Observatoire Géostratégique

numéro 174 / 16 avril 2018

JUPITER BAISE LA BABOUCHE DE MBS

« À quoi sert la lumière du soleil si on a les yeux fermés », nous rappelle un proverbe arabe. Tel est peut-être le sens caché du premier long déplacement du monarque saoudien en Occident. À l’issue d’une longue tournée internationale (Égypte, Royaume-Uni et trois semaines et aux États-Unis pour marquer son allégeance au grand frère américain1), le prince Mohammed Ben Salman (MBS), prince héritier saoudien arrive à Paris le 8 avril 2018 pour une visite officielle de trois jours à Paris (8-10 avril 2018)2. Elle sera suivie par un déplacement à Madrid. Il est accueilli au Bourget par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian qui le connaît bien.

Tout est fait pendant ces trois jours pour être agréable à la nouvelle idole de Jupiter au Moyen-Orient. Cette visite met en scène deux jeunes dirigeants – la valeur n’attend pas le nombre des années – plein de fougue et d’ambition confrontés à un changement de monde et qui souhaitent réformer en profondeur leur pays respectif. Et, la tâche est loin d’être aisée tant à Paris qu’à Riyad. Qui sont-ils ? Quels sont les résultats connus de cette visite ? Nous serions plus dans une diplomatie de l’affichage que dans une diplomatie de l’efficacité.

MBS, RÉFORMATEUR SINCÈRE OU ILLUSIONNISTE DE TALENT ?

Le prince héritier saoudien, Mohamed Ben Salman apparait tout autant comme le réformateur d’une société sclérosée qu’un piètre diplomate embourbé dans quelques aventures extérieures périlleuses.

Un réformateur à Paris

L’hôte officiel de la France demeure encore une énigme pour bon nombre d’observateurs de la scène internationale et moyen-orientale. Il enrichit d’un nouveau chapitre le grand ouvrage des mystères de l’Orient compliqué3. Ombrageux, frustre et impulsif, il dirige le pays d’une main de fer et se veut être le garant de la stabilité dans le pays4. Réformateur à l’intérieur (il embastille les corrompus jusqu’à leur faire rendre gorge, il assouplit la condition de la femme, il veut réformer une économie malade de la corruption et du conservatisme rendue visible avec la chute des cours du pétrole à travers sa « vision 2030 », il privatise l’eau5, il introduit Aramco en Bourse6, il entend remettre les rigoristes de l’islam à leur juste place, il veut développer le tourisme, les arts, les loisirs…7), il est conservateur à l’extérieur (guerre sans merci contre l’Iran par Yémen interposé8, brouille avec le Qatar,…) même s’il admet qu’Israël a droit de vivre (vraisemblablement pour sceller l’alliance tripartite États-Unis/Israël/Arabie saoudite contre la peste chiite) et se rend à Moscou pour dialoguer avec les Russes.

Un piètre diplomate

Comme le relève Robert Malley, président d’International Crisis Group : « Son bilan est plus positif en interne qu’en externe ». C’est pourquoi, sa longue visite à l’étranger a pour objectif de donner une image plus moderne de l’Arabie saoudite. On l’aura compris, c’est un homme qui prend des risques à l’instar du président de la République française. MBS vient à Paris, tel un représentant de commerce pour vendre son projet d’ouverture. Il rappelle que si la France est un partenaire et un allié traditionnel, elle n’est qu’un partenaire de second rang tant sur le plan diplomatique qu’économique9.

Une puissance moyenne ne peut prétendre jouer dans la cour des grands sauf à s’appeler le général de Gaulle ! Il est vrai que le président de la République française n’a pas été très habile dans sa gestion des crises de Proche et du Moyen-Orient. MBS devra rapidement faire ses preuves sur la scène internationale s’il ne veut pas se trouver prochainement en mauvaise posture sur le Yémen et en Syrie, pays dans lequel il semble avoir compris l’échec de la diplomatie saoudienne qui avait misé, joué le départ de Bachar Al-Assad. Il semblerait qu’il estime désormais que l’autocrate syrien est incontournable dans la région.

Qu’en est-il de son homologue français, coqueluche de la presse internationale ?

Guillaume Berlat

1 On nous dit qu’il aurait signé de juteux contrats à Washington et à Londres mais ce serait abstinence à Paris !
2 Marc Semo/Benjamin Barthe, Mohammed Ben Salman, les secrets d’un prince. « MBS », réformateur aux deux visages, Le Monde, 8-9 avril 2018, pp. 1-2-3.
3 Hedy Belhassine, MBS d’Arabie chez Macron, www.prochetmoyen-orient.ch , Dans la presse, 9 avril 2018.
4 Fahita Dazi-Héni, « MBS », garantie de continuité à la tête de l’Arabie saoudite, Le Monde, 8-9 avril 2018, p. 26.
5 Myriam Chauvot, Le Royaume privatise son eau pour mieux la gérer, Les Échos, 9 avril 2018, p. 5.
6 Nabil Wakim, Le PDG d’Aramco doute de la fin rapide du pétrole, Le Monde, Économie & Entreprise, 11 avril 2018, pp. 1 et 4.
7 Claire Bommelaer, Awwad Alawwad : « Notre plan culturel pour l’Arabie saoudite est une thérapie de choc », Le Figaro, 10 avril 2018, p. 18.
8 Stéphane Lacroix, Face à l’Iran, la dynastie des Saoud montre ses muscles, Le Monde, 8-9 avril 2018, p. 26.
9 Christophe Ayad, « MBS » à Paris pour vendre son projet d’ouverture, Le Monde, 10 avril 2018, p. 3.

