Observatoire Géostratégique

numéro 153 / 20 novembre 2017

Humeurs

DONALD TRUMP, TIGRE ASIATIQUE

« Trump un an après ». Tel est le titre de l’éditorial venimeux du Monde qui s’évertue à dresser un bilan uniquement à charge du président américain, Donald Trump, un an après son arrivée à la Maison-Blanche. Cette saillie ne constitue qu’un modeste exemple de la tonalité des médias « mainstream » sur l’intéressé. La détestation que suscite Donald Trump en France prend prétexte de sa vulgarité, de ses foucades, de ses tweets compulsifs. La pensée conforme préfère s’acharner contre Trump plutôt que de balayer devant sa porte1. Jugeons à travers des faits précis : la visite de Donald Trump en Asie et les ingérences russes aux quatre coins du monde.

VISITE PRAGMATIQUE

Pour juger in concreto de l’action de Donald Trump sur la scène internationale, livrons-nous à un rapide survol de la tournée de dix jours qu’il vient d’effectuer en Asie (5-14 novembre 2017) : Japon, Corée du sud, Chine, Vietnam (à l’occasion du sommet de l’APEC où il s’est entretenu avec Vladimir Poutine), Philippines (à l’occasion du sommet de l’ASEAN)2. Quelques remarques de bon sens s’imposent.

En dehors d’une brève visite en Europe (visite en Pologne, participation au sommet de l’OTAN à Bruxelles et aux cérémonies commémoratives du 14 juillet à Paris) et au Moyen-Orient (Arabie saoudite pour une réunion du CCEG et en Israël), sa première grande sortie à l’étranger est consacrée à l’Asie. Ce que son prédécesseur, Barack Obama avait qualifié de « pivot ». Nous sommes donc dans une forme de continuité de la diplomatie américaine.… Continuer la lecture

ARABIE SAOUDITE : LA THEORIE DU COMPLOT

Inlassablement, depuis sept ans, l’auteur de ces lignes dénonce l’obscurantisme du royaume d’Arabie. Mais il faut reconnaître que depuis la confiscation de tous les pouvoirs par Mohamed ben Salman (MBS), une petite lumière ne cesse de grandir au point d’éclairer aujourd’hui d’un jour nouveau le destin de la péninsule arabe. Par l’argent, la guerre et la terreur, le Prince héritier conduit une révolution à marche forcée dont l’un des objectifs proclamés est de rompre avec l’idéologie salafiste : « … nous n’allons pas gâcher nos 30 prochaines années à partager des idées destructrices…nous voulons revenir à un islam modéré ouvert à toutes les religions… nous voulons vivre une vie normal » Discours du 24 octobre 2017.

Applaudissons ces belles paroles, – même si elles sont fortement inspirées par Donald Trump – car elles annoncent peut-être le déclin du wahhabisme. Jusqu’à samedi dernier, l’ambition du jeune Prince de dominer le monde musulman n’était pas prise au sérieux. C’est chose faite. Le dernier épisode de l’épopée bonapartienne de Mohamed Ben Salman façon 18 Brumaire s’est déroulé selon la règle des trois unités «  qu’en un lieu en un jour, un seul fait accompli tienne le théâtre rempli ». En attendant de décrypter et d’analyser les tenants de ce qui s’est réellement passé ce 4 novembre 2017 en Arabie Saoudite, il faut se contenter de décrire le spectacle de l’enchainement des faits.

ACTE I

Le Premier ministre du Liban Saad Hariri, en voyage à Riyad, apparaît à la télévision saoudienne. Il est blême. Comme… Continuer la lecture

LES ETATS-UNIS : NOTRE MEILLEUR ENNEMI !

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation » nous rappelle fort à propos Oscar Wilde. Ils en portent les stigmates dans leur relation avec le reste du monde (« the rest of the world ») comme ils qualifient avec arrogance tout ce qui n’est pas « made in USA ». À cet égard, l’ouvrage d’Eric Branca (historien et journaliste) nous fournit un éclairage particulièrement documenté sur la relation mouvementée entre le général de Gaulle et ses homologues d’Outre-Atlantique de 1940 à 19691. Tout y passe : dénigrement, calomnie, bassesse, procédés déloyaux, campagnes de déstabilisation appuyées sur quelques idiots utiles pendant la guerre (Jean Monnet, Alexis Léger et autres membres de l’entourage du maréchal Pétain) et durant les premières vingt années de la Ve République (de droite comme de gauche et du centre sans parler des syndicats et autres intellectuels allant prendre leurs instructions auprès des ambassadeurs des États-Unis à Paris, parfois moyennant espèces sonnantes et trébuchantes).

