Observatoire Géostratégique

numéro 187 / 16 juillet 2018

L’envers des cartes

SYRIE : WASHINGTON ET PARIS JOUENT LES PROLONGATIONS !

Beyrouth, 14 juillet 2018.

L’armée gouvernementale syrienne vient de hisser le drapeau national dans les quartiers de Deraa, jusqu’à présent aux mains des jihadistes. Située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Damas, Deraa est d’autant plus symbolique que c’est là – en mars 2011 – qu’a commencé la révolte anti-gouvernementale. Hâtivement présenté, comme une « révolution pacifique » par la presse occidentale, ce mouvement a, dès le départ généré une « mobilisation de confrontation », tournant vite à la lutte armée contre les forces de l’ordre. Aidés par leurs homologues jordaniens, les Frères musulmans syriens y ont introduit des armes de guerres (M-16 américains et RPG) en proclamant que l’heure de la vengeance avait sonné, faisant allusion à leur tentative de coup d’Etat avortée à Hama en 19821.

Toujours à la pointe de la propagande, le quotidien Le Monde titre : « Deraa, l’étincelle de la révolution syrienne s’est éteinte… »2 S’ensuit une hallucinante diatribe anti-russe et anti-Bachar relevant davantage du parti-pris idéologique que d’une information maîtrisée, recoupée et responsable. Depuis mars 2011, Le Monde nous annonce le renversement imminent du « boucher de Damas ». La libération de Deraa constitue pour le quotidien, qui n’est plus que l’ombre de lui-même, un cinglant démenti, sinon un cruel retour du réel signifiant que depuis le début de la crise syrienne, Le Monde nous désinforme et nous ment.

Les membres de la rédaction de prochetmoyen-orient.ch boycottent le quotidien depuis le milieu des années 1980, lorsque le triumvirat de l’imposture – Colombani, Minc et Plenel –… Continuer la lecture

RWANDA : REPONSE A KOUCHNER ET QUELQUES AUTRES…

Décidément, le journal La Croix poursuit sa montée au Golgotha de la bien-pensance idéologiquement dominante. Après avoir noué un partenariat régulier avec Frédéric Encel – ancien militant du Betar (organisation de l’extrême-droite pro-israélienne) – le quotidien catholique nous gratifie d’une double page de communication de Bernard Kouchner, l’ex-French Doctor reconverti dans les affaires sans frontières1, tout spécialement avec certaines républiques africaines improbables. Sur quatre colonnes, une photo en couleurs le montre en visite à Kigali le 18 juin 1994, alors secrétaire d’Etat à l’action humanitaire dans une tenue de Tintin reporter en train d’échanger visiblement de graves propos avec un officier du Front patriotique rwandais (FPR)2.

Le chapô introductif de La Croix précise : « pendant le génocide des Tutsis au Rwanda, Bernard Kouchner s’est rendu à trois reprises à Kigali. Il dit avoir tenté, en vain, d’alerter François Mitterrand sur la nature des crimes commis par le régime hutu ». A la fin de l’entretien, une petite note précise : « la semaine prochaine La Croix publiera une interview de l’amiral Lanxade ». Comme disait Jean-Luc Godard, l’objectivité ce n’est pas une minute pour les camps et une minute pour Hitler, mais c’est un peu plus compliqué…

Toujours est-il, qu’une fois de plus Bernard Kouchner se donne le beau rôle : il savait tout, il avait tout compris et tout anticipé, résolument du côté des gentils, bien-sûr ! Extrait : « Tout cela, je le savais. Bien-sûr qu’il y a des militaires qui, sur ordre, se sont préparés à frapper le FPR. Mais… Continuer la lecture

LE PAPE COMBIEN DE DIVISIONS ?

« Il faut, comme Dumersais l’observe après plusieurs écrivains, distinguer avec soin la cour de Rome, le pape et le Saint-siège » (Jean Le Rond d’Alembert). Il est vrai qu’il est difficile, parfois impossible pour le béotien de distinguer des concepts qui lui apparaissent voisins mais en réalité ne sont pas si proches qu’il n’y paraît à première vue. D’où vraisemblablement, la difficulté qui existe à porter un jugement objectif sur le bilan de l’action d’un pape. La tâche est d’autant plus ardue que le descendant de Saint Pierre est une personnalité aussi atypique et non conformiste que l’est celle du pape François, Jorge Mario Bergoglio né en 1936 à Buenos Aires (Argentine). Cinq ans après son élection (13 mars 2013) par le conclave, quels sont les premiers enseignements que l’on peut tirer du pontificat du 266e pape de l’Église catholique dans un monde aussi complexe qu’imprévisible ?