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SYRIE : BOMBARDEMENTS FOIREUX A LA DIAFOIRUS !

D’abord, qu’on arrête de parler de « frappes ». Chirurgicales ou non, ces actes de guerre sont destinés à tuer et à détruire et ne sauraient s’assimiler à de simples fessées punitives. Paradoxalement, les bombardements occidentaux du 14 avril 2018 effectués sur la Syrie n’ont fait que trois blessés légers ; ils ont suscité en tout cas des scènes de liesse populaire et renforcé le prestige de Bachar al-Assad, leader arabe qui aura mis en échec la stratégie occidentale au Proche-Orient. Brillant résultat !

En dehors de toutes considérations géopolitiques (nous y reviendrons), on a atteint – avec les dernières péripéties de la crise syrienne -, des sommets himalayens de bêtise et de vulgarité. Bêtise globalisée, méchante et d’un manque total de distinction dans les deux sens du terme – séparation et excellence -, élevée au plus haut niveau d’une communication politique et diplomatique tellement primitive, mais érigée en modèle car émanant du président le plus puissant de la planète. L’un de ses derniers Tweets avant les bombardements : « que la Russie se tienne prête, car ils arrivent nos missiles, beaux, nouveaux et intelligents ». De précédents messages parlaient de « Bachar, l’animal… » Quoiqu’on puisse penser du président syrien, l’emploi d’un tel vocabulaire ajoute inutilement morgue, grossièreté et mépris aux malheurs du monde.

En l’occurrence, la comparaison souvent faite entre Donald Trump et Le Docteur Folamour1, bien trop faible, est loin d’épuiser l’hallucination collective provoquée par cette « diplomatie de l’injonction » et ces tweets à la tronçonneuse du président américain. Et qu’on évite – ici – de parler du « pragmatisme américain » pour « appeler un chat, un chat » et soulignons plutôt que Donald Trump nous impose ses certitudes et son style : celui d’un parvenu persuadé que l’argent est la mesure de toutes choses, celui d’un rustre dont l’éducation nous ramène à l’ère des australopithèques ; en définitive, celui d’une autre catégorie de personnages si bien qualifiés par Michel Audiard : « les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît ».

Cette phénoménologie de l’indigne est trop peu relevée pour qu’ ici nous lui consacrions justement quelques lignes, d’autant que les journalistes s’en font les zélés diffuseurs, voire les propagandistes dociles, sans même se rendre compte qu’elle finit par atteindre la structure de leur langue et de leurs raisonnements. Mais avant d’essayer d’évaluer les conséquences de l’attaque occidentale, reprenons l’enchainement étonnant que viennent de nous imposer trois des grands dirigeants occidentaux et leurs intervieweurs.

DOUBLE PERNOD

Le 12 avril dernier, Jean-Pierre Pernaut, le « journaliste de proximité » de TF1 – qui présente le journal de 13 heures – a donc interviewé le président de la République dans l’école communale d’un petit village de l’Orne : Berd’huis. Lorsque Emmanuel Macron affirme détenir « les preuves » d’une attaque chimique (ou plutôt au chlore), attribuable à Bachar al-Assad soi-même, le « journaliste » n’a pas le réflexe professionnel minimal de lui demander « lesquelles ! Plus concrètement « de quelles preuves disposez-vous Monsieur le président ? », ni de le relancer sur les fondements d’ une totale absence de doute… « Double Pernod » – comme l’a baptisé la profession depuis des années – va ainsi servir la soupe durant toute la durée de l’entretien, sans poser une seule question anglée, sinon dérangeante.

La mansuétude des journalistes français, chargés d’interroger les présidents de la République, est un vieux serpent de mer, puisque c’est le service de communication de l’Elysée qui traditionnellement s’invite dans le média de son choix, en choisissant les journalistes-intervieweurs et les thèmes de l’entretien. Survivances du Roi-Soleil, ces pratiques font, depuis longtemps, la risée de notre pays et de sa caste médiatique dans le monde entier, à qui nos dirigeants continuent pourtant à donner des leçons quotidiennes en matière de droits humains et de liberté de l’information !

Deux jours auparavant, la chaine américaine Fox-News – créée par Rupert Murdoch et pourtant réputée pour sa ligne éditoriale néo-conservatrice – interviewait un sénateur républicain partisan de Donald Trump. D’une manière professionnelle, le journaliste Tucker Carlson est revenu à plusieurs reprises sur la question des « preuves » de la présumée attaque chimique et sur les objectifs des « frappes annoncées », ainsi que sur la suite et les conséquences de cette attaque militaire. Affichant sa parfaite connaissance du dossier, le journaliste de Fox-News a rappelé que les « frappes américaines » de l’année dernière sur une base aérienne syrienne avaient été suivies quelques mois plus tard d’un mea culpa du secrétaire à la Défense James Mattis, reconnaissant que les preuves d’une attaque chimique « n’avaient pas été suffisamment complètes et certaines » pour justifier une telle attaque.

