Observatoire Géostratégique

numéro 306 / 26 octobre 2020

LA FABRIQUE DES JIHADISTES

C’est durant la Seconde guerre mondiale qu’une idée, aussi brune que les autres, monte à la tête des nazis : instrumentaliser les communautés des Etats « musulmans » de l’URSS afin que ces derniers, Tchétchènes, Kazakhs, Ouzbeks, tirent dans le dos des Soviétiques. Ian Johnson, un journaliste américain récompensé par un Prix Pulitzer, a pioché dans des milliers de documents pour découvrir cette vérité scellée d’une croix gammée. Lumière d’histoire sombre qu’il a révélée dans un livre, « Une mosquée à Munich. Les nazis, la CIA et la montée des Frères musulmans en Occident », ouvrage publié chez JC Lattès. Dix années plus tard, une aussi bonne idée ne peut que séduire les Américains qui cajolent les Frères Musulmans comme des amis rares, et utiles. En juillet 1953, la photo est sur Internet, on peut voir une délégation des « Frères » au côté de Dwight Eisenhower, l’US président. Le document comporte même un bonus, la présence de Saïd, le fils de Hassan al-Banna le fondateur de la secte musulmane. Un personnage, agent de la CIA, qui est aussi le père de Tarik Ramadan.

La reprise, par Washington, de cette idée née sous le IIIe Reich, a deux objectifs, utiliser les musulmans pour abattre l’URSS et fournir des gouvernants convenables pour mettre à la tête des pays Arabes, puisque les Etats-Unis dont le sceau est « In god we trust », sont convaincus que ces « Frères » seront d’indéfectibles amis. En effet, tous les leaders laïques du Moyen et Proche Orient sont combattus, diffamés, encerclés, assassinés. En pays musulmans Washington combat les Lumières. Mossadegh, premier ministre iranien qui tente d’instaurer la démocratie et l’indépendance face aux empires coloniaux, en matière de pétrole par exemple, est renversé en août 1953 par un coup d’état américain qui réinstalle le Shah pour le remplacer en 1979 par le si religieux – et supposé bon partenaire- l’imam Khomeiny.

Nasser, le président égyptien restera un cauchemar constant pour les anglo-américains, lui qui combattait les Frères Musulmans et refusait de voiler les femmes de son pays (1). Un à un, tous ceux qui refusent la gouvernance sous le parapluie d’Allah disparaissent. Kadhafi sera le dernier à être détrôné, faute pour l’Occident d’avoir avoir eu la peau de Bachar Al-Assad.

Si les assassinats politiques sont une première arme, la seconde est strictement militaire puisqu’elle mobilise, dans toute la Oumma, des hommes prêts au djihad contre les infidèles et les mécréants. L’offensive commence en Afghanistan, c’est-à-dire aux marches de l’URSS. Le plan américain utilise toutes les forces, tribus et milices, capables de mettre à bas le régime, qualifié de « communiste », qui gouverne à Kaboul. Washington va choisir et former les pires moudjahidines, fous du Prophète (affirment-ils) pour atteindre leur but. L’horreur est programmée dans ce qu’elle connait de pire : assassinat, torture, viol, famine organisée, déplacement de population. Oussama Ben Laden est déjà le chef des « croyants », un patron de guerre riche (il est très fortuné et a le soutien de son pays l’Arabie Saoudite). Pour Washington et la presse US, Oussama est un héros, un vaillant qui mérite la collection complète de la « Distinghished Service Cross ». Son groupe de « résistants » porte déjà un nom qui deviendra célèbre : « al Qaïda », « La Base ». Le rêve étatsunien va mettre dix ans à se réaliser, usée par cette guerre afghane l’URSS disparait en 1989 (2).

Jacques-Marie Bourget

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ISRAËL-AZERBAÏDJAN : L’AXE DU MAL !

Depuis le 27 septembre, une coalition composée de l’armée azerbaïdjanaise, de l’armée turque et de mercenaires djihadistes a lancé une vaste offensive blitzkrieg contre la République autoproclamée de l’Artsakh et l’Arménie. Si au bout de vingt jours, les gains territoriaux semblent minimes, les pertes humaines de part et d’autre sont considérables. Forts de leur supériorité technologique que leur confèrent de redoutables drones kamikazes livrés par Israël, l’Azerbaïdjan pratique un terrorisme d’Etat à l’encontre des populations civiles

Le premier est un Etat qui nous a appris à relativiser l’impact du droit international ; le second une dictature pétro gazière classée 168e sur 180 selon le rapport de RSF. Ensemble, unis pour le meilleur ; pour l’instant le pire.

