Observatoire Géostratégique

numéro 144 / 18 septembre 2017

DIPLOMATIE À L’ÉCONOMIE, SÉCURITÉ À L’ENCAN

« La sécurité des Français est la raison d’être de notre diplomatie » martèle d’entrée de jeu le président de la République, Emmanuel Macron dans son discours à l’ouverture de la semaine des ambassadeurs (29 août 2017) en son palais de l’Élysée. Quelques instants après, il enfonce le clou : « Assurer la sécurité de nos concitoyens fait de la lutte contre le terrorisme islamiste la première priorité de notre politique étrangère »1. Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, nos excellences doivent traquer le terroriste partout où il se trouve, y compris dans les cocktails mondains des ambassades. Tout ceci est clair comme de l’eau de roche. Or, qu’apprend-on de notre volatil préféré ? Que des agents de recrutement local, fortement suspectés de radicalisation auraient été (failli être ?) engagés par les ambassades de France à Londres et à Doha2.

Mais, heureusement il y a la nouvelle porte-parole du Quai d’Orsay, Agnès Romatet-Espagne qui a été chargée par son ministre Jean-Yves Le Drian de dépoussiérer la communication du Quai d’Orsay dont les contenus étaient jugés insipides, manquant de profondeur stratégique, de perspective historique et de prospective dans l’explication de notre diplomatie et de notre politique étrangère, nous dit-on3. [Pour la petite histoire, après avoir occupé le poste de conseiller diplomatique du premier ministre, Manuel Valls, son époux, Stéphane Romatet vient d’être nommé ambassadeur de France au Caire. Après avoir occupé le poste de directeur-adjoint de cabinet de Bernard Kouchner, il fut nommé directeur général de l’administration et ambassadeur à Canberra. Le monde est décidemment petit]. Qu’en est-il du dit et du non-dit, souvent le plus intéressant dans l’exégèse de la langue de bois diplomatique ? Au-delà de l’explication très diplomatique que nous livre la porte-parole du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, la diplomatie française est confrontée à une situation préoccupante sur le plan sécuritaire.

UNE EXPLICATION DE TEXTE TRÈS DIPLOMATIQUE

Comme toujours en la matière, il importe de disséquer le texte officiel avant de se livrer à son exégèse.

Une prise de position limpide en apparence : la clarté des éléments de langage

Ce haut fonctionnaire (proche de Jean-Pierre Jouyet dont elle a fait partie du cabinet au secrétariat d’État aux Affaires européennes et qu’elle a suivi à la Caisse des dépôts et consignations) nous rassure pleinement. Le citoyen français peut dormir sur ses deux oreilles. Agnès Romatet-Espagne résume ainsi la situation : « Des mesures très fortes ont été prises pour sensibiliser les personnels à toute radicalisation. Les échanges avec les services locaux de renseignement avant d’habiliter des personnels locaux ont été intensifiés, le criblage des sociétés qui ont accès à nos ambassades aussi ». C’est ce que l’on appelle utiliser des éléments de langage (EDL) dûment estampillés avant usage par les services du Département (appellation interne du ministère des Affaires étrangères) et le cabinet du ministre, vraisemblablement par le conseiller spécial et le directeur de cabinet. Ce ne sont en rien des propos tenus à la légère !

Une interprétation problématique pour ne pas dire inquiétante : la maison qui brûle

Que penser de tout cela ? Il y a le dit et le non-dit. Pour ce qui est du premier, horresco referens ! Si les mots ont encore un sens dans la langue diplomatique française, nous apprenons des choses fort intéressantes en termes de sécurité des ambassades. Que jusqu’à présent, rien n’avait été fait pour sensibiliser les agents du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, en particulier les contractuels locaux à l’étranger (y compris dans des pays sensibles), au phénomène de radicalisation. Nous imaginons que cette opération de grande envergure est conçue et préparée en étroite coordination avec le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb [..]

Guillaume Berlat

1 Discours d’ouverture de la semaine des ambassadeurs du président de la République, Emmanuel Macron, Paris, 31 août 2017, www.elysee.fr
2 J.M. Th., Infiltrés djihadistes dans deux ambassades de France, Le Canard enchaîné, 6 septembre 2017, p. 3.
3 Pascal Airault, Agnès Romatet-Espagne, une ex de la « team Jouyet » pour dépoussiérer la com’ du Quai d’Orsay, www.lopinion.fr , 3 juillet 2017.

