Observatoire Géostratégique

numéro 119 / 20 mars 2017

La rédaction de prochetmoyen-orient.ch prend la mer Rouge et sera de retour début avril, selon les vents.

Merci de votre compréhension.

La rédaction

POLITIQUE ÉTRANGÈRE ET INTÉRÊT NATIONAL : ENTRE IDÉALISME ET RÉALISME !

« Les hommes pensent d’abord. Ensuite, ils se déterminent d’après leur manière de penser. C’est pourquoi il importe de penser juste. Les erreurs de gouvernements et des peuples sont celles de leur esprit ». C’est sur cette citation de Jacques Bainville que Thierry de Montbrial et Thomas Gomart débutent la conclusion de l’ouvrage collectif dont ils ont assumé la direction. Cet ouvrage est consacré à un angle mort de la recherche, du moins dans notre pays, à savoir la problématique de la relation existant entre politique étrangère et intérêt national1.

Elle se trouve, volontairement ou involontairement, au cœur des décisions stratégiques et tactiques que prennent nos dirigeants et qui forment le socle de l’action internationale de la France. Mais elle est curieusement absente des querelles inutiles dont notre pays est coutumier. La superficialité du débat est très souvent préférée à la profondeur, à la perspective stratégique indispensable à toute réflexion digne de ce nom.

Force est de constater que cette recherche est particulièrement bienvenue en ces temps de confusion généralisée dans le domaine des relations internationales sans parler de la politique intérieure. A travers ses 300 pages (certaine densité) et ses auteurs variés (droite et gauche) le lecteur dispose désormais d’un outil de référence indispensable pour l’éclairer intelligemment sur les conditions de la détermination de la politique étrangère d’une « puissance moyenne », d’une « puissance d’influence » comme l’on qualifie de nos jours la France.

Il découvre la complexité d’un processus que, par simplicité pour ne pas dire par simplisme, les médias ont une fâcheuse tendance, à réduire à ses aspects anecdotiques, parfois idéologiques. Si cette recherche ne manque pas de qualités, en définitive, après lecture et relecture attentive, elle pêche par les défauts de ses qualités, travers bien connu dans les ouvrages collectifs.

UNE RECHERCHE QUI NE MANQUE PAS DE QUALITÉS

La principale qualité de cet ouvrage de référence tient surtout à la variété de ses contributeurs, à la largeur du champ de la recherche et à son ambition.

La variété des contributeurs : un premier atout

Le créateur du centre analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères, membre de l’Académie des sciences morales et politiques (Thierry de Montbrial) et le directeur de l’IFRI (Thomas Gomart) ont été bien inspirés en lançant cette réflexion sur un sujet aussi important que méconnu. Leur somme a pour objectif principal de rechercher tous les ingrédients participant à la détermination de la politique étrangère de la France et, plus spécifiquement, de mesurer la place qu’occupe l’intérêt national dans ce choix, vaste programme.

Guillaume Berlat

1 Thierry de Montbrial/Thomas Gomart (sous la direction de), Notre intérêt national. Quelle politique étrangère pour la France ?, Odile Jacob, 2017.

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PARIS – DJIBOUTI : REMISE A FLOT…

Djibouti, le 17 mars 2017.

Les vociférations de Rimbaud écrivant à sa mère que les chiens hurleurs l’empêchent de dormir et les émerveillements bourlingueurs de Monfreid résonnent toujours… Les pêcheurs sont rentrés au petit matin, vers 6 heures. Les acheteuses des restaurants sont venues faire le plein de Mérous, Daurades, Barracudas, Thazards et autres Carangues. Devant la poissonnerie La Sirène, le spectacle commence : le chef d’un orchestre imaginaire s’est installé derrière un pupitre improvisé. Comme une baguette, dans ses mains tourbillonne une serpe effilée qui tranche l’épaisseur des poissons restants, découpant nombre de filets – minces et réguliers – qu’il retourne comme autant de partitions d’un grand large symphonique. Son premier assistant les arrose à grande eau. Le deuxième les enveloppe avant de les empiler sur le porte-bagages de motos qui s’échappent comme des abeilles regagnant la ruche du centre-ville.