En 2008 déjà Wikileaks avait fait fuiter le télégramme de l’assistant chef de mission de l’ambassade américaine à Bakou, Donald Lu, envoyait au quartier général du département d’État à Foggy Bottom. Dans ce câble titré : « La symbiose discrète de l’Azerbaïdjan avec Israël», on pouvait y lire une citation du président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, décrivant la relation de son pays avec l’État juif comme un iceberg : « Les neuf dixièmes en sont sous la surface ». Impossible de comprendre en effet, l’alliance qui lie l’Azerbaïdjan et Israël sans jeter un coup d’œil sur une carte. L’Etat hébreux fut l’un des premiers pays à reconnaître l’indépendance de l’Azerbaïdjan en 1992 alors que ce dernier cherchait à retourner le rapport de force en sa faveur contre les Arméniens. Israël y voyait une occasion rêvée de mettre en œuvre sa « diplomatie de la périphérie », censée lui permettre de surmonter l’encerclement par des pays arabo-musulmans hostiles en nouant des liens avec le « deuxième cercle » comprenant des Etats musulmans non arabes : hier, l’Iran du Shah, l’Ethiopie et les Kurdes d’Irak, aujourd’hui l’Azerbaïdjan.

Un partenariat géostratégique, une alliance naturelle

Les échanges bilatéraux touchent à tous les domaines, de l’agriculture au tourisme en passant par les télécommunications. Mais ils comprennent également un volet bien plus sensible. La coopération sécuritaire étant très intense, les services secrets israéliens sont, de fait, familiers de la très longue frontière de l’Azerbaïdjan avec l’Iran ; un sujet dont on ne parle ni à Bakou ni à Tel-Aviv. Car c’est un secret de polichinelle, l’Azerbaïdjan est devenu progressivement une base arrière pour les services de renseignement israélien dans le cadre de leur agissements contre l’Iran. Une convergence d’intérêt géostratégique est confortée par la crainte de Bakou face aux ambitions expansionnistes de Téhéran, vis-à-vis de la population azerbaidjanaise, majoritairement chiite. A l’époque de l’administration d’Obama, des responsables américains ont cru bon de savoir qu’Israël avait obtenu l’accès à des bases militaires à la frontière nord de l’Iran, constituant un atout significatif pour l’aviation israélienne.

En visite en Azerbaïdjan, en août 1997 et en décembre 2016, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, avait déclaré : "Les relations avec l’Azerbaïdjan sont très étroites. Elles seront encore meilleures après cette visite". La relation stratégique comprend la coopération en matière de commerce et de sécurité, et les échanges culturels et éducatifs. Depuis lors, Israël a développé des liens plus étroits avec Bakou et a aidé à moderniser les forces armées du pays. L’armée israélienne aurait été l’un des principaux fournisseurs d’armes d’aviation, d’artillerie, anti-char et anti-infanterie, dans les affrontements qui ont opposé les Azéris aux forces arméniennes en 2016. En 2009, la visite du président israélien, Shimon Peres, en Azerbaïdjan, avait donné lieu à un renforcement des relations militaires, la société israélienne Aeronautics Defence Systems Ltd annonçant qu’elle allait construire une usine à Bakou. Un an plus tard, le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, avait publié un décret interdisant la délivrance de visas dans les aéroports internationaux du pays ; les étrangers devaient désormais demander des visas au consulat azerbaïdjanais le plus proche… à l’exception des ressortissants d’Israël et de la Turquie.

Plus significatif est l’accord conclu en 2012 entre les deux pays pour un montant d’1,6 milliard de dollars pour l’achat de drones et de systèmes de défense antiaérienne, systèmes radars, batteries anti-missiles, munitions et missiles antichars à l’Azerbaïdjan. Et en janvier 2019, le service national des frontières d’Azerbaïdjan a acheté le kamikaze Sky Striker à la société israélienne Elbit Systems. De sorte que l’Azerbaïdjan est devenu le premier acheteur étranger de ce système offensif1.

