Observatoire Géostratégique

numéro 256 / 11 novembre 2019

2019 : DERNIER ETE AVANT UNE NOUVELLE CRISE ECONOMIQUE GLOBALE !

Le mois de juillet 2019 aura été le plus chaud que l’on ait enregistré depuis plusieurs décennies. Les neiges n’ont d’éternelles que le nom. Bien que plus clément sur le plan météorologique, le mois d’août nous apporte quelques surprises diplomatiques – dont les prémisses se situent dans les mois et semaines précédentes – qui sont loin d’être réjouissantes pour l’avenir de la planète. Escalade des tensions entre les États-Unis et la Chine, entre les États-Unis et l’Iran, contestation à Hongkong pouvant conduire à une intervention musclée de Pékin pour mater les « terroristes », réouverture de l’abcès de fixation du Cachemire entre l’Inde et le Pakistan après le dangereux « coup de maître » de Narendra Modi1, crispations croissantes entre la Corée du Sud et la Corée du Nord qui se livre à de très réguliers tirs de projectiles2, incertitudes au Soudan, chaos incontrôlable en Libye et au Yémen, Union européenne paralysée par les avatars d’un interminable « Brexit », relance de la course aux armements entre les Grands (Chine, États-Unis, Russie)… On l’aura compris, les sujets de perplexité et d’inquiétude ne manquent pas. Tous sujets dont les médias nous informent alimentent avec une certaine régularité si tant est que quelques faits divers (canicule, inondations, disparition d’un randonneur français en Italie, intervention de chirurgie esthétique suivie d’une luxation de l’épaule de la première Dame de France…) ne viennent faire la une de nos gazettes. Plus graves encore nous semblent être tous les signaux faibles de nature économique, financière et monétaire qui pourraient être les mauvais augures annonciateurs d’un ralentissement économique mondial durable, d’une crise monétaire, d’inquiétants affolements sur les marchés financiers…

La succession constante de ces évènements ne pourrait-elle pas déboucher sur une crise d’une plus grande ampleur ? Ne serait-elle pas révélatrice de craquements assourdissants du monde ? Ne serait-elle pas significatrice d’une décomposition accélérée du monde d’hier ? Comme le souligne le site mediapart dans une analyse très pertinente : « Il y a des signes qui ne trompent pas » 3. En nous inspirant de cette démarche, nous allons tenter de présenter les principaux actes de ce drame qui se joue dans une indifférence presque totale de notre clergé médiatique adepte du nivellement de l’information par le bas. Donald Trump décide de se lancer dans une véritable croisade contre l’inondation de produits chinois sur le sol américain en imposant de les taxer fortement pour rééquilibrer sa balance commerciale et mettre au pas, voir mettre à genoux, le géant économique Xi Jinping qui développe lentement mais sûrement sa toile avec ses « nouvelles routes de la soie ». Mais, l’Empire du milieu ne s’en laisse pas compter, utilisant les armes qui lui sont favorables pour contrer la guerre américaine. Une fois de plus, la très vocale Union européenne semble incapable de prendre conscience de la gravité de la situation, de se concerter sur les mesures idoines au risque d’être balayée par une tempête d’une rare violence qui se prépare.

DONALD TRUMP LANCE LA GUERRE COMMERCIALE AVEC LA CHINE

Dans toute guerre (militaire, commerciale, diplomatique, culturelle, médiatique…) dans laquelle on se lance, il faut toujours prendre garde que le remède ne soit pas pire que le mal que l’on veut soigner. Et, c’est bien ce qui semble être le cas après la taxation par les États-Unis des produits importés de Chine. Les premiers effets maléfiques sur l’économie américaine ne tardent pas à se faire sentir même si Donald Trump fait tout pour tenter de le dissimuler pour masquer la face noire de son bilan économique à quelques mois de la présidentielle.

