Observatoire Géostratégique

numéro 127 / 22 mai 2017

PREMIERS PAS MACRON-DIPLOMATIQUES : CHANGEMENT D’AIR OU D’ÈRE ? 1

L’occasion fait le larron a-t-on coutume de dire. Au début de l’année 2017, l’affaire était entendue. Le nouveau président de la République était déjà désigné. Il avait pour nom François Fillon, l’ex-collaborateur, Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Les multiples péripéties du « Penelopegate » en ont décidé autrement. Ce sera en définitive l’outsider, Emmanuel Macron (39 ans), ex-collaborateur, ministre de l’Économie de François Hollande, que le peuple français choisira le 7 mai 2017 au détriment de la candidate du Front National, Marine Le Pen. Comment se situe-t-il dans une perspective historique, lui dont l’expérience internationale est limitée ? « Mais les successeurs du général de Gaulle ne sont pas issus de la tragédie historique, ils ne sont pas des héros de Corneille. Ils sont les avatars des jeux politiciens ou le résultat d’une cooptation des choix oligarchiques qui ont privilégié le ‘rebranding’. C’est le cas d’Emmanuel Macron, jugé parfait ‘homo politicus néolibéral’, vigoureusement poussé par deux vagues qui se sont conjuguées en sa faveur : celle du ‘dégagisme’, et celle du ‘jeunisme’ »2.

Il importe de dresser un rapide bilan de l’action extérieure de François Hollande pour mieux appréhender les possibles évolutions de son successeur. Il nous faudra nous interroger sur la doctrine et les hommes du président avant de conclure sur ses premiers pas et ses prochaines échéances internationales3.

L’EX-PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE : UN DIPLOMATE GUERRIER

La constitution française confère au président de la République des pouvoirs exorbitants du droit commun, ce que l’on qualifie de domaine réservé. François Hollande a conduit une diplomatie débridée et brouillonne débouchant sur une perte d’influence de notre pays dans le monde.

Des pouvoirs exorbitants du droit commun : le domaine réservé

Sous la cinquième République, la constitution française du 4 octobre 1958 – taillée sur mesure pour le général de Gaulle – confère au chef de l’État d’importantes responsabilités tant dans le domaine de la défense (article 15 : « Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale ») que dans celui de la politique étrangère (article : « Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités »). Voilà pour ce qui est du droit constitutionnel, de la théorie.

Guillaume Berlat

1 Changement d’ère, 20 minutes, 15 mai 2017, p. 1.
2 Vingtras, Le protocole et la symbolique, blog : Vingtras, www.mediapart.fr, 15 mai 2017.
3 Philippe Ricard/Marc Semo, Les chantiers diplomatiques de l’équipe Macron, Le Monde, 19 mai 2017, p. 7.

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L’IRAN CONSOLIDE SON RETOUR…

Le président iranien sortant Hassan Rohani a été largement réélu dès le premier tour de l’élection présidentielle, vendredi passé. Il totalise 58% des suffrages avec 23,54 millions de voix et bat ainsi son principal adversaire, le conservateur Ebrahim Raissi qui obtient un taux de 38,5% avec 15,78 millions d’électeurs. Samedi, l’ayatollah Khamenei – le guide suprême de la révolution – s’est félicité d’une participation populaire exceptionnelle avec 73% des inscrits, soit 40 millions de votants. Il a déclaré : "celui qui a gagné ces élections, c’est le peuple d’Iran. La nation a voté et la sécurité a été garantie (…) Le nouveau gouvernement devra lutter contre la corruption et aider les catégories les plus faibles et défavorisées". En insistant sur les progrès de l’unification du peuple iranien et de la "démocratie islamique", le Guide a appelé l’ensemble des Iraniens à soutenir l’action des nouveaux responsables. "Force nationale et sagesse internationale" conclut le Guide. L’Iran poursuit et consolide son retour dans le monde. Retours sur images.

Kermanshah, Paweh, Téhéran, 19 mai.