Ne s’en laissant pas compter par le sénateur républicain, le journaliste a rappelé que la Maison Blanche avait déclaré solennellement que l’objectif n’était pas celui d’un « Regime Change » en Syrie. Question légitime suivante, « alors quelles étaient les objectifs de ces frappes ? ». Acculé, le sénateur devait reconnaître qu’Israël avait demandé cette intervention militaire américaine, afin d’affaiblir « une Syrie, alliée du Hezbollah libanais ». Ultime question : « on comprend bien l’intérêt israélien, mais pas l’intérêt américain… » Le sénateur devait conclure en se prenant les pieds dans le tapis essayant d’expliquer que les intérêts israéliens étaient « les mêmes que ceux des Etats-Unis… »

C’est quand même autre chose que Double Pernod, même si on passe d’un excès à l’autre : de l’aplaventrisme des Pernod/Delahousse aux fausses ruptures Bourdin/Plenel d’hier soir. Emmanuel, Emmanuel… visiblement, ces deux-là ne savent pas que M. Macron est président de la République. Nous y reviendrons la semaine prochaine, toujours est-il que ces dommages collatéraux médiatiques n’auront pas empêché l’emballement d’une machinerie absurde et malheureusement inéluctable.

LOGIQUE A MARCHER SUR LA TÊTE

Première étape : entre tweets et communiqués officiels, les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne affirment qu’ils vont attaquer, quoiqu’il arrive, et que leur riposte à des « attaques chimiques » présumées est inéluctable. Donc, s’ils ne le font pas, ils se déjugent, et fixent eux-mêmes l’ engrenage du déclenchement d’une opération militaire.

Deuxième étape : ensuite seulement, on cherche des preuves qu’on aurait dû, semble-t-il, accumuler avant d’affirmer qu’on allait attaquer.

Troisième étape : enfin, on attaque « l’arsenal chimique clandestin du régime syrien », selon les propres termes du communiqué de l’Elysée du 14 avril dernier. Ouf ! Ainsi on peut considérer que le problème est réglé et définitivement réglé !

A ce stade, une question fondamentale s’impose : si l’arsenal chimique syrien n’a pas été démantelé comme prévu après l’accord russo-américain de septembre 2013 et que subsistent des laboratoires de recherche, des stocks de composants chimiques et des unités spécialement entraînées à utiliser ce type d’armements, pourquoi n’a-t-on pas réagi beaucoup plus tôt en amont, pourquoi après la dernière attaque présumée n’a-t-on pas immédiatement déployé – sur le terrain – les inspecteurs de l’Organisation de l’interdiction des armements chimiques (OIAC)2 ?

Pourquoi l’OIAC est-elle immédiatement saisie dans l’affaire de l’ex-espion russe empoisonné en Grande Bretagne, alors qu’on traîne les pieds pour envoyer les inspecteurs de l’ONU en Syrie ? La réponse à cette question est très simple : en 2002, le premier directeur général de l’OIAC – le grand diplomate brésilien José Bustani avait eu l’outrecuidance de vouloir envoyer ses inspecteurs en Irak afin de chercher les fameuses armes de destruction massives dans leur version chimique – armes qui, selon George W. Bush et Tony Blair, pouvaient menacer la terre entière en moins de 45 minutes !

A l’époque sous-secrétaire d’Etat pour le contrôle des armes et la sécurité internationale, John Bolton ( patron depuis quelques jours du Conseil américain de sécurité nationale) s’était précipité au siège de l’OIAC à La Haye pour obtenir la tête de José Bustani, en menaçant au passage les enfants du diplomate brésilien vivant à New York. De fait, depuis 2002, l’OIAC est marginalisée par les Etats-Unis qui préfèrent s’adresser à des inspecteurs « indépendants », souvent rattachés aux services spéciaux américains ou britanniques…

Toujours est-il que face aux preuves des Casques blancs et de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov réplique que « l’attaque chimique présumée en Syrie est une mise en scène à laquelle ont participé les services spéciaux d’un État » (non nommé), mais désigné comme « russophobe ». Sergueï Lavrov en conférence de presse : « nous disposons de preuves irréfutables qu’il s’agissait d’une nouvelle mise en scène, et que les services spéciaux d’un État actuellement en première ligne d’une campagne russophobe ont participé à cette mise en scène ».

En effet, images et témoignages de la dernière attaque chimique présumée de la Ghouta ont été principalement rapportés par deux sources : l’ONG des Casques blancs – créée de pied en cap par le MI6 (service britannique du renseignement extérieur) pour appuyer Jabhat al-Nosra (c’est-à-dire la Qaïda en Syrie) durant la reconquête d’Alep par l’armée gouvernementale syrienne ; et l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), basée à Londres et citée par les médias occidentaux comme une agence de presse alors qu’elle est une officine politique liée aux Frères musulmans. Ces deux sources sont-elles suffisamment crédibles pour fonder une opération militaire d’envergure ?

Comme en septembre 2013, les autorités françaises exhibent une « note » des « services de renseignement ». Diantre ! Celle brandie à l’époque par le premier ministre Jean-Marc Ayrault était une collection de laborieuses suppositions.

La dernière n’est pas meilleure, puisqu’elle rassemble un condensé d’images collectées sur You-tube. Du solide ! En février 2003, l’auteur de ces lignes a assisté à la séance du conseil de sécurité qui a vu le général Colin Powell (alors secrétaire d’Etat) brandir un prétendu échantillon des armes chimiques irakiennes et projeter un diaporama voulant prouver que Saddam Hussein et Oussam Ben Laden étaient les meilleurs copains… On connaît la suite !

Toujours est-il que les sources des services spéciaux contactées (qui ne peuvent s’exprimer publiquement) ne sont pas très enthousiastes de se voir ainsi, une fois de plus, instrumentalisées pour justifier – a posteriori – une décision du pouvoir exécutif, prise sur la base de considérations plus politiques que tactiques ou stratégiques, en tout cas en fonction d’un enchaînement d’une logique à marcher sur la tête… qui ne tient pas debout.