« Tout au long de son mandat, de Gaulle et les États-Unis se livrèrent une « guerre froide » dans la Guerre froide. Relations tendues alors que, pensait-on, la victoire contre les forces de l’Axe lors de la Seconde Guerre mondiale avait rapproché, une fois de plus, des amis de 190 ans ! C’était mal connaître le lourd passif entre le général et ses différents interlocuteurs américains à l’exception notable de Richard Nixon »2. Cette citation résume à la… Continuer la lecture

LE BISOU D’UNE NUIT EN TUNISIE

« Une nuit en Tunisie » est le titre d’une mélodie sirupeuse qui a valu au petit pays une renommée planétaire. Depuis soixante dix ans partout dans le monde, aux sons de la trompette de Dizzy Gillespie, des couples d’amoureux s’étreignent sous les étoiles et dansent langoureusement les paupières closes en rêvant qu’ils sont en Tunisie le pays des nuits inoubliables.

Le soir, à la belle saison, à Hammamet, Kélibia, Zarzis, La Marsa… la jeunesse tunisienne se rassemble en couple par milliers pour regarder la mer et murmurer des mots d’amour. Allongés sur la plage, tapis derrière un rocher ou pelotonnés dans une voiture garée au surplomb de la corniche ils se fabriquent secrètement les souvenirs de délices qu’ils partageront durant toute leur existence.

Las, parfois dans l’ombre, rode le prédateur, le chasseur de primes, le rançonneur de bonheur. Généralement pour l’éloigner, il suffit de lui jeter des pierres, un paquet de cigarettes ou quelques dinars…Plus ennuyeuse est la ronde de police, officiellement chargée de traquer le terroriste et subsidiairement de veiller aux bonnes mœurs islamiques. Elle interpelle les couples sans ménagement.

Généralement, l’homme se précipite au devant du brigadier de police avec un sourire engageant, un discours conciliant, voire quelques billets. Et la maréchaussée passe son chemin. Le tarif dépend du lieu, de la mise du couple et de la marque de la voiture… il devient hors de prix si le pandore flaire le crime d’adultère ou d’homosexualité. Ce petit jeu malsain est un héritage de la dictature de Ben… Continuer la lecture

WAHHABISME, SAOUDISME, FONDAMENTALISME, TERRORISME…

« Je suis capable du meilleur et du pire. Mais, dans le pire, c’est moi le meilleur (Coluche). Il en va des colloques et des ouvrages portant sur des thèmes d’actualité internationale comme du reste. On y trouve souvent le pire, rarement le meilleur dans cette société de surinformation, voire de désinformation, de post-vérité et de « fake news ». La problématique du développement du terrorisme en relation avec celle du wahhabisme en fournit un exemple éclairant au pays de l’obscurantisme. La littérature spécialisée, qui y est consacrée, évolue entre travaux de sachants incompréhensibles pour le commun des mortels et travaux d’experts en questions générales (les fameux « toutologues ») qui, au mieux, enfoncent des portes ouvertes, au pire racontent n’importe quoi avec une docte assurance sans évoquer le cas de ceux qui écrivent ce que leurs sponsors leur intiment l’ordre d’écrire. Le juste milieu est toujours mal aisé à trouver. Pour une fois, nous l’avons découvert grâce à un ouvrage collectif (douze contributeurs) publié sous le patronage du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (Cf2R) d’Éric Denécé1.

L’approche méthodologique retenue (du général au particulier) nous parait particulièrement séduisante pour la compréhension d’une problématique tout aussi complexe dans sa mise en œuvre que simple dans son objectif. Elle part d’un constat objectif portant sur « un régime fondé sur une idéologie archaïque et sectaire » (l’Arabie saoudite) pour poursuivre sur « la diffusion du fondamentalisme et de la haine » ainsi que sur « l’exportation du terrorisme… Continuer la lecture