Les dernières pluies abondantes ont verdi les champs et les montagnes du Kurdistan, l’une des trente provinces d’Iran. Au sud de cette région frontalière de l’Irak, la ville de Kermanshah cultive ardemment le souvenir d’une bataille décisive de la fin de la guerre déclenchée par Saddam Hussein contre l’Iran (1980 – 1988). Soutenue et armée par Bagdad et les pays occidentaux, l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI), dirigée par la famille Radjavi, a tenté une ultime percée dans la région.

En 1988, après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu avec l’Irak, une colonne de blindés de l‘OMPI a été stoppée au col qui donne accès à Kermanshah. Baptisée Mersad (signifiant embuscade) par le gouvernement iranien, l’opération a opposé 7000 combattants de l’OMPI – soutenus par l’aviation irakienne – aux forces iraniennes du 26 au 30 juillet 1988. L’opération s’est soldée par un cuisant échec pour l’OMPI et les Irakiens. La passe montagneuse où les rebelles ont été neutralisés est aujourd’hui un lieu de pèlerinage où l’on vient de l’ensemble du pays pour honorer les martyrs qui ont défendu pied à pied "la terre de la patrie".

S’ils aspirent à la reconnaissance d’une certaine autonomie, les Kurdes d’Iran – qui représente 9% de la population – votent majoritairement pour des candidats réformateurs. En redescendant du monument des martyrs vers le centre ville, les hommes en sarouels (pantalons bouffants) et ceinture d’étoffe s’assurent de l’identité des visiteurs étrangers. Parler directement politique serait mal venu, mais les portraits de Hassan Rohani, fraîchement placardés contre les murs, ne laissent aucun doute quant au soutien massif apporté au président sortant. "Reconduire le président sortant pour le prendre au mot et qu’il réalise enfin ses promesses représente certainement un choix par défaut mais vaut mieux qu’élire un religieux conservateur – haut fonctionnaire de justice – qu’on ne connaissait pas encore il y a six mois", explique discrètement l’un de nos accompagnateurs.

ROHANI PAR DEFAUT

Mêmes visages et sensations à Paweh, où un autre monument et d’autres tombes commémorent le souvenir des affrontements sporadiques mais encore réguliers contre les factions séparatistes du PJAK ( Parti pour une vie libre au Kurdistan ). Ici, on vote aussi pour Hassan Rohani, parce qu’ "on est Iranien et entièrement Iranien" affirme un chauffeur de taxi qui en rajoute un peu puisqu’on arrive au siège de la municipalité. En fait, estime un universitaire qui travaille sur les minorités du pays, "rien de comparable avec l’Irak, la Turquie ou même la Syrie. En Iran, la question kurde est relativement gérée et le problème des autres minorités – Azéris, Arabes et Baloutches -, majoritairement sunnites (au moins 15% de la population iranienne) ne donne pas lieu à un irrédentisme sérieux même si celles-ci sont sérieusement surveillées parce que leurs territoires se superposent aux zones d’extraction d’hydrocarbures et d’exportations maritimes de pétrole et gaz iraniens".

Cela dit, poursuit le même interlocuteur, "les pauvres des campagnes, les gens condamnés à rejoindre la périphérie des villes pour y exercer des petits boulots sont les premières victimes de la rationalisation de l’économie engagée par Rohani. Ces déclassés peuvent être séduits par un vote conservateur visant à sanctionner les promesses d’une embellie économique qui – malgré des annonces répétées – n’a pas suivi la signature de l’accord concernant le programme nucléaire. Une levée partielle des sanctions internationales n’a pas produit la relance économique promise par Hassan Rohani et les critiques fusent contre „les classes moyennes urbaines pro-occidentales qui s’américanisent de plus en plus".

