Observatoire Géostratégique

numéro 136 / 24 juillet 2017

NOS RESPECTS MON GENERAL !

On ne peut pas dire tout et son contraire et faire l’inverse de ce qu’on dit… Baisser les impôts et commencer par augmenter la CSG, casser le code du travail et prétendre l’améliorer, annoncer une augmentation du budget de la Défense – pour atteindre 2% du PIB en 2025 – et la veille du 14 juillet décréter une coupe sèche de 850 millions d’euros et un gel de 2,7 milliards, soit près de 10% du budget global de nos armées.

Les coupes annoncées touchent, en premier lieu, le régalien : 47% des annulations, soit 1,4 milliard d’euros entre la Défense, l’Intérieur et le ministère des Affaires étrangères. Défense, lutte anti-terroriste et relance diplomatique sont pourtant les thèmes avancés par le nouveau président de la République comme des priorités nationales. Or ce sont leurs crédits que l’on casse en premier dans la précipitation d’un effet d’annonce ! Il y a clairement une incohérence de fond entre la réalité et celle que le Président de la République distille sur son Smartphone…

Pour financer les 850 millions de coupes, la Direction générale de l’armement (DGA) va classiquement se tourner vers les industriels pour renégocier des prix à la baisse et des livraisons de matériels différées. Mauvaise nouvelle pour les industriels qui emploient directement 165 000 personnes sur le territoire national. Vont souffrir évidemment les emplois et la sous-traitance… La liste des programmes concernés devrait être connue d’ici la fin de l’été, mais on sait déjà ceux qui trinqueront les premiers : annulation de 360 blindés pour l’armée de terre, filière aérospatiale ciblée, livraisons des frégates intermédiaires et des avions ravitailleurs repoussées…

Dans la Marine nationale, la durée des frégates devra passer de 25 à plus de 40 ans de service. Alors que les élites françaises se vantent, presque quotidiennement, de disposer du deuxième espace maritime mondiale avec quelques 11 millions de km2 de ZEE (zone économique exclusive), « la Marine nationale voit le nombre de ses patrouilleurs outre-mer s’effondrer : d’ici à 2020, six sur huit auront été désarmés, aucune assurance sur le calendrier de leur remplacement n’étant fixé », commente un officier général qui ajoute : « notre pays ne dispose toujours pas d’une stratégie maritime adaptée aux intérêts du pays, encore moins de stratégie navale ».

Ce qui se voit moins dans les dommages induits par ces problèmes budgétaires récurrents, c’est la tendance à réduire , voire sacrifier les périodes d’entraînement. Evolution, à terme, dangereuse pour les personnels engagés qui auront moins d’expérience alors que l’effet « ciseaux » joue à plein : le pouvoir exécutif multiplie les engagements extérieurs du Sahel à l’Irak et à la Syrie, alors que les moyens diminuent drastiquement et continuellement. Depuis trois ans, les 10 000 soldats de l’opération Sentinelle assument des fonctions de police sur le territoire national. Malgré la multiplication de leurs missions, en dix ans les armées françaises ont perdu 65 000 personnes, soit une réduction de plus de 30% des effectifs, ce qui représente le plus grand plan social de l’administration. A l’évidence le « faire toujours plus avec toujours moins » a aujourd’hui atteint ses limites indépassables.

En d’autres termes, l’homothétie négative qui consiste à saupoudrer l’austérité n’est plus tenable et surtout ne doit plus servir de cache-sexe à un pouvoir politique incapable – incapable – de choisir et de hiérarchiser les missions à accomplir. L’équation est pourtant simple : moins de moyens égale moins de missions extérieures et intérieures. Et que ceux qui exercent leur tutelle politique sur les armées – de l’Elysée au cabinet du ministère de la Défense en passant par les « voleurs » de Bercy – prennent enfin leurs responsabilités en assumant des choix clairs, réalistes et tenables, c’est-à-dire des coupes aussi dans l’opérationnel ! Quelles sont aujourd’hui les missions incompressibles de nos armées pour assurer efficacement la défense et la sécurité des Français et des intérêts de notre pays, tant sur le territoire national qu’à l’étranger ? Telle est bien la question !

