Observatoire Géostratégique

numéro 205 / 19 novembre 2018

Editorient

CHRETIENS MARONITES : LA FIN D’UNE GUERRE DE 40 ANS…

Bkerké (Liban), siège du Patriarcat maronite, 14 novembre.

A 25 kilomètres au nord de Beyrouth, le siège du patriarcat maronite a pris des allures de forteresse. Pas un mètre carré qui ne soit contrôlé par les Forces spéciales des services de renseignement de l’armée. L’habituel ballet des limousines noires qui ponctue régulièrement les soubresauts de la vie politique du Pays du Cèdre… Les équipes de télévision et leurs harnachements moyenâgeux collent au décor. Des armoires à glace en costume avec un scoubidou dans l’oreille courent dans tous les sens. Certains jouent les importants, d’autres surveillent le crépuscule qui vient… songeant peut-être à cette nuit du 12 au 13 juin 1978 qui enveloppa la tuerie d’Ehden et sa trentaine de victimes civiles.

Samir Geagea, le chef des Forces libanaises/FL (extrême-droite), est arrivé le premier, accompagné de son épouse – la députée de Bcharré – Sethrida Geagea, suivi une dizaine de minutes plus tard de Sleiman Frangié – le chef des Marada (Chrétiens du nord) – accompagné de son fils le député Tony Frangié. Très ému, Sleiman Frangié a d’abord salué le patriarche Mgr Béchara Raï avant de serrer la main de Samir Geagea, paraissant très tendu. Puis les deux délégations se sont congratulées. Celle des FL qui accompagnait Samir Geagea était composée des députés Antoine Habchi, Chawki Daccache et Joseph Ishak, des ex-députés Fady Karam et Antoine Zahra, ainsi que du directeur du bure au des FL du Liban-Nord Tony Chidiac. Pour sa part Sleiman Frangié était entouré des députés Farid… Continuer la lecture

RETOUR A LA CENSURE EN FRANCE OU L’ETRANGE MONSIEUR ARAUD…

Un colloque intitulé « Les nouveaux acteurs de la lutte anti-terroriste » devait avoir lieu à l’Ecole militaire le 22 novembre prochain. Cette journée prometteuse s’organisait autour de trois tables rondes. La première, « Sur le front de la justice » réunissait les deux grands anciens juges du parquet antiterroriste Jean-Louis Bruguière et Michel Debacq ; la deuxième : « Sur le front du renseignement », Bernard Squarcini, ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et Alain Chouet, ancien chef du Service de renseignement de sécurité de la DGSE ; Enfin, la troisième, « Sur le front militaire », le député égyptien Abdelrahim Ali (chargé d’un retour d’expérience de l’armée égyptienne contre les organisations salafistes et celles des Frères musulmans) et le général Jean-Bernard Pinatel, experts des ripostes armées en matière de lutte contre le terrorisme.

La conclusion finale de la journée devait revenir à Alain Juillet, ancien conseiller pour l’Intelligence économique auprès du Premier ministre. Bref, on l’aura compris, ce plateau exceptionnel constituait – aux yeux de ceux qui exercent en toute impunité la censure en France – une concentration de délinquants multi-récidivistes représentant un danger extrêmement périlleux pour la sécurité et l’ordre public de notre vieux pays…

Que s’est-il passé ? L’ordre d’annulation de ce colloque est tombé directement d’un conseiller du cabinet du Premier ministre. La décision a été communiquée aux plus hauts responsables de l’Ecole militaire sans autre explication que celle visant l’annulation pure et simple de la réunion. Notre rédaction de prochetmoyen-orient.ch avait été sollicitée pour assurer la modération de l’une… Continuer la lecture

LA SCIE A METAUX SAOUDIENNE DEVOILE L’HORREUR YEMENITE…

Il aura fallu qu’une quinzaine de barbouzes saoudiennes découpent un opposant à la scie à métaux pour que nos vieilles « démocraties » découvrent que la guerre du Yémen a fait, vraisemblablement plus de 200 000 morts.

