Observatoire Géostratégique

numéro 300 / 17 septembre 2020

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AGIR POUR LE VIVANT AVEC SPINOZA…

Du 24 au 30 août derniers s’est tenue en Arles une série de conférences-débats passionnante sous le titre générique « Agir pour le vivant ». Au-delà de certains discours convenus sur la nécessité de protéger et de promouvoir l’environnement de la planète (qui pourrait-être contre ?), plusieurs de ces prestations feront date, dont celle de l’écrivain Erik Orsenna – sur les grands fleuves du monde – et celle de l’éditeur Jean-Paul Capitani – sur le Rhône et la Camargue en particulier.

Au sortir des confinements/déconfinements et dans une période de multiplication des concombres masqués, ces prises de paroles ont provoqué un appel d’air des plus salutaires. Une certaine faiblesse toutefois, récurrente dès qu’il est question d’environnement : l’absence quasi-totale de perspectives, sinon de réflexions politiques. Quoiqu’on en pense, l’écologie – dans ses différents corpus techniques, économiques et sociaux – ne saurait garantir une weltanschauung, voire une philosophie politique auto-suffisante.

En s’efforçant de « parler écologie » pour ne plus « parler politique » – la/le « politique » à proprement parler étant abhorré par les jeunes générations et la bien-pensance dominante – on risque de finir par faire jouer la nature contre la culture et l’histoire avec des conséquences extrêmes pouvant finir par échapper à la raison commune. Végétarien militant, Adolf Hitler a multiplié – depuis son nid d’aigle du Berghof – les appels à protéger et vénérer la « forêt Noire éternelle » comme une allégorie d’un IIIème Reich « naturel » autant qu’« éternel ». La suite est connue…

Ainsi eût-il été utile d’expliquer pourquoi et comment le Pays d’Arles – qui regroupe 29 communes et constitue, à l’évidence, un territoire en soi – serait le bon cadre institutionnel pour traiter les problèmes de développement touristique, agroalimentaire et de protection de l’environnement de cet espace très spécifique, à l’opposé des enjeux qui pèsent sur « la grande métropole de Marseille »… A un moment, comme l’a dit Coline Serreau lors de la table ronde finale , il faut savoir « s’organiser » pour lutter contre les forces adverses !

Dans cette perspective où se confrontent plusieurs alternatives, on se saurait se contenter de discours « écologiques », voire « écologistes », sans remonter aux causes – comme dirait Spinoza – aux causes économiques, sociales et politiques des folles machineries qui détruisent la planète, qui nous détruisent – nous – objets et sujets de cette même Nature englobante, totale mais finie.

L’un des intervenants a parlé au nom d’une association baptisée la « Fabrique Spinoza ». Dommage qu’il n’ait pas plus explicité cette appellation et ses raisons. Dommage en effet, parce que Spinoza est, sans doute, le penseur qui a porté au plus haut la notion de « Nature », l’identifiant – terme à terme – à celle d’un « Dieu » – substance totale et infinie. Ce faisant, il a déclenché à son encontre une détestation durable qui alla jusqu’à une tentative d’assassinat et une mise à l’index pour des siècles et des siècles. Dont acte!

Mais pourquoi tant de haine ? Justement parce qu’en démontrant qu’il y a identité entre Dieu, la Nature et le Monde – que Dieu est immanent au monde et inversement -, Spinoza démystifiait ainsi toute une série d’affirmations abstraites, générant autant d’idolâtries que de fanatismes. Il déconstruisait aussi cette illusion cartésienne d’une maîtrise nécessaire et bénéfique du genre humain sur une Nature jugée a priori hostile, donnée comme à domestiquer absolument. Et c’est bien ce basculement qu’il faut interroger pour comprendre les processus historiques légitimant une domination destructrice d’un environnement naturel réduit aux finalités des besoins humains.

Richard Labévière

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LE CRÉPUSCULE DE LA PENSÉE : DU TERRORISME INTELLECTUEL À LA MORT DU « DÉBAT »

« Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur » (Winston Churchill).

Il fut un temps, révolu, empressons-nous de le souligner, où la France, patrie des Lumières rayonnait, brillait de tous ses feux dans le monde entier par la force de sa culture et de ses arts, concept appréhendé dans son acception la plus large (« France, mère des arts, des armes et des lois », Joachim du Bellay). Qu’il s’agisse de la peinture, de la sculpture, de l’architecture, de la science, de la médecine, de la gastronomie, de la mode, de la langue (diplomatique jusqu’au traité de Versailles), de la diplomatie, de la littérature…

La France jouait une sorte de phare de la civilisation occidentale, voire mondiale. Ses écrivains (romanciers, psychologues, sociologues, anthropologues, philosophes, penseurs, historiens, géographes, politistes, juristes, internationalistes…) étaient considérés comme des références incontournables pour tout homme de qualité. Penser français, écrire dans la langue de Molière faisait partie des us et coutumes des grandes cours royales !

