Observatoire Géostratégique

numéro 267 / 27 janvier 2020

La semaine prochaine, nous reviendrons sur la formation du nouveau gouvernement libanais, sur les conséquences, réactions et commentaires qui accompagnent ce processus.

La rédaction

JERUSALEM : N’EST PAS CHIRAC QUI VEUT !

« Keep cool… you know the rules… » avant un « so » frenchie accent qui tranche singulièrement avec son anglais habituel plus proche de Davos que de celui des docks de la Tamise ! Le Président Macron nous l’a joué mauvais remake de Jacques Chirac, lorsque ce dernier interpellait vivement les flics israéliens qui l’empêchaient de serrer les mains des Palestiniens de Jérusalem-Est en 1996.

Sans jurer que la réaction d’Emmanuel Macron ait été soigneusement fabriquée, les services de l’Elysée ne pouvaient pourtant ignorer que l’intrusion des flics israéliens dans le protocole des visites françaises en terre palestinienne est un classique du genre. L’auteur de ces lignes en a vécu quelques-unes.

En novembre 1997, la sécurité israélienne perd volontairement, sur une petite route de campagne, le cortège officiel d’Hubert Védrine qui se rend à Ramallah pour y rencontrer Yasser Arafat. Trois heures de retard sur le programme ! En mai 2003, les mêmes flics veulent entrer de force dans le consulat général de France, avant le ministre Dominique de Villepin. Des coups de poing sont échangés avec les gendarmes français des voyages officiels.

A chaque visite ministérielle ou présidentielle française, ces incidents se répètent, de même que les humiliations quotidiennes des Palestiniens aux check-points de l’armée israélienne : nous y avons vu des femmes accoucher dans des taxis, des agriculteurs de Bethléem se rendant au marché de Jérusalem devoir présenter tomate par tomate, poireau par poireau de leur cargaison aux vigiles qui font durer l’exercice jusqu’à l’heure où le marché fermera ses portes.

SAINTE ANNE, C’EST LA FRANCE !

Pourquoi les flics israéliens se comportent-ils de cette façon ? Parce qu’ils en ont reçu l’ordre ! Parce qu’ils doivent montrer qu’ils font ce qu’ils veulent dans les territoires palestiniens occupés, annexés ou en passe de l’être. Ils doivent impérativement montrer qu’ils n’ont à respecter, ni les règles du savoir-vivre diplomatique, ni les accords de siège, ni toutes autres règles internationales, parce qu’ils prétendent être ici chez eux, sans avoir à rendre de compte à quiconque, comme si l’Histoire les exonérait de toute espèce de légalité internationale. Depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948, plus de 470 résolutions du Conseil de sécurité, de l’Assemblée générale et de la Commission des droits de l’homme des Nations unies sur la question palestinienne ont été adoptées et aussitôt rejetées par le régime de Netanyahou !

Le dernier incident de l’église Sainte Anne de Jérusalem n’est pas non plus le premier, parce qu’à Jérusalem : Sainte Anne, c’est la France ! Située dans la vieille ville de Jérusalem-Est, l’église fait partie du domaine national français en Terre Sainte, tout comme le Tombeau des Rois, l’église du Pater Noster sur le mont des Oliviers et l’abbaye Sainte-Marie de la Résurrection d’Abu Gosh. Elle est administrée par les Pères blancs. De style roman, elle a été construite par les croisés en 1140 et a tout de suite été dédiée à Sainte Anne. En 1192, après la conquête de Jérusalem par Saladin, l’église est transformée en école de droit coranique, puis tombe en ruines au cours des siècles. En 1856, après la guerre de Crimée, la France reçoit l’église du Sultan Abdülmecid 1er en remerciement de son aide à la Turquie. Sainte Anne est alors restaurée et l’État français la confie en 1877 à Monseigneur Lavigerie et à sa Société des missionnaires d’Afrique. Entre 1882 et juin 1967, le lieu abrite le grand séminaire pour la formation des prêtres grecs-catholiques.

Actuellement, le site est toujours administré par les Pères blancs. Ayant beaucoup de projets en Afrique, leur travail à Jérusalem consiste essentiellement à la formation de séminaristes, mais aussi à l’accueil de nombreux pèlerins (qu’ils soient catholiques, protestants, anglicans ou orthodoxes).

Un accueil relativement difficile, du fait de la petite taille du site confronté à l’incessant harcèlement administratif israélien cherchant à décourager pèlerins et visiteurs. Ainsi, Sainte Anne de Jérusalem est la cible régulière de l’occupation israélienne parce qu’elle accueille une ONG chargée des rapports écrits sur les comportements des Israéliens et des Palestiniens lors des passages de check-points. Le nom de cette ONG est Ecumenical Accompaniment Programme in Palestine and Israel (EAPPI).

Richard Labévière

1 Pour plus de détails, on peut consulter – Richard Labévière : Le Grand retournement – Bagdad/Beyrouth. Editions du Seuil, 2006.
2 La loi Israël, État-nation du peuple juif, a été adoptée le 19 juillet 2018 par la Knesset. 

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LIBYE : MAINTENANT, C’EST A BERLIN QUE CA SE PASSE…

« Chaque génération sans doute se croit vouée à refaire le monde. La tâche de la nôtre est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse » (discours d’Albert Camus lors de la réception du prix de Nobel de littérature 1957). En ce début d’année 2020, la planète brûle (Cf. les feux qui courent de l’Amazonie à l’Australie), la communauté des nations se défait (comment parler de communauté internationale ?), la grammaire des relations internationales du XXe siècle est obsolète (le multilatéralisme est moribond), les spectateurs du monde d’hier se transforment en acteurs du monde du demain (nous assistons au déclin de l’Occident). En France, notre « Audacieux Monarque » maintient son cap que personne n’entrevoit clairement sinon lui-même. Après sa prise de fonctions, il avait fait du monde son terrain de jeu favori, trouvant le territoire national trop étroit pour ses ambitions mondiales. Aujourd’hui, il est peine à s’imposer dans l’Hexagone à tel point qu’il est contraint de fuir les « Bouffes du Nord » où certains de ses détracteurs avaient pris « La mouche »1. Mais aussi de s’effacer de la scène internationale2 pendant que de nouveaux acteurs, plus agiles et plus cohérents viennent l’occuper. Nous pensons tout particulièrement au très épineux dossier libyen. Pendant que certains s’en vont honteux et confus, jurant mais un peu tard qu’on ne les y prendrait plus3, d’autres font leur entrée sur le théâtre libyen à l’occasion des rencontres successives de Moscou et de Berlin.

