Observatoire Géostratégique

numéro 290 / 6 juillet 2020

L’envers des cartes

BARRAGES AQUATIQUES ET ETHNIQUES : ETHIOPIE DE TOUS LES DANGERS !

La semaine prochaine, nous reviendrons sur la situation au Liban – victime d’un véritable blocus économique et financier orchestré par Washington qui veut absolument la peau du gouvernement de Hassane Diab comportant plusieurs ministres proches du Hezbollah. Dimanche 5 juillet, la chasse israélienne a violé l’espace aérien libanais à la hauteur de Jbeil (Byblos) et du Kesrouan, sans gêne comme d’habitude. Au mépris de la souveraineté du Pays du Cèdre et du droit international, les autorités de Tel-Aviv poursuivent leurs ingérences guerrières en Syrie, en Irak et dans plusieurs pays de la Corne de l’Afrique. Plus que jamais, l’équipe de prochetmoyen-orient.ch apporte tout son soutien au gouvernement compétent, courageux et nécessaire de Hassane Diab.

La rédaction

BARRAGES AQUATIQUES ET ETHNIQUES : ETHIOPIE DE TOUS LES DANGERS !

Depuis plusieurs décennies, Egypte, Ethiopie et Soudan et d’autres pays de la Corne de l’Afrique tentent de se mettre d’accord pour gérer le cours du Nil de manière durable et équitable. Depuis plusieurs semaines, la situation s’est soudainement aggravée avec l’annonce éthiopienne de mise en eau de son grand barrage de la Renaissance.

Plus grand barrage d’Afrique – sur la rivière Abay (Nil bleu) dans l’ouest de l’Ethiopie -, l’édifice du GERD (Grand barrage de la Renaissance de l’Ethiopie), dont la construction a débuté il y a dix ans, est impressionnant : 1780 mètres de long et 155 mètres de haut. Plus grand fleuve du monde avec l’amazone, le Nil tire ses eaux d’un bassin gigantesque de 2,9 millions de kilomètres carrés, soit le dixième… Continuer la lecture

COMPRENDRE LE MONDE ACTUEL, MIEUX ANTICIPER LE MONDE DE DEMAIN…

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire » (Henri Bergson). Tel n’est pas le mantra de nos dirigeants obnubilés par le très court terme, le présentisme, le médiatique, la tactique, la politique politicienne, les coups foireux qui s’apparentent à de vulgaires pétards diplomatiques. Alors que la planète plonge dans une crise sociale, économique sans précédent, consécutive à une pandémie1 et que la défiance à l’égard des dirigeants s’installe dans l’opinion publique, il est indispensable de prendre le temps de la réflexion. Prendre le temps de comprendre où nous nous trouvons aujourd’hui (pourquoi ?) pour mieux imaginer où nous irons demain et après-demain (comment ?).

Dans cette optique, les philosophes peuvent être d’une très grande utilité dans la démarche des internationalistes, des diplomates, des décideurs. Michel Foucault a magnifiquement expliqué, combien la tâche des philosophes, aujourd’hui, consiste à dresser un « diagnostic du présent ». Il a montré comment le rôle de la philosophie n’est pas de colorier les calendriers de l’avenir (Roger-Pol Droit). Le terme « diagnostic » est important par ce qu’il emporte comme conséquences. Nous ne le répèterons jamais assez. À l’instar de ce que nous dit Hubert Védrine, le travail du diplomate est comparable à celui du médecin, ni plus, ni moins. Sa priorité consiste à examiner le patient monde, région « X », État « Y », à l’ausculter avec attention pour dégager le tableau clinique qui s’impose.

Ce n’est que dans un second temps, qu’il peut, raisonnablement, envisager le diagnostic idoine2… Continuer la lecture

AFFAIRE COURBET : TERRORISME TURC, REPONSES MUNICHOISES…

Que s’est-il passé ? Le 10 juin dernier, la FLF (frégate légère furtive) française Courbet (F-712)1 participe à une opération de l’OTAN (Sea Guardian) en Méditerranée occidentale. Le Courbet est chargé d’une mission de « sûreté maritime » au large des côtes de la Libye, déchirée par une guerre civile depuis 2011. Le pays est l’objet d’un embargo de l’ONU sur l’importation d’armes.

