Observatoire Géostratégique

numéro 338 / 7 juin 2021

CARLOS GHOSN HEU-REUX !

Vendredi 4 juin, des magistrats français ont clôturé cinq jours d’audition de l’ex-magnat de l’automobile Carlos Ghosn au sujet de soupçons portant sur des flux financiers avec un distributeur commercial à Oman, des prestations de conseil et deux réceptions organisées au château de Versailles. Selon ses avocats, qui ont salué une procédure qualifiée d’« équitable », Carlos Ghosn « est satisfait et heureux » d’avoir pu s’expliquer.

Désormais, la suite du dossier revient à la justice française

Les avocats de Carlos Ghosn demandent un changement de statut de leur client qui était entendu comme témoin. Ils espèrent faire « annuler une partie du procès, entachée », selon eux, « par les erreurs volontairement commises par les autorités japonaises ». Ils préfèrent que l’ex-magnat déchu de l’automobile soit mis en examen afin qu’il ait accès au dossier pour mieux organiser sa défense.

Une source judiciaire libanaise explique que si des charges venaient à être retenues contre Carlos Ghosn en France, le Liban refusera son extradition. Alors, il devrait être jugé sur le sol libanais et les autorités judiciaires demanderont le transfert à Beyrouth du dossier des affaires dans lesquelles il est soupçonné d’être impliqué. 

Pendant ces cinq jours d’interrogatoires, dont certains ont duré plus de 12 heures avec une pause déjeuner, l’ex-patron de Renault-Nissan a répondu à des centaines de questions. Les auditions se sont déroulées au palais de justice de Beyrouth en présence de deux hauts magistrats libanais.

Carlos Ghosn possède les nationalités libanaise, française et brésilienne. Visé par un mandat d’arrêt d’Interpol depuis sa fuite rocambolesque du Japon en décembre 2019, l’ancien homme d’affaires a choisi de vivre au Liban, un pays qui ne livre pas ses ressortissants pour être jugés à l’étranger.

Justiciable comme un autre, Carlos Ghosn doit se conformer aux mêmes prérogatives que n’importe quel autre citoyen libanais, français et brésilien. Cela dit, cette affaire démontre – une fois de plus – la légèreté des autorités policières et judiciaires, dès qu’il est question de quelqu’un de plus ou moins fortuné…

Paiements suspects

L’ex-patron du groupe Renault-Nissan a notamment dû répondre de soupçons de bénéfice personnel, en lien avec une convention de mécénat entre Renault et l’établissement qui gère le Château de Versailles, selon une source judiciaire libanaise. Ce volet porte sur deux soirées privées qu’il a organisées au sein du monument historique. La première fête, le 9 mars 2014, pourrait avoir été organisée en l’honneur des 60 ans du patron déchu, et non pour célébrer les quinze ans de l’alliance Renault-Nissan, comme cela avait été indiqué.

Un autre volet porte sur plusieurs millions d’euros (au moins 5) de paiements considérés comme suspects entre RNBV, filiale néerlandaise incarnant l’alliance de Renault et Nissan, et le distributeur du constructeur automobile français à Oman, Suhail Bahwan Automobiles (SBA).

A Paris, la justice s’intéresse aussi, depuis 2019, à des prestations de conseil conclues par RNBV avec l’ancienne ministre française de la Justice Rachida Dati et le criminologue Alain Bauer, qui nient toute irrégularité des contrats et ont été placés sous le statut de témoin assisté dans cette affaire.

Visé par un mandat d’arrêt d’Interpol, Carlos Ghosn est contraint de rester au Liban depuis sa fuite rocambolesque du Japon en décembre 2019. Arrêté en novembre 2018 à Tokyo, il avait justifié son évasion en assurant avoir voulu « échapper à l’injustice », dénonçant un « complot » des autorités japonaises.

