Observatoire Géostratégique

numéro 276 / 30 mars 2020

MUCHAS GRACIAS  CUBA !

Pour lutter contre le Covid-19, 37 pays ont fait appel à la médecine cubaine, priorité – avec l’éducation – de la Grande île depuis sa révolution de 1959. Cette crise illustre et confirme son degré d’avancement dans l’industrie biotechnologique, et ce malgré le « bloqueo », l’embargo qu’exercent les Etats-Unis contre Cuba depuis le 3 février 1962.

Dimanche passé, à la demande de la Lombardie – où le coronavirus a fait plus de morts que dans l’ensemble de la Chine -, 37 médecins cubains (des généralistes, des pneumologues, des spécialistes en maladies infectieuses et soins intensifs), ainsi que 15 infirmiers sont arrivés en renfort du dispositif sanitaire local. Comme dans les 37 pays où ils sont déployés pour lutter contre le covid-19, les médecins cubains engagés en Italie ont une solide expérience dans l’urgence sanitaire, dont celle qu’ils avaient déjà mis en pratique lors du traitement du virus Ebola en 2014.

Depuis 2003, la Chine bénéficie d’un transfert de technologie pour l’Interféron alfa 2b, un antiviral produit par la société cubano-chinoise Chang/Heber – un médicament utilisé contre des virus présentant des facteurs similaires à ceux du covid-19. En Chine, l’Interféron 2b a été administré à 1 500 patients, qui ont guéri depuis. Une quinzaine de pays ont demandé à Cuba le droit d’utiliser ce même médicament.

« FRENTE BIOLOGICO »

En 1981, le plan Frente biologico (front biologique) a permis la création du Centre de génie génétique et de biotechnologie, produisant des médicaments accessibles sur le marché intérieur et sur celui d’une cinquantaine d’autres pays. Quelque 569 des 857 produits figurant sur la liste des médicaments homologués à Cuba sont ainsi fabriqués dans le pays. Et depuis 1999, l’Ecole latino-américaine de médecine a formé – chaque année – des milliers d’étudiants de 24 pays d’Amérique latine. En 2010, les médecins cubains ont prescrit un traitement à plus de 85 millions de patients, réalisant plus de 2,2 millions d’opérations, multi-vaccinant plus de 9,2 millions de personnes.

En 2018, l’exportation de services médicaux a rapporté 6,3 milliards de dollars, confirmant l’importance stratégique de ce secteur pour une économie cubaine toujours sous embargo américain. L’administration Trump vient du reste de renforcer les sanctions contre Cuba ! On se demande bien pourquoi et pour qui la Grande île représente – aujourd’hui – une quelconque menace… Depuis l’arrivée au pouvoir de Bolsonaro au Brésil et de Jeanine Anez (présidente auto-proclamée de Bolivie), plus de 9000 médecins cubains ont dû quitter ces pays. Pour de plus amples informations, on consultera le site de l’association Cuba-Coopération-France1 toujours très bien informé.

Toujours est-il que dans ce contexte, Washington a lancé une vaste et virulente campagne contre Cuba, dont les médecins ne seraient « qu’une main d’œuvre-esclave », sans préciser – bien-sûr – que les montants des honoraires ainsi dégagés à l’étranger étaient réinjectés dans le système national de santé publique – gratuit pour tous, comme le stipule la Constitution, même s’il connaît des difficultés croissantes liées aux sanctions américaines.

FRANCE-INTER LAMENTABLE !

Bien-sûr, il s’est trouvé un ahuri pour reprendre, terme à terme, cette rhétorique anti-cubaine sur une antenne de notre service public. Un certain Anthony Bellanger (à ne pas confondre avec son homonyme président de la Fédération internationale des journalistes) a déversé sa bile en citant tout un tas de chiffres – invérifiables et non sourcés – pour affirmer que l’intervention des médecins cubains n’était qu’une opération de « pure propagande », alors « que les habitants du pays manquent de tout… ». Faux, archi-faux et lamentable ! Ce personnage sait-il de quoi il parle ? A quand remonte son dernier séjour à Cuba ? Y-a-t-il jamais mis les pieds ? Spécialité très courante des éditorialistes parisiens : juger des situations et des pays auxquels on ne connait strictement rien…