La France passeuse d’idées en perpétuel état de « remue-méninges » tenait le haut du pavé dans le monde de l’intelligentsia. La voix de la France était attendue et entendue. Force est de constater que depuis le temps de L’étrange défaite, hormis la période gaullienne, la France n’est plus que l’ombre d’elle-même. Telle une vieille Dame, qui n’ose plus observer les outrages du temps dans son miroir, elle fait comme si de rien n’était. Mais, ce jeu du déni du temps qui passe n’a qu’un temps qui file au grand galop.

Les réveils sont toujours difficiles, pour ne pas dire dramatiques, y compris sous le règne plein de magnificence et de munificence d’Emmanuel Macron, Jupiter 1er. Le monde de demain semble se dérober sous les pas du plus jeune président de la Ve République qui s’accroche au monde d’hier, lui qui nous promettait d’entrer de plain-pied dans le monde d’après.

LES LINÉAMENTS DU MONDE D’HIER : UNE FOUDROYANTE LUCIDITÉ

À toute chose malheur est bon, a-t-on coutume de dire ! Deux mois de confinement ont conduit certains de nos compatriotes à se retourner vers les grands classiques de notre littérature d’antan pour (re)découvrir que tout ou presque avait été dit des convulsions récurrentes de notre planète. Une clairvoyance étonnante. En approfondissant et en systématisant notre réflexion, nous trouvons quelques idées force qui font cruellement défaut à nos dirigeants, nos élites, nos « Erzatz » d’intellectuels.

Le temps du confinement : retrouver notre passé glorieux

La période du confinement fut l’occasion pour nous d’appeler l’attention de nos fidèles lecteurs sur quelques œuvres monumentales qui n’ont pas pris la moindre ride et qu’il est utile de lire ou de relire pour s’imprégner d’une authentique pensée profonde, articulée et clairvoyante. De manière subjective, nous avions arbitrairement porté notre attention sur Albert Camus1, Honoré de Balzac2, Edgar Morin3, Marc Bloch4, George Orwell.5… Tout avait été envisagé, pensé, conceptualisé, écrit simplement et clairement. Cette liste étant plus indicative qu’exhaustive. Manière de démontrer que nous n’avons rien inventé et que quelques bons esprits nous éclairent encore de leur immense génie pour nous aider à comprendre le monde et à gérer au mieux l’incertitude qui constitue la marque de fabrique de ce début du XXIe siècle. Aujourd’hui, nous avons décidé d’approfondir notre réflexion pour tenter de dégager quelques grandes lignes de force des pensées de nos grands esprits d’un passé récent, au sens historique du terme. Tentons d’en extraire la substantifique moëlle ! Ce qui n’est chose aisée tant la subjectivité nous guette.

Le temps du post-confinement : procéder à la synthèse conceptuelle

Systématiser des pensées aussi riches que profondes que celles de nos grands auteurs favoris n’est jamais chose aisée tant il est facile de verser dans le travers de l’esprit de système malsain ! Un grand classique de la Macronie déclinante et de ses officiants assermentés (les communicants et autres « spin doctors »). Par souci de simplification, nous allons les regrouper autour de quelques grandes têtes de chapitre.

Albert Camus reste, à nos yeux, la référence incontournable pour appréhender le monde du XXIe siècle avec pertinence. Tenons-nous en à quelques-unes de ses idées fortes : l’attachement au pluralisme ; une méfiance à l’égard de toute démesure ; un souci de limite posée à la fatuité des esprits qui croient tout savoir ; le « devoir d’hésiter » posé comme un impératif catégorique ; la « Vanité du mot expérience » (« L’expérience n’est pas expérimentale. On ne le provoque pas. On la subit. Plutôt patience qu’expérience. Nous patientons ») ; le refus de la prétention à faire entrer la réalité sociale dans un carcan théorique ; le refus d’admettre qu’un adversaire peut avoir raison ; le refus du manichéisme idéologique et du mensonge existentiel ; le refus de l’intellectuel qui ne doute pas ; la recherche permanente de la conciliation entre indignation et lucidité ; le « goût pour la justice » ; une détestation de la soumission qui conduit à se couper la langue pour l’offrir à un maître ; le pointage de la trahison des clercs et de leur renoncement à toute responsabilité ; la stigmatisation de la bonne conscience qui est à la leur quand ils délaissent la nuance argumentée pour privilégier l’intimidation outrancière (« La démesure est un confort, toujours, et une carrière, parfois ») ; le mérite de celui qui reconnait ses erreurs et qui est un véritable homme d’honneur ; le doute sur le mérite de la vérité par elle-même, même si la vérité doit l’emporter sur le mensonge… Toute cette démarche doit conduire à peser ses mots et parfois à demeurer muet. Quel fidèle portrait vérité de notre époque ! « Sept décennies plus tard, et alors que prolifèrent les épurateurs de tout poil, la voix de Camus résonne pour nous le rappeler : l’éthique de la mesure est une éthique du silence ; dans le brouhaha des évidences, il n’y a pas plus radical que la nuance » 6.

