Observatoire Géostratégique

numéro 330 / 12 avril 2021

FRANCOIS NICOULLAUD : COMPETENCE, MODESTIE ET FRATERNITE…

Le diplomate François Nicoullaud, qui collaborait épisodiquement à prochetmoyen-orient.ch, vient de nous quitter après une foudroyante maladie.

Après l’Ecole nationale d’administration, ce grand serviteur de l’Etat est entré dans la corps diplomatique en 1964. Confronté à plusieurs grandes crises internationales – le Chili de Pinochet, le Mur de Berlin, l’Inde de Nehru -, il passera trois ans à la sous-direction des affaires atomiques du Quai d’Orsay, avant de s’imposer comme l’un de nos meilleurs spécialistes de la prolifération nucléaire. Dans Le Figaro du 29 mars dernier, Pierre Joxe (ancien ministre de la Défense de François Mitterrand) écrit : « il était militant syndicaliste comme moi-même. Nos carrières se sont croisées puis rejointes lorsqu’il devint d’abord, en 1984, mon conseiller diplomatique au ministère de l’Intérieur, puis directeur de mon cabinet civil et militaire à la Défense, avant de rejoindre notre ambassade à Budapest, puis la Direction générale de la coopération internationale, pour conclure cette belle carrière à Téhéran ».

Archétype du diplomate professionnel d’envergure – parlant hongrois en Hongrie et persan en Iran -, il impressionnait, à la fois par son extrême courtoisie et sa profonde maîtrise des dossiers les plus complexes. La semaine dernière encore, il travaillait au manuscrit inachevé d’un livre de mémoires au beau titre de – Des atomes, des souris et des hommes – Histoire de la relation nucléaire entre la France et l’Iran.

Extrait : « L’histoire que je vais raconter est irrémédiablement la mienne, pour au moins deux raisons. La première tient à mon choix initial, évidemment réducteur, de la raconter du seul point de vue français. Mais, il m’était clair d’emblée que les archives iraniennes me seraient inaccessibles, même dans l’hypothèse où, au prix d’un effort important, j’aurai progressé de plusieurs paliers dans ma familiarité avec la langue persanne. Je la déchiffre, mais à grand peine. Je forme en revanche le vœu qu’un jour, point trop lointain, cette histoire puisse être racontée du point de vue iranien, par un historien iranien. Heureux ceux qui pourront alors lire et mettre en regard les deux histoires. Ils auront la joie de se dire qu’ils ont approché la vérité. La deuxième raison est que j’ai été moi-même associé d’assez près à certains pans de cette histoire, ce qui pèsera malgré tous mes efforts, sur ma façon de la raconter ».

Chaque fois que nous le dérangions, par téléphone ou lors de rencontres plus directes alors qu’il était en plein travail, il prenait toujours grand soin à ménager tout le temps nécessaire pour répondre à nos interrogations, nous expliquant avec grande pédagogie l’Iran compliqué et le reste du monde.

Au-delà de son professionnalisme et de sa gentillesse tous azimuts et tous terrains, c’est un sens profond de la fraternité qui accompagnait sa façon d’être et d’agir. D’autres amis l’ont défini comme une « belle personne ». L’expression est heureuse mais insuffisante pour ce grand Français qui incarne aussi cette pensée de Romain Gary – « le patriotisme, c’est l’amour des siens » – et répétons, un sens aigu de la fraternité, d’une fraternité généreuse et républicaine.

A sa famille, ses amis et ses proches, la rédaction de prochetmoyen-orient.ch adresse ses plus sincères condoléances.

