sur l’invitation de Daoud, le nouveau commandeur, à l’ambassade de France lors de son passage en Algérie, E. Macron a répondu qu’il « veut entendre tout le monde ». Le Président français considère-t-il que Daoud c’est tout le monde ? Où tous ceux qui résident dans le jardin des puissants ?

Pour revenir à ce qui n’est pas de la littérature, disons que dans son livre Daoud nous invite à découvrir, ou redécouvrir, la crème de ses près de 2000 textes écrits entre 2010 et 2016. Que seraient, nous affirme-t-il, les positions « des journaux et des élites contestataires ». Cette position est lacunaire puisque ce Don Quichotte algérien ne nous dit jamais ce qu’il conteste. Il n’a pas besoin d’exprimer de s’attacher aux détails du vrai : il est l’élite à lui seul, et doit être cru sur parole. Mais, patatras Daoud, par le contenu de son opus, atteint un objectif imprévu. Preuve à l’appui – l’existence de son livre -, il démontre que la censure qu’il prétend combattre n’existe pas en Algérie. En effet, comment publier impunément (et c’est tant mieux), autant de saloperies sur un peuple et un pays « qui manquaient de la liberté de dire, de lire ou de regarder ». Sacré Daoud, ce Daoud sacré.

Si sa plume se fluidifie miraculeusement contre « l’arabe et sa langue », « le musulman », et « l’Algérie », cela ne l’empêche pas de célébrer les «Printemps» alors qu’eux aussi sont censés être arabes. Il glorifie les révoltes sans citer un seul révolté. En réalité, il tente de nous faire croire que les révolutions se font sans révolutionnaires et que les chaos sont l’annonce des aubes nouvelles. Outre du BHL ou du Debray, Daoud ne lit visiblement rien d’autre. Sans doute par crainte d’être chahuté par les mauvaises ondes de la vérité. Par exemple il n’a pas pris connaissance de « la stratégie du choc » brillamment décrite par Naomie Klein, et il regrette sans rire et amèrement que l’anarchie, la destruction et la guerre civile n’aient pas déjà emporté l’Algérie.

Chercheur, créateur de concept, ce grand penseur nous indique avoir découvert que l’Occident a pour malheur d’avoir voulu incarner la Morale universelle. Sans doute voulait-il parler de l’extermination des Amérindiens, de la traite négrière, des colonisations, de l’utilisation de la bombe atomique sur des populations civiles à Hiroshima et Nagasaki ou encore du nazisme et du fascisme né en Occident ? Sacré Daoud.

Et même lorsqu’il tente de dénoncer le traitement infligé aux migrants en Pologne, comme par instinct, sa plume fait une arabesque et va retrouver son sujet fétiche : l’Algérie. On peut en déduire que si les migrants sont mal traités en Pologne, c’est à cause de l’Algérie. Il en est de même d’une chronique sur la Roumanie puisque Daoud est universel. Pour lui, tous les chemins du malheur mènent à Algérie.

Aux intellectuels et universitaires qui se sont opposés à ses positions (le mot idées serait flatteur), il répond, en se réfugiant dans un vocabulaire creux comme un tambour. Que « c’est au nom de l’anticolonialisme et de l’inquisition qu’on lui interdit de penser ». Après sa tribune délirante sur des viols de Cologne qui n’ont jamais existé, dans laquelle il présentait l’Arabe comme une sorte d’être génétiquement violeur, les intellectuels qui ont protesté lui auraient organisé un procès stalinien. Il annonce même à grand fracas qu’il va quitter la scène, et prendre la porte. Ce qui serait une bonne idée, s’il la laisse ouverte, sera nous faire de l’air. Mais rassurez-vous, il y a le goût d’être sur les planches et celui des droits d’auteur : il revient par la fenêtre. Recyclant les clichés les plus éculés -mais toujours orientalistes- il déverse incessamment une haine inégalée du « musulman ». Elle a un sens, son engagement dans la guerre du « choc des civilisations », le monstre agité par les forces les plus réactionnaires, celui qui marche main dans la main avec « le grand remplacement ».