D’autres penseurs complètent utilement l’œuvre de Camus, souvent abondant dans son sens. Hannah Arendt qui stigmatise la bêtise, sans confondre intelligence avec érudition, audace avec culture. Et qui souligne que la pensée est un héroïsme ordinaire. Elle restera fidèle à sa conception de l’amitié comme désir de la confrontation sincère. « Lire ses textes, en héritier aujourd’hui, c’est relancer un art de la nuance qui se confond avec la revendication de l’ironie et l’exigence de l’amitié »7. Raymond Aron incite à commencer par saisir le réel dans ses contradictions avec de juger et décrire le monde tel qu’il est. C’est pourquoi, il importe de mentionner les faits avec loyauté sans rien concéder à l’hypocrisie. Raymond Aron fait le choix de l’éthique intraitable du doute, de la pratique de l’incertitude. À ses yeux, la prudence est la première des audaces. Sa force se loge dans un équilibre entre conscience critique et volonté pugnace. « Autant que dans telle réflexion théorique ou tel engagement politique, c’est ici que se déploie la philosophie aronienne, cet héroïsme de l’incertitude »8. Georges Bernanos ne goûte guère ce qu’il qualifie « d’imbéciles » (« La colère des imbéciles remplit le monde »). Cette médiocrité, qui n’a rien à voir avec la faiblesse ou l’ignorance, est une force spirituelle, une puissance métaphysique, une perversion de la conscience qui mêle désinvolture morale, haine sagace et patiente cécité. Pour lui, « Roi de l’époque, l’imbécile préférera toujours le slogan à la vérité et le crime à la liberté ». Que dire de plus si ce n’est que « Nulle naïveté ici, mais bien plutôt un regard obstiné, une foudroyante lucidité. Sous la lumière de Bernanos, la nuance est un aveuglement surmonté »9.

Germaine Tillon résume à la perfection les dérives de notre temps lorsqu’elle pousse à ne pas travestir les faits, reconnaître ses erreurs, opposer le rire à la bêtise10. Roland Barthes se méfie de la tyrannie du stéréotype. Il entend vivre dans la nuance. « Maîtresse des nuances, la littérature est gardienne de la pluralité, elle permet de se soustraire aux manichéismes, de ceux qui voient le monde en noir et blanc ». Roland Barthes reproche au pouvoir médiatique d’écraser la nuance en privilégiant des logiques binaires (pour/contre/ami/ennemi). Par ailleurs, il considère la scène politique comme le lieu de la bêtise. Il exclut tout ce qui est systématique. « Telle serait la vibrante leçon de Barthes : la hardiesse est une délicatesse, et la bravoure vaut le détour »11. Dans ces temps de faits alternatifs, sachons, enfin, garder à l’esprit ce que nous disait Charles Péguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ». Vaste programme par les temps qui courent comme aurait dit le général de Gaulle !

Comme par un caprice dont l’Histoire a le secret, le monde présent semble faire table rase du meilleur de la pensée du monde de nos valeureux intellectuels d’hier (leur lucidité) pour se vautrer avec délectation dans le pire de l’absence de pensée de nos intellectuels de pacotille du moment (leur cécité).

LES CARACTÉRISTIQUES DU MONDE D’AUJOURD’HUI : UNE INCROYABLE CÉCITÉ

Nul ne peut y échapper. Notre temps est entré de plain-pied dans le e-monde, celui du monde numérique. Celui qui continue de nous promettre des lendemains qui chantent alors qu’il nous voue à un présent qui déchante. Incultes, nos dirigeants ludions et vibrions n’ont qu’une préoccupation : courir après l’évènement. Le résultat est sans surprise, le temps du monde médiatique confine à un système de l’action dans la précipitation sans la moindre réflexion préalable digne de ce nom. De plus, le monde du conformisme amène à condamner avant de juger.

Guillaume Berlat
17 septembre 2020

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HIRAK : LES CHEMINS SINUEUX DE LA RHETORIQUE – Ahmed Bensaada, 10 septembre. Et puis tant pis! On va encore m’accuser d’être à la solde de quelque force mystérieuse, société secrète ou cercle douteux, mais le brouhaha malsain qui entoure le Hirak dans les médias sociaux mérite qu’on s’y attarde plus longuement. Je dois toutefois préciser que je ne connais personnellement aucune des personnes citées dans ce texte et que je ne les ai jamais rencontrées.

Cela a commencé par une alerte Google qui, récemment, m’apprit que Sir Zitout, l’ex-diplomate algérien basé à Londres, avait parlé de moi. L’illustre spécialiste de la parlote cybernétique et probablement détenteur du record mondial de la plus grande fréquence de verbiage en ligne avait cité mon nom.

Zitout et le « takfir idéologique »

Qu’avais-je donc encore fait pour que ce personnage s’intéresse à ma modeste personne ?