Richard Labévière

SERGUEÏ LAVROV, DOCTEUR ÈS DIPLOMATIE AVEC LES FÉLICITATIONS DU JURY

« Le silence devient une rareté et une dimension que nous risquons de perdre » (Paul Virilio, 2001). Il n’est pas coutumier des plateaux de télévision des chaînes occidentales. Ce n’est pas seulement parce que sa parole est aussi rare que calibrée et acérée. C’est aussi et surtout parce qu’il est traité comme un pestiféré. Sa nationalité conjuguée à sa fonction le disqualifie ab initio dans les médias occidentaux. Pourtant, nous considérons, en toute objectivité, qu’il est le meilleur – sans la moindre concurrence sérieuse – du circuit très select des chefs de diplomatie.

Il écrase ses modestes concurrents par sa connaissance technique des dossiers (il a passé trente-deux années dans la diplomatie soviétique puis russe de 1972 à 2004) et par sa profondeur stratégique (il est ministre des Affaires étrangères depuis 2004). Vous l’aurez compris, si vous trouvez de l’intérêt aux relations internationales, il s’agit du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. Aujourd’hui, il donne un long entretien dans le cadre du programme « Le Grand Jeu » de la Première chaîne de télévision russe (Moscou, 1er avril 2021). Les deux journalistes, qui conduisent la discussion, sont Vyatcheslav Nikonov et Dmitri Simes1.

À cette occasion, le ministre russe des Affaires étrangères balaie toute une série de sujets de politique internationale. Nous en retiendrons les principaux : détérioration de la relation américano-russe (la plus grande partie de l’entretien) ; la dégradation de la situation en Ukraine ; le rapprochement sino-russe ; l’alignement de l’Union européenne sur les États-Unis, la révolution culturelle aux États-Unis ; la recomposition du monde.

LA DÉTÉRIORATION DE LA RELATION AMÉRICANO-RUSSE

D’une manière générale, le ministre russe des Affaires étrangères déplore l’usage inquiétant du terme de guerre par les dirigeants américains et deux de l’OTAN dans la pratique diplomatique internationale (Cf. « guerre hybride déclenchée par la Russie »). Cette logorrhée conduit à un accroissement des tensions. Sergueï Lavrov forme le vœu que le bon sens l’emportera tôt ou tard. Il qualifie l’emploi du terme « tueur » par Joe Biden de « scandaleux et de sans précédent ». Mais, il constate aussitôt que la rhétorique guerrière américaine à l’encontre de la Russie n’est pas nouvelle. Il l’attribue au lobby militaro-industriel.

Le chef de la diplomatie russe énumère ensuite tous les actes concrets des administrations successives pouvant être considérés comme des gestes de défiance : retrait du Traité ABM ; mise en place de systèmes anti-missiles prétendument présentés comme étant orientés contre l’Iran alors qu’il s’agit d’un projet global destiné à contenir la Russie et la Chine ; déploiement de missiles à portée intermédiaire et à plus courte portée dans la région Asie-Pacifique ; refus de prolongation du Traité FNI en dépit des appels du pied de Moscou ; installations militaires de l’OTAN, transformation d’une présence tournante en une présence permanente aux frontières de la Russie, dans les États baltes, en Norvège et en Pologne…

Moscou considère que ces gestes vont au-delà de la simple rhétorique. D’où le rappel en consultation de l’ambassadeur russe à Washington, Anatoly Antonov pour faire un point de situation complet sur l’état de la relation bilatérale.

Sergueï Lavrov prend un malin plaisir à mettre en contradiction avec eux-mêmes, les Américains. D’une part, ils emploient les termes d’« adversaire », d’« ennemi », de « « concurrent » ou de « rival ». De l’autre, ils déclarent ne rien avoir contre Russie et Chine, et se contentent de « promouvoir la démocratie » et de « défendre les droits de l’homme ». Ceci n’est pas très sérieux. Il complète son propos par les justifications futiles données par Washington pour leur intervention en Irak et en Libye. En fait d’exportation de la démocratie, ils ont exporté le chaos (terrorisme, contrebande, migrations incontrôlées, déstabilisation du Sahel) en Libye.