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DECONSTRUIRE LA MONDIALISATION AVEC AMMAR BELHIMER…

« Au cœur du monde, il y a le Dieu argent. C’est là qu’est le premier terrorisme, a dit le pape François. S’il fallait paraphraser les Dix Commandements de Dieu donnés à Moïse sur le Sinaï pour définir les règles qui organisent le Consensus de Washington – fondateur de l’ordre néolibéral -, cela donnerait un Décalogue explosif. Même s’il n’épargne pas les autres sphères, c’est dans l’économie que l’intégrisme néolibéral fait le plus de ravages. Le modèle se résume à une mixture de thatchérisme, de reaganomique et de Consensus de Washington , tous favorables aux privatisations, à la libéralisation économique et à des banques centrales préoccupées uniquement par l’inflation et, accessoirement, par la stabilité des prix, hors de toute considération de croissance. Déformation du réel, culte de l’évaluation et mépris de la justice, domination d’une caste et idéal sécuritaire, tels sont les signes les plus manifestes du nouvel ordre néolibéral… »

Ces lignes d’ouverture tissent le fil conducteur du dernier livre d’Ammar Belhimer1 pour déconstruire la mondialisation, en produire une pensée critique susceptible de forger les outils d’alternatives possibles : sans doute l’un des ouvrages les plus importants des dix dernières années ! Il y a quelques mois, en décembre 2016, dans les colonnes d’Afrique-Asie, nous avons déjà salué son précédent livre – Les printemps du désert2 -, qui tordait le cou aux mythologies, mièvreries et autres propagandes des « révolutions arabes ».

Sortis des presses d’ANEP-Editions (l’entreprise nationale de communication, d’édition et de publicité d’Algérie), il va sans dire qu’aucun média parisien – à part Afrique-Asie – n’a pris la peine d’ouvrir ces ouvrages capitaux, encore moins d’en dire quelques mots…

AU-DELA DE PIKETTY

Sans doute sans l’avoir davantage lu, les mêmes communicants paresseux connaissent tous Le Capital au XXIème siècle de Thomas Piketty, parce qu’il a été adoubé par la critique américaine avant d’être encensé en Europe. L’ouvrage a le mérite en effet de démontrer comment le capitalisme contemporain produit structurellement des inégalités arbitraires et dangereuses, dès lors que le taux de rendement du capital dépasse durablement le taux de croissance de la production et du revenu. Pourtant, tout en cherchant des moyens pour inverser cette tendance, Thomas Piketty ne pousse pas sa démonstration jusqu’au bout et finit par s’en remettre à des « valeurs méritocratiques » sur lesquelles sont censées reposer nos sociétés « démocratiques ».

Ouf, la logique du système est sauve : l’establishment tolère, sinon encourage la critique, mais jusqu’à un certain point admissible ! Politologue averti, Thomas Piketty a bien compris jusqu’où peut-on aller trop loin pour éviter – surtout – d’être catalogué comme un partisan de la lutte des classes, auquel cas son livre aurait été abandonné à la critique rongeuse des souris !

Si la répartition des richesses était une simple question de « valeurs » qu’il suffisait d’amender, comme le préconise L’Emile de Rousseau, cela se saurait depuis longtemps… C’est justement dans ces limites extrêmes de la critique économique, sociale et politique que la contribution d’Ammar Belhimer prend toute sa dimension, sa pertinence et son importance du point de vue stratégique. Par ailleurs, la diffusion des idées répond aussi à des lois économiques et commerciales incompressibles. De fait, comment une pensée novatrice radicale produite à… Alger aurait-elle l’impudence de franchir les murs de l’ethnocentrisme des élites mondialisées pour être mise en discussion à Wall Street, dans la City, à Bruxelles, Tokyo ou Shanghai ?

L’Histoire nous surprend toujours là où elle peut. Docteur en droit, professeur à l’université d’Alger-1 et chroniqueur du quotidien Le Soir d’Algérie, Ammar Belhimer a signé de nombreux ouvrages et publications de droit économique, dont La dette extérieure de l’Algérie : une analyse critique des politiques d’emprunt et d’ajustement.