Aurait-il finalement décidé de venir en aide à son ami Mourad Dhina après mon article ? Ou peut-être à Gilles Munier, le « protecteur en chef » de Rachad ? Aurait-il par hasard sorti mon récent livre de sa célèbre bibliothèque blanche prouvant ainsi qu’elle n’était pas juste un élément de décor suggestif sensé attester son érudition ?

Mais pas du tout, il s’agissait tout simplement d’un lapsus. Un tout petit lapsus, mais ô combien révélateur : sir Zitout avait confondu Ali Bensaad avec Ahmed Bensaada !

Il s’en excusa longuement. Très longuement car comment était-ce possible qu’un recordman de sa trempe puisse se mêler les neurones et trébucher sur deux ou trois voyelles et quelques consonnes ?

– N’est pas géopolitologue qui veut. Zitout, en voulant accabler les chefs d’états du monde arabo-musulman, trop éloignés des préceptes de l’islam, à son goût, n’a pas tari d’éloges sur l’homme d’état singapourien Lee Kuan Yew. Glorifier une personne qui a dénigré l’islam et qui a proclamé son incompatibilité avec le développement, alors que la référence idéologique du mouvement Rachad ―dont Zitout est un des fondateurs ― est la religion musulmane! Avouons que la rhétorique a ses raisons que la raison ne comprend pas…

Voyons donc, sir Zitout, quel manque de rigueur !

Mais les excuses ne m’étaient pas destinées, bien sûr. Elles visaient M. Bensaad (sans a) qui apportait de l’eau au moulin (à vent?) de Sir Zitout. Une aubaine ! Pour M. Bensaada (avec a), la médecine « zitoutienne » a été expéditive :

« Ahmed Bensaada est avec la “issaba” [ bande mafieuse ] dans la diabolisation des “ahrar” [ hommes libres ] » [1].

Cliquez pour visionner la vidéo

Sir Zitout en avait décidé ainsi : ceux dont les histoires alimentaient ses diarrhées verbales étaient des « ahrar » et n’appartenaient pas à la « issaba ». Et pour ceux dont les écrits, même exhaustivement référencés, dérangeaient ses cogitations : aucune pitié. La conception de la liberté d’expression de notre ex-diplomate ressemble plus à du « takfir [2] idéologique » qu’aux droits humains fondamentaux dont il bénéficie à l’ombre de la couronne britannique.

Mais comme à quelque chose malheur est bon, cette alerte m’a permis d’écouter les balivernes de sir Zitout et de m’informer sur la polémique suscitée par les écrits de Ali Bensaad.

En ce qui concerne le premier, on se rend compte qu’il fait feu de tout bois pour montrer que tout ce qui se passe en Algérie est mauvais et que lui et ses copains possèdent la potion magique susceptible de guérir tous les maux du pays.

Sauf qu’il ne donne jamais la recette de sa potion. Hormis quelques slogans ratissant large, combinés à des informations glanées çà et là sur les médias sociaux, aucun projet de société n’est proposé pour caractériser sa vision de l’Algérie nouvelle. Aucun programme politique, aucun nouveau paradigme, aucun principe directeur. Pourtant, les compteurs de ses vidéos montrent un nombre élevé de vues.

Pour comprendre cela, laissons de côté les techniques de « boosting » des vidéos sur Internet – qui sont très efficaces, elles aussi – et intéressons-nous plutôt aux éléments de rhétorique utilisés par sir Zitout dans ses laïus.

Les trois piliers de la rhétorique

Depuis les temps anciens, on considère que les trois piliers de la rhétorique sont le logos, l’éthos et le pathos. Ce sont ces notions qui sont utilisées par les orateurs pour convaincre ou persuader l’auditoire afin qu’il adhère aux thèses présentées.

Le logos réfère au raisonnement logique qui supporte les propos de l’orateur. S’adressant à l’intellect de l’auditoire, à ses facultés rationnelles, il doit comporter des arguments logiques, des faits, des chiffres ou des preuves.

L’éthos est relatif à l’éthique de l’orateur. Ce terme regroupe ainsi sa probité, sa crédibilité, son honnêteté, sa sincérité, bref ses qualités morales. La reconnaissance par ses pairs et son expertise dans le domaine discuté lui permet d’être digne de la confiance de l’auditoire.

Le pathos est destiné au côté émotionnel du public. Il fait appel à ses sentiments, ses croyances profondes et son empathie. Les discours passionnés et les anecdotes pathétiques sont susceptibles d’attiser la colère, la pitié et, aussi, de la sympathie pour l’orateur.

En général, le pathos est fortement utilisé lorsque les arguments présentés sont faibles ou controversés. L’émotion suscitée a pour objet de de pallier ou de masquer la déficience du raisonnement.

Ainsi, le premier pilier de la rhétorique (logos) repose sur une argumentation rationnelle alors que les deux autres (éthos et pathos) font appel à une argumentation affective.

