Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

L’envers des cartes

JOE BIDEN ENCHAÎNE LES SOMMETS EN EUROPE

Cinq mois après son entrée à la Maison-Blanche, le 46ème président des États-Unis, attendu à bras ouverts par ses alliés – sorte d’idiots utiles chantant les louanges du maître américain -, effectue son premier déplacement à l’étranger qu’il réserve à la vieille Europe. L’Amérique est de retour tourne en boucle1. Tête-à-tête avec Boris Johnson, G7 en Cornouaille, visite à Bruxelles (OTAN, Union européenne), sommet avec Vladimir Poutine à Genève… Le président américain multiplie les entrevues lors de ce long déplacement de huit jours, débuté à Londres le 10 juin 2021. Joe Biden met « l’empathie stratégique » au cœur de sa diplomatie et veut enrôler l’Europe, unir les démocraties dans sa lutte contre la Chine2, et plus largement, contre les démocratures, les démocraties il-libérales3.

Ces visites se situent dans un contexte intérieur où Joe Biden se heurte à ses premières difficultés intérieures : échec des discussions avec les Républicains du Sénat portant sur un ambitieux programme de rénovation des infrastructures, retour au réel et à une posture trumpienne sur la politique migratoire avec le Mexique marquée par la visite de Kamala Harris à Mexico, première pomme de discorde avec son homologue canadien sur le projet controversé d’oléoduc Keystone XL…. Il est toujours bon de prendre l’air du grand large pour redorer son blason intérieur à peu de frais en fréquentant le beau linge du monde occidental mais aussi celui qu’il qualifiait, il y a peu encore de « tueur », Vladimir Poutine en… Continuer la lecture

SAHEL : LES COURAGEUX SORTENT DU BOIS, LE PRÉSIDENT TRANCHE !

« Les résistants de 1945 sont parmi les plus glorieux et les plus valeureux combattants de la Résistance, ceux qui méritent le plus d’estime et le plus de respect parce que, pendant plus de quatre ans, ils ont courageusement et héroïquement résisté à l’envie de résister » nous rappelle cet authentique résistant de la première heure que fut l’humoriste Pierre Dac. Plus l’on se rapproche de la date de l’élection présidentielle du printemps 2022, plus les hauts fonctionnaires sortent du bois, faisant montre d’un courage qu’on ne leur connaissait pas depuis 2017. De la soumission, ils passent à la contestation… voire à la résistance anonyme. Courageux mais pas téméraires. C’est sur la question de la politique d’Emmanuel Macron au Sahel – régulièrement étudiée dans le cadre de notre magazine – que les critiques feutrées se portent aujourd’hui.

Rappelons que, plus le temps passe (cela fait déjà huit ans que nous avons mis les pieds au Mali pour prévenir la prise de Bamako par les djihadistes et que nous avons élargi cette opération « Serval » en opération à dimension régionale « Barkhane » qui piétine) et que les critiques des experts sérieux se multiplient tant la guerre contre les terroristes apparait vaine, ne traitant pas les racines du mal. Nous entendons les borborygmes de certains de nos diplomates conjugués aux rancœurs de nos militaires et autres barbouzes. Cette situation est d’autant plus inquiétante que les armées locales ne sont pas à la hauteur des défis qu’ils doivent affronter et que nos partenaires européens sont… Continuer la lecture

JUPITER JOUE OUT OF AFRICA

« Le propre des apothéoses est, hélas, de déboucher, sur le déclin » (Roger Martin). Au lieu de s’achever en apothéose, sous forme de conclusions des grands projets lancés en mai 2017 par un jeune quadragénaire, le mandat d’Emmanuel Macron s’achève en débandade tant les déconvenues s’ajoutent aux échecs en France comme à l’étranger. Pour tenter de masquer une réalité peu reluisante, ses hordes de communicants – les stratèges du XXIe siècle – s’évertuent à organiser une suite de séquences – intérieures et extérieures – à la gloire du chef de l’État. Mais, le nouveau village Potemkine sis 55 rue du Faubourg Saint-Honoré n’impressionne que quelques dévots de la Macronie déclinante. Le continent africain constitue un terrain de chasse privilégié pour mettre en scène notre gamin qu’il s’agisse du Rwanda où il s’est livré à un exercice de diplomatie rampante1 ou de l’Afrique du Sud où il a enfoncé des portes ouvertes sur la question des vaccins2 et sur Nelson Mandela.

