Observatoire Géostratégique

numéro 310 / 23 novembre 2020

LA CATASTROPHE POMPEO…

Surtout bien préserver les intérêts israéliens et américano-israéliens avant de quitter le gouvernement, tel a bien été l’objectif de la dernière tournée à l’étranger du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo… Ce dernier doit prochainement occuper plusieurs sièges de choix dans différents conseils d’administration (la retraite ça se prépare…).

En effet, après la France, la Turquie, la Géorgie et Israël, Mike Pompeo s’est rendu – le 20 novembre dernier – aux Émirats arabes unis. Le secrétaire d‘État américain est ensuite passé par le Qatar, puis l’Arabie saoudite où il doit clôturer aujourd’hui sa dernière visite dans le Golfe.

Fidèle – à la lettre – au Pacte du Quincy (signé en février 1945 entre le président Roosevelt et le roi Ibn Séoud), l’administration Trump a entretenu d’excellentes relations avec les monarchies du Golfe, leur livrant les plus grandes quantités d’armements jamais vendues à l’étranger…

Au Qatar, Mike Pompeo doit rencontrer des négociateurs des Taliban et du gouvernement afghan. Les pourparlers de cessez-le-feu marquent le pas, mais pourraient se débloquer à cette occasion. Mais c’est surtout « l’unité du Golfe » qui sera le principal sujet de discussion à Doha.

Depuis juin 2017, le petit émirat gazier est accusé par les autres pays de la région d’entretenir une trop grande promiscuité avec l’Iran et la Confrérie des Frères musulmans, les deux ennemis jurés de l’Arabie saoudite.

Si Doha est donc prêt à faire des concessions, celles-ci seront ensuite rapportées au crédit du prince héritier saoudien Mohamed ben Salmane. Le chef de la diplomatie américaine terminera en effet son voyage en Arabie saoudite. Il devrait aussi plaider pour la poursuite d’une normalisation des relations avec Israël. Dans le contexte de cette transition difficile, l’arrivée du gouvernement Biden peut-il rebattre les cartes ?

À voir les messages de félicitations des pays du Moyen-Orient affluer avec plus ou moins d’empressement pour saluer la victoire de Joe Biden à la présidentielle américaine, on se doute que l’arrivée de ce démocrate à la Maison Blanche ne fait pas les affaires de toutes les capitales de la région. Car le vainqueur du scrutin a bien l’intention de se démarquer de son prédécesseur, outre son style, par un changement de cap politique.

FIN DE PARTIE POUR RIYAD ET TEL-AVIV 

L’Arabie saoudite, qui espérait vainement une victoire du milliardaire américain, a attendu plusieurs jours après la proclamation officielle des résultats, pour "féliciter" Joe Biden. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a lui patienté quelques heures avant de tweeter ses félicitations. Message dans lequel il n’a d’ailleurs pas mentionné les termes de « victoire », ni même de « président élu », préférant recourir à un langage diplomatique plus policé pour assurer qu’il avait « hâte de travailler » avec lui et sa nouvelle vice-présidente, Kamala Harris.

Avec le retour de Biden au premier plan sur la scène internationale, les Israéliens redoutent que les démocrates ne leur tiennent rigueur eu égard aux hostilités du passé. "Certains craignent notamment que les démocrates n’aient pas oublié la virulente charge portée par Benjamin Netanyahu le 3 mars 2015, devant le Congrès américain, au nez et à la barbe de Barack Obama [le Premier ministre israélien avait alors fustigé la tentative d’accord sur le nucléaire iranien à laquelle travaillaient les États-Unis]", souligne Itamar Rabinovich, ancien ambassadeur d’Israël à Washington et professeur émérite d’histoire du Moyen-Orient à l’université de Tel-Aviv.

UN ESPOIR PALESTINIEN 

A contrario, Palestiniens et Iraniens – enchantés par le verdict des urnes américaines – n’ont pas attendu pour féliciter Joe Biden, percevant son arrivée au pouvoir comme autant d’espoir. « J’ai hâte de travailler avec le président élu et son administration pour renforcer les relations palestino-américaines et instaurer la liberté, l’indépendance, la justice et la dignité pour notre peuple », s’est empressé de déclarer le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.  

Richard Labévière

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LUTTE ANTI-TERRORISTE : LES DG SE METTENT À TABLE

« L’espionnage serait peut-être tolérable s’il pouvait être exercé par d’honnêtes gens » (Montesquieu)

Fait suffisamment rare pour être signalé, Le Figaro publie, le 13 novembre 2020, sur deux pleines pages un entretien croisé du directeur général de la sécurité extérieure, DGSE (Bernard Émié) et du directeur général de la sécurité intérieure, DGSI (Nicolas Lerner) sur l’état de la menace terroriste en cette période exceptionnelle de confinement des personnes et des libertés et de recrudescence d’actes terroristes1. Pour mémoire, tous deux sont issus de l’ENA : le premier est diplomate, le second est administrateur civil du ministère de l’Intérieur, issu de la promotion Senghor, celle d’Emmanuel Macron. Comme par un heureux hasard, Le Monde publie dans son édition datée du 14 novembre 2020 (mise en vente à Paris le 13 novembre 2020) deux pleines pages sur les nouveaux défis de la lutte antiterroriste2.

Manifestement, les « spin doctors » de l’Élysée, du ministère des Armées et de celui de l’Intérieur ont parfaitement réussi leur coup médiatique destiné à sensibiliser les Français au péril islamiste. Avant de détailler la présentation de ces deux hauts fonctionnaires, un indispensable regard sur l’actualité du terrorisme s’impose pour mieux la contextualiser. Quelques remarques générales seront enfin formulées en guise de conclusion nécessairement provisoires d’un sujet aussi vaste que complexe.