Comme expliqué précédemment, le lapsus révélateur de sir Zitout m’a donné l’occasion de visionner la vidéo [3] dans laquelle il m’avait confondu avec Ali Bensaad, mais aussi la suivante. En effet, il avait promis de me dresser le portrait et j’avais hâte de découvrir sa virtuosité dans la confection de mensonges.

Dans cette seconde vidéo [4], il n’était point question de ma personne, mais l’analyse de son discours sur le plan rhétorique est très intéressante. L’allocution qui dure plus d’une heure n’est qu’une sorte de « journal télévisé » des mauvaises nouvelles de l’Algérie, commenté sans aucune profondeur ni critique constructive. Il y était question de la Libye, du Mali, des coupures d’Internet en Algérie, de l’ouverture du Club des Pins, du manque de liquidités dans les bureaux de poste, de « la tentative de la “issaba” de semer le désespoir dans les rangs du Hirak », de la comparaison entre la mauvaise gestion de l’Algérie et les progrès miraculeux de Singapour sous la direction du Premier ministre Lee Kuan Yew (en fonction pendant plus de 31 ans, aujourd’hui décédé), etc. Autant de sujets qui demanderaient chacun des heures de discussion avec des experts chevronnés.

Le discours de sir Zitout est une combinaison de ce qu’on appelle en rhétorique le « genre délibératif » et le « genre démonstratif ». Le premier a pour objet de persuader (ou de dissuader) et le second a pour finalité de louer (ou blâmer) une personne ou une action.

Citons, à titre d’exemple du « genre démonstratif », le panégyrique de Lee Kuan Yew concocté par sir Zitout dans lequel il n’a pas tari d’éloges sur l’homme d’état singapourien. Certes, il est indéniable qu’il a contribué au développement spectaculaire de son pays, mais Lee Kuan Yew a aussi fait l’objet de multiples controverses [5] dont une, importante, qui aurait dû interpeller sir Zitout: son islamophobie.

En effet, on lui reproche d’avoir déclaré que Singapour « progressait très bien jusqu’à ce que la montée de l’islam arrive » ou que Singapour peut « intégrer toutes les religions et races sauf l’islam » [6]. De plus, il a décrit l’islam, dans un câble Wikileaks, comme une « religion venimeuse »[7] !

Alors, soit sir Zitout fait l’apologie de quelqu’un qu’il ne connait pas très bien, soit qu’il ferme les yeux sur les idées rétrogrades de Lee Kuan Yew. Dans les deux cas, le raisonnement de sir Zitout est inconséquent.

Glorifier une personne qui a dénigré l’islam et qui a proclamé son incompatibilité avec le développement, alors que la référence idéologique du mouvement Rachad ―dont Zitout est un des fondateurs ― est la religion musulmane !

Sir Zitout devrait utiliser plus souvent sa bibliothèque blanche s’il désire maîtriser ses sujets et en parler correctement devant ses centaines de milliers de « followers » !

Zitout spécialiste de l’éthos et du pathos

Il serait trop fastidieux d’analyser la vidéo de sir Zitout dans sa totalité sous l’angle de la rhétorique, étant donné sa longueur et le nombre de sujets traités. On peut tout simplement dire qu’il utilise très peu le logos qui nécessite une argumentation basée sur la logique et la rationalité. Par contre, l’éthos et le pathos sont utilisés à outrance. Pire, vers la fin de son allocution [8], il illustre de manière éminemment pédagogique ces deux piliers de la rhétorique.

Alors qu’il répète à satiété qu’il n’a pas le temps nécessaire pour développer chacun des thèmes abordés, il consacre près de huit minutes à faire la promotion de sa personne en jouant du violon avec dextérité.

Tout d’abord, il signale qu’il reçoit tellement de messages qu’il n’a pas le temps d’y répondre. Une manière d’affirmer sans trop de peine sa notoriété et sa renommée.

Ensuite, il explique ne pas vouloir parler de lui-même car cela pourrait paraître comme une affaire personnelle. Et que fait-il après cette annonce ? Il parle de sa personne en se jetant des fleurs de toutes les couleurs !

Ahmed Bensaada

http://ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=532:2020-09-09-03-46-09&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119


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LA TURQUIE POUSSE SES PIONS AU LIBAN – Mohanad Hage Ali, L’Orien-la-Nuit, 5 septembre.

Le 4 juillet dernier, le ministre sortant de l’Intérieur, Mohammad Fahmi, a annoncé l’arrestation de quatre individus, deux Syriens et deux Turcs, alors qu’ils tentaient de faire entrer clandestinement depuis la Turquie quatre millions de dollars, destinés selon lui à financer des « émeutes urbaines ». La semaine suivante, le site Assas media, cofinancé par son prédécesseur Nouhad Machnouk, publiait une liste complète d’ONG et de mosquées prétendument pro-turques, et affirmait que la Turquie prévoyait « d’occuper Tripoli ».