Renseignement pris, Anthony Bellanger serait l’un des remplaçants de Bernard Guetta (dont la suffisance et les certitudes moralisantes nous ont éloignés de France-Inter durant de longues années. Il est désormais euro-député de la République-en-marche, évidemment). Sur France-Inter, Anthony Bellanger anime une rubrique intitulée « Histoires du monde ». Faudrait-il encore avoir quelques connaissances du monde… Mais qui est-il ? Sa seule référence : les « Inrockuptibles », un magazine « classé à gauche », selon Wikipédia… Quelle référence ! Quels sont ses domaines de spécialité et de compétence ? Au nom de quoi et de qui s’autorise-t-il ainsi de traîner Cuba dans la boue ? On a vainement cherché ses états de service qui pourraient expliquer une telle sortie de route, mais néant.

Richard Labévière

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L’EUROPE DECADENTE…

Les Animaux malades de la peste (Jean de la Fontaine)

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)

Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n’en voyait point d’occupés

A chercher le soutien d’une mourante vie ;

Nul mets n’excitait leur envie ;

Ni Loups ni Renards n’épiaient

La douce et l’innocente proie.

Les Tourterelles se fuyaient :

Plus d’amour, partant plus de joie.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune ;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux,

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents

On fait de pareils dévouements :

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence

L’état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons

J’ai dévoré force moutons.

Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :

Même il m’est arrivé quelquefois de manger

Le Berger.

Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense

Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,

Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur

En les croquant beaucoup d’honneur.

Et quant au Berger l’on peut dire

Qu’il était digne de tous maux,

Etant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.

On n’osa trop approfondir

Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance

Qu’en un pré de Moines passant,

La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.

A ces mots on cria haro sur le baudet.

Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n’était capable

D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

De Jean de la Fontaine à VDL (Ursula von der Leyen) et à CM (Charles Michel), il n’y a qu’un pas ! Essayons de dresser quelques enseignements de la crise sanitaire appréhendée sous l’angle de la bien-pensance européenne ! Et, force est de constater qu’elles sont loin d’être brillantes. Pour être plus exact, elles sont catastrophiques. Est-ce réellement une surprise pout toux ceux qui avaient, depuis très longtemps, ouvert les yeux sur les évidentes dérives, les graves dysfonctionnements d’une machine qui tournait à plein mais surtout à vide ?

Un bidule incapable d’affronter les vents mauvais, les tempêtes, les tsunamis. Pourtant, jusque dans un passé très récent, on nous chantait la douce chanson du tout va très bien madame la marquise tout en se gardant bien de nous informer qu’on déplorait un tout petit rien (l’existence d’une pandémie comparable à la grande peste de la fin du XIXe siècle ou de la grippe espagnole du début du XXe siècle). Au niveau européen, c’est le traditionnel, courage, fuyons qui signe aujourd’hui la fin de l’Europe et, dans une moindre mesure, le déclin des nations. En définitive, l’Europe, c’est un électroencéphalogramme plat en dépit d’un collapse général que ne peut empêcher sa mise sous respirateur artificiel.

Jean Daspry
30 mars 2020

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LUCIEN SEVE NOUS A QUITTE – Richard Labévière. Ami de prochetmoyen-orient.ch, le philosophe Lucien Sève (âgé de 93 ans) a succombé lundi dernier au coronavirus. On lui doit une magistrale tétralogie – Penser avec Marx aujourd’hui (La Dispute) – quatre volumes, quelques 4000 pages invitant à lire et relire Marx et Engels. Pour lui, cette pensée exprime une idée majeure selon laquelle le communisme n’est pas « un état idéal », une projection de l’esprit construisant une vision sur laquelle le monde devrait se régler, mais bien – selon les termes de Marx lui-même – « le mouvement qui abolit l’état des choses actuel ». Lucien Sève nous dit que « le monde actuel pose la question du communisme », tant il appelle dans son mouvement même de nouveaux rapports de production, de nouveaux rapports à la terre, de nouveaux rapports humains dont les germes, et plus encore les bases, sont déjà présen, ici et maintenantts. Son œuvre occupe une place remarquable dans l’histoire du marxisme, de l’anthropologie politique, de l’histoire et de la philosophie des sciences sociales. Avec l’un de ses premiers grands livres – Marxisme et théorie de la personnalité (éditions sociales) -, il s’oppose à l’anti-humanisme théorique de Louis Althusser, au motif que ses protagonistes sont, eux-aussi, déjà intégrés dans la lutte de classe. Pour lui, si les hommes qui font l’histoire, sont bien de part en part des produits de l’histoire et agissent donc en fonction des contradictions des rapports sociaux, ce sont bien – en définitive – les hommes qui font l’histoire. Entre Louis Althusser, Roger Garaudy, Jean Elleinstein, Henri Lefebvre et d’autres, ce grand philosophe – que l’on partage ou non ses cheminements – nous a appris le goût du savoir et la patience du concept. A sa famille, ses fils Jean et Marc et ses petits-enfants, la rédaction de prochetmoyen-orient.ch adresse ses plus sincères condoléances.
 
