Observatoire Géostratégique

numéro 239 / 15 juillet 2019

JUSTICE DE CLASSE, DEMOCRATIE EN DANGER !

Décidément, tout change pour que rien ne change dans le monde nouveau d’Emmanuel Macron. « Étés meurtriers en Macronie » titre Le Point. En juin 2018, nous avons eu droit au feuilleton de l’été (les facéties d’Alexandre Benalla à la Contrescarpe) qui s’est transformé en affaire d’État (nul besoin de s’y attarder)1. En juillet 2019, nous avons droit à un nouvel épisode du feuilleton d’été (deux brillantes décisions de justice concernant, pour l’une, trois proches du président de la République et plusieurs honnêtes citoyens dont le sieur Bernard Tapie, pour l’autre2) qui a tout d’une nouvelle affaire d’État. En prime, la Macronie triomphante nous gratifie d’un nouvel épisode de la moralisation de la vie publique (les dîners fastueux de l’ex-président de l’Assemblée nationale, actuel ministre de l’Écologie, François de Rugy3 et le HLM non occupé durant douze ans par sa directrice de cabinet, la préfette Nicole Klein) qui ne manque pas de sel. C’est le moins que l’on puisse dire !4

Dans cette atmosphère délétère, pour ne pas dire glauque, au moins une bonne nouvelle avec la nomination du nouveau directeur général des affaires politiques et de sécurité du Quai d’Orsay (Philippe Errera). L’un des postes les plus en vue du circuit diplomatique. Emmanuel Macron participe, le 12 juillet 2019 à Cherbourg, au lancement d’un nouveau sous-marin d’attaque, Le Suffren5. Au fil des jours, au fil des heures, nous allons de Charybde en Scylla. Pour couronner le tout, des missiles américains vendus à la France ont été retrouvés près de Tripoli dans une base militaire des troupes du général Haftar, l’homme fort de l’est du pays6. Malgré les démentis de la ministre des armées (l’experte en mensonges sur le Yémen), tout laisse penser que Paris a armé les troupes rebelles, en violation de l’embargo des Nations unies7. En somme, un été dangereux sur la scène nationale, mais aussi sur la scène internationale.

Au début de l’été 2019, deux décisions (l’une émanant du parquet et l’autre d’un tribunal correctionnel) viennent jeter une lumière crue sur le fonctionnement d’une Justice aux ordres du pouvoir politique, toutes choses que nous critiquons dans les démocraties illibérales et autres démocratures. À l’évidence, magistrats du siège et du parquet font partie de la même structure qui a pour nom justice couchée. Ceci en dit long sur l’indépendance et l’impartialité de la justice française par rapport au pouvoir politique quel qu’il soit.

AFFAIRE BENALLA : LES CAPRICES DU PARQUET

Ce qui était largement prévisible vient de se passer devant nos yeux éblouis par tant de courage du procureur de Paris, un choix heureux d’Emmanuel Macron.

Par une lettre du 27 juin 2019 adressée à Gérard Larcher, président du Sénat, et un communiqué du procureur de la République de Paris, Rémy Heitz8, a informé de sa décision de classer sans suite, les procédures engagées contre trois collaborateurs du président de la République. Il s’agissait de Patrick Strzoda (directeur de cabinet), d’Alexis Kohler (secrétaire général) et de Lionel Lavergne (chef du groupe de sécurité). Une enquête préliminaire avait été engagée du chef de « faux témoignage », après que le président du Sénat lui avait signalé, par une lettre du 27 mars, de telles suspicions lors d’auditions devant la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla.

S’il était dans le pouvoir du procureur de la République de classer sans suite la procédure, le contenu de sa lettre laisse rêveur. Pour faire court, on découvre l’existence des plusieurs contradictions flagrantes entre le contenu de la fiche de poste d’Alexandre Benalla et les propos tenus sous serment par ces trois hauts fonctionnaires.

Jean Daspry
15 juillet 2019

1 Cécile Cornudet, La gestion de crise après l’affaire Benalla, Les Échos, 12-13 juillet 2019, p. 4.
2 Laurent Valdiguié, Tapie innocenté mais Tapie ruiné, Marianne, 12-18 juillet 2019, pp. 20-21.
3 Manon Rescan, Les époux de Rugy épinglés pour leurs dîners à l’Assemblée, Le Monde, 11 juillet 2019, p. 12.
4 Homardgate. Rugy mi-cuit, Libération, 12 juillet 2019, pp. 1 à 5.
5 Nathalie Guibert, La France lance un nouveau sous-marin d’attaque, Le Monde, 12 juillet 2019, p. 4.
6 Frédéric Bobin/Nathalie Guibert, La découverte de missiles en Libye gêne Paris, Le Monde, 12 juillet 2019, p. 5.
7 François Bonnet/Rachida El Azzouzi, Le pouvoir est pris dans une sale affaire de missiles en Libye, www.mediapart.fr , 10 juillet 2019.
8 A.G., Ce procureur qui repeint l’Élysée en rose, Le Canard enchaîné, 10 juillet 2019, p. 3.

lire la suite…

UN PETIT TELEGRAPHISTE FRANÇAIS A TEHERAN…

Dans la crise du golfe Persique, Donald Trump continue à souffler le chaud et le froid, comme s’il s’agissait d’une affaire immobilière. Mais ce faisant, le président américain s’est pris lui-même à son propre piège de ne pas vouloir déclencher une opération militaire conventionnelle1, rejetée par son électorat malgré les rodomontades de John Bolton et Mike Pompeo. Ces deux-là ne finiront- ils pas par se faire virer ? Avec cette obsession «  tous contre l’Iran » , Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron , s’est rendu à Téhéran le 20 juin dernier pour y retourner les 9 et 10 juillet.