FÊTES URBAINES

Retour à Téhéran. Avenue Vali-ye Asr est l’artère fémorale de Téhéran et de son agglomération dont la population dépasse désormais 12 millions d’habitants. Du nord au sud, l’avenue fonctionne comme un baromètre social. Au nord, du pied des contreforts de la chaîne de l’Elbourz au musée d’art Moderne du parc Laleh (centre ville), les beaux quartiers s’affichent entre ministères, universités et centres commerciaux. La journée, les grues de chantier balaient le ciel et rythment l’activité des sociétés, des banques, des administrations et le flux d’embouteillages exponentiels.

Avec le crépuscule, une noria de motos et voitures hérissée de drapeaux violets se met à sillonner les rues en klaxonnant. Des grappes de jeunes filles et femmes, aux voiles improbables, remontent l’avenue en piaffant comme des pies joyeuses. Ambiance sortie d’école et fête de diplôme, elles distribuent des portraits de leur candidat en scandant: "la jeunesse est pour Rohani" et " Raissi, c’est Reza Pahlavi!" (traduisez un retour à la dictature du Chah). Quelques motards du camp opposé apportent ponctuellement la contradiction avant qu’un cordon de policiers – en tenue légère et non armure anti-émeute – ne s’interpose fermement mais sans violence. Néanmoins, en dépit de quelques montées de fièvre sporadique, le climat reste très bon enfant, comme une sortie de match de football sans hooligans, atmosphère de 14 juillet ou de 31 décembre.

En descendant Vali-ye Asr vers le sud, les portraits de Rohani disparaissent progressivement. Quelques affiches de Raissi illustrent les carrefours des zones plus populaires : moins de commerces, moins de lumière, peu de grues. Le chauffeur de taxi peste contre les étudiants et la bourgeoisie des quartiers nord. Lui: "travaille presque 20 heures par jour et ne s’en sort pas pour nourrir sa femme et son gosse" alors pas question de voter comme les beaux quartiers et les "pro-américains". Il faut "poursuivre la révolution islamique le plus fermement possible" lance-t-il enclenchant une compilation de Charles Aznavour dans la radio-cassette.

Retour et remontée vers le nord avec un autre chauffeur. Un portrait du guide Khameneï est scotché sur le tableau de bord: "bien-sûr je vote le Sayed Raissi parce que je travaille dur et que je ne veux pas devenir américain". Les rues se sont vidées, laissant la place aux nettoyeurs municipaux qui restaurent la grâce des places et des jardins publics, très nombreux à Téhéran. Certains grognent contre ces gamins de la jeunesse dorée, transformés en autant d’agent électoraux de Rohani "qui salopent la ville", d’autres admettent que la campagne électorale ne leur procure pas plus de travail que les fêtes religieuse et le mois du Ramadan… Jeudi, jour de week-end, sera plus calme, les équipes de militants devant s’abstenir jusqu’à l’ouverture du scrutin.

FILES D’ELEGANCE

Vendredi 19 mai. Les bureaux de vote – dans les écoles, les administrations publiques et les mosquées – ouvrent à 8 heures. Aussitôt, la télévision nationale a diffusé les images du Guide en train d’accomplir son devoir électoral dans un lieu non précisé, voulant – à l’évidence – donner l’exemple. 10 heures à l’école primaire de Sadeghiyet (nord-ouest). Une longue queue d’hommes endimanchés et de femmes élégantes – femmes et hommes mélangés – s’étire dans la cour. On commente les derniers soubresauts de la campagne, le débat des six candidats (quatre se sont maintenus), qui a été inhabituellement dur et polémique, notamment sur la question des enrichissements personnels…

Richard Labévière

1 Le Hedjaz est la région ouest de la péninsule arabique, comprenant notamment les provinces de Tabuk, Médine, La Mecque et Al Bahah ; sa principale ville est Djeddah, mais les cités les plus connues sont les villes de La Mecque et Médine.

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LE COUP DE GUEULE D’ALAIN CHOUET Je comprends de mes derniers contacts à Paris qu’il n’y a guère de chance de voir les positions françaises évoluer sur les problématiques du terrorisme et du Moyen Orient… Je vous retransmets donc ci-dessous le "coup de gueule" que m’avait inspiré en décembre dernier le "cirque" médiatico-politique parisien autour de la bataille d’Alep. Il est plus que jamais d’actualité.

