Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

L’envers des cartes

AFGHANISTAN : ÉTRANGE DÉFAITE ET GRANDE ILLUSION !

« J’ai tâché de ne pas rire des actions des hommes, de ne pas les déplorer, encore moins de les maudire – mais seulement de les comprendre » (Spinoza). Que cela est bien dit en cette époque de « crise de la connaissance » (Edgar Morin) ! Les Occidentaux, dépendants des Américains à tous les sens du terme, organisent un vaste pont aérien depuis l’aéroport de Kaboul encerclé par les talibans1. Aujourd’hui que l’affaire est pliée – comme ceci était largement prévisible depuis plusieurs mois -, la seule chose qui reste à faire aux experts est de tenter de comprendre pourquoi l’Occident – surtout les États-Unis – vient de prendre une magistrale claque en Afghanistan.

Une mandale dont ses services de renseignement ne semblent pas avoir anticiper l’épilogue rapide : la reprise de tout le contrôle du territoire par les talibans en quelques semaines et l’entrée dans Kaboul sans le moindre coup de feu échangé. Sans parler du chaos sur l’aéroport de Kaboul (la fameuse scène de l’avion américain pris d’assaut par des centaines de fuyards). Rien n’a été anticipé, tout est improvisé du côté de Washington et de ses alliés traités avec le plus grand mépris par le grand frère, Joe Biden. L’Amérique répète à l’identique les mêmes erreurs stratégiques du passé sans en tirer les leçons qui s’imposeraient2.

La victoire en chantant des talibans s’accompagne de la déroute en pleurant des Américains mais aussi du traditionnel chœur des pleureuses occidentales. Avec cette déroute largement prévisible,… Continuer la lecture

AFGHANISTAN-SAHEL : LES MÊMES ERREURS STRATÉGIQUES

Et c’est une folie à nulle autre seconde

De vouloir se mêler des corriger le monde

(Le misanthrope, Molière, Philinte, Acte I, scène 1, 1666).

***

Manifestement, les Occidentaux ignorent tout de cet avertissement lancé, il y a bien longtemps, par l’un de nos plus talentueux écrivains, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière. Ils continuent, avec une constance qui mérite louange, à guerroyer aux quatre coins de la planète tout en oubliant les leçons douloureuses de leurs échecs récents qu’il s’agisse de l’Amérique (Vietnam, Irak1…) ou de la France (Indochine, Algérie). Après une guerre calamiteuse de vingt-ans, les Américains plient bagage d’Afghanistan en remettant les clés de la maison aux Talibans2. Après une guerre de huit ans coûteuse (en hommes et en argent) et perdue, Emmanuel Macron décide d’alléger/reconfigurer3 le dispositif « Barkhane » au Sahel4 et laisse la place aux djihadistes.

Même si comparaison n’est pas raison, quels sont les dénominateurs communs que l’on peut trouver à ces étranges défaites, cette « déroute de l’Occident »5 ? Ils doivent être recherchés dans la (les) stratégie(s) de Washington et Paris si tant est que ce terme rende parfaitement compte de la réalité. Même si cette présentation n’a pas vocation à l’exhaustivité, elle fournit, quelques pistes utiles de réflexion à méditer pour l’avenir. Nous les avons arbitrairement regroupées autour de six têtes de chapitre.

LE MANICHÉISME DES COMUNICANTS ÉRIGÉ EN DOGMES PAR LES POLITIQUES

Alors que la guerre, dont les formes sont désormais multiples (asymétrique, hybride, non linéaire…), suppose… Continuer la lecture

ÉTÉ 2021 DE TOUTES LES CONFLICTUALITÉS !

LE GRAND CHAMABARDEMENT1

Qu’en est-il du monde d’aujourd’hui, voire de demain ? Il est indispensable, à intervalles réguliers, de prendre de la distance par rapport au hourvari médiatique pour se pencher sur les spasmes du monde en cet été 2021, essayer d’en tirer quelques enseignements pour le futur. Le moins que l’on soit autorisé à dire est que la planète marche sur la tête. Quitte à verser dans l’inventaire à la Prévert, tentons de mettre bout à bout, de manière chronologique, quelques évènements marquants des semaines écoulées sur fond de persistance de la pandémie de Covid-19 en raison des effets du variant indien, dit variant delta, y compris sur nos ados qui devraient être plus robustes que les seniors2 ! Peut-être y verrons-nous plus clair ?