L’Elysée explique : « le contexte est extrêmement volatil et extrêmement dangereux, c’est pour cela qu’il très important d’explorer les possibilités d’obtenir une pause entre les deux parties », soulignant que cette initiative vise à ramener l’Iran « à ses obligations au sein du traité ». Ramener l’Iran à ses obligations ? Mais il les respecte parfaitement depuis la signature du traité, ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis !

Cela commence mal : en effet, il aurait d’abord fallu commencer justement par « ramener les Etats-Unis – oui, les Etats-Unis – à leurs obligations au sein du traité ». Signé le 14 juillet 2015, après plus de quinze ans d’âpres négociations entre Téhéran et un format Cinq+Un (les cinq membres permanent du conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne), ce traité entérinait la mise sous contrôle international (effectué par l’Agence internationale de l’énergie atomique – AIEA) de la poursuite d’un programme nucléaire civil iranien contre une levée immédiate des sanctions économiques frappant le pays !

Non seulement les sanctions n’ont jamais été levées, mais Donald Trump a ajouté plusieurs nouvelles séries de « punitions » afin d’humilier l’Iran, tout en lançant à la cantonade qu’il laissait – « à tout hasard ! » – son numéro de téléphone personnel pour que les autorités iraniennes l’appellent directement. Encore un qui n’a pas compris que la Perse éternelle n’est pas la Corée du Nord : 5000 ans de culture. En comparaison des inventeurs du western qui ont proprement massacré les peuples premiers de l’Amérique du Nord jusqu’au siècle dernier, il n’y a pas photo !

ALLER D’ABORD A WASHINGTON !

Fidèle à sa fonction de passe-plats élyséens, Le Monde récidive sans surprise2 : « l’objectif est de convaincre l’Iran, comme les Etats-Unis (NDLR : sic !), de faire quelques « gestes intermédiaires » à même de calmer la situation ». L’Iran comme les Etats-Unis ? Ah bon ! Mais alors, il fallait peut-être commencer par aller à Washington avant d’effectuer des allers et venues sans doute parfaitement inutiles à Téhéran ! C’est l’un de nos grands ambassadeurs qui le déclare à prochetmoyen-orient.ch : « après plus de deux ans de strict respect de l’accord de Vienne par Téhéran, c’est bien Washington qui a déchiré ce texte capital – capital pour la sécurité de l’Europe – en mai 2018, imposant des nouvelles sanctions unilatérales parfaitement arbitraires, même contre ce pauvre Zarif, le très réformateur ministre iranien des Affaires étrangères ! Par conséquent, le problème n’est pas à Téhéran, mais pleinement, entièrement et très profondément à… Washington ! ».

Plusieurs hauts responsables du Quai d’Orsay partagent cette analyse en ajoutant que « si la mission Bonne avait été sérieuse, elle n’aurait pas donné lieu à une communication aussi pléthorique qu’inadaptée. Les grandes avancées diplomatiques se font d’abord dans le secret, le secret le plus absolu, tant que faire se peut ! Dès l’instant où l’on médiatise l’affaire, les vieux briscards de la politique étrangère savent parfaitement que la messe est dite, se transformant immédiatement en communication politique. Cela s’appelle la ‘diplomatie du ventilateur’ ! Il s’agit d’afficher, et d’apporter un peu de fraîcheur en essayant de convaincre l’opinion publique que les dirigeants ne restent pas inertes, qu’ils cherchent à reprendre l’initiative… ». En l’occurrence, l’initiative apparaît quelque peu « vinaigrée » !

En effet, il y a un mois environ, le président Macron s’est adressé directement à Téhéran, en reprenant – point par point – l’argumentation trumpienne : nécessité de bricoler un « nouvel accord » pour inclure le programme iranien de missiles balistiques et, pendant qu’on y est, les orientations diplomatico-militaires de Téhéran en Syrie et au Yémen. Ce qui signifie que l’Iran ne doit plus soutenir le gouvernement de Bachar al-Assad, ni les rebelles houthis au Yémen, qui infligent défaites sur défaites à nos amis et alliés saoudiens (de grands humanistes qui découpent leurs opposants à la scie à métaux !) et Emiriens (qui commencent à être confrontés à de sérieux problèmes intérieurs). Les Emirats arabes unis (EAU) du reste, ont fini par comprendre qu’ils devaient se retirer du bourbier yéménite, parce que Riyad finirait par les entraîner dans le puits sans fond des massacres, crimes de guerre et crimes contre l’Humanité dont l’histoire n’est pas dite…

Dans cette histoire-là, Emmanuel Bonne fait plutôt office de « petit télégraphiste », fidèle porteur d’exigences américaines parfaitement irréalistes et ne correspondant pas le moins du monde aux intérêts de la France. On nous dit qu’il a rencontré le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, l’amiral Ali Shamkhani, le président Hassan Rohani et le ministre des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, inscrit – on l’a dit – sur la nouvelle liste américaine des gens infréquentables. La belle affaire ! Les Iraniens sont des gens polis et intelligents, ces entretiens leur ayant, à tout le moins, servi à rappeler que le dossier des missiles balistiques ne fait pas parti de l’accord de 2015, qu’il relève de leurs sécurité, souveraineté et indépendance nationales.

