Observatoire Géostratégique

numéro 256 / 11 novembre 2019

L’envers des cartes

AMMAR BELHIMER : 2049, L’ANNEE DU SERPENT DE TERRE…

La semaine prochaine, nous reviendrons sur les événements qui embrasent le Liban depuis le 17 octobre dernier.

La rédaction

AMMAR BELHIMER : 2049, L’ANNEE DU SERPENT DE TERRE…

Chaque livre d’Ammar Belhimer est un événement. Malheureusement, comme son éditeur est de l’autre côté de la Méditerranée ; comme nos intelligentsias sont de plus en plus auto-centrées ; comme d’autres échéances pèsent sur l’Algérie, son dernier ouvrage1 ne fera pas l’ouverture du 20-heures, ni la une des grands médias parisiens. Et pourtant, cet essai le mériterait amplement tant il tourne, retourne et outrepasse nos certitudes géopolitiques.

Si l’on sait depuis quelque temps que l’Occident ne domine plus le monde, que l’économie ultra-libérale mondialisée rend les plus pauvres encore plus pauvres, le dernier ouvrage du grand universitaire algérien privilégie un constat que nous avons – collectivement – le plus grand mal à admettre : la fin du communisme marque aussi la fin de la démocratie.

LA FIN DE LA DEMOCRATIE

Notre époque n’est pas seulement post-communiste, elle est aussi post-démocratique. Avec la multiplication des révoltes sociales – du Chili au Liban, en passant par l’Irak, Haïti, plusieurs pays d’Amérique Latine, d’Asie et d’Europe dont la France -, nous assistons aujourd’hui à l’instauration d’un « totalitarisme démocratique », sinon d’une « démocratie totalitaire ». Les moyens sécuritaires engagés pour réprimer les révoltes populaires sont de plus en plus musclés et sophistiqués. L’armée a refait son apparition dans les rues de Santiago avec quinze morts ; en France, mains arrachées, yeux crevés et arrestations arbitraires ont ponctué l’année écoulée de la… Continuer la lecture

L’EUROPE « EN MÊME TEMPS » L’EMPIRE DU MILIEU !

« Exige beaucoup de toi-même et attends peu des autres. Ainsi beaucoup d’ennuis te seront épargnés » (Confucius). Cette maxime philosophique gagnerait à être médité par tout voyageur qui se rend en Chine. Qui plus est lorsqu’il s’agit d’un dirigeant occidental qui vit dans l’agitation permanente alors que ses interlocuteurs ont l’éternité devant eux. Du 4 au 6 novembre 2019, le président de la République, Emmanuel Macron effectue sa deuxième visite officielle en Chine (Shangaï à l’occasion de la deuxième foire des importations, pour la dimension économique et commerciale, puis Pékin pour l’aspect plus diplomatique). Il serait bien inspiré de se souvenir que le logiciel de pensée occidentale n’a pas cours du côté de la Grande Muraille. Il serait également bien inspiré de se souvenir que les grandes tapes dans le dos, les accolades appuyées, les embrassades spontanées ne sont guère appréciées par l’équipe de Xi Jinping.

Lorsque l’on traite avec les Chinois, on traite avant tout avec les représentants d’un État, qui estime avoir trop longtemps été humilié, dans le passé et estime aujourd’hui avoir droit au traitement qui s’attache à une grande puissance. Ignorer ces prémices, c’est se promettre quelques lourdes désillusions sur tous les plans (diplomatique, géopolitique, économique, financier, commercial, culturel…) à l’issue de sa visite officielle. Depuis la première visite en Chine d’Emmanuel Macron, en janvier 2018, plusieurs paramètres ont évolué. La situation intérieure chinoise est moins florissante qu’elle ne l’était il y a deux ans. Nous évoluons dans un environnement international particulièrement volatil.

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EGYPTE AMBIGUË, MAIS PAYS-PIVOT…

Avant d’analyser les circonstances et les conséquences de la mort d’Al-Baghdadi – le chef de Dae’ch -, nous nous efforçons de vérifier et de recouper différentes informations de sources militaires et diplomatiques. En mai 2011, la mort d’Oussama Ben Laden avait donné lieu à une intense campagne de communication, sinon de propagande vantant les mérites de la lutte anti-terroriste menée par les Etats-Unis. Quelques années plus tard, il n’était pas difficile de constater que cette « communication » ne correspondait à rien de tangible sur le terrain et qu’au contraire, la menace terroriste n’avait fait que décupler en volume, changeant qualitativement de nature et déjouant des réponses occidentales qui ne remontaient pas aux causes ! La disparition de Baghdadi risque de faire se répéter cette méchante histoire. Nous y reviendrons dans nos prochaines livraisons.