L’ÉTRANGE DÉFAITE DU P3 : LES NOUVEAUX SPECTATEURS

Aujourd’hui, le Conseil de l’ONU est paralysé depuis que les P3 (FR+UK+US) ont manqué à leur parole après le vote de la résolution 1973 qu’ils ont transformé en instrument de changement de régime en Libye. Depuis cette date, Chinois et Russes s’opposent à toute résolution se présentant comme une application de la « responsabilité de protéger ». Après ses cocoricos de victoire en 2018, la France jupitérienne est devenue inaudible et inexistante sur un dossier qui touche à ses intérêts de sécurité et à des questions énergétiques de la première importance pour elle. Bravo l’artiste !

Conseil de sécurité de l’ONU paralysé/P3 aux abonnés absents

Qu’en est-il du jeu des principaux acteurs qui furent très actifs (surtout militairement) au début de la crise libyenne ? Rappelons que l’ONU est paralysée par les désaccords persistants entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Ne parlons-pas de la Chine qui tisse méthodiquement ses « nouvelles routes de la soie » et s’impose comme la puissance du XXIe siècle, évitant de se fourvoyer militairement dans le bourbier libyen ! Les États-Unis continuent leur pivot vers l’Asie, laissant une immense pagaille au Proche et au Moyen-Orient et passant la patate chaude aux Européens4. En outre, ils les mettent à genou sur le dossier iranien5. Sans parler des inepties déversées par le progressiste Bernard Kouchner sur l’assassinat Soleimani6. En Syrie, ce sont Russes et Turcs qui mènent désormais le branle, laissant les Occidentaux à leurs jérémiades et autres sommets qui ne débouchent au mieux que sur quelques paroles creuses, au pire sur un désaccord patent.

En Libye, ces mêmes Occidentaux (la bande des trois) paient aujourd’hui, au prix fort, la facture de leur inconséquence de l’année 20117. Sous couvert d’une action conduite sous le voile de la « responsabilité de protéger » (résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU), ils ont délibérément procédé à un changement de régime, exécutant le colonel Kadhafi dans des conditions qui ont peu à voir avec leurs valeurs et leurs droits de l’homme. Après avoir joué les pyromanes, ils ne parviennent pas à jouer les pompiers afin de circonscrire l’incendie qui embrasse le pays et la région avoisinante (Sahel en premier lieu) et le développement incontrôlé des migrations Sud-Nord. Empêtrés dans leur « Brexit » même si le parlement vient d’adopter le « Brexit Bill », les Britanniques sont peu actifs sur le dossier libyen, hormis mettre leur signature au bas de quelques parchemins sans la moindre utilité.

France inaudible et inexistante 

Les rencontres successives de Moscou et de Berlin (dans la même semaine) marquent l’effacement indéniable de la diplomatie française sur le dossier libyen. Pris à son propre piège, Emmanuel Macron expérimente la fable de l’arroseur arrosé et celle du diplomate malgré lui. Le concours de rodomontades sur tous les sujets internationaux tourne à son désavantage8.

La fable de l’arroseur arrosé. Notre « Manager Maximo » nous expliquait, il y a quelques mois encore, qu’il était parvenu à réconcilier les frères ennemis libyens et à les amener à organiser des élections générales en décembre 2018. Bien évidemment, rien de tout cela n’a eu lieu9. Nous étions dans un pur exercice de diplomatie incantatoire10. C’était il y a bientôt deux ans, en mai 2018. À Paris, le président français Emmanuel Macron s’enorgueillissait de réussir à rassembler pour la première fois les acteurs principaux du conflit en Libye sous l’égide des Nations unies et en présence d’une vingtaine de pays habitués à tirer les ficelles, chacun dans son coin, selon leurs intérêts dans la région. En première ligne sur la photo aux côtés d’un Macron tout sourire se trouvaient les deux frères ennemis qui ne se parlent pas : le chef du très précaire gouvernement de Tripoli (GNA) reconnu par la communauté internationale, Fayez al-Sarraj, et l’ancien soutien de Kadhafi, communément désigné « l’homme fort de l’Est », Khalifa Haftar, l’autoproclamé chef de l’Armée nationale libyenne (ANL) en Cyrénaïque, qui entend conquérir coûte que coûte le centre du pouvoir. La France transpirait de fierté avec son « accord de Paris » « historique » qui scellait un pari – irréaliste aux yeux de tous les spécialistes de la Libye : des élections présidentielle et législatives sept mois plus tard. Elles n’ont jamais eu lieu et l’accord de Paris a très vite volé en éclats. Rares sont ceux qui s’en souviennent encore et qui osent le rappeler à nos diplomates français aussi arrogants qu’incompétents. Les faits sont têtus.

