Observatoire Géostratégique

numéro 248 / 16 septembre 2019

Editorient

NOTRE NOUVEL AMI POUTINE : C’EST PAS GAGNE !

« Il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il faut l’action » (Victor Hugo). Nul autre homme d’Etat n’a été autant fasciné par l’Histoire que le général de Gaulle. Sa très sûre et immense connaissance du passé européen, de la culture de l’Europe et de ses mythes, et la relation intense entre la France et la Russie étaient chacune partie intégrante de son univers mental et de son imaginaire. Le général de Gaulle voyait la Russie comme cet « allié de revers » indispensable à sa sécurité, mais plus encore parce qu’elle participait à sa conception de l’équilibre de l’Europe et de la place de l’Europe dans le monde1. Emmanuel Macron désire mettre ses pas dans ceux du général de Gaulle au moment où il aborde l’acte II de son quinquennat. La rencontre avec Vladimir Poutine au Fort de Brégançon (19 août 2019)2 et le discours devant la conférence des ambassadeurs et des ambassadrices3 marquent les deux temps forts de ce retour (salutaire et ô combien indispensable) à une diplomatie gaullo-mitterrandienne4 qui avait été perdue de vue au profit d’une diplomatie atlantiste prônée par « l’État profond »5. Il faudra plusieurs jours à notre clergé médiatique pour comprendre la signification réelle de cette (r)évolution, de cette nouvelle grammaire des relations internationales. Nous en avons un exemple éclairant avec la présentation relativement exhaustive que consacre le quotidien de référence, Le Monde à cette mue diplomatique jupitérienne sur le… Continuer la lecture

HEZBOLLAH : UNE PERFORMANCE OPERATIONNELLE QUI CHANGE TOUT !

La frontière sud du Liban avec la Palestine occupée par Israël vient d’être le théâtre d’une escalade militaire qui a duré plusieurs jours. Le 1er septembre dernier, le Hezbollah a tiré deux missiles antichars sur un blindé israélien, jouxtant un bâtiment de la base militaire israélienne d’Avivim (extrême nord de la Palestine).

Cette opération intervenait en représailles de la mort de deux experts en drones du Hezbollah, tués lors d’un raid israélien en Syrie le 24 août et deux jours après le survol et l’explosion de deux drones israéliens au-dessus de la banlieue sud de Beyrouth. Représailles formelles de la représaille : l’armée israélienne a répliqué en arrosant de bombes au phosphore une zone frontalière non-habitée.

La crainte d’une escalade similaire à celle survenue en juillet 2006, qui avait déclenché la « guerre de trente jours », a été rapidement écartée, l’armée israélienne ayant évacué toute la région sur une profondeur de plusieurs dizaines de kilomètres. Selon plusieurs sources européennes et arabes du renseignement militaire, « l’armée israélienne n’est absolument pas prête à répéter une opération conventionnelle contre le Liban, dans un contexte régional et opérationnel qui a beaucoup changé en sa défaveur… ».

La dernière attaque de La Résistance (appellation usitée par les partisans du Hezbollah pour nommer l’organisation politico-militaire libanaise) a été filmée par des opérateurs sur le terrain. Dans la séquence diffusée par la chaîne Al-Manar (télévision du Hezbollah) on peut voir très clairement les deux missiles, partir simultanément de deux pas de tir différents avant de s’écraser sur la… Continuer la lecture

IRAN : POURQUOI UNE HAINE SI TENACE ?

Il est très curieux de voir l’ensemble des dirigeants européens, dont Emmanuel Macron, reprendre sans la moindre distance la rhétorique américaine – « l’Iran ne doit pas acquérir la bombe atomique » -, comme si l’accord signé le 14 juillet 2015 à Vienne, après plus de quinze années d’âpres négociations, n’avait jamais – oui, jamais – existé ! Et pourtant, cette négociation a été menée, qui plus est, en format « Cinq-plus-un », c’est-à-dire avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (dont les Etats-Unis) et l’Allemagne… Donc, on ne parle pas d’un accord mineur mais bien du résultat de l’une des plus grandes négociations de l’après-Guerre froide.