BRANLE-BAS DE COMBAT

Peu après 17 heures, le Courbet repère un cargo turc – le Circkin – sous pavillon tanzanien. Depuis plusieurs mois, ce bateau est identifié par l’OMI (Organisation internationale maritime)2 comme un navire pratiquant la contrebande d’armes. Sur la coque, son numéro d’identification est masqué et sa balise AIS (numéro 5IM389)3, qui permet une reconnaissance automatique est arrêtée. Le Marcom – qui commande la force de l’OTAN – demande au Courbet de « l’interroger ». Deux frégates turques lance-missiles – Oruç Reis (F-245) et Gökova (F-496) -, qui pourtant participent à l’exercice de l’OTAN s’interposent, engageant une manœuvre hostile. A trois reprises (durant 30 à 40 secondes), elles « illuminent » le Courbet avec leur radar préparant une « conduite de tir ».

Appellation technique, le terme d’« illumination » ne signifie pas que le Courbet visé a été soudainement éclairé par une puissance lumineuse, mais qu’il est électroniquement placé dans la ligne de mire permettant de déclencher des tirs de missiles ou tirs au canon. Autrement dit « l’illumination » correspond bel et bien à un « coup de semonce », un « tir de sommation » avant le déclenchement d’une attaque effective, le Courbet… Continuer la lecture

NE TOUCHEZ PAS A L’ALGERIE !

Voilà des années que les médias parisiens ne couvrent plus sérieusement l’Algérie, sinon la sous-région du Maghreb. Désintérêt politique, abandon du savoir, coût prohibitif de correspondants permanents ? Allez savoir… Toujours est-il que lorsque l’actualité l’impose, journaux, radios et télévisions se raccrochent inopinément – panique de la page blanche – au premier « expert » venu, sans qu’on connaisse vraiment la légitimité de ces intermittents.

Mohamed Sifaoui, pour ne citer qu’un seul exemple : ancien pigiste d’une officine barbouze reconverti dans la chasse à l’islamiste avant de rejoindre le réseau pro-israélien de Bernard-Henri Lévy… Mais, la plupart du temps, les médias parisiens ont tendance à pointer leurs micros en direction de celles et ceux qui crient le plus fort, encore une fois, sans vraiment contrôler d’où viennent ces gens, ce qui est pourtant le B.A. BA du métier.

Et, ces derniers temps, avec le « Hirak »1, on est particulièrement servi ! Dans cette précipitation malsaine, on a même vu d’anciens égorgeurs des GIA (Groupes islamiques armés) s’exprimer au nom des droits de l’homme et de la liberté d’expression… un comble ! Ainsi, on a vu ressurgir Mourad Dhina – assassin patenté des GIA -, ressurgir de ses massacres d’outre-tombe afin d’asséner à ses compatriotes quelques leçons de savoir-vivre démocratique. On marche vraiment sur la tête !

Au début des années 1990, ce voyou était réfugié en « France voisine », puis à Genève comme « physicien-invité » rattaché au CERN (Centre européen pour la recherche nucléaire). Responsable d’un bulletin hebdomadaire islamiste – La Cause -, il était le porte-voix… Continuer la lecture

CNRS-EDITIONS : LIVRE-EVENEMENT SUR « LA PREVISION » !

En préparation depuis plusieurs mois, la parution d’un livre-événement1 vient d’être heureusement avancée – Covid-19 oblige -. En effet, l’ouvrage arrive à point nommé puisqu’il y est question de prévoir l’avenir des crises au XXIème siècle. « Gouverner, c’est prévoir ! ». On prête souvent la formule à Pierre Mendès-France qui, lors d’un fameux discours devant l’Assemblée nationale – le 3 juin 1953 – avait dit plus précisément : « gouverner, c’est choisir, si difficiles que soient les choix ».

Mais comment prévoir l’avenir d’un monde global, d’un monde VUCA (vulnérable, incertain, complexe et ambigu) ? Un monde marqué par une multiplication d’acteurs et de crises, une redistribution de la puissance, une incertitude stratégique, une ivresse de l’immédiat. En un mot, un monde imprévisible ! Prévoir quoi et prévoir quand ? Dans sa dimension objective et scientifique, la prévision peut-elle penser l’impensable, réduire l’incertitude, dissiper le brouillard du présent pour éclairer la décision politique de demain ? Après le Covid-19, comment anticiper les crises ?

Diplomates, économistes, acteurs du renseignement, universitaires, chercheurs et autres experts croisent – ici – leurs savoirs afin d’inventer les linéaments d’un projet de prévision raisonnable pour les temps qui viennent. Ce livre ambitieux et nécessaire pour dépasser le conformisme de la pensée stratégique est dirigé par le diplomate Paul Dahan, docteur en sciences politiques – chercheur associé au Centre Thucydide de l’université Panthéon-Assas-Paris II. En 2016, il a dirigé un ouvrage remarqué : Diplomates. Dans le secret de la négociation2.

INTENTION HUSSERLIENNE

Fondateur et président de l’IFRI (Institut… Continuer la lecture