La rédaction

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JUPITER JOUE OUT OF AFRICA

« Le propre des apothéoses est, hélas, de déboucher, sur le déclin » (Roger Martin). Au lieu de s’achever en apothéose, sous forme de conclusions des grands projets lancés en mai 2017 par un jeune quadragénaire, le mandat d’Emmanuel Macron s’achève en débandade tant les déconvenues s’ajoutent aux échecs en France comme à l’étranger. Pour tenter de masquer une réalité peu reluisante, ses hordes de communicants – les stratèges du XXIe siècle – s’évertuent à organiser une suite de séquences – intérieures et extérieures – à la gloire du chef de l’État. Mais, le nouveau village Potemkine sis 55 rue du Faubourg Saint-Honoré n’impressionne que quelques dévots de la Macronie déclinante. Le continent africain constitue un terrain de chasse privilégié pour mettre en scène notre gamin qu’il s’agisse du Rwanda où il s’est livré à un exercice de diplomatie rampante1 ou de l’Afrique du Sud où il a enfoncé des portes ouvertes sur la question des vaccins2 et sur Nelson Mandela.

La situation au Mali, comme au Sahel particulièrement déstabilisé par la progression constante des groupes djhadistes – commence sérieusement à l’irriter tant il est rattrapé par un réel impitoyable3. Le réel, c’est quand on se cogne, comme le rappelle le célèbre psychanalyste, Jacques Lacan. Cette situation délétère, pour ne pas dire inquiétante4, impose un indispensable exercice d’analyse du réel qui devrait conduire à un incontournable aggiornamento d’une diplomatie irréelle déployée jusqu’à présent par des amateurs.

UN INDISPENSABLE EXERCICE D’ANALYSE DU RÉEL

Comme toujours, lorsque l’on est confronté à une problématique diplomatique complexe, il importe de se livrer à un exercice indispensable de questionnement, d’introspection qui porte à la fois sur la méthode retenue que sur la stratégie adoptée, si tant est que l’une et l’autre aient été définies au préalable.

De quelques questions incontournables sur notre méthode

« Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout-il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit » (Charles Péguy). Pense-t-on un seul instant que la répétition des actes de repentance de l’ancienne colonie va permettre de régler durablement les graves problèmes de toutes natures que connaissent des pays devenus indépendants depuis six décennies ?5 Seuls quelques idéalistes africain6 ou français7 essaient de nous en convaincre. Force est de constater que nos sociétés ont du mal à assumer leur passé. Pense-t-on un seul instant que le regard permanent porté sur le passé – si douloureux soit-il – va permettre de se projeter sur l’avenir pour bâtir des relations de confiance et de respect mutuel ?8 Pense-t-on un seul instant que c’est en vénérant le monde d’hier que l’on va contribuer à inventer le monde de demain qui peine à s’imposer ? Comme le rappelle si justement Antonio Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Pense-t-on un seul instant que c’est par une communication débridée que l’on va dissimuler les problèmes gravissimes que connaît l’Afrique (le Mali est en voie d’effondrement) ? Pense-t-on que l’incohérence de notre démarche (le terme de stratégie ne convient pas à nos effets d’annonce) n’apparaîtra pas au grand jour à la première occasion comme le démontrent les échecs répétés de la diplomatie jupitérienne en Afrique en particulier avec la poursuite de l’opération « Barkhane » au Sahel ? Cela commence à se dire, y compris au plus haut sommet de l’État9. Les derniers évènements pourraient offrir une porte de sortie imprévue à l’armée française même si un désengagement total de nos soldats n’est pas envisageable surtout dans un contexte de chaises musicales au ministère des Armées10.

Tout ceci semble improvisé et ne pas s’inscrire dans une stratégie de long terme réfléchie à l’époque du coup de com’ permanent et des réseaux asociaux charriant leurs bobards immondes en toute impunité.

