Observatoire Géostratégique

numéro 235 / 17 juin 2019

CENSURE : APRÈS LE SECTEUR DE LA RECHERCHE, C’EST AU TOUR DE L’INFORMATION !

« À force de tout voir l’on finit par tout supporter…

À force de tout supporter l’on finit par tout tolérer…

À force de tout tolérer l’on finit par tout accepter…

À force de tout accepter l’on finit par tout approuver ! »

(Saint Augustin)

Et, c’est bien ce à quoi l’on assiste aujourd’hui dans le domaine ô combien sensible de la défense des libertés publiques dans notre pays. Décidément, plus la Macronie se sent assiégée, plus elle se cabre comme le font traditionnellement les régimes autoritaires. Malheureusement, les exemples de cette dérive « illibérale » auraient tendance à se multiplier au cours des derniers mois, des dernières semaines. Nous avons eu l’occasion d’en informer nos fidèles lecteurs afin de les alerter sur ces facéties d’un régime qui est de plus en plus aux abois et qui pratique une forme pernicieuse de censure inacceptable de la part d’un pays qui s’autoproclame « patrie des droits de l’homme » et qui se présente comme un modèle à suivre de démocratie et d’état de droit. Dans la pratique, le moins que l’on puisse dire est que la réalité est plus contrastée. Un léger retour en arrière s’impose pour mieux comprendre l’état de la situation actuelle de la liberté d’expression dans notre pays : centres de recherche déviants, journalistes indiscrets, pressions sur les quotidiens régionaux libres et vaste plaisanterie de la récente loi sur les « infox ». Pour conclure, nous évoquerons la vérité de la République des bobards.

LA CENSURE DES CENTRES DE RECHERCHE DÉVIANTS

En février 2017, nous stigmatisions la censure sévissant au Quai d’Orsay à l’égard d’un blog consacré à la défense des libertés publiques1. En avril 2019, nous prenions note de la question de la censure française, en général et des foudres qui se sont abattues sur le colonel François-Régis Legrier, après son article sur la Revue défense nationale, critique intitulé : « La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? »2. L’agence française de développement a annulé la publication d’un dossier sur le Mali qui devait paraître dans sa revue Afrique contemporaine, animée par des chercheurs-universitaires, provoquant une mini-fronde dans le milieu de la recherche sur l’Afrique3. Manifestement, toute vérité – autre que la vérité officielle (la pravda pour reprendre le terme consacré) – n’est pas bonne à dire au pays qui se revendique de la liberté d’expression. Voilà pour le monde de la recherche dont on comprend qu’il est tenu brides courtes afin qu’il ne s’avise pas de critiquer la doxa. Et ce ne sont là que les exemples médiatisés. L’arbre qui cache la forêt tant les centres de recherche dépendant des subsides publiques (l’argent du contribuable) doivent marcher au pas s’ils veulent survivre. C’est du donnant-donnant, je te tiens, tu me tiens par la barbichette. On comprend mieux pourquoi la pensée libre, iconoclaste, non-conformiste est de plus en plus cadenassée dans l’hexagone. Haro sur tout ce qui fait preuve de sens critique.

Hier, l’on s’attaquait à la recherche en lui supprimant des subsides pour la faire rentrer dans le rang, [..]

Jean Daspry

1 Jean Daspry, Censure au Quai d’Orsay ? À mourir de rire, www.prochetmoyen-orient.ch , 6 février 2017.
2 Jean Daspry, Le colonel a dit la vérité, il doit être exécuté, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 février 2019.
3 Jean Daspry, Censures françaises. Suite, www.prochetmoyen-orient.ch , 1er avril 2019.