Selon les sources de prochetmoyen-orient.ch, Mohammad Zarif aurait même expliqué à Monsieur Bonne, que « Téhéran faisait exactement ce que le général de Gaulle a fait pour la France dans les années soixante : sanctuariser la sécurité nationale en sortant du Commandement intégré de l’OTAN, afin de pouvoir initier une ‘défense nationale’ française ».

Quant à la diplomatie régionale de l’Iran – en Syrie, comme au Yémen -, celle-ci est conforme aux relations et accords que Téhéran entretient dans la région depuis de nombreuses années ; la diplomatie iranienne restant, elle-aussi, une attribution stato-nationale ! Ensuite, on peut toujours discuter : c’est justement le travail des diplomates, mais faut-il encore être un tant soit peu sérieux et avoir quelque chose dans sa besace… Et, à l’évidence, Emmanuel Bonne n’a rien, rien de rien à proposer et trois fois moins.

Sur le plan économique, la France et l’Union européenne ont été parfaitement nulles, confirmant leur soumission aux diktats financiers, commerciaux et politiques de Washington.

La société créée par Bruxelles pour contourner l’embargo américain annonce fièrement un capital de… 3000 euros ! Enorme et significatif ! Au claquement de doigts américains, les grandes sociétés françaises – Total, Renault, Peugeot pour ne citer que les plus connues -, ont plié bagages dans une honteuse précipitation afin de ne pas mettre en péril leurs investissements aux Etats-Unis. Triste réalité, mais réalité froide et incompressible d’une situation de vassalisation du Vieux continent, qui perdure depuis la mise en œuvre du Plan Marshall, de l’OTAN, de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), du Marché commun et de l’actuelle Union européenne.

LE DETOUR IRAKIEN

En termes de technicité diplomatique, et selon d’autres sources de prochetmoyen-orient.ch, la « mission Bonne » reposerait sur « une arme secrète », dite du « détour irakien ». En effet, spéculant sur une relation bilatérale Paris-Bagdad qui se porte bien, le Quai d’Orsay et l’Elysée se sont dits que l’Irak pourrait être un merveilleux allié afin de convaincre Téhéran de faire preuve de plus de souplesse. Et pour convaincre Bagdad de ses meilleures intentions, Paris a dépêché à Erbil l’affairiste Bernard Kouchner, afin d’amener les autorités locales indépendantistes à respecter davantage les autorités centrales irakiennes et à finir par admettre que Bagdad restait bien leur capitale3.

En retour, Bagdad et ses autorités chi’ites – partenaires incontournables de Téhéran – ne pourraient qu’adouber la mission Bonne. Illusion, pure illusion ! Non seulement, le séjour de Kouchner – qui devait rester discret – a été émaillé d’incidents hôteliers difficilement gérés par Madame Christine Ockrent accompagnant son mari (que faisait-elle là du reste ?). Mais Bernard Kouchner n’a pu s’empêcher de louer l’irrédentisme kurde allié à ses autres grands amis israéliens. Sans tomber dans le plus commun des poujadismes, on ne peut s’empêcher de se demander combien cette plaisanterie a-t-elle coûté au contribuable français ? Toujours est-il que, furieuse, l’ambassade de France à Bagdad a dû repasser derrière l’ex-French Doctor pour réparer la casse.

Par ailleurs, en interne, la situation se complique en Irak. L’ex-Premier ministre Haider al-Abadi se dit prêt – dans un récent entretien à l’AFP -, à revenir au pouvoir, dressant la liste des défis que le pays doit relever sous peine de sombrer à nouveau dans le chaos : juguler la corruption et endiguer le retour des tensions confessionnelles. Il aurait même repris langue avec l’entourage du grand ayatollah Ali Sistani, dont l’avis est crucial pour maintenir les équilibres politiques intérieurs.

Face aux initiatives de son rival, l’actuel Premier ministre francophile Adel Abdel-Mehdi a dû démentir à plusieurs reprises les rumeurs de son éventuel départ. M. Abadi, qui avait déclaré fin 2017  la victoire sur le groupe Etat islamique (Dae’ch), a été jusqu’à présent l’unique Premier ministre chi’ite accueilli en triomphateur dans les provinces sunnites d’Irak, et toujours déchirées par des affrontements confessionnels extrêmement meurtriers.