 
MICHEL ANNEQUIN, « confiné énervé » : Dissocier le vrai du faux et remettre les faits en perspective. Voilà à quoi on s’emploie lorsqu’on est journaliste. Aujourd’hui, les médias mainstream prétendent être les seuls à produire des analyses géopolitiques sérieuses parce qu’ils seraient les seuls à rendre compte de l’actualité de façon objective. Cette prétendue objectivité, parlons-en. Il y a 10 jours, dans la foulée de la Chine, la Russie a annoncé qu’elle allait envoyer de l’aide à l’Italie, le pays le plus durement touché par la pandémie du COVID-19. Jeudi, un groupe d’une centaine de médecins est arrivé Rome à bord de plusieurs Antonoff chargés d’équipement et notamment de laboratoires mobiles. Sans perdre une minute, une équipe a pris la route pour Bergame, la région la plus touchée. De l’autre côté des Alpes, le bilan est effrayant avec des centaines de mort chaque jour. Les Italiens ont été touchés par le geste des Russes comme ils ont été touchés par la solidarité des chinois. Ici, nos médias mainstream, à l’image du journal Le Monde s’en sont émus. Nos grands éditorialistes n’y ont vu qu’une « opération de propagande » conduite par Moscou. Cela ne fait aucun doute, puisque ministère russe de la défense a publié un communiqué pour informer la presse du monde entier qu’il envoyait de l’aide en Italie… C’est bien connu, ni les États-Unis, ni la France ne médiatisent leurs actions humanitaires. Lorsque c’est la Russie, c’est forcément calculé et pétris d’arrière-pensées. Peut-être, admettons, mais de quoi faut-il s’émouvoir aujourd’hui ? De la Russie qui fait du pied à un pays européen en lui portant secours ou de cette Amérique qui s’est empressée de fermer ses frontières aux Européens ? Il a suffi qu’un virus frappe pour que la réalité de la prétendue alliance transatlantique saute aux yeux. Le chacun pour soi l’a emporté. Et ce virus-là, importé des États-Unis, a contaminé toute l’Europe.
 
 
BERTRAND RENOUVIN NOUS DIT : « MOBILISER L’ECONOMIE », 23 mars. Le 12 mars au soir, Emmanuel Macron a répété que nous étions “en guerre” et appelé à “l’Union sacrée”. Il s’agissait de se camper en héritier de Clemenceau mais la réponse des “soldats” du front sanitaire et des “civils” de l’arrière nous ramena aux scandaleuses réalités de la lutte contre l’épidémie. Les “soldats” sont envoyés au front sans casques ni fusils – en l’occurrence le personnel soignant manque de masques et de respirateurs. Les “civils” des caisses de supermarché, du transport routier, des usines, de la voirie… travaillent eux aussi sans masque et sont traités de déserteurs s’ils invoquent leur droit de retrait tandis que les donneurs d’ordre sont chez eux devant leur ordinateur. Plus que jamais la lutte des classes…

Ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne a cru bon de reprendre le langage élyséen en lui ajoutant sa touche personnelle. “Tout le monde doit comprendre, a-t-elle déclaré au “Parisien”, que nous sommes entrés dans une économie de guerre où beaucoup d’entreprises se mobilisent, y compris pour nous fournir ce qui nous manquait”. Hélas,  tout le monde doit comprendre que madame Borne ne comprend pas ce qu’est une économie de guerre. Elle cite LVMH qui se met à produire du gel hydroalcoolique et des entreprises du Grand Est qui se constituent en groupe pour produire des masques mais ces actions relèvent de l’initiative privée.

