Observatoire Géostratégique

numéro 196 / 17 septembre 2018

Editorient

TERRORISME : LE DRIAN ABUSE DU CHOUCHEN1

C’est proprement sidérant ! Les mots manquent… et on peine vraiment à comprendre les raisons de ce nouvel accident de la diplomatie française. Mardi dernier, le patron du Quai d’Orsay a appelé le « régime syrien » et son allié russe à la « retenue » à Idlib, craignant qu’une offensive contre cette province ne disperse les jihadistes « qui sont des risques pour demain ».

Alors que la reconquête de la province d’Idlib – à l’ouest d’Alep – a commencé (voir « Idlib : une schizophrénie occidentale » dans prochetmoyen-orient.ch de la semaine dernière), Jean-Yves Le Drian a déclaré sur une chaine de télévision en continu : « il y a un risque sécuritaire dans la mesure où dans cette zone se trouvent beaucoup de jihadistes, se réclamant plutôt d’AlQaïda, qui sont entre 10.000 et 15.000 et qui sont des risques pour demain pour notre sécurité», évaluant à « quelques dizaines » le nombre des combattants français parmi eux ». Il a ajouté qu’ils « risquent de se trouver dispersés si l’offensive syrienne et russe se mettait en œuvre dans les conditions que l’on imagine aujourd’hui ».

Évoquant aussi le risque d’une catastrophe humanitaire dans cette région où se trouveraient quelque trois millions de personnes (à voir…), il aussi affirmé que le précédent d’Alep, autre bastion terroriste libéré en décembre 2016, ne serait « rien par rapport à l’horreur que cela peut représenter ». Il s’est même trouvé un fonctionnaire illuminé des Nations unies pour prédire « la pire des tragédies humanitaires du XXIème siècle ». Diantre !… Continuer la lecture

LE CONSEIL ANTICONSTITUTIONNEL !

« La plus grande action magique de l’homme est d’établir des lois » (Tommaso Campanella). Pour ce qui est de notre Douce France, on pourrait ajouter aux normes les institutions. Il est bien connu dans notre pays que si l’on n’a pas de pétrole, on a heureusement des usines à gaz. Qui n’a pas entendu au moins une seule fois dans sa vie prononcé le terme magique, voire liturgique de Conseil constitutionnel ? À l’entendre, on est pris d’une envie irrésistible de se prosterner devant le Saint-Chrême de tout bon juriste qui se respecte. Une institution au-dessus de tout soupçon qui inspire naturellement la confiance quant à son indépendance, son objectivité, sa compétence, son expertise. Rares sont ceux – téméraires à tous les sens du terme – qui s’aventurent à formuler la moindre critique contre ce monument de la pensée à la française, ce Panthéon de la puissance du droit français !

Cela ne serait pas convenable, comme on le disait dans des temps révolus dans les bonnes maisons. Mais, à y regarder de plus près, les structures comme notre Cour suprême, ont une façade qui ne ressemble pas à son intérieur. Les ravalements de façade ne s’attaquent pas à la structure et aux fondations même de l’édifice. Comme souvent dans notre pays, il existe un gouffre entre des principes grandiloquents et des pratiques coupables. C’est pourquoi, il importe de s’arrêter quelques instants sur le cas du Conseil constitutionnel. Parfaite institution en théorie, elle apparait plus douteuse en pratique.

UNE INSTITUTION PLUS… Continuer la lecture

LA DEMOCRATISATION, NECESSITE POLITIQUE OU STRATAGEME POUR JUSTIFIER LE DROIT D’INGERENCE ?

Texte de l’intervention de Michel Raimbaud au colloque de l’UFAC (Union des Universitaires Algériens et Franco algériens), dont la 5eme session s’est tenue à Marseille le 7 avril 2018, sous le thème « Méditerranée : enjeux pour la paix dans la diversité ». Ancien Ambassadeur de France au Soudan, en Mauritanie et au Zimbabwe, auteur de « Le Soudan dans tous ses états : L’espace soudanais à l’épreuve du temps » Paris Karthala 2012 et « Tempête sur le Grand Moyen Orient », éditions Ellipses 2015, réédition 2017.

La rédaction

LA DEMOCRATISATION, NECESSITE POLITIQUE OU STRATAGEME POUR JUSTIFIER LE DROIT D’INGERENCE ?

