Observatoire Géostratégique

numéro 136 / 24 juillet 2017

Humeurs

LA MARCHE TURQUE OU LA FUITE EN AVANT

« Erdogan transforme le récit du putsch raté en ‘épopée’ » titre le quotidien Le Monde un an après l’aventure sans lendemain du 15 juillet 2017 pour les opposants au nouveau Sultan ottoman1. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le sujet tant le président turc a « profité du coup d’État militaire raté pour réussir un véritable coup d’État civil » (Ahmet Insel, chroniquer au quotidien de centre gauche, Cumhuriyet)2.

Que d’évènements n’allant pas dans bonne direction ont modifié le paysage politique turc depuis douze mois ! La situation actuelle du pays, dirigée par une main de fer par Recep Tayyip Edogan, peut s’apprécier à trois niveaux différents pour mieux cerner la réalité en cet été 2017 : celui de la dérive autoritaire du régime, celui de l’importance géostratégique du pays et, enfin, la pusillanimité de la communauté internationale, étant précisé que ce concept est utilisé par commodité de langage.

Un accélérateur de la dérive autoritaire du régime d’Erdogan

Bien que non exhaustive, la liste des violations de l’État de droit par un pays membre du Conseil de l’Europe et partie à la Convention européenne des droits de l’Homme de 1950 est impressionnante : instauration de l’état d’urgence pendant l’été 2016 qui débouche sur des arrestations à grand échelle (40 000 à 50 000 personnes) sans compter les innombrables mesures attentatoires aux libertés fondamentales (privations de passeports, saisies de biens et de comptes, fermetures d’entreprises et d’établissements d’enseignement) qui visent la confrérie de l’imam Fethullah Gülen (prédicateur… Continuer la lecture

UN AMÉRICAIN À PARIS : LES EXPERTS COM’ !

« Dieu des dieux, c’est bien pratique d’être Jupiter ! D’être à la fois maître des ténèbres et de la lumière, du soleil et du tonnerre… de tout et de son contraire… Et la divinité de l’Élysée ne se prive pas d’en abuser »1. Manifestement, la mi-juillet 2017 donne l’occasion au président de la République, Emmanuel Macron de se glisser lentement mais sûrement dans la peau de Jupiter diplomatique. Le 13 juillet au matin, il est l’hôte du 16ème conseil des ministres franco-allemand à l’Élysée2. Il entend mettre son volontarisme au service de la cause européenne moribonde3. C’est du genre Zorro est arrivé, la célèbre chanson d’Henri Salvador.

Angela Merkel n’a pas tourné les talons que le chef de l’État déroule le tapis rouge pour l’imprévisible Donald Trump accompagné de sa charmante épouse Melania qui effectue une visite surprise à l’hôpital des enfants malades (Necker) dès son arrivée sur le sol français. Le moins que l’on puisse dire est qu’il l’accueille avec chaleur, les mots la traduise4. Cet activisme diplomatique, souvent décousu et débridé, pose une double question, d’opportunité et de crédibilité de notre Jupiter-Talleyrand.

Une question d’opportunité de la visite à Paris du président américain. Alors que Donald Trump se trouve, à nouveau, en grande difficulté à Washington (Cf. les accusations portées contre son fils de collusion avec la Russie pour déstabiliser la candidate Hillary Clinton5), il est reçu en grandes pompes à Paris alors, qu’au départ, il… Continuer la lecture

FRANCE CUCUL-LA-PRALINE…

Comme notre rédacteur en chef préféré, je dois – cette semaine – faire aussi dans le grincheux de salubrité publique… C’est l’été : vacances, plages et montagnes de rigueur, mais il neige – pourtant – sur les matinales de France Culture ! Guillaume Erner et son équipe sont – eux-aussi – en vacances, le réveil matin de la station de service public étant, présentement, assuré par un étrange personnage se prénommant Luca Manger…

Loin de nous de réduire le propos à un name calling ou story telling de circonstances vengeresses, d’autant que nous n’avons jamais croisé ce jeune homme. Mais, le fait de pointer et nommer rigoureusement les personnes et les choses, nous en apprend un peu plus sur les logiques d’embauche et de cooptation qui régissent maintenant nos chers médias de service public. Comme disait Georges Canguilhem des inventeurs et des obstacles de l’histoire des sciences : c’est en mettant en filiation leurs noms et qualités qu’on peut reconstruire les logiques souterraines au travail dans l’invention pré-scientifique, sinon dans leurs égarements idéologiques…