De quelques questions incontournables sur notre stratégie

Aujourd’hui, nous n’avons plus les moyens de notre politique africaine que nous voulons continentale (Afrique francophone mais aussi anglophone et lusophone). Le budget de l’Agence française de développement (AFD) est ridicule au regard des besoins réels des populations locales en dépit des promesses lénifiantes d’accroissement mille fois réitérées. Notre diplomatie est plombée par l’inflation de messages paradoxaux, des injonctions contradictoires (en particulier sur la question du respect de l’état de droit et des valeurs » contestées y compris en Occident). Il y a de bons (Tchad) et de mauvais (Mali) coups d’État. C’est à n’y rien comprendre.

Que constate-t-on ? Coup d’état militaire au Mali, au Tchad (problèmes avec la RCA où nous avons cédé la place aux Russes), assassinats de civils (les derniers au Burkina Faso), enlèvements répétés (les derniers en date au Nigéria), prises d’orages, détérioration de la situation économique, démographique11, sécuritaire qui conduit à des phénomènes migratoires incontrôlés, effets de la pandémie dans un continent où la vaccination piétine, … démontrent, s’il en était encore besoin, que notre présence a aggravé la situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest depuis le début de l’opération « Serval » en 2013.

Ces derniers jours, des coopérants français déployés en République centrafricaine (RCA), parmi lesquels des militaires, ont pris l’avion en direction de Paris pour un vol sans retour. Emmanuel Macron a également décidé de geler l’appui budgétaire direct à la RCA, qui fut longtemps considérée comme un des fiefs de la « Françafrique » et s’est rapprochée de Moscou12. De plus, notre présence est de plus en plus contestée par les populations locales et par certains gouvernements qui dialoguent, négocient avec les groupes djihadistes que nos militaires s’évertuent à combattre13. Le grand écart permanent atteint ses limites au temps de la pandémie. Au Mali, on évoque une influence russe comme dans d’autres États. Nombre d’Africains accordent de moins en moins de crédit à la parole jupitérienne. Dernière avanie pour Paris : l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo rentrera dans son pays le 17 juin après dix ans d’absence, a annoncé, le 1er juin 2021 à Abidjan un responsable de son parti, Assoa Adou. Quel superbe camouflet pour l’expédition lancée en 2011 par Nicolas Sarkozy pour s’immiscer dans le processus d’élections ivoiriennes et pour écarter manu militari le président et tout faire pour l’envoyer devant la Cour pénale internationale14. En visite à Tunis (2-3 juin 2021), le premier ministre, Jean Castex (déclaré il y a peu persona non grata à Alger15 où le régime s’enfonce dans une impasse autoritaire16) fait part de son souhait d’accompagner les « réformes » (lesquelles ?) en Tunisie alors qu’il est incapable de les faire passer en France17.

Telle est la dure réalité qu’il faut affronter sans le moindre tabou. L’exemple de vingt-ans de guerre américaine en Afghanistan18 devrait nous ouvrir les yeux et nous conduire à repenser intégralement les paramètres de notre diplomatie africaine. Et le plus tôt sera le mieux !19 Surtout lorsque l’on découvre les décisions prises par notre ambassadeur à Kaboul, l’ex-Sarkoboy, David Martinon contestées par ses pairs20. Allons-nous cumuler les mêmes erreurs en Afrique comme en Asie, voire en Océanie21 au même moment où le président de la République est surtout préoccupé par sa réélection22 ? Rien n’est moins sûr. Les périodes électorales sont rarement propices aux changements radicaux de paradigmes en dépit des promesses tous azimuts dont nous assène le candidat Macron..

Comment prévoir pour gouverner dans une démarche d’anticipation et non dans une posture réactive de communication inefficace ?

Guillaume Berlat
7 juin 2021

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ESPIONNAGE AMERICAIN OU LE BAL DES FAUX-CULS ! Guillaume Berlat. En matière de renseignement, on a coutume de dire que les amitiés n’existent pas. Manifestement, les « valeurs » dans lesquelles se drapent les États membres de l’Union européenne semblent être à géométrie variable. Mansuétude pour les uns, rigueur pour les autres. Allez comprendre pourquoi ! L’Histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement ? Nous apprenons que les barbouzes américaines sont de retour au grand dam de la France et du couple franco-allemand. Mais, l’on ressort aussitôt une flibusterie russe pour faire écran de fumée.