14/12/2016

La sphère politico-médiatique occidentale – et française en particulier – découvre sur le mode lacrymal que la guerre est atroce…..
Elle l’est d’autant plus quand il s’agit d’une guerre civile au sein d’une société féodale aux pratiques médiévales.
Dans ce type de société, le pouvoir et le prestige se mesurent à la capacité du suzerain de protéger ses vassaux et de nuire aux vassaux des autres pour mieux atteindre leur suzerain.
Et dans ce type de guerre, l’ennemi doit être anéanti, castré physiquement et moralement, détruit dans son essence « jusqu’à la septième génération » (jusqu’au fond des chiottes comme dit élégamment V.P.)
Comme on disait à l’époque : « Ville prise ! Sac et pillage ! Violez et éventrez les femmes, massacrez les enfants qui sont auant de porteurs des vengeances de demain »…. Et comme disait Evtouchenko aux soldats de l’Armée rouge en 1945 : « Il faut violer les femmes de l’ennemi pour tuer à jamais la fierté raciale des Allemands ».

Je n’ai aucun doute sur le fait que dans ce conflit, toutes les parties sans aucune exception – à commencer par l’armée du régime et ses milices alliées – ont commis les pires atrocités. Les Occidentaux oublieront, ils ont la mémoire courte (tiens ? où en sont les lycéennes enlevées par Boko Haram ?). Les locaux se souviendront longtemps….
Je note tout de même au passage que l’OSDH (source unique des médias français…) comptabilise comme « victimes civiles » les miliciens armés de l’opposition qui sont effectivement des civils puisqu’ils ne sont pas militaires… Cela n’excuse évidemment en rien le reste mais est significatif de la façon dont les choses sont rapportées depuis 5 années – (voir le PS de ce mail)

C’est pour ne pas avoir compris la dimension communautaire et féodale de ce conflit que les Occidentaux (Français en tête comme d’habitude) ont fait tous les mauvais choix et pris toutes les mauvaises décisions depuis 2011, en ne faisant qu’aggraver la tragédie humaine de cette guerre.
Il ne s’est jamais agi de « la révolte d’un peuple contre un dictateur » mais de l’exaspération d’une communauté contre une autre. Les Sunnites de Syrie ne demandaient pas la démocratie. Ils voulaient un leader autoritaire qui use de son autorité pour orienter la rente vers eux aux dépens des autres communautés.
C’est bien pourquoi une majorité de la bourgeoisie sunnite a rallié le pouvoir alaouite qui lui a consenti de espaces de prospérité économique en échange de leur renonciation à des droits politiques parfaitement inquantifiables. Et c’est en grande partie ce qui explique la survie du régime.
Je note au passage que le régime organise depuis deux ans un véritable « nettoyage ethnique » du pays par le biais de la redistribution foncière (comme l’avait fait Hafez dans les années 70).
Le régime est en train de redistribuer les biens immobiliers des émigrés (majoritairement des middle-class sunnites qui avaient les moyens de payer les passeurs vers l’Europe) au profit des sunnites les plus pauvres. Ce faisant, il fidélise les démunis sunnites après avoir fidélisé les bourgeois, il interdit pratiquement le retour des middle class sunnites ce qui fait baisser le poids relatif de la majorité sunnite dans le pays au profit des minorités qui voient en lui un rempart communautaire (alaouites, chrétiens, druzes, ismaéliens, chiites, etc).