Richard Labévière

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PETIT TRAITÉ DE DIPLOMATIE MACRONIENNE

« Le style, c’est l’homme » (Georges-Louis Leclerc de Buffon). Le message transmis est qu’un bon écrivain n’est pas celui qui enchaîne des mots, mais celui qui enchaîne des idées. On pourrait en dire autant de notre président jupitérien qui s’essaie à la diplomatie, à la diplomatie du mot et du bon mot. Au début du mois de juin 2017, nous avons tenté de décrypter les premiers pas du jeune président de la République, Emmanuel Macron. En guise de conclusion, nous nous étions interrogés ainsi : à ce jour, il est encore très prématuré pour affirmer que le nouveau président de la République apporte simplement un changement d’air ou bien qu’il inaugure véritablement un changement d’ère1.

Qu’en est-il deux mois après alors que nous disposons désormais d’un tableau clinique plus complet de la pratique élyséenne. Hier, nous avions droit à un long entretien au Figaro définissant les grandes lignes de son action extérieure. Aujourd’hui, nous avons droit à une exégèse de quelques confidences savamment distillées au Journal du Dimanche2. On l’aura compris, la communication présidentielle est parfaitement pensée, maîtrisée, calculée.

D’entrée de jeu, nous sommes pleinement rassurés. Emmanuel Macron dit ce qu’il pense et s’efforce d’agir en cohérence avec ses convictions, ce qui n’est pas si fréquent pour un dirigeant politique au XXIe siècle. Quels sont les grands axes de la diplomatie macronienne ? Ils peuvent s’organiser autour de quelques idées simples, pour ne pas dire simplistes.

Une diplomatie de l’ambition mais avec des moyens contraints. « Parler au monde, relancer l’Europe, diriger la France ». Tel est le tiercé gagnant de l’ex-candidat de la République en marche qui dit consacrer plus de la moitié de son temps précieux aux questions internationales. Pour s’en convaincre, il n’ait qu’à consulter le site officiel de la présidence de la République et découvrir la quantité impressionnante de chefs d’État et de gouvernement qu’Emmanuel Macron a reçue au cours des dernières semaines à Paris sans parler de ceux qu’il a rencontrés en marge de sommets internationaux récents (OTAN, G7, G20, Union européenne)3. Les plus marquants sont Vladimir Poutine, Donald Trump, Angela Merkel, Mahmoud Abbas, Benyamin Nétanyahou…

Mais la France ne pratiquerait-elle pas la « diplomatie du tapage » sans en avoir les moyens ? Hasard ou coïncidence, ce déploiement de fastes diplomatiques intervient au moment où Bercy rappelle les ministères dépensiers à la raison. Défense4 et Quai d’Orsay5 sont contraints de réduire la voilure, de faire contre mauvaise fortune, bon cœur. L’argent est le nerf de la guerre mais aussi le nerf de la diplomatie. Le « soft power » ou diplomatie d’influence a un coût. L’affaire de Villiers constitue le premier signe de la fin de l’état de grâce6.

Une diplomatie de la méthode mais avec un cap incertain. Deux mois après sa prise de fonctions, notre président jupitérien entend démontrer qu’il est l’homme d’un monde nouveau. Pour ce faire, il impose sa méthode faite de dialogue tous azimuts, de persuasion et de séduction mais aussi de la communication savamment orchestrée. En France, il commande et ne négocie rien, son pouvoir moins que tout. Sur la scène internationale, il discute, argumente, cherche à convaincre, pourquoi pas à séduire, à l’occasion. Mais comme le rappelle Stefan Zweig « la diplomatie ignore la sentimentalité ». De plus, une politique étrangère vaut par la cohérence de son dessein. Or, de dessein rien ne se dessine. Or, de stratégie, nous n’avons droit qu’à de la tactique.