Richard Labévière
15 juillet 2019

1 « Cinq leçons de la crise du golfe Persique », prochetmoyen-orient.ch, 24 juin 2019.
2 Le Monde, 13 juillet 2019.
3 « Kuridistan irakien : le Quai d’Orsay confie une mission à l’affairiste Bernard Kouchner », prochetmoyen-orient.ch – 13 juin 2019.

lire la suite…

 
 

JACQUES-MARIE BOURGET NOUS DIT (1) : « FRANCOIS DE RUGY VICTIME DU MOLLAH HOMARD ! ». Il est surprenant que nos analystes politiques, eux qui font l’honneur de la presse comme le « Cellofrais » plaqué sur la barquette de saucisses de Toulouse, n’aient pas correctement expliqué les désarrois de l’élève Rugy. Alors que l’exemplaire ministre de l’écologie -c’est-à-dire un traitre par Nature- est simplement victime de l’islamisme, le terrible mal qui court. Victime d’un djihad lancé par Plenel et son « Médiapart ». On oublie trop qu’Edwy, qui voulait naguère « construire une maison commune » avec Tariq Ramadan, est un supporteur des Frères Musulmans. Lui-même étant, à sa façon, une sorte de Mollah Omar version piéton, il était logique qu’il volât au secours de ses amis crustacés, victimes de la marmite de Lassay.

Pour affirmer mon propos je vais me référer au maître en la matière : Alexandre Vialatte, l’écrivain qui, sans l’avoir autorisé, a accouché de Desproges. Vialatte a publié un formidable « Eloge du homard et autres insectes utiles ». Traducteur de Kafka et journaliste à « La Montagne », le quotidien de Clermont-Ferrand, Alexandre le magnifique a parlé du homard avec des mots qu’aucune langouste n’aurait su trouver :

« Le homard est un animal paisible qui devient d’un beau rouge à la cuisson. Il demande à être plongé vivant dans l’eau bouillante. Il l’exige même, d’après les livres de cuisine. La vérité est plus nuancée… le homard n’aspire à la cuisson que comme le chrétien au ciel, mais le plus tard possible. Précisons de plus que le homard n’aboie pas et qu’il a l’expérience des abîmes de la mer, ce qui le rend très supérieur au chien et décidait Nerval à le promener en laisse dans les jardins du Palais Royal ». Vous voyez que nous sommes dans la plus haute éthologie, art à ne pas confondre avec l’éthylisme. Même si son avantage est de faire voir double.

Trop jeune, et visiblement peu instruit de « l’Affaire Greenpeace », François de Rugy ignore qu’outre sa Carte de Presse, Plenel est le seul journaliste français à posséder un « Permis de chasser le ministre ». Si un titulaire de maroquin déplait, surtout les siens, Plenel reçoit en Colissimo la bouteille de poison. Cette fois de homard. Y’a plus qu’à verser.

Ne croyez pas que j’ai la plus petite pitié pour Rugy, guignol devenu fils de Caligula mais, en tant qu’ancien grand reporter au « Chasseur Français », permettez-moi de démonter le dernier coup de fusil d’Edwy. Il a commencé avais-je écrit, avec le scandale du Rainbow Warrior. Pendant des jours, au moment du scandale en juillet et août 1985, le Tintin du Monde n’a écrit que des sottises, dans mensonges pour épargner l’Elysée. Puis soudain, on lui a soufflé un scénario, la révélation d’une « Troisième équipe », des barbouzes présents à Auckland dans le port où a coulé le bateau écolo (Déjà des écolos !). Ce vrai faux secret était le moyen de flinguer Charles Hernu, ministre des Armées. Et le frère barbu de Villeurbanne a démissionné. La mort politique de Jérôme Cahuzac, qui ne me fait pas chagrin, c’est aussi Edwy et le trophée du menteur « les yeux dans les yeux » figure maintenant au-dessus de cosy corner du patron de Médiapart.

Décryptons donc comme le fait si bien Jean-Michel Apathie, l’un des invités de François de Rugy. Car le scoop de « Médiapart » entend nous convaincre d’une information incroyable : l’indépendant -et pas paysan- Jean-Mimi se serait laissé aller à partager la soupe d’un politique ! Je tombe de l’échelle de Richter. Que va-t-il nous rester pour dire le vrai si Apathie participe aux festins des maîtres ? Je suis très déçu. Question ? Qui veut aujourd’hui la peau de celui qui a autorisé la chasse à la glue et autres barbaries ? Sûrement un ami, un collègue de gouvernement ? Un néo-Benalla agissant sur ordre du Palais ? Découvrir que, même chez les Z’en Marche il existe des fourbes, c’est triste même pour moi l’avant dernier de cordée (en alpinisme le « dernier de cordée » étant le numéro deux de l’équipée). Le bonheur de notre monde a bien des accros, et des acros au maintien des privilèges monarchiques. C’est vrai qu’il ne l’a pas fait exprès mais Robespierre, en mettant la bourgeoisie au pouvoir, devait s’attendre à une revanche de François Goullet de Rugy. Pour les « nobles », le retour des privilèges passait par la casserole du homard.

Moi-même piqué par le pléonasme à la mode, celui du « journalisme d’investigation », je suis en mesure de vous révéler que Vialatte, post tombe, savait tout des intentions de Plenel, ne terminait-il pas ses « Chroniques du Homard » pas un définitif « Et c’est ainsi qu’Allah est grand » ?
 