Poutine, lui, qui sait parfaitement ce qu’est un système féodal puisqu’il en dirige un, a très bien compris tout cela.
Inutile de se fatiguer à combattre Da’esh qui s’est rendu suffisamment haïssable pour que la planète entière, Occidentaux en tête, s’en occupe. C’est leur problème, à eux de le résoudre.
Son objectif est le maintien au pouvoir du plus puissant suzerain local dont il entend bien se faire un vassal et faire un exemple pour que tous les potentats de la région aillent chercher protection à Moscou et faire acte d’allégeance.
Cela passe par l’éradication de tous les opposants au régime de Bashar, qu’ils soient ou pas démocrates (animal devenu rare) et par la déconfiture spectaculaire et médiatisée des Occidentaux pusillanimes et inconstants. Ce n’est pas lui qui a invité Ben Ali, Moubarak, Kadhafi et Bashar sous les ors de la République avant de réclamer leur tête au bout d’une pique….
Plus nos responsables politiques pleurnicheront à la télé, plus cela fera ses affaires et plus sera mis en valeur l’impassible sérieux clinique du redoutable Lavrov.
L’appel désespéré à « la diplomatie humanitaire » signe le désastre d’une diplomatie politique et militaire qui a tout raté. Les larmes et l’indignation hystérique des uns et des autres ne font qu’illustrer cet échec.

Dans cette affaire, notre diplomatie a été pathétiquement inepte. Sa seule excuse est d’avoir mis en oeuvre une politique décidée par un exécutif inculte et démagogue.

Alain Chouet

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TRUMP A RIYAD : CONTRATS COLOSSAUX A LA CLEF – RFI, 20 mai.

Le premier voyage de Donald Trump à l’étranger a débuté ce samedi 20 mai par un accueil chaleureux en Arabie saoudite et l’annonce de la signature de plusieurs accords d’une valeur surpassant les 380 milliards de dollars. La réception en grande pompe à Riyad contraste avec la pression qui s’accumule sur le président américain après une semaine de révélations accablantes à Washington sur les liens entre sa garde rapprochée et la Russie. Outre les rencontres bilatérales, dont celle avec le roi Salman, Donald Trump a axé la première de ses deux journées à Ryad aux investissements avec une série de colossaux contrats. « C’était une journée formidable », a lancé le président républicain. « Des centaines de milliards de dollars d’investissements aux Etats-Unis et des emplois, des emplois, des emplois ». L’agence officielle saoudienne SPA a fait état de 34 accords dans des domaines aussi divers que la défense, le pétrole et le transport aérien. « Les deux pays ont signé une série d’accords (…). La valeur des investissements dépasse les 380 milliards de dollars », a précisé le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir lors d’une conférence de presse conjointe avec le secrétaire d’Etat Rex Tillerson. Cent cinquante hélicoptères Blackhawk conçus par l’américain Lockheeed Martin seront ainsi assemblés en Arabie saoudite. D’une valeur totale de 6 milliards de dollars, ils devraient entrainer la création de 450 emplois locaux. General Electrics a signé avec le royaume pour une valeur de 15 milliards de dollars une série de protocoles portant sur des projets de diversification économique, de développement industriel et de construction de centrales électriques et un programme d’informatisation des opérations d’Aramco, le géant pétrolier saoudien. Un accord de 109 milliards de dollars de ventes d’armes a également été conclu. Le porte-parole de la Maison Blanche l’a qualifié de « plus important de l’histoire des Etats-Unis ». Ces équipements de défense visent à soutenir « la sécurité à long terme » de l’Arabie saoudite et de la région du Golfe « face aux menaces iraniennes », a précisé Donald Trump. Cette annonce est intervenue le jour de la réélection du président iranien Hassan Rohani. L’Arabie saoudite considère l’Iran comme son principal rival au Moyen-Orient. Les deux pays s’opposent notamment sur les théâtres de conflit en Syrie et au Yémen. La Maison Blanche a précisé que les contrats militaires allaient renforcer la capacité du royaume à « contribuer aux opérations de contre-terrorisme à travers la région », ce qui « réduira le fardeau » pour l’armée américaine. Washington compte ainsi voir Riyad jouer un plus grand rôle dans la lutte contre les groupes jihadistes, comme le groupe Etat islamique et al-Qaïda. Dimanche, le président américain prononcera à Riyad devant une cinquantaine de dirigeants de pays musulmans un discours soulignant ses « espoirs » pour une « vision pacifique » de l’islam. « J’exprimerai la position du peuple américain de manière franche et claire », a promis le président américain dans son allocution hebdomadaire diffusée vendredi soir. Ce sera sans doute l’un des discours les plus attendus de ce début de mandat. D’abord parce que Donald Trump a été accusé à plusieurs reprises durant la campagne électorale américaine d’avoir tenu des propos islamophobes. Ensuite, parce que l’une de ses premières mesures en tant que président a été de fermer l’accès des Etats-Unis à plusieurs pays musulmans. Bloqué par la justice américaine, le décret a heurté profondément le monde musulman. Avec ce discours, Donald Trump devrait donc tenter d’adoucir cette image anti-islam. Selon l’entourage du président américain, celui-ci devrait ainsi s’abstenir de tracer un lien entre la religion musulmane et le terrorisme. Le discours de Donald Trump sera scruté avec d’autant plus d’attention qu’il interviendra huit ans après le discours du Caire, prononcé par Barack Obama en Egypte. A l’époque, le prédécesseur de Donald Trump avait lancé un appel à un nouveau départ entre les Etast-Unis et les musulmans.