Nouvelle grande agitation vers 8 h.30. Une camionnette se gare à cul ouvrant son coffre-arrière sur la mer. Un autre ballet commence. Plusieurs dizaines de petits sacs de jute blanche contenant les feuilles fraîches de qât virevoltent de mains en mains précautionneuses et fébriles jusqu’à une barque de pêche qui met aussitôt le cap sur Obock. Deux heures plus tard, un crescendo similaire se déverse sur une deuxième barque à bord de laquelle embarquent plusieurs passagers improbables. La mer est un peu agitée. Aux commandes du moteur Yamaha, le chef du bord indique que la traversée vers Tadjourah prendra un peu plus d’une heure.

En dépassant la rade du vieux port international, on glisse, à bâbord, le long d’imposantes installations portuaires. Dans le lointain, d’autres scarabées géants émergent de la brume : les grues roulantes et portiques-conteneurs des nouvelles installations de Doraleh se dressent comme les sentinelles d’un camp retranché. C’est la réalité profonde de Djibouti : 23 200 km2 entourent le golfe de Tadjourah sur une profondeur d’environ 90 km. Selon les résultats du recensement de 2009, la République de Djibouti (RDD) compte environ 818 200 habitants. La ville de Djibouti même concentrerait 476 000 habitants (soit environ 58 % de la population du pays).

Depuis le début des années 2000, avec la lutte contre le terrorisme et la piraterie maritime, un nombre croissant de contingents militaires étrangers converge vers la RDD. Cas unique au monde, cinq pays y disposent désormais d’une base militaire : la France, les Etats-Unis, l’Italie, le Japon et la Chine. L’Arabie saoudite doit s’y installer l’année prochaine. De leur côté, les Turcs ouvrent une école et s’intéressent à la construction d’un nouvel aéroport.

En avril 2016, sans surprise, le président Ismaïl Omar Guelleh (IOG) a été réélu au premier tour des élections pour un quatrième mandat. Bien que Djibouti affiche une stabilité réelle et sous contrôle, la situation sécuritaire de l’environnement djiboutien demeure volatile depuis l’attentat imputé aux Shebaab somaliens dans le restaurant La Chaumière en mai 2014. Le conflit ouvert au Yémen, ajouté aux tensions frontalières récurrentes avec l’Erythrée et à celles entre l’Erythrée et l’Ethiopie pourraient, sur fond de paupérisation des populations, faire de la RDD une cible de choix pour des groupes terroristes et pour une nouvelle génération de pirates acculée à une baisse drastique des revenus liés à une pêche côtière de plus en plus menacée par des bateaux industriels. C’est dans ce contexte que Pékin a décidé de s’implanter massivement en mer Rouge.

TRIBULATIONS CHINOISES

Depuis le début des années 2000, la stratégie du Collier de perles se confirme et multiplie ses avancées. L’intérêt de Pékin pour la perle djiboutienne concerne d’abord le développement économique de l’Afrique de l’Est, l’accès aux ressources de l’Ethiopie et aux hydrocarbures du Soudan du sud. De cette porte maritime, les investisseurs chinois entendent rayonner sur la moitié du Grand continent. La ligne de chemin de fer Djibouti – Addis-Abeba, qui vient d’être inaugurée, doit se prolonger jusqu’à Nairobi. Ces perspectives économiques imposent – dans un second temps – une dimension stratégique vitale : 70% des approvisionnements chinois en ressources naturelles transiteraient par le détroit de Bab-el-Mandeb, reliant Djibouti, le Yémen, la péninsule arabique et l’Afrique par la mer Rouge, le golfe d’Aden et l’océan Indien.

Depuis une quinzaine d’années, la marine chinoise poursuit sa mue de flotte côtière en force hauturière et de projection, modernisant ses bateaux (frégates, porte-avions et sous-marins) et multipliant ses points d’appuis portuaires. Bien que rarement affiché comme tel, l’objectif est bien de pouvoir rayonner sur l’ensemble de l’océan Indien à l’extrémité du rayon d’action classique des forces armées chinoises. Au-delà du canal de Suez, le prochain « clic perlier » concerne la Méditerranée avec une installation – actuellement en chantier – dans le dispositif portuaire russe de Tartous en Syrie1.

Hypothèse d’école : les Chinois rendront-ils la politesse aux Russes en leur permettant d’accéder à leur base navale de Djibouti ? Officiellement, c’est exclu. Farouchement intransigeant en matière de souveraineté nationale, les autorités djiboutiennes ont passé des accords – excluant toute implantation russe – avec les Etats-Unis notamment, qui disposent aussi d’une importante base (5000 hommes) depuis les attentats du 11 septembre 2001. La clef de cette question d’avenir repose, sans doute, sur l’évolution du développement économique et de la dette.