LES BARBOUZES SONT DE RETOUR

Nous tenons un exemple de cette diplomatie de l’indignation à géométrie variable avec les dernières révélations de la chaîne de télévision publique danoise Danmarks Radio (DR). Cette dernière a indiqué que la National Security Agency (NSA) américaine s’était branchée sur des câbles de télécommunication danois pour espionner des responsables de premier plan (la chancelière allemande, le président allemand et l’une des principales figures du SPD) et de hauts fonctionnaires en Allemagne, en Suède, en Norvège et en France1. Dit autrement, Les Etats-Unis ont espionné des responsables politiques en Europe, dont la chancelière allemande Angela Merkel, de 2012 à 2014 (sous la présidence américaine bienveillante de Barack Obama) avec l’aide des services de renseignement militaires danois (FE)2. Ces révélations seraient contenues dans un rapport interne de ces mêmes services de renseignement danois datant de 2015 (quinze pages) et lancés dans la suite des révélations d’Edward Snowden.

L’affaire est loin d’être anodine, Angela Merkel figurant parmi les responsables de haut niveau qui aurait été écoutée à l’insu de son plein gré. Souvenons, que dans un passé récent, les autorités allemandes avaient fait état d’espionnage illégal de la chancellerie fédérale depuis l’ambassade des États-Unis à Berlin en 2013 mais aussi de la présidence allemande. Après quelques cris d’orfraie de circonstances, l’affaire avait été vite classée après que Barack Obama ait promis de cesser la surveillance de ses alliés. Promesse non tenue ! Ces révélations mettent à nouveau en lumière la complexité des partenariats entre services de renseignement. On ne s’attaque pas impunément à l’Oncle Sam qui garantit votre sécurité menacée par les méchants russes à vil prix grâce à l’OTAN surtout lorsque c’est la bonne cause : filtrer les données parvenant par câbles sous-marins. Dans le passé, des têtes étaient tombées mais la collaboration avec la NSA avait continué au titre du donnant-donnant.

LA VOIX TONITRUANTE DE LA FRANCE

Que nous dit le Macronboy, Clément Beaune, sorte de voix de son maître. L’espionnage de responsables européens par les services américains aidés par le Danemark serait « extrêmement grave » s’il était avéré, a estimé lundi le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune, au lendemain des révélations par des médias européens. « C’est extrêmement grave, il faut vérifier si nos partenaires de l’UE, Danois, ont commis des erreurs ou des fautes dans leur coopération avec les services américains (…). Et puis du côté américain, voir si en effet, il y a eu (…) l’écoute, l’espionnage de responsables politiques », a-t-il déclaré sur la télévision et radio France Info, n’écartant pas l’idée d’« en tirer les conséquences en termes de coopération » avec les Etats-Unis. Lesquelles ? Peut-on et doit-on ajouter surtout lorsque notre gringalet adoucit aussitôt la virilité de son propos en ajoutant : « On n’est pas dans un monde de Bisounours, donc ce genre de comportement, malheureusement, peut arriver, on va le vérifier ».

Et de continuer par quelques sornettes de circonstance : « Entre alliés, il doit y avoir une confiance, une coopération minimale, donc ces faits potentiels sont graves, il faut les vérifier, et ensuite en tirer les conséquences en termes de coopérations ». Nous voici entièrement rassurés sur la détermination de la France à faire la lumière sur la réalité des faits et à en tirer les conséquences qui s’imposent, le cas échéant. À l’Élysée et au Quai d’Orsay, l’on est aux abonnés absents. Courge fuyons ! Dans la communauté française du renseignement, l’on souligne que « ces questions sensibles sont traitées par les canaux appropriés ». Du côté allemand, on reste prudent alors que les autorités norvégienne et suédoise disent prendre la situation « au sérieux ».