Rarement en manque d’imagination, nos perroquets à carte de presse ne font pas dans la mesure, sombrant dans l’excès alors que la prudence s’impose pour juger de son action à l’intérieur et à l’extérieur de la Cité dont il est le chef d’État. Comment juger sérieusement l’action d’un souverain pontife sur la base de sondages d’opinion (volatils par nature) alors que son action se place dans le temps long de l’intemporel (celui de l’éternité) et dans la dimension spirituelle (celle de la religion catholique) ?1 Ne dit-on pas dans les couloirs feutrés du Vatican que « le diplomate séduit, le gestionnaire déçoit » !… Continuer la lecture

LEGERETE JUPITERIENNE, INCONSEQUENCE EUROPEENNE…

« En diplomatie, les conneries ne s’ajoutent pas, elles se multiplient » nous rappelle fort justement l’humoriste Nicolas Canteloup. C’est qu’au cours des dernières semaines, la machine à débiter des bêtises a fonctionné à plein régime, tant du côté de Paris que de Bruxelles, sur la question migratoire, véritable épée de Damoclès sur la tête des États membres de l’Union européenne. Jupiter s’est surpassé dans sa diatribe dirigée contre le nouveau gouvernement italien issu des urnes sur la question migratoire, ne l’oublions pas quoi qu’en pensent nos bonnes âmes.

Encore un coup de génie diplomatique de celui qui se prend pour le nouveau maître du monde. Quant à la tribu des technocrates français ou européens, elle oscille invariablement entre silence coupable et paroles incongrues à l’encontre des peuples qui ne votent pas dans le sens qu’ils souhaitent. D’authentiques démocrates qui ignorent manifestement ce que signifient les termes de démocratie (régime dans lequel le peuple exerce la souveraineté) et d’état de droit (système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit). Tout ceci conduit à un cocktail explosif de grossièreté jupitérienne et d’inconséquence européenne.

GROSSIÈRETÉ JUPITÉRIENNE ET DÉLICES DE LA « TWITTOSPHÈRE »

La crise franco-italienne sur la crise migratoire est éclairante sur bien des sujets : ignorance de nos élites sur le sens des mots, évanescence de nos brillants diplomates énarques, leçon de morale jupitérienne inopportune, manque d’humilité de Jupiter sur la scène internationale. Et, ce n’est qu’un bref aperçu de nos vices, nous qui prônons la vertu urbi et orbi.

Le… Continuer la lecture

LIBAN : 40ème COMMEMORATION DE LA TUERIE D’EHDEN…

Ehden (Nord-Liban), 13 juin 2018.

« Quarante ans se sont écoulés depuis le massacre d’Ehden et c’est comme si cette tragédie avait eu lieu hier. Quarante ans ne pouvaient pas effacer de la mémoire un massacre aussi douloureux qui s’est imprimé dans notre histoire et notre conscience. Quarante ans que nous nous retrouvons pour commémorer les martyrs : Tony Frangieh, sa femme Véra, leur fille Jihane et une pléiade de villageois-résistants. Nous ne nous retrouvons pas pour raviver les blessures – surtout qu’on a pardonné – ni pour la recherche d’un quelconque gain politique ou populaire, mais afin de prier et témoigner de leur sacrifice et pour tirer les leçons de cette tragédie en attendant une réconciliation courageuse. Celle-ci ne peut se fonder que sur la vérité historique et une purification de la mémoire ».

A mille cinq cents mètres d’altitude dans les montagnes du nord du Liban, au cœur du village d’Ehden, l’homélie de monseigneur Estephan Frangieh résonne gravement, unifiant le ciel et ce morceau de terre où une foule de quelque trois mille personnes, partiellement rassemblées sous un chapiteau dressé à proximité du palais, sont venus rendre hommage à une certaine idée du Liban : le « pays-message » de Jean-Paul II où les Chrétiens (et pas seulement les Maronites) constituent autant de passerelles entre les communautés, récusant toutes formes de purification ethnico-religieuse, celles des assassins du 13 juin 1978.

Ce soir-là1, depuis minuit, les unités de combat Kataëb, le parti phalangiste de la famille Gémayel, bouclent la région d’Ehden, le… Continuer la lecture