L’historien Isa Blumi de l’université de Stockholm écrit : « La guerre contre le Yémen aujourd’hui est un exemple brutal de la façon dont l’expansion des intérêts capitalistes mondiaux détruit les nations. Cela prend d’abord la forme du néo-libéralisme (souvent innocemment qualifié de mondialisation) et ensuite, au moment où commence l’inévitable effondrement structurel du pays ciblé (avec son inévitable résistance populaire qui mine l’ordre politique), on passe à une forme plus directe de violence. La guerre contre le Yémen a pris la forme la plus violente qui soit. Le pays est totalement assiégé dans l’intention évidente de provoquer une famine qui tuera la population résistante. Les pays attaquants, les États-Unis, l’Arabie saoudite, la Grande-Bretagne et les Émirats arabes unis, avaient prévu de s’emparer des ressources du Yémen, mais leur guerre d’agression piétine. Ils font maintenant les premiers pas pour y mettre fin… »

Un silence de plomb recouvre cette guerre clandestine depuis 2015 ! Et ce n’est qu’aujourd’hui qu’on peut enfin lire quelques reportages de terrain dans les presses anglosaxonne, allemande, espagnole et même…parisienne. Formidable ! Un problème majeur demeure quant à l’évaluation du nombre des victimes !

Entre le printemps 2015 et juillet 2017, la coalition américano-saoudienne a effectué plus de 90 000 raids aériens sur le Yémen. La plupart d’entre eux se sont accompagnés de bombardements extrêmement meurtriers.… Continuer la lecture

DES DIVIDENDES DE LA PAIX AUX AGIOS DE LA GUERRE…

Qui sème le vent récolte la tempête. Depuis la prise de fonctions à la Maison Blanche de Donald Trump, le moins que l’on puisse dire est que cela décoiffe à tous les sens du terme. Les chancelleries occidentales habituées au temps long, aux décisions mûrement réfléchies, à la prévisibilité des évolutions du monde en perdent leur latin. Chaque jour que Dieu fait, c’est la même question qui revient dans la bouche des diplomates : quelle va être sa prochaine facétie, sa dénonciation d’un traité, son prochain tweet ravageur ? Depuis plusieurs semaines, leurs interrogations sont d’autant plus fondées qu’un ouvrage assassin écrit par Bob Woodward (l’ancien journaliste vedette du Washington Post ) intitulé Fear : Trump in the White House (Peur : Trump à la Maison Blanche) décrit une Maison Blanche en proie au chaos1. En dépit des dénégations de sa porte-parole, Sarah Sanders (« Des histoires fabriquées, souvent par d’anciens employés mécontents, pour montrer le président sous son pire jour »), le coup asséné fait mal à la crédibilité du 45ème président des États-Unis au moment où ce dernier menace la Russie2 et la Syrie à la veille de la bataille d’Idlib3.

Dans une tribune publiée anonymement par le New York Times, un « haut responsable » de l’Administration dénonce « l’amoralité » et les autres travers du président déjà pointés par le livre de Bob Woodward. Ceci étant dit, il faut faire avec tant qu’il sera à son poste étant entendu que certaines de… Continuer la lecture

L’HONNEUR RETROUVE DE FRANCOISE NYSSEN !

Dans L’Honneur perdu de Katharina Blum, le romancier allemand Heinrich Böll (prix Nobel de littérature 1972) décrit comment la presse à sensation peut détruire des réputations et des vies. Au début, cette citation : « L’action et les personnages de ce récit sont imaginaires. Si certaines pratiques journalistiques décrites dans ces pages offrent des ressemblances avec celles du journal Bild, ces ressemblances ne sont ni intentionnelles ni fortuites mais tout bonnement inévitables ». L’Allemagne des années 1970 traverse alors ses années de plomb, marquées par la répression engagée contre les jeunes activistes de la Fraction armée rouge (RAF) d’Andreas Baader et Ulrike Meinhof.

Porté à l’écran en 1975, L’Honneur perdu de Katharina Blum remporta un vif succès, aussi parce qu’il montrait comment nos vieilles démocraties peuvent soudainement se transformer en d’implacables machines arbitraires, tueuses des libertés civiles et politiques les plus fondamentales. Le film montre à quel point la lutte contre le terrorisme peut justifier les pires dérapages. Il montre aussi comment ces mécanismes de défense extrême révèlent le portrait d’une société faite de connivences claniques, de favoritisme social et de corruption des élites.

Même si l’histoire ne repasse jamais les plats à l’identique, la vague d’attentats commis en France en 2015/2016 a ravivé ce souvenir des années de la RAF et des Brigades rouges italiennes. Les événements français se sont déroulés – eux-aussi – comme autant de révélateurs sociaux, les attentats nourrissant une presse de coups, de dénonciations, d’influence, sinon de propagande. Rachetée par de grands groupes industriels et… Continuer la lecture