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KURDISTAN IRAKIEN : LE QUAI D’ORSAY CONFIE UNE MISSION A L’AFFAIRISTE BERNARD KOUCHNER…

 

Les Etats-Unis ont réussi à déclencher une guerre asymétrique dans le golfe persique. Comme si la région en avait besoin ! Mais c’est bon pour eux, pour les cours du pétrole et les actions en bourse du complexe militaro-industriel : America first ! Les bruits de bottes et de torpilles atténuent le fiasco annoncé du fameux « deal du siècle », un « plan de paix globale » entre Israël, la Palestine et le monde arabe. Préparé par le propre gendre de Donald Trump, cette imposture, qui doit être dévoilée à Bahreïn le 24 juin prochain, vient d’être qualifiée de « morte née » par le ministre américain des Affaires étrangères Mike Pompeo lui-même… C’est dire ! Mais, pour ne pas être totalement ridicule, le même vient d’effectuer une tournée dans les pays arabes afin de s’assurer (chèques à l’appui) que les chaises ne seront pas complètement vides. Les « amicales » pressions ont surtout visé le Maroc et l’Egypte, les deux pays sunnites clefs du dispositif moyen-oriental de Washington. Par conséquent, la dernière petite guerre persique arrive à point nommé pour mettre toutes les difficultés de la région sur le dos de l’Iran. Voulant laisser se dissiper les fumées propagandistes, prochetmoyen-orient.ch reviendra sur ces différents événements, la semaine prochaine.

La rédaction

 
Tripoli (Liban), Ehden, 13 juin 2019.

Se rendre par avion à Erbil – la capitale du Kurdistan irakien, à 70 kilomètres de Mossoul – est plus facile que d’aller à Nice, Dublin ou Genève. Pas besoin de visas, ni d’aucune formalité avec la capitale irakienne Bagdad. Un contrôle d’identité à l’aéroport est effectué par des vigiles dont les uniformes n’arborent aucun insigne, ni marque d’appartenance à une quelconque unité. Etrange pour cette région – pourtant politiquement et économiquement stratégique – qui continue d’appartenir officiellement à la République d’Irak.

C’est d’autant plus curieux… ou plutôt non c’est parfaitement logique, parce qu’à l’image du Kosovo, le Kurdistan irakien est devenu une petite dictature mafieuse dirigée par un clan – les Barzani -, et protégée par un Etat de la région : Israël.

TINTIN ET LE SCEPTRE DE BARZANI

Cette entité – hors-sol régalien – est, désormais dirigée par deux cousins : Netchirvan et Mansour Barzani. Les nouveaux président et Premier ministre du Kurdistan sont respectivement le neveu et le fils du chef historique Massoud Barzani. « Malgré le passage de relais entre générations, le spectre de celui qui fut président du Kurdistan depuis la création du poste en 2005 jusqu’à l’échec du référendum sur l’indépendance en 2017, continuera de planer sur la politique kurde », explique un diplomate européen en poste à Erbil. Lundi dernier, Netchirvan Premier ministre sortant (52 ans) a prêté serment comme nouveau président du Kurdistan. Il est le gendre de Massoud Barzani. Le lendemain, Masrour Barzani, patron des services kurdes de renseignement (50 ans) et cousin du nouveau président, a été nommé au poste de Premier ministre. A part les Etats-Unis de Donald Trump, aucune dictature jusqu’à aujourd’hui n’avait réussi un tel tour de force !

Le grand-père des deux nouveaux dirigeants Moustafa Barzani a fondé le premier parti politique du Kurdistan – le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) – grand vainqueur des élections législatives de 2018 avec 45 sièges sur 111. « De fait, le centre de gravité de la vie politique kurde s’est déplacé des institutions officielles vers les cercles officieux et familiaux », expliquent un attaché militaire européen en poste à Bagdad, « la famille Barzani s’étant imposée comme une institution alternative dont Massoud reste le vrai patron, sinon le ‘Parrain’ ». Symboliquement, lundi – aussitôt la prestation formelle de Netchirvan Barzani -, c’est son oncle Massoud qui a été le premier à monter à la tribune pour prononcer un long discours avant le nouveau président et toute autre autorité irakienne.

« Malgré leurs ambitions contradictoires allant grandissantes – au final, qui sera calife à la place du calife ? -, Netchirvan et Masrour Barzani devront restés unis face aux défis extérieurs, c’est-à-dire face à la capitale nationale Bagdad, mais aussi face aux intérêts iraniens, syriens, turcs et israéliens qui ne coulent pas dans le même fleuve tranquille… Faire front commun pour ne pas casser la poule aux œufs d’or d’une région qui regorge de pétrole… ». Toutefois, l’empire de la famille de Don Barzani n’est plus la chasse gardée du seul PDK.