De telles allégations restent difficiles à vérifier, d’autant que, contrairement à Téhéran ou Riyad, Ankara ne dispose, au pays du Cèdre, ni d’un agenda politique établi de longue date ni d’obligés au sein du Parlement ou du gouvernement (comme le Hezbollah pour l’un ou le courant du Futur et les Forces libanaises pour l’autre). Cependant, les Turcs ont lentement mais sûrement établi des réseaux et des liens à différents niveaux avec les communautés sunnites à travers le Liban.

MULTIPLES RESSORTS

D’abord, Ankara continue à travailler au renforcement de son « soft power » au Liban en offrant des bourses d’études et en s’engageant dans des activités culturelles. Les investissements de la Turquie au Liban s’étendent à toute la communauté sunnite. Un hôpital turc doit être inauguré prochainement à Saïda tandis que des milliers de bourses universitaires ont été distribuées.

Un autre champ de cette politique concerne la communauté turkmène du pays, qui compte plusieurs milliers de personnes dispersées entre le nord et l’est du Liban (auxquels il faut ajouter les réfugiés syriens). Alors que les liens avec Ankara s’étaient distendus jusqu’à il y a environ une dizaine d’années, la Turquie finance des projets par le biais de l’Agence turque de coopération, et nombre des membres de cette communauté disent ressentir davantage la présence de l’État turc que de son pendant libanais.

L’octroi de la citoyenneté constitue enfin un axe majeur de cette politique. Le 8 août dernier, le ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavusoglu, a ainsi déclaré, lors d’une visite à Beyrouth, que le président Erdogan lui avait donné l’instruction d’accorder la citoyenneté à tout Libanais turkmène ou d’origine turque. Selon des chiffres semi-officiels, près de 9 600 naturalisations (sur environ 18 000 demandes) avaient déjà été accordées jusqu’en 2019. Tous les demandeurs n’étaient pas d’origine turque ou turkmène, de nombreux Libanais étant notamment attirés par la stabilité turque, son mode de vie, ses séries télévisées et son régime d’exemption de visa avec le Liban. Parmi eux, certains sunnites voient dans la puissance turque une nouvelle source de fierté face à l’influence iranienne au Levant.

Néanmoins, l’influence croissante de la Turquie au sein de la communauté sunnite a eu des répercussions négatives sur les relations intercommunautaires libanaises. Par exemple, les Arméniens sont de plus en plus sous pression, des milliers de manifestants pro-turcs se présentant à leurs rassemblements en agitant des drapeaux turcs et en scandant des slogans extrêmement menaçants. Des partisans de la Turquie ont aussi récemment intimidé un journaliste de la télévision arménienne qui avait critiqué Erdogan, à travers une série de vidéos, de menaces et d’insultes dirigées contre la communauté arménienne. Ces cas mettent en lumière les risques pouvant découler de la montée en puissance de la Turquie dans un pays où la plupart des minorités partagent une vision essentiellement traumatisante de la domination ottomane.

RELAIS POLITIQUES

La politique d’influence turque au Liban vise aussi à répondre à des enjeux internes. Cela a récemment été le cas lorsque des responsables turcs ont présenté la mort d’Eren Bülbül, un adolescent tué par le Parti des travailleurs du Kurdistan en 2017, comme une source d’inspiration pour une action de secours après les explosions du 4 août. La Turquie tente aussi de viser les quelques partisans de Fethullah Gülen au Liban : après l’échec de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 et la répression du réseau güleniste en Turquie et ailleurs, Ankara a mobilisé ses partisans au Liban et a poussé à la démission le directeur d’une école coranique libanaise, soupçonnée d’être affiliée aux Frères musulmans dans l’ouest de Beyrouth. Selon trois sources proches du dossier, l’école avait un partenariat avec le réseau güleniste mais n’y était pas affiliée.

Jusqu’à présent, Ankara s’est abstenu de soutenir un seul parti politique, comme la version libanaise des Frères musulmans, la Jamaa islamiya. Cela vise peut-être à rester au-dessus de la politique partisane et à conserver le soutien populaire auprès d’un échantillon le plus large possible de la communauté sunnite tout en entretenant les liens forts existant avec certains groupes issus des populations kurdes et arabes qui ont migré depuis la Turquie et ont obtenu la citoyenneté libanaise dans les années 1990. Certains politiciens libanais ont également établi des relations avec la Turquie, et notamment l’ancien Premier ministre Saad Hariri, qui a été témoin du mariage de la fille d’Erdogan en 2016. Cependant, l’hostilité croissante entre la Turquie et les États arabes tels que l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte rendra difficile le maintien de telles relations. Le chef des services de renseignements turc et confident d’Erdogan, Hakan Fidan, a également tissé des liens étroits avec le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, une figure chiite de plus en plus influente dans le pays.