Le diplomate malgré lui. Aujourd’hui, le président de la République en est réduit à pratiquer la diplomatie du roquet, du narcissisme11, lançant ses invectives aux uns et aux autres, preuve éclatante de son manque d’influence sur ce dossier. Il fait de la diplomatie émotionnelle. De la diplomatie à court terme. Il s’est inquiété de l’envoi à Tripoli de combattants syriens pro-turcs en soutien au gouvernement local en soutien par l’ONU. « Je dois vous dire la vive inquiétude que m’inspire l’arrivée de combattants syriens et étrangers dans la ville de Tripoli, il faut que cela cesse ». L’agitation médiatique et stérile n’a jamais été le meilleur gage d’efficacité dans la sphère des relations internationales. Pour résoudre un problème complexe, il faut prendre la situation telle qu’elle est et non pas telle qu’on voudrait qu’elle soit. Faute de quoi, on se fourvoie dans des impasses dont il est difficile de s’extraire12. Un classique de la diplomatie multilatérale que nos experts semblent manifestement ignorer. Et pourtant la France se situe aux premières loges pour gérer la question terroriste dans le Sahel, avec le succès que l’on sait13 ainsi que celle du pétrole et des migrations. Emmanuel Macron en est réduit à enfoncer quelques portes ouvertes pour marquer sa différence : « La France sait ce que la déstabilisation de la Libye coûte aux pays les plus vulnérables parmi ses voisins, ceux du Sahel » ou bien « rien ne sera jamais acquis aussi longtemps que l’ordre ne sera pas rétabli en Libye ». Il paie également sa duplicité sur la question libyenne qui n’échappe pas à personne. Au départ, porté vers le régime reconnu par l’ONU tout en aidant en sous-main son opposant, le maréchal Haftar, motif pris que l’on ne peut ignorer celui qui occupe une grande partie du territoire.

La clé de l’échec. Il y a une dissonance entre ce que la France dit et ce qu’elle fait. En diplomatie, la politique du en même temps démontre rapidement ses limites. C’est bien connu depuis le cardinal de Retz : « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». La réunion de Berlin se charge de le rappeler à Jupiter. Et, cela ne lui plait guère tant il possède un ego surdimensionné.

« Voilà de quoi remettre au tableau noir la formule de Maurice Donnay, ingénieur de l’école centrale et académicien : la réussite, produit de l’effort individuel par les circonstances. En songeant aux avatars de la diplomatie publique d’aujourd’hui et à ses malfaçons, on serait tenté d’allonger ainsi la formule du succès diplomatique :

Effort + durée + secret x circonstances »14

Ce énième échec de la diplomatie jupitérienne est à mettre en relation avec un autre dont on ne parle pas, et pour cause. Nos brillants esprits du château et du Quai avaient décidé, il y a plusieurs mois déjà, de faire de l’Irak un pays cible de notre diplomatie moyen-orientale. L’affaire a piteusement capoté dans un État failli15, situation qui avait échappé à nos diplomates de bas étage. Encore, un grand bravo à Jupiter et à sa mauvaise troupe de courtisans. Tout est erroné dans le macronisme tant il est prisonnier de dogmes dépassés pour « comprendre le monde comme ambiguïté » (Milan Kundera).

Guillaume Berlat
27 janvier 2020

1 Etienne de Montety, Bouffes. Théâtre où peut se dérouler un spectacle désolant, Le Figaro, 20 janvier 2020, p. 44.
2 Cédric Pietralunga, À Jérusalem, Macron bouscule le protocole, Le Monde, 24 janvier 2020, p. 4.
3 En parodiant la morale de la fable Le Corbeau et le renard de Jean de la Fontaine.
4 Jean-Pierre Stroobants, Les vues de Trump pour l’OTAN au Moyen-Orient laissent perplexe, Le Monde, 15 janvier 2020, p. 3.
5 Claude Angeli, La « servitude volontaire » en Europe face à Trump, Le Canard enchaîné, 22 janvier 2020, p. 3.
6 Denis Monod-Broca, Kouchner ou la mort cérébrale, Marianne, 24-30 janvier 2020, p. 61.
7 Guillaume Berlat, Intervenir en Libye : une lubie française, www.prochetmoyen-orient.ch , 18 janvier 2016.
8 Natacha Polony, Macron contre les GAFAM : torse bombé et petits bras, Marianne, 24-30 janvier 2020, p. 3.
9 Jean Daspry, La diplomatie du fiasco des médiations françaises, www.prochetmoyen-orient.ch , 6 janvier 2020.
10 Guillaume Berlat, Vers une réconciliation des frères ennemis libyens, www.prochetmoyen-orient.ch , 31 juillet 2017.
11 Guillaume Berlat, Libye ou la diplomatie du narcissisme, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 juin 2018.
12 Guillaume Berlat, La France piégée dans le bourbier libyen !, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 mai 2019.
13 Guillaume Berlat, Manque de Pau : Jupiter se plante !, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 janvier 2020.
14 Jules-François Blondel, Ce que mes yeux ont vu de 1900 à 1950. Récit d’un diplomate, Tome 1, 1960.
15 Georges Malbrunot, Bagdad traque la taupe qui aurait livré Soleimani, Le Figaro, 24 janvier 2020, p. 10.

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GEORGE ORWELL : UNE GRANDE ACTUALITÉ – Jean Daspry. « Il vaut mieux avoir de l’avenir que du passé » (Victor Cousin). Au moment où nous célébrons le soixante-dixième anniversaire de sa mort, le message de l’écrivain britannique, George Orwell (de son vrai nom, Eric Arthur Blair) n’a jamais été aussi actuel1. Pour le grand public, ses ouvrages les plus célèbres sont 1984 et La ferme des animaux. Mais, il en a écrit bien d’autres qui mériteraient une aussi grande notoriété que les deux précédents2. Si longtemps après sa mort, les questions que posent George Orwell méritent d’être reprises

Quelles sont les idées principales qui caractérisent l’homme à travers la découverte de sa littérature ? Sans qu’il ne s’agisse d’une hiérarchisation au sens académique, nous pouvons en dresser une liste impressionnante par sa quantité et par sa qualité. George Orwell est avant tout un combattant – ce n’est certainement pas un mou -, et cela à tous les sens du terme. Combattant contre l’injustice, le totalitarisme, la toute puissance de la société de surveillance, la « novlangue », la « double pensée » « l’indécence des puissants » (« C’est en quelque sorte, pour la haute fonction publique, une nouvelle époque : la génération essuie-glace »3), la société industrielle dans ce qu’elle a d’antiécologique, le colonialisme, le système des castes. Mais aussi combattant pour la défense des libertés publiques, pour la recherche de la vérité objective (« Le sentiment que le concept de vérité objective est en passe de disparaître du monde m’effraie plus que les bombes ») à travers un travail d’enquête minutieux (nos folliculaires devraient en prendre de la graine, eux qui se comportent en majorité comme des « ventriloques du pouvoir »), pour le développement de l’esprit critique, pour « l’exigence morale ». Tous thèmes qui n’ont pas pris la moindre ride à l’heure des « fake news » poutiniennes et des « faits alternatifs » trumpiens, de la société de « Big Brother » révélés au grand jour par Edward Snowden, des éléments de langage, de la politique du en même temps de La caste des hauts fonctionnaires de l’ENA4, aujourd’hui aux abois dans l’attente de la remise du rapport de Frédéric Thiriez sur la réforme de la haute fonction publique prévue pour la fin du mois d’avril 2019.