Richard Labévière
16 avril 2018

1 Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe (Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb) est une comédie militaire et satirique sortie en 1964 et réalisée par Stanley Kubrick d’après le thriller  «  120 minutes pour sauver le monde », écrit par Peter George sous le pseudonyme de Peter Bryant. .
2 OIAC : l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, abrégée en OIAC est l’agence internationale des Nations unies qui veille à ce que la Convention internationale sur les armes chimiques soit bien appliquée par les États membres l’ayant signée. Elle a été créée le 29 avril 1997. Elle est basée à La Haye et son laboratoire à Rijswijk, aux Pays-Bas

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UN TRAVAIL DE SAPE BIEN ORCHESTRE – Michel Annequin, 9 avril. Les va-t-en-guerre ne sont pas ceux que l’on croit. Il suffit de relire les déclarations du ministère russe des Affaires étrangères et celles du Département d’État américain pour voir qui souffle sur les braises. Évidemment, les Occidentaux expliqueront que Moscou joue un double jeu et que ses appels au cessez-le-feu et à une solution politique en Syrie ne sont que tromperie. C’est oublier que le seul processus qui a produit des résultats concrets est le processus d’Astana initié par Moscou en partenariat avec la Turquie et l’Iran. Les efforts déployés par la diplomatie Russe ont permis la mise en place de zones de désescalade et l’ouverture de couloirs humanitaires. Les accords arrachés de haute lutte à Astana ont permis de sauver des vies. Au lieu de s’en réjouir, Washington, Paris et Londres ont tout fait pour minimiser la portée des avancées obtenues par Moscou. Le scénario écrit à l’avance exclut toute action ou engagement positif de la Russie. Au contraire. Les stratèges ont prévu de faire porter tout le poids des crimes commis en Syrie sur les épaules du président Bachar Al-Assad et de ses alliés russes. L’instrumentalisation des attaques chimiques procède de cette volonté de tout faire pour discréditer l’action de Vladimir Poutine en Syrie. Les médias Occidentaux reprennent en chœur le discours dominant et fustigent la prétendue propagande russe. Les intellectuels, chercheurs, journalistes qui explorent d’autres voies sont broyés par la puissante machine de désinformation aux mains des dominants. Au final, très peu de médias se sont attardés sur le double jeu des Occidentaux qui ont encouragé les groupes comme le Front Al Nosra à ensanglanter la Ghouta dans le seul but de piéger l’allié de Damas. Un allier qu’on a intérêt à diaboliser pour pouvoir prendre la main sur les événements. Mais cette manœuvre se heurte à une réalité plus complexe. Le 16 mars dernier, à l’issue d’une nouvelle rencontre avec les partenaires de la Russie à Astana, le ministre russe des affaires étrangères Sergei Lavrov a annoncé la mise en place d’un groupe de travail pour la libération des détenus et otage, le transfert des corps des défunts et la recherche des disparus. Évidemment, personne n’en parle.
 
 
LA VICTOIRE DU FORBAN – Jean Dasrpy. Après la percée de la droite « populiste » et de l’extrême droite aux élections législatives en Allemagne, en Autriche et en Italie, l’élection du 8 avril 2018 avait valeur de test pour l’Union européenne, pour Viktor Orban et son parti le Fidesz mais aussi pour la Hongrie. L’opposition allait-elle empêcher un troisième mandat de l’autocrate ? Le résultat est là. Même si le rejet de « l’orbanisme » et du Fidesz est fort, la droitisation de la vie politique hongroise est bien réelle1. Le scrutin du 8 avril le démontre amplement pour tous les aveugles et sourds qui feignent la sidération après chacun des résultats des élections récentes en Europe2. Plus ça change, plus c’est la même chose.

UNE INFORMATION MÉTHODE COUÉ

La vulgate des médias. Comme toujours avec les médias « mainstream », nous sommes loin de l’information objective et concrète. Nous sommes plutôt dans l’information orientée, souvent dans la vulgaire propagande, parfois dans la « fake new ». Comment peut-on raisonnablement titrer, comme le fait le Figaro : « Hongrie : Orban perd de sa superbe », après une aussi nette victoire du parti de Viktor Orban et de son allié face au résultat des urnes qui donne une majorité au Fidesz ?3 Pour se permettre d’écrire (la même journaliste à la boule de cristal), une fois les résultats connus, sur le sacre du souverainiste Orban4. Ce sont les mêmes folliculaires qui nous annonçaient urbi et orbi la victoire d’Hillary Clinton et le rejet du « Brexit » parce qu’ils en avaient décidé ainsi. Nous sommes dans l’information idéologique, dogmatique qui conduit toujours à la catastrophe pour éviter d’affronter le réel. Quant aux experts de la vie politique hongroise, dont certains se berçaient d’illusions, ils nous expliquaient doctement avant le scrutin : « le soutien dont il bénéficie est surestimé par les sondages »5.

