Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

Humeurs

DE L’INEFFICACITÉ DE LA DIPLOMATIE BAVARDE !

« La diplomatie doit se montrer sinon secrète, du moins discrète » (Camille Barrère). Tel n’est pas le tour que prend la diplomatie française en cette fin d’été 2021, chaud à tous les sens du terme. Décidemment, les diplomates et leur chef, le Lorientais désorienté, n’ont jamais été aussi loquaces qu’au cours des dernières semaines. Il est vrai que l’actualité internationale leur fournit matière à bavardage qu’il s’agisse de la crise afghane ou de celle des sous-marins1. Le Guide suprême Macron 1er est, lui aussi, à la manœuvre médiatique. Le moins que l’on soit autorisé à dire est que la France ne sort pas grandie de ces pantalonnades2.

De même que Joe Biden loué en janvier par le Paris germanopratin est aujourd’hui cloué au pilori par les mêmes pour sa duplicité, sa brutalité vis-à-vis de ses alliés européens, France en tête de liste3. Il a toujours considéré la France comme un petit pays. Notre vénéré clergé médiatique, toujours en retard d’une guerre, raisonne comme un tambour4.

Notre ambassadeur à Kaboul (désormais depuis Paris) David Martinon, après avoir été encensé par le Figaro pour ses hauts faits d’armes5, enfile ses godillots d’ex-porte-parole de l’ex-président Nicolas Sarkozy pour nous faire part de ce qu’il a vécu dans les derniers jours de son séjour à Kaboul sur une pleine page du Monde, devenu une succursale de la presse people6. Que nous dit-il ? Il aurait compris que Kaboul allait… Continuer la lecture

VACUITÉ EUROPÉENNE : L’AMER CONSTAT DE JOSEP BORRELL

Cela faisait bien longtemps déjà que le haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (Ersatz de ministre européen des Affaires étrangères et de la Défense), l’espagnol Josep Borrell était silencieux dans les médias. Il est vrai que son voyage à Moscou ne pouvait être objectivement qualifié de franc succès1. À la faveur du dénouement de la crise afghane, l’homme reprend de la voix, reprend la plume pour nous livrer son analyse du monde et de l’Union européenne dans un entretien accordé au quotidien mal nommé Le Monde2.

Comme toujours, il est incontournable de se rapporter à l’intégralité de son entretien pour en apprécier tout le sel, le piment. Comme par un heureux hasard – elle doit marquer à la culotte son concurrent espagnol -, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen nous livre, dans son discours sur l’État de l’Union (mal nommée) une sorte d’inventaire à la Prévert typique du manque de colonne vertébrale de la construction européenne en ce début de troisième décennie du XXIe siècle.

UNE RÉFLEXION SALUTAIRE SUR L’ESSENCE DU PROJET EUROPÉEN

Tirant les leçons du dénouement récent de la crise afghane, Josep Borrell consent à dire que ce « réveil brutal » a démontré « une nouvelle fois notre vulnérabilité ». Il va plus loin en faisant état de « dysfonctionnements » au cours des deux dernières décennies qui justifient sa demande de rédaction d’un « rapport d’évaluation » du rôle… Continuer la lecture

PÉKIN OU LA DIPLOMATIE DES OTAGES !

La diplomatie est vieille comme le monde. Même si sa pratique a évolué au cours des siècles, elle n’en demeure pas moins attachée à quelques grands principes qui en font sa spécificité. Elle privilégie la coopération à la confrontation, le dialogue à la force, la confiance à la défiance. En un mot, elle se veut apaisante. Metternich déclarait que « le rôle du diplomate est d’accourir avec un seau partout où le feu menace ». Mais, il arrive de plus en plus souvent que, par excès d’hubris, certains États attendent plus de leur diplomatie qu’elle joue le rôle de pyromane pour démontrer sa puissance. Tel un lutteur avant d’affronter son adversaire, elle bande ses muscles pour l’impressionner.