SITUATION SÉCURITAIRE SÉRIEUSEMENT DÉGRADÉE

Le moins que l’on soit autorisé à dire est que la France n’est pas à la fête en ce dernier trimestre de l’année 2020 en termes de menaces terroristes. Alors que nous célébrons le cinquième anniversaire des attentats du 13 novembre 2015 revendiqués par l’EIIL et que 14 complices sont actuellement jugés (par ailleurs, le 16 novembre 2020 s’ouvre le procès à Paris de l’attentat avorté du Thalys de mars 20163), notre pays est la d’attentats particulièrement odieux et barbares sur son sol4. Rappelons, pour les plus récents, celui commis devant l’ex-siège de Charlie-Hebdo contre deux passants (26 septembre 2020), celui perpétré contre un professeur d’histoire-géographie à Conflans-Sainte-Honorine, Samuel Paty (16 octobre 2020), celui qui a coûté la vie à trois fidèles dans la cathédrale de Nice (29 octobre 2020). Ville de Nice qui avait été sauvagement frappée par un attentat ayant couté la vie à 86 personnes et ayant fait 500 blessés (14 juillet 2016). Ils viennent s’ajouter à une liste longue déjà depuis plus de trois décennies. La capitale autrichienne a elle aussi été frappée le 2 novembre 2020 par une attaque ayant fait 5 morts et deux blessés5, posant la question des ratés de l’antiterrorisme dans ce pays6.

À l’étranger, en particulier dans certains pays musulmans, y compris ceux qui nous sont proches, nous assistons à un déchainement de haine contre la France justifiée par la rediffusion des caricatures du Prophète en 2020 considérées comme blasphématoire par certains musulmans (y compris en Tchétchénie, ce qui est un comble7) et certains propos caricaturés du chef de l’État lors de l’hommage rendu à Samuel Paty à la Sorbonne le 21 octobre 2020. Emmanuel Macron a tenté de s’en expliquer, avec un succès relatif dans les colonnes du Financial Times et sur la chaîne qatarie Al Jazeera. Notons au passage que les journaux américains, à l’instar du New York Times dont on ne peut dire qu’il est proche de Donald Trump, ont pris un malin plaisir à diffuser de multiples bobards sur l’état du droit français sur la laïcité, la liberté d’expression et le blasphème8. Le président turc a saisi ces occasions pour stigmatiser une prétendue islamophobie de la France9. Lors d’un mini-sommet européen consacré à la lutte contre le terrorisme organisé à l’Élysée, le 10 novembre 2020, en partie en virtuel, en partie en présentiel (avec Angela Merkel et le chancelier autrichien Sébastian Kurz), le président de la République semble avoir pris la mesure du phénomène islamiste10.

Désormais, Emmanuel Macron en appelle à un « sursaut européen »11 (lequel, avec qui, sur quels sujets ?), considère que le droit d’asile est dévoyé, que le système de Schengen ne permet pas un contrôle efficace aux frontières extérieures et que les contenus haineux mis en ligne devraient être supprimés dans un délai très court. Méfions-nous des gadgets européens inutiles !12 Généreuses intentions en vérité13. À quand les actes concrets que nos concitoyens attendent depuis belle lurette ? C’est que les défis ne manquent pas : amélioration des échanges entre services, encadrement plus stricte de la propagande sur internet, surveillance des réseaux sociaux, évolution de la « preuve numérique », barrière des messageries cryptées, parade des logiciels espions, droit européen sur le stockage des données, utilisation de l’algorithme14.

La réunion d’un conseil de défense15, après chaque attentat terroriste, relève à la fois de la politique du gadget et d’une posture de com’ fondée sur l’émotion qui n’est pas de nature à s’attaquer aux racines du mal dont les deux directeurs généraux de la sécurité extérieure et intérieure nous entretiennent dans leur tribune conjointe au Figaro du 13 novembre 2020.

PRÉSENTATION PASSABLEMENT INQUIETANTE DES EXPERTS

Tentons de résumer autour de quelques axes forts les réflexions de Bernard Emié et de Nicolas Lerner ! Si leur parole est rare, leur diagnostic est implacable. Rappelons le bilan des attentats du 13 novembre 2015 : 137 morts et 413 blessés, la pire attaque qu’a connue la France depuis la Seconde Guerre mondiale.

Augmentation des moyens et de la coopération. Ces deux responsables insistent, d’entrée de jeu, sur le renforcement sans précédent des moyens humains, budgétaires et juridiques dont ont bénéficié les services de renseignement depuis ces ignobles attentats. Doublement du budget de la DGSI, recrutement de 2000 agents d’ici la fin du quinquennat, création d’un parquet national antiterroriste (PNAT), de mécanismes de coordination pour renforcer l’efficacité du service à l’instar de la coordination nationale antiterroriste (CNRLT), désignation de la DGSI comme « chef de file » de la lutte antiterroriste sur le territoire national. La DGSE n’a pas été oubliée dans la distribution : recrutement de 1300 agents avec la loi de programmation militaire (LPM) portant les effectifs de la « piscine » à 7000 agents, renforcement de la coopération avec les « cousins éloignés » qui sont devenus des « frères complices », désignation de la DGSI comme « chef de file » de la lutte antiterroriste à l’extérieur de nos frontières pour coordonner l’action de la communauté du renseignement militaire et du COS, développement de la coopération avec les services étrangers, en complément des « liaisons » de la DGSI, pour identifier les projets d’attentats terroristes et les empêcher.