Il suffit de lire au hasard, avec rage et courage, cette phrase de Daoud, « les derniers colons de ce pays plantaient plus d’arbres que ceux qui l’ont libéré …» ; Oubliant en passant la nature de celui qui tenait la pioche. Il va jusqu’à regretter l’attitude consensuelle montrée par Jean-Pierre Chevènement lors de son passage à Oran en septembre 2010, et plaide, lui Daoud, la cause des français nostalgiques de « l’Algérie française ». Aidé de son cerveau servile, ce Zemmour algérien affirme contre toute l’Histoire que « c’est la France qui a décolonisé la terre ». Et le peuple algérien n’est pour rien dans la lutte pour une indépendance tombée du ciel colonial, une insulte à la vérité, à la mémoire, à l’histoire, aux universitaires, aux intellectuels. Ce concept de la « décolonisation » porté aussi par Daoud K., est, en fait, une ultime manœuvre coloniale. Avec KD nous somme dans le colonialisme d’outre-tombe. Son projet est clair, son flot de vomi, qui a pour but de flétrir tout ce qui est algérien, doit nous donner à croire que « l’indigène ne peut pas se libérer, on l’a donc décolonisé ».

Moment de détente, ou de saine curiosité satisfaite, moi qui croyait pouvoir accéder à des confidences sur son passé « islamiste », j’ai été déçu par ce livre. Aucun signe, aucun mot, aucune confidence sur ses engagements auprès des forces violentes, qu’il qualifie lui-même de terroristes. Cette amnésie est confirmée comme le démontre le livre « Contre Enquête » (Editions Frantz Fanon) d’Ahmed Ben Saada. KD est passé à autre chose, Allah est oublié.

Jacques-Marie Bourget, journaliste français, et expert de notre monde, le qualifie de « grenouille autopsiée ». Pour Jacques-Marie Bourget, Daoud est « le supplétif des pires néoconservateurs français », « l’indigène alibi". Et le grand et vrai écrivain Rachid Boudjedra a cloué de cercueil en le mettant à nu.

Pour bien revendiquer son appartenance aux camps des civilisateurs, Daoud joint donc sa voix aux tenants du choc des civilisations, depuis en fait, depuis Mahomet et même avant, le seul but du musulman est de vaincre toute la planète. Ainsi, pour lui, pas de différence entre le sacrifice du militant anticolonial, Ali La Pointe et le tueur toulousain Mohamed Merah. Pour bien nourrir les phantasmes et la haine, ce néo harki de la pensée apporte sa contribution : il stigmatise les habitants des quartiers populaires, en s’interrogeant sur « les milliers de Mohammed Merah », qui sont « partout », « dans une salle de bain l’arme au poing », ou quelque part, «  debout au bas de l’immeuble ». Peut-être Daoud n’a t’il pas lues les confidences d’Albert Chennouf-Meyer ( « Abel, mon fils, ma bataille » – Ed. du moment, 2013), père d’Abel, l’une des victimes des tueries de Toulouse ? Et, suivant la doctrine et le mode de penser de ce nouveau philosophe il est temps, à ce nous poser nous aussi une question : « Combien de Daoud sévissent-ils dans les rédactions des journaux algériens ».

Versant dans le tribalisme le plus rétrograde, il appelle de tous ces vœux, dans chaque région, à ne parler autrement qu’en dialecte local. Pour KD, la langue s’écrit « avec l’âme ». Dans une reptation de serpent, il veut voler ainsi à la rescousse de groupes qui prétendent dynamiter l’Algérie. Comme ces mouvements croupions, et d’extrême droite, qui prétendent défendre (sans doute mieux que Kateb Yacine) la langue et la culture berbère ! Puisqu’il ne lit que Debray et BHL, il n’a pas ouvert le magnifique bouquin de Patricia M.E. Lorcin « Les identités coloniales »… une lecture capable de laver la tête de KD. Au-dedans. Le titre que mérite cette « somme » de Daoud est simple, « Chroniques de l’horreur ».

Je n’ai trouvé qu’un point sur lequel on puisse gloser sur du Daoud, c’est quand il écrit « « On a détruit les libertés et les libérations acquises après le départ des colons ». Il est effectivement exact qu’un peuple martyrisé, abandonné dans le concert des nations, trop seul après sa révolution ait commis des erreurs et connu des errances. Il est effectivement exact que l’Algérie se cherche toujours. Mais oublier une guerre civile provoquée par les anciens Frères idéologiques de Daoud, ce n’est pas omettre un détail. Mais ce « lissage » permanent de l’histoire, sa recréation est le carburant que permet à KD de poursuivre ses livres et chroniques de flagellations des « algériens », de « l’islam », de « l’arabe », « du régime ». Sans cette interminable mise à mort, le livre n’aurait que l’épaisseur d’un album à colorier.