LE RETOUR DU COUPLE FRANCO-ALLEMAND

Emmanuel Macron et Angela Merkel ont appelé, le 31 mai 2021, les Etats-Unis et le Danemark à s’expliquer sur les allégations d’espionnage de certains responsables, dont la chancelière allemande. « Si l’information est juste (…) ce n’est pas acceptable entre alliés » et « encore moins entre alliés et partenaires européens », a réagi à l’issue d’un conseil des ministres franco-allemand le président français, dont la chancelière allemande a aussitôt approuvé les propos. « Je suis attaché aux liens de confiance qui unissent Européens et Américains » et « il n’y a pas de place entre nous pour le soupçon », a-t-il ajouté. « C’est pourquoi ce que nous attendons, c’est la clarté complète. Nous avons demandé à ce que nos partenaires danois et américains apportent toutes les informations sur ces révélations et sur ces faits passés et nous sommes en attente de ces réponses ». « Je ne peux que m’associer aux propos d’Emmanuel Macron », a répondu Angela Merkel. « J’ai été rassurée par le fait que le gouvernement danois, dont la ministre de la Défense, a également fait savoir très clairement ce qu’il pense de ces choses (…) C’est une bonne base non seulement pour clarifier les faits mais aussi pour établir des relations de confiance », a-t-elle ajouté. Ce que l’on appelle le service minimum.

LES RUSSES À L’AMENDE

Que n’aurions-nous pas dit si l’auteur de ces pratiques avait été russe ? Nous aurions eu droit à un déchainement médiatique sur le malotru de Poutine et ses affreux services de renseignement (une affaire tombe à point nommé pour effacer la mauvaise impression américano-danoise3). Campagne orchestrée au plus haut niveau tant au niveau français, qu’à celui de l’Union européenne et de l’OTAN. Des sanctions avec expulsion de diplomates-barbouzes auraient immédiatement suivies. Haro sur le fauteur de troubles, l’ancien espion aux manières peu élégantes. On nous prévient déjà que les méchants russes risquent d’interférer dans la prochaine campagne présidentielle française. Comme dit l’autre, méfie-toi de tes ennemis mais encore plus de tes amis, surtout lorsqu’il s’agit du plus grand État voyou qu’est l’Amérique4.

Nous aurions tout intérêt à nous en détenir la tradition diplomatique française d’alliances de revers avec la Chine et la Russie. Le hiatus en paroles et actes « finit par déséquilibrer les déclarations françaises, et le dialogue avec le Russie, risque de perdre peu à peu de sa substance »5. La confiance se cultive. La diabolisation de l’adversaire est la marque de ceux qui se montrent incapables de penser les mutations du monde du XXIe siècle6. À cet égard, nous apprenons que le président américain Joe Biden a déclaré, le 2 juin 2021, qu’il n’écartait pas de possibles représailles contre la Russie après la cyberattaque contre le géant mondial de la viande JBS, qui soupçonne des hackeurs russes.

HONTE AUX MORALISTES !

La Cour européenne des droits de l’homme a jugé illégale la surveillance de masse pratiquée par le Royaume-Uni avec l’aide des États-Unis qu’Edward Snowden avait révélée. Mais elle en valide le principe, une position soutenue dans un mémoire transmis par la France en défense de la surveillance de masse7. Comment l’Occident dont le « leadership » universel est de plus en plus contesté, peut-il être encore crédible en pratiquant cette politique discriminatoire sur ses « valeurs », ses bijoux de famille et autres sottises qui n’amusent guère que quelques droits de l’hommistes béats déconnectés du monde réel où l’espionnage à grande échelle est en plein développement8 ? Cette dernière révélation met en évidence le bal des faux-culs dès qu’il s’agit d’espionnage américain avec l’appui de certains de ses alliés serviles9.