L’hyperpuissance américaine fournit un exemple d’une diplomatie vindicative, parfois outrancière, parfois guerrière. La débâcle afghane devrait logiquement la conduire à plus d’humilité, à plus de recherche de dialogue avant de brandir la menace (sanctions, guerres contre le terrorisme…). Mais rien n’est moins sûr tant l’âme des peuples est insondable. Depuis, au moins une décennie, l’Amérique a fait au moins un émule, la Chine. Autrefois diplomatie effacée, aujourd’hui diplomatie affirmée.

Elle n’hésite plus à proférer menaces, injonctions. Pire encore, elle pratique une diplomatie de l’intimidation à l’égard de ses affidés qu’ils soient les escales de ses « nouvelles routes de la soie » ou bien les États africains qui doivent s’aligner sur les positions de Pékin à l’ONU au prix des mannes reçues. Si la diplomatie traditionnelle vit au milieu des conflits pour… Continuer la lecture

AFGHANISTAN : DROIT, MORALE ET RÉALISME !

« Idéal : modèle qu’on se compose, en vue de l’admirer et de l’imiter. L’idéal est toujours nettoyé d’un peu de réalité qui ferait tache » (Alain). Avec le retour des Talibans en Afghanistan, les idéalistes, utopistes et moralisateur de tout poil sont de retour sur le devant de la scène médiatique. Avec le manichéisme qui les caractérise, ils assènent leurs vérités révélées par leur bonne conscience aux affreux réalistes qui réfléchissent toujours aux conséquences à long terme de leurs mesures prises sur le court terme, dans l’immédiateté du XXIe siècle.

Les premiers tiennent le haut du pavé médiatique par leur générosité affichée et assumée (il est impensable de ne pas accueillir tout réfugié afghan qui manifeste le désir de rejoindre notre pays pour éviter les sévices de la soldatesque talibane).

Les seconds sont inaudibles tant leur langage heurte ces belles âmes qui peuplent notre Douce France (doit-on accueillir tous ces réfugiés avant d’avoir fixé des critères d’admission clairs et de mesurer l’impact d’une telle mesure dans un pays aussi fracturé qu’est la « Grande Nation » ?). Il est quasiment impossible de faire entendre une voix discordante sans être taxé de xénophobie, de racisme, de fachiste… Bien évidemment, il est impossible de faire référence à la vague de réfugiés syriens de 2015 qui comptaient déjà dans ses rangs des Afghans – ils ne fuyaient pas les Talibans -, ceux-là même que l’on retrouve à Calais.

Ceux qui sont le plus souvent déboutés du droit d’asile mais qu’il est impossible de… Continuer la lecture

AFGHANISTAN : DROIT, MORALE ET RÉALISME !

« Idéal : modèle qu’on se compose, en vue de l’admirer et de l’imiter. L’idéal est toujours nettoyé d’un peu de réalité qui ferait tache » (Alain). Avec le retour des Talibans en Afghanistan, les idéalistes, utopistes et moralisateur de tout poil sont de retour sur le devant de la scène médiatique. Avec le manichéisme qui les caractérise, ils assènent leurs vérités révélées par leur bonne conscience aux affreux réalistes qui réfléchissent toujours aux conséquences à long terme de leurs mesures prises sur le court terme, dans l’immédiateté du XXIe siècle.

Les premiers tiennent le haut du pavé médiatique par leur générosité affichée et assumée (il est impensable de ne pas accueillir tout réfugié afghan qui manifeste le désir de rejoindre notre pays pour éviter les sévices de la soldatesque talibane).

Les seconds sont inaudibles tant leur langage heurte ces belles âmes qui peuplent notre Douce France (doit-on accueillir tous ces réfugiés avant d’avoir fixé des critères d’admission clairs et de mesurer l’impact d’une telle mesure dans un pays aussi fracturé qu’est la « Grande Nation » ?). Il est quasiment impossible de faire entendre une voix discordante sans être taxé de xénophobie, de racisme, de fachiste… Bien évidemment, il est impossible de faire référence à la vague de réfugiés syriens de 2015 qui comptaient déjà dans ses rangs des Afghans – ils ne fuyaient pas les Talibans -, ceux-là même que l’on retrouve à Calais.

Ceux qui sont le plus souvent déboutés du droit d’asile mais qu’il est impossible de… Continuer la lecture