La leçon de morale de Jupiter. Jupiter, embourbé dans un cycle de grèves (SNCF, Air France, universités…) va même jusqu’à sermonner les peuples qui font le mauvais choix, stigmatisant Viktor Orban. « Nous n’avons pas le droit de nous habituer à cette Europe dans laquelle nous vivons (…) comme si elle n’était pas justement le fruit de ce que nous avons su construire à travers le temps, comme si elle n’était pas le fruit de ce sang versé », a-t-il dit lors d’un hommage aux soldats portugais tués lors de la bataille de la Lys de 1918, à Richebourg (Pas-de-Calais). « Ceux qui pensent aujourd’hui qu’on pourrait faire bégayer notre histoire en recréant au sein de notre Europe les tensions, le nationalisme, le drame, ont une bien triste mémoire de ce sang qui a coulé », a-t-il ajouté. « Au moment où l’Europe doute d’elle-même, au moment où certains de ses peuples expriment leur peur de l’avenir en remettant leur sort entre les mains de dirigeants qui se nourrissent de l’angoisse, ce sont ces accomplissements qu’il faut rappeler, qu’il faut saluer, qu’il faut poursuivre », a-t-il encore déclaré aux côtés de son homologue portugais, Marcelo Rebelo de Sousa, et du Premier ministre portugais, Antonio Costa6. À ce rythme, il faudra bientôt dissoudre les mauvais peuples pour ne conserver que les bons !

UNE RÉALITÉ TOUTE DIFFÉRENTE

Le scrutin sans appel. Pour une victoire sans appel, c’est une victoire sans appel pour Viktor Orban (son parti obtient presque 50% des suffrages) et pour l’extrême-droite, (Jobik qui frôle les 20%) et pour la démocratie (avec une participation au scrutin de 70%). Cela se conclut par une majorité des deux tiers au Parlement et un quitus donné à la politique suivie par Viktor Orban : rejet de l’immigration, critique de l’inertie européenne, glorification du sentiment national… mais aussi à d’autres excès dans le domaine de l’information et de la Justice7. Toutes choses critiquées à Bruxelles mais avec modération dans la mesure où le Fidesz de Viktor Orban siège avec le PPE au parlement européen8. Cela commence à se dire de plus en plus, à s’écrire9.

Le réveil des peuples. Manifestement, les dirigeants bienpensants et les intellectuels, qui pensent mal faute de penser, ne veulent pas s’interroger sur les raisons profondes des votes convergents des peuples au cours des derniers mois en Europe : Allemagne, Autriche, Italie et maintenant Hongrie sans parler de la Pologne. Ils ne cherchent pas expliquer les causes profondes d’un phénomène qui s’inscrit désormais dans le paysage politique des démocraties européennes10. Le populisme, c’est pour eux le peuple lorsqu’il vote mal, pas comme on attend de lui tel un servile courtisan incapable de penser par lui-même. Le nationalisme, c’est la guerre alors qu’il n’est souvent que l’expression de la défense de l’intérêt national, ce que défendent Américains et Chinois sans que cela ne leur attire l’opprobre de la bienpensance.

Une bonne fois pour toutes, il faudra bien que les dirigeants de l’Union européenne comprennent que le monde a changé depuis la conclusion du traité de Rome et la chute de l’URSS. Et d’en tirer les conclusions qui s’imposent sur le rejet croissant de l’Europe et de son fédéralisme déguisé, de la mondialisation malheureuse, d’une immigration du sud non maîtrisée associée – à tort ou à raison – à la recrudescence du terrorisme islamiste, des dirigeants politiques déconnectés du monde réel, de la théorie de la « fin de l’Histoire »… Le scrutin hongrois doit constituer le point de départ d’une réflexion de grande ampleur, sans tabou, sur le concept de peuple, de souveraineté populaire dans le monde de ce début de XXIe siècle, faute de qui il risque d’y avoir pléthore de victoires de Forban dans les mois et les années à venir11.

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ONFRAY MIEUX DE SE TAIRE ET DE LA FERMER – Jacques-Marie Bourget, Afrique-Asie/10 avril.

Onfray mieux de se taire et de la fermer. Ça fait courant d’air en ces temps encore froids. Car on ne lui a rien demandé au philosophe des Relay de gare. Même pas l’heur, celui de déplaire. Mais ces gens-là, BHL et lui, le Normand double crème, se sentent mourir s’ils ne sont pas sous les feux de la rampe, là où l’on avance en rampant.

Voilà donc que dans une nouvelle livraison de sa pensée ris de veau (forcément crémeuse), Onfray déclare son amour au CRIF, ce qui est son droit. Mais pas celui de déformer les faits et l’histoire. Le petit docteur en philo nous explique donc, vous avez bien lu, que si les Palestiniens sont aujourd’hui un peuple sans terre c’est qu’ils furent nazis. Et sont justement punis de leur vieil engagement. Ecoutons-le car ce qu’il aime, Michel, c’est la justice. Celle par exemple qui voudrait que des fonds publics, sortis des caisses du Calvados ou d’ailleurs, soient mobilisés afin de lui offrir son université à lui, en solo. Le tout pour occuper à l’heure du thé ou de la soupe des retraités qui hésitent à tuer le temps. Buridan entre des leçons de macramé, de gemmologie ou de yoga. Vous me direz que ce n’est pas sot. Quand a on renoncé à entrer dans le corps universitaire, et qu’on est las d’enseigner la philo au lycée technique privé catholique Sainte-Ursule, le mieux est de s’offrir la boutique. Sa Sorbonne perso.