Madame Borne n’a certes pas le temps de consulter des livres d’histoire mais elle aurait pu simplement consulter la fiche Wikipédia sur l’économie de guerre avant de faire des phrases. “Vous voyez, assure-t-elle, on adapte la chaîne de production de notre économie pour avoir les bons produits là où il faut. C’est ça, l’économie de guerre”. Qui, “on” ? Pour le moment, c’est un fabricant de parfums qui fait un acte généreux. Quant à “la chaîne de production de notre économie” elle est, d’un bout à l’autre ou par morceaux… en Chine, en Allemagne, en Italie (1). Les masques, le Doliprane, c’est en Chine !

Si madame Borne consultait Wikipédia, elle lirait à la première ligne de la fiche que l’économie de guerre, c’est d’abord le contrôle de la politique monétaire. Or la politique monétaire se définit et se met en œuvre à Francfort, où siège la Banque centrale européenne réputée indépendante des gouvernements (2). Une arme décisive échappe à la France et nous allons en payer les conséquences.

Nous n’oublions pas les mesures de soutien aux entreprises, dans l’heureux sacrifice de l’austérité budgétaire. Mais une économie de guerre ne se réduit pas à des mesures d’urgence et à des recommandations. Si l’on invoque l’Union sacrée, il faut imposer aux plus riches des sacrifices à la hauteur des richesses qu’ils ont accumulées par la spéculation et par l’exploitation de leurs salariés. Impôt massif sur la fortune, contributions exceptionnelles, emprunt forcé… nous disposons de tous les moyens qui permmetent de concrétiser la solidarité et de financer l’effort de “guerre sanitaire”.

Une économie de guerre implique le contrôle du crédit. Il faut nationaliser les banques et les compagnies d’assurance pour parer la menace d’une catastrophe financière mondiale et pour que l’argent, nerf de la guerre, serve à financer l’économie réelle. Une économie de guerre implique la mobilisation des entreprises par l’État afin d’orienter la production en fonction de l’intérêt général. Il faut des réquisitions d’usines, de locaux, de moyens de transport dans les secteurs vitaux. Il faut que les réquisitions et les réorientations d’activités fassent l’objet d’une planification qui doit, dans l’immédiat, viser à juguler la crise sanitaire et ses effets sur les secteurs vitaux de la santé, de la protection civile, de l’alimentation. Il faut aussi préparer la relocalisation des entreprises dans les secteurs stratégiques – à commencer par celui de la pharmacie – et reconstruire les services publics.

Une économie mobilisée par le Plan est une économie protégée. Comme le dit Gaël Giraud (3), nous avons besoin d’un “protectionnisme écologique, social et sanitaire raisonné”. Les sociétés américaines de la vente par correspondance et du divertissement devraient être des cibles prioritaires.La mobilisation de l’économie nationale est évidemment incompatible avec les normes bruxelloises. Qu’importe, puisque nous assistons à la faillite de l’Union européenne. En décidant de suspendre le Pacte de stabilité, la Commission européenne se contente d’accepter des décisions déjà prises par l’Italie, la France, l’Allemagne. La livraison à l’Italie de matériel médical par le gouvernement chinois et la demande d’aide médicale adressée par la Lombardie à la Chine, à Cuba et au Venezuela sont les signes les plus criants de cette faillite.

Une économie mobilisée n’est pas une économie autarcique. La coopération internationale est une réalité qu’il faut maintenir puis développer dans tous les domaines. Il y aura un monde après la démondialisation.

(1) Xerfi, note du 12 mars 2020, Olivier Passet, Alberto Balboni.

(2) L’entretien avec Frédéric Farah publié sur mon blog le 20 mars.

(3) Entretien accordé à L’Obs, 20 mars 2020.

Éditorial du numéro 1186 de « Royaliste » – mars 2020


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SYRIE : ENTRETIEN TELEPHONIQUE ENTRE ASSAD ET LE PRINCE HERITIER D’ABOU DHABI – AFP, 27 mars.