Son grand rival, l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) du défunt président irakien Jalal Talabani, veille au grain tout en fonctionnant de manière toute aussi mafieuse. C’est d’ailleurs le fils de Jalal, Qubad Talabani, qui était le vice-Premier ministre de Netchirvan Barzani. Selon les connaisseurs, il pourrait conserver ce poste pour des raisons évidentes de prébendes liées à la répartition de la rente pétrolière.

BAGDAD, CRABE AUX PINCES D’OR RAMOLLIES

Dans ces circonstances que seuls les tintinologues avertis peuvent aisément déchiffrées, il apparaît que les derniers développements du Kurdistan d’Irak affaiblissent dangereusement Bagdad, dans un contexte particulièrement volatile où justement la république irakienne pourrait jouer un rôle de médiation de premier plan entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran. Selon plusieurs sources de prochetmoyen-orient.ch, le Premier ministre irakien Adel Abdel-Mehdi a formé un « Comité de médiation » dirigé par le ministre des Affaires étrangères Mohammed Ali al-Hakim. L’équipe comprend notamment le chef des services de renseignement, Mustafa al-Kadhimi, et le directeur du Conseil de sécurité nationale, Faleh al-Fayadh.

Pour jouer un rôle de médiateur entre les États-Unis et l’Iran, l’Irak doit maîtriser les leviers de pression afin d’imposer sa place à la table des négociations. Les États-Unis et l’Iran considèrent tous deux l’Irak comme une priorité absolue. La stabilité d’un Irak reconstruit (avec eau et électricité) peut-elle fonctionner comme une monnaie d’échange potentielle ? Jusqu’à récemment, Téhéran et Washington ont pu collaborer épisodiquement pour combattre le terrorisme, mais moult tensions – à commencer par la pseudo-indépendance du Kurdistan d’Irak- menacent cette recherche d’équilibre. « L’Irak est comme un crabe aux pinces d’or ramollies », ajoute l’une de nos sources, « ramollies par un Kurdistan d’Irak de plus en plus autonome vis-à-vis de Bagdad et de plus en plus dépendant d’Israël ».

Ni Téhéran ni Washington ne sont omnipotents ou omniscients en Irak. Les deux pays ont commis des erreurs et continuent d’en faire : l’instrumentalisation du terrorisme par les Occidentaux en Irak et en Syrie pour abattre Bachar al-Assad, la consolidation par Téhéran d’une suprématie chi’ite aux détriments des tribus sunnites irakiennes, la mise sous tutelle du Kurdistan d’Irak par les services et les investissements israéliens, etc. Des deux côtés, chacun des partenaires ont intérêt à un Irak reconstruit, jouissant d’une stabilité durable, pivot d’équilibre entre les mondes sunnites et chi’ites.

Dans ce contexte, dernièrement aggravé par le déclenchement d’une « guerre asymétrique » dans le golfe persique, guerre dont Washington porte la plus grande responsabilité, l’Irak doit s’efforcer de travailler avec l’ensemble des acteurs régionaux et internationaux qui ne veulent pas voir le conflit américano-iranien tourner à la catastrophe d’une nouvelle guerre ouverte dans cette région ô combien stratégique, et pas seulement en raison de ses enjeux énergétiques, mais aussi comme l’une des principales voies maritimes du monde ! De nombreuses capitales européennes – Londres, Berlin, Paris – s’efforcent de trouver des moyens pour empêcher l’emballement de l’inexorable machinerie de guerre enclenchée par les « Faucons » de Washington, bien conscientes qu’il n’est dans l’intérêt de personne de voir la crise d’intensifier. C’est dans cet état d’esprit que Paris a lancé plusieurs initiatives dont l’une vient de tourner court…