La rédaction

 

EGYPTE AMBIGUË, MAIS PAYS-PIVOT…

Le Caire, 2 novembre 2019.

Deux événements dominent l’actualité égyptienne récente : la découverte – dans la Vallée des Rois à Louxor – de 30 sarcophages vieux de trois mille ans et le réveil d’un conflit opposant l’Egypte à l’Ethiopie depuis une vingtaine d’années : la construction du « Grand barrage de la Renaissance » sur le Nil Bleu, près de la frontière entre l’Ethiopie et le Soudan. Depuis toujours, Le Caire affirme que ce barrage hydro-électrique géant va poser d’énormes problèmes d’approvisionnement et de régulation du grand fleuve nourricier. Quant au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, pourtant tout juste nommé Prix Nobel de la Paix, il affirme que son pays pourra « mobiliser des millions de… Continuer la lecture

POUTINE D’ARABIE : DIPLOMATOR, TERMINATOR, IMPERATOR !

« Les gens importants ont souvent la mémoire courte » (proverbe chinois). Qui se souvient encore des quolibets adressés par un Occident sûr et dominateur, il y a peu encore, au nouveau Tsar, Vladimir Poutine lorsqu’il décidât, en 2015, d’engager ses troupes en Syrie pour sauver le soldat Bachar mais, au passage, pour réimplanter la Russie dans la zone ? Qui se souvient encore des propos du comique ministre des Affaires étrangères et du développement international (MAEDI), Laurent Gaffius d’août 2012 annonçant la fin prochaine du régime du bourreau de Damas ? Qui se souvient encore des ratés (dans un premier temps, une sorte d’incrédulité) et des bourdes occidentales (dans un second temps, une guerre héroïque pour éliminer le tyran Kadhafi…) lors des premiers balbutiements des mal nommés « printemps arabes » fin 2010-début 2011 ? Qui se souvient des armes distribués manu larga par ces mêmes Occidentaux aux groupes terroristes (les petits gars qui faisaient du bon boulot sur place, pour reprendre la formule célèbre de Laurent Fabius) pour qu’ils chassent Bachar Al-Assad du pouvoir et y installe un régime démocratique, laïc, attaché au libéralisme et aux fameuses valeurs occidentales ?

Un constat d’évidence s’impose : le monde a profondément changé depuis, et plus particulièrement en cette année 2019. Certains experts évoquent la fin d’un monde, en particulier pour l’Occident. Une page qui vient d’être définitivement tournée. L’Occident qui a désormais tout loisir de méditer sur les raisons de sa défaite cuisante dans la région : « l’étrange défaite », pour reprendre le titre… Continuer la lecture

OUTRE LES KURDES : DECHIFFRER LES MINORITES D’ORIENT…

Le dernier livre de Tigrane Yégavian1 arrive à point nommé pour nous aider à comprendre les tenants et les aboutissants de la dernière intervention turque dans le nord de la Syrie. Non seulement, l’ouvrage déconstruit méthodiquement la « kurdolâtrie » parisienne ambiante, mais il remet en perspective historique les dernières carabistouilles de notre politique étrangère. La rédaction de prochetmoyen-orient.ch l’écrit sur tous les tons depuis plusieurs années : depuis le début, le Quai d’Orsay a tout faux sur le dossier syrien. Nos décideurs politiques et diplomatiques ont pris les mauvaises décisions et n’ont pas défendu correctement les intérêts de la France éternelle. Tigrane Yégavian nous démontre – preuves à l’appui – que ces erreurs prolongent une tradition désastreuse, ancienne et profonde. Notre actuel ministre des Affaires étrangères aurait été bien inspiré de lire ce livre lumineux avant d’entreprendre son dernier voyage à Canossa…

Après la « claque Sylvie Goulard », le dernier revers essuyé par Jean-Yves Le Drian à Bagdad discrédite encore un peu plus notre diplomatie. Que s’est-il passé ? Avec tambours, trompettes et équipes de télévision, notre ministre des Affaires étrangères s’est rendu à Bagdad pour demander le transfert et le jugement en territoire irakien des jihadistes français détenus par des factions kurdes de Syrie sur le territoire syrien. Orient compliqué : malgré une excellente relation bilatérale, les autorités irakiennes ont vertement éconduit notre ministre en lui expliquant qu’elles avaient bien d’autres priorités en ce moment.

Un peu peu capon, Jean-Yves Le Drian s’est donc abstenu de tout commentaire et les envoyés spéciaux… Continuer la lecture