La politique américaine est vouée à l’échec, y compris celle des sanctions anciennes décidées avant les évènements en Ukraine par Barack Obama et aujourd’hui par Joe Biden. Sergueï Lavrov s’interroge sur le point de savoir si les Américains « connaissent-ils bien l’histoire ? ». Les développements les plus récents recèlent une part « d’absurdité » tant Washington joue avec le feu au lieu de privilégier la voie du dialogue, y compris pour s’accorder sur ses désaccords. Il raille le projet « d’alliance des démocraties » proposée par Joe Biden.

LA DÉGRADATION DE LA SITUATION EN UKRAINE

En réponse à une question sur l’implication personnelle de Joe Biden sur le dossier ukrainien après les dernières déclarations de Kiev, Sergueï Lavrov s’interroge : « Je ne sais pas trop ce que c’est : un bluff ou des plans concrets. D’après les informations publiées dans les médias, les militaires, pour la plupart, sont conscients des dégâts que pourrait entraîner toute action visant à déclencher un conflit chaud. J’espère vraiment que cela ne sera pas fomenté par les politiciens, qui, à leur tour, seront fomentés par l’Occident dirigé par les États-Unis ». Il saisit cette occasion pour lancer un avertissement solennel : « Ceux qui tentent de déclencher une nouvelle guerre dans le Donbass détruiront l’Ukraine ».

Vladimir Poutine s’est entretenu avec Emmanuel Macron et Angela Merkel par vidéoconférence le 30 mars 2021 de la situation en Ukraine, hors la présence de Volodymyr Zelensky, c’est-à-dire en format Normandie moins l’Ukraine. Le résultat a été un refus cinglant de Kiev. Notons, en passant, que le sujet ukrainien est glissant pour la famille présidentielle. Le fils de Joe Biden a admis dans un entretien diffusé, le 6 mars 2021, par la BBC que son nom lui avait permis d’obtenir une place au conseil d’administration du groupe gazier ukrainien Burisma, une nomination décriée par Donald Trump et figurant au cœur de la première procédure en destitution de ce dernier.

LE RAPPROCHEMENT SINO-RUSSE

Washington catalsyseur du resserrement des liens entre Moscou et Pékin. Les États-Unis et la diplomatie occidentale ont réussi un tour de force dont ils ont seul le secret : rapprocher, encore plus s’il en était besoin, Russie et Chine dans un même bateau. En effet, les deux États sont déjà devenus des partenaires stratégiques en actes et pas seulement en paroles. Reprenons in extenso ce que nous dit Sergueï Lavrov qui nous éclaire sur les tenants et aboutissants de l’approche russe :