Néanmoins, la Turquie n’est pas intervenue directement dans la politique libanaise. Cependant, cela pourrait changer après l’explosion du port de Beyrouth. La visite du président français Emmanuel Macron au Liban à la suite de l’explosion et son initiative pour mettre fin à l’impasse politique dans le pays ont ainsi pu être en partie interprétées comme un effort visant à empêcher la Turquie de prendre un autre pied sur la Méditerranée. Dans un tweet posté le 14 août dernier, Macron a ainsi rendu compte d’un appel téléphonique avec le président américain Donald Trump où ont été évoquées les tensions en Méditerranée orientale et la situation en Libye et au Liban. Le fait de lier ces dossiers a pu être interprété comme une référence implicite aux actions turques dans les deux pays tandis qu’Erdogan a publiquement vilipendé ce qu’il considère comme une tentative de la France de restaurer son influence coloniale.

Même s’il est sans commune mesure avec l’engagement de la Turquie en Libye et en Syrie, l’intérêt croissant des Turcs pour le Liban pourrait en tout cas trouver un relais local auprès de certaines parties sunnites à la recherche d’un nouveau parrain régional.

Mohanad HAGE ALI

Chercheur et directeur de la communication du Carnegie Middle East Center. Dernier ouvrage : « Nationalism, Transnationalism, and Political Islam » (Palgrave, 2017).

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En France chaque jour désormais, plus que de la COVID-19, des gens meurent de suicide, presque autant des accidents de la route mais les média n’en parlent pas. Et pire du cancer. Effet de sélection et de loupe médiatique, on ne voit que ce que les média nous montrent et rabâchent. Cinq ans après un horrible attentat, voilà son procès, nous revoilà submergés d’émotions médiatiques. Mais 40 ans après un obscur coup d’état militaire en Turquie puis le début d’une horrible guerre arrangée et entretenue entre deux pays pétroliers voisins, on n’en parle guère. L’enquête sur les responsabilités fut bâclée en quelques semaines de mai 1991, après une nouvelle guerre arrangée pour soumettre l’Iraq, qui subit encore en 2003 une guerre illégale d’agression, invasion et puis occupation, plus d’un million de morts : mais on attend toujours une enquête internationale et un procès pour les responsables bien connus qui courent toujours.

Bernard Cornut

 

  1. « Tester, tracer, isoler ». Sauf qu’entre contamination et isolement, dix jours s’écoulent car trop d’attente pour les tests et pour leurs résultats. Que Stop-Covid ne fonctionne pas. Que l’isolement n’est pas respecté. La REM avait démontré son inefficacité sur la fourniture de masques. Elle le montre à présent sur les tests et l’isolement. Ça n’est plus un gouvernement de la REM mais de la République En Marche Arrière.
  2. Frank Riester, ministre délégué au commerce extérieur, « prend conscience du défi » (balance commerciale française déficitaire depuis 15 ans). « Il est essentiel de conserver nos parts de marché ». Tu l’as dit bouffi. Est-il essentiel de conserver Riester à un poste pour lequel il n’a pas de compétence ? Cela dit, Bayrou (le nouveau berger basque qui rassemble les brebis égarées de LREM) étant nommé Haut-Commissaire au Plan…
  3. Le Royaume-Uni, qui pour l’heure se limite à violer le droit international, pourrait ne pas signer d’accord avec l’UE en temps voulu. Quant à ‘l’accord fantastique’ avec Trump permettant de « multiplier les échanges par 4 ou 5 », seule une augmentation de 0,2% du PIB est prévue. Et l’accord n’est toujours pas signé car les poulets au chlore ou la viande aux hormones ne fascinent pas les anglais. Decisively disappointing, is not it?
  4. Les Etats-Unis, qui n’ont pas ratifié le traité de Rome de 1998 sur la CPI, ont mis à l’index deux procureurs qui ont osé enquêter sur des exactions documentées de soldats américains en Afghanistan. Aux côtés de 31 autres grandes démocraties (Angola, Bahreïn, Russie, Zimbabwe, Iran, Israël…), les Etats-Unis et leur futur prix Nobel de la paix se retrouvent enfin sur la même liste que la Syrie. Un pas vers des retrouvailles ?
  5. Aoun salue la résilience du peuple libanais (gendre et filles inclus ?) en « s’engageant à œuvrer sur la voie du redressement » car « il n’y aura ni concession ni exception ». Personne en revanche ne fait même semblant de se demander comment les partis communautaires libanais s’y prendront pour noyauter les composantes du ‘nouveau Front d’Opposition’. Mais le peuple libanais peut dormir tranquille. Macron veille.

Dinall’uill

 

LE DESTIN TRAGIQUE DES COMMUNISTES ARABES (1/2) – René Naba, 8 septembre.

L’auteur dédie ce texte à la mémoire de Farjallah Hélou (Liban), Abdel Kader Mahjoud et Hachem Al Atta (Soudan), les plus illustres suppliciés communistes du Monde arabe.