1 Martin Untersinger, Quand la NSA espionne des dirigeants européens, Le Monde, 1er juin 2021, p. 4.
2 D.F., Danois de déshonneur, Le Canard enchaîné, 2 juin 2021, p. 1.
3 Jean-Baptiste Chastand/Faustine Vincent, L’opération tchèque de deux espions russes. Selon Prague, des agents, déjà impliqués dans l’affaire Skripal, ont fait sauter en 2014 un dépôt de munitions, Le Monde, 2 juin 2021, pp. 1-2.
4 Guillaume Berlat, États-Unis ou États voyous ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 19 septembre 2016.
5 Jean de Gliniasty, Petite histoire des relations franco-russes. Entre géopolitique et idéologie, L’inventaire, 2021, p. 64.
6 Wally Bordas, Les cyberattaques inquiètent les partis politiques en vue de la présidentielle, Le Figaro, 29-30 mai 2021, p. 6.
7 Jérôme Hourdeaux, Les victoires… et les espoirs déçus d’Edward Snowden, www.mediapart.fr , 1er juin 2021.
8 H.L., Les grandes oreilles en pleine croissance, Le Canard enchaîné, 2 juin 2021, p. 8.
9 La NSA espionnait l’Europe via des câbles sous-marins. Le Danois s’excusent : « On croyait que c’était… le tout-à-l’écoute ! », Le Canard enchaîné, 2 juin 2021, p. 8.


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A la une de son édition du 28 mai dernier, le New York Times publie les photos de 67 gosses palestiniens (tous ayant moins de 18 ans), tués durant le seul mois dernier par la soldatesque israélienne. Les salopards ! Il n’y a pas d’autres mots…

 

ISRAËL/PALESTINE : L’ONU LANCE UNE ENQUÊTE SUR LES VIOLATIONS DES DROITS HUMAINS – Jérémie Lanche/RFI, 28 mai.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU s’est réuni en urgence à la demande des pays de l’Organisation de la coopération islamique après les violences entre Israël et le Hamas à Gaza. Si l’Autorité palestinienne salue la création d’une commission d’enquête, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou parle d’une décision « honteuse » venant d’une instance « anti-israélienne ». 

La nouvelle commission ne devra pas uniquement enquêter sur le dernier conflit à Gaza, mais étudier toutes les causes des tensions récurrentes dans les territoires occupés, y compris à Jérusalem-Est., avec pour objectif de collecter des preuves pour d’éventuelles poursuites judiciaires. Les pays occidentaux se sont opposés ou abstenus, estimant le texte trop favorable au Hamas, à l’inverse d’un grand nombre de pays africains et sud-américains qui ont plébiscité la résolution. Un peu plus tôt, la Haut-commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, avait estimé que les frappes israéliennes sur Gaza pouvait constituer des crimes de guerre s’il s’avère que les civils ont été visés sans distinction. 

« Les attaques israéliennes ont fait de nombreux morts et de nombreux blessés. Elle ont aussi détruit ou endommagé des infrastructures civiles, comme des bâtiments gouvernementaux, des maisons, des hôpitaux et des locaux utilisés par les médias. Malgré les allégations d’Israël que ces bâtiments abritaient des groupes armés, nous n’avons reçu aucune preuve qui pourraient l’indiquer », a affirmé Michelle Bachelet. La Haut-commissaire a également dénoncé, a peu près dans les mêmes termes, les tirs de roquettes du Hamas. Trop peu aux yeux de la représentante israélienne, qui a regretté que le Conseil des droits de l’homme perpétue l’idée que l’on peut comparer les actions du Hamas et celles d’Israël.

 

CANAL DE SUEZ : VERS UN ACCORD SUR LE DEDOMMAGEMENT DU BLOCAGE PAR L’EVER GIVEN ? AFP/RFI, 29 mai.