Guillaume Berlat
12 avril 2021

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BERNARD CORNUT REND HOMMAGE A RAMSEY CLARK (ancien Attorney General et militant anti-guerre) : Ramsey Clark est décédé à Manhattan le 9 avril à l’âge de 93 ans. Jeune avocat, il avait été marqué par son passage au procès de Nuremberg et depuis avait toujours soutenu le droit à la défense dans la justice des vainqueurs, que soit en Serbie après une guerre illégale ou en Iraq pour dénoncer la guerre programmée du Golfe de 1991 puis lors du procès inique du président iraqien sous un régime d’occupation. Il était courageusement venu en Iraq avant et pendant le déclenchement des 105 000 sorties visant à ramener l’Iraq à l’âge de pierre sous le commandement du général Schwarzkopf, fils d’un autre général Schwarzkopf ayant participé au coup d’état anglo-saxon contre un gouvernement démocratique de l’Iran en 1953, et de feu le président Bush, ancien pétrolier et patron de la CIA, après une vicieuse campagne de propagande conçue pour anesthésier les opinions occidentales. Je l’avais rencontré à Rome et à Naples en octobre 1992 où  fut organisée une première conférence internationale contre l’embargo criminel imposé à l’Iraq et verrouillé par les Etats-Unis au niveau du Conseil de Sécurité. Claude Cheysson m’avait écrit dès le 13 juillet 1991 que "poursuivre par l’embargo l’étouffement de tout un peuple  serait vu un jour comme un crime contre l’humanité". Peu après Ramsey Clark m’avait confié les épreuves de son livre "The Fire this time" où il dénonça, avec moult photos, témoignages et données, les terribles atrocités commises  lors de cette guerre du Golfe par la coalition à laquelle s’était hélas rallié aveuglement le président Mitterrand, comme l’a su, trop longtemps après, l’honorable ministre de la Défense Jean-Pierre Chevènement qui démissionna avec fracas au cours de cette guerre. Dans la Jordanie qui souffrait profondément  de cet interminable embargo renchérissant le transit des marchandises entre Aqaba et Baghdad, j’ai pu arranger que ce livre fut traduit en arabe et publié peu à peu comme un feuilletion dans un  grand quotidien jordanien. Dans toute l’Europe, les organisations militant contre l’embargo étaient en contact étroit avec l’organisation présidée par Ramsey Clark aux Etats-Unis, "International Action Center", animée par Sarah Flounders et quelques autres militants antiguerre internationalistes. Quand il revint à Paris au milieu des années 90, Ramsey Clark avait presque perdu l’espoir de pouvoir influencer les opinions internationales soumises à des médias trop proches des pouvoirs politiques et financiers, mais il continua à lutter. Comme le dit René Char : "Dans mon pays on ne croit pas à la bonne foi des vainqueurs".

Bernard CORNUT, co-fondateur, ancien SG puis 2ème président de la CLE-Coordination pour la Levée de l’Embargo imposé à l’Iraq, ancien gréviste de la faim (21 jours en septembre 1994), et refuznik des impôts nationaux de 1991 à 1998 jusqu’à saisie du salaire et du compte bancaire.

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Exceptionnellement, nous consacrons l’espace de cette rubrique, habituellement dédiée à nos chers confrères, à une contribution importante du journaliste Etienne Pellot.

La rédaction

RAPPORT DUCLERT : LE TRIOMPHE DE KAGAME !

En évoquant une possible complicité de génocide de la France au Rwanda, le président de la commission mise en place par Emmanuel Macron a déchaîné les innombrables idiots utiles du satrape rwandais.

« Bien, mais pas suffisant ». C’est en substance le message adressé par les autorités rwandaises à la France au lendemain de la publication du rapport Duclert censé faire la lumière, grâce à un accès quasi total aux archives nationales, sur le rôle exact joué par Paris dans le génocide commis en 1994 au « pays des mille collines ». Kigali, bien sûr, espère et attend davantage. Les 1000 pages du rapport ont beau écarter toute « complicité » française à proprement dite, ses conclusions rejoignant dans les grandes lignes celles de la commission d’enquête parlementaire de 1998, le sieur Vincent Duclert, missionné par Emmanuel Macron pour sceller la réconciliation franco-rwandaise, a fait la tournée des médias en étalant son parti pris comme sa méconnaissance crasse du dossier. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les 44 interminables minutes dispensées le 29 mars dernier au micro de Guillaume Erner dans les « matins » de France Culture, au cours desquelles l’historien spécialiste de l’affaire Dreyfus multiplie erreurs, bourdes, approximations, voire désinformation. Reprenant sans ciller les thèses de son confrère Jean-Pierre Chrétien, notre fin limier assimile le phénomène ethnique au Rwanda (Hutus, Tutsis, Twas) à une pure création du colonisateur belge.

Les Africains, ces grands enfants, sont une fois de plus assignés à leur statut de victime permanente dont l’identité et l’histoire demeurent éternellement figée par l’impérialisme occidental. L’observateur averti notera que Paul Kagamé lui-même se gausse de cette fable gobée par les belles âmes 1 tiersmondiste et 2 tiers mondaines. N’avait-il pas, en incorrigible « ethniciste », brandi un test ADN vantant ses quelques « gênes hutu », gages de sa légendaire ouverture comme de sa tolérance, à l’occasion d’un entretien surréaliste accordé à l’hebdomadaire Jeune Afrique ?