En fait, qui est le Sieur Luca Manger ? Un transfuge de France-24 et de I-Télévision, « grand reporter » auto-proclamé cultivant les meilleures idées reçues sur la Syrie, l’Irak et l’Orient compliqué. Il a même commis un recueil de « pensées » où il s’adresse au monde entier à la première personne d’un singulier pascalien : Lettres de Bagdad… Du lourd, qui lui fait dire aujourd’hui sans sourire : « J’aime beaucoup guider et décider quelle est la bonne histoire (…) J’ai connu l’époque où l’on… Continuer la lecture

LES NOUVELLES AVENTURES D’ALICE RUFO !

« Le changement est d’abord un état d’esprit » nous rappelle Jacques Chirac, ex-président de la République et ex-membre de la Cour des comptes. Une fois encore, la lecture du Journal Officiel de la République Française se révèle aussi intéressante qu’étonnante. Derrière la froideur des textes, émerge la chaleur des nominations à des postes de responsabilités, dans le cas de figure à l’Élysée par le président de la République, Emmanuel Macron. Qu’apprend-on à la lecture du JORF du dimanche 18 juin 2017, anniversaire de l’appel du général de Gaulle en 1940 et jour du deuxième tour des élections législatives ?1

Incroyable mais vrai, la réalité dépasse la fiction. Nous en en tiendrons à quatre remarques. La première remarque est de nature quantitative. Ce ne sont pas moins de 45 conseillers qui sont nommés, sans compter ceux qui avaient déjà fait l’objet de nominations juste après l’élection du chef de l’État : directeur de cabinet, secrétaire général, conseiller diplomatique… Nous avons à faire à une véritable armée mexicaine2. Candidement, nous avions cru comprendre que les temps étaient à la déflation des effectifs, austérité et contrainte budgétaire obligent. Force est de constater qu’il n’en est rien3. La République est bon prince. Mais on nous explique que certains conseillers seraient partagés entre l’Élysée et Matignon. Ouf !

La seconde remarque tient à la présence d’une conseillère justice, magistrat de l’ordre judiciaire. Candidement, nous avions cru comprendre que le président ne mettrait pas (plus) son nez dans les affaires de justice… Continuer la lecture

QATAR AU PILORI !

Énorme, inouï ! Aucun scénario n’avait envisagé cette catastrophe aux conséquences encore incalculables. Le vent de panique qui souffle depuis le 5 juin en provenance du Qatar gagne la France. Banquiers, diplomates, spécialistes et stratèges en tous genres se demandent comment se prémunir du pire. Fort heureusement, la bourse n’a pas encore bronché. Les cours de Lagardère, Vinci, Engie, BNP, Veolia, AXA, Airbus, Carrefour, GDF Suez, Accor, Total, Technip….sont restés zen. Aucun footballeur du Paris Saint-Germain n’a toussé, aucun parieur du Grand Prix de l’Arc de Triomphe n’a henni, aucun homme politique n’a pleurniché, aucun journal n’en a fait sa une.

LOI DU SILENCE

Ce qui s’est passé au Moyen-Orient est pourtant stupéfiant. Le « meilleur ami de la France », détenteur de participations majeures dans la presse, l’édition, l’hôtellerie, l’armement, le BTP, la publicité, le luxe, la sécurité, le sport…est ouvertement accusé par quatre pays arabes de nourrir le terrorisme international. Le Qatar serait-il le sponsor de Charlie, Bataclan, Hyper-casher, Nice ? La surprise est de taille pour ceux qui ne savent pas lire. Toujours est-il qu’en moins de trois semaines, le richissime Qatar est passé du statut d’État courtisé à celui de voyou.

Accaparée par les élections et délaissée par la presse, l’opinion publique française n’a pas encore pris la mesure de la gravité de l’événement. La sidération a paralysé les initiatives de la classe politique au point que tous les conseillers en communication s’accordent sur cet unique élément de langage : se taire, ne rien dire, pas un mot.… Continuer la lecture