La situation au Mali, comme au Sahel particulièrement déstabilisé par la progression constante des groupes djhadistes – commence sérieusement à l’irriter tant il est rattrapé par un réel impitoyable3. Le réel, c’est quand on se cogne, comme le rappelle le célèbre psychanalyste, Jacques Lacan. Cette situation délétère, pour ne pas dire inquiétante4, impose un indispensable exercice d’analyse du réel qui devrait conduire à un incontournable aggiornamento d’une diplomatie irréelle déployée jusqu’à présent par des amateurs.

UN INDISPENSABLE EXERCICE D’ANALYSE DU RÉEL

Comme… Continuer la lecture

CINQUANTE DIPLOMATES FACTIEUX EN QUÊTE DE COURAGE…

« Les diplomates ne sont utiles que par beau temps. Dès qu’il pleut, ils se noient dans chaque goutte » (Charles de Gaulle). Telle est l’impression générale qui se dégage de la tribune collective anonyme intitulée : « Qui voudrait d’un consul ou d’un ambassadeur étiqueté politiquement ? » uniquement publiée dans la version numérique du quotidien Le Monde du 24 mai 2021 (lundi de Pentecôte) par un groupe d’une cinquantaine de diplomates et de fonctionnaires du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) regroupés sous le pseudonyme de Théophile Delcassé. Après les deux tribunes publiées par des officiers généraux par Valeurs actuelles et celles des forces de sécurité et des préfets1, les diplomates ne pouvaient pas faire autrement qu’apporter leur petite pierre au concert de la discorde qui accable Jupiter2.

Cela commence à faire légèrement désordre à moins d’un an de l’élection présidentielle. Reprenons le texte intégral de cette tribune collective avant de nous livrer à son exégèse critique !

LE TEXTE INTÉGRAL DE LA TRIBUNE COLLECTIVE

« Qui voudrait d’un consul ou d’un ambassadeur étiqueté politiquement ? »

La réforme de l’encadrement de l’Etat évoquée par Emmanuel Macron est un risque pour l’efficacité des institutions républicaines et notamment le ministère des affaires étrangères, dénonce dans une tribune au « Monde » une cinquantaine de diplomates. 

TRIBUNE. C’est un métier qui exige, de ceux qui l’ont choisi, une disponibilité de tous les instants. Un métier qu’ils vivent pleinement et qu’ils font aussi vivre – et parfois subir – à leurs proches. C’est aussi et surtout une mission qui les place… Continuer la lecture

DIPLOMATIE AGRESSIVE : ENTRE MESURE ET DÉMESURE…

« La diplomatie a pour mission de parer les chocs qui peuvent conduire à la discorde et à la rupture » écrivait en 1938, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Gabriel Hanotaux, diplomate, historien et homme politique français (1853-1944). Ainsi va le monde évoluant entre crise et calme. Qu’est-ce que l’Histoire nous apprend ? Plus il y a de confiance, moins il y a de différend. Plus il y a de coopération, moins il y a de confrontation. Plus il y a de concorde, moins il y a de discorde. Plus il y a de réconciliation, moins il y a de rupture. Plus il y a de doux (« soft »), moins il y a de dur (« hard »). Dans la première hypothèse, la diplomatie peut pleinement jouer son rôle de parechoc des différends, d’amortisseur des chaos.

Or, tel n’est plus le cas aujourd’hui. Avec le retour de la puissance et de la défiance, la grammaire des relations internationales au XXIe siècle subit diverses turbulences. Des concepts que l’on pensait immuables sont actuellement remis en cause. Au lieu d’être mise au service de la conciliation d’intérêts nationaux contradictoires, la diplomatie peut être utilisée au bénéfice de leur antagonisation. Aujourd’hui, certains ministres des Affaires étrangères usent et abusent de termes tels que d’« adversaire », d’« ennemi »1, de « « concurrent » ou de « rival » parfois « systémique ». Un langage que certains pensaient remisé dans les archives de l’Histoire dont ils avait oublié… Continuer la lecture