En dépit de la multiplication de ses prises de position, nul ne sait encore précisément où le capitaine Macron veut conduire le bateau France ? Travailler avec Donald Trump et Vladimir Poutine. Il le faut certainement mais pour faire quoi ? Le président de la République se réclame d’un héritage « gaullo-mitterrandien ». Mais, comment adapter cette posture du XXe siècle aux nombreux défis du XXIe siècle ? Nous en sommes seulement au stade des conjectures. L’avenir nous dira si la route était bonne.

Une diplomatie du volontarisme mais avec beaucoup de précipitation. Emmanuel Macron entend remettre la France au centre du jeu diplomatique tout en la réformant, considérant, à juste titre, qu’enjeux intérieurs et extérieurs sont étroitement liés. Il est sur tous les fronts. Il veut jouer le rôle de facilitateur, de médiateur dans les grandes crises du moment : Syrie, Palestine, crise entre le Qatar et les monarchies sunnites (il dépêche sur place son ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian pour jouer les facilitateurs7), Ukraine, Brexit, lutte contre l’EIIL, phénomènes migratoires incontrôlés, climat… en dialoguant avec tous ses interlocuteurs étrangers. Ce qui nous change de la diplomatie d’exclusion de François Hollande ! Il reçoit même un satisfecit du très sérieux FMI pour son projet de réforme8. Mais, c’est toujours une question de circonstance et d’opportunité de savoir quand doit s’engager une action diplomatique. Car en diplomatie, un projet conçu n’est pas un projet exécuté. Vouloir la paix est une chose, en créer les conditions en est une autre. Le temps diplomatique n’est pas le temps médiatique. Ceci relève de la vérité d’évidence.

Une diplomatie du verbe mais aussi d’une certaine contradiction. En homme de culture et de culture internationale, le président de la République n’ignore pas qu’en diplomatie, les mots sont des évènements. Chacune de ses rencontres est un évènement en soi : Vladimir Poutine à Versailles, Donald Trump sur les Champs Élysées, Benyamin Nétanyahou au monument en honneur des déportés du Vél’ d’hiv’’… Il est vrai qu’Emmanuel Macron possède d’incontestables talents évènementiels. Mais, la diplomatie du verbe ne suffit plus à masquer les contradictions qui minent la France et à compenser sa perte d’influence dans le monde.

C’est pourquoi, il faut recommander une bonne dose de méfiance au diplomate. Pour être efficace, la diplomatie doit quelquefois en passer par une certaine confidentialité, dans un premier temps au moins. Et confidentialité ne signifie pas silence. À cet égard, diplomatie médiatique et diplomatie compassionnelle ont leurs limites intrinsèques. Les grands succès diplomatiques sont souvent le fruit d’une diplomatie secrète. Des exemples récents sont là pour le démontrer.

Une diplomatie de la détermination mais surtout de la méthode Coué. À titre d’exemple, le président de la République se veut le meilleur défenseur de l’accord sur le climat (COP21 de Paris de décembre 2015). Il fait grand bruit des propos vagues de Donald Trump que ce dernier lui aurait tenus le 13 juillet 2017 à Paris selon lesquels « quelque chose pourrait se passer sur l’accord de Paris ». Était-il opportun d’en faire état publiquement ? Le devoir de réserve ne vaut pas seulement pour les généraux cinq étoiles. Ceci ne relève-t-il pas purement et simplement du registre de la méthode du bon Docteur Coué.

Mais le « et en même temps » cher à Emmanuel Macron a certes prouvé son efficacité électorale, mais cela n’en fait pas pour autant une authentique politique étrangère. Dans la diplomatie comme dans d’autres activités humaines, il y a toujours une heure de vérité, une heure du choix entre les moins mauvaises options. Comme nous le rappelle Talleyrand, il faut que le diplomate ait de l’avenir dans ses vues. Or, nous n’en sommes pas encore là. L’horizon diplomatique d’Emmanuel Macron à « l’autoritarisme juvénile »9 parait encore assez brumeux, du moins pour le commun des mortels que nous sommes.