Le président syrien Bachar al-Assad et le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed al-Nahyane, ont eu vendredi un entretien téléphonique, a rapporté l’agence officielle syrienne Sana, une première depuis le début du conflit en Syrie en 2011. Citant la présidence syrienne, Sana a fait état d’un « entretien téléphonique entre le président Assad et le prince héritier d’Abou Dhabi (…) axé sur les conséquences de la propagation du nouveau coronavirus (…) » durant lequel le responsable émirati a assuré M. Assad de « l’appui des Emirats arabes unis au peuple syrien durant ces circonstances exceptionnelles ». Sur son compte twitter, le prince héritier d’Abou Dhabi a confirmé l’information, relayée également par l’agence officielle du riche émirat du Golfe. « J’ai discuté avec le président syrien (…) des derniers développements liés (à la maladie) Covid-19. Je l’ai assuré du soutien des Émirats arabes unis et de la volonté d’aider le peuple syrien », a-t-il écrit. « La solidarité humanitaire pendant les temps difficiles l’emporte sur toutes les considérations, et la Syrie et son peuple ne seront pas seuls », a ajouté le responsable émirati. Sept ans après avoir rompu leurs relations diplomatiques, les Emirats arabes unis ont rouvert leur ambassade à Damas en décembre 2018. La Syrie avait été mise au ban du monde arabe dès fin 2011, et des pays, notamment du Golfe, avaient rappelé leurs ambassadeurs, pour protester contre la répression sanglante menée par le pouvoir de Damas contre des manifestations pro-démocratie, avant de soutenir pour certains l’opposition en exil et les rebelles armés. La Syrie, ravagée par neuf ans de guerre, a signalé jusqu’ici cinq cas de contamination au nouveau coronavirus. Les organisations humanitaires craignent une « catastrophe » en cas de propagation de l’épidémie.

 

CORONAVIRUS : L’ONU VEUT ASSOUPLIR LES SANCTIONS CONTRE L’IRAN – RFI, 24 mars.

L’Iran, la Corée du Nord, Cuba, le Venezuela ou encore le Zimbabwe sont autant de pays mis au ban de la communauté internationale et visés par des sanctions économiques. Sauf qu’en pleine pandémie de Covid-19, leur impact, déjà très lourd, pourrait être explosif. L’ONU demande aux États d’alléger les sanctions pour permettre aux pays concernés de lutter contre le virus. Parmi les États les plus touchés par le Covid-19, il y a l’Iran. Le virus y a déjà fait plus de 1 800 morts. C’est à peine moins que pour toute l’Europe. Les mécanismes de sanctions épargnent, en principe, le secteur médical. Sauf que dans les faits, Téhéran ne peut pas acheter des respirateurs et des masques de protection. « Les systèmes de dérogation sont inefficaces, sont très lents aussi. L’Iran, pour parler d’un pays qui est en crise actuellement au niveau du Covid-19, manque cruellement de tout équipement. Les médecins et les soignants iraniens protègent non seulement les Iraniens mais aussi les pays limitrophes, et nous tous aussi », explique Ruth Marshall, du haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Les Etats-Unis, par la voix de Donald Trump, ont pourtant affirmé être prêts à aider Téhéran contre le Covid-19. Main tendue sèchement refusée par l’ayatollah Khamenei. L’Iran a quand même reçu une aide de pays comme l’Allemagne, la Chine, et la France. Mais rien ne semble simple. D’après l’hebdomadaire Le Point, une équipe de MSF arrivée en Iran a finalement dû plier bagage après un volte-face des autorités qui assurent ne pas avoir besoin d’aide. Et ce alors qu’un docteur de l’OMS estime que le nombre de contaminations en Iran pourrait être 5 fois plus élevé que les chiffres officiels.

 

ISRAËL : GANTZ TRAHIT L’OPPOSITION POUR S’ALLIER A NETANYAHOU – AFP, 26 mars.