 
JACQUES-MARIE BOURGET NOUS DIT (2) : QUAND LA PRESSE DEVIENT CHAUFFARDE ! La merveilleuse presse française qui colloque, ergote et s’indigne au prétexte qu’elle ne serait pas appréciée à sa valeur, elle est si grande, qui mobilise des experts, des médialogues, des sociologues, des couillonologues pour démontrer que, pas du tout, si elle souffre c’est de sa trop grande production de vrai. Injustement humiliée, la presse est malheureuse. Un exemple tombe à pic pour le démontrer.

Vous savez tous qu’à la suite de la victoire de l’équipe de foot d’Algérie sur la Côte d’Ivoire, un automobiliste, chauffard, supporter et algérien, a tué une mère de famille sur un trottoir de Montpellier. Et blessé aussi son bébé et sa fille de 17 ans. Cette vérité a été trompetée ou bande passantisée sur toutes les télés -Nescafé, c’est-à-dire instantanée, exposée aussi sur tous les sites Internet de nos remarquables journaux.

Faut dire que cette information était parfaite avec tous ses éléments de langage. Nous avions les mots et les choses. Imaginez que le jour où un type est condamné à deux mois de prison avec sursis pour avoir qualifié Finkielkraut de « sale sioniste », l’écraseur de Montpellier venait mettre de la confiture sur la tartine du racisme. L’assassin de Septimanie est donc un « Algérien de 21 ans » qui, ivre (seulement de joie car tout autre chose est haram), saoul donc de son seul bonheur, celui de la victoire des siens, en a profité pour bousiller une famille. Y’a pas mieux pour, pour, sous le regard et le contrôle de l’objectivité si chère à mes confrères, libérer la plume et la parole sans être soupçonné de déviance raciste. Les faits sont têtus et l’Algérien un écraseur. Forcément. Imaginez-vous que l’animal puisse devenir autre le soir du triomphe des « « Fennecs », où le berbère est un barbare ?

Alors tous nos amis de presse, si attachés à l’amour du public qui lui vient par le truchement de la vérité, n’ont pas tremblé pour décrire l’Algérien flinguant une famille, sur tous les écrans nous y fument. Dommage, en dépit que la glace du chauffard ait été ouverte, que personne ne l’a entendu crier « Allah Wakbar ». J’ai dressé une liste non exhaustive des médias propagateurs de cette foi. On trouve là tous les biens pensant, attachés aux Droits de l’Homme, même Algérien. « TF1 », « France 2 et 3 », « France 24 », « France Info » et son contrat de confiance, celui du label « Vrai », « La Dépêche de Toulouse » dont l’ancienne patronne, un critère, fût une amie de René Bousquet, « BFM TV », incontournable mais, vue l’heure tardive, sans un vrai flic sur le plateau, « CNews », « Orange », « L’OBS » qui a perdu sa tête, « France », et sa queue « ervateur », appendices du temps où l’honorable magazine soutenait la Révolution Algérienne. Passons en revue « Le Dauphiné » qui n’est plus ce qu’il était sous André Veyret, « Le Progrès », les « DNA », RTL, « So Foot » le magazine faux chic qui se veut à contrepied, « La Provence » feuilles des exemplaires, Giesbert et Tapie, « Valeurs Actuelles » puisque l’info était taillée pour ce haut-parleur de l’extrême droite banalisée. Avec, avant l’heure, un bouquet final tiré par Robert Ménard et son « Boulevard Voltaire » ainsi que les ignobles de « Riposte Laïque ». Seul, sans doute en raison de sa qualité de régional de l’étape, « Le Midi Libre » n’a pas jeté un Algérien au bûché. Bravo. Virons ce Midi trop libre du syndicat de la presse en platine iridié.

Mais en réalité, quoi ? Il s’avère que « l’Algérien » est marocain et que le fou du volant n’aime pas le foot. Ce garçon, outre tuer une mère de famille, fait vraiment tout pour contredire la presse. Coupons-le en morceaux afin de déceler en lui un gène venu d’Oran, Alger ou Constantine. Y’en a sûrement un.

Sans cet assassinat involontaire la soirée de liesse algérienne perd de la force. Un magasin de moto pété avenue de la Grande Armée à Paris… c’est petit bras. Surtout quand on compare ce « pillage » à l’incendie naguère mis au Parlement de Bretagne, à Rennes, par de si doux et gentils pécheurs. La restauration du palais ayant coûté 35 millions d’euros. Le prix de plusieurs Ducati. J’aimerai savoir si, après cette exaction rennaise, les patrons de presse, ceux qui viennent de souligner le crime de l’Algérien de Montpellier, ont cessé de manger du poisson en dehors du premier avril ?


lire la suite…

 

EN UN TWEET, TRUMP MINE LA MEDIATION FRANCAISE EN IRAN – Le Point, 12 juillet.

La mission française en Iran était déjà délicate. Au lendemain de l’annonce, la semaine dernière, par Téhéran d’une nouvelle violation de ses engagements inclus dans l’accord sur le nucléaire iranien, le président Emmanuel Macron avait dépêché à Téhéran son conseiller diplomatique Emmanuel Bonne pour œuvrer à la « désescalade » entre les États-Unis et la République islamique. Objectif du voyage : tenter de convaincre les Iraniens de revenir sur leurs manquements (dépassement du stock de 300 kilogrammes d’uranium faiblement enrichi ainsi que du degré limite d’enrichissement à 3,67 %, NDLR) pour éviter que l’Iran ne soit sanctionné par les autres pays signataires (France, Royaume-Uni, Allemagne, Chine et Russie) et ainsi sauver ce qu’il reste de l’accord sur le nucléaire iranien.