Richard Labévière

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FRÈRE LE CHOUCHEN VA À CONFESSE – Ali Baba. Ali Baba, par l’odeur alléché (celle de la pravda du Quai d’Orsay qui a pour adresse www.diplomatie.gouv.fr ) se précipite sur la dernière livraison de l’hebdomadaire le Point. Il est avide de découvrir l’entretien vérité du maître de la diplomatie française, Jean-Yves le Drian. Il va certainement éclairer le béotien qu’il est en matière de relations internationales. Le titre du madrigal est enivrant : « la grande confession du silencieux »1. Il lui donne l’eau à la bouche tant il sent qu’il va découvrir des informations, des analyses, des prospectives sur le monde de demain qu’il ne peut trouver sous la plume du journaleux de base. Vous savez, celui qui ne fait que colporter les fameux éléments de langage (EDL) que lui servent les « spin doctors » des Palais de l’Élysée et d’Orsay. Une sorte de bouillie pour les chats aussi incompréhensible qu’indigeste pour le citoyen normal. Il est clair que cela va décoiffer, preuve en est que nous découvrons la calvitie prononcée de notre barde breton. De plus, une autre photo nous dévoile notre ami, Le Chouchen derrière le bureau de Vergennes en compagnie de son directeur de cabinet (son ex-conseiller diplomatique au ministère de la Défense), Nicolas Roche, néocon bon teint dont l’humilité n’est pas la qualité première. Revenons à notre entretien trash et cash qui doit nous illuminer, nous montrer le chemin de la France dans un monde incertain. Pour faire simple, distinguons la partie traitant de la politique intérieure de celle relative à la politique étrangère/diplomatie.

POLITIQUE INTÉRIEURE : ODE À MACRON

Jean-Yves le Drian nous dévoile sa profonde pensée politique à l’issue du scrutin européen du 26 mai 2019. Rien de très original si ce n’est un exercice de cirage de pompes en bonne et due forme de son maître, Jupiter 1er. Il récuse tout idée de départ du Quai d’Orsay que laisserait présager la fuite des cerveaux de son cabinet. Sur la crise des « gilets jaunes », il nous sert quelques platitudes de bon aloi sur le thème nous n’avons pas bien compris la souffrance qui se dissimulait derrière cette protestation que l’on ne peut assimiler à un refus du changement. Toutes les leçons de cette jaquerie ont été tirées par Kim Jong-Macron avec l’audacieuse initiative qui a pour nom grand débat. De plus, Emmanuel Macron a compris « l’épaisseur de l’humus social » et « la nécessité que l’action publique soit plus proche des gens ». L’urgence est désormais à la réduction des fractures territoriales à travers un nouveau contrat social. L’heure est, après la bataille des idées gagnées par le chef de l’État, de passer à une écologie de l’action, à ne pas confondre avec une écologie de l’incantation. Il se contente de formules creuses pour décrire l’effondrement de la droite et de la gauche lors des élections du 26 mai dernier. Il récuse toute idée de droitisation de la majorité d’En marche. Mais, il entend travailler à fédérer l’aile gauche de la Macronie, démarche qu’il considère comme une nécessité. Sur ce volet intérieur de son entretien, le « doyen du gouvernement » poursuit, avec constance, son exercice de brosse à reluire en direction du Premier ministre, Édouard Philippe tout en soulignant que l’âge n’est pas un critère de compétence. En définitive, rien de très novateur, de très anticonformiste dans cette langue de bois épaisse qui ne mange pas de pain.

POLITIQUE ÉTRANGÈRE : ODE AU CHOUCHEN

Notre breton madré en vient au cœur de son propos, l’action extérieure de la France à la destinée de laquelle il préside. Au passage, on n’est jamais si bien servi que par soi-même. C’est pour cela qu’il se jette des fleurs à tour de bras. Pourquoi se priver d’un petit plaisir ? La banalité et la vacuité de notre nouveau Talleyrand est criante. Son diagnostic laisse songeur pour un homme aussi bien informé par son administration centrale, ses ambassades et consulats, les services de renseignement. Nous découvrons, abasourdis, que le « monde devient sa foi ni loi », que le monde multilatéral se délite et que les relations internationales sont dominées par les rapports de force. La confrontation l’emporte sur le compromis. Mazette ! L’Amérique privilégie l’isolationnisme, la Russie bloque le Conseil de sécurité, la Chine veut transformer les instances multilatérales en outils au service de ses ambitions. L’Europe doit changer de logiciel si elle ne veut pas sortir de l’histoire. Elle doit parler avec tout le monde et cesser d’être naïve. Elle doit assumer ses responsabilités et se progresser contre les agressions stratégiques grâce à une Europe de la défense qui progresse à pas de géants. Vaste programme, aurait dit le général de Gaulle. Jean-Yves Le Drian est ondoyant sur la question des livraisons d’armes au Yémen, prenant fait et cause pour l’Arabie saoudite qui doit se défendre contre les agressions des Houthis. Mais, la guerre doit cesser. Amen ! Il est aussi confus que possible sur la situation en Libye, sur l’opération Barkane, la mission EUTM Mali et sur le sort réservé aux français condamnés à mort en Irak. Bel exercice d’équilibrisme, de funambulisme diplomatique qui ne débouche que sur le néant, signe distinctif de la diplomatie à la sauce jupitero-le drian. En un mot, tout ceci est affligeant.