La taxation des produits chinois importés aux États-Unis

Au nom de la défense des intérêts bien compris des États-Unis (« America First »), Donald Trump décide de se lancer dans une guerre commerciale sans merci avec la Chine accusée de dépouiller l’Amérique de son industrie, de ses secrets, de ses emplois. Il en est ainsi décidé : Pékin doit être sévèrement puni de tous ses méfaits. La meilleure arme consiste, selon le 45ème président des États-Unis, à appuyer où cela fait le plus mal. Il décide d’imposer d’importants droits de douane à l’importation des produits chinois qui inondent un marché américain qui n’en peut mais en dépit d’un protectionnisme bien présent et d’un droit extraterritorial très protecteur. Au passage, rappelons que Donald Trump utilise (menace d’utiliser) la même méthode avec les produits européens tels l’acier en vue de rééquilibrer ses échanges avec notre continent. C’est surtout l’Allemagne et ses exportations d’automobiles qui est visée. Pour sa part, la France envisage de taxer les activités des GAFA sur son sol. Donald Trump réagit par un tweet vengeur menaçant de taxer les importations de vins français et qualifiant la décision d’Emmanuel Macron de « stupidité ». Pour en revenir à la relation sino-américaine et pour être tout à fait objectif, n’oublions pas que Donald Trump joue en même temps du bâton (la multiplication des droits de douane à l’importation des produits chinois) et de la carotte (la poursuite d’une négociation bilatérale destinée à trouver une solution « diplomatique » au problème). Mais, il est toujours difficile de faire marche arrière surtout lorsque votre adversaire ne manque pas de ressources pour vous faire comprendre les multiples inconvénients que vous pouvez subir de votre démarche peu ou mal pensée.

Le retour de bâton chinois sur le consommateur américain

À y regarder de plus près, quelques économistes américains distingués soulignent de plus en plus souvent que cette guerre ne tournerait pas nécessairement à l’avantage de l’Amérique. Elle serait plutôt dévastatrice pour l’économie américaine. Les résultats de la politique de Donald Trump seraient plus que problématiques en matière de rééquilibrage commercial. Dans un récent article publié dans le New York Times, l’économiste Paul Krugman reprenait tous les chiffres de cette guerre commerciale lancée contre Pékin depuis un an. Ses conclusions sont implacables : « La guerre commerciale ne marche pas. Elle ne conduit pas aux résultats escomptés par Trump. » À l’appui de sa démonstration, Paul Krugman donne des chiffres qui donnent froid dans le dos : le déficit commercial avec la Chine augmente au lieu de baisser ; les débouchés américains, notamment pour les produits agricoles, se réduisent ; les entreprises n’ont pas ramené leurs activités aux États-Unis mais les ont déplacées vers d’autres pays comme le Vietnam ; et ce sont les consommateurs américains qui finalement doivent payer le prix des augmentations des tarifs douaniers imposés aux importations chinoises. 100 milliards de dollars seraient ainsi prélevés chaque année sur le budget des ménages américains, selon ses estimations. Ayant créé un problème, il faut tenter d’y trouver une solution de très court terme, prochaines élections présidentielles américaines obligent. D’où les pressions sur la Banque centrale américaine pour qu’elle renoue avec une politique monétaire non conventionnelle. Abaisser les taux dans une économie où tous les ménages empruntent à taux variable, c’est donner une bouffée d’oxygène immédiate aux consommateurs, leur donner le sentiment qu’ils regagnent du pouvoir d’achat. Déverser à nouveau des milliards, c’est soutenir un système financier et des marchés dopés à l’argent gratuit, c’est créer une apparence de richesse censée soutenir l’économie. Rien ne prouve que les remèdes déjà utilisés maintes fois par la FED auront cette fois les mêmes effets4. Car ils sont devenus en partie la cause des malaises et des tensions actuelles. Mais ce n’est pas la préoccupation de Donald Trump : l’important est de donner l’illusion du succès de sa politique, d’une économie prospère. Au moins le temps d’une campagne électorale. La ficelle est un peu grosse mais elle fonctionne bien dans toutes les démocraties avares de bobards… nous dit-on.

Mais, cette manœuvre américaine avait fait l’impasse sur la capacité de réaction rapide de Xi Jinping qui dispose de plus d’un tour dans son sac pour enfoncer une grosse épine dans le pied de l’Oncle Donald.

XI JINPING RÉAGIT PAR LA GUERRE DES MONNAIES

Les autorités chinoises ont décidé de déporter le problème du terrain commercial au terrain monétaire sur lequel il se sent plus assuré, créant ainsi un mouvement de panique sur les marchés financiers occidentaux et laissant le président américain dans une position inconfortable (pour être honnête, nous reprenons intégralement les éléments d’analyse du site mediapart, n’ayant pas une connaissance suffisamment fine des questions monétaires pures).