En contrepartie de ces achats, les autorités azéries se sont engagées à fournir à Israël de grosses quantités de pétrole. Celles-ci représentent environ 40 % des importations israéliennes en la matière et arrivent par un oléoduc qui relie Bakou-Tbilissi au port turc de Ceyhan. Avant d’atteindre Israël, cet oléoduc, d’une capacité de 1,2 million de barils par jour, traverse la Turquie sur 1 000 kilomètres. Ce qui permet à Ankara d’encaisser des royalties importantes. Est-il besoin de le rappeler ? L’autre allié de l’Azerbaïdjan dans la région n’est autre que la Turquie d’Erdogan qui, fait rare, se trouve donc du même côté qu’Israël…

Des engins semant la mort made in Israël

Dès les premiers jours qui ont suivi l’offensive du 27 septembre 2020, l’Azerbaïdjan a déployé des armes de fabrication israélienne sur des cibles arméniennes, tandis qu’Israël continue de soutenir l’Azerbaïdjan en maintenant un canal de livraison d’armes dévastatrices contre lesquelles les forces de défense de la République autoproclamée de l’Artsakh ne peuvent rien ou presque2. Trois jours plus tard, Erevan rappelait son ambassadeur à Tel-Aviv pour consultation alors que ce dernier venait d’entrer en fonction. Si l’alliance géostratégique entre Bakou et Tel-Aviv est rarement abordée, celle-ci a une incidence directe dans le conflit en cours. En témoigne le manège d’avions-cargos de la compagnie azerbaidjanaise, Silk Airways, propriété d’une des filles d’Aliev, effectuant des vols en boucle entre l’Etat hébreux et l’Azerbaïdjan, n’a pas cessé tout au long des premières semaines.

Dans sa guerre d’extermination contre les Arméniens, Bakou peut compter sur les drones israéliens qui lui confèrent un redoutable avantage technologique. Entre le 22 et le 30 septembre, six Iliouchine IL-76, ces cargos gros-porteurs azéris, se sont posés sur la base militaire d’Ouvda, dans le sud d’Israël. Ils sont tous repartis quelques heures plus tard. Il y a fort à parier que la cargaison comprenait des drones fabriqués par les industries aéronautiques israéliennes. Dans une interview au site d’information israélien Walla, Hikmet Hajiyev, le conseiller du président de l’Azerbaïdjan, avait confirmé l’utilisation de drones « kamikazes » Harop dans son offensive contre l’Arménie, au Haut-Karabagh. Un terrorisme d’Etat qui suscitant des rapports alarmants de la part du CICR et d’Amnesty International3.

Entre realpolitik, cynisme, et rappel à la morale

C’est un fait. Israël, Etat construit sur les décombres de la Shoah et en réaction à l’antisémitisme, ne reconnaît toujours pas la réalité du Génocide de 1915. L’utilisation des drones de fabrication israélienne par l’Azerbaïdjan contre les civils et militaires arméniens au Haut- Karabagh, dénoncée par l’Arménie et les Arméniens de la Diaspora, contribue à relancer un débat. Israël, qui fournit une quantité importante de l’armement azéri, est également critiqué par les Israéliens.

Etienne Pellot
26 octobre 2020

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RECEP TAYYIP ERDOGAN EST UN DRÔLE DE TYPE ! Richard Labévière. On peut avoir des différents politiques, économiques et diplomatiques et émettre des critiques, même les plus sévères, mais le recours à l’insulte poursuit d’autres objectifs : « tout ce qu’on peut dire d’un chef d’État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d’abord faire des examens de santé mentale », a déclaré Recep Tayyip Erdogan dans un discours télévisé. Le Président turc ment effrontément : d’abord Emmanuel Macron ne s’en n’est pas pris aux Musulmans, mais aux fondamentalistes qui tuent au nom de leur religion, ce qui n’est pas la même chose ! Ensuite, l’argument de la « santé mentale » peut lui être aussitôt retourné, tant ses discours exaltés et outranciers rappellent ceux des dirigeants fascistes des années 1930.