Reconnaissons volontiers à notre bien aimé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères une qualité indéniable, celle de commentateur de l’actualité ! Une sorte de folliculaire qui sévit sur les plateaux des chaines d’abrutissement en continu. Reconnaissons volontiers à notre bien aimé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères un travers indéniable, celui de la vacuité de sa pensée stratégique, si tant est que le terme soit bien adapté. Il est vrai que deux pièces essentielles font défaut à son dispositif : un directeur des Affaires politiques et un responsable du centre d’analyse prospective et stratégiques (CAPS). On comprend mieux qu’il manque de cap, de vision, de profondeur stratégique indispensables à tout responsable de la diplomatie qui se respecte. Tout ceci est confondant de médiocrité. Autrement dit, la diplomatie de Frère Le Chouchen qui va à confesse (ce qui ne manque pas de sel lorsque l’on est adepte du tablier) est pathétique.

1 Jean-Yves Le Drian (propos recueillis par Romain Guibert/Jean Guisnel/Sébastien Le Fol), La grande confession du silencieux, Le Point, 13 juin 2019, pp. 34 à 38.


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L’UE N’EST PAS PRÊTE D’ADOPTER UNE POSITION COMMUNE POUR CONTRER LA GUERRE COMMERCIALE AMERICAINE – RT-France, 14 juin.

Après une rencontre avec son homologue polonais, le président des Etats-Unis a menacé de sanctions les investisseurs européens du gazoduc construit par Gazprom. La Pologne, elle, prévoit la fin prochaine de ses accords avec le producteur russe. Le président des Etats-Unis, Donald Trump a déclaré le 13 juin, après une rencontre avec le président polonais Andrzej Duda à la Maison Blanche, qu’il envisageait des sanctions contre le projet de gazoduc russe Nord Stream 2, que les « Etats-Unis ont demandé aux entreprises européennes d’éviter ». Il a aussi répété ses mises en garde à l’attention de l’Allemagne contre une dépendance vis-à-vis de la Russie pour ses approvisionnements en hydrocarbures. « Nous protégeons l’Allemagne contre la Russie et la Russie reçoit des milliards et des milliards de dollars de l’Allemagne », a-t-il ajouté. L’administration de l’ancien président Barack Obama s’opposait déjà à Nord Stream 2, mais Donald Trump a franchi une étape dans le ton de ses déclarations. A l’issue de sa conversation avec le président polonais il a jugé que Nord Stream « fai[sait] réellement de l’Allemagne un otage de la Russie si les choses tourn[ai]ent mal ». Nord Stream 2, projet de gazoduc de 1 200 km destiné à acheminer du gaz de Russie sous la mer Baltique jusqu’en Allemagne, doublerait la capacité de l’oléoduc Nord Stream existant et a divisé l’Union européenne. Certains pays nordiques ou d’Europe orientale ainsi que des Etats riverains de la mer Baltique se déclarent opposés au projet mais de nombreux hommes politiques et chefs d’entreprises allemands soutiennent Nord Stream 2, car la plus grande économie d’Europe, qui a renoncé au nucléaire et cherche à faire baisser la part du charbon dans sa production d’énergie, a besoin de gaz en abondance et avec régularité. Le producteur de gaz russe public Gazprom est le maître d’ouvrage de Nord Stream 2, et 50% du financement du projet est assuré par les sociétés allemandes Uniper, Wintershall et BASF, le groupe anglo-néerlandais Shell, l’Autrichien OMV et le Français Engie. Le secrétaire américain à l’Energie, Rick Perry, cité par l’agence Reuters déclarait en mai qu’ un projet de loi de sanctions imposant de sévères restrictions aux entreprises impliquées dans le projet serait élaboré dans un « avenir pas trop éloigné ». Il s’est rendu récemment à Bruxelles pour promouvoir les exportations américaines de gaz naturel liquéfié (GNL). A l’occasion il a insisté auprès de ses interlocuteurs gouvernementaux sur les interruptions de livraison de gaz russe au cours de l’hiver 2009 dues à un litige sur les prix de transit avec l’Ukraine, plaidant la fiabilité des livraisons de GNL américain. Depuis une demi-douzaine d’années et avec un accroissement récent très net, les entreprises américaines de GNL ont passé des contrats de long terme avec des pays européens, mais leur gaz est généralement plus coûteux que celui qui est acheminé par gazoduc depuis la Russie. En marge de la visite d’Andrzej Duda à Washington, la société pétrolière et gazière polonaise (PGNiG) a signé un contrat portant sur l’achat de 1,5 million de mètres cube de GNL par an à l’entreprise américaine Venture Global LNG à partir de 2023. Cet accord portera le total de ses achats à ce fournisseur à l’équivalent de 3,5 millions de mètres cubes par an, contre les 10 millions de mètres cube annuels qu’achète actuellement la Pologne à Gazprom.