Une diplomatie de l’Europe mais fortement nationale. Le président de la République, Emmanuel Macron se veut et est un européen de cœur et de raison. Il entend relancer un projet moribond en réenclenchant le moteur franco-allemand. Unis, les 28/27 étant plus forts que pris isolément. Nul ne peut le contester ! Mais, la diplomatie se fait sur des réalités et non en chevauchant des chimères. C’est bien ce qu’a compris le chef de l’État qui relance la diplomatie française sans pour cela informer, consulter, associer la prétendue diplomatie européenne qu’il chérit mais qui n’existe malheureusement que sur le papier (plus de 7 000 diplomates du service européen d’action extérieure ou SEAE). Pour s’en convaincre, il n’est qu’à prendre connaissance de l’entretien accordé le 18 juillet 2017 au quotidien Le Monde par Federica Mogherini, cet Erzatz de ministre européen des Affaires étrangères. On reste sans voix à découvrir le vide de la pensée stratégique de cette éminente personne qui occupe l’un des postes les plus en vue et parfaitement rétribué. Pierre Dac n’aurait pas mieux fait. Sur la Libye, une phrase résume à la perfection sa pensée : « il faut créer une État stable en Libye ». Il fallait tout simplement y penser. Merci, madame de la Palisse ! Sur la Syrie, autre morceau de bravoure : « L’UE pourra avoir un rôle-clé dans la reconstruction de la Syrie »10. Pour ce qui est du règlement diplomatique de la crise syrienne, vous repasserez, l’Europe laisse tranquillement agir Moscou et Washington. Bruxelles se contente d’aligner les chèques pour reconstruire ce que les autres ont détruit (les armes livrées par Washington au cours des dernières années à la rébellion syrienne11) avec une constance qui mérite louange. Les marchands de canons (surtout américains) en sont ravis.

Une diplomatie du changement mais avec une forte dose de continuité. Nos folliculaires préférés n’ont pas de mots assez forts pour louer le génie diplomatique que le peuple a porté au sommet de l’État en mai dernier. Grâce à une habile diplomatie créative, il mettrait en application le principe de Frédéric II, roi de Prusse selon lequel : « l’art de la politique n’est pas de faire naître les occasions, mais de savoir en tirer parti »12. Face aux nombreuses crises qui secouent le monde, Emmanuel Macron aurait découvert la vertu du dialogue matinée d’une dose de séduction et de flatterie, à l’occasion dans la conduite de la diplomatie dont il semble avoir écarté le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Que n’y avait-on pensé auparavant ? Mais, si tout ceci est bel et bien bon, c’est ignorer un peu vite que, depuis la nuit des temps, la principale vertu de la diplomatie, c’est de parler avec tous et, surtout, avec ses ennemis pour tenter de résoudre les crises par des moyens pacifiques. S’il est bon que le chef de l’État en revienne à l’un des fondamentaux de la diplomatie classique, sa diplomatie n’a rien de créative sauf à ne rien connaître à l’histoire de la pratique quotidienne des relations internationales.