Évolution de la menace. Fruit de filières organisées à partir de zones de combat, la menace est devenue plus complexe, plus diffuse et plus compliquée à détecter en amont. Elle se fonde sur une propagande terroriste véhiculée sur les réseaux sociaux, une idéologie qui propage une haine de la République et de nos valeurs. Le défi à relever est double : assurer un haut niveau de suivi de 800 radicalisés repérés sur le territoire national tout en détectant les nouveaux porteurs de menace par une combinaison de moyens techniques et humains. Ce qui est loin d’être aisé tant les attentats « low cost » sont difficiles à détecter en raison de la faible planification qu’ils supposent. Il importe d’être vigilant sur la menace « endogène »16. Depuis 2015, la France a été frappée par 20 attentats, 19 ont été échoués, 61 ont été déjoués. Pour autant, les Français ne sont pas tombés dans le double piège tendu par les terroristes : la division et l’amalgame. Toutefois, la vigilance est de mise pour éviter qu’ils se fassent justice eux-mêmes. La DGSI suit de près les groupuscules d’ultra-droite dont cinq projets auraient été déjoués.

La menace dépasse la France comme viennent de le montrer les attentats de Vienne. Faute de disposer d’une compétence européenne en la matière, les services développent un « puissant maillage de coopérations bilatérales » (comme le Groupe antiterroriste ou GAT) qui concerne les réseaux du nord de la Syrie, des Balkans, d’Asie centrale et les flux de migrants qui cherchent à gagner l’Europe. Cela n’empêche pas de renforcer ces coopérations sur les contrôles aux frontières extérieures, sur les fichiers, la lutte contre les discours de haine sur internet. Le risque de grandes attaques conduites par des groupes implantés hors de nos territoires (comme l’EIIL) n’est pas à exclure. Pour y répondre, les réponses sont claires : coopération entre services intérieurs et extérieurs, avec nos partenaires, renforcement des contrôles extérieurs aux frontières…

L’EIIL essaie de se reconstituer en dépit des échecs passés. Ses effectifs seraient passés de 50000 combattants à quelques milliers. Le cancer n’est pas vaincu et les métastases sont possibles surtout dans la bande sahélo-saharienne (GSIM, Al-Qaïda), dans le sud de l’Afrique (Somalie, Mozambique), au Yémen (AQPA), dans les Balkans.

Guillaume Berlat
23 novembre 2020

1 Jean Chichizola/Christophe Cornevin, Terrorisme : pour les chefs du renseignement, le « cancer » n’est pas vaincu, Le Figaro, 13 novembre 2020, pp. 1-12-13.
2 Élise Vincent, Les nouveaux défis de la lutte antiterroriste, Le Monde, 14 novembre 2020, pp. 14-15.
3 Soren Seelow, Attentat du Thalys : premier volet d’une terreur en trois actes, Le Monde, 17 novembre 2020, pp. 14-15.
4 Cécile Hochard/Laura Nattiez/Denis Peschanski, 13 novembre. Des témoignages, un récit, Odile Jacob, 2020.

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MIKE POMPEO EN TOURNEE DANS LE GOLFE – RFI, 20 novembre. Après la France, la Turquie, la Géorgie et Israël, Mike Pompeo est arrivé vendredi 20 novembre aux Émirats arabes unis. Le secrétaire d‘État américain est ensuite attendu au Qatar, puis en Arabie saoudite où il clôturera lundi prochain ce qui pourrait être sa dernière visite dans le Golfe. Pendant quatre temps, l‘administration Trump a entretenu d‘excellentes relations avec les monarchies arabes du Golfe. C‘est donc dans la péninsule arabique que Mike Pompeo clôture son voyage de 10 jours en Europe et au Moyen-Orient. Vendredi, le secrétaire d‘État américain a atterri aux Émirats arabes unis où il sera question « de coopération en matière de sécurité ».  Puis, Mike Pompeo s‘envolera au Qatar, où il rencontrera des négociateurs des talibans et du gouvernement afghan, dont les pourparlers montrent des signes d’avancées. Mais « l‘unité du Golfe » sera également au cœur de ces discussions à Doha. Car depuis juin 2017, le minuscule émirat gazier est en effet accusé d‘une trop grande proximité avec les Frères musulmans et l‘Iran : les deux ennemis jurés de l‘Arabie saoudite.  Si Doha est donc prêt à faire des concessions, celles-ci seront ensuite rapportées au prince héritier saoudien Mohamed ben Salmane. Le chef de la diplomatie américaine terminera en effet son voyage en Arabie saoudite. Il devrait aussi plaider la normalisation des relations avec Israël. En somme, Mike Pompeo est venu conforter un bilan très positif pour les dirigeants du Golfe qui pour la plupart privilégiaient d‘ailleurs la réélection de Donald Trump. 
 
 
OBAMA : LA FAUSSE NOTE – Richard Labévière. Dans ses mémoires, qui sortent en ce moment en librairie, l’ancien président des Etats-Unis Barack Obama dresse un portrait très injurieux de Nicolas Sarkozy. Quoi qu’on puisse penser du personnage, il a été président de la France et – à cet égard – mérite un certain respect. Donc, Monsieur Obama – pétri de sa superbe – ferait bien d’en rabattre et de ne pas trop la ramener sur le plan personnel. Le sien n’est pas immaculé non plus… notamment sur le plan de ses relations avec les femmes.
 
 
UNE TERRE PROMISE : LA BASSESSE DE BARACK OBAMA – Ali Baba.

« Notre pays doit sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans la grandeur » (général de Gaulle).