ONFRAY N’EST PAS GASTON BACHELARD

Le problème c’est qu’Onfray n’est pas Gaston Bachelard qui, lui, a largement rattrapé son retard initial, perdu comme employé de la Poste. Notre préposé a obtenu une licence en Maths, une agrégation de Philo et un doctorat de Français, avant de publier « La Psychanalyse du feu » et autres Bibles. Michou, lui, a calé après un doctorat de troisième cycle à 27 ans, et puis c’est tout. Voilà l’étendue des connaissances qui vous permettent de l’ouvrir à tout propos, et d’ouvrir aussi une boutique franchisée, « Chez Platon » ou « Chez Botul ». Ce qui est dommage c’est que notre philosophe de surfaces (grandes), en dépit du temps laissé libre par ses études qui n’étaient pas la mine, n’ait pas eu l’idée d’étudier aussi l’histoire.

Ainsi avant de nous servir une tarte à la crème digne de BHL, pour nous prouver que les Palestiniens furent nazis, « le grand mufti de Jérusalem était un partisan des nazis et a fait le voyage à Berlin », il ignore que le maître de la Palestine de ce temps, sous joug britannique, n’était pas ce mufti mais  leur marionnette Abdallah I le roi de Transjordanie. A propos de cet ignoble mufti, notons qu’il a quitté la Palestine en 1937 pour vivre entre l’Irak, le Liban et la Bosnie, ce qui est une position bien éloignée pour celui qu’Onfray présente comme une sorte d’Arafat du moment ! Charger tout un peuple des péchés de cet imam, c’est accuser tout le clergé français de collaboration avec l’Allemagne au prétexte que monseigneur Mayol de Lupe a été un nazi tricolore sous soutane. Allez Michel, on te pardonne. Dommage que tu n’as pas eu assez de sous pour te payer un abonnement au Reader’s Digest, tu aurais pu en apprendre des choses. Et Awni Abd al-Hadi ? Tu ne connais pas non plus ? Pourtant c’est un ancien de la Sorbonne, qui a contribué à la fondation d’un mouvement nationaliste arabe appelée Al-Fatat en 1911, un « modéré » mais tellement suivi par le peuple que les Anglais l’ont exilé au Caire. « Les Palestiniens collaborateurs des nazis entre 1930 et 1945 », je crois que même tes nouveaux amis du CRIF n’avaient jamais osé écrire une telle sottise car elle injurie l’histoire au-delà du raisonnable. Pour ce qui est de la « Légion musulmane » formée par le III e Reich et que tu évoques, elle n’était pas formée de Palestiniens mais d’amis de BHL, de musulmans fanatiques de Bosnie. Heureusement que tu n’as jamais enseigné dans une « université » autre que la tienne. Que de dégâts évités.

SIONISTES ET ANTISEMITES : MÊME COMBAT ?

Autre petite leçon d’histoire. Si on te parle de ces dirigeants de l’extrême droite sioniste qui, pendant cette même guerre, ont eu la dégueulasse audace de tenter de « s’entendre avec le Berlin d’Hitler »… Par exemple pour « libérer la Palestine », est-ce que cela signifie  que les autres  juifs, pourchassés et torturés avant l’holocauste, étaient des amis d’Hitler ? Il y a eu de nombreux livres et travaux sur la collaboration avec les nazis de certains hommes ou femmes de confessions juive. Hanna Arendt n’a pas été la dernière à le noter. Pour moi, mettre en avant cette histoire sombre n’est en rien donner une explication à l’inexplicable : l’Holocauste. Elle conduit à vomir alors que le mieux est de laisser les morts enterrer les morts. Je ne cite l’anecdote tragique, le choix de ces juifs d’extrême droite prêts à s’allier avec les nazis que pour souligner l’odieux égarement d’Onfray. Les Palestiniens ne sont pas plus les acteurs de leur malheur que ces hommes et femmes de confession juive ne le furent dans la barbarie qui les a détruits.

AMALGAMES

Vraiment en forme, en ce le printemps, Onfray s’en prend à Jean-Luc Mélenchon qui, si j’ai bien compris, fut le conseiller occulte, l’ami, la nounou d’ Ahmadinejad, le flic qui a dirigé l’Iran pendant  quatre ans, de 2005 à 2009. Voilà, à ce propos, ce que nous livre l’universitaire du soir :

« Dire que Ahmadinejad qui à l’époque voulait rayer Israël de la carte était un personnage très sympathique parce qu’il était un ennemi des Américains, ce sont quand même des choses dites par Mélenchon, eh bien ce sont des propos qu’on peut tenir comme ça en l’air, sans que ce soit extrêmement conséquent. C’est très conséquent de défendre un individu qui veut rayer Israël de la carte, on ne peut pas défendre Ahmadinejad simplement parce qu’il est un opposant des États-Unis quand il a dit qu’ il fallait rayer Israël de la carte, qu’est-ce que ça veut dire, c’est un propos qu’Adolf Hitler aurait pu tenir. On ne peut pas dire d’un côté qu’Ahmadinejad est quelqu’un de défendable et de l’autre côté descendre en disant “le fascisme ne passera pas”… 
Madame Knoll a été assassinée, c’est une chose qui n’est pas correcte, c’est pas correct mais je veux dire que monsieur Ahmadinejad il en aurait tué beaucoup des madame Knoll et des madame Halimi et des, et des, et beaucoup de gens qui ont été tués parce qu’ils étaient juifs ! 
Donc on ne peut pas d’un côté jouer comme ça faire le cador, faire le malin, faire le kéké, en disant “il faut boycotter Israël”, “Ahmadinejad est un personnage intéressant bien qu’il veuille supprimer Israël de la carte” puis après descendre dans la rue et continuer à faire du … (sic) en même temps en disant “on est là pour éviter les crimes antisémites” et cetera. 
Eh bien non, le CRIF a eu raison, de dire à Mélenchon qu’il n’avait pas sa place ici, que les Insoumis n’avaient pas leur place ici, un peu de décence. »