Guillaume Berlat
24 juillet 2017

1 Guillaume Berlat, Macron diplomate : premiers pas, premiers faux pas…, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 juin 2017.
2 Hervé Gattegno, Ses confidences au sommet, Le Journal du Dimanche, 16 juillet 2017, pp. 1-2-3-4.
3 www.elysee.fr
4 Alain Barluet, Le sort du chef d’état-major des armées en suspens, Le Figaro, 17 juillet 2017, p. 5.
5 Le Quai râle sur la coupe de l’aide au développement, JDD, 16 juillet 2017, p. 5.
6 Macron : la fin de l’état de grâce, Le Figaro, 21 juillet 2017, pp. 1-2-3.
7 Georges Malbrunot, Crise du Golfe : Le Drian veut des « mesures de confiance », Le Figaro, 17 juillet 2017, p. 15.
8 Marie de Vergès, Le FMI gagné par la « macronomia », Le Monde, 19 juillet 2017, p. 12.
9 Général Vincent Desportes, Un autoritarisme juvénile a fait exploser une crise latente, Le Monde, 20 juillet 2017, p. 25.
10 Federica Mogherini (entretien avec A.S. et M. SE), Mogherini : « il faut créer un État stable en Libye », Le Monde, 18 juillet 2017, p. 4.
11 Georges Malbrunot, Washington arrête le programme de soutien aux rebelles syriens, Le Figaro, 21 juillet 2017, p. 6.
12 Éditorial, La diplomatie créative du président Macron, Le Monde, 18 juillet 2017, p. 27.

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DES MORTS A L’ESPLANADE DES MOSQUEE – AFP, 23 juillet. Des heurts ont encore éclaté ce samedi soir à Jérusalem et en Cisjordanie. Les Palestiniens réclament la suppression de détecteurs de métaux installés par Israël pour entrer sur l’Esplanade des Mosquées. La tension reste très vive dans la région. Dans une ruelle de la Vieille Ville, des centaines de musulmans scandent comme tous les jours depuis une semaine leur attachement à la mosquée Al Aqsa et au prophète Mahomet. Des slogans chantés alors qu’ils font face aux policiers israéliens qui, ce samedi, barraient le chemin vers l’entrée de l’esplanade des Mosquées. « Ils ne veulent pas qu’un grand nombre de personnes se rassemblent. Ils veulent nous séparer, nous empêcher d’être au même endroit », dénonce un homme. A l’heure de la prière, un imam prend la parole et appelle à préserver le calme durant ce rassemblement. Mais alors que les fidèles se recueillent, des tirs se font entendre. Des heurts éclatent juste à l’extérieur des murailles, avant qu’un calme précaire ne revienne. Mais les protestataires se préparent à un nouveau face-à-face après la dernière prière de la journée. « Vous allez voir, dans 10 minutes, ce sera comme la guerre. Comme la guerre », promet un homme. A l’issue de la prière, un groupe de jeunes se rapproche des barrières en reprenant les slogans des protestataires. La police charge, et disperse la foule par la force. Selon le ministère palestinien de la Santé, deux Palestiniens sont morts dans des affrontements avec les forces israéliennes dans les territoires occupés. L’un est décédé quelques heures après avoir été blessé par balle dans des heurts à El-Azariyé, en Cisjordanie occupée. L’autre a trouvé la mort dans l’explosion du cocktail Molotov qu’il voulait lancer sur les forces israéliennes. La veille, trois manifestants avaient été tués après la prière hebdomadaire, tandis que trois Israéliens avaient également été poignardés à mort par un Palestinien dans leur maison située dans une colonie de Cisjordanie. Face à ces violences, la communauté internationale réagit. Le Quartette pour le Proche-Orient – composé des Etats-Unis, de la Russie, de l’Union européenne et de l’ONU – a ainsi appelé ce samedi à une « retenue maximale » de toutes les parties. « Notant le caractère particulièrement sensible des sites religieux sacrés à Jérusalem et la nécessité d’assurer la sécurité, les envoyés du Quartette appellent tous à faire preuve d’une retenue maximale, à éviter les actions de provocation et à travailler en vue d’une désescalade », peut-on lire dans leur communiqué commun. De leur côté, la France, la Suède et l’Egypte ont appelé à une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle doit permettre de « parler urgemment de la façon dont les appels à la désescalade peuvent être soutenus », a indiqué l’ambassadeur suédois à l’ONU Carl Skau. Les heurts sont quotidiens entre forces de sécurité israéliennes et manifestants palestiniens qui dénoncent l’installation de détecteurs de métaux aux entrées de l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam.
 