« On ne voit plus la réalité », poursuit Vincent Duclert à propos du fameux « complexe de Fachoda » qui aurait poussé Mitterrand à considérer l’offensive du FPR de Kagamé, partie en 1990 de l’Ouganda voisin, comme une menace de la sphère anglo-saxonne contre les intérêts du monde francophone. La guerre menée par les troupes de Kagamé au Zaïre, appuyée par les bérets verts et l’armada américaine en 1996, la disparition de l’apprentissage du français au Rwanda, sans même évoquer le trust des multinationales canadiennes, états-uniennes ou britanniques dans le pillage des colossales ressources minières congolaises, doivent donc relever de la science-fiction.

Pour Duclert, le dictateur ougandais Yoweri Museveni est un « grand président, très visionnaire » (sic). Le FPR, presque décrit comme une ONG pacifiste, réclame « un dialogue avec la France, et à chaque fois, la France refuse ce dialogue ». On peine à comprendre comment et pourquoi Paris a imposé à son allié Habyarimana le processus d’Arusha, qui va octroyer à ce même FPR des privilèges exorbitants, tels que l’obtention de ministères régaliens, ou 40% des postes de commandements dans la future armée réunifiée.

Ignare de la faiblesse structurelle de l’antenne de la DGSE à Kigali de 1990 à 1994, Duclert se félicite de l’ouverture totale des archives de la « piscine » et des notes visionnaires pondues à l’époque, alors que ses maigres effectifs en étaient réduits à répercuter les rumeurs qui circulaient dans la capitale rwandaise et à travailler à partir des informations recueillies depuis Kampala (Ouganda). Ainsi, le président de la Commission éponyme s’appuie sur les notes frelatées du service pour donner substance à l’hypothèse délirante de la responsabilité du camp Hutu extrémiste dans l’attentat du président Habyarimana le 6 avril 1994, signal déclencheur du génocide.

Rappelons que l’armée hutu n’avait pas de missiles anti-aérien (car le FPR ne disposait pas d’aviation), ni de personnel qualifié pour les utiliser, et qu’aucun témoin ou acteur digne de foi ne s’est manifesté en plus de vingt ans d’instruction judiciaire, tandis que les preuves incriminant le FPR se sont solidifiées, notamment grâce aux innombrables dépositions de repentis du camp Kagamé, devant les juridictions françaises, espagnoles, ou du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Demeure (bien sûr!) la piste d’une implication de mercenaires ou de barbouzes, forcément françaises, qui auraient décidé contre toute logique de supprimer deux alliés de Paris, soit les présidents rwandais et burundais, afin de précipiter l’apocalypse et de reprendre une guerre perdue d’avance contre les troupes aguerries du FPR.

Passons sur le reste des énormités assénées par Vincent Duclert, trop longues à détailler ici, et intéressons-nous à la séquence ouverte par cette délirante séance psychiatrique d’auto-masochisme tricolore. « Ceux qui dénonçaient le rôle de la France ne seront plus accusés de complotisme », plastronne par exemple le militant de Survie François Graner, qui a eu accès aux mêmes archives de la Commission Duclert, et qui n’a cessé d’en distiller des bribes à Médiapart ou au Canard enchaîné, afin de maintenir une pression dictée par l’ADN de l’ONG fondée par Jean Carbonare, historiquement aux ordres du « storytelling » de Kigali.