Son dernier livre nous propulse au-delà des constats pertinents de Thomas Piketty et nous promet l’apocalypse si nous ne mettons pas en chantier des alternatives à l’actuelle mondialisation, autrement plus sérieuses qu’un débat métaphysique sur les « valeurs méritocratiques », le « développement durable » ou le « capitalisme éthique ».

LE TRAVAIL DE DIEU

« Wall Street fait-elle encore le travail de Dieu ou quelque chose d’utile ? » C’est la question que se pose Lynn Stout, professeure émérite de droit des sociétés et des affaires sur le site du Centre Stigler de l’Université de Chicago Booth School of Business3. Les fonctions théoriquement dévolues aux bourses par les banquiers – lever des capitaux, fournir des liquidités aux investissements et veiller à une juste évaluation des titres pour que le capital circule là où il est le plus productif – ne lui paraissent, pour le moins, pas évidentes. Se référant au désormais célèbre propos du PDG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, osant soutenir en pleine crise des subprimes de 2008 qu’il fait « le travail de Dieu », elle invite les banquiers (non psychopathes) à se regarder chaque matin dans le miroir pour les « quantités scandaleuses d’argent qu’ils empochent chaque jour ».

Le qualificatif de « scandaleux » n’est pas inapproprié lorsqu’on sait qu’en 2007 et 2008, les employés du secteur de la finance ont encaissé au total plus de 500 milliards de dollars par année au titre de leur seule masse salariale. Les faiblesses de ce bas monde confirment l’attachement des banquiers et des traders à leurs prétentions quasi-religieuses et messianiques qui se trouvent en ligne directe de l’économie politique britannique. Dans Théorie des sentiments moraux, Adam Smith associait explicitement la main invisible du marché à celle de la « Providence ». Elle est alors, de ce fait, littéralement la main de Dieu. Voilà pourquoi le PDG de Goldman Sachs a l’intime conviction qu’il accomplit « le travail de Dieu ».

Au fil des pages et des lignes, c’est La Leçon d’anatomie de Rembrandt qui nous émerveille. Ammar Belhimer y dissèque la mondialisation actuelle : « le modèle du capitalisme financier poussé à son stade ultime de dérégulation-déréglementation est le grand ordonnateur de l’ordre économique actuel ; il y règne en maître absolu, sans partage ». C’est un homme averti qui le confirme, l’ancien président de la Bundesbank. Voilà ce qu’il soulignait au trait rouge lors du Forum de Davos en février 1996 : « les marchés financiers joueront de plus en plus le rôle de gendarmes (…) Les hommes politiques doivent comprendre qu’ils sont désormais sous le contrôle des marchés financiers et non plus seulement des débats nationaux ».

Pas seulement les hommes politiques. La logique qu’évoque le grand argentier allemand touche y compris les sphères de commandement militaire. Le capitalisme financier irrigue le système comme le sang le fait pour le corps humain. Il touche aux fonctions qu’on soupçonne le moins. Ainsi accorde-t-on à l’Agence américaine de projets de recherche avancée pour la défense (DARPA) de s’être inspirée des spéculations sur les prix du marché pétrolier en encourageant des traders à investir de l’argent dans un FutureMAP. Traduire : marché à terme appliqué à la prédiction. Dans ce modèle, les traders sont le guide et la tête chercheuse du Pentagone. Les spéculateurs auraient intégré à leurs calculs, mieux que ne le font les stratèges militaires, les risques d’attentats terroristes, de guerres civiles, de coups d’Etat et d’autres variables, qui leur permettraient d’anticiper l’avenir.

Le Pentagone aurait suivi leur « flair », enregistré et « analysé » les tendances de ces nouveaux marchés ! « Les marchés à terme ont prouvé qu’ils pouvaient prédire des choses comme le résultat des élections ; ils sont souvent meilleurs que les experts », affirmaient les concepteurs de FutureMAP. Un rapport très important de l’année 2000 place la défense de la « viabilité et de la stabilité de la globalisation » (entendue comme « l’ensemble des systèmes globaux majeurs que sont les réseaux commerciaux, financiers, de transport et d’énergie) au premier rang des « intérêts vitaux » dont la menace justifie des actions militaires.

