Observatoire Géostratégique

numéro 187 / 16 juillet 2018

Editorient

(O)TANT VA LA CRUCHE À L’EAU QU’À LA FIN ELLE SE BRISE…

Bravo à l’équipe de France de football,
Bravo à Didier Deschamps,
Bravo aux autorités russes pour l’organisation de cette coupe du monde exceptionnelle.
La rédaction

(O)TANT VA LA CRUCHE À L’EAU QU’À LA FIN ELLE SE BRISE…

« Je ne veux pas d’une Europe qui soit juste une zone de libre-échange rattachée à l’OTAN ». Ségolène Royal ne pouvait résumer aussi en ces quelques mots choisi (prononcés il y a déjà quelques années) le dilemme des Européens face à la machine de guerre américaine qui a pour nom Alliance atlantique et qui a pour siège Bruxelles (plus précisément Evere, à proximité de l’aéroport de Zaventem). Présentée depuis sa création en 1949 comme un instrument de sécurité collective entre alliés (Cf. son article 5), l’Alliance atlantique l’est de moins en en moins. À la recherche permanente de nouveaux adversaires, d’ennemis (le terrorisme après les attentats du 11 septembre 2001 et de nouveau la Russie après l’URSS), elle peine à justifier sa raison d’être dans un monde déboussolé. Les critiques les plus virulentes, toutes choses égales par ailleurs (seul le général de Gaulle en avait tiré les conclusions en quittant la structure militaire intégrée) ne viennent pas ou plus du continent européen, mais d’Outre-Atlantique, le siège réel de l’église atlantiste.

Elle subit désormais les coups de boutoir du 45ème président des États-Unis, Donald Trump1. C’est pourquoi, le sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’OTAN (Bruxelles, 11-12 juillet 2018) était aussi attendu que le précédent (25 mai 2017) qui… Continuer la lecture

L’AMBASSADEUR OU LA DÉLATION SUR ORDONNANCE !

« Les cons, ça ose tout. C’est même à cela qu’on les reconnait ». Au moment où Simone Veil fait son entrée au Panthéon (1er juillet 2018) et où l’on loue son esprit de sacrifice durant l’Occupation contre un régime de collaboration-délation institutionnalisée, celui de Vichy1, la machine à délation fonctionne à plein régime dans notre pays. Sous couvert de « lanceurs d’alerte » se dissimulent en vérité d’authentiques dénonciateurs, cafteurs, délateurs, cafardeurs, calomniateurs, mouchards, sycophantes, jusque et y compris dans cette belle Maison qu’est le Quai d’Orsay ! Telle est la réalité quotidienne dans ce qu’elle a de plus crue.

Nous en avons aujourd’hui un exemple éclairant avec la campagne lancée contre notre ex-ambassadeur en Hongrie, Éric Fournier par le site de délation en ligne qui a pour nom Mediapart qui se borne à citer des extraits choisis de sa correspondance sur le phénomène Viktor Orbàn, ne les replaçant pas dans leur contexte 2. Pour sa part, le très sérieux quotidien Le Monde pratique la citation sélective, omettant de reprendre l’intégralité des propos du chef de l’État qui ont leur cohérence3. Que font ses « décodeurs » chargés de faire la chasse aux « fake news » ? Il en remet une couche dans un article immonde dans son édition du 5 juillet 2018, se complaisant dans la reprise de ragots indignes et d’attaques ad hominem gratuites qui tranchent par rapport à ce que fut ce quotidien dans les temps héroïques4.

Dans un second… Continuer la lecture

LE CHANOINE ET LE PAPE

En dépit d’un programme européen particulièrement chargé (conseil européen de Meseberg, mini-sommet sur les migrants, rencontre avec Donald Tusk, conseil européen, échange continu d’invectives avec le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini…) sans parler du reste (conférence humanitaire au rabais sur le Yémen du 27 juin 2018 au Quai d’Orsay), le président de la République rencontre le 26 juin 2018 le pape François au Vatican à Rome. Point de passage obligé de toute diplomatie qui se respecte, l’entrevue accordée par le Saint-Père à Jupiter doit être replacée dans son contexte global. Elle mérite quelques explications plus poussées pour mieux en appréhender les tenants et aboutissants. Passé et présent sont étroitement imbriqués.