 

LA MENTION « COLONIE ISRAELIENNE » OBLIGATOIRE POUR LES ALIMENTS, SELON L’AVOCAT DE LA CJUE – L’Echo, 13 juin.

Selon l’avocat général de la Cour de Justice de l’Union européenne, dont l’avis est le plus souvent suivi en dernière instance par les juges, le consommateur doit être informé lorsqu’un produit alimentaire provient des colonies israéliennes. L’affaire remonte à 2016, quand le gouvernement français a publié un avis aux opérateurs économiques indiquant que les denrées alimentaires en provenance des territoires occupés par Israël devaient porter la mention « colonie israélienne » ou des termes équivalents. L’Organisation juive européenne et la société spécialisée dans l’exploitation de vignobles Vignoble Psagot, notamment présente dans ces territoires, avaient demandé l’annulation de cet avis devant la justice française.

Le Conseil d’Etat français a saisi la Cour de Justice de l’Union, compétente en dernier ressort pour interpréter le droit européen – en l’occurrence le règlement sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires. Ce jeudi, son avocat général Gerard Hogan conclut que la situation d’un territoire occupé par une puissance occupante « constitue un facteur susceptible d’avoir une incidence importante sur le choix d’un consommateur normalement informé » dans un contexte où, « il convient de respecter les différences de perception des consommateurs et leurs besoins en matière d’information, y compris pour des raisons ethniques ».

DE L’APARTHEID AUX COLONIES

De la même manière que de nombreux consommateurs on pu s’opposer à l’achat de produits sud-africains à l’époque de l’apartheid, indique l’avocat, il est possible que « dans le contexte de la politique israélienne à l’égard des territoires occupés et des colonies de peuplement », certains consommateurs s’opposent à l’achat de produits qui proviennent de ces territoires. Selon lui, « une violation du droit international constitue le type de considération ethnique que le législateur de l’Union a reconnue comme légitime dans le contexte de l’exigence d’informations sur le pays d’origine ».

Dès lors, indique un communiqué de la Cour de Justice, l’avocat général estime que « l’absence d’indication [du] lieu de provenance d’un produit en provenance d’un territoire occupé par Israël […] pourrait induire le consommateur en erreur ». Le droit de l’Union exige donc selon lui que pour un produit originaire d’un territoire occupé par Israël depuis 1967 « l’indication du nom géographique de ce territoire et l’indication, le cas échéant, que le produit provient d’une colonie israélienne ». L’avocat général se forge un avis de manière indépendante et ses conclusions ne lient pas la Cour de Justice. Dans la plupart des cas, les juges suivent son raisonnement. La date de leur décision finale n’est pas précisée.