 
LE RETOUR DE LA MADONNE DE L’ENVIRONNEMENT – Jean Daspry.
« C’est parce qu’on sait tout sur tout le monde qu’on est indéboulonnable » (Alexandre Malafaye). On la croyait balayée, emportée par la vague, le tsunami Macron. Or, il n’en est rien. C’était mal la connaître. Ségolène Royal vient d’être normalement désignée au poste d’ambassadrice thématique en charge de l’Arctique et de l’Antarctique. Après une longue vacance, elle succède ainsi à Michel Rocard décédé mais non remplacé depuis sa mort à l’été 2016. Il a occupé ce poste pendant sept ans. Annoncée dès le 20 juin dernier par Le Canard enchaîné, la rumeur devient réalité une semaine plus tard. Peu avant, la nouvelle ambassadrice déclare : « On m’a fait cette proposition, que j’ai acceptée », déclare-t-elle sans pour autant préciser qui se cache derrière ce généreux « on ». Toujours à la pointe de l’information, le Parisien considère qu’Emmanuel Macron se cacherait en réalité derrière cette invitation qui aurait un air de compensation. Quelques jours après son élection, le chef d’Etat l’aurait informé qu’elle n’intégrerait pas l’équipe gouvernementale, à son grand désarroi alors même qu’elle avait officiellement soutenu le candidat d’En marche lors de la campagne présidentielle. 

LA RECALÉE DE L’ONU

Avant même sa désignation officielle, l’impétrante précise qu’elle entend respecter l’héritage de Michel Rocard dans l’Arctique (diantre !) et servir les intérêts français dans les deux pôles (bigre !). Il lui appartiendra, entre autres, de mettre en œuvre la « Feuille de route nationale sur l’Arctique ». Un document majeur présenté par l’ancien Premier ministre un mois avant sa disparition. Nous voilà entièrement rassurés sur l’utilisation de l’argent public. Avec l’ex-compagne de l’ex-président de la République, il sera bien placé. Rappelons qu’avant d’être désignée à cette haute fonction, Ségolène Royal avait essuyé au moins deux échecs cinglants dans ses tentatives de reconversion à l’international, à savoir au poste de secrétaire général de l’ONU1 et, plus récemment, au poste de directeur général du PNUD2. Manifestement, le piston fonctionne mal dans les allées du machin. Mais à grâce à notre jupitérien président de la République3, voici notre madone de l’écologie érigée en icône des deux pôles. Excellente reconversion même si Ségolène Royal, la « Dame des neiges » devra abandonner l’appellation prestigieuse de « ministre » pour celle moins ronflante « d’ambassadrice ». Mais que ne ferait-on pas pour ne pas disparaître définitivement des écrans radar du cirque politico-médiatique ? « Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées » comme l’aurait si bien chanté en son temps le regretté Georges Brassens ! Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes… de la diplomatie climatique, dans le cas d’espèce. Aucun journaliste n’y trouve à redire tant la pratique de l’entre soi, du copinage, du renvoi d’ascenseur, des prébendes… est monnaie courante dans notre République bananière présentée à la face du monde et des gogos comme exemplaire. [..]

1 Jean Daspry, Royal impérial(e) : ONU soit qui mal y pense !, www.prochetmoyen-orient.ch , 31 octobre 2016.
2 Jean Daspry, Mort d’un soldat français : échec pour Ségolène Royal, www.prochetmoyen-orient.ch , 24 avril 2017.
3 Erik Emptaz, Macron : «  j’ai plus d’une corde à monarque ». Jupiter de contrastes, Le Canard enchaîné, 28 juin 2017, p. 1.

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RUPURE DES CONTACTS OFFICIELS ENTRE L’AUTORITE PALESTINIENNE Et TEL-AVIV – Le Monde, 21 juillet.