« Les propos du président Erdogan sont inacceptables. L’outrance et la grossièreté ne sont pas une méthode. Nous exigeons d’Erdogan qu’il change le cours de sa politique car elle est dangereuse à tous points de vue. Nous n’entrons pas dans des polémiques inutiles et n’acceptons pas les insultes », a commenté l’Elysée auprès de nos confrères de l’AFP. La présidence française note également « l’absence de messages de condoléances et de soutien du président turc après l’assassinat de Samuel Paty ». Si, selon l’AFP, l’Elysée estime que « les lignes ont bougé. Nous avons éveillé les partenaires européens au risque posé par Erdogan » sur le plan international, il paraît néanmoins compliqué d’envisager, à court et moyen terme, une amélioration des relations bilatérales tant que la France n’aura pas formulé une stratégie politique cohérente à l’égard du monde musulman aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. L’absence de clarté favorisant les excès en tout genre, comme ceux du président turc. » L’ambassadeur turc à Paris a été convoqué au Quai d’Orsay et l’ambassadeur de France en poste dans la capitale turque, rappelé en France… C’est le moins que l’on pouvait faire ! En fait, c’est un projet de loi sur la lutte contre « les séparatismes » en France, qui a indisposé Ankara. Ce texte vise l’islam radical et doit être présenté début décembre : il comporte plusieurs points susceptibles de provoquer des tensions avec la Turquie, notamment le contrôle renforcé des financements des mosquées ou l’interdiction de la formation des imams à l’étranger. A ce jour, Ankara finance quelque 130 mosquées en France…

N’oublions jamais que Recep Tayyip Erdogan n’a toujours pas reconnu les génocides turcs à répétition visant la communauté arménienne depuis le début du XXème siècle1 et qu’il laisse croupir plusieurs centaines de journalistes et d’opposants politiques dans ses prisons. Par conséquent, avant de donner des leçons aux dirigeants européens ce personnage ferait mieux d’examiner ce qui se passe dans son propre pays où la situation des libertés civiles et politiques est, absolument désastreuse ! En fait, ce type est un authentique salopard… Osant parler au nom de l’Islam, il a lancé une campagne de boycott des produits français dans le monde arabe, campagne peu suivi à part aux Emirats arabes Unies (EAU)… Ce nouvel incident grave n’a suscité aucune espèce d’indignation au seil de l’Union européenne (UE) et fait suite à une série d’incidents entre des bâtiments de la Marine nationale et des navires de prospections gazière et pétrolière effectuant des sondages le long des côtes grecques et dans les eaux internationales.

Et c’est le même Erdogan qui arme des factions jihadistes en Syrie contre l’armée nationale syrienne. Il a fait transporter une partie de ces mercenaires en Libye pour lutter contre les forces du maréchal Haftar. En mer Rouge, il construit un port militaire dans la presqu’île de Suakin, juste en face du porte saoudien de Djedaah. Bref, Recep Tayyip Erdogan multiplie les opérations militaires au nom de l’idéologie mortifère des Frère musulmans ? On attend effectivement que l’Union européenne, ou d’autres freine ce fou furieux !

1 Le génocide arménien, ou plus précisément le génocide des Arméniens est un génocide perpétré d’avril 1915 à juillet 1916, au cours duquel les deux tiers des Arméniens qui vivent alors sur le territoire actuel de la Turquie périssent du fait de déportations, famines et massacres de grande ampleur. Il est planifié et exécuté par le parti au pouvoir à l’époque, le Comité Union et Progrès (CUP), plus connu sous le nom de « Jeunes-Turcs », composé en particulier du triumvirat d’officiers Talaat Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha, qui dirige l’Empire ottoman alors engagé dans la Première Guerre mondiale aux côtés des Empires centraux. Il coûte la vie à environ un million deux cent mille Arméniens d’Anatolie et d’Arménie occidentale.


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LE SOUS-MARIN NUCLEAIRE D’ATTAQUE « PERLE » VA ÊTRE REPARE – Laurent Lagneau/Opex-360.