Entre 2014 et 2017, l’endettement de l’Etat djiboutien envers les bailleurs de fonds privés chinois est passé de 40% à 80%. Très habilement, Djibouti a créé une holding pour privatiser et coter en bourse ses emprunts afin de désengager partiellement l’Etat qui mise, par ailleurs, sur la poursuite d’un taux annuel de croissance de plus de 7%. Ce dispositif sera-t-il efficace pour faire face aux échéances d’un remboursement qui doit commencer cette année sous les regards attentifs du FMI et des experts des Nations unies ?

Dans ce contexte, la base militaire chinoise entrera en fonction en novembre prochain. Selon différentes expertises, ses capacités d’accueil varieraient entre plusieurs centaines et milliers d’hommes (jusqu’à 10 000), trois cents mètres de quai pourraient lui être dédiés dans le nouveau port de Doraleh, tandis que les autorités confirment avec insistance que les bateaux militaires chinois utiliseront, comme les autres marines de guerres présentes, des quais demeurant sous autorité et gestion djiboutiennes. Deux frégates chinoises croisent déjà en permanence dans la zone.

A quoi va servir cette base chinoise ? Sa première mission consistera à sécuriser les flux maritimes vitaux pour l’économie chinoise. L’autre fonction, plus hypothétique, viserait la formation des armées de la région (forces djiboutiennes dont un important contingent – près de la moitié des effectifs – fait déjà partie de la force des Nations unies en Somalie (AMISOM2) ; unités de l’armées éthiopienne et kenyane éventuellement). Comme le dit un proverbe mandarin : « le bœuf est lent et la terre est patiente », ces missions sont appelées à évoluer dans le temps et en fonction des évolutions stratégiques régionales et internationales.

Toujours est-il que contrairement aux Américains qui vivent en vase clos dans leur base, les Chinois commencent à apparaître dans le paysage djiboutien. Comme les 1500 militaires français, qui vivent avec leur famille en immersion dans la société djiboutienne, les Chinois sont de plus en plus visibles dans les restaurants et commerces de la cité portuaire. Des projets d’installation d’un Institut Confucius circulent, tandis que la radio francophone RCI (Radio Chine Internationale) joue à plein sa fonction d’influence et de soft-power. En comparaison, Radio France Internationale (RFI), qui confond trop souvent information et militantisme droit-de-l’hommiste, n’est plus captable à Djibouti…

Mais le symptôme le plus parlant des tribulations chinoises est certainement l’ouverture de la Silk-Road-Bank – la banque de la Route de la soie – qui permet désormais échanges et fluidité directe du franc-djiboutien au yuan-chinois. Et la construction de la zone de libre-échange de Doraleh – dont les investisseurs sont majoritairement chinois – esquisse un avenir qui se projette différemment selon les intérêts des uns et des autres. Les Djiboutiens rêvent de transformer leur pays en un hub de puissance globale, une espèce de Dubaï alliant la prospérité économique à la sécurité locale et régionale. Les Chinois pensent-ils davantage au modèle de Hong Kong ou Macao ? Une plate-forme conçue non seulement comme l’une des nouvelles perles de leur collier stratégique, mais aussi comme une base de puissance visant l’ensemble de l’Est-africain et des prolongements méditerranéens déjà en chantier ? L’avenir n’est pas écrit… et la mer est patiente !

Richard Labévière
20 mars 2017

1 La Méditerranée n’est plus une mer occidentale – prochetmoyen-orient.ch, 10 septembre 2016
2 African Mission in Somalia. Seule mission de l’Union africaine sous mandat de l’ONU avec un plafond de troupes à 22 200 personnels.

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INFORMATIONS « BIDON » : LA TRIPLE ENTENTE – Jean Daspry. « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » (Francis Bacon). Cet adage n’a pas pris la moindre ride en ce début du XXIe siècle. Comme toujours, les nouvelles tendances du prêt-à-porter de la mode de l’information nous viennent directement d’Outre-Atlantique. Manifestement, le recours aux « fakes news » (fausses informations ou informations « bidon »), dont le milliardaire Donald Trump avait usé et abusé pendant sa campagne pour discréditer Hillary Clinton et qu’il continue d’user depuis qu’il est élu 45ème président des États-Unis, fait des émules dans le monde entier. Nous apprenons que la Chine et la Russie enfourchent le cheval américain pour se féliciter de cette chasse ouverte à la vérité qui fâche et pour en faire leur miel dans leur propre pays, histoire de ne pas être en reste avec l’oncle Sam. N’assisterions-nous pas au retour d’une nouvelle triple entente ?