Pardon pour le jargon, mais la phrase du maître exige la plume servile du scribe. Rendu à ce point je vous dois deux aveux, un, je n’ai aucune envie de partager une cabine de plage avec le chef des Fous de Dieu, deux, je ne parle pas le farsi. Sachant toutefois que la traduction du fameux discours du président iranien, qui voulait donc  « rayer Israël de la carte », était de facture israélo-américaine, je me suis replié sur l’aide savoir des sots : Wikipédia. Voilà ce que nous dit cette encyclopédie sans philosophes :

« En octobre 2005, lors d’un discours en l’honneur de l’Ayatollah Khomeiny Ahmadinejad a déclaré, reprenant les propos de ce dernier, que « ce régime qui occupe Jérusalem doit disparaître de la page du temps », formule qui fut généralement rapportée en Occident sous la forme « Israël doit être rayé de la carte ».

Les commentaires d’Ahmadinejad ont été condamnés par la plupart des gouvernements occidentaux, l’Union européenne, la Russie, le Conseil de sécurité des Nations unies et le secrétaire général Kofi Annan. Les dirigeants égyptiens, turcs et palestiniens ont aussi exprimé leur inconfort face à cette remarque d’Ahmadinejad.

Une controverse sur la justesse de la traduction a ensuite vu le jour. Des spécialistes comme Juan Cole de l’Université du Michigan et Arash Norouzi du projet Mossadegh soulignant que la déclaration originale en persan ne signifiait pas qu’Israël devait être rayé de la carte, mais plutôt que le régime s’effondrerait de lui-même. »

Pour être précis ce Juan Cole, autre thuriféraire –avec Mélenchon-  du président iranien, est bien mieux diplômé qu’Onfray, voici un petit CV : « « Juan » Cole est un universitaire américain, historien du Moyen-Orient moderne et d’Asie du Sud, commentateur politique, et intellectuel public. Il est professeur d’Histoire à l’Université du Michigan. »

L’autre expert, Arash Norouzi, qui donne quitus à Ahmadinejad, est un exilé et opposant farouche au régime des mollahs. Mais dans le puits qui l’accompagne, et où il puise sa science, c’est sûr qu’Onfray doit aussi bien maîtriser le Khomeiny que le patois normand.

Comme le répétait si bien le regretté Jean Yann dans son sketch « Le permis de conduire » : « Ah qu’est-ce qu’on perd comme temps en formalités ». Donc un conseil, cher Michel, dans la bibliothèque de ton université du « Savoir » (sic), au lieu de n’entreposer que les 90 opus écrits de ta main clairvoyante, achète quelques autres livres pour accroître les possibles. Tiens lis Edward Saïd… Un universitaire et militant palestinien, professeur à l’université américaine de Columbia, autrement dit un frère des « collabos ». Mais lis, nom de Dieu. Ce serait sot, après tous tes efforts et le pompon, la future invitation au dîner du CRIF, de mourir idiot.

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Sur la foi d’une note de 6 pages et 3 photos, pleine de conditionnels (aurait, seraient, possible, estiment, haut degré de confiance, fait sens, présumer, soupçonnent…), remise par des services postulant crânement les objectifs et la stratégie d’Assad, mais se disant incapables d’imaginer un scénario manipulateur des rebelles, la France du caniche Macron a rejoint les Etats-Unis et la Grande Bretagne dans un crime d’agression illégale, pulvérisant à nouveau la légalité du Conseil de sécurité, déjà compromise en 2003 et 2011. Les pays marquant leur désapprobation doivent abolir les accords de San Francisco fondant la Charte de l’ONU et rebâtir un système de gestion de la paix mondiale, en en excluant totalement les 3 pays qui ont violé cette Charte, et les astreindre à payer des réparations légitimement dues aux victimes et ayant-droits en Syrie, Iraq, Libye, et ailleurs. Trump, May, Macron et Le Drian rejoindront un jour Balladur, Sarkozy, Guéant et quelques autres devant les tribunaux.

Bernard Cornut

 

DE QUOI JOHN BOLTON EST-IL LE NOM ?

Le ménage de printemps se poursuit à la Maison-Blanche. Le taux de rotation (« turn over ») des conseillers du président américain n’a jamais été aussi élevé sans parler des secrétaires d’État (l’équivalent de nos ministres). Deux pièces centrales du dispositif sont écartées d’un seul clic par un tweet vengeur de l’homme à la mèche blonde. Les mous sont illico remplacés par des durs. Le secrétaire d’État (notre ministre des Affaires étrangères), le modéré Rex Tillerson est renvoyé à ses chères études, remplacé par l’ancien chef de la CIA, le faucon Mike Pompeo, le 13 mars 2018.

Le conseiller à la sécurité nationale, le général Mc Master dont l’intervention à la conférence sur la sécurité du Munich n’a pas été appréciée en haut lieu pour sa déviance doctrinale, est remplacé par un vieux cheval de retour, bien connu pour ses foucades, John Bolton le 22 mars 2018 (prise de fonctions le 9 avril 2018). Il est le troisième à occuper ce poste en quatorze mois1. Quelques indispensables rappels s’imposent pour mieux dresser le portrait de l’homme à la moustache, du provocateur à la réputation sulfureuse. C’est bien connu, le passé éclaire le présent et parfois l’avenir. Ce que certaines élites intelligentes auraient trop tendance à oublier lorsqu’il s’agit de l’Amérique du nord et de ses dirigeants et autres hauts fonctionnaires.