C’est un revirement total de situation qui s’est déroulé ce jeudi en Israël. Après plus d’un an de crise politique, le principal opposant à Benyamin Netanyahu a finalement conclu un accord avec le Premier ministre sortant. Il a été élu, ce jeudi, temporairement, à la présidence du Parlement mais il devrait bientôt entrer dans le gouvernement. Depuis un an, Benny Gantz, nouveau venu en politique, incarnait les espoirs de changement. Au cours des trois dernières campagnes électorales, il a été le chef du camp anti-Netanyahu. La volte-face de Benny Gantz est « une tempête politique », juge Udi Sommer. Pour ce professeur de sciences politiques à l’université de Tel Aviv, il y a probablement diverses motivations qui l’ont conduit à cette décision. « L’une des raisons est la fragilité d’un parti qui n’a qu’un peu plus d’un an », dit-il. Et poursuit : « une autre motivation essentielle est probablement l’urgence de la situation en raison du Covid-19. Étant donnée cette crise, il y a probablement de l’inquiétude à diriger le pays dans une période aussi tumultueuse. » Mais Benny Gantz a perdu le soutien de plus de la moitié de sa formation. Et le reniement de sa principale promesse de campagne risque d’avoir de lourdes conséquences pour lui. « Gantz a eu plus d’un million de voix aux dernières élections et ces voix étaient sans équivoque un vote contre Netanyahu », juge Udi Sommer. « Il a fait un choix politique qui va clairement à l’encontre du mandat politique qu’il avait reçu. Et ainsi, il compromet probablement à jamais ses chances de pouvoir à nouveau diriger un parti et gagner les élections. Les électeurs ne vont jamais lui faire confiance. » Le grand vainqueur est en revanche Benyamin Netanyahu qui se maintient ainsi au pouvoir et qui obtient une large majorité à la Knesset.

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Boeing est bien malade pour un défaut de logiciel et le président Trump ne voudrait pas laisser dépérir les usines de bagnoles. Il est surtout sourd aux appels du SG de l’ONU et de la Haute-Commissaire aux Droits Humains pour suspendre, vu la crise sanitaire mondiale, les sanctions et blocus imposés à quelques pays, dont l’Iran, la Syrie, et à Gaza depuis 13 ans. Et à cessez-le-feu partout. Cynique, Pompeo prétend que les sanctions n’empêchent pas l’Iran d’importer médicaments, aliments, équipement médical. Déjà pour contrer la critique a posteriori envers le très long embargo imposé à l’Iraq, le pouvoir américain avait mandaté Paul Volcker pour rédiger un rapport inepte, en débauchant un ancien expert UNICEF qui s’était prononcé publiquement contre cet embargo dès 1991. Sanctions et blocus sont des crimes prémédités contre l’humanité, affectant gravement la vie de peuples sans responsabilité personnelle. Claude Cheysson l’écrivit dès le 13 juillet 1991.

Bernard Cornut

 

  1. « Tout le monde savait que c’était impossible à faire. Puis un jour quelqu’un est arrivé qui ne le savait pas, et il l’a fait." (Winston Churchill). Et c’est ainsi qu’en neuf jours, l’Armée Française a été capable d’installer un hôpital de campagne – de 30 lits, à Mulhouse.
  2. Les entrepreneurs suspendant leurs chantiers par manque de sécurité font preuve de ‘défaitisme’. Dans la rue, des policiers ont verbalisé des SDF non confinés. D’autres se sont fait cracher au visage par des trafiquants. Comme le dit la drôlesse de l’Elysée, « Il n’y a pas de moindre respect dans certains endroits que dans certains autres. Toute autre analyse aurait des relents de racisme ». Où démarre le racisme, où démarre la connerie ?
  3. C’en serait donc fini de la mondialisation, responsable de l’épidémie (les gens voyagent depuis Méline) ou de l’Union Européenne ‘qui n’a pas été à la hauteur’ (€700 milliards de la BCE quand même). En relisant la presse de Vichy, on retrouve ce même esprit ranci et défaitiste. Mais la ligne Maginot est plus proche de Montoire que de Londres.
  4. Tous unis, non aux polémiques ! Le Président s’est mu en chef de guerre. Il fait don de sa personne à la France. Plus de balivernes sur masques ou tests car il hait les mensonges qui nous ont fait tant de mal. Restez confinés dans vos campagnes car la terre, elle, ne ment pas. Mais à côté des soignants, il y a aussi ceux qui font tourner le pays et que Le Maire ou Darmanin aident comme il convient. Merci. Il ne faudrait pas mourir guéri.
  5. Tout au Covid-19, le monde a oublié que le Liban a fait faillite. Plus de crédit à un Etat ‘en défaut’ qui doit continuer à importer – et payer cash, les denrées alimentaires indispensables. Vite, une réunion des Bailleurs de fonds habituels, qui distribueront de nouveaux fonds ‘en échange de réformes économiques substantielles qui…et que…etc.’ On connaît la chanson.