Le 12 juin dernier, alors en cale sèche à Toulon pour sa dernière Indisponibilité pour entretien et réparations [IPER], le sous-marin nucléaire d’attaque [SNA] Perle était ravagé par un violent incendie s’étant déclaré dans un compartiment situé au niveau de sa proue. Il fallut environ 14 heures aux marins-pompiers de Toulon et de Marseille, au pompiers du SDIS 83 ainsi qu’aux marins de l’Escadrille des sous-marins nucléaires d’attaque [ESNA] et de l’École de navigation sous-marine et des bâtiments à propulsion nucléaire [ENSM-BPN], pour éteindre les flammes. Si le combustible, les équipements, les armes, les baies électroniques et autres câbles avaient été retirés du sous-marin avant l’incendie, la chaleur dégagée par ce dernier pouvait alors avoir gravement altéré sa coque épaisse, conçu pour résister à de fortes pressions. D’où la question de savoir si le navire pourrait ou non reprendre la mer. « Si la Perle est réparable, tout sera fait pour qu’elle le soit », avait assuré Florence Parly, la ministre des Armées. Pour déterminer si une telle opération était envisageable, tant sur le plan technique, économique et sécuritaire, des expertises ont depuis été menées durant l’été. Finalement, les études menées par le Service de soutien de la Flotte [SSF] de la Marine nationale et Naval Group, validées par la Direction générale de l’armement [DGA] sont arrivées à la conclusion que le SNA Perle est réparable, à condition de remplacer sa proue endommagée par celle du SNA Saphir, désarmé l’an passé. C’est en effet l’annonce faite par Mme Parly, ce 22 octobre. « Nous pouvons réparer la Perle et nous allons la réparer. Je dis en premier lieu ‘nous pouvons’ car le chemin qui s’ouvre devant nous est long et ardu. Cette décision ne sous-estime aucune difficulté. Elle affirme une ambition et la confiance en notre ressource et nos capacités collectives. Elle sera réévaluée à chaque étape de la réparation, à l’aune des expertises et de nos exigences sur lesquelles nous ne transigerons pas », a déclaré la ministre. Dans le détail, cette réparation, qui mobilsera 300 personnes durant six mois, consistera donc à découper la proue de la Perle, sa partie arrière étant « intacte », selon Mme Parly. « Nous Nous allons donc souder l’arrière de la Perle avec l’avant du Saphir. […] Nous reconnecterons par la suite les liaisons intérieures, les câbles et les tuyaux. La Perle achèvera ensuite son entretien majeur au point où il avait été interrompu, le 12 juin dernier » et les éléments retirés avant l’incendie « seront réinstallés à l’issue de la réparation », a expliqué la ministre. « C’est une opération complexe dans son ensemble que peu de pays peuvent envisager, mais que nous engageons avec confiance. Car en dépit des circonstances, chacune des étapes de cette réparation correspond à un savoir-faire éprouvé. Ce sont des technologies que Naval Group et les services de l’État connaissent et maîtrisent », a ensuite fait valoir Mme Parly. Évidemment, le minstère des Armées sera « intransigeant » lors des essais qui seront menés avec le retour à la mer de la Perle. « Si mon objectif est bien de réparer la Perle, ma priorité est de rendre à notre pays cette capacité opérationnelle en assurant la sécurité des sous-mariniers qui partiront en mission à bord », a souligné la ministre. « Toutes les analyses dont nous disposons montrent que cette opération est réalisable, sans obérer ni la sécurité des marins, ni la continuité de nos missions. Réparer la Perle, c’est [aussi] préserver l’indépendance de la France et c’est affirmer notre souveraineté », a-t-elle insisté. Quant au coût de cette opération, il s’élevera à 120 millions d’euros : 50 millions seront apportés par l’assureur de Naval Group, le reste étant à la charge du ministère des Armées. Les conséquences de cet incendie sur les capacités de la Force océanique stratégique [FOST] de la Marine devraient donc être assez limitées. Selon le Projet annuel de performances [PAP] publié par le ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance en annexe du projet de loi de finances initiale 2021, le dommage subi par la Perle serait « sans impact » sur la disponibilité technique opérationnelle [DTO] des SNA en 2021 étant donné que ce sous-marin était censé être en arrêt technique majeur.

 

LES ASSUREURS DE NAVAL GROUP DEVRONT PAYER 50 MEUR – Jean-Marc Tanguy/Le Mamout.

C’est la vraie information de la journée : il était évident que la marine et l’état-major ne pouvaient pas se priver de la Perle, incendiée en juin ; Naval Group va donc devoir la réparer, et son assureur devra débourser 50 MEUR, sur les 120 que coûteront l’opération de réparation de la Perle, et de prolongation du Rubis, pour tenter de tenir le format. Ce format ne compte, pour l’instant, que 5 SNA, et non 6 (jusqu’à l’entrée en service du Suffren), dont un hors du cycle deux ans plus longtemps que prévu (la Perle). Et le Rubis devra donc tenir plus longtemps que prévu, alors que déjà, l’âge des SNA est problématique et cause des problèmes récurrents, comme rappelé ici.  Cela rappelle, incendie mis à part, les euros que l’armée de l’air avait dû débourser face aux années de retard de l’Atlas : achats d’avions à… Airbus, grandes visites de Transall, locations, et l’armée de l’air continue encore à en payer les pots cassés, avec des Transall à bout de souffle. Dance ce cas-ci, les 70 MEUR de la LPM profiteront à Naval Group, qui reconnaît donc sa responsabilité, puisque son assureur devra débourser les 50 MEUR. Le minarm ne se hasarde pas à commenter : l’enquête n’est pas terminée. Dans la somme des arguments à discuter, c’est bien évidemment les opérations et le maintien des compétences de la sous-marinade française qui ont été déterminants, comme expliqué ici.