DONALD TRUMP : LE MAÎTRE OU LE MÈTRE ÉTALON

Aujourd’hui, nous vivons désormais dans un nouveau monde, pas celui de la symphonie du nouveau monde d’Antonin Dvorak mais dans le nouveau monde de la « post-vérité »1. Rappelons que dans cette démarche, peu importent les faits et la vérité, l’essentiel est de raconter sa propre histoire à l’opinion. Le très respectable dictionnaire d’Oxford choisit comme mot de l’année 2016 l’adjectif « post truth », en français « post-vérité ». En un mot, un vieux classique de la désinformation au cours des siècles passés que l’on peut résumer par la formule triviale, faire passer des vessies pour des lanternes. Peu connue du grand public, cette révolution copernicienne dans le monde des médias a et continue d’être mise au goût du jour par Donald Trump avec un art qui mérite louange2. Tout est affaire de perception (Cf. le décompte des spectateurs présents dans les rues de Washington le jour de sa prise de fonctions). Les journalistes qui le critiquent sont interdits de « briefing » à la Maison-Blanche. Lors des conférences de presse, les questions embarrassantes sont écartées d’un revers de main, prétexte pris qu’elles sont fausses3. Le déviant est renvoyé dans ses buts par un « tweet » assassin qui le met KO. En un mot, Donald Trump a toujours le dernier mot. Tout va très bien dans le meilleur des mondes, celui du déni de réalité du milliardaire-président-tweeteur, Donald Trump, nourrissant une machine médiatique boulimique.

VLADIMIR POUTINE, XI JIPING : LES ÉLÈVES VEULENT DÉPASSER LE MAÎTRE

Les Candide que nous sommes pensions que cette mode resterait cantonnée aux États-Unis, le pays de la liberté et de la liberté d’expression. Mais, horresco referens, qu’apprenons-nous à la lecture de nos folliculaires préférés ? Que la mode américaine s’exporte en Russie et en Chine qui ne veulent pas être en reste. Si le président des États-Unis – pays qui leur a longtemps fait la morale – utilise cette esquive en toute impunité, pourquoi pas eux ? A Moscou, la porte-parole du MID, Maria Zakharova vient d’indiquer la création d’une page sur le site Web ministériel, dénonçant les « fake news » (en anglais dans le texte) occidentales contre la Russie. Cette diplomate n’a pas été en mesure d’expliciter les critères mis en place pour démêler le vrai du faux. Au même moment, le ministre de la Défense annonçait la création d’une division spécialisée dans la propagande et la guerre électronique4. Les autorités chinoises – comme du reste leurs homologues du Cambodge, de Malaisie – n’ont pas manqué de saisir la balle au bond, dénonçant les articles publiés dans les médias occidentaux relatant les tortures subies par un avocat des droits de l’homme. Il est vrai que la Chine n’avait pas attendu Donald Trump pour s’en prendre aux « informations fausses ». Désormais, elle se sent confortée dans sa démarche, celle des États-Unis est présentée par Pékin comme une validation de ses pratiques5.

LE TRIANGLE WASHINGTON-MOSCOU-PÉKIN : LA NOUVELLE TRIPLE ENTENTE

Avec cette fable des « fakes news », ne serions-nous pas aujourd’hui les spectateurs incrédules d’une de ces facéties que l’Histoire se plait à nous jouer à intervalles réguliers ? En maniant intelligemment le paradoxe, ne pouvons-nous pas affirmer que nous sommes revenus presqu’un siècle en arrière avec le retour inattendu d’une nouvelle triple entente (Chine-États-Unis-Russie) en matière de quatrième pouvoir qui viendrait se substituer à l’ancienne triple entente (France-Royaume-Uni-Russie) ? De la même manière, ne serions-nous pas revenus au fameux triangle Washington-Moscou-Pékin familiarisé par Michel Tatu au moment de Guerre froide dans un contexte de tensions persistantes entre les trois Grands ?6 Aujourd’hui, et malgré leur divergences sur les grandes crises internationales, les trois grands se retrouveraient toutefois pour pratiquer, avec bonheur, la propagande politique intentionnellement mensongère que le quotidien du soir Le Monde traquerait, avec vigilance, grâce son « Decodex ». Désormais, ce sont les « faits alternatifs » qui tiennent le haut du pavé et qui conduisent à prendre des décisions sans tenir compte des réalités.