Deux points particulièrement particulièrement importants de l’avis de l’avocat général de la Cour de Justice de l’Union européenne :

1) Selon moi, la référence aux « considérations éthiques » dans le contexte de l’étiquetage du pays d’origine est clairement une référence à ces considérations éthiques plus larges qui peuvent éclairer la réflexion de certains consommateurs avant l’achat. De même que de nombreux consommateurs européens étaient opposés à l’achat de produits sud-africains à l’époque de l’apartheid avant 1994, les consommateurs d’aujourd’hui peuvent, pour des motifs similaires, s’opposer à l’achat de produits en provenance d’un pays donné, par exemple parce que ce n’est pas une démocratie ou parce qu’il applique des mesures politiques ou sociales particulières que ce consommateur estime répréhensibles, voire révoltantes. Dans le contexte de la politique israélienne à l’égard des territoires occupés et des colonies de peuplement, il est possible que certains consommateurs s’opposent à l’achat de produits provenant de ces territoires, précisément parce que l’occupation et les colonies de peuplement constituent clairement une violation du droit international. La Cour n’a bien entendu pas pour tâche d’approuver ou de désapprouver un tel choix du consommateur : il suffit plutôt d’indiquer qu’une violation du droit international constitue le type de considération éthique que le législateur de l’Union a reconnue comme légitime dans le contexte de l’exigence d’informations sur le pays d’origine.

2) En effet, l’adhésion à des exigences du droit international est considérée par beaucoup – et pas seulement par un groupe restreint d’experts spécialisés dans le domaine du droit international et de la diplomatie – comme jouant un rôle vital dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales et un présage de justice dans un monde autrement injuste. C’est peut-être particulièrement vrai dans le contexte des citoyens de l’Union qui ont été témoins, durant toute leur vie pour certains, de l’effet destructeur de la force brute à une époque où certains pays avaient fini par croire que le droit international n’était qu’une simple promesse vide de sens aux opprimés et aux êtres vulnérables du monde et qu’il pouvait être ignoré en toute impunité.

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Tanker japonais touché, médiation pas coulée. Souvent des médiateurs furent assassinés, des médiations coulées. Le Suédois Bernadotte, médiateur de l’ONU en Palestine post-mandataire fut assassiné par un commando sioniste pendant une trêve qui servit à Ben Gourion, avec Golda Meir aux Etats-Unis et Shimon Pérès en Tchécoslovaquie, à se réapprovisionner en armes. En 1961, l’avion du SG de l’ONU, Dag Hammarskjöld, médiateur entre Congo et Katanga, fut abattu. Le Palestinien Issam Sartaoui fut assassiné en 1983 au Portugal au moment de contacts avec des Travaillistes israéliens. Au début de la guerre arrangée entre Iraq et Iran, alors que Saddam Hussein priait instamment le SG de l’ONU de négocier un cessez-le-feu, une escadrille venue dont on ne sait où vint bombarder le 30 septembre 1980 la centrale électrique de Baghdad-Dora, relançant la guerre. Un objet volant, dirent les marins du tanker japonais, lancé dont on ne sait où…

Bernard Cornut

 

  1. « Les gens qui payent ont le droit de faire ce qu’ils veulent de ce qu’ils ont acheté » explique une attachée de presse de Roland Garros à propos des sponsors qui invitent des VIP à trinquer au lieu d’utiliser le siège qui leur a été réservé sur le court. La plèbe, dans les hauteurs ; le gratin, à l’intérieur. Et les premiers gradins, vides comme l’horreur.
  2. Valérie Pécresse restait chez LR car elle n’en supportait pas le Président, Laurent Wauquiez. Maintenant qu’il en est parti, elle démissionne – logique de la part d’une experte en tactique, qui annonçait son soutien à Juppé la veille du choix Fillon aux Primaires. Pécresse a toujours tendance à regarder dans deux directions à la foi
  3. La France n’a jamais été en guerre contre l’Allemagne, et surtout pas en 1940-45 – mais contre le 3è Reich, contre les nazis, contre tout ce qu’on veut qui ne s’appelle pas ‘allemand’. D’ailleurs, même la formule de couple ‘franco-allemand’ est devenue obsolète. Ce serait comme évoquer la ‘théorie des deux Etats’ au Proche-Orient.
  4. La Marseillaise est sifflée dans un stade turc. Un banquier français croupit dans une prison russe. Suite à l’intervention de Trump, son associé américain en sort ; pas lui. Moralisateur, notre Ambassadeur à Moscou craint que « la détention (ne) crée de l’incompréhension et de l’inquiétude ». Poutine tremble. La voix de la France porte.
  5. Il manque une voix au chœur des vierges effarouchées qui demandent aux irakiens de condamner à mort nos jihadistes mais de ne pas les exécuter : celle du Président du Conseil Constitutionnel qui, en saluant « le bon boulot des p’tits gars d’Al-Nosra », revenait à légitimer le départ de Français vers la Syrie pour combattre l’hydre Bachar.