TERRORISME ECONOMIE POLITIQUE

En remplaçant progressivement l’Etat protecteur, les différents types de gouvernance générés par la mondialisation contemporaine amorcent une régression et autant de ruptures qui s’installent dans la longue durée. Elles rompent avec le vieux modèle de l’Etat-nation souverain qui s’est imposé en Europe occidentale au XVIIème siècle avec les traités de Westphalie (1648) par lesquels les pays européens mettaient fin à trente ans de guerres de religion. Aujourd’hui, la mondialisation détruit les Etats-nations afin de promouvoir une gouvernance globale par les marchés qui multiplie « les guerres sans fin, guerres fondées sur la destruction des échelles élémentaires de régulation politique collective » que sont les Etats. S’ensuit, depuis 1990, la mise en place d’insécurités (globalisation, balkanisation et guerres sans fin) qui produisent de la terreur ubiquitaire. Celle-ci transforme les espace-temps et structure une « terreur organique » et généralisée à l’ensemble du monde.

Richard Labévière
18 septembre 2017

1 Ammar Belhimer : Les Dix Commandements de Wall Street. Anep-Editions, 1er semestre 2017.
2 ANEP-Editions, premier semestre 2016.
3 Lynn Stout : « Does Wall Street Do God’s Work ? Or Even Anything Useful ? » – Promarket.org ; 1er septembre 2016.

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CASSE-TÊTE CHINOIS : QUE FAIRE AVEC OU CONTRE KIM JONG-UN ? Jean Daspry. « Être ou ne pas être, telle est la question… ». Telle est la question posée par William Shakespeare dans Hamlet. En plagiant le dramaturge britannique, on pourrait dire : faire ou ne pas faire, telle est la question que se posent les chancelleries après le dernier essai nucléaire nord-coréen (3 septembre 2017) qui survient après une kyrielle de provocations nucléaires et balistiques durant l’été passé1. Désemparées les chancelleries le sont, c’est le moins que l’on puisse dire !2 Depuis plus d’une décennie, elles pratiquent avec talent une figure classique de la diplomatie, celle du chien crevé au fil de l’eau. Hésitant entre le faire ou ne pas faire, entre le savoir-faire (peu) et le faire-savoir (beaucoup). Il est vrai que les adeptes du « Queuillisme » sont légions dans les chancelleries, ceux qui pensent qu’il n’y a pas de problème dont une absence de solution ne parvienne à venir à bout. Le moins que l’on soit autorisé à dire est que nous sommes face à un embarras généralisé.

UN PROBLÈME SANS SOLUTION ?

Mais, force est de constater que le problème posé par la Corée du nord fait partie de ceux qui n’ont pas de solutions idéales, optimales. Quels types de solution envisager pour venir à bout d’un stratège, d’un froid calculateur qui ne semble rien avoir à perdre dans la bataille, dans le bras de fer qu’il a engagé avec le reste du monde ? Solution coopérative (la moribonde initiative des Six privilégiée par les présidents américains successifs jusqu’à Barack Obama dans le cadre de la « patience stratégique ») ou solution coercitive (multiplication des sanctions pouvant déboucher sur une action militaire conformément aux dispositions du chapitre VII de la charte de l’ONU) ? Les deux options ont démontré leurs limites dans le passé. Qu’il s’agisse de la carotte qui n’a pas prévenu le développement de l’arsenal nucléaire et balistique de Pyongyang ou bien qu’il s’agisse du bâton qui n’a apporté que des catastrophes si l’on s’en tient aux expéditions américaines (parfois masquées sous le voile de l’OTAN) au Kosovo (aujourd’hui transformé en État mafieux), en Afghanistan (corruption endémique, retour des Talibans et insécurité sans démocratie) et en Irak (guerre, terrorisme, insécurité sans démocratie). L’option militaire n’a pas que des avantages3.