Pour mettre en pratique ses idées, l’homme possède de nombreuses qualités qui font aujourd’hui tant défaut chez nos dirigeants et notre élite politico-administrative. George Orwell est avant tout un visionnaire doté d’immenses qualités de préscience. Ceci s’accompagne d’un grand sens de l’humilité qui le conduit à accepter ses erreurs : « Méfiez-vous de ma partialité, des erreurs sur les faits que j’ai pu commettre, et de la déformation qu’entraîne forcément le fait de n’avoir vu qu’un coin des évènements ». Mais aussi une grande accessibilité, une grande clarté, limpidité du langage qui en fait un auteur pour tous. Il ne cache pas sa pensée derrière un sabir incompréhensible pour le commun des mortels afin de le noyer.

« La pensée n’est qu’un éclair au milieu de la nuit. Mais c’est éclair qui est tout » (Henri Poincaré). Lire et relire George Orwell est indispensable pour comprendre les ressorts profonds et les dérives dangereuses de notre temps : le totalitarisme n’est pas mort en 1989, l’histoire n’est pas finie, la pseudo-démocratisation et la mondialisation n’ont apporté ni la paix, ni la liberté. Un homme dont les écrits nous apportent « un peu d’air frais » (titre de l’un de ses romans) dans un monde où l’air est vicié à tous les sens du terme. George Orwell, un homme d’hier, d’aujourd’hui et de demain. « Le XIXe siècle fut balzacien, le XXe kantien, le XXIe siècle est devenu orwellien »5. »>

1 Nicolas Truong, George Orwell, penseur du XXIe siècle, Le Monde, 18 janvier, pp. 26-27.
2 https://www.senscritique.com/top/resultats/Les_meilleurs_livres_de_George_Orwell/747146
3 Laurent Mauduit, Jeu de chaises musicales à Bercy, www.mediapart.fr , 20 janvier 2020.
4 Laurent Mauduit, La Caste. Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir, La Découverte, 2018.
5 Nicolas Truong, précité.
 
 
MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE. LES PETITS MARQUIS DE BERÇY – Ali baba « Où (il) y a de la gêne, (il n’) y a pas de plaisir » nous rappelle fort à propos ce proverbe français. S’il y a bien un ministère régalien de la République où cet adage trouve son meilleur point d’application, c’est bien le ministère de l’Économie et des Finances, plus connu sous son adresse, Bercy. Il faut avoir assister une fois de sa vie à une fameuse RIM (réunion interministérielle) à Matignon appelée à trancher un différend entre plusieurs ministères ou à définir une position harmonisée sur un sujet d’intérêt général pour apprécier l’humour des fonctionnaires de Bercy. Contrairement à leurs collègues d’autres départements ministériels, les droïdes à la calculette affutée se déplacent en meute avec la tête de circonstance, celle des ordonnateurs des pompes funèbres. Le nombre fait la force. Par ailleurs, ils assènent aux autres participants à ces RIM, présumés coupables, quelques phrases toutes faites destinées à démontrer leur omnipotence telles que « ministères dépensiers », « budgets insincères » et autres joyeusetés. L’objectif est bien connu, discréditer l’autre ab initio pour rejeter toute argumentation, y compris la plus fondée. Une fois leurs fatwas délivrées, nos Fouquier-Tinville quittent la salle avec une morgue caractéristique. La bête est à terre. Il ne reste plus à ces « ministères dépensiers » qu’à confesser leurs immenses pêchés, à implorer le pardon du clergé de Bercy. On l’aura compris, Bercy, c’est le Bien contre le Mal. Il est l’incarnation de la République exemplaire, de la moralisation de la vie publique, de l’intégrité, de la rigueur comptable, du sens de l’intérêt général… Mais, à y regarder de plus près, ces sinistres personnages sont loin d’être au-dessus de tout soupçon. Ce serait plutôt du genre, faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. L’opacité la plus totale entoure le niveau de leurs traitements, de leurs primes, de leurs menus avantages. Mais, ce n’est pas assez pour ses grands serviteurs de leurs intérêts personnels. Il leur faut gagner plus, toujours plus par la pratique du pantouflage et du rétropantouflage comme le fit un des leurs, il y a quelques années déjà, en allant vendre ses talents à la Banque Rothschild. Vous savez, un inspecteur des Finances, du genre narcissique ayant pour nom, Emmanuel Macron et pour surnom, Jupiter le mal aimé. Vous savez un inspecteur des Finances, du genre conflit d’intérêts avec ceux de sa famille, secrétaire général de l’Élysée ayant pour nom, Alexis Kohler6. La technique est simple. On se fait un solide carnet d’adresses dans l’administration – surtout après un passage obligé par un cabinet ministériel – que l’on va revendre au plus offrant dans le secteur privé… en toute immoralité ! En cas de problème, on revient vers le secteur public, maison de grande tolérance pour ses grands serviteurs. Et tous ces rapaces se renvoient en permanence l’ascenseur. « Passe-moi la salade, je t’envoie la rhubarbe » (Nicolas Sarkozy).