Dinall’uill

 

ATTENTION : « JOURNALISTES-MILITANTS » !

Mes derniers amis, avec lesquels je viens de me réunir dans une cabine de karaoké, le savent, je ne suis pas du genre à critiquer la police. Quand ils coupent des mains, éborgnent des regards, provoquent la mort d’une vieille dame à Marseille, je trouve ça vraiment juste et bien. D’ailleurs la vieille dame, on ne va pas la compter puisqu’elle est algérienne. L’action policière est conforme à la comptine des Droits de l’homme, telle que récitée par Castaner : nous sommes une grande démocratie où la répression ne saurait être injuste. Les borgnes et les sans main, qui ont remplacé les « sans dents », doivent s’affirmer heureux. Le coup de matraque, le pétard du flash-ball sont comme le goupillon qui bénit le pécheur, ou le coup de règle de l’instit vintage. Va en paix mon fils.

Mais ce qui m’a choqué, et là je vais être franc avec les amis de la police, c’est l’arrestation et la garde à vue d’un journaliste. Donc d’un confrère. Comme c’est une espèce en voie d’extinction, j’aime les hommes de presse, tout autant que le regretté volatile, le dodo. Mon premier mouvement a été de sauter sur une trottinette d’Hidalgo, qui n’est pas lente, pour foncer vers le commissariat d’Alfortville où le reporter était détenu par d’exquis policiers. Mon second mouvement fut de lire à la volée, sur téléphone, ce que disait la presse des malheurs du confrère : « Le journaliste militant Taha Bouhafs poursuivi pour « outrage », son téléphone mis sous scellé », lis-je dans « Le Monde » qui dit toujours vrai, même à 8h54 quand le croissant vient de quitter la lune pour rejoindre la sous-tasse du café. A l’OBS, autre succursale de Niel, on affiche la même chose : « Le journaliste et militant Taha Bouhafs… ». Je m’en vais alors voir au vrai chic « Parisien », chez Arnaud qui, lui, n’est que le beau-père de Niel, mais c’est rebelote : « Le journaliste et militant Taha Bouhafs… ».

Je délaisse la trottinette pour la réflexion : si d’aussi merveilleux confrères qualifient ce journaliste de militant, c’est pour nous dire, entre les dents, qu’il n’est pas journaliste, ou pas vraiment. Donc pas nécessaire de rouler jusqu’à Maison Alfort, ville que mes chats détestent car pleine de vétérinaires. Je n’ai donc pas milité en faveur du militant. C’est vrai, un vrai journaliste ne milite pas, prenez Bernard Guetta, mon modèle à imiter, l’avez-vous jamais lu ou entendu militer ? Avez-vous, déjà, entendu un mot doux sur Macron sorti de la bouche de Delahousse ? Non puisque « Le Monde » les présente comme « journalistes », sans le mot semi-remorque, « militant ». Faut croire « Le Monde ». Tant qu’un mensonge n’est pas accrédité par ce journal, ce n’est pas une vérité.

Et puis aussi, quel drôle de nom pour un reporter, « Taha Bouhafs ». Les journalistes, les vrais, se nomment Christophe Barbier, Eric Brunet, Ruth Elkrief, André Bercoff, Roseline Bachelot, François Lenglet, Léa Salamé, Nicolas Demorand. Comme les appareils dans les gares, qui vous dépannent en boissons, eux sont des distributeurs de certitudes. Ils ne militent pas, ils nous déforment. Personnellement, si un milliardaire camé me demandait de le conseiller sur la rédaction de son journal, je lui dirais d’entrée : « surtout pas de Taha, pas de Bouhafs ». Ça c’est un nom de menteur. La preuve : il a vu et filmé, le premier, Alexandre Benalla entrain de tabasser des citoyens lors des manifs du 1 mai 2018. Mesurez l’imposteur.

Jacques-Marie Bourget

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