 

UN MINISTRE FRANÇAIS : UNE VOLONTE DE DESTABILISATION VENANT DE LA TURQUIE – AFP, 25 octobre.

Le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes a dénoncé dimanche « une volonté de déstabilisation » de la part du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui « se présente en protecteur des musulmans de façon complètement instrumentalisée ». Interrogé dans l’émission radio Forum Radio J, Clément Beaune a appelé à cesser d’être « naïfs » à l’égard de la Turquie comme « on l’a été en Europe ces 15 dernières années ». Selon lui, « ce n’est pas un hasard s’il n’y a pas eu de condamnation officielle » d’Ankara après l’attentat « immonde » contre un professeur de collège près de Paris, le 16 octobre, pris pour cible pour avoir montré des caricatures de Mahomet. M. Erdogan cherche, a estimé M. Beaune, à « instrumentaliser un évènement dramatique pour dire: "la France se bat contre les Musulmans", pour confondre Islam et islamisme ». En Europe, « on a cru que l’AKP (le parti, ndlr) de M. Erdogan c’était une forme d’islamisme politique modéré. L’islamisme politique à visage humain, ça n’existe pas », a ajouté M. Beaune. Face à des « insultes » proférées par le président turc à l’adresse d’Emmanuel Macron, M. Beaune a souligné qu’il fallait réagir « avec fermeté », comme cela a été fait avec le rappel « pour consultation » de l’ambassadeur de France en Turquie, « un geste rare » dont il faut « mesurer la solennité et la gravité ». « Nous sommes une démocratie, un Etat de droit, nous ne réagirons pas par l’insulte et la calomnie mais par la fermeté la plus grande », a ajouté le secrétaire d’Etat, et ancien conseiller du président Macron aux questions européennes. Pour M. Beaune, les déclarations « agressives » de M. Erdogan ne sont pas surprenantes outre mesure. « La Turquie mène une stratégie politique, offensive, agressive, provocatrice tous azimuts », a poursuivi M. Beaune, en citant les tensions avec la Grèce en Méditerranée orientale, « son soutien » à l’Azerbaïdjan dans le conflit du Nagorny Karabakh, « son influence » en Bosnie, sa stratégie en Syrie et en Libye. Il a dénoncé « une influence turque délétère » que l’on « voit aussi dans nos sociétés, par des associations, des réseaux sociaux ». Selon lui, M. Erdogan cherche à « entretenir une ambiguité destructrice, en confondant la lutte contre l’islamisme que nous menons sans relâche et une lutte supposée qui n’existe pas contre l’Islam et les musulmans ». En réaction aux appels au boycott de produits français dans certains pays arabes (Qatar, Koweït, Jordanie) et aux photos de M. Macron brûlées samedi à Gaza, M. Beaune a souligné qu’il faut voir si cela vient de « gouvernements organisés ou si ce sont des appels associatifs ciblés ». « Cela ne doit que conforter notre détermination à continuer, nous ne renoncerons pas » à publier les caricatures de Mahomet et à défendre la liberté d’expression, a-t-il dit. « C’est notre modèle, c’est un combat culturel » face à des « projets d’intimidation contre l’émancipation, contre les Lumières ».

 

SYRIE : AU MOINS 56 REBELLES PRO-TURCS TUES DANS DES RAIDS RUSSES A IDLIB – AFP, 26 octobre.