Va-t-on vers un accord à l’amiable entre l’autorité du canal de Suez et les propriétaires japonais du porte conteneur Ever Given qui avait bloqué la voie d’eau internationale durant une semaine en mars ? Depuis son renflouement, le navire est bloqué dans le grand lac Amer au centre du canal de Suez par une saisie pour dommages et intérêts. Les avocats de l’autorité du canal de Suez et ceux de la Shoei Kisen, la société japonaise propriétaire du Ever Given ont demandé, d’un commun accord, le report du procès pour confirmer la saisie conservatoire du super porte-conteneurs. Ils ont indiqué que ce report visait à tenter de parvenir à un accord à l’amiable entre les deux parties. La semaine dernière, un tribunal égyptien a confirmé l’immobilisation du navire, rejetant une plainte du propriétaire qui en réclamait la libération.

L’Autorité du Canal espère trouver un accord

L’autorité du canal avait commencé par réclamer 916 millions de dommages et intérêts tandis que la Shoei Kisen en proposait 150 millions, assure au Caire, Alexandre Buccianti. « Dérisoire » selon le Canal de Suez qui a toutefois progressivement baissé ses exigences et réclamé 550 millions de dollars. Si l’autorité du canal a accepté le report, c’est pour discuter d’une contre-proposition japonaise. Dans cette affaire, il y a un troisième acteur, la société taïwanaise Evergreen qui avait loué le Ever Given pour transporter près de 20 000 conteneurs de la Malaisie à Rotterdam aux Pays-Bas. Si un accord est conclu, le navire « pourra aussitôt s’en aller », assure le chef de l’autorité égyptienne qui gère le canal de Suez.

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FR5 diffusa un documentaire sur la Syrie, défilé d’images souvent déjà vues et d’entretiens, avec notamment Guéant, Fabius, Michel Duclos et Robert Ford anciens ambassadeurs à Damas, le néoconservateur moustachu Bolton.  Certains entretiens furent utilisés pour le récent livre d’Antoine Mariotti, journaliste à FR24, qui participa au non-débat entre gens du même bord.  Justement titré La Honte de l’Occident. Les coulisses du fiasco syrien, son livre soulignait les désaccords entre politiques et militaires en France et aux Etats-Unis, mais le fil du documentaire reste cousu sur la doxa. Les clés d’un long conflit impliquant des dizaines de milliers de mercenaires étrangers richement armés tiendraient à la psychologie prétendue rigide et diabolique du président syrien, pourtant montré à l’aise avec ses hôtes. Ah si, Sarkozy fut déçu que la France n’ait pas eu de contrat pour l’aéroport de Damas ! Pas un mot sur les 2 projets concurrents de gazoduc depuis le Golfe ; pourquoi des milliards de dollars déversés par Qatar et l’Arabie après feu vert d’Hillary Clinton au printemps 2012 ?

Bernard Cornut

 