UN EMBARRAS GÉNÉRALISÉ

L’affaire tourne au casse-tête nord-coréen4. On l’aura compris, la voie est étroite et personne ne détient de formule magique pour éteindre le feu qui couve sur la péninsule coréenne. Sauf à considérer que le problème nord-coréen fait partie de ceux qui n’ont pas et n’auront jamais de solution de peur de conduire à la guerre. Mais, ne rien faire revient à encourager les aventures nucléaires d’autres États séduits par l’option nord-coréenne5. Et, ils ne manquent pas de candidats potentiels à l’accession à l’assurance tout-risque6. Cela ne signifierait-il pas, à terme, la fin du régime de non-prolifération nucléaire dont la clé de voûte est le traité de non-prolifération nucléaire (TNP) de 1968 qui limite à cinq le nombre des États dotés (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) tout en faisant pudiquement l’impasse sur les États dits du seuil : Inde, Israël, Pakistan, Iran, voire Corée du nord qui a annoncé son retrait du TNP ?7 Tout en condamnant à New-York les facéties de Kim Jong-un (la dernière résolution du Conseil de sécurité a été adoptée à l’unanimité le 11 septembre 2017, une dernière est en préparation le 15 septembre 2017 après un nouveau tir balistique8), Pékin ne souhaite pas avoir de troupes américaines à son frontière. Moscou condamne également le trublion mais se méfie des changements de régime possibles à l’occasion d’interventions militaires (Cf. la résolution 1973 du Conseil de sécurité qui a débouché sur l’élimination physique du colonel Khadafi) mais prône la prudence9. Washington semble encore partagé entre le clan des faucons et des colombes tout en faisant savoir qu’il est prêt à utiliser ses capacités nucléaires contre Pyongyang10. L’Union européenne se contente de déplorer, voire de condamner. La présidente de la Confédération helvétique fait part de la disponibilité de la Suisse à jouer un rôle de médiateur pour faire baisser la tension dans la région.

« Il faut que le diplomate ait de l’avenir dans ses vues » disait le maitre de la diplomatie que fut Talleyrand. Et c’est bien de cela dont il s’agit dans l’affaire nord-coréenne. Mais, c’est également le fameux problème de la quadrature du cercle face auquel les diplomates sont impuissants en dépit de leur habilité textuelle dans la rédaction des résolutions onusiennes et les militaires n’ont pas de recette miracle dans leur panoplie11 surtout lorsque le délinquant est plus rationnel qu’il n’y parait à première vue12. Au fil des années, nous sommes passés d’une question de prolifération nucléaire et balistique à une question de dissuasion nucléaire et balistique13. Jupiter est peu disert sur le sujet en dépit de son activisme débordant et déroutant. Il est vrai qu’il condamne régulièrement chaque tir balistique ou explosion d’une arme nucléaire par la Corée du Nord. Faut-il un accord entre Washington et Pékin ?14 Quid de l’avenir du régime multilatéral de maîtrise des armements, de non-prolifération auquel la France est tant attachée, du moins en parole ?15 Faut-il une reconnaissance de la Corée du Nord par les États-Unis ?16 Nul ne sait aujourd’hui si ce casse-tête chinois trouvera une solution avec ou contre Kim Jong-un.

1 Éditorial, Pyongyang provoque Pékin et Washington, Le Monde, 5 septembre 2017, p. 21.
2 Philippe Mesmer/Gilles Paris/Brice Pedroletti/Marc Semo/Harold Thibault, Le monde impuissant face au défi nucléaire de Kim Jong-un. Le d´fi nucléaire de la Corée du Nord inquiète le monde, Le Monde, 5 septembre 2017, pp. 1-2-3.
3 Théo Clément, « Sous pression, la Corée du Nord est dangereuse », Le Monde, 15 septembre 2017, p. 25.
4 Le casse-tête nord-coréen, TTU, 6 septembre 2017, n° 1074.
5 Philippe Pons, La bombe et l’économie, les deux priorités de Kim Jong-un, Le Monde, 5 septembre 2017, p. 3.
6 François Bonnet, Corée du Nord : le nucléaire place Kim Jong-un en position de force, www.mediapart.fr , 4 septembre 2017.
7 Valérie Niquet, Face à la Corée du nord, l’option militaire est la moins risquée, Le Monde, 6 septembre 2017, p. 23.
8 Philippe Mesmer, Pyongyang répond aux sanctions par un nouveau tir de missile, Le Monde, 16 septembre 2017, p. 3.
9 Isabelle Mandraud, Le dilemme nord-coréen de Vladimir Poutine, Le Monde, 6 septembre 2017, p. 3.
10 Claude Angeli, Trump joue les méchants en Corée sans convaincre, Le Canard enchaîné, 6 septembre 2017, p. 3.
11 Pascal Boniface, États-Unis et la Corée du Nord : il n’y a pas de solution militaire, Le Blog de Pascal Boniface, www.mediapart.fr , 4 septembre 2017.
12 J.-L. P., Et si Kim n’était pas fou, Le Canard enchaîné, 6 septembre 2017, p. 1.
13 Bruno Tertrais, « Nous vivons dans le monde de l’affirmation du nationalisme nucléaire », Le Monde, 10-11 septembre 2017, p. 19.
14 Pierre Lellouche, À l’ONU, les États-Unis sont seuls face à la Corée du nord, Le Monde, 12 septembre 2017, p. 25.
15 La rédaction, Iran, Corée : regain d’inquiétude sur la prolifération nucléaire, Le Monde, 16 septembre 2017, pp. 1-2-3.
16 Kevin Rudd (propos recueillis par Arnaud Leparmentier), Corée du Nord : « il faudrait un grand accord », Le Monde, 14 septembre 2017, p. 4.