A Abdel Mohsen Saadoune (1879-1929) qui a accédé au sacrifice suprême par fidélité à ses convictions. Ancien premier ministre d’Irak sous la monarchie, durant la période du mandat britannique, Abdel Mohsen Saadoun se suicidera après avoir ratifié, sur ordre du Roi, le traité anglo-irakien, qu’il jugeait contraire aux intérêts de son pays. «Saadoune street», l’artère populeuse et commerçante de Bagdad, a été baptisée de son nom en hommage à son patriotisme.

L’auteur y joint un hommage posthume à Tayed Kebab, un militant communiste de base, franco-algérien. Arrivé à Septèmes-les-Vallons en 1971, à l’âge de 7 ans, Tayeb Kebab faisait partie de ces familles des Aurès, chassées de leur milieu rural par la guerre en 1958 en Algérie. Il était très engagé dans la coopération internationale, pour la paix et pour l’amitié entre les peuples Il a été un des promoteurs des jumelages de Septème les Vallons (région Sud de la France) avec les villes du Monde.

Abdel Khaleq Mahjoub, Secrétaire général du Parti Communiste Soudanais, répondant lors de son procès, le 27 juillet 1971, à la question posée par le général Ahmad Mohamad Hassan, chef de la justice militaire au sein du commandement général des forces armées soudanaises :

« Qu’avez-vous apporté à votre peuple » ?

Sur un ton d’une grande sérénité, réponse de Mahjoub: «La lucidité, autant que j’ai pu ».

Tweet d’Assad Abou Khalil, politologue libanais, professeur de Sciences Politiques à UCLA (Université of South California Los Angeles) @asadabukhalil منقولة: أثناء محاكمة عبدالخالق محجوب في ٢٧ يوليو ١٩٧١، قام قاضي المحكمة العسكرية العقيد احمد محمد حسن وكان يشغل وقتها منصب رئيس القضاء العسكري في القيادة العامة للقوات المسلحة بتوجيه سؤال الي المتهم :(ماذا قدمت لشعبك؟!!) ..أجابه عبدالخالق في هدوء شديد: (الوعي.. بقدر ما استطعت)

1- Les communistes arabes, un rôle d’avant garde dans la lutte contre le fascisme et le nazisme.

Pour surprenant que cela puisse paraître, les communistes arabes ont pris une part active dans le combat contre le fascisme et le nazisme dès son apparition en Europe.

Contrairement aux idées reçues, les communistes arabes ont joué un rôle d’avant garde en soutien aux nationalistes éthiopiens contre le fascisme mussolinien. Lors de la guerre d’Espagne, des communistes arabes se sont engagés au sein des « Brigades Internationales », dépêchant même des communistes palestiniens pour exhorter les Marocains enrôlés dans l’armée du général Francisco Franco de ne pas diriger leurs armes contre les Républicains espagnols.

Ce fait est peu connu, occulté pour les besoins de la propagande israélienne focalisant sur le rôle de Cheikh Hajj Mohamad Amine Al Husseini, Grand Mufti de Jérusalem et sa rencontre avec Hitler, en vue de discréditer les Palestiniens et disqualifier toute revendication nationale palestinienne. Une thèse reprise, amplifiée et dénaturée par Michel Onfray, le théoricien du populisme sommaire :

« Le petit docteur en philo (donc moins gradé que BHL !) nous explique que si les Palestiniens sont aujourd’hui un peuple martyrisé sur une terre qu’on leur vole, c’est qu’ils furent jadis nazis. Et ils sont justement punis de leur vieil engagement de « collabos » entre 1933 et 1945… Et pour nous démontrer ça, il nous explique que « Husseini, le grand mufti de Jérusalem, était un partisan d’Hitler et a fait le voyage à Berlin ». Exact, mais dans ce grotesque lancé d’histoire en pièces détachées, Onfray ne nous parle pas du contenu de ces nombreux travaux publiés sur la collaboration entre les nazis et des chefs miliciens juifs, l’idée étant de faire guerre commune contre les Anglais qui occupaient la Palestine. Lisez Hanna Arendt, elle a noté ce détail. Les Palestiniens ne sont pas plus les acteurs de leur malheur que ces hommes et femmes de confession juive ne le furent dans le cycle de la barbarie qui les a détruits», lui assénera, caustique, le journaliste Jacques Marie Bourget, dans une réplique visant à revitaliser la mémoire amnésique de ce théoricien de l’intelligence superficielle.

Pour aller plus loin sur les délires de Michel Onfray

ce lien: http://www.afrique-asie.fr/ce-dont-onfray-est-le-nom/

Mufti de Jérusalem alors que la Palestine est sous mandat britannique, Hajj Amine Al Huseini sera en 1936, l’instigateur de la révolte contre les autorités britanniques. Exilé par les Britanniques en 1937, Hajj Amine se rend en Europe et, par application du principe selon lequel «l’ennemi de mon ennemi est mon ami», le Mutfi rencontre, tour à tour, Benito Mussolini (Italie) et Adolphe Hitler (Allemagne) le 28 Novembre 1941, plaidant pour la nécessité de freiner l’immigration juive en Palestine.

René Naba

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