Au moins 56 combattants rebelles syriens affiliés à Ankara ont été tués lundi dans des raids aériens « russes » menés contre un camp d’entraînement dans la province d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, selon un nouveau bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). La Russie aide militairement le régime de Bachar al-Assad dans la guerre en Syrie tandis que la Turquie soutient certains groupes insurgés d’Idleb, ultime grand bastion jihadiste et rebelle. Les deux puissances extérieures ont négocié à plusieurs reprises des cessez-le-feu précaires pour le nord-ouest syrien et une trêve fragile reste en vigueur depuis mars dans le secteur, malgré des combats sporadiques. Les frappes de lundi imputées par les rebelles à Moscou ont tué « 56 combattants », selon un nouveau bilan fourni par Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH, qui avait fait état dans un premier temps de 34 morts. Le bilan pourrait encore être revu à la hausse car il y a aussi une centaine de blessés, « dont certains dans un état critique », a-t-il averti. Les raids aériens ont visé une position tenue par Faylaq al-Cham, faction de supplétifs syriens soutenue par Ankara, selon l’OSDH. Cette position, dans le nord-ouest de la province d’Idleb, avait récemment été transformée en camp d’entraînement et des dizaines de combattants s’y trouvaient réunis, selon M. Abdel Rahmane. Seif al-Raad, un porte-parole du Front national de libération –coalition de groupes rebelles affiliés à Ankara dont fait partie Faylaq al-Cham– a confirmé à l’AFP un raid aérien russe qui a fait « des morts et des blessés », sans fournir de bilan précis. Il a également dénoncé les « violations » par l’aviation de Moscou et par les forces du régime de la trêve négociée par la Turquie et par la Russie, avec « des positions militaires, des villages et des localités continuellement pris pour cibles ». Les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda) contrôlent près de la moitié de la province d’Idleb mais aussi des pans de territoires dans les régions voisines de Lattaquié, Hama et Alep. Déclenché en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, le conflit syrien s’est complexifié au fil des ans, impliquant une multitude de puissances étrangères et de groupes armés. Le régime syrien a réussi ces dernières années à reprendre plus de 70% du pays. La guerre a fait plus de 380.000 morts et a entraîné le déplacement de plusieurs millions de personnes.

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Après l’odieux crime de Conflans, le gouvernement, pour surveiller, espérer prévenir et pouvoir punir, veut rajouter au budget 2021, 310 postes d’agents du renseignement intérieur et extérieur. Ne vaudrait-il pas mieux connaître, et faire connaître à tous, les sociétés voisines, de l’Atlantique à l’Asie centrale, et donc former des professeurs de langue, histoire et civilisation des mondes berbère, arabe, turc, persan, et des chercheurs, plutôt que d’enfermer les rares connaisseurs dans les salles d’écoute, de traduction et d’analyse de nos services secrets ! On avait rogné depuis 5 décennies les lieux et budgets de connaissance, les échanges culturels et humains avec ces aires. Le Royaume-Uni a fait pire à l’instar des Etats-Unis. Selon des documents récemment exfiltrés, publiés mais hélas peu commentés, le Foreign Office a payé pour former massivement des jeunes des pays arabes puis des rebelles et des mercenaires à la communication et à la manipulation des médias, pour des changements de régime programmés.

Bernard Cornut

 

  1. Parce qu’un dégénéré tchétchène massacre un professeur d’histoire, on nous explique que la mémoire de la victime ne pourra être honorée que si tous les professeurs de France présentent à leurs élèves les caricatures de Mahomet. Entre l’hystérie téléguidée des Valls et la naïveté des lâches, y a-t-il encore place dans notre société pour tolérance et respect ?
  2. Quand il ne fait pas le ‘Charlie’ place de la République, Castex cultive son bon sens. Il l’a encore prouvé en limitant à 6 personnes le nombre maximum de convives autour d’une table, au restaurant comme chez soi. Cela pose évidemment un problème pour les familles de plus de quatre enfants mais Castex a tout prévu : « Ils pourront continuer à rester à la maison ». C’est naturel ou il le fait exprès ?
  3. Deux jours à peine après le drame, le ministre de l’Intérieur ‘découvre ‘ deux cent trente immigrés illégaux soupçonnés de liens avec le terrorisme – et qu’il demande à ses préfets d’expulser sur le champ. Ou Darmanin se fout de nous. Ou il est incompétent. Ou ‘il voudrait bien mais on l’en empêche’ et qu’importe alors la pitance tant qu’on a la gamelle ?
  4. Suivant sa célèbre recette du pâté aux alouettes – un cheval (israélien) et une alouette (palestinienne), Politique Internationale publie une interview du ministre israélien de l’Immigration par une ‘journaliste’ de la télé sioniste i24News. Question : « Etes-vous opposé à tout retrait de Cisjordanie ? ». « Oui, j’y suis opposé », répond le ministre, « parce que la Cisjordanie, ou plutôt la Judée-Samarie, est à nous ». Ça a le mérite de la clarté.
  5. La même revue publiait il y a quelques mois un cahier spécial sur ‘L’Arabie tentée par la réforme’. La presse est en crise et le publirédactionnel fait vivre mais quand même. Le galimatias de Filiu, les mensonges usuels d’Al-Joubeir, la langue de bois d’un ‘expert’ de chez Ardian, le conte de fée d’un Saint-Prot (édifiant)… Soft power de l’Arabie ? Entreprise de crétinisation, qui au moins espérons-le aura été bien rémunérée.