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JACQUES-MARIE BOURGET – AFRIQUE-ASIE, septembre 2017 – Emmanuel Macron et les Palestiniens !!!

Attention, la lecture des lignes qui vont suivre peut gravement nuire à la santé, elles exigent pour le moins d’être lues en apnée, tant l’air dégagé est fétide. Nous parlons de la réception par Emmanuel Macron, président de la France, de Donald Trump, le catcheur héros d’une émission de téléréalité, qui est aussi chef de cuisine à Washington. À cet Ubu qui a jeté au nez de la France sa Cop 21, l’accord mondial sur le climat, Macron a réservé un traitement de vrai chef d’État. Il est clair que Trump et sa secte se foutent complètement et de la France et de Macron… Mais ça faisait joli pour un Américain de venir rendre à la France un La Fayette coiffé cette fois d’une perruque qui n’était plus blanche et enrubannée, mais blonde et laquée. Pour les télés Nescafé, celles qui moulinent l’actualité mondiale façon show-biz, ce voyage tombait vraiment bien. Je n’ai pas raison de blaguer sur l’importance cruciale de la rencontre puisque la chronique retiendra une confidence faite par Trump au New York Times : « Macron adore me tenir la main. » Voilà une confirmation d’une réalité qui dure : la France est bien dans la main de l’Amérique. Mieux, Trump, dans l’entretien, reprend trois fois cette pratique du président français qui l’a sidéré : « Les gens ne réalisent pas à quel point il aime me tenir la main »… Et voilà le scoop : Macron puise sa doctrine de politique étrangère dans une chanson de Françoise Hardy, Et la main dans la main. Et rien à voir avec « la mano en la mano » du Général lancé d’un balcon de Mexico ! Pathétique, l’épisode Trump fut rigolo, ridicule comme un opéra bouffe d’Offenbach. Manquait la musique. Pour l’accueil de celui qui devrait être jugé pour crimes de guerre, Benyamin Netanyahou, c’est une autre chanson. Un requiem. Dire que pour célébrer l’anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv » Macron a invité le premier ministre israélien… Il est vrai expert en matière de rafles. Ce choix du président français – et là on ne rit plus – est indigne, insultant pour l’Histoire, celle de tous les morts de ce drame des temps modernes. Voilà un reître qui dirige un gouvernement, plutôt une bande criminelle, auquel on demande de pleurer sur le sort d’innocents emblématiques ! Attendez un peu, un jour Macron nommera Landru ministre de la Condition féminine. Mais outrage, non content de glorifier l’immonde Netanyahou, Macron profite de la présence de ce sicaire pour assassiner l’Histoire. Démontrant par-là que les examinateurs du concours d’entrée à Normal Sup’ ont eu raison de le bouler. Enregistrons avec honte qu’un président de la France a profité de la commémoration d’un épisode de l’Holocauste, tragédie franco-française, pour prononcer cette phrase insultante puisque fausse : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. » La salive du petit président devenait alors un acide. Effaçant des tablettes les mots d’Hanna Arendt, d’Albert Einstein, de Maxime Rodinson, d’Edgar Morin et d’une foule d’intellectuels qui, justement, ont qualifié avec la diversité de leurs textes la vraie nature du sionisme : un colonialisme. Professeur d’histoire à l’université de Tel-Aviv, Shlomo Sand a, sur le sujet, adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron : « Pour être tout à fait franc, j’ai été plutôt agacé par le fait que vous ayez invité Benyamin Netanyahou, qui est incontestablement à ranger dans la catégorie des oppresseurs, et ne saurait donc s’afficher en représentant des victimes d’hier. » À propos de la phrase qui tue, celle sur le sionisme, Sand se demande si ces propos avaient pour but de « complaire » au chef du gouvernement israélien, ou si ceux-ci relèvent « purement et simplement d’une marque d’inculture politique ». « L’ancien étudiant en philosophie, l’assistant de Paul Ricœur, a-t-il si peu lu de livres d’histoire, au point d’ignorer que nombre de juifs, ou de descendants de filiation juive, se sont toujours opposés au sionisme sans, pour autant, être antisémites ? »… Voilà un TD de rattrapage bienvenu, qui nous démontre que Macron a plus fréquenté la cafétéria que les cours de celui qu’il cite comme sauf-conduit, comme son maître. Être homme de Ricœur ne vous assure pas d’être homme de cœur. Et pourtant si ! Quelques jours après le triomphe parisien de « Bibi », Macron va faire l’éloge public d’un citoyen qui, dans sa vie d’homme d’affaires, n’avait pas vu de malice à commercer avec un certain René Bousquet… le bourreau du Vél’ d’Hiv. Pour tenter de faire comprendre la gravité des propos du jeune Macron parlant en notre nom, piochons à nouveau dans les mots de Shlomo Sand qui sont un antidote : « En 1948, tous les grands noms du judaïsme américain avec en tête Albert Einstein et Hannah Arendt signent une adresse au président Truman lui enjoignant d’arrêter ou d’expulser le terroriste Menahem Begin qui vient de massacrer 200 villageois à Deir Yassine. Aux yeux du monde, le judaïsme à l’époque, c’est Rosa Luxembourg, Freud, Kafka, Einstein, Arendt. Toutes, tous, étaient non croyants et non sionistes, comme la majorité des 6 millions de morts du génocide nazi. Comment est-on arrivé à cette inversion qui fait que les valeurs de fascistes (je ne trouve pas d’autre mot) comme Begin, Shamir, Liberman, Sharon se sont imposées et sont devenues celles des criminels Olmert, Perès, Barak, Livni… ou celles d’un grand nombre de dirigeants communautaires en France. » Vite, faisons donc une souscription afin de financer un bibliobus-histoire (Macron aime les bus) qui ferait un stop à l’Élysée et viendrait s’ajouter à la formation permanente du président qui bénéficie déjà des séances de cinéclub organisées au Palais par BHL. Une bonne idée, non ?