Alors qu’il a quitté la Maison Blanche en janvier 2017 après deux mandats pour le moins contrastés, l’ex-président des États-Unis, prix Nobel de la paix, Barack Obama publie le premier tome de ses Mémoires (850 pages) pompeusement intitulées « Une terre promise »1. Coqueluche de la bien-pensance germanopratine et du clergé médiatique français, cette publication ne passe pas inaperçue tant elle fait l’objet d’un battage publicitaire indécent en cette période de pandémie. Le Dieu Obama, premier président « noir » (afro-américain pour reprendre la terminologie politiquement correcte) des États-Unis nous fait la grâce de redescendre sur terre pour nous livrer ses tables de la loi. Nous ne sommes pas dans la sphère politique mais dans celle du religieux.

Comment pourrait-il en être autrement pour celui qui fut durant huit années consécutives le guide spirituel du « peuple à la destinée manifeste » ? Après un rapide survol de la quintessence de ses Mémoires, nous reprendrons les propos peu amènes de Barack Obama à l’endroit de Nicolas Sarkozy et tenterons d’en tirer quelques leçons sur nos prétendus amis et alliés américains.

LA SUBSTANTIFIQUE MOËLLE DE L’OPUS MAGNUM

Voici le résumé de l’ouvrage que nous livre Fayard dont la directrice Sophie de Closets a osé dire « Barack Obama est écrivain avant d’être président »2 :

Début de citation

Dans le premier volume de ses mémoires présidentiels, Barack Obama raconte l’histoire passionnante de son improbable odyssée, celle d’un jeune homme en quête d’identité devenu dirigeant du monde libre, retraçant de manière personnelle son éducation politique et les moments emblématiques du premier mandat de sa présidence – une période de transformations et de bouleversements profonds. Barack Obama nous invite à le suivre dans un incroyable voyage, de ses premiers pas sur la scène politique à sa victoire décisive aux primaires de l’Iowa, et jusqu’à la soirée historique du 4 novembre 2008, lorsqu’il fut élu 44e président des États-Unis, devenant ainsi le premier Afro-Américain à accéder à la fonction suprême. En revenant sur les grandes heures de sa présidence, il nous offre un point de vue unique sur l’exercice du pouvoir présidentiel, ainsi qu’un témoignage singulier sur les ressorts de la politique intérieure et de la diplomatie internationale. Il nous entraîne dans les coulisses de la Maison-Blanche, du Bureau ovale à la salle de crise, et aux quatre coins du monde, de Moscou à Pékin en passant par Le Caire. Il nous confie les réflexions qui l’ont occupé à certains moments cruciaux – la constitution de son gouvernement, la crise financière mondiale, le bras de fer avec Vladimir Poutine, la réforme du système de santé, les différends sur la stratégie militaire des États-Unis en Afghanistan, la réforme de Wall Street, le désastre provoqué par l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, et enfin l’opération commando qui a conduit à la mort d’Oussama Ben Laden. Une terre promise est aussi un récit introspectif – l’histoire du pari qu’un homme a lancé à l’Histoire, d’un militant associatif dont la foi a été mise à l’épreuve sur la scène internationale. Barack Obama parle sans détour du défi colossal qu’il lui a fallu relever : être le premier candidat afro-américain à la présidence, incarner « l’espoir et le changement » aux yeux de toute une génération galvanisée par la promesse du renouveau, et devoir à chaque instant prendre des décisions d’une gravité exceptionnelle. Il évoque la façon dont sa vie à la Maison-Blanche a pu affecter sa femme et ses filles, et parle sans fard des moments où il s’est retrouvé en proie au doute et à la déception – sans pour autant renoncer à croire qu’en Amérique le progrès est toujours possible. Ce livre puissant et magnifiquement écrit est l’expression de la conviction profonde de Barack Obama : la démocratie n’est pas un don du ciel, mais un édifice fondé sur l’empathie et la compréhension mutuelle que nous bâtissons ensemble, jour après jour3.

Fin de citation

Si nous comprenons bien cette présentation, cet ouvrage ressemble plus à une confession qu’à une analyse stratégique du monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain. L’homme croit à « l’empathie et la compréhension mutuelle ». Valeurs chrétiennes, diraient certains, valeurs humanistes, diraient d’autres. Mais, si nous allons du général au particulier, nous ne sommes pas au bout de nos surprises lorsque nous découvrons le portrait qu’il dresse de l’un de nos ex-présidents de la République, Nicolas Sarkozy.

LA DESCRIPTION INUTILEMENT MÉPRISANTE DE NICOLAS SARKOZY

Reprenons le surprenant portrait qu’il dresse de Nicolas Sarkozy dans un ouvrage à grande diffusion !

Début de citation

Dans ses mémoires baptisées Une terre promise, Barack Obama n’épargne aucun de ses anciens homologues. Parmi ces derniers, Nicolas Sarkozy est sans doute l’un de ceux dont le portrait est le plus salé. Barack Obama a-t-il une dent contre Nicolas Sarkozy ? Dans le premier tome de ses mémoires, baptisées Une terre promise et publiées ce mardi 17 novembre, l’ancien président américain a des mots on ne peut plus durs pour qualifier son ancien homologue français qu’il décrit comme « opportuniste » avant de se moquer de ses « talonnettes ». S’attardant sur le physique de l’époux de Carla Bruni, Barack Obama le décrit comme un homme à la « peau mate, des traits expressifs, vaguement méditerranéens (son père était hongrois, son grand-père maternel juif grec), et de petite taille ». Loin de s’arrêter-là, le prédécesseur de Donald Trump poursuit, non sans une pointe de cruauté : « il mesurait à peu près 1,66 mètre, mais portait des talonnettes pour se grandir, on aurait dit un personnage sorti d’un tableau de Toulouse-Lautrec ». L’ancien président américain, qui a perçu plusieurs dizaines de millions de dollars pour l’écriture de ses mémoires, révèle également que « les discussions avec Sarkozy étaient ainsi tour à tour amusantes et exaspérantes », et de détailler : « ses mains en mouvement perpétuel, sa poitrine bombée comme celle d’un coq nain, son interprète personnel (contrairement à Merkel, il parlait un anglais limité) toujours à ses côtés, reflet exalté de chacun de ses gestes, de chacune de ses intonations ». Assénant un dernier coup à l’ancien chef d’Etat, il conclut : « la conversation passait de la flatterie à la fanfaronnade, sans manquer d’une authentique perspicacité ni jamais s’éloigner de son intérêt premier, à peine déguisé, qui était de se trouver au cœur de l’action et de s’attribuer le mérite de tout ce qui valait qu’on s’en attribue le mérite »4.