Les sujets proposés à la réflexion et au débat d’aujourd’hui sont évidemment tous d’actualité. Il n’a donc pas été facile de faire un choix. Pourtant l’un des thèmes proposés a attiré mon attention. A la lumière des expériences nombreuses -pour ne pas dire innombrables- où la « démocratisation » est présentée comme l’enjeu principal, on peut effectivement se demander si celle-ci est «une nécessité politique ou plutôt un stratagème (de classe) pour la prise de pouvoir»…

Sûrement un stratagème dans bien des cas, mais pas forcément un stratagème « de classe » au sens marxiste du terme, dans la mesure où il vise très souvent à remplacer le parti ou le candidat « blanc bonnet » par le candidat ou le parti « bonnet blanc », le tenant du titre et son challenger partageant en général les mêmes idées, offrant les mêmes options à des détails près. Les… Continuer la lecture

SAINT BONIFACE EXCOMMUNIE BACHAR !

Depuis le début de la crise syrienne, Saint Boniface cultivait un recueillement tout œcuménique, ne sachant pas comment les choses tourneraient, hésitant donc à choisir purgatoire, paradis ou enfer pour le salut de son IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). Dernièrement – plus précisément le 21 août dernier -, alors que la messe est pratiquement dite, il remonte en chaire pour nous asséner une vérité toute homélique : « Les Russes, pas plus que les Occidentaux ne peuvent imposer leur solution en Syrie ». On le sait, ce n’est pas vraiment une découverte, mais bon, le plus étrange est à venir !

En effet, depuis l’hiver 2011/2012 – la crise syrienne s’est transformée en « une guerre civilo-globale » foncièrement différente de la précédente guerre civilo-régionale du Liban (1975 – 1990). Elle superpose cinq niveaux de conflictualités complémentaires, interactives et récurrentes : Etats-Unis contre Russie ; Arabie saoudite contre Iran ; Turquie contre Kurdes ; jihadistes globaux (Al-Qaïda) contre jihadistes locaux (organisation « Etat islamique »/Dae’ch) ; Israël contre Iran, Hezbollah libanais et le monde entier.

Saint Boniface : « Vladimir Poutine vient de proposer aux Européens de payer la reconstruction de la Syrie afin de permettre aux réfugiés qui ont fui le pays de pouvoir y revenir. Cette proposition peut apparaître tentante pour les Européens. L’Europe est rentrée dans une profonde crise du fait de l’afflux de réfugiés notamment Syriens. Les pays de l’Est s’opposent à tout accueil sur fond de propagande ouvertement raciste, l’Allemagne subit la montée en puissance de l’extrême droite, et l’Italie, pays fondateur… Continuer la lecture

ENFIN, LA SYRIE AUTREMENT…

On commençait à désespérer d’une édition française, unanimement acquise aux prétendues « révolution arabes » et prompte à mettre le seul « boucher » Bachar al-Assad au pilori… sans ménager le moindre contre-champ incluant les autres acteurs de la tragédie syrienne. Les Jean-Pierre Filiu, Basma Kodmani, Ziad Majed et autres égéries de la « révolution syrienne » exerçaient, depuis mars 2011, une sorte de terrorisme intellectuel sur la « vérité » de la crise syrienne, au point qu’il était devenu difficile, sinon impossible d’émettre quelques avis contrastés et plus ou moins éloignés des certitudes de ces braves gens ou réputés tels…

Un jour – certainement – cette bande de crétins aura à répondre des gamins qu’ils ont contribué à envoyer à une mort certaine, les encourageant à rejoindre les rangs de la « rébellion syrienne » qu’ils osaient comparer aux… Brigades internationales de la Guerre d’Espagne. En matière de guerre civile, les comparaisons se révèlent souvent périlleuses et les anachronismes historiques plutôt meurtriers. Mal nommer les choses est certainement ajouter à la dureté du monde ! Mais cultiver à ce point la dualité bête et méchante du dictateur sanguinaire exclusivement occupé à exterminer consciencieusement son peuple face à des Casques blancs auréolés de l’esprit-saint humanitaire, tout à la sauvegarde de la veuve et de l’orphelin… devait atteindre – dans la presse et l’édition parisiennes – les sommets himalayens d’une bêtise face à laquelle celle de Bouvard et Pécuchet s’imposerait comme de la clairvoyance. Que n’a-t-on lu, vu et entendu pendant plus de sept ans dans les médias parisiens, fermés à… Continuer la lecture