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France-2 diffusa jeudi un bref reportage sur le jeune Aleppin Omran, dont l’image hébétée, arrangée après une attaque sur son immeuble en août 2016, avait nourri une nième exploitation médiatique contre le régime syrien. Son père l’ayant récupéré, il refusa l’argent proposé pour faire d’autres photos. France-2 est en retard : dès juin une journaliste revenue à Alep publia la version du père, scandalisé par le comportement des Casques Blancs et des rebelles armés illégaux d’Alep-Est. Le journaliste de France-2, lui, eut le culot de supposer des pressions du gouvernement syrien sur le père ! Le 15 matin, France-Culture osa dire : « La Russie martyrise la Syrie ». Honte à nos media publics et au quatuor Sarkozy-Juppé-Hollande-Fabius, complices de Qatar, Arabie, Turquie, Etats-Unis et Grande Bretagne pour avoir illégalement financé, armé, formé, renseigné ces rebelles illégaux, instrumentalisés pour détruire la Syrie.

Bernard Cornut

 

SABRA-CHATILA, 35 ANS APRES…

L’auteur dédie ce texte au journaliste Amnon Kapeliouk et au Colonel de l’armée israélienne Elie Gueva. Commandant de l’assaut de Beyrouth, le Colonel Elie Gueva a démissionné de son poste sur le champ de bataille en guise de protestation contre des ordres qu’il jugeait contraires aux lois de la guerre et de la morale. Elie Gueva a été depuis lors ostracisé par la société militaire israélienne, frappé du syndrome de Sabra-Chatila, rejeté vers les profondeurs de l’anonymat le plus complet, alors que la mise en relief d’un tel comportement aurait eu valeur pédagogique et thérapeutique.