Le déplacement du problème par la Chine sur le terrain monétaire

Après plusieurs mois de réflexion, le gouvernement chinois a décidé de changer d’attitude. Il ne cherche plus, comme il y a un an quand Donald Trump a pris ses premières sanctions douanières, à temporiser, à rappeler son attachement aux traités internationaux, à l’ordre international. Il est désormais décidé à défendre ce qu’il considère comme ses droits et ses ambitions, même s’il lui faut en payer un prix élevé. Le monde a pris la mesure de ce durcissement le 5 août 2019. Ce jour-là, le président Xi Jinping a annoncé sa riposte, en représailles aux nouvelles hausses douanières annoncées par les États-Unis. Non seulement la Chine ne reprendrait pas ses achats de soja américain, comme elle l’avait fait miroiter dans les négociations, mais elle laissait filer sa monnaie, permettant au yuan de passer pour la première fois sous le seuil symbolique de 1 dollar pour 7 yuans. Contrairement à la plupart des pays, la Chine garde un contrôle étroit de sa monnaie : elle encadre les fluctuations du yuan dans un couloir de 2 %, autour d’un cours pivot. Malgré le ralentissement de l’économie chinoise depuis plus d’un an et les sanctions américaines, les autorités de Pékin ont veillé pendant tout ce temps à ne pas laisser tomber la valeur de la monnaie, afin de ne pas être accusées de manipuler leur monnaie en vue de soutenir leurs exportations et d’effacer les sanctions douanières américaines. Le yuan a perdu 10 % de sa valeur par rapport au dollar l’an dernier. Pour certains économistes et même le FMI, il aurait pu chuter beaucoup plus, compte tenu de la situation économique de la Chine. Voir les autorités chinoises autoriser la monnaie à passer au-dessus des 7 yuans, considérés comme la ligne magique par les marchés, et même fixer ironiquement par la suite le nouveau cours pivot à 7,0001 yuans pour un dollar, ne peut être lu que comme un signe politique. Pékin ne s’en cache même pas d’ailleurs. Dans un communiqué, la Banque centrale de Chine a expliqué que la chute du yuan était « due aux effets des mesures unilatérales et protectionnistes [américaines – ndlr] et aux prévisions à la suite des annonces tarifaires contre la Chine ». « Ça s’appelle de la manipulation monétaire », s’est emporté Donald Trump, avant de s’en prendre à nouveau à la FED. Dans la minute, tous les marchés ont commencé à dégringoler, s’alarmant de l’escalade des tensions entre La Chine et les États-Unis. « Les représailles de Pékin sont massives ; sur une échelle de 1 à 10, elles sont à 11. […] les mesures prises par Pékin ciblent directement la Maison blanche et semblent conçues pour avoir un impact politique maximum », dit Chris Krueger, responsable à l’institut de recherche Cowen. Où tout cela va-t-il nous conduire ? Nous ne possédons pas le début d’une réponse à cette question aussi monétaire que géopolitique. Mais le moins que l’on puisse dire est que toute cette imprévisibilité rend les marchés nerveux et la situation globale particulièrement volatile.

La très grande volatilité de la situation

Quand les financiers brusquement redécouvrent l’attrait de l’or, quand ils sont prêts à perdre de l’argent pour le mettre dans des placements jugés sûrs, quand ils commencent à s’inquiéter de la liquidité sur les marchés, c’est que la mécanique financière est en train de se dérégler, que la peur est en train de gagner. Depuis le début du mois d’août, le spectre d’une nouvelle crise est revenu planer. Des secousses de plus en plus fortes, de plus en plus fréquentes saisissent les marchés. Mercredi 14 août, Wall Street a connu sa plus forte chute depuis le début de l’année : – 3 % en une séance. Dix jours auparavant, le marché financier américain avait connu une baisse à peu près comparable, avant de se reprendre un peu. Wall Street le 14 août. Les signes de dérèglement les plus patents sont sur les marchés obligataires. Leur univers désormais est celui des taux négatifs, où l’argent ne vaut plus rien, où des banques font payer les déposants pour garder leurs avoirs. Mercredi, les derniers points de résistance se sont effondrés : les courbes des taux des obligations américaines et britanniques sont désormais inversées ; emprunter de l’argent à dix ans coûte moins cher qu’emprunter à deux ans.

Cette inversion des courbes, qui n’est pas intervenue depuis 2007, est analysée comme un chat noir par le monde financier. Beaucoup y voient les signes annonciateurs d’une récession imminente. Brusquement, les financiers prennent en compte des informations, à l’œuvre pourtant parfois depuis des mois, mais qu’ils avaient minimisées, négligées, voire superbement ignorées. La récession qui menace l’Allemagne et toute la zone euro, l’essoufflement de la croissance américaine, l’escalade des tensions entre la Chine et les États-Unis, le ralentissement chinois, le conflit à Hong Kong, le Brexit, l’Argentine…

Tout devient source d’inquiétude et d’alarme. Alors que les craquements du monde deviennent assourdissants, des flots de capitaux vont déjà se cacher dans les lieux censés être les plus sûrs. L’once d’or est ainsi revenue au-dessus de la barre des 1 500 dollars pour la première fois depuis 2013. Les signatures jugées sûres, comme celles de l’Allemagne, de la Suisse, de la Suède, de la France, sont recherchées, quel qu’en soit le prix. Toutes les obligations d’État allemandes et suisses, même au-delà de 30 ans, ont des taux négatifs.