UN HÉRITAGE TUMULTUEUX : LE PASSÉ D’UNE DISCORDE

Ce déplacement jupitérien n’est qu’un dans une impressionnante saga marquée par une suite d’irritants.

Une impressionnante saga

Bien que la France soit considérée comme « la fille ainée de l’Église », la relation entre notre pays et le Saint-Siège n’a pas toujours été un long fleuve tranquille1. Les causes de crispation avec le plus petit État au monde sont récurrentes. L’adoption de la loi sur la séparation de l’Église et de l’État de 1905 constitue un irritant structurel même si les passions sont retombées. Il faut savoir que le concept de laïcité à la française ne passe pas bien, y compris après la consécration du vin de messe. On confond trop souvent laïque et athée2. Rappelons que le Vatican conservera des relations diplomatiques avec le régime de Vichy pendant… Continuer la lecture

INGERENCES FRANCAISES AU YEMEN : HONTE ET MANIPULATION !

Beyrouth, 24 juin 2018.

Chacun de souvient de l’une des photos les plus célèbres de la guerre du Vietnam : ce 8 juin 1972 – dans le village de Trang-Bang – une effroyable bavure est commise par l’aviation sud-vietnamienne, qui combat les forces communistes du Nord aux côtés des Etats-Unis. Mal renseignés, les bombardiers Skyraider se trompent de cible et larguent des bombes au napalm sur un temple qui abrite non pas des Viêt-Congs, mais leurs propres soldats et de nombreux civils. 

Kim Phuc – neuf ans – figure parmi les victimes de cette erreur tragique. Alertés par le passage préalable d’un avion de reconnaissance, « Phuc » (c’est son prénom qui signifie « bonheur ») et sa famille voient s’abattre sur eux les bombes incendiaires. Le déluge de napalm – pouvant atteindre les 1 200 degrés Celsius – inflige à la fillette de terribles brûlures. Ses vêtements soufflés, Phuc s’extirpe des flammes, laisse derrière elle ses parents et se retrouve à fuir sur la route 1 de Trang Bang.

À quelques centaines de mètres, le photographe Nick Ut a assisté à toute la scène. Avec un groupe de reporters, il voit des civils surgir de la fumée. Parmi eux, il photographie la grand-mère de Kim Phuc portant dans ses bras le corps inerte d’un petit garçon. Lorsque la fillette parvient à sa hauteur, Nick Ut tire de son sac un quatrième et dernier appareil encore chargé, un Leica M3. Il immortalise la détresse de la petite fille qui répète sans cesse les mêmes mots… Continuer la lecture

SINGAPOUR : LE BAISER DE L’ARAIGNEE !

« On peut définir la diplomatie comme l’art de lutter avec insuccès contre la force des choses », nous rappelle l’ambassadeur Paul Cambon. Incroyable mais vrai ! L’année 2017 se finit sur un échange d’insultes par tweets interposés entre le milliardaire américain, Donald Trump, 45ème président des États-Unis et l’autocrate nord-coréen, Kim Jong-un, risquant de déboucher sur l’apocalypse nucléaire. L’année 2018 se déroule sur un échange d’aimabilités et la signature d’une brève déclaration commune entre les deux protagonistes à Singapour le 12 juin 20181, et cela après la déroute du G7 de Charlevoix conclu par un tweet vengeur du chef d’État américain expédié depuis Air Force One en route sur l’Asie. Décombres d’une alliance transatlantique moribonde, d’un côté et promesse d’un nouveau pacte atlanto-asiatique de l’autre ! Ainsi va la diplomatie de rupture du président américain ! Ainsi va le monde de ce début du XXIe siècle, aussi déroutant qu’imprévisible !

L’incertitude est désormais la règle au temps du bouillonnant et peu diplomate Donald Trump. Jupiter observe de loin un théâtre diplomatique sur lequel il est étrangement absent. Les choses sérieuses se passent sans les inénarrables Européens tout occupés à se quereller, à constater impuissants la montée des populismes, à constater leur impuissance abyssale à peser sur les affaires du monde. Un bref retour en arrière s’impose pour mieux être en mesure d’appréhender le saut qualitatif que représente la rencontre de Singapour2  (sur l’ile de Sentosa), ce « sommet des coiffeurs » et pour envisager l’avenir de la nouvelle entente entre l’Amérique et… Continuer la lecture