« Il n’y a pas de progrès sans passion de la vérité ». Or, il semble que nous en sommes de plus en plus loin, de la vraie vérité. À titre d’exemple, François Fillon n’hésite pas à utiliser cette méthode pour assurer sa défense après les révélations du Canard enchaîné7. Une mobilisation de tous est nécessaire pour éviter que la « post-vérité », qui fait peu de cas des faits établis par la véritable investigation, la recherche de la manifestation de la vérité (code de procédure pénale), ne génère de multiples conflits internationaux, de surprises stratégiques. Contre la « post-vérité » et ses avatars, plus que jamais l’heure est à la vraie vérité, à la vérité vraie. À la lumière de l’expérience de l’Histoire, qui sait où nous pourrait nous conduire cette nouvelle triple entente à l’avenir ?

1 Guillaume Berlat, Cinq continents en quête de vérité, www.prochetmoyen-orient.ch , 6 février 2017.
2 Robert Darnton, La longue histoire des « fake news », Le Monde, 21 février 2017, p. 23.
3 Gilles Paris, À la Maison Blanche, haro sur les « médias bidon », Le Monde, 19-20 février 2017, p. 3.
4 Anne Dastakian, Moscou s’attaque aux « fake news » de l’Occident, Marianne, 3-9 mars 2017, p. 45.
5 Harold Thibault, Des « fake news » appréciées par les autocrates asiatiques, Le Monde, 7 mars 2017, p. 6.
6 Michel Tatu, Le triangle Washington-Moscou-Pékin et les deux Europe (s), Casterman, 1972.
7 J.-M. Th., Fillon nous Trump grave, Le Canard enchaîné, 8 mars 2017, p. 8.

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SOMALIE : LES PIRATES RELÂCHENT LE PETROLIER DETOURNE – Le Figaro, 17 mars.

Le pétrolier Aris 13, victime de détournement dans le golfe d’Arden, a finalement été relâché par les pirates somaliens. Des nouvelles rassurantes sur l’équipage ont été données. Les pirates somaliens ont finalement accepté de relâcher le tanker Aris-13, transportant du pétrole. Le navire commercial et son équipage de huit Sri-Lankais retenus en otage ont été libérés le jeudi 16 mars 2017. D’après John Steed, responsable de l’Afrique de l’Est pour l’ONG Oceans Beyond Piracy (OBP), les gardes-côtes du Puntland ont proposé un accord aux pirates, soit « une offre qu’ils ne pouvaient refuser ». »Il y a eu des négociations après la fusillade de cette après-midi. Nous avons retiré nos forces et les pirates sont partis », a déclaré Abdirahman Mohamud Hassan, directeur général de la police maritime de l’État du Puntland. Ces négociations entre les pirates et les autorités de Puntland ont fait suite à la menace de cette dernière de donner l’assaut s’ils ne libéraient pas l’équipage. Le pétrolier détourné se trouvait alors amarré devant la localité de Habo, sur la côte du Puntland, sur la pointe nord-est de la Somalie. Aucune demande de rançon n’aurait été faite et l’équipage est revenu sain et sauf. L’Aris 13, qui transportait du pétrole et du gaz de Djibouti à Mogadiscio, avait été attaqué par des pirates somaliens dans le golfe d’Arden, le lundi 13 mars 2017. Il s’agit du premier acte de piraterie maritime constaté dans ces eaux depuis 2012.

 

SYRIE : RUSSES ET AMERICAINS A MANBIJ – RFI, 16 mars.