Il est drôle, piquant, amusant de retrouver soudain notre KD quand il revient à sa source d’inspiration première, le wahhabisme. Tout cela sur le mode mondain, chic-français, convenable. Notre immense écrivain, notre Hugo à nous a découvert le Qatar et ses vertus, vertes comme le dollar. Pour Daoud le Qatar n’est pas ce qu’il est c’est-à-dire un pays sans Constitution, sans lois, corrupteur et esclavagiste ayant naguère condamné un poète à mort au prétexte qu’il avait souhaité la venue d’un « printemps » à Doha. Mais le Qatar, versus BHL, n’est-il pas le prototype d’un islam moderne, compatible avec la démocratie et il distribue des Prix littéraire, organise de généreux colloques. Donc pour KD la monarchie du Qatar, c’est top. Je lis : « Le Qatar a réussi à exporter l’image d’un pays où l’on peut dire des choses, où l’on assume les relations internationales même avec Israël sans hypocrisie, où la liberté de culte n’est pas qu’une chasse aux casse-croûte et où les droits de la femme sont les plus respectés dans cette région du monde, la révolution Al Jazeera a fini par « enfoncer » encore plus le reste du monde « arabe » en en soulignant, par contraste, le calendrier moyenâgeux » . Ce propos est outrancier dans un pays, je le répète, où le droit n’existe pas sauf la charia que l’on impose jusque dans le lycée pourtant baptisé Voltaire !

Quel crédit accorder à ce faussaire erratique capable de célébrer Israël, tout en le qualifiant cet état de « raciste » et « sans frontières ». Dans sa posture de penseur couché, il ne veut pas voir le droit international et islamise la cause palestinienne. Il l’arabise, l’islamise à sa façon, et n’irait pas jusqu’à lire lire les rapports de Goldstone, et de Richard Falk ou tout simplement les livres de Shlomo Sand, Ilan Pappé et ceux du courant israélien des « Nouveaux historiens ». Pour Daoud le summum de l’injustice, celle faite aux Palestiniens n’existe pas puisqu’il est impossible d’être « injuste » avec des « arabes, des musulmans ». Peut-être afin, d’adoucir son regard, et rien que pour K. Daoud, l’Algérie devrait organiser un ghetto type « Gaza » ?

Sans aucune honte, l’effroyable auteur bas de plafond ose écrire : « Le mort palestinien sera un homme tué lorsqu’il ne sera pas un barbu mort ou un Arabe bombardé ». Un passeport pour le crime et bientôt le génocide. Et ce n’est pas parce que dans sa bande Daoud n’est pas seul que l’effet de groupe constitue une excuse. Que valent au poids des piges, des cachets et des droits d’auteur les Sansal, Sifaoui, Chelghoumi, Aînouche, Fellag, et autres plumitifs que l’on découvre à marée basse, au plus bas de l’humanité, rien d’autre que de la haine. Dans ma culture berbère universaliste (et non tribale) il existe un mot pour qualifier ce nuisible : « Azrem », le serpent.

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EUROPE&ORIENT – NUMERO 27, décembre 2018, Richard Labévière.

La dernière livraison de la belle revue de Jean Sirapian est arrivée. C’est la revue de l’Institut Tchobanian, un centre indépendant de recherche et d’études stratégiques pour l’Europe, le Sud-Caucase, l’Asie-Mineure et le Moyen-Orient. Sous un titre générique – « Le Mépris » -, Europe&Orient revient sur plusieurs machineries idéologiques : les droits de l’homme, le néo-ottomanisme d’Erdogan, les arrêts du Conseil constitutionnel, les directives de la Commission européenne, la russophobie et les curieuses visions du monde délivrées par des médias égarés, qui nous égarent, ou plutôt qui servent davantage leurs actionnaires que leurs auditeurs, téléspectateurs et lecteurs. Au sommaire, on retrouve avec plaisir Guillaume Berlat et Jean Daspry, notamment. D’excellente tenue, cette revue mérite la plus large des diffusions.

 

PARIS DEMANDE LA LEVEE DU BLOCUS ISRAELIEN CONTRE GAZA – AFP, 7 décembre.