 

LE PARLEMENT EUROPEEN APPELLE TEL-AVIV A CESSER LA COLONISATION – AFP, 18 mai.

Les députés européens ont appelé jeudi Israël à mettre fin "immédiatement" à la construction de nouvelles colonies juives dans les territoires palestiniens, une politique qui selon eux "hypothèque" toute perspective de paix au Proche-Orient. Dans une résolution adoptée à Strasbourg, le Parlement européen "réaffirme son ferme soutien à une solution du conflit israélo-palestinien fondée sur la coexistence de deux États, sur la base des frontières de 1967". Soulignant "l’importance d’une reprise aussi rapide que possible des négociations de fond" entre les parties, le Parlement "condamne la poursuite de la politique de colonisation et demande aux autorités israéliennes d’y mettre immédiatement fin", car "les colonies de peuplement sont illégales au regard du droit international" et "hypothèquent davantage encore les perspectives d’une solution fondée sur la coexistence de deux Etats viables". Le Parlement "condamne tous les actes de violence, de terrorisme à l’égard des Israéliens", mais demande également "qu’il soit mis fin à la démolition de maisons palestiniennes et de structures et projets financés par l’Union européenne, aux déplacements forcés de familles palestiniennes et à la confiscation de biens palestiniens en Cisjordanie". Les autorités israéliennes ont donné leur feu vert fin mars à la construction d’une nouvelle colonie en plein coeur de la Cisjordanie occupée, la première établie par Israël depuis plus de 25 ans, malgré la réprobation internationale et l’appel de l’administration américaine de Donald Trump à réfréner la colonisation. La construction et l’extension d’implantations israéliennes rognent les territoires sur lesquels serait créé un Etat palestinien ou compromet la continuité territoriale, donc la viabilité d’un tel Etat. La colonisation israélienne est illégale au regard du droit international.

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Les révélations sur l’imprudence envers Lavrov d’un président novice ne sont que l’indice d’un iceberg d’un renseignement manipulateur. Quel est le seul service prétendu allié disposant de centaines d’agents aguerris arabophones, capables de pratiquer les dialectes irakien, yéménite, libyen ou syrien ? Descendants sélectionnés et formés des 200 000 expulsés exprès, sur ordres de Ben Gourion, Moshe Sharett, Shiloah, des pays arabes en 1950-52. Quel est son but quand il les infiltre ? Non pas combattre l’EI mais instrumentaliser et manipuler ses alliés occidentaux, naïfs, sourds et souvent complaisants et muets, afin que perdurent les luttes intestines, combats et destructions dans les pays du front du refus. Pour les fragmenter en mini-états ethnico-confessionnels, selon une stratégie établie depuis des décennies par le Likoud.