Les soldats américains et russes qui se trouvent dans la ville syrienne de Manbij, dans le Nord, sont à portée de vue pour la première fois depuis le début du conflit, il y a six ans. Mais les militaires des deux pays ne se parlent pas directement, a indiqué ce mercredi 15 mars 2017, un porte-parole militaire américain depuis Bagdad. Plusieurs dizaines de soldats des forces spéciales américaines, équipés de véhicules blindés, sont déployés dans les environs de Manbij depuis des semaines. Ils jouent le rôle de force tampon, pour empêcher une offensive de l’armée turque et de ses auxiliaires syriens contre la ville, reprise au groupe Etat islamique par une coalition arabo-kurde. Les deux camps sont des ennemis, tout en étant les alliés des Etats-Unis. Les Russes, eux, sont arrivés il y a quelques jours. Ils accompagnent, à bord de blindés, un convoi humanitaire envoyé par le gouvernement syrien aux habitants de Manbij. Quelques centaines de mètres seulement séparent Russes et Américains. Ils s’observent à l’œil nu, mais ne se parlent pas, a expliqué le colonel John Dorrian, porte-parole de la coalition internationale qui combat les jihadistes en Irak. Les deux armées communiquent au niveau de leurs états-majors respectifs dans le cadre d’arrangements conclus entre Moscou et Washington pour éviter tout incident aérien en Syrie. Manbij illustre parfaitement la complexité de la crise syrienne. Dans cette ville et ses environs, repris aux jihadistes en novembre dernier, quatre armées et une multitude de groupes rebelles aux obédiences diverses sont présents. Le moindre incident ou une erreur d’appréciation de la part de l’un des acteurs peut dégénérer à tout moment.

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A mesure que le ciel rosit, la couleur de la mer passe du noir au vert bouteille. Un gros soleil rouge apparaît hors de l’eau et monte à travers des bandes horizontales de nuages noirs. La mer prend une couleur indéfinissable, rouge, verdâtre et bleue, mais ça ne dure pas. Elle va avoir désormais sa robe de jour bleue mouchetée de blanc et le vent, un instant contenu pour la cérémonie du lever, repart avec de nouvelles forces.

Henri de Monfreid

 

SYRIE : L’INSOUTENABLE LEGERETE DES CERTITUDES…

« Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées » (Georges Brassens). Nos gazettes préférées battent le rappel pour appeler notre attention sur la publication d’un nouvel ouvrage sur la Syrie dans son environnement régional1. L’auteur n’est pas un inconnu sur le sujet. Il est même un récidiviste, au sens littéraire et non pénal du terme, il va sans dire. Il s’agit de Jean-Pierre Filiu qui nous livre une somme de 300 pages2. Pour ce dernier ouvrage, l’auteur privilégie une approche atypique mais non dénuée de sens : retrouver à travers « un héritage délaissé » dans l’Orient compliqué « ces parallèles qui peuvent éclairer notre présent ». Mais pour sympathique qu’elle soit, cette démarche n’est pas exempte de critique dans sa vision actuelle. Aux exigences de la raison qui alimentent la première partie de son ouvrage, Jean-Pierre Filiu opposent les excès de la passion dans la seconde partie.

LES EXIGENCES DE LA RAISON : UN SUCCÈS RELATIF

La lecture de l’ouvrage est plaisante, agréable, le style est alerte, les connaissances historiques certaines. Les douze chapitres couvrant la période allant de « Saint Paul et la naissance de la chrétienté » jusqu’à celle récente intitulée : « Vertiges et impasses de la diplomatie » sont particulièrement documentés et, par voie de conséquence, particulièrement instructifs. L’auteur semble parfaitement à l’aise dans cette région qu’il a parcourue d’abord en tant que diplomate français, puis comme chercheur au CERI/Sciences Po. Il évolue comme un poisson dans l’eau. Nous avons droit à un survol de l’histoire de la région du Proche et Moyen-Orient avec ses interventions extérieures qui permet de mieux appréhender les méandres de « l’Orient compliqué ».

L’auteur nous livre des jugements parfaitement sentis sur le passé des relations entre l’Occident (États-Unis en particulier) et le clan Assad, sur les vicissitudes des relations franco-syriennes : « Les deux Assad sont parvenus à piéger leurs homologues français dans une relation exclusive, mêlée de fascination et de répulsion ». Une région que nous connaissons à travers notre histoire commune mais qui nous reste souvent étrangère tant nos dirigeants paraissent aveuglés par des visions simplistes et réductrices de sa complexité

LES EXCÈS DE LA PASSION : UN ÉCHEC ABSOLU

Chez Jean-Pierre Filiu, chassez le naturel, il revient au galop.

Jean Daspry
20 mars 2017

1 Christophe Ayad, La Syrie, une très vieille histoire française, Le Monde, 2 mars 2017, p. 21.
2 Jean-Pierre Filiu, Le miroir de Damas. Syrie, notre histoire, La découverte, 2017.

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