Dinall’uill

 

MOI ET LE RESTE DU MONDE

Les époques de confinement peuvent conduire à d’étranges pratiques – voire à dépenser son argent de façon inconséquente même si la somme en jeu (€22) demeure raisonnable. Mais comme au restaurant, quand ça n’est pas bon, c’est toujours trop cher.

Vingt-deux euros donc, la somme dont il fallait s’acquitter pour parvenir au Graal, rejoindre l’Olympe de l’élite intellectuelle et comprendre enfin le vaste monde grâce à la lecture des Mémoires de Gérard Araud1.

Car la première impression – qui ne vous lâche plus au fil des pages, c’est cet incroyable, incommensurable ego de l’auteur. On n’ose imaginer ce que serait le monde devenu si Araud n’avait pas été là, pressentant tout, résolvant tout ce que l’on voulait bien lui laisser résoudre, n’eussent été la bêtise, l’obscurantisme, l’aveuglement, la lâcheté etc. entravante de tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. Un ego non pas teinté de fatuité mais tellement imprégné d’autosatisfaction qu’il en devient très vite dérisoire. Inutile d’en citer des exemples, ils suintent à chaque ligne.

Lorsque l’on en arrive finalement aux idées, on pourrait assez simplement les résumer de la façon suivante : la France, de fait, n’existe que par rapport aux Etats-Unis et à ses alliés les plus sûrs que sont Israël et le Royaume-Uni. Pourquoi ? « Parce qu’il faut être pragmatique ». « Notre diplomatie est appelée à s’adapter à la nouvelle donne qui se dessine ». En clair, notre diplomatie doit devenir capable de déduire ce qu’un Etat « pourrait ou ne pas accepter », et s’adapter selon. Il ne peut pas exister de politique nationale indépendante « puisque c’est le plus fort qui décide ».

Certes, car le garnement aime faire semblant de jouer au franc-tireur, « il faut écouter les autres mais penser que ce qu’ils disent est juste, juste parce que c’est le contraire de la ligne officielle ». Ça, c’est pour le Quai.

Pour le reste, tout doit se déterminer ou se définir au prisme de ce que pensent les Etats-Unis et le Royaume Uni – et à qui nous devrions par principe nous raccrocher. Aucune idée donc de ce que peut être ‘l’indépendance nationale’ – sauf pour les Etats-Unis qui ont le droit d’être nationalistes « parce que ce sont les plus forts ». Nous n’existons que par rapport aux Etats-Unis et donc, tout ce qui leur est contraire (à eux et à leurs alliés – Israël notamment), doit être combattu « au nom du bon sens pragmatique ».

A cette vision, et c’est le troisième élément caractéristique de ce livre, s’ajoute un tropisme pro-israélien qui remonte à l’adolescence (la Shoah, c’était horrible) et qui justifie tout – y compris le droit « d’informer régulièrement Israël des discussions avec l’Iran ». Normal : il fallait être très dur avec l’Iran à l’occasion des négociations du traité nucléaire car « Israël risquait de réagir ». Ne parlons pas de la guerre de 1967 ni du ‘terrorisme palestinien’ : c’est l’un des rares moments de cette ‘analyse’ où l’envie de balancer le bouquin au feu doit être sévèrement réprimée. Araud a « construit une relation de confiance avec Israël » et à ce titre, tout lui est permis.

Entretenant à dessein la confusion entre antisémitisme et antisionisme, proposant une analyse de la question palestinienne hallucinante mais plus encore, de ses possible conclusions sur le ton le plus cynique qui soit (« J’étais la voix impopulaire qui chuchotait que c’est le plus fort qui dicte ses conditions au plus faible »), Araud se comporte en parfait féal d’un Etat étranger.

Dinall’Uill
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