Dinall’uill

 

CE QUE NOUS DIT LE CONFLIT DU HAUT-KARABAKH DE LA GOUVERNANCE INTERNATIONALE 

Conflit gelé ? Vous avez dit conflit gelé. Un concept que seuls les experts des relations internationales connaissent bien surtout depuis l’éclatement de l’ex-URSS. Il renvoie à tous des différends entre nationalités, nationalismes qui avaient été mis sous le couvercle durant toute l’ère de glaciation soviétique. Une fois le dégel survenu en 1989, les cadavres sont ressortis des placards. Le premier fut l’éclatement de l’ex-Yougoslavie au terme d’une guerre longue. Chacun reprenant son indépendance : Bosnie-Herzégovine, Croatie, Kosovo, Macédoine, Monténégro, Serbie, Slovénie, L’équilibre est encore fragile. Mais, il y en avait d’autres. Du côté de la Géorgie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ont conduit à une guerre avec la Russie. Du côté de la Roumanie, la Transnistrie et la Moldavie posent problème. Dans le Caucase, en dépit des efforts du Groupe de Minsk, l’Arménie et l’Azerbaïdjan en viennent aujourd’hui aux mains à propos du Haut-Karabakh1. En élargissant la focale, ce conflit gelé2, qui ne l’est plus, depuis plusieurs semaines, constitue le miroir fidèle du rapport de force entre Grands et moins grands, de l’inexistence des organisations internationales, crise du multilatéralisme oblige. Passons en revue ces différents acteurs et leur rôle, plus exactement leur absence de rôle, dans le conflit du Haut-Karabakh !3

LES ÉTATS DÉSUNIS

Face au grand pertubateur turc et autres désordres de la planète, Russie, États-Unis, Chine, France semblent aussi désemparés qu’impuissants à prendre la mesure de la crise et à imaginer les grandes lignes d’une nouvelle gouvernance mondiale adaptée aux défis et menaces du XXIe siècle.

Turquie : diplomatie de la canonnière

Où s’arrêtera l’expansionnisme du président Erdogan s’interroge le correspondant de l’hebdomadaire, L’Express ? Excellente question que nous ne cessons de nous poser4. Syrie, Irak, Libye, Méditerranée orientale, Haut-Karabakh5 où il déploie des mercenaire syriens6, Chypre… Ses terrains de jeu ne cessent de progresser alors que les réactions de l’improbable « communauté internationale » sont, au mieux, inaudibles, au pire, inexistantes. À ce stade, ni la Russie, ni les États-Unis ne sont parvenus à canaliser les ardeurs du nouveau Sultan dans sa mégalomanie inquiétante7. La France est inexistante si ce n’est par son agitation permanente et par son attitude vocale de cour d’école. Qui dispose d’une stratégie cohérente sur le court, moyen et long terme vis-à-vis de la Turquie si ce n’est peut-être l’Allemagne et la Russie ? Mais, une stratégie pour quoi faire ? Là est la question. Nous sommes dans un flou diplomatique impressionniste qui n’est pas bon signe pour la suite des évènements tant nous ne percevons toujours pas de lumière au bout du tunnel.

Russie : diplomatie de la médiation

Accusée de déstabiliser la planète (par diffusion insidieuse de « fake news » sur les réseaux sociaux ou de Novitchok sur ses opposants), la Russie de Vladimir Poutine consacre une partie de son énergie à jouer les pompiers tout en défendant ses intérêts bien compris. En Syrie, elle tient en mains les carte du jeu, ayant habilement joué de la démarche hystérique et suicidaire des Occidentaux à l’égard de Bachar Al-Assad.

Guillaume Berlat

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