Nous en avons aujourd’hui un exemple avec le dernier jeu de chaises musicales qui se trame à Bercy sans que cela ne fasse la une de nos médias d’abrutissement en continu. La directrice du Trésor voudrait prendre la présidence de la BERD7 et pourrait être remplacée par le directeur de cabinet du ministre des finances, lequel serait lui-même remplacé par le numéro deux du Trésor. Et tout cela sur fond de conflits d’intérêts. Reprenons la narration que fait de cette affaire Laurent Mauduit8.

Début de citation

« Il faut toujours surveiller de près les jeux de chaises musicales qui ont lieu dans la haute fonction publique, car ils en disent souvent long sur les mœurs qui prévalent dans les sommets du pouvoir, et parfois aussi sur les appétits qui s’y déchaînent ou les conflits d’intérêts qui les polluent. Les changements en cascade qui se profilent au ministère des finances dans les prochains mois font partie du lot : ils méritent qu’on les scrute de près, car ils sont « bavards » sur les pratiques en cours au sein de l’oligarchie de Bercy. Ce qui va déclencher le jeu de chaises musicales, c’est, selon nos informations, le possible départ de l’actuelle directrice du Trésor, Odile Renaud-Basso. Elle souhaiterait pouvoir prendre la place de l’actuel président de la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), Suma Chakrabarti, qui a été élu pour un deuxième mandat de quatre ans le 11 mai 2016 et dont les fonctions arrivent donc bientôt à échéance. Selon nos sources, la candidate française n’a pas de véritable rival pour le poste et a de bonnes chances de l’emporter9. Visiblement, Odile Renaud-Basso n’aura pas trop à se plaindre de sa nouvelle situation, si elle l’obtient. Le dernier salaire connu de Jean Lemierre, président de la BERD de 2000 à 2008, était de 428 000 livres (plus de 500 000 euros). Depuis, la rémunération a donc encore dû progresser ; et elle est sans doute défiscalisée, comme c’est souvent le cas pour les fonctionnaires internationaux. Le titulaire du poste jouit par surcroît d’un appartement de fonction à Londres. Très représentative de cette génération de hauts fonctionnaires proches des socialistes, sans véritables convictions, c’est-à-dire penchant clairement vers le néolibéralisme, elle a accompagné sans éclats le régime précédent, d’abord comme directrice adjointe du cabinet du premier ministre Jean-Marc Ayrault, puis comme directrice générale adjointe de la Caisse des dépôts et consignations. En 2016, un concours de circonstances a joué en sa faveur : alors qu’une militante socialiste de caractère, Sandrine Duchêne, semblait en bonne position pour devenir directrice du Trésor, François Hollande et le ministre des finances, Michel Sapin, ont cherché une personnalité plus effacée et sans doute plus docile. Ils ont donc fait affaire avec Odile Renaud-Basso. Cette dernière n’était pas connue pour avoir de mauvaises relations avec Emmanuel Macron. Mais elle n’a pas non plus le profil type de ces hauts fonctionnaires qu’affectionne tant le chef de l’État, ceux qui, comme lui, ont fait de nombreux allers et retours entre le public et le privé, si bien que l’on ne sait jamais bien quels intérêts ils défendent.

En revanche, celui qui pourrait devenir bientôt le prochain directeur du Trésor correspond lui, très précisément, au profil apprécié du chef de l’État. Il devrait en effet s’agir d’Emmanuel Moulin, actuel directeur de cabinet de Bruno Le Maire. Ancien directeur adjoint de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, puis conseiller économique de Nicolas Sarkozy, le haut fonctionnaire, qui est à l’origine issu de la direction du Trésor, choisit le grand large du privé après la présidentielle de 2012. Et il rejoint la banque d’affaires italienne Mediobanca, comme secrétaire général. À partir de son arrivée, la banque d’affaires voit toutes les portes de l’État s’ouvrir. En 2017, Mediobanca se classe au troisième rang des banques conseils de l’État, juste derrière Rothschild. Or qui l’Agence des participations de l’État (APE) prend-elle comme banque conseil pour la privatisation de l’aéroport de Nice ? La même banque Mediobanca, dont l’un des principaux actionnaires est le milliardaire Vincent Bolloré. Plus grave : le rapport de la Cour des comptes consacré aux privatisations des aéroports de Toulouse, Lyon et Nice révèle que cette opération de privatisation est par surcroît polluée par un grave conflit d’intérêts. Les magistrats financiers évoquent ainsi « l’apparition d’une situation de risque dans le cas de la cession d’Aéroports de la Côte d’Azur, la banque d’affaires Mediobanca sélectionnée pour assurer le conseil économique de l’État se trouvant être actionnaire minoritaire d’Atlantia, membre principal du consortium vainqueur ». En somme, la banque Mediobanca, qui a embauché Emmanuel Moulin, est du côté du vendeur – l’État français – et du côté de l’acquéreur. Et à l’époque, cela ne choque pas grand monde, et surtout pas l’APE. « La résiliation du contrat aurait ainsi exposé l’APE à des demandes d’indemnité de la part de Mediobanca. Elle n’a, pour les mêmes raisons, pris aucune mesure à l’encontre de Mediobanca à l’issue de la procédure », lit-on dans le rapport. En d’autres pays, l’affaire aurait fait scandale. Mais en France, non ! Les privatisations se gèrent ainsi, presque en famille, entre hauts fonctionnaires de l’APE et banques d’affaires. Et à lire le rapport de la Cour des comptes, on se prend même à penser que tout se passerait dans le meilleur des mondes, s’il n’y avait la presse, qui met parfois son nez où il ne faut pas. À preuve, la suite du récit de cette privatisation établi par la Cour des comptes : « L’APE indique avoir été informée oralement par Mediobanca des liens capitalistiques qu’elle entretenait avec Atlantia avant que la candidature de cette dernière soit connue. Ce n’est, ensuite, que le 7 avril 2016, après que cette situation a été révélée par la presse, que la banque conseil, sur requête de l’APE, lui a adressé un mail précisant les solutions proposées pour écarter le risque de conflit d’intérêts. » En clair, pour l’APE, succursale des banques d’affaires implantées au cœur même de l’État, tout cela est parfaitement normal. Business as usual ! Et il faut bien avouer qu’il n’y a pas eu de politiques pour s’en émouvoir. À preuve, la belle carrière d’Emmanuel Moulin qui, après ces faits d’armes, devient à la mi-2017 directeur de cabinet de Bruno Le Maire au ministère des finances. Et qui, bientôt, pourrait donc devenir directeur du Trésor.