Le Premier ministre français Edouard Philippe a appelé vendredi à la "levée du blocus israélien" imposé à la bande de Gaza ainsi qu’à la réconciliation des deux mouvements palestiniens rivaux. "Il n’y aura pas de paix sans une solution durable pour Gaza, qui passe par la réconciliation interpalestinienne et par la levée du blocus israélien", a-t-il déclaré à l’issue d’un entretien avec le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah. Les relations sont très tendues entre les deux grands mouvements palestiniens, le Fatah du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le mouvement islamiste Hamas qui contrôle la bande de Gaza. L’Egypte a tenté à plusieurs reprises de rapprocher le Hamas et l’Autorité. Le pays mène aussi des efforts de médiation pour une trêve entre Israël et le Hamas. Edouard Philippe a rappelé le soutien de la France à "la solution à deux Etats", palestinien et israélien, avec Jérusalem comme capitale commune. Il s’est inquiété de la "situation alarmante" dans la région du fait de "l’accélération de la colonisation israélienne" et des confrontations entre Palestiniens et Israéliens près de la barrière de sécurité séparant la bande de Gaza d’Israël. Depuis le 30 mars et le début de la mobilisation appelée "Marche du retour", au moins 235 Palestiniens ont été tués par les militaires israéliens. Outre la fin du blocus israélien imposé à Gaza depuis plus de 10 ans, ce mouvement réclame le retour des réfugiés palestiniens sur les terres qu’ils ont fuies ou dont ils ont été chassés à la création de l’Etat d’Israël en 1948. Rami Hamdallah a réitéré l’appel à l’organisation d’une conférence internationale, avec "une participation large y compris des parties concernées", afin de "remettre en route le processus de paix". Un quart de siècle après Oslo, les perspectives d’un règlement ont rarement paru plus éloignées. La dernière initiative (américaine) a échoué en 2014. Directions israélienne et palestinienne ne se parlent plus de paix.

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Des périls jaunes narguent toute la planète des Etats puissants. Aux Etats-Unis, on arrête une directrice chinoise d’un grand fabricant de téléphones performants et l’ambassadrice sortante Nikki Haley a pâli jaune de voir l’Assemblée générale de l’ONU rejeter son projet de résolution condamnant le Hamas. L’Etat israélien rebouche des tunnels prévus pour l’infiltration des maillots jaunes du Hizbollah. Le vilain petit Qatar a décidé de quitter l’OPEP, signalant ainsi que les gros tuyaux (jaunes) du gaz allaient bientôt dominer les marchés mondiaux de l’énergie, à la place de l’or noir dont le prix ne cesse de faire du yoyo. En France les Gilets Jaunes ont fait craquer la détermination d’un président dans notre politique pour la transition énergétique, alors que notre planète bleue est en péril.

Bernard Cornut

 

  1. A l’occasion d’un déplacement officiel en Oman, Nétanyahou déclare à propos du Sultan Qabous : « Nous avons découvert que nous lisions les mêmes livres ». Probablement pas ceux du Professeur d’histoire Shlomo Sand.
  2. Lors de ce même voyage, le ministre des Affaires Etrangères omanais a estimé « qu’il était peut-être temps de traiter Israël comme n’importe quel autre Etat ». Il a raison. Et par la même occasion, de traiter un israélien arabe comme un israélien juif.
  3. A Buenos Aires, le Président turc Erdogan appelle les dirigeants du monde « à respecter la liberté de la presse et la sécurité des journalistes ». C’est un peu comme un gilet jaune qui passerait une partie de son chiffre d’affaires au noir.
  4. Les gentils ‘gilets jaunes’ sont des braves gens exaspérés par l’arrogance du pouvoir (‘arrogance’ : qui ne pense pas comme vous) et tout contents de passer à la télé. Les méchants casseurs sont des voyous. Le problème, c’est quand les gentils regardent faire les méchants sans trop bouger.
  5. Quelques semaines avant sa signature, la presse découvre un ‘Pacte Mondial des Nations Unies’ dont l’objectif, renvoyant la notion de souveraineté nationale au rencart, serait de favoriser « des migrations sûres, ordonnées et régulières ». Bon sang mais c’est bien sûr : si on légalisait le crime, il n’y aurait plus de criminels !