Bernard Cornut

 

BRAVO JEAN DE GLINIASTY POUR VOTRE DIPLOMATIE DES VALEURS

« La valeur qui va jusqu’à la témérité est plus près de la folie que du courage » déclamait le Don Quichotte de Miguel de Cervantès. Nous vivons aujourd’hui dans un temps de modes, modes de théories ou de pseudo-théories (fin de l’Histoire, choc des civilisations…), de concepts simplistes qui tiennent le plus souvent lieu de réflexion et de socle doctrinal. Nous pensons plus particulièrement à deux termes particulièrement en vogue ces derniers mois. Le premier est celui de « fake news » ou « d’information bidon »1 dont le principal objectif est de discréditer celui qui ne pense pas bien2. Le second est celui de « valeurs »3 dont les candidats à l’élection présidentielle n’ont eu de cesse de nous rebattre les oreilles ad nauseam.

Que ne ferait-on pas au nom de ces sacrées valeurs tant sur le plan intérieur que dans le domaine international ? Dans ce contexte, nous venons de découvrir, tout à fait par hasard, un opuscule paru en mai 2017 sous la plume alerte d’un ambassadeur qui cloue au pilori l’utilisation débridée de ce concept pour justifier une diplomatie française à la dérive grandissante.

Préfacé par Jean-Pierre Chevènement, de manière toujours très pertinente et très iconoclaste (« … comprendre l’origine des impasses dans lesquelles nous nous sommes fourvoyés, particulièrement au Moyen-Orient et en Europe… Il n’y a pas de mystère à cette ‘cornérisation’ de la France »), l’ouvrage d’un petit format de poche (150 pages) d’un ex-ambassadeur de France, Jean de Gliniasty (« La diplomatie au péril des ‘valeurs’. Pourquoi nous avons eu tout faux avec Trump, Poutine et d’autres… »4) est passé totalement inaperçu dans le monde fermé de la critique parisienne. Est-ce vraiment une surprise dans un monde où les anticonformistes sont au mieux ignorés, au pire excommuniés par le tribunal politico-médiatique ?

Il est vrai que nos folliculaires préférés excellent dans la critique élogieuse, dans le style hagiographique d’ouvrages incolores et inodores de diplomates en mal de reconnaissance… et il n’en manque pas.

Qui est l’auteur ? Ancien élève de l’ENA (promotion « Léon Blum »), Jean de Gliniasty, ce diplomate de 68 ans, peut se targuer d’une « Carrière » particulièrement variée tant à l’administration centrale (affaires économiques, centre d’analyse et de prévision, sous-directeur d’Afrique du Nord, directeur du développement, directeur des Nations Unies et organisations internationales, directeur d’Afrique et de l’Océan indien) qu’à l’étranger (conseiller à la représentation permanente de la France auprès des communautés européennes, consul général à Jérusalem, ambassadeur à Dakar, à Brasilia et à Moscou, sa dernière affectation avant son départ à la retraite).

Rappelons qu’il a également été maître de conférences à SciencesPo Paris où il a contribué à la formation de nombreux diplomates français. Il est aujourd’hui directeur de recherches à l’IRIS et exerce quelques activités de consultant sur la Russie. Contrairement à certains de ses ex-collègues, Jean de Gliniasty a intelligemment préféré attendre d’être délié de son devoir de réserve pour livrer sa pensée non travestie sur la problématique des valeurs à la lumière de sa longue expérience diplomatique.

Jean Daspry

1 Guillaume Berlat, Cinq continents en quête de vérité, www.prochetmoyen-orient.ch , 6 février 2017.
2 Jean Daspry, Informations « bidon » : la triple entente, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 mars 2017.
3 Guillaume Berlat, Entre vraies et fausses valeurs : le nouveau prince, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 mars 2017.
4 Jean de Gliniasty, La diplomatie au péril des « valeurs ». Pourquoi nous avons eu tout faux avec Trump, Poutine, d’autres…, Collection Valise Diplomatique, L’inventaire, 2017.

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