Rappelons que cette secte n’en est plus à un « complot » près. Ainsi Survie a-t-elle défendu successivement les thèses d’une opération Turquoise décidée pour détruire les plantations de cannabis exploitées par le fiston Habyarimana et son compère Jean-Christophe Mitterrand, juré que ce sont des paras français qui apprenaient aux ploucs hutus à se servir de machettes et triaient les tutsis aux barrages pour les livrer aux génocidaires, certifié que l’attentat contre Habyarimana avait été exécuté sur ordre de François Mitterrand, Alain Juppé, Hubert Védrine, Edouard Balladur ou Dominique de Villepin, sans oublier l’assassinat de François de Grossouvre, « suicidé » à l’Elysée le jour de l’attentat parce que le bougre en savait trop…

A l’unisson de Kigali, les mabouls de Survie exigent maintenant des poursuites judiciaires contre les méchants français. La Chine, qui a livré des centaines de milliers de machettes ? Les Américains qui se sont obstinément opposés au déploiement d’une force internationale pour empêcher les massacres ? Les Israéliens, qui ont livré des armes en plein génocide aux Forces armées rwandaises (FAR) ? Ces trois alliés de Kagamé n’intéressent guère le tyran rwandais, ravi d’une telle diversion française au moment où s’intensifient les critiques contre un régime qui musèle et persécute sa population, assassine les journalistes et les opposants sur son propre sol ou à l’étranger.

Symbole explicite de cette période sombre pour la libre pensée et l’esprit critique, le journaliste Patrick de Saint Exupéry triomphe partout avec son livre négationniste ironiquement consacré à la thèse du « double génocide » commis par les tueurs de Kagamé en République Démocratique du Congo. Remarquablement écrit, son récit « La Traversée » publié aux éditions Les Arènes n’en demeure pas moins un naufrage journalistique et moral, caractérisé par la pauvreté des sources recueillies au terme d’un micro-trottoir champêtre et ponctué de dégustations de bières.

Homme de ménage appliqué à nettoyer les traces rouges laissées par James Kabarebe, chef militaire de la sanglante conquête congolaise de Kagamé à partir de 1996, l’ancien journaliste du Figaro a perdu tout sens de la réalité. Dans le premier chapitre de son livre, il n’hésite pas à comparer le Rwanda… à la Californie !

Et tandis que journaux, radios, télévisions et sites internet ouvrent en grand leurs espaces éditoriaux aux thuriféraires de la pire dictature du continent africain, personne ne semble prendre la mesure de la gravité du moment. Obsédé par l’Afrique anglophone et ses performances de croissance, Emmanuel Macron semble persuadé que sa séance de contrition publique adoucira Kagamé, réconciliera la France et le Rwanda, et améliorera l’image de Paris à l’échelle du continent africain. Gageons que sa désillusion sera à la hauteur de son déshonneur.

Etienne Pellot

 

Les Palestiniens s’étaient enfin entendus pour organiser des élections, y compris pour ceux résidant à Jérusalem-Est. L’Etat israélien et son gouvernement toujours bancal après 3 élections répétées entendent les interdire et les empêcher. L’Union Européenne, désormais délestée des Britanniques responsables historiques du chaos en Palestine, aura-t-elle la détermination, le courage et les moyens de s’opposer à ce déni démocratique dans le cadre du droit international ? Pour la CPI, Jérusalem-Est est bien une partie des territoires occupés palestiniens. Pour l’OMS aussi dans ses tableaux statistiques sur la COVID-19 qui mentionnent cela explicitement dans une note, même si une autre note avertit que les frontières et noms cités n’impliquent pas une opinion quelconque de l’OMS sur leur statut légal… Ni l’argent, ni les virus n’ont de frontières, l’espérance de justice non plus.

