Observatoire Géostratégique

numéro 248 / 16 septembre 2019

Humeurs

TUNISIE : LA DEMOCRATIE A L’EPREUVE DE NABIL KAROUI…

Au terme d’une campagne électorale passionnée et passionnante suivie à la loupe dans tous les pays arabes, les Tunisiens voteront le 15 septembre pour le premier tour de l’élection présidentielle. Trois semaines plus tard, ils seront appelés à élire leurs députés. Le laboratoire de la démocratie arabe qui compte 11 millions d’habitants affiche deux centaines de partis politiques, quelque 15 000 candidats à la députation et 26 à la magistrature suprême. Cette vitalité masque la situation politique complexe d’un pays à la recherche de son destin post révolution.

Une démocratie représentative en panne 

La liste des candidats à l’élection présidentielle trouve un ancien Président, trois anciens Premiers ministres, neuf anciens ministres, huit médecins, quatre avocats… Sauf surprise improbable, la Tunisie ne sera pas présidée par une femme. Elles sont seulement 2 à se présenter. Pour témoigner de l’exception tunisienne, c’est bien peu. Ce renoncement est une violence faite à elles-mêmes car tant qu’elles ne se mêleront pas de politique à parité, la démocratie sera tronquée.  

L’an dernier, les deux tiers des inscrits se sont abstenus de voter aux municipales. Tout comme celles de la dictature d’hier, les institutions d’aujourd’hui restent perçues comme les lieux de partage d’un pouvoir détourné au profit de quelques malins. La jeune constitution qui repose sur des mécanismes du passé ne paraît pas répondre aux aspirations participatives et de partages qui s’expriment sur la toile et dans les lieux publics.

Ainsi, le nombre d’inscrits sur Facebook et sur les listes électorales est équivalent. Les réseaux sociaux sont devenus le lieu d’échanges politiques où… Continuer la lecture

LES EDITIONS STOCK EN PLEIN DELIRE…

Comparables à Lefevre et son « Beurre Lu » les éditions Stock sont vraiment utiles. Voilà une maison ficelée par la précision et la rigueur, comme le fer tient le béton. Dans les quelques lignes de propagande qui annoncent la sortie de « L’Affairiste », un bouquin consacré à la vie et à l’œuvre -supposées- d’Alexandre Djouhri. Mais Stock et son sens du parfait nous précise qu’« Alexandre » n’est pas le véritable prénom de Djouhri. Qu’en fait il s’appelle « Ahmed ». Merci à Manuel Carcassonne, patron de Stock après avoir poussé sous la serre de BHL, de nous informer aussi complètement. Un malheur est vite arrivé, il suffirait qu’un citoyen mal informé finisse par croire que Djouhri est un nom italien, et le lecteur imaginerait derechef que le héros de l’ouvrage de Stock est natif du Tyrol ou du Frioul. Avec la précision utile, celle du « Ahmed », nous savons vraiment à qui nous avons à faire. A un pas de souche et mieux, un musulman. Sans la boussole de Stock nous resterions perdus dans un désert sans nom.

Mon ami tant regretté, Norbert Bensaïd, cousin de Jean Daniel sans rien n’avoir fait pour, mais à l’âme très épaisse, disait que le pire des racismes est celui qui s’attache au nom. Ce médecin, psychanalyste et écrivain savait de quoi il parlait. Aussi bien pour ses compagnons de classe, arabes et kabyles en Algérie, que pour lui-même. J’ai une amie elle aussi bien rodée à ce pilori de « l’identité ». Classiquement, sous son nom de femme mariée, se… Continuer la lecture

LA-BAS, L’AIR EST SI DOUX QU’IL EMPÊCHE DE MOURIR…

Voici des semaines que je colloque avec moi même sur un sujet qui n’intéresse que moi. Pour tromper la solitude de cette réflexion, je soumets à quelques lecteurs indulgents le partage de cette épreuve qui abuse de leur temps.

Les pays arabes ont une douceur commune unique, celle de leurs hivers. D’octobre à mai, de Tanger à Manama, la température est clémente. Le soleil tempéré, les brises légères apaisent l’arthrite des vieux et réveillent l’esprit de la jeunesse. C’est en cette saison que fleurissent les révolutions qui souvent flétrissent au printemps.

Où hiverner cette année telle est ma question. Regardons ensemble le catalogue des destinations. 