Celui qui devrait lui succéder comme directeur de cabinet a un peu le même profil. Il pourrait en effet s’agir, selon nos informations, de Bertrand Dumont. Après avoir fait ses classes au Trésor, il est parti pantoufler à la banque HSBC, avant de devenir directeur adjoint du cabinet de Bruno Le Maire, puis directeur adjoint du Trésor. Le voilà donc qui devrait repartir vers le cabinet de Bruno Le Maire.

C’est en quelque sorte, pour la haute fonction publique, une nouvelle époque : la génération essuie-glace ».

Fin de citation

Tout ceci se passe de commentaires et en dit long sur l’état de dégradation du service public dans notre pays. Avec l’omnipotence de La Caste10, nous avons droit à l’omniprésence des Voraces11. Des fonctionnaires sans foi ni loi qui tiennent le haut du pavé mais surtout le bas du caniveau qui se repassent les plats.

« Le discours politique est conçu de manière à faire apparaître les mensonges véridiques et le meurtre respectable » (George Orwell). Dans le même temps où parvenait jusqu’à nos oreilles le jeu de chaises musicales à Bercy, nous apprenions que le président de la République avait procédé à un important mercato au sein de la préfectorale, jugeant que certaines de nos excellentes à casquettes n’appliquaient pas suffisamment bien ses instructions. Il devrait tous les remplacer par des députés de la République en godillots. Cela marcherait à la baguette ! À quand, la suppression du statut de 1946 de la Fonction publique et à son remplacement par un statut de nomination au choix ? Cela aurait le mérite de la clarté : mettre sur pied officiellement dans notre pays une République des copains, des coquins et des cousins et des énarques12. À trop jouer avec la morale publique, le président de la République joue avec le feu. Il pourrait ouvrir un boulevard à d’autres partis dits « populistes » pour l’élection de 202213.

6 Martine Orange, Commandes de paquebots : l’armateur MSC aime l’argent public français , www.mediapart.fr , 20 janvier 2020.
7 Anne de Guigné, La Directrice du Trésor candidate française pour la BERD, Le Figaro, 23 janvier 2020, p. 22.
8 Laurent Mauduit, Jeu de chaises musicales à Bercy, www.mediapart.fr , 20 janvier 2020.
9 Shahinez Benabed, La directrice générale du Trésor en lice pour la présidence d’une organisation internationale, www.acteurspublics.fr , 21 janvier 2020.
10 Laurent Mauduit, La Caste. Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir, La découverte, 2018.
11 Vincent Jauvert, Les voraces. Les élites et l’argent sous Macron, Robert Laffont, 2020.
12 Guillaume Berlat, Les énarques hurlent au scandale, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 janvier 2020.
13 Guiliano da Empoli, Les erreurs de Matteo Renzi qu’Emmanuel Macron devrait méditer, Le Monde, 22 janvier 2020, p. 28.


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LA TELEVISION EN CARTON « BFM » RESSUSCITE YASSER ARAFAT !!! – Richard Labévière.

A la veille de la visite d’Emmanuel Macron à Jérusalem, mercredi dernier et sur place, la « journaliste » de BFM-TV – Agathe Lambret – annonce que le président de la République va s’entretenir avec… Yasser Arafat, le président de l’Autorité palestinienne !!! Bigre, ce dernier est décédé en novembre 2004 ! Au studio de Paris, la présentatrice, apparemment aussi ignorante que l’envoyée spéciale, ne la reprend pas et passe tranquillement à la suite comme si de rien n’était, en continuant à martelar qu’Agathe Lambret est bien à Jérusalem pour… BFM-TV, au cas où l’on n’aurait pas compris. C’est la règle sur cette chaîne : plutôt que de vérifier leurs informations, présentateurs, présentatrices et envoyés spéciaux répètent inlassablement, à peu près toutes les trentes secondes, « pour BFM-TV », « sur BFM-TV », avec « BFM-TV », pour bien nous persuader qu’on regarde, bel et bien BFM-TV, la chaine Bête et Franchement Médiocre

Ce cas d’ignorance journalistique abyssale n’est pas isolé. On se souvient que le soir de l’incendie de Notre Dame, une autre bécassine – Bénédicte Le Chatelier – avait déjà enchaîné nombre de perles. Juste après minuit et demi, pour lancer l’historien Franck Ferrand au téléphone, elle explique doctement que « Notre Dame n’est pas un lieu religieux, mais (que) les catholiques continuent de se l’approprier » ! Salauds de Cathos ! S’approprier une cathédrale, c’est-y-pas honteux ? C’était un instant avant qu’elle ne rebaptise Mgr Aupetit « Mgr Auprêtre » et s’interroge à haute voix « mais le Bourdon, en fait, il est accroché à une poutre en bois ? » Non, il lévite parce que c’est magique !

A l’époque, responsable des matinales à Radio France Internationale (RFI), l’auteur de ces lignes se permet de reprendre une présentatrice – une certaine Valérie Rohart – qui vient de parler des « Mongoliens » pour désigner les habitants de Mongolie ! Mais celle-ci monte aussitôt sur ses plus grands chevaux en affirmant qu’on peut dire les deux : « Mongoliens » et « Mongols »… avant de saisir son syndicat – le SNJ-CGT – pour la défendre. Au final, le syndicat aura gain de cause contre le rédacteur en chef ! Servitude et grandeur de l’Audiovisuel public… Une même ignorance crasse, doublée de préjugés idéologiques délirants, a fait dire à plusieurs speakers et speakerines de Franceinfo – dont une certaine Clotilde Bigot – que le dernier gouvernement libanais était « un gouvernement du… Hezbollah ». Diantre ! Toute personne, un tant soit peu au fait des réalités libanaises, sait parfaitement qu’il n’en n’est rien et que de tels mots d’ordre proviennent des partisans (sunnites) de Saad Hariri et des Forces libanaises (extrême-droite) de Samir Geagea. Mais sur la corruption et ses principaux bénéficiaires, sur les blocages confessionnels et les pressions internationales, pas un traître mot… Mais comment choisit-on les correspondants de France-Info en particulier et du service public en général, aux Proche et Moyen-Orient ? La question mérite d’être posée. Les Français mériteraient aussi des réponses appropriées !