Bernard Cornut

 

  1. Le Maire d’Albertville est condamné par le tribunal administratif de Grenoble à signer l’arrêté autorisant la construction d’une école privée hors-contrat financée par l’association Millî Görüs, l’agent du gouvernement turc qui refuse d’adhérer à la Charte de l’Islam de France. Lénine écrivait que « les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons ». En France, on offre même la corde.
  2. Démantèlement systématique de la politique familiale de la France par Hollande, dénatalité ravageuse qui en résulte, rien de surprenant. Le Planning Familial (association loi 1901, €300.000 de subventions) joue lui un autre air avec sa nouvelle campagne : « Savoir que j’ai le droit d’avoir plusieurs amoureux.euses, c’est bien. En amour, il y a plein de possibilités ! Qu’on soit enfant ou adulte, il est possible de changer souvent d’amoureux.ses, ou d’avoir plusieurs amoureux.ses en même temps ». Vive la France !
  3. Navalny, qui comme l’écrivent les sachants est évidemment financé par la CIA, démarre sa nouvelle vie dans la ‘colonie correctionnelle n°2’ (qu’on ne manquera pas de nous décrire prochainement comme une sorte de Club Med’ oriental) et entame une grève de la faim. A méditer par ces gilets jaunes qui vivent en France ‘sous une dictature’.
  4. Toujours plus fort ! On croyait qu’après la pitoyable excursion de Josep Borrell au pays des soviets où l’admirable Lavrov l’avait haché menu, l’Europe n’enverrait à l’étranger que des gens compétents – voire courtois. Notion que le primate Charles Michel ne connaît manifestement pas. Cela étant, cela a permis de confirmer à quel point l’Europe humiliée n’existe pas. Et à Erdogan pour une fois de se marrer ; les occasions sont rares.
  5. Les réserves en devises du Liban (utilisées pour l’achat de médicaments, de fuel et de blé) diminuent de 650 millions $ par mois en moyenne pour atteindre un stock de 22 milliards. La croissance est de -25% ; l’inflation de 150% ; le taux de change de 12.000lb pour 1$ (1500 aux taux officiel). Mais le pourcentage de population vaccinée contre la Covid ,de 1,37%. Pourquoi se plaindre ? En Palestine et en Syrie, il est de 0%.

Dinall’uill

 

PREMIÈRES CONFESSIONS DU NOUVEAU PRÉSIDENT DU NIGER : L’HEURE DE VÉRITÉ ?

Juger de la situation en Afrique depuis l’Hexagone n’est pas toujours chose aisée en raison de ses a priori idéologiques, de son humeur du moment. C’est pourquoi, il nous paraît important pour ne pas dire incontournable d’envisager le problème du point de vue de l’autre, c’est-à-dire de l’Africain qui semble le mieux placé pour le faire. Le Niger vient de connaître une transition démocratique exemplaire, la première en 61 ans depuis l’indépendance. Mohamed Mazoum, ancien professeur de philosophie succède à Mahamadou Issoufou qui a effectué deux mandats présidentiels. Même si le pays semble avoir été épargné par la pandémie (170 morts, 50 patients hospitalisés) grâce à des vaccins chinois et de l’OMC (programme Covax) alors que ceux promis par l’Union européenne se font attendre, le nouveau chef de l’État doit relever de multiples défis dont s’explique Mohamed Mazoum dans un entretien accordé au Figaro1.

Que peut-on retenir de cet entretien de début de mandat ?

Après avoir dressé le constat d’un recul de la démocratie sur le continent africain (Cf. les autocrates qui s’accrochent au pouvoir comme une bernique à son rocher), le nouveau chef d’État nigérien se félicite que, dans un pays aussi fragile que le sien, le pari ait été gagné. Il salue le bilan de son prédécesseur : « il a commencé le travail, à moi de le poursuivre ». Surtout dans le domaine de la lutte contre le terrorisme dans un pays enclavé sous la menace de groupes terroristes et criminels au Sud (Boko Haram au Nigéria), à l’Ouest (État islamique au Grand Sahara au Mali), au Nord (profond désordre en Libye, terre de départ de multiples trafics qui se propagent en Afrique subsaharienne) sans parler des alentours du lac Tchad2.

Jean Daspry

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