En d’autres termes, pour garder leurs avoirs en lieu sûr, les investisseurs acceptent de perdre de l’argent. La totalité des titres offrant des taux négatifs dans le monde est estimée désormais à 15 000 milliards de dollars. « Pour l’instant, certains investisseurs restent encore sur la piste de danse, puisque l’orchestre joue encore. Mais ils se tiennent près de l’issue de secours, au cas où la musique s’arrêterait brutalement », écrivait il y a quelques jours un des chroniqueurs du Financial Times, résumant l’état d’esprit ambiant. Et la musique risque de s’arrêter brutalement.

Quand ? Comment ? Pourquoi ? Les analystes et les économistes avancent des hypothèses. Chacun a ses explications ou ses obsessions du moment : la Chine, le Brexit, Donald Trump, l’endettement privé. Mais tous dressent finalement un même constat : le système actuel est à bout de souffle. L’addition de la crise non résolue de 2008, faute d’avoir voulu tirer les leçons des échecs qui l’avaient provoquée, et des remèdes qui y ont été apportés avec une débauche d’argent gratuit déversé dans le système financier par les banques centrales a contribué à créer une instabilité5, des déformations économiques et des niveaux d’inégalité ingérables, sans parler des problèmes environnementaux. Le moindre grain de sable peut gripper la machine, la moindre étincelle mettre le feu aux poudres. Le moindre tweet, surtout.

L’EUROPE VOIT PASSER LES TRAINS SANS RÉAGIR

Dans un monde aussi interdépendant et aussi imbriqué qu’est celui dans lequel nous évoluons, la guerre commerciale lancée par Donald Trump contre la Chine ne pouvait pas rester très longtemps circonscrite aux seuls deux protagonistes de cette farce. Par l’Allemagne, elle s’introduit subrepticement en Europe qui n’en peut mais. Le machin fonctionne en mode vacances d’été et il est toujours difficile de l’extraire de sa torpeur et de son inertie naturelle.

L’Allemagne première victime collatérale du choc commercial sino-américain

Qu’adviendra-t-il si, en cas de crise, le gouvernement chinois n’est plus d’accord pour aider à stabiliser le système économique et financier mondial ? Des économistes assurent que, malgré tout, Xi Jinping n’est pas prêt à tirer un trait sur une politique de soft power, mise en œuvre après le massacre de Tian’anmen, qui lui a été profitable. La façon dont Xi Jinping va gérer la question de Hong Kong dans les jours, voire dans les heures qui viennent dira ce qu’il en est. Une des victimes collatérales manifestes de cette escalade des tensions entre la Chine et les États-Unis est l’Europe (l’Union européenne dans le cas d’espèce). Et elle risque sans doute d’être un des terrains d’affrontement privilégiés entre les deux superpuissances à l’avenir. L’Allemagne, première puissance économique du continent, est la première atteinte. Son modèle mercantiliste, reposant sur des excédents commerciaux hors norme et leur recyclage financier à Wall Street, est touché au cœur depuis la montée des tensions commerciales mondiales. Elle voit des marchés se fermer, des débouchés disparaître.

La Chine, qui était son premier client, est en passe de devenir son premier concurrent. De plus, la spécialisation de son économie, bâtie sur l’industrie automobile, est remise en cause, au fur et à mesure que les questions environnementales deviennent de plus en plus préoccupantes. Au deuxième trimestre, l’Allemagne a enregistré une baisse de 0, 2 % de son activité économique. Pour de nombreux observateurs, Berlin n’échappera pas à une récession cette année. La contraction de l’économie allemande a déjà entraîné un ralentissement dans ses principaux pays sous-traitants (Hongrie, Pologne, Tchéquie). Mais elle risque aussi d’emmener avec elle toute la zone euro, qui ne s’est toujours pas relevée de la crise de 2008. Pourtant, rien ne bouge.

L’Allemagne a ainsi répété ces derniers jours qu’elle se refusait à renoncer à sa règle d’or de l’équilibre budgétaire, comme ne cessent de le lui suggérer de nombreux économistes, afin d’adopter des mesures contracycliques susceptibles de soutenir son économie et celle de l’Europe. Est-ce véritablement une surprise compte tenu de ce que nous savons du fonctionnement habituel de l’Union européenne, experte en procédure mais nulle en stratégie et en anticipation des lendemains difficiles.