 

QUATRE COLLABORATEURS D’UNE ONG FRANCAISE DISPARUS A BAGDAD – AFP, 23 janvier.

Quatre collaborateurs d’une ONG française, trois Français et un Irakien, sont portés disparus depuis lundi à Bagdad, a annoncé vendredi l’organisation française concernée, SOS Chrétiens d’Orient. Les quatre hommes ont « disparu aux alentours de l’ambassade de France », a déclaré à Paris Benjamin Blanchard, le directeur général de l’ONG, qui vient en aide aux chrétiens orientaux. « Aucune demande de rançon » n’a été faite, a-t-il ajouté au cours d’une conférence de presse. « Ils ont une parfaite connaissance de crise », a-t-il ajouté. « Ce sont des personnels expérimentés qui travaillent depuis des années avec nous », a-t-il dit. Les autorités ont été « prévenues mercredi », selon le responsable, qui n’a pas communiqué les identités des quatre hommes. « Ces quatre personnels ont disparu à Bagdad en centre ville dans les environs de l’ambassade de France. Ils devaient effectuer des travaux administratifs à Bagdad. Ils étaient là pour renouveler leur visa et enregistrer l’association auprès des autorités irakiennes », a poursuivi le directeur. L’ONG se présente comme une association humanitaire aidant « les chrétiens orientaux à demeurer chez eux ». Elle a effectué sa première mission en Syrie en 2013, puis en Irak en avril 2014, avant d’ouvrir la même année à Bagdad une mission permanente. Ses responsables, ancrés à droite, ont parfois été jugés complaisants envers le régime de Bachar al-Assad. Durant les trois années du califat auto-proclamé par l’organisation Etat islamique (EI), les minorités religieuses, en particulier les Yazidis et les chrétiens chaldéens et syriaques de la plaine de Ninive – province dont Mossoul est le chef-lieu – ont été persécutées par les jihadistes, entraînant un exode massif. En Irak, les chrétiens, au nombre de 1,5 million avant 2003, étaient à l’été 2019 « bien en dessous des 150.000 », selon l’organisation catholique Aide à l’Église en détresse (AED). En Syrie, ils sont actuellement moins de 500.000 contre 1,5 million en 2011, toujours selon l’AED. Bagdad est en proie de manifestations depuis plusieurs mois, certaines contre le gouvernement et l’influence de l’Iran, et d’autres, plus récentes, contre la présence de troupes américaines en Irak après la mort du général iranien Qassem Soleimani, tué dans une frappe de drone à Bagdad début janvier.

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75ans après l’arrivée de l’armée soviétique à Auschwitz-Birkenau, on cita un discours de Simone Veil au Conseil de l’Europe : « Ce n’est pas l’information qui fera défaut mais le contact unique, irremplaçable, bouleversant de celui qui dit : J’y étais et cela fut ». A Jérusalem le 22 octobre 1996, le président Chirac voulait entendre un vieil homme devant sa boutique, rescapé des massacres et expulsions de 1948, quand un agent d’insécurité israélien s’interposa. J’étais là, incognito, sans aucun badge. En colère, Chirac refusa d’entrer dans la Mosquée occupée par des soldats, rencontra le Mufti, puis attendit 7minutes devant la poterne de Ste Anne, ayant exigé que la soldatesque en sorte. Le candidat Macron avait dit refuser de reconnaître l’Etat de Palestine « car le lendemain je ne pourrais plus parler à Israël ». A quand un président qui enfin dise là-bas : « Vive la Palestine, vive la Palestine libre ».

Bernard Cornut

 

  1. « Si nous nous taisons, les pierres crieront » cite l’Archevêque de Paris dans le débat sur la loi PMA-GPA. « L’absence d’un père est une blessure que l’on peut subir mais il est monstrueux de l’infliger volontairement » ajoute-t-il, soutenu par ceux qui refusent la marchandisation du corps. Mais au Sénat, la ‘droite’ des Philippe Dominati ou Catherine Dumas préfère encore voir la technologie et l’argent modifier notre espèce.
  2. Un histrion en mal de visibilité anone sur France Inter (vive le service public !) une chanson dans laquelle il qualifie entre autres Jésus de ‘pédé’. Il lui est intimé l’ordre de présenter ses excuses – ce qu’il fait platement ; non pas à cause d’une protestation de catholiques choqués mais parce LGBT l’exige : avoir osé utiliser le terme ‘pédé’ !
  3. La Commission de Bruxelles veut négocier avec l’Angleterre un traité qui maintiendra la libre circulation des capitaux, des biens et services, tout en gardant la libre circulation des personnes et l’absence de législation fiscale, environnementale ou sociale différente de celle de l’Union. Question : Pourquoi l’Angleterre aurait-elle alors voté le Brexit ?
  4. Trump « donne trois jours au Royaume-Uni, à l’Allemagne et à la France pour dénoncer le non-respect par l’Iran de ses engagements nucléaires », faute de quoi il taxera à 25% les importations de voitures européennes. Autrefois, on aurait dit « C’est l’hôpital qui se moque de la charité ! ». Pour Trump, faisons simple : plus c’est gros, plus ça passe.
  5. « Nous n’avons pas de relations particulières avec les Israéliens. En attendant, il est vrai que nous avons avec eux certains intérêts communs ». Adel Al-Joubeir, Ministre d’Etat saoudien en charge des Affaires étrangères, le même qui a déclaré que « ceux qui ont tué Kashoggi ont agi sans ordre et ont abusé de leur autorité », est un comique qui s’ignore.