Fin de citation

Le moins que l’on puisse dire est que tout ceci n’est pas très charitable !

L’INSUPPORTABLE TRIVIALITÉ DE BARACK OBAMA

Est-ce digne d’un homme que l’on présente comme intelligent de se livrer à de telles mesquineries qui n’ont pas leur place dans un ouvrage à prétention universelle ? Surtout vis-à-vis de celui qui fut l’un de ses homologues et dont le contenu des entretiens aurait dû être tenu secret, par décence, par courtoisie élémentaire. Comprenons-nous bien ! Il ne s’agit pas de prendre fait et cause pour Nicolas Sarkozy pour lequel nous nous nourrissons une aversion certaine. Il s’agit de se battre pour des principes. La description de Barack Obama est d’autant plus surprenante qu’elle vient d’une personne représentant un pays qui exporte en France, comme aux quatre coins de la planète, le poison du « politiquement correct ». Comment imaginer possible que dans le pays où l’on fait la chasse aux mots, un ancien président des États-Unis puisse railler le type de Nicolas Sarkozy : « un homme à la « peau mate, des traits expressifs, vaguement méditerranéens (son père était hongrois, son grand-père maternel juif grec), et de petite taille ». Loin de s’arrêter-là, le prédécesseur de Donald Trump poursuit, non sans une pointe de cruauté : « il mesurait à peu près 1,66 mètre, mais portait des talonnettes pour se grandir, on aurait dit un personnage sorti d’un tableau de Toulouse-Lautrec ». Pour Barack Obama, il est impensable d’avoir la peau mate, d’être de petite taille, de type vaguement méditerranéen, d’être d’origine hongroise par son père et juif grec par sa mère (la communauté juive américaine, qui a voté en majorité pour les Democrates en novembre, devrait s’en souvenir le moment venu). On croit rêver. On se demande si on ne lit pas du Céline, du Brasillach ou du Drieu La Rochelle. Les propos de Barack Obama relèvent d’une forme de racisme, d’antisémitisme, de discrimination à l’égard de toutes les personnes de petite taille et de « type métèque ». Toute personne, qui tiendrait de tels propos, dans une université américaine, risquerait de graves ennuis allant jusqu’à l’exclusion. Sans parler de procès scandaleux à la #metoo5. Nous en avons quelques exemples récents. Barack Obama se permet de juger un président français en fonction de ses apparences. Tout ceci est proprement scandaleux quoi que l’on puisse penser de l’odieux personnage qu’est Nicolas Sarkozy. L’homme qui a cru bon de rejoindre la structure militaire intégrée de l’OTAN sous le règne de Barack Obama (décision annoncée devant le Congrès en 2007, devenue effective lors du sommet de Strasbourg de 2009), revenant sur un engagement fort du général de Gaulle (1966). Il a droit à un retour de boomerang salutaire. Voilà ce qu’il en coûte de revenir dans « la famille occidentale » et de succomber à la servitude volontaire. Fermons la parenthèse et revenons à notre sujet !

Pense-t-on que la réciproque puisse être envisageable ? Certainement pas. Qu’aurait-on dit si, dans ses Mémoires6, Nicolas Sarkozy avait dressé un portrait de Barack Obama faisant référence à ses origines africaines, musulmanes, à sa peau colorée, à ses traits négroïdes, à sa grande taille, à ses grandes oreilles… ? Cela aurait déclenché un tollé général amplement justifié. Mais la réciproque ne semble pas envisageable. L’indignation est aujourd’hui à géométrie variable. Le politiquement correct, que l’on tente de nous imposer en France, relève de la tartufferie. In fine, les Américains détestent les Français qu’ils considèrent comme des sous-développés et la France comme un pays qui tombe. Ils se permettent l’inacceptable d’autant que nous nous plaçons dans une posture de soumission culturelle, linguistique, économique, sociétale, culinaire…. Et, nous sommes payés en retour par un profond mépris insupportable. Le général de Gaulle nous avait mis en garde contre ces travers. Emmanuel Macron vient de faire les frais de ces procès en racisme institutionnalisé que nous intente la presse américaine à la faveur de l’assassinat de Samuel Paty7. Lui qui se plaît à parler anglais en lieu de s’en tenir à notre belle langue française, qui intitule ses projets en anglais (« Make our Planet Great again » et autres). Faire litière de ses origines, de son histoire, de sa culture, de sa langue, c’est se renier et s’attirer le plus grand mépris du monde anglo-saxon. Cette crise, comme bien d’autres, nous renvoie à l’abandon des valeurs incarnées par le général de Gaulle8. Le respect des Américains se gagne en leur tenant tête et non en se couchant piteusement devant eux.