L’ÉGYPTE charme chaque instant. Splendeur des paysages et des monuments, générosité et malice des habitants. Misr oum eddoniya. Égypte mère du Monde. Certes mais : insupportable misère, insupportable régime de terreur, insupportable dictature palpable à chaque instant. Passons notre chemin. 

Le SOUDAN voisin qui n’est guère différent est en passe de redevenir fréquentable. Patientons quelques saisons.

La LIBYE est une beauté méconnue. Déserts fascinants, plages sans fin, montagnes boisées et cascades limpides du Djebel Akhdar. Une population plurielle, des hommes fiers qui émergent d’une histoire millénaire ignorée. Voir Cyrène et mourir ! Probablement. Alors, ne nous pressons pas.

L’ALGERIE dépasse en attraits les autres terres d’Afrique du Nord, elle a tout pour plaire, sauf pour le confort du touriste qui d’ailleurs ne s’y hasarde guère. Depuis deux générations, les Algériens sont en réunion de famille. Ils se chamaillent et lavent leur linge sale. Ils sont trop occupé, alors ils délaissent leur bien-être et celui de leurs visiteurs.… Continuer la lecture

UN NOUVEL OFFICIANT POUR LE CLERGÉ MÉDIATIQUE…

« L’imaginaire gouverne le monde » avait coutume de dire Napoléon Bonaparte. Aujourd’hui, nous pourrions dire, sans grand risque d’erreur, que c’est la communication qui gouverne le monde. Faute de disposer d’une vision claire du monde, d’une stratégie de long terme pour anticiper aujourd’hui le monde de demain, nos dirigeants se rabattent sur un minable Erzatz qui a pour nom communication.

Hier, l’on parlait de propagande. Le moins que l’on puisse dire est que les deux termes sont synonymes dans le monde numérique des réseaux asociaux et autres intelligence artificielle. Le communicant tient le haut du pavé dans la société connectée, parfois déconnectée au sens second de l’acception du mot.

Plus on gravit les marches de la hiérarchie politique et plus l’homme (la femme comme la très lourde porte-parole du Quai d’Orsay) en charge de la com’ a d’importance dans le mécano politico-institutionnel de la présidence de la République. Surtout lorsque le chef de l’État inaugure l’acte II de son quinquennat par une conférence de presse réservée à la presse présidentielle (21 août 2019) sans micro, sans caméra mais dont les bons mots furent aussitôt relayés par les chaînes d’abrutissement en continu. Surtout lorsqu’il s’agit de faire du vrai avec du faux, du dur avec du vent. Grâce au ciel, Emmanuel Macron vient de trouver la perle rare pour être son porte-voix, son perroquet.

Un nouvel élu fait son apparition dans le nouveau paysage médiatique jupitérien. Il s’agit d’un historien de formation qui a pour nom Joseph Zimet, peu connu du… Continuer la lecture

RUSSIE : L’ATTERRISSAGE INESPÉRÉ DE JUPITER

En dépit de la pause estivale, le bulldozer à communication de la présidence de la République s’est mis en marche, mettant à contribution son clergé médiatique répétant ad nauseam les fameux éléments de langage concoctés par les excellents « spin doctors » de Jupiter. Après avoir fêté le 75ème anniversaire du débarquement des troupes françaises en Provence le 15 août 2019 à Saint-Raphaël, Emmanuel Macron reçoit en son Fort de Brégançon, le 19 août 2019, le président russe, Vladimir Poutine. Il entend procéder avec lui à un tour d’horizon complet de la situation internationale à quelques jours du G7 de Biarritz dont il est la puissance organisatrice (cénacle dont la Russie a été exclue depuis l’invasion de la Crimée). Un indispensable retour en arrière s’impose pour comprendre les raisons qui poussent Emmanuel Macron à passer d’une phase des grimaces et d’ostracisme à l’égard du méchant Poutine à une phase de sourires à l’endroit du bon Poutine.

LE TEMPS DES GRIMACES : LE MÉCHANT POUTINE

La dernière visite du Tsar à Versailles, peu après la présidentielle de mai 2017, s’était mal passée. Jupiter avait publiquement humilié son hôte à Versailles, l’accusant explicitement d’être à l’origine des informations malveillantes le concernant diffusées sur les réseaux sociaux pendant la campagne électorale. Ni très fair play, ni très diplomatique comme façon de traiter ses invités. Une longue période de glaciation diplomatique s’en suivit. Toutes les occasions étaient bonnes pour déverser des tombereaux d’injures sur l’autocrate russe. Fort de sa relation privilégiée avec… Continuer la lecture