Mahmoud Abbas a réagi aux nouvelles mesures de sécurité mises en place par l’Etat hébreu autour de l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem. Trois Palestiniens et trois Israéliens ont été tués vendredi. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé vendredi 21 juillet geler tous les contacts avec Israël tant que les nouvelles mesures de sécurité mises en place par l’Etat hébreu autour de l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem, ne seraient pas annulées. M. Abbas s’exprimait devant des journalistes à l’issue d’une journée d’affrontements entre manifestants palestiniens et forces israéliennes qui ont fait au moins trois morts et des centaines de blessés à Jérusalem-Est et en Cisjordanie occupée : « Au nom de la direction palestinienne, j’annonce (…) un gel de tous les contacts avec l’Etat d’occupation à tous les niveaux, jusqu’à ce qu’Israël s’engage à annuler toutes les mesures contre notre peuple palestinien en général et à Jérusalem et dans la mosquée Al-Aqsa en particulier. » Peu de temps après cette déclaration, l’armée israélienne a annoncé que trois Israéliens avaient été tués par un assaillant ayant pénétré dans une colonie de Cisjordanie occupée. L’attaquant s’est infiltré dans une maison de la colonie de Neve Tsuf, au nord-ouest de Ramallah, précise l’armée, sans donner davantage de détails sur l’identité de l’assaillant. Les tensions sont allées crescendo depuis une semaine contre la mise en place de portiques de détection de métaux autour de l’esplanade des Mosquées, dans la vieille ville de Jérusalem. Depuis l’assassinat de deux policiers, le 14 juillet, par trois Arabes israéliens, de strictes mesures de sécurité ont été décrétées par la police israélienne à proximité de ce lieu saint. Vendredi, deux hommes palestiniens de 17 et 18 ans ont été tués par balle dans les quartiers d’At-Tur et de Ras Al-Amoud, à Jérusalem-Est annexée. Un troisième Palestinien est mort « après avoir été visé au cœur avec des balles réelles » dans le quartier d’Abou Dis, en Cisjordanie occupée par Israël, a ajouté dans l’après-midi le ministère de la santé, sans donner plus de détails. Le Croissant-Rouge, les services de premiers secours palestiniens, ont par ailleurs fait état de 450 blessés dans des heurts à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, dont 110 dans la Ville sainte. Parmi eux, 170 ont été blessés par des balles ou projectiles en caoutchouc. Dans la bande de Gaza, où ont eu lieu aussi des affrontements au niveau de la « barrière de sécurité », 40 Palestiniens ont été blessés, dont sept par balle, selon des sources médicales. Les heurts à Jérusalem ont éclaté vendredi après la prière hebdomadaire des musulmans près de la vieille ville, dont Israël a interdit l’accès aux hommes palestiniens de moins de 50 ans, dans un contexte de tensions grandissantes. Des milliers de Palestiniens, qui se mobilisent depuis une semaine aux abords de l’esplanade et refusent d’y pénétrer, ont choisi de prier dans la rue. Le conseil de sécurité du premier ministre israélien a décidé jeudi soir le maintien des détecteurs de métaux afin d’empêcher que des armes à feu puissent à nouveau être introduites sur l’esplanade.

 

YEMEN : L’ONU ACCUSE RIYAD – RFI, 21 juillet.

L’ONU a accusé vendredi la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite d’être responsable d’une frappe aérienne contre des civils cette semaine au Yémen, en soulignant qu’il n’y avait pas d’objectifs militaires dans la région visée. Une vingtaine de civils ont trouvé la mort dans un camp de déplacés dans la région de Mawza, près de Taëz, la grande ville du sud-ouest du Yémen aux mains des rebelles chiites houthis. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) est formel, les frappes ont touché trois familles réfugiées dans des huttes de fortunes. Et selon lui, l’attaque a été menée par les « Forces de coalition arabes », autrement dit la coalition dirigée par l’armée saoudienne qui lutte contre les rebelles chiites et soutient le gouvernement yéménite. Et le Haut-Commissariat enfonce le clou : « Il ne semble y avoir aucun militaire à proximité immédiate des maisons détruites », précise-t-il. Les civils constituent plus de la moitié des 8 000 morts du conflit depuis l’intervention de la coalition dirigée par Riyad. Ces bombardements d’objectifs civils s’ajoutent à une situation sanitaire des plus alarmantes. Le manque de soins, le manque d’hôpitaux et la destruction systématique des infrastructures sanitaires font que chaque jour à présent 5 000 Yéménites contractent le choléra. En outre, plus de 7 millions de personnes sont menacées de famine, y compris plus de 2,3 millions d’enfants mal nourris âgés de moins de cinq ans.