En échange, la France, dont le président s’est entretenu à plusieurs reprises avec son homologue américain et iranien, a présenté à Téhéran des « mesures intermédiaires » liées aux sanctions américaines sur ses exportations pétrolières qui étouffent son économie, vraisemblablement la possibilité pour certains pays de bénéficier à nouveau d’exemptions américaines pour continuer à acheter des hydrocarbures iraniennes. C’était compter sans l’imprévisibilité d’un certain Donald Trump. Mercredi en fin d’après-midi, alors que le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron était reçu à la présidence iranienne, le président américain s’est laissé aller à un tweet annonçant de nouvelles sanctions « considérables » contre Téhéran.

Un torpillage en 259 caractères

« L’Iran enrichit [de l’uranium] depuis longtemps en secret, en violation totale de l’horrible accord à 150 milliards de dollars conclu par John Kerry et l’administration Obama », a tweeté le pensionnaire de la Maison-Blanche en référence à l’accord sur le nucléaire iranien, dont il s’est unilatéralement retiré en mai 2018 alors que l’Iran respectait bel et bien tous ses engagements, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Et le président américain d’avertir dans le même message : « Les sanctions vont bientôt être durcies, considérablement ! » En 259 caractères, Donald Trump torpillait les efforts français visant à obtenir une « pause » dans la crise entre Washington à Téhéran, notamment grâce à la suspension de certaines mesures punitives américaines.

« Le président iranien Hassan Rohani n’a pas manqué de relever le tweet de Donald Trump au conseiller de Macron », raconte une source diplomatique qui a assisté à la scène. « Si Donald Trump impose réellement de nouvelles sanctions, alors il crispera considérablement les Iraniens et il en sera fini de la médiation française », avertit l’ancien ambassadeur de France en Iran François Nicoullaud. Étonnamment, un scénario semblable s’est déjà produit il y a un mois, lors de la tentative de médiation du Premier ministre japonais Shinzo Abe à Téhéran, pourtant approuvée par le président américain. « Trois jours avant son arrivée en Iran, Donald Trump avait sanctionné le secteur iranien de l’industrie pétrochimique et avait ainsi coulé les négociations », rappelle l’ancien diplomate français.

Quelle marge de manœuvre pour Macron ?

« La communication politique de Donald Trump ne présage pas de ses intentions sur l’Iran », veut pourtant croire une source très au fait de la crise américano-iranienne. « Le président américain est clair sur un point. Il souhaite un bon accord avec l’Iran, fruit de négociations directes avec Téhéran, pas le renversement de la République islamique. »

À en croire l’Élysée, le tweet de Donald Trump n’a pas contrarié la mission française à Téhéran. « Le conseiller diplomatique français est allé dire aux Iraniens que les conversations entre Emmanuel Macron et Donald Trump permettaient d’espérer une pause dans l’escalade, confie une source diplomatique. Et les Iraniens ont fait part de leur intérêt pour ce message et souhaitent poursuivre le dialogue, notamment dans un contexte où beaucoup de partenaires de la République islamique délaissent le pays. »

Si l’initiative est saluée du côté iranien, beaucoup s’interrogent sur la marge de manœuvre réelle dont dispose le président français vis-à-vis de son imprévisible allié américain et sa stratégie de « pression maximale » visant à mettre l’Iran à genoux pour le contraindre à accepter un accord global (sur le nucléaire, le programme balistique et les activités régionales « déstabilisatrices » de Téhéran). « Les Américains n’accepteront pas de supprimer des sanctions simplement pour que l’Iran revienne dans le cadre de l’accord sur le nucléaire, estime François Nicoullaud. Ils réclameront davantage que le simple respect par Téhéran de l’accord sur le nucléaire. »

Pour l’heure, la France a fixé à Téhéran la date du 15 juillet prochain pour apporter une première réponse à ses propositions. Mais la position française est d’autant plus délicate que Paris, en compagnie de ses autres partenaires signataires de l’accord, pourrait être amené à son tour à devoir sanctionner Téhéran si celui-ci ne revient pas rapidement à la totalité de ses engagements sur le nucléaire.

 

TERRORISME : L’AVERTISSEMENT DE POUTINE – ZC/Agences, 9 juillet.

Le président russe, Vladimir Poutine, estime que les pays du Maghreb devraient s’inquiéter de l’évolution de la situation en Libye, un pays ravagé par la guerre civile et infesté de groupes terroristes. Lors d’une visite officielle à Rome, le 4 juillet, il a alerté contre une menace terroriste directe en provenance de Syrie. Selon le quotidien italien Corriere Della Sera qui rapporte l’information, le président russe, dont le pays est militairement impliqué en Syrie, a évoqué « l’infiltration » en Afrique du Nord de djihadistes armés, en provenance particulièrement d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie. Poutine n’a pas hésité à parler de «menace pour tous, parce qu’ils peuvent se déplacer n’importe où depuis la Libye».