Nous assistons au retour du triangle Moscou-Washington-Pékin immortalisé par Michel Tatu au début des années 1970 alors que les Talibans font leur grand retour sur tout le territoire afghan au nez et à la barbe des Occidentaux3. Le temps est à la multiplication des cyberattaques venues de l’Est (Chine, Russie). Le pestiféré Laurent Gbagbo redevient persona grata après avoir été blanchi par la Cour pénale internationale (CPI) au grand dam de la France éternelle et universaliste. Le Liban continue sa chute vers le fond du précipice. La Tunisie recherche homme fort. Rien de très réjouissant en vérité que ce second été au temps de la pandémie de Covid-19.

LE TRIANGLE MOSCOU-WASHINGTON-PÉKIN

Alors que le 1er juillet marque le début de la présidence… Continuer la lecture

LE MÉNAGE ERDOGAN-POUTINE OU LA DIPLOMATIE DU YOYO !

« La Russie est un rébus enveloppé de mystère autour d’une énigme » (Winston Churchill). Les choses ont-elles changé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ? L’on évoque souvent la détérioration de la relation entre la Russie et les États-Unis au cours des dernières années, des derniers mois (Cf. la déclaration finale du dernier sommet de l’OTAN).

Depuis, le 20 janvier 2021, nous sommes passés de la crise de défiance entre Moscou et Washington à un retour d’un minimum de confiance entre les deux chefs d’État qui s’est concrétisée lors de rencontre Biden-Poutine de Genève le 16 juin 2021. Moins commentée est la problématique de la relation de la Russie avec d’autres perturbateurs de l’ordre international.

À titre d’exemple, qu’en est-il de la relation de Moscou avec la Turquie ? Un retour sur le passé s’impose pour appréhender une histoire ancienne de luttes d’empires qui marque encore de son empreinte la relation bilatérale entre Ankara et Moscou. Elle permet, du moins en partie, de mieux appréhender le présent fait d’un cocktail subtil de coopération et de compétition entre deux États particulièrement attachés à leur statut, de facto si ce n’est de jure, d’empires.

UNE HISTOIRE ANCIENNE DE LUTTE D’EMPIRES

Comme toutes les histoires anciennes d’empires, les relations entre la Russie des Tsars et la Sublime Porte ont été émaillées de luttes féroces entrecoupées de périodes de calme.

Les premiers conflits entre Russes et Turcs apparaissent à la fin du XVIIe siècle. L’ennemi est encore « modeste » mais réalise des avancées territoriales… Continuer la lecture

L’AFFAIRE PEGASUS OU LE BAL DES TARTUFFES…

Dans la moiteur de l’été 2021, le monde vit au rythme des catastrophes naturelles (dôme de chaleur chez les uns, inondations chez les autres) révélatrices d’une nature déboussolée par l’action inconsidérée de l’homme et des statistiques sur les ravages du variant delta chez les personnes non vaccinées (à en croire les statistiques officielles). Mais, heureusement, les médias viennent de trouver un nouvel os à ronger, l’affaire Pegasus 1 qui met(trait) en émoi les âmes sensibles Chacun y va de son cri d’orfraie, de son cri de vierge effarouchée à nous narrer les aventures de clients (États peu recommandables) de la société israélienne NSO Group 2.

À peu de frais, ces mécréants se permettent d’entrer dans les téléphones portables de tout un chacun, de surveiller ses conversations, d’aspirer toutes ses données en toute discrétion. Et tout ceci à l’insu de leur plein gré. Une sorte de remake de l’espion aux pattes de velours. La liste de leurs méfaits est déjà longue. La France n’est pas épargnée par les agissements de son grand ami le roi du Maroc.

Au-delà de cette vague d’indignation, que peut/doit-on penser de tout cela en dépassant les poncifs de nos folliculaires incultes et peu au fait des dérives du e-monde, des méthodes du monde du renseignement ? S’il s’agit d’un système de surveillance effrayant, il importe de reconnaitre qu’il est inévitable et révélateur de la prégnance de la conflictualité dans le monde du XXIe siècle. Accessoirement, il bénéficie de l’appui d’un ambassadeur de France dignitaire et in-dignitaire.… Continuer la lecture