UN FAUCON PARMI LES FAUCONS

Avocat de formation, John Bolton est un faucon assumé (« un faucon parmi les faucons »), un belliciste bon teint, un interventionniste déclaré, un défenseur vibrant des guerres préventives contre, l’Irak hier et contre l’Iran et la Corée du nord, éventuellement demain2. Dans ses Mémoires, Capituler n’est pas une option, John Bolton raille « les carriéristes du Département d’État formés à l’accommodement et au compromis avec les étrangers plutôt qu’à la défense des agressive des intérêts des Américains »3.

Vieux routier des administrations républicaines, il a connu son heure de gloire sous le mandat de George W. Bush (proche du vice-président Dick Cheney et du puissant sénateur Jesse Helms, nostalgique de la ségrégation raciale) d’abord comme secrétaire d’état adjoint en charge du contrôle des armements et de la lutte contre la prolifération, puis comme éphémère ambassadeur américain auprès de l’ONU (17 mois) en raison du refus de le confirmer par le Sénat.

Sous les deux présidences de Barack Obama durant laquelle il critique ses choix de politique étrangère, il consacre le plus clair de son temps à la recherche dans le cadre du très conservateur institut de recherche qu’est l’American Enterprise Institute et à la communication en tant que chroniqueur de la chaîne Fox News, chaîne favorite de Donald Trump. Il y a servi la « post-vérité » et les « fake news » avec un art consommé de la mauvaise foi. Le personnage renvoie à un caractère irascible et batailleur mais qui sait flatter les puissants pour mieux humilier les faibles. Ce qui renvoie à l’expression suivante particulièrement bien sentie dans la langue américaine : « kiss-up, kick-down ».

UN UNILATÉRALISTE DOGMATIQUE

Adepte de la « paix par la force », on le classe volontiers parmi les « poseurs de bombes ». Le radical et doctrinaire John Bolton n’apprécie ni le multilatéralisme, ni son expression la plus visible qu’est l’Organisation des Nations unies. Ne disait-il pas en 1994 que « Les Nations unies n’existent pas » ? Et d’ajouter, pour que sa pensée – toujours très claire au demeurant avec ses phrases chocs– soit parfaitement comprise : « Ce qui existe, c’est une communauté internationale qui peut être occasionnellement dirigée par la seule véritable puissance mondiale, quand cela sert nos intérêts ». Il complète utilement son propos par sa formule : « L’ONU, ça n’existe pas, l’immeuble à New York a 38 étages. Il pourrait bien en perdre dix, cela ne ferait aucune différence ».

John Bolton exècre les normes internationales et les structures multilatérales en charge de dire le droit surtout au peuple à la « destinée manifeste ». C’est le moins que l’on soit autorisé à dire. La diplomate américain torpille le protocole de vérification à la convention d’interdiction des armes biologiques, le qualifiant de « traité Maginot ». Il pousse au retrait du traité ABM. Il ne veut pas entendre parler d’adhésion des États-Unis au statut de la Cour pénale internationale, mettant en avant l’argument de la souveraineté internationale. Sa préférence se porte sur les accords bilatéraux ou les initiatives entre « like minded » (les bienpensants) comme la PSI (« Proliferation Security Initiative ») qu’il porte sur les fonts baptismaux. John Bolton aime bien se trouver à la tête de coalitions de volontaires, de coalitions d’idiots utiles comme il en trouve à l’Alliance atlantique.

UN VOYOU DE HAUTE LIGNÉE

Porté par une vision manichéenne, binaire du monde, il considère que la planète est divisée en deux camps, les vassaux et les adversaires.4 Il est un adepte convaincu de la méthode forte qu’il résume par la formule sans ambiguïté : « je n’utilise pas la carotte ». Simplement le bâton, peut-on ajouter ! On l’aura compris, « le diplomate le plus corrosif du XXIe siècle » impose sa vision martiale de la diplomatie. Ses échanges de nom d’oiseaux avec Kim Jong-un ne sont pas à son honneur. Mais, il y a pire encore tant John Bolton sait à l’occasion utiliser des méthodes de vulgaires mafieux pour parvenir à ses fins, pour mettre à terre ceux qui viendraient à s’opposer à ses aventures internationales les plus scabreuses.

Nous en avons un exemple particulièrement révélateur avec les déclarations de celui qui fut le premier directeur général de l’OIAC (organisation pour l’interdiction des armes chimiques basée à La Haye), le brésilien Jose Bustani. Il n’est qu’à se reporter aux propos glaçants que lui a tenus John Bolton, peu de temps avant le lancement de la guerre en Irak de 2003, pour se faire une idée précise de ce dont est capable ce personnage qui se prend pour un sheriff5. Propos que n’a jamais démentis John Bolton.

Jean Daspry

1 Philippe Gélie, Une équipe de faucons à la tête de la diplomatie américaine, Le Figaro, 24-25 mars 2018, pp. 8-9.
2 Gilles Paris, Bolton, un va-t-en guerre à la Maison Blanche, Le Monde, 24 mars 2018, p. 2.
3 John Bolton, Surrender is not an Option, Threshold editions, 2007.
4 Philippe Gélie, Bolton, un faucon à la droite de Trump, Le Figaro, 10 avril 2018, p. 14.
5 Mehdi Hasan, « We Know where Your Kids Live » : How John Bolton Once Threatened an International Official , www.theintercept.com , 29 mars 2018.

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