Il a par ailleurs mis en cause l’Otan, qui avait fracassé la «Libye en tant qu’entité politique». Le danger est là, «il faut mettre fin le plus vite possible aux affrontements armés et mettre en place un dialogue» en Libye, a déclaré Vladimir Poutine, lors d’une conférence de presse avec le président du Conseil italien, Giuseppe Conte. Dans la foulée, le président russe a indiqué que son pays était prêt à aider pour un règlement de la crise, ajoutant, toutefois, que Moscou «ne veut pas être impliquée en premier». Sans cela, de nombreux spécialistes du terrorisme avaient déjà alerté sur le fait que le sud de la Libye était devenu le nouveau centre de la nébuleuse du groupe terroriste autoproclamé Etat islamique. Selon eux, l’offensive en avril de l’armée de Khalifa Haftar contre Tripoli a permis à Daech de se réorganiser et de se renforcer. L’avertissement du président russe n’a en tout cas pas laissé indifférent.

Au contraire, il a inquiété les pays de la région, à commencer par la Tunisie qui vient d’être ciblée par plusieurs attentats terroristes. De passage, hier, sur les ondes de la radio Mosaïque FM, Mohsen Marzouk, secrétaire général de Machrou Tounes, est d’ailleurs revenu longuement sur les déclarations du président russe, Vladimir Poutine, concernant la Libye. Il a confirmé que « des éléments de Daech sont transportés d’Idleb, en Syrie, vers la Libye ». Marzouk a soutenu en outre que « ces extrémistes se trouvent à près de 150 km des frontières tunisienne et algérienne », avant de se demander «qui participe au déplacement de ces terroristes et que fait l’armée turque en Libye» ? Les pays européens surveillent aussi la Libye comme une casserole de lait sur le feu. C’est le cas particulièrement de l’Italie toute proche, qui entend d’ailleurs soutenir les pays du Maghreb dans leur lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine. La presse tunisienne rapporte à ce propos que le gouvernement italien s’apprête à envoyer une mission militaire en Tunisie. «Le danger vient du Sud, les armes et les moyens seront déplacés au Sud pour mieux lutter contre l’immigration clandestine», écrit la ministre de la Défense italienne, Elisabetta Trenta, sur sa page Facebook. Et d’ajouter : « Cela fait plusieurs mois que je travaille en synergie avec de hauts représentants des gouvernements du Maghreb. J’ai été personnellement dans plusieurs pays pour lancer une coopération et soutenir des projets visant à renforcer les forces armées et la police locales ».

lire la suite…

 

Le brave Trump veut monter une coalition navale contre l’Iran. Avant 1914, l’Empire. Ottoman, prudent et méfiant, entretenait deux coopérations militaires, avec Berlin pour l’Armée de terre, avec Londres pour la Marine. Fin juillet 1914, Churchill alors chef de l’Amirauté fit saisir deux destroyers lourds en cours de construction dans les chantiers britanniques pour la flotte ottomane. Début août 14, deux navires de guerre allemands échappèrent à la poursuite en Méditerranée, entrèrent dans la mer de Marmara puis vers Constantinople. On habilla les équipages avec des costumes ottomans, et en octobre l’amiral allemand Souchon entra en Mer Noire et bombarda des villes russes, sans attendre la confirmation du gouvernement ottoman, ainsi piégé pour entrer en guerre. Aujourd’hui la Turquie est dans l’OTAN, coopère avec les militaires américains et israéliens mais elle se met à acheter des systèmes russes modernes performants S400. Machine arrière toute ?

Bernard Cornut

 

  1. « Pour peindre les choses du Christ, il faut vivre avec le Christ », rappelle un architecte honoraire des Bâtiments de France, citant Fra Angelico. En confondant lieu de culte et monument historique – voire en se l’appropriant comme pour la reconstruction de la nef de Notre Dame de Paris, Macron satisfait d’abord son ego. Ca n’est pas son genre.
  2. L’Italie reçoit Poutine en grande pompe. Elle aime tellement la Russie qu’en hommage à son hôte, elle érige des ‘villages Potemkine’ : plus la moindre trace d’ordures ménagères dans les rues de Rome sur le passage du convoi présidentiel. Avec une visite d’Etat tous les deux jours, Rome mettrait fin au calvaire écologique de ses habitants.
  3. « En Syrie comme dans le Golfe, il est urgent de rétablir des canaux de médiation pour briser l’engrenage et amorcer la désescalade », estime le nouveau Secrétaire Général du Quay d’Orsay, François Delattre. Le retour d’une diplomatie française ?
  4. « Personne n’a pointé du doigt le Prince Héritier d’Arabie Saoudite dans le meurtre de Kashoggi », a déclaré Trump (qui ne lit pas plus les rapports de la CIA que ceux de l’ONU) au sommet du G20. Inutile d’avoir recours à l’anglicisme ‘fake news’ quand l’adage populaire reconnaît depuis longtemps que « plus c’est gros, plus ça passe ».
  5. Téhéran annonce qu’il va transgresser certains engagements de l’accord nucléaire – qu’après l’avoir signé, les Etats Unis ont sans préavis déchiré unilatéralement. Au même moment, les supplétifs anglais de Trump arraisonnent un tanker iranien à Gibraltar ; et Netanyahou a le culot d’interpeler l’Europe. Mais Macron va « intermédier ». L’Iran peut être rassuré.