SAMIR GEAGEA : UNIQUE SURVIVANT DE CETTE TRAGÉDIE

« A Chatila, à Sabra, des non-juifs ont massacré des non-juifs, en quoi cela nous concerne-t-il ?» Intervention du premier ministre israélien Menahem Begin à la Knesset lors du débat sur les responsabilités israéliennes dans le massacre des camps palestiniens du sud de Beyrouth, l’été 1982.
« Toute cette équipée aurait dû porter en sous-titre « Songe d’une nuit d’été » malgré les coups de gueule des responsables de quarante ans. Tout cela était possible à cause de la jeunesse, du plaisir d’être sous les arbres, de jouer avec des armes, d’être éloigné des femmes, c’est-à-dire d’escamoter un problème difficile, d’être le point le plus lumineux parce que le plus aigu de la révolution, d’avoir l’accord de la population des camps, d’être photogénique quoi qu’on fasse, et peut-être de pressentir que cette féerie à contenu révolutionnaire serait d’ici peu saccagée: les Fedayine ne voulaient pas le pouvoir, ils avaient la liberté.

Au retour de Beyrouth, à l’aéroport de Damas, j’ai rencontré de jeunes Fedayine, échappés de l’enfer israélien. Ils avaient seize ou dix-sept ans: ils riaient, ils étaient semblables à ceux d’Ajloun. Ils mourront comme eux. Le combat pour un pays peut remplir une vie très riche, mais courte. C’est le choix, on s’en souvient, d’Achille dans l’Iliade… » Jean Genêt « Quatre heures à Sabra-Chatila», in Revue d’Etudes Palestiniennes, N°6 Hiver 1983.

L’AMNÉSIE

Avec une régularité de métronome, la malédiction de Sabra-Chatila frappe ses promoteurs, souvent de manière violente, n’épargnant pratiquement aucun de ses protagonistes, comme l’expression d’une sorte de justice immanente, quarante-cinq ans après ce massacre de sang froid de près de trois mille civils des camps palestiniens de Sabra-Chatila, dans la banlieue sud-est de Beyrouth.

Hormis le rapport Kahanna de la commission d’enquête israélienne sur ce massacre et le bouleversant témoignage de l’écrivain français Jean Genêt «quatre heures à Chatila » consigné à l’automne 1983 dans la Revue d’Etudes Palestiniennes, et les deux documentaires « Massaker » et « Valse avec Bachir », aucune œuvre de l’esprit, encore moins un «roman-enquête», -la technique de narration préférée du philosophe Bernard Henry Lévy pour torturer la vérité et titiller l’imagination et la curiosité de ses zélateurs, n’est venu éclairer ne serait-ce que d’un simple faisceau lumineux cette effroyable boucherie commise, sans discernement, par les milices chrétiennes libanaises, téléguidée par la soldatesque israélienne, ivre de colère devant l’échec de leur plan de mainmise sur le Liban.

Depuis 45 ans, une chape de plomb s’est abattue sur cet épisode peu glorieux de l’armée israélienne au Liban, ternissant sa réputation au point de mettre à mal le mot d’ordre justificatif de ses excès, la « pureté des armes » israéliennes, au point de bouleverser la perception de l’opinion internationale à l’égard d’Israël. Près de trois mille civils palestiniens seront massacrés pendant deux jours, du 15 au 17 septembre 1982, dans une opération ordonnée pour venger l’assassinat de Bachir Gemayel, chef des Forces Libanaises, fraîchement élu à la présidence de la République Libanaise et assassiné à la veille de son entrée en fonction.

Par la gratuité de sa violence aveugle, cet acte fut comparé en son temps par le Président François Mitterrand à Ouradour-sur-Glane, du nom d’une opération analogue commise par l‘armée allemande à l’encontre des habitants de la bourgade française en guise de représailles à l’assassinat de soldats allemands en France. Trente-cinq ans après que sont les protagonistes de ce drame devenus ?

LE CLAN GEMAYEL, LE GRAND PERDANT DE L’AFFAIRE MALGRÉ DEUX PRÉSIDENTS

Bachir Gemayel, qui rêvait de raser les camps palestiniens en une lointaine anticipation des épurations ethniques des guerres post-communistes de la décennie 1990, [..]

René Naba

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