  1. Valls abandonne la France pour l’Espagne et Barcelone, ‘sa véritable patrie’. Mais il n’y gagne pas d’élections. Alors, il revient en France, ‘qui décidément coule dans ses veines’. On envisagerait pour lui une mission, faisant pendant à gauche de ce que Philippe a fait à droite. Avec de telles convictions, c’est une option qui a du sens.
  2. Alors qu’en raison de leur incurie, les pouvoirs publics avaient décrété ‘cause nationale’ la fabrication de masques par des entreprises françaises, doit-on s’étonner que dans les nouveaux appels d’offres, les entreprises chinoises soient choisies car ‘plus compétitives’. Toujours Audiard : « (Ils) ne comprennent rien au présent, rien au passé, rien à l’avenir  (…), enfin rien à rien… Mais il comprendrait l’incompréhensible, dès qu’il s’agit d’argent »
  3. Le président de la Commission saoudienne des droits de l’homme confirme qu’il est bien la source des menaces de mort proférées contre Agnès Callamard, Rapporteur ONU sur l’assassinat de Kasshoggi – même s’il en réfute les termes. Il donne par contre sa définition des ‘droits de l’homme’, dans laquelle ‘sécurité, santé et éducation priment sur liberté politique ou d’expression’. Version MBS du ‘Et en même temps…’ ?
  4. Le Liban est sauvé ! Girard (Le Figaro) rentre de Beyrouth et a trouvé la solution. Il faut que le pays ait au plus vite un gouvernement ; ensuite, s’entendre avec les créanciers, établir un budget réaliste, consolider le secteur bancaire, faire flotter la livre et rendre la justice indépendante. Et pour commencer, demander à chaque parti de proposer comme ministre quelqu’un de l’autre bord (Mélenchon choisit les candidate RN et vice versa). Après, ‘y aura plus qu’à’ faire des élections. ‘Yaka Faukon’. Tous ne sont pas faux.
  5. Les palinodies domestiques israéliennes fatiguent. Mais suite à un accord avec le Centre, l’arrivée possible de Bennett, l’homme des colons, au poste de Premier Ministre n’augure rien de bon pour les palestiniens « dont les terres ne sont pas occupées puisqu’il n’y a jamais eu d’Etat palestinien ». Un espoir demeure : Bennett serait très ouvert aux ‘LGBTQ’ ; ce qui à terme ouvre des perspectives en matière de démographie.

Dinall’uill

 

LAURENT GBAGBO : RETOUR À LA CASE DÉPART… DIX ANS APRÈS !

« Si les faits ne correspondent pas à la théorie, changez les faits » (Albert Einstein).

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« Les faits sont têtus » (Lénine). Les choses évoluent lentement mais sûrement dans l’affaire de l’ex-président ivoirien comme cela était largement prévisible. On doit en prendre note et composer avec le réel tant à Abidjan qu’à Paris, une décennie après les évènements que nous connaissons.

***

LA FIN D’UNE DÉCENNIE LAMENTABLE

Le ministre ivoirien de la Réconciliation nationale, Kouadio Konan Bertin, a déclaré, le 2 juin 2021, « prendre acte » de l’annonce par le parti de l’ex-président Laurent Gbagbo du retour de ce dernier à Abidjan le 17 juin. « Nous avons appris qu’il (Laurent Gbagbo) rentrait le 17 juin et nous en prenons acte », a déclaré M. Konan Bertin à la presse à l’issue d’une rencontre avec Assoa Adou, secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de l’ex-président. « Gbagbo est un homme libre, acquitté » de crimes contre l’humanité par la justice internationale et « c’est à lui de décider quand il vient dans son pays », a-t-il ajouté, « nous devons maintenant travailler pour que ce soit un retour dans l’apaisement ».

En tant qu’ancien chef d’Etat, Laurent Gbagbo « a un statut particulier dont il faut tenir compte », selon le ministre qui a souligné que son retour n’était pas « ordinaire » et qu’en conséquence certaines dispositions devaient être prises, dont « la sécurité ». Assoa Adou qui avait annoncé lundi la date du retour de Laurent Gbagbo le 17 juin, a tenu à rappeler qu’en donnant son feu vert début avril au retour de son rival, le président Alassane Ouattara avait dit qu’il pouvait rentrer quand il le voulait, le 2 juin 2021, interrogé par l’AFP, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, avait estimé que cette date du 17 juin n’était pas « consensuelle ». « La date devait être discutée de façon consensuelle » entre le gouvernement et le parti de M. Gbagbo or « elle ne l’a pas été », a-t-il dit, ajoutant qu’avant de fixer une date convenant aux deux parties, il fallait mettre en œuvre des dispositions, notamment concernant la « sécurité » de Laurent Gbagbo.

LE RETOUR AU BERCAIL POUR LE BOULANGER

La décision du président Ouattara d’autoriser Laurent Gbagbo à rentrer dans son pays en lui accordant les avantages dus à son rang d’ancien chef de l’Etat, avait été prise après son acquittement par la justice internationale de crimes contre l’humanité fin mars.

Guillaume Berlat

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