Dinall’uill

 

RÉGIS DEBRAY CROQUE LA FRANCE ET LE MONDE

Par ces gros temps de désordres intellectuel, moral et politique, il est toujours utile d’écouter la parole des rares intellectuels indépendants dans l’Hexagone. Pas des salonnards, ventriloques du pouvoir qui nous resservent à jet continu les fameux éléments de langage (EDL) du Château ou de ses dépendances. Hier, nous nous retournions vers Michel Onfray1.

Aujourd’hui, nous nous penchons sur les réflexions d’un autre intellectuel non-conformiste, Régis Debray. À l’occasion de la sortie en librairie de son dernier essai sur l’écologie2, il livre quelques remarques intéressantes sur le fonctionnement de notre société déboussolée3.

Comme toujours, la pensée est profonde, construite à cent lieux de l’écume des jours de notre système médiatico-politique.

Le mot est précis, cinglant parfois. Les références philosophiques et historiques viennent en appui de l’explication du présent et d’une projection sur le futur. Toute méthodologie qui fait défaut à nos perroquets à carte de presse, à nos politiques en godillots, à nos culs de plomb du Quai d’Orsay. En lisant Régis Debray, on a l’impression de respirer à pleins poumons une bonne bouffée d’air pur qui nous débarrasse – du moins l’espace d’un instant – de l’air vicié que nous respirons continuellement.

Il ne s’agit pas de résumer la substantifique moëlle de cet entretien mais de s’en tenir à quelques points saillants utiles à nos réflexions sur un monde aussi complexe qu’imprévisible au sein duquel la France peine à trouver sa voie. Afin de ne pas trahir la pensée de l’auteur, nous nous en tiendrons le plus possible à des citations in extenso.

L’HOMME DÉPENDANT DE LA NATURE

« Nous payons le coût de la société industrielle et sans doute de la modernité elle-même. On pense à Descartes et à son fameux devenir ‘comme maître et possesseur de la nature… Nous découvrons d’un coup, car on ne parlait pratiquement pas du climat, il y a cinquante ans, notre dépendance envers une nature fragile, dont on se croyait indépendant. C’est la naissance de l’homme précaire, qui a perdu son assurance-vie : le Progrès ».

LE NOUVEL ORDRE MORAL

« L’homme était un être historique jusqu’à aujourd’hui, qui accomplissait son salut dans le temps, avec des ancêtres, une mémoire et une promesse. C’est dans l’espace qu’il se situe actuellement. L’ubiquité a pris le dessus sur la continuité…

L’ordre moral ? Toutes les époques en ont un, et c’est tant mieux. Le nôtre veut construire un monde pasteurisé, sans risque tout en positif, où on ne veut plus voir le sang couler, le taureau dans l’arène, ni le cercueil dans la rue. La vie sans la cruauté de la vie. Plus de contact avec le mal. Restons propre ».

Rappelons que notre magazine soulevait cette question dans le dernier numéro de l’année 2019 en tentant de démontrer toutes les dérives dangereuses de cette évolution !4

DU MASCULIN AU FÉMININ

« Nous vivons dans un état de paix. D’où le soft plutôt que le hard, l’image plutôt que la réalité, la beauté aussi bien pour les hommes que pour les femmes, le culte de la victime plutôt que du héros, et notre répugnance croissante à la chasse, activité masculine s’il en est. Plus fondamentalement, nous quittons Dieu le père pour la Terre mère. Nous sommes passés de l’État, nom masculin, à la société civile, nom féminin ».

LA JEUNESSE ET L’ÉCOLOGIE

« Mieux vaut un engouement pour une grande cause que de regarder le nombril. Et donc, sympathie et reconnaissance. La disparition des anciens amortisseurs et protecteurs, le parti, la famille, l’Église, la nation, fait que l’individu se retrouve seul face avec la planète…. Ce qu’on peut craindre, c’est qu’à force de protester contre les injures faites à la nature, on en vienne à oublier les injustices faites aux hommes. C’est que la planète fasse oublier la Cité, la polis…

Q. Les adultes doivent-ils nécessairement leur emboîter le pas ?

R. Cela peut devenir de la démagogie. La jeunesse n’est pas un argument d’autorité. … l’éradication du passé débouche rarement sur un avenir meilleur »5.

LES LIMITES DE L’ACTION POLITIQUE

« … Dans le vide symbolique d’aujourd’hui, et la disparition de tout grand récit, nous avons peut-être besoin d’une nouvelle sacralité, de quelque chose qui interdit le sacrilège et qui recommande le sacrifice. Il y a un basculement dans nos façons de penser, pas encore dans nos modes de vie et ce décalage est problématique. Est-ce que nous pouvons vouloir ce que nous savons, et qui est indiqué par les documents du GIEC, en décisions ? Comment penser à la fois planète et nation ? Cela pose la question des limites de l’action d’un gouvernement devant un processus qui le dépasse. Le décalage est dramatique entre le défi et la réponse. Nous avons peu de prise sur les choses, et les gouvernants font semblant que la décision leur appartient. Il ne faut pas désespérer la jeunesse ni la « Convention des bons citoyens ».

Que cela est bien pensé, bien écrit, bien dit ! Tout le problème que pose le président de la République n’est-il pas dans la confusion entre son lyrisme et la réalité de ses actes, y compris dans le domaine de la protection de l’environnement, du « milieu », pour reprendre la formule de Régis Debray ?

« La pensée n’est qu’un éclair au milieu de la nuit. Mais c’est éclair qui est tout » (Henri Poincaré). Un autoritarisme pèse sur la société. Non content de se méfier du peuple, le pouvoir accentue ses pressions pour mettre sous surveillance les pensées non conformes6.

Jean Daspry

1 Ali Baba, Michel Onfray sonne la charge, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 janvier 2020.
2 Régis Debray, Le Siècle vert, Collection « Tracts », Gallimard, 2020.

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