Dinall’uill

 

Emmanuel Macron a écrit un livre qui s’intitule « Révolution ». Diantre ! Parfois, il est des symboles qui sont rattrapés par le réel qu’ils cherchaient à exorciser. C’est ce qui vient d’arriver ! Maintenant le président de la République doit apporter une réponse foncièrement politique, sinon institutionnelle au mouvement des Gilets jaunes. En attendant, cette révolte profonde cherche à s’organiser en s’inspirant des « révolutions » passées, dont celle de 1917 en Russie. Nous publions l’analyse de l’un de nos grands juristes français qui approfondit ce parallèle historique.

La rédaction

VIVE LES SOVIETS !

N’en déplaise aux idéalistes, le mouvement des « Gilets jaunes » n’est que le fruit, la réaction organique des masses affectées par la vie chère, le niveau des taxes et la destruction organisée par le pouvoir en place depuis des décennies – et parachevées de manière encore plus brutale sous le règne de Monsieur Macron – des services publics.

La cause racine de ce mouvement de masse est la nécessité ; nécessité qui fait loi organique. De même qu’un arbre qui trouverait son sous-sol brutalement asséché par des conditions climatiques subitement nouvelles, verrait alors ses racines plonger, creuser et progresser sous terre jusqu’à pouvoir trouver de l’eau, ou dépérir, de même le prolétariat français s’est mis en mouvement, instantanément, alors qu’il est asséché par des conditions économiques qui, tout aussi subitement – même s’il s’agit du résultat d’un processus lent de délitement des conditions d’existences et de sa paupérisation -, ne permettent plus à sa masse, de satisfaire ses besoins immédiats de survie.  

La goutte de diesel a fait déborder le vase qui contenait jusqu’alors le prolétariat dans sa misère sociale. Et ce mouvement n’échappe pas à la dialectique de la nature. 

La nature est en mouvement. On le sait – sauf les idéalistes et les mystiques/religieux -, elle évolue par bonds, et pas autrement. Ces bonds sont quantitatifs, jusqu’à ce qu’ils atteignent un point de rupture, révolutionnaire, qui donne lieu à un bond d’une autre nature, un bon qualitatif

Ainsi, de même que l’eau que l’on chauffe voit sa température augmenter plus ou moins vite (par une succession de bonds quantitatifs) en fonction de la quantité d’énergie affectée à son réchauffement, sans que ne change son état/structure fondamentale, mais de même que la même eau passe subitement d’un état/structure liquide à un état gazeux lorsqu’elle atteint 100°C, le prolétariat français, dans toute sa masse, se met aujourd’hui à bouillir de toute part, sur tout le territoire, parce qu’il est affecté par des conditions économiques, qui à force de se dégrader continuellement, viennent de franchir un seuil qualitatif. Les conditions économiques dans lesquelles vit le prolétariat ne lui permettent désormais plus, subitement, de tenir, c’est-à-dire d’assurer sa survie. 

Alors le voilà qui change d’état ; de l’état léthargique auquel le pouvoir (notamment sa branche médiatique vecteur de toute l’idéologie dominante) l’assigne en permanence (consomme si tu peux, regarde la télé sinon, mais surtout sois sage et tais-toi), le prolétariat passe à l’action. 

Il faut bien comprendre que ce changement d’état ne procède que du bond qualitatif de ses conditions d’existence même. Un bond en arrière, bien sûr. Les masses ne peuvent tout simplement plus survivre désormais, subitement, parce le seuil de leur souffrance est franchi : les besoins vitaux du prolétariat sont désormais affectés par les prélèvements (dans toutes leurs formes, baisse des revenus, hausse des taxes, suppression des services publics gratuits…) que le capital lui inflige pour assurer son rendement (et lutter contre le dépérissement inéluctable de son taux de profit, ce qui est l’essence même de sa crise ontologique).

C’est ce bond qualitatif, en arrière (ou plutôt négatif, comme lorsque l’eau passe de l’état liquide à l’état solide (glace) lorsque sa température atteint 0°C), qui a mis en mouvement la masse du prolétariat, dans une forme originale, revêtue de gilets jaunes. 

Ainsi parce que le prolétariat ne peut plus tenir sans dépérir, il change d’état et se meut, dans un mouvement qui est assurément d’essence révolutionnaire.

Mais désormais que le mouvement est lancé, comment peut-il aboutir, non pas seulement à un recul du pouvoir en place qui lâcherait un peu de lest comme la cuisinière baisse le feu sous la casserole pour arrêter l’eau d’y déborder, mais pour obtenir un changement concret, pérenne, de ses conditions d’existence.

MaxKo

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