Cette diplomatie de perroquet – l’Iran ne doit pas, etc. – pose d’autant plus de problème qu’elle ne comporte aucune dimension multilatérale régionale. Ainsi, Israël peut, quant à lui, disposer de quelques trois cents têtes nucléaires sans être l’objet de la moindre critique ni menace, sans être soumis à la moindre inspection de l’Agence internationale atomique (AIEA), puisque qu’il n’a jamais été question que Tel-Aviv signe le Traité de non-prolifération (TNP).

Sans compter qu’en pleine Guerre froide, les Etats-Unis ont effectué des transferts de technologie pour que le Pakistan fabrique sa propre bombe atomique face à une Inde devenue une puissance nucléaire, à l’époque soutenue par l’URSS. Aujourd’hui, et en flagrante violation du TNP – le fait est confirmé par plusieurs agences européennes et arabes de renseignement -, Washington transfert aussi les technologies nécessaires pour que l’Arabie saoudite lance son propre programme… Continuer la lecture

2019 : DERNIER ETE AVANT UNE NOUVELLE CRISE ECONOMIQUE GLOBALE !

Le mois de juillet 2019 aura été le plus chaud que l’on ait enregistré depuis plusieurs décennies. Les neiges n’ont d’éternelles que le nom. Bien que plus clément sur le plan météorologique, le mois d’août nous apporte quelques surprises diplomatiques – dont les prémisses se situent dans les mois et semaines précédentes – qui sont loin d’être réjouissantes pour l’avenir de la planète. Escalade des tensions entre les États-Unis et la Chine, entre les États-Unis et l’Iran, contestation à Hongkong pouvant conduire à une intervention musclée de Pékin pour mater les « terroristes », réouverture de l’abcès de fixation du Cachemire entre l’Inde et le Pakistan après le dangereux « coup de maître » de Narendra Modi1, crispations croissantes entre la Corée du Sud et la Corée du Nord qui se livre à de très réguliers tirs de projectiles2, incertitudes au Soudan, chaos incontrôlable en Libye et au Yémen, Union européenne paralysée par les avatars d’un interminable « Brexit », relance de la course aux armements entre les Grands (Chine, États-Unis, Russie)… On l’aura compris, les sujets de perplexité et d’inquiétude ne manquent pas. Tous sujets dont les médias nous informent alimentent avec une certaine régularité si tant est que quelques faits divers (canicule, inondations, disparition d’un randonneur français en Italie, intervention de chirurgie esthétique suivie d’une luxation de l’épaule de la première Dame de France…) ne viennent faire la une de nos gazettes. Plus graves encore nous semblent être tous les signaux faibles de… Continuer la lecture

MEDITERRANEE POUBELLE ! QUE FAIRE ?

En Orient-ations de cette semaine, Guillaume Berlat nous rappelle opportunément le 75ème anniversaire du Débarquement de Provence et de ses héros d’Afrique : bonne opportunité pour se pencher à nouveau sur le mare nostrum et ses évolutions récentes. Mauvaise nouvelle : la Méditerranée menace de mourir et de se transformer en cloaque.

Entre les 28 minutes quotidiennes de bobologie et des soirées Thema, souvent très désorientées idéologiquement, Arte fait parfois des efforts. Ainsi, dernièrement, la chaîne franco-allemande a rediffusé un documentaire exceptionnel : « La Méditerranée va-t-elle passer l’été ? ». Paquebots de croisière de plus en plus monstrueux, nourris au fuel lourd ; trafic incessant de cargos chargés de produits dangereux ; tourisme de masse ; marinas luxueuses ; bétonnage à tout-va ; industries polluantes… La Méditerranée ne cesse d’attiser les appétits de pays en recherche de nouveaux profits. Elle renferme 10 % de la biodiversité marine mondiale. Mais – semi-fermée – elle ne renouvelle ses eaux que tous les cent ans.

Le réalisateur Alexis Marant livre ainsi un travail de deux ans : « Le rapport ‘MedTrends’ du WWF sur la Croissance bleue, paru en janvier 2016 et le doublement de la capacité du canal de Suez ont motivé notre enquête. Le business des croisières est récent, mais le nombre des passagers a été multiplié par quatre ces vingt dernières années. Les 29 pays du bassin méditerranéen n’ont pas tous les mêmes enjeux ni le même stade de développement. On a vu une mobilisation autour du thon rouge, mais aucune instance ne supervise l’ensemble du bassin. De même,… Continuer la lecture