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Qu’est donc l’antisionisme réinventé évoqué par Macron devant Netanyahu? En tous cas, le sionisme de Netanyahu et du Likoud est un viol répété et ancien du droit international, prolongé sans opposition ferme. Citons Chirac à l’Assemblée, la veille d’une terrible guerre du Golfe sous chapitre VII de la Charte : qui empêchera-t-on de penser qu’il y a de par le monde deux poids et deux mesures? Le règlement de la crise du Golfe doit permettre de créer un précédent opposable à toutes les atteintes portées aux libertés des peuples et des hommes, et c’est là la justification essentielle et primordiale de notre intervention dans cette région. M. Macron, seule une résolution du Conseil de Sécurité sous chapitre VII pourra contraindre l’Etat israélien à évacuer tous les territoires palestiniens occupés depuis juin 1967. Toute autre attitude est de la complicité du crime contre l’humanité qu’est l’occupation.

Bernard Cornut

 

LA MARCHE TURQUE OU LA FUITE EN AVANT

« Erdogan transforme le récit du putsch raté en ‘épopée’ » titre le quotidien Le Monde un an après l’aventure sans lendemain du 15 juillet 2017 pour les opposants au nouveau Sultan ottoman1. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le sujet tant le président turc a « profité du coup d’État militaire raté pour réussir un véritable coup d’État civil » (Ahmet Insel, chroniquer au quotidien de centre gauche, Cumhuriyet)2.

Que d’évènements n’allant pas dans bonne direction ont modifié le paysage politique turc depuis douze mois ! La situation actuelle du pays, dirigée par une main de fer par Recep Tayyip Edogan, peut s’apprécier à trois niveaux différents pour mieux cerner la réalité en cet été 2017 : celui de la dérive autoritaire du régime, celui de l’importance géostratégique du pays et, enfin, la pusillanimité de la communauté internationale, étant précisé que ce concept est utilisé par commodité de langage.

Un accélérateur de la dérive autoritaire du régime d’Erdogan

Bien que non exhaustive, la liste des violations de l’État de droit par un pays membre du Conseil de l’Europe et partie à la Convention européenne des droits de l’Homme de 1950 est impressionnante : instauration de l’état d’urgence pendant l’été 2016 qui débouche sur des arrestations à grand échelle (40 000 à 50 000 personnes) sans compter les innombrables mesures attentatoires aux libertés fondamentales (privations de passeports, saisies de biens et de comptes, fermetures d’entreprises et d’établissements d’enseignement) qui visent la confrérie de l’imam Fethullah Gülen (prédicateur en exil aux États-Unis) accusé d’avoir ourdi le coup d’état sans parler de tout ce que le président Erdogan considère comme opposants naturels au régime de l’AKP (gauche laïque mais surtout Kurdes à travers le Parti démocratique des peuples) ; purges de grande ampleur dans la fonction publique (police, armée, justice, enseignement) et dans les médias (tous ceux qui sont critiques du régime), adoption par voie référendaire en avril 2016 d’une réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs déjà élargis du chef de l’État3.

Jean Daspry

1 Marie Jégo, Erdogan transforme le récit du putsch raté en « épopée », Le Monde, 18 juillet 2017, p. 3.
2 Marc Semo, La machine folle de la répression, supplément du Monde intitulé Les Turcs face à l’arbitraire, Le Monde, 15-16-17 juillet 2017, p. 2.
3 Christophe Ayad, Les Turcs face à l’arbitraire, supplément du Monde, Le Monde, 15-16-17 juillet 2017, p. 1.

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