L’Union européenne entraînée dans la tourmente demeure encore inerte

Alors, une nouvelle fois, la Banque centrale européenne est montée au créneau. Inquiète des risques grandissants dans le système financier mondial, elle a fait savoir de façon tout à fait inhabituelle le 15 août 2019 qu’elle était prête à prendre des mesures de soutien hors norme pour venir en aide à l’économie européenne dès le début septembre. « Il est important que nous élaborions un train de mesures important et percutant en septembre. Lorsque vous travaillez avec les marchés financiers, il est souvent préférable de tirer plus fort plutôt qu’en dessous, et de disposer d’un ensemble très solide de mesures politiques, plutôt que de bricoler », a déclaré Olli Rehn, membre du conseil de la BCE en tant que gouverneur de la Banque centrale de Finlande. Alors que les taux directeurs de la BCE sont déjà négatifs, que l’institution monétaire a racheté des tombereaux de titres obligataires ces dernières années pour 2 600 milliards d’euros, beaucoup se demandent de quelles armes dispose encore la Banque centrale européenne pour reprendre sa politique de soutien monétaire. Ceci ressemble étrangement à un cataplasme sur une jambe de bois. A-t-on convoqué le moindre sommet européen extraordinaire des chefs d’état et de gouvernement de la zone euro ? Que nenni ! Nos dirigeants, en particulier Jupiter, peaufinent leur bronzage et préparent l’acte II du quinquennat qui ne se présentent pas sous les meilleurs auspices. Tels sont les éléments importants dans le monde de la communication, du court-termisme et du buzz continu.

On l’aura constaté, tout ceci n’a rien de très réjouissant. Comme souvent, nos dirigeants pratiquent avec un art consommé la politique du chien crevé au fil de l’eau, ne voulant pas tirer toutes les leçons de la crise financière de 2008. Face aux risques de récession, l’administration Trump hésite6.

« Périodiquement déçue mais toujours solvable est l’Espérance »7. La parenthèse de la mondialisation « heureuse », telle que nous la connaissons depuis 30 ans, depuis la chute du mur de Berlin, n’est-elle pas en train de se refermer. Une certaine « démondialisation », n’a-t-elle pas déjà commencé, sans que l’on puisse savoir à ce stade quelle forme prendra la suite. C’est face à cette décomposition accélérée de l’ordre ancien, du monde d’hier que les responsables du G7 (États-Unis, Allemagne, Japon, Canada, France, Italie, Royaume-Uni, la Russie ayant été exclue de ce cénacle depuis l’invasion de la Crimée) vont se retrouver à Biarritz du 24 au 26 août 2019 dans une ville assiégée par les altermondialistes dont la voie se fait plus audible au fil du temps (Cf. polémique autour de la conclusion du CETA ou de l’accord conclu par l’Union européenne avec les États du Mercosur).

Cette importante rencontre internationale, comme tant d’autres auparavant et bien d’autres à l’avenir, risque de n’aboutir qu’à des déclarations de circonstance tant les divisions entre ses membres sont importantes. Comme à leur habitude, les responsables politiques, incapables de tirer la moindre leçon de leurs échecs passés, seront tentés de dire qu’il est urgent d’attendre.

 
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Comme à leur habitude, ils n’imagineront pas adopter d’autre approche, tant leurs traités, leurs politiques, les principes idéologiques qui les sous-tendent, leur semblent des chefs d’œuvre indépassables. Au risque du monde…8 L’été 2019 ne serait-il pas le prélude d’une crise économique mondiale ?

Guillaume Berlat
26 août 2019

1 Guillaume Delacroix, Inde : le dangereux coup de maître de Narendra Modi au Cachemire, Le Monde, 18-19 août 2019, p. 27.
2 Philippe Mesmer, La Corée du Nord rejette tout dialogue avec le Sud, Le Monde, 18-19 août 2019, p. 4.
3 Martine Orange, Economie, marchés, monnaies : ce mois d’août où le monde change sous nos yeux, www.prochetmoyen-orient.ch , 18 août 2019.
4 Arnaud Leparmentier, La FED prise au piège de Donald Trump, Le Monde, 21 août 2019, p. 11.
5 Philippe Jacqué, Les dividendes versés dans le monde atteignent un nombre record, Le Monde, 21 août 2019, p. 11.
6 Gilles Paris, Face aux risques de récession, l’administration Trump hésite, Le Monde, 22 août 2019, p .10.
7 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 2.
8 Martine Orange, précitée.

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