Dinall’uill

 

BEN SALMAN, SALVADOR ET DONALD TRUMP

Que peut-il y avoir de commun entre le Prince Mohamed ben Salman d’Arabie, le Christ Sauveur du Monde et Donald Trump ? Un tableau à 450 millions de dollars pardi.

C’est l’histoire d’un petit morceau de bois peint à l’époque de la Renaissance, oublié pendant cinq siècles d’indifférence puis restauré à grands frais par des marchands malins. En 1958, il est cédé pour 45 £, en 2005 il est revendu 10 000 dollars. En 2013, Dmitri Rybolovlev un richissime cardiologue russe reconverti dans la potasse l’achète pour 127 millions de dollars à Yves Bouvier un négociant suisse qui venait de l’acquérir pour 75 millions. Belle plus-value nette fiscale ! Il faut dire que dans l’intervalle, l’oeuvre a été attribuée à Léonard de Vinci par des experts formels aussitôt contredits par quelques-uns de leurs collègues grincheux qui reniflent l’embrouille : « provenance spéculative, attribution optimiste, restauration abusive, prix exorbitant ». 

Art et business

Ouvrons une première parenthèse sur le célèbre vendeur russe qui, entre autres exploits, a généreusement permis en 2008 à Donald Trump de faire une jolie culbute en lui achetant 95 millions de dollars une villa que le futur Président avait acquise quatre ans plus tôt 42 millions (seulement). Seconde parenthèse sur le très avisé homme d’affaires suisse, patron de ports francs à Genève, Singapour, Luxembourg. Ces établissements sont des entrepôts où les marchandises séjournent en suspension de taxes et droits. Les immeubles dédiés aux objets d’art sont de véritables coffres forts implantés près des aéroports. Ils permettent aux fortunés du monde entier d’y déposer des valeurs et des objets à couvert du fisc du tous les pays; ils peuvent venir les contempler, les vendre ou les échanger en toute sécurité et discrétion. Rappelons accessoirement que les transactions sur les objets d’arts sont de commodes échappatoires aux lois sur le blanchiment d’argent.

Fermons ces parenthèses qui mériteraient mille pages de détails effarants sur ces cavernes d’Ali Baba. Également sur les frasques de ces deux hommes hors du commun qui se livrent une guerre judiciaire avec une armée de juristes ayant réussi à les conduire à tour de rôle en prison à Monaco en Suisse ou à Singapour.

Le jack pot

Revenons au « Léonard de Vinci » vendu 127 millions en 2013. Son prix le met désormais comme les grandes banques, à l’abri de la décote et des soupçons :  to big to fail. Le 15 novembre 2017, Rybolovlev le remet en vente chez Christie’s à New York. Les prix s’envolent portés par des enchérisseurs mystérieux. Quelle est l’identité cachée du dégonflé qui s’est couché à 400 millions hors taxes et frais ? Le Vatican peut-être. Qui a servi de lièvre ? Qu’importe, très vite on apprend que Mohamed ben Salman est l’heureux adjudicataire du chef d’oeuvre. La transaction a été réalisée sous le nom d’emprunt d’un prince comparse qui a bonimenté à la presse que le tableau le plus cher du monde était destiné au Louvre d’Abu Dhabi et qu’il serait dévoilé au public à l’occasion de son inauguration par Macron. Las, depuis 18 mois, le chef d’oeuvre reste introuvable. Un bobard prétend qu’il est accroché dans un des salons du yacht de MBS. Il y serait en sécurité car le précieux morceau de planche vermoulue par les siècles doit être conservé à 45 degrés d’humidité constante. Selon une autre rumeur plus vraisemblable, il serait tout simplement retourné au port franc de Genève.

Pourquoi cet achat ?

Décidément, rien ne résiste à la volonté de Mohamed ben Salman qui collectionne les titres d’horreur : chef des équarrisseurs de Khashoggi, génocideur de yéménites, coupeur de têtes dissidentes, fouetteur de blogueurs, emprisonneur de femmes pensantes… Le voici amoureux des arts et amateur d’images pieuses. Il y a quelques jours, il paradait au premier rang des grands au sommet du G20 à Tokyo ; dans un an, il présidera l’assemblée des chefs d’États les plus puissants qui se tiendra dans sa capitale Riyadh. Exhibera t-il alors son trophée précieux pour épater la galerie ?

On peut s’interroger sur ses motivations d’acheteur compulsif ; ce tableau n’est pas un bateau de luxe ni un château français. Le Salvator Mundi est une représentation de Jésus sauveur du Monde. Pour un bon musulman, cet icône ne vaut pas même un coup de cidre sans alcool. Rappelons que la branche la plus rigoriste de l’islam est le salafisme sectaire dont MBS est le protecteur. En Arabie, quiconque s’avise de suspendre une croix ou une médaille religieuse autour du cou ou au mur de son living est passible de prison et baston s’il est chrétien et du sabre s’il est musulman.

Hedy Belhassine

lire la suite…
 
 

Print Friendly, PDF & Email