Notons que cette bonne âme de Barack Obama fait coup double. En effet, Michelle Obama publie dans le même temps un ouvrage intitulé : « Devenir »9. La petite plaisanterie aurait déjà rapporté au couple la bagatelle de 65 millions de dollars. Il n’y a pas de petits bénéfices. Tout ou partie de ce pactole ira-t-il alimenter les caisses d’œuvres charitables ? Nous n’en avons pas entendu parler, du moins à ce jour. Cette saillie à l’égard de Nicolas Sarkozy discrédite complétement l’homme (Barack Obama) et son ouvrage (« Une terre promise »). La meilleure des choses qui pourrait arriver à cette publication serait d’être boycottée par les lecteurs et lectrices françaises au nom d’une certaine idée de la France, du droit à la dignité humaine, des valeurs dont on nous rebat les oreilles. Par ailleurs, elle devrait être unanimement condamnée par la classe politique française au nom des Lumières. Elle se grandirait en dénonçant pareils propos dignes du pire obscurantisme. Ce ne serait qu’un juste retour des choses après cette bassesse de Barack Obama. À méditer, au moment où son ex-vice-président, Joe Biden va prendre possession de la Maison Blanche en janvier 2021.

1 Barack Obama, Une terre promise, Fayard, novembre 2020.
2 Elle a osé le dire, Marianne, 20-26 novembre 2020, p. 21.
3 https://www.babelio.com/livres/Obama-Une-terre-promise/1263446
4 Anaïs Moine, Barack Obama cruel avec Nicolas Sarkozy et « ses talonnettes pour se grandir », www.gala.fr , 19 novembre 2020.
5 Jean-Louis Jeannelle, Ce que # metoo a fait à la littérature, Le Monde des Livres, 20 novembre 2020, pp. 4-5.
6 Nicolas Sarkozy, Le temps des tempêtes, Tome I, éditions de l’Observatoire, 2019.
7 François-Xavier Bourmaud, Macron défend la laïcité seul face au reste du monde. Le président s’agace du traitement réservé par des médias de langue anglaise aux attentats terroristes, Le Figaro, 17 novembre 2020, p. 11.
8 Marie-Laure Bonavitta (propos recueillis par), Henri Guaino : « De Gaulle n’a jamais joué la politique de la peur », Le Figaro, 9 novembre, p. 26.
9 Michelle Obama, Devenir, Fayard, novembre 2020.


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ROBERT FISK : DISPARITION D’UN GRAND JOURNALISTE – Richard Labévière.

Ce merveilleux personnage, qui a pu interviewer trois fois Oussama Ben Laden, est mort le 30 octobre dernier à l’âge de 74 ans à Dublin. Né le 12 juillet 1946 à Maidstone, dans le Kent, il a suivi des études de science politique à l’université de Lancaster. Il travaille d’abord au Sunday Express, qu’il quitte rapidement pour le Times. Il couvre pour ce quotidien les « événements » d’Irlande du Nord de 1972 à 1975, en tant que correspondant à Belfast. Cette expérience irlandaise a probablement joué un rôle essentiel dans son engagement pacifiste et anticolonial. Révéré en Irlande, le journaliste choisit par la suite de prendre la nationalité irlandaise et de s’installer à Dublin. C’est là qu’il a été inhumé lundi 2 novembre. A partir de 1976, Fisk, est en poste à Beyrouth, où il a été le correspondant du Times au Moyen-Orient. Il quitte le journal en 1987 après la prise de contrôle du magnat australien Rupert Murdoch pour rejoindre The Independent. Outre la guerre civile libanaise, il couvre la révolution islamique en Iran, les guerres de l’ex-Yougoslavie, la guerre du Golfe de 1991, la deuxième Intifada à partir de 2000 puis les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak consécutives au 11 septembre 2001. Son récit de la guerre au Liban, Pity the Nation, paru en 1990 et réédité à de nombreuses reprises, n’a été traduit en français qu’en 2007 sous le titre Liban, nation martyre (Panama). C’est son chef-d’œuvre, un monument du journalisme, où le reportage se mêle à l’analyse et à la digression personnelle. Ce talent lui a valu les plus prestigieuses récompenses, notamment les prix Orwell et Martha-Gellhorn. Robert Fisk n’a jamais cru en un journalisme neutre. « On ne peut décrire le massacre de Sabra et Chatila en pratiquant le fifty-fifty », disait-il. Pour lui, le journaliste se doit d’être du côté des opprimés et des victimes, à commencer par les Palestiniens, privés de leur terre et de leur pays, et plus généralement des Arabes, victimes d’un découpage colonial perfide au moment des accords Sykes-Picot.

 

VETO AMERICAIN SUR LA PRESENCE DU HEZBOLLAH AU SEIN DU PROCHAIN GOUVERNEMENT LIBANAIS – Libanews, 19 novembre.

Après des différends concernant l’attribution des ministères à certains partis comme celui de la santé, des affaires sociales, des télécommunications ou encore des travaux publics, ainsi qu’entre le Président de la République, le Général Michel Aoun et le premier ministre désigné Saad Hariri qui souhaite nommer les 9 ministres chrétiens lui-même, un nouvel écueil serait posé par un véto américain à la présence même du Hezbollah au sein du gouvernement Hariri IV.

Cette information confirmerait l’allusion du ministre sortant de l’Intérieur Mohammed Fahmi qui avait évoqué des éléments externes bloquant le processus de formation lors de son entretien avec le Patriarche Maronite Béchara Boutros Sfeir

Ces bras-de-fer avec le Courant Patriotique Libre, le Mouvement Hezbollah et donc le Mouvement Amal pourraient alors faire échouer le passage du prochain cabinet durant le processus de confiance alors que le Liban s’enfonce d’avantage dans la crise économique avec une dette publique qui dépasse les 94 milliards de dollars.

Le Liban est sans gouvernement depuis le 10 août dernier, après la démission du cabinet Hassan Diab suite à l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août. Le 31 août, Mustapha Adib a été nommé Premier Ministre à l’issue des consultations parlementaires obligatoires menées par la Présidence de la République. Cependant, la formation d’un nouveau gouvernement bute sur l’attribution du ministère des finances, ministère clé pour la mise en place du programme de réformes économiques exigées par la communauté internationale et nécessaire face à la crise que traverse le Pays des Cèdres.

Ainsi, le Hezbollah et Amal exigent que ce portefeuille ministériel soit attribué à l’un de leurs membres, ce que refusent les autres partis politiques qui demandent en retour, une rotation des portefeuilles ministériels régaliens.

La France s’est, par ailleurs, fortement impliquée dans le dossier libanais, le président de la république française Emmanuel Macron devenant même le porte-parole de la communauté internationale suite à sa visite le 6 août 2020 deux jours après l’explosion du port de Beyrouth. Il a rappelé que le déblocage de l’aide internationale reste conditionné à la fin des importants détournements de fonds par les responsables de partis politiques ou encore au sein des administrations libanaises.

Le 8 octobre 2020, l’ancien premier ministre Saad Hariri se déclare candidat à ce poste après avoir indiqué faire des concessions au sujet de l’attribution du portefeuille des finances qui devrait ainsi revenir au candidat soutenu à la fois par le Hezbollah et le mouvement Amal.

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Enfin ! réunies par le Collectif Ni Guerre, Ni Etat de Guerre créé en 2016 en réaction à la chappe de plomb empêchant tout débat public sur les causes du terrorisme, des centaines de personnalités ont publié un appel titré « Guerres et terrorisme : sortir du déni ». 41 ans après les turpitudes du pouvoir US expédiant des mercenaires jihadistes en Afghanistan pour y contrer un gouvernement procommuniste et piéger l’URSS. 30 ans après les manipulations médiatiques préludant à la Guerre du Golfe du père Bush. 18 ans après les mensonges éhontés de son fiston G.W. Bush et de Tony Blair, toujours en liberté après leur guerre d’agression, leur occupation et leurs crimes de guerre. Et surtout 53 ans après l’occupation de territoires palestiniens, honteusement tolérée voire encouragée par les puissances occidentales. Si notre diplomatie est impuissante, ce n’est pas faute de puissance militaire, c’est faute de recours déterminé à une justice internationale universelle.

Bernard Cornut

 

  1. L’émission ‘Quotidien’ de Barthès sur TMC serait le reflet de la bien-pensance ‘djeune’. On y voit une chroniqueuse dénoncer aux forces de police des manifestants catholiques ‘parce qu’ils viennent de prier’ et que dans cette hypothèse, ‘la manifestation ne serait plus légale’. ‘Qu’attendez-vous pour verbaliser ?’ demande la jeune dame. Admirables délateurs de tous temps, collabos et auxiliaires de police, télé poubelle. Tout en un.
  2. Titre du Figaro : « On ne se moque pas des religions : l’archevêque de Toulon crée la polémique » (car dénoncer qu’on puisse se moquer des religions impunément, c’est ‘créer la polémique’). C’est alors que Ségolène Royal se demande si la fraternité ne serait pas justement ‘l’interdiction de choquer, d’humilier…’ ? Brans-le-bas de combat chez les frérots : ‘retour du délit de blasphème’ ! Il y aurait donc deux fraternités ?
  3. Se gausser du tropisme américain des allemands et fustiger à la fois la ‘vision’ européenne de Macron est un exercice auquel la bien-pensance germanopratine a du mal à se livrer. Mais si la solution n’est pas un repli sur la seule France, dont les moyens d’indépendance sont ce qu’ils sont, peut-être faudrait-il commencer par convaincre nos 26 partenaires de notre propre vision d’indépendance militaire et de souveraineté.
  4. Tandis que les américains continuent leur cirque et que les européens se prennent la température, la Chine de Xi Jinping – qui a exporté en Europe le seul produit qui ne soit jamais tombé en panne, en profite. Avec la disparition de l’opposition démocratique au parlement, Hong Kong vient de franchir l’étape qui la détache de la démocratie. On ne mourrait déjà pas pour Dantzig – où il n’y avait pas de contrat. Alors pour Hong Kong…
  5. Alors que Loujain Al-Hathloul, torturée parce qu’elle voudrait que les femmes aient des droits identiques à ceux des hommes, croupit dans les geôles de Mohamed Bin Salman (tout occupé à recevoir virtuellement les grands de ce monde), l’Arabie avance ses pions vers Israël. Dernière offensive via la presse : ‘Al-Aqsa ne serait pas à Jérusalem mais dans le Golfe’ (Okaz) et ‘Les pays du Golfe devraient favoriser leurs intérêts et non ceux des Palestiniens’ (TV2 Egypte). Pour MBS, cela s’appelle ‘gérer ses priorités’.

Dinall’uill

 

NEUTRALITE DU LIBAN : ENTRE CHOIX ET SOUHAIT…

« Le choix n’est certainement pas la même chose que le souhait, bien qu’il en soit visiblement fort voisin. Il n’y a pas de choix, en effet, des choses impossibles, et si on prétendait faire porter son choix sur elles, on passerait pour insensé ; au contraire, il peut y avoir souhait des choses impossibles, par exemple de l’immortalité.

(…) le souhait peut porter sur des choses qu’on ne saurait d’aucune manière mener à bonne fin par soi-même, (…) ; au contraire, le choix ne s’exerce jamais sur de pareilles choses, mais seulement sur celles qu’on pense pouvoir produire par ses propres moyens. » Aristote, Éthique a Nicomaque. [SPN]

Un peu de logique avant que d’entrer en politique, sinon à se condamner à ne pas comprendre mon propos.

Si le possible est ce qui peut être et donc a des chances de se produire, l’impossible est ce qui ne peut être et donc n’a aucune chance de se produire. Mais si l’impossible est ce qui ne peut être, l’improbable est ce qui, pouvant être, a néanmoins fort peu de chance d’être, de se produire ou se réaliser, ambiguïté de l’improbable qui tout en pouvant être risque de ne jamais l’être !

Or la question, éminemment politique, évidement, de la neutralité du Liban, avant que d’être politique relève d’abord de la logique, car avant que de vouloir un Liban neutre, encore faut-il se poser la question de savoir s’il a la possibilité de l’être ; et si, ayant la possibilité, il en a les moyens ce qui pose la question de sa probabilité. En termes d’Aristote, la « neutralité » du Liban relève-t-elle du choix, à portée de mains, ou du souhait, hors de portée ?

Dans le contexte de difficile chaos qui travaille la région, la « neutralité » serait-elle, aux yeux des Libanais toutes tendances et confessions confondues, un choix, et comme tel, à valeur unificatrice, acceptée par tous ? Ou bien alors n’est-elle que le souhait d’une partie des Libanais qui, à ce titre, devrait se dresser contre la partie qui n’en veut pas ?

1 – Un détour par la Suisse

Avant que de s’interroger sur la question de la neutralité libanaise, le détour par la Suisse, pays par excellence de la neutralité, s’impose, car c’est à la lumière des ‘ibar [1] qu’on peut en tirer que je m’interrogerai sur la question de la neutralité du Liban.

Pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648) [2], la Suisse réussit à rester neutre, mais pour la sauvegarder, elle a dû mobiliser 36 000 hommes, créant ainsi et le concept de «neutralité armée» et la première ébauche de ce qui deviendra, après la Révolution française, une «armée nationale». Ce n’est qu’à l’issue de cette Guerre que la neutralité de la Suisse fut reconnue par les traités de Westphalie (1648) qui mirent un terme à la guerre de Trente Ans.

Esquissée lors des traités de Westphalie (1648), ce n’est que lors du Congrès de Vienne de 1815 [3], à la fin des guerres napoléoniennes, que les grandes puissances de l’Europe ont reconnu la neutralité de la Suisse, « comme facteur d’équilibre et de paix ».

Bien qu’au préalable Napoléon Bonaparte eût imposé aux Suisses de s’enrôler dans ses troupes lors de la campagne de Russie de (1812), après sa défaite à Leipzig (1813), la Suisse proclama à nouveau sa neutralité et l’inviolabilité de son territoire, que lui reconnurent le traité de Paris de 1815, et que consacra solennellement le Congrès de Vienne (1815).

Quand bien même entourée par les deux camps belligérants, la Suisse réussit, pendant la Première Guerre mondiale, à reconduire sa neutralité, reconduite aussi lors de la Deuxième Guerre mondiale. Mais lorsque Hitler affichat son intention de l’envahir, le gouvernement suisse, prenant au sérieux la menace, décida de renforcer son armée en la modernisant et commença de se préparer à la guerre.

Certes, Hitler n’a jamais ordonné d’envahir la Suisse. Peu importe les raisons car là, en regard de notre propos, n’est pas l’essentiel qui, lui, réside dans le fait que la Suisse se donna les moyens de parer la menace qui pointait.

Quelles leçons peut-on tirer de ce détour par la Suisse ? La première est que la neutralité ne devient un choix traduisible en politique que si, et seulement si les neutralistes du pays en question réussissent à en faire un mot d’ordre national, c’est alors que, devenant un choix politique, elle deviendra une politique d’État ; or cette condition n’a pas été donnée au Liban. Il y a peut-être un désir de neutralité chez beaucoup de Libanais (toutes confessions confondues), mais ce n’est toujours pas un mot d’ordre national, ce n’est qu’un souhait.

Se l’imposer à soi-même est certes une condition mais pas insuffisante. Car la neutralité ne relève pas de la seule bonne volonté. Il lui faut, comme le prouve l’histoire de la Suisse [cf. supra], se créer une armée pour la protéger, il lui faut donc une « volonté armée » pour la défendre et l’imposer autant à ses ennemis intérieurs qu’à ses ennemis extérieurs. Là encore cette condition n’a pas été donnée au Liban.

Toujours, comme nous l’apprend l’histoire de la Suisse, la «volonté interne» elle non plus ne suffit pas à imposer, à elle seule, la neutralité. Il lui faut aussi l’accord de ses voisins proches (le régional, Israël, Syrie, Arabie saoudite, Turquie, Iran) et le lointain (le mondial). Aussi l’accord des voisins est-il une condition sine qua non pour la consacrer dans des traites. Or là encore, cette condition n’a pas été donnée au Liban.

Enfin, dans le cas suisse, la neutralité n’a jamais constitué un but en soi. Elle ne figure pas dans les objectifs de la Constitution qui spécifie que le but de la neutralité est bien l’indépendance et non la neutralité pour elle-même (Voir l’article 2 de la Constitution et l’article 173). L’objectif ultime étant l’indépendance, la neutralité n’en est qu’un outil a son service